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19 novembre 2013

Islamophobie : suite et fin

 

 

 

 

Phobie, du grec phobia, « peur morbide », a d’abord été employé au XIXe siècle par les psychologues, psychiatres et autres spécialistes de psychopathologie (ou maladie de l’esprit) pour composer des mots savants ou plus ou moins savants qui désignent des désordres mentaux ou des peurs maladives. On peut se demander si ces désordres mentaux ont une réalité ou s’ils sont seulement la conséquence nécessaire, presque arithmétique, de la multiplication des psys de tout type, genre, sexe, ethnie, nationalité, depuis un siècle et demi, psys qui ont dû inventer des désordres mentaux, ne serait-ce que pour justifier leur propre existence. Jadis, il y avait des fous ; naguère, des aliénés ou des malades mentaux ; aujourd’hui, des agoraphobes ou des éreuthophobes…, les anciens mots folie ou aliénation étant rendus désuets par des mots en – phobie

C’est à partir de 1897 que les psychologues et psychopathologues français, à l’instar de leurs homologues anglais, commencent à employer phobie comme mot autonome, et non plus comme élément servant à former des noms composés. Phobie est enregistré dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) : « Peur morbide de certains actes ou de certains objets » (avoir la phobie de la parole publique, la phobie de l'automobile ; il a des phobies étranges). La définition n’est contaminée par le jargon psy, bien que la peur soit qualifiée de « morbide ». En revanche, les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) en rédigent une version psy : « (Psychopathologie) Symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée », définie qui est illustrée de cet extrait psy d’un psy : « Parmi les anomalies mentales, l’une des plus curieuses est celle qu’on nomme la phobie. Les analystes définissent, en général, la phobie comme une peur excessive qui a son origine dans une série complexe de situations et de rapports, et qui conduit à l’hostilité, à une agressivité refoulée ou à un sentiment de culpabilité très intense ». La modernité étant furieusement psy, le mot sort des cabinets de psy et des asiles d’aliénés pour désigner une « aversion très vive, irraisonnée ou une peur instinctive » (phobie de l’automobile, du mariage, des moustiques, de la poussière, du tabac, l’incendie). Le même phénomène d’extension de sens est noté par les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication) : « Réaction irraisonnée d’angoisse et de répulsion, suscitée de façon persistante et injustifiée par un être vivant, un objet ou une situation » et, « par affaiblissement », « aversion, répugnance instinctive pour un être, une chose, une situation ».

La liste des phobies est interminable, qu’elles soient exprimées par des mots composés (aérophobie, agoraphobie, hydrophobie, claustrophobie, gallophobie, germanophobie, héliophobie, hydrophobie, androphobie, anthropophobie, francophobie, théophobie, acrophobie, aquaphobie, bélénophobie, cancérophobie, dysmorphophobie, éreuthophobie, nosophobie, photophobie, sitiophobie, téléphonophobie, topophobie, etc.) ou par des syntagmes, du type phobie de l’automobile, le complément de phobie pouvant être n’importe quel nom du dictionnaire, au singulier ou au pluriel : maladie, christianisme, églises, femmes, enfants, arbres, fougères, insectes, éléphants, dinosaures, mammouths, etc. Voilà qui donne à cette énumération l’apparence d’un inventaire à la Prévert. La multiplication des psys a multiplié les phobies et la multiplication des phobies a multiplié les précautions à prendre pour se protéger des phobies, quasiment toutes imaginaires, ce dont les hommes politiques ont inféré la nécessité d’un « principe de précaution », qu’ils sont même allés jusqu’à faire inscrire dans la Constitution. Faut-il en rire ou en pleurer ? C’est au cœur de ces momeries bouffonnes qu’ont été fabriquées deux nouvelles phobies, qui n’ont pas plus de réalité que la phobie des dinosaures ou celle des cirons, à savoir l’homophobie et l’islamophobie, mais qui sont, comme le principe de précaution, éminemment politiques.

Au cours des trois dernières décennies, on a pensé que le mot islamophobie avait été fabriqué en 1980 par un « ministre » de Khomeiny. Il n’en est rien. Le mot islamophobie ne vient pas de Téhéran, mais de Paris. Le mot est français, et bien français, d’origine française 100% pure et garantie, française de souche, comme d’autres monstres tels vandalisme, nationalisme, terrorisme. La date de fabrication est connue : c’est 1910. L’islamophobie est donc centenaire et pour une centenaire, elle se porte de mieux en mieux, puisqu’elle est devenue la stigmatisation absolue, sans parade, terroriste des temples obscurantistes que sont les universités ou des bases guerrières que sont les mosquées. Le fabricant se nomme Quellien et se prénomme Alain. C’est un lettré. N’est-il pas docteur ? Diafoirus et Ballordus l’étaient. Pourquoi pas Quellien ? Le lieu où l’islamophobie a été fabriquée est un livre intitulé La politique musulmane de la France dans l’Afrique occidentale française qu’a publié l’éditeur orientaliste Larose en 1910. C’est là qu’est définie l’islamophobie : « Préjugé contre l’islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne » (p 133). La thèse de Quellien est résumée ainsi : « Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’Européen, l’islamisme (id est l’islam, conformément au sens que ce mot avait en français jusqu’en 1985) est la négation de la civilisation et la barbarie, la mauvaise foi, la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mahométans » (p 133).

Ce qui nourrit ou nourrirait, selon Quellien, ce préjugé, c’est la guerre sainte (le djihad), l’esclavage, la polygamie, le fatalisme. Un préjugé étant un jugement énoncé avant toute expérience ou toute connaissance de la réalité, il est évident que l’islamophobie, telle qu’elle est définie par Quellien, n’est plus un préjugé. Les dizaines ou centaines de millions de Merah, de talibans, d’Atta, de tueurs, de Ben Laden, d’ayatollahs, d’emprisonneurs de femmes, d’imams, de Qotb, de manieurs de sabre, de Moussaoui, de poseurs d’explosifs dans la foule, de Qaradaoui, de lapidateurs, de Morsi, de Ramadan, etc. etc. etc. en ont fait un jugement fondé en raison. La réalité a validé ce qui aurait pu apparaître en 1910 pour une erreur.

Quoi qu’il en soit, l’objectif de Quellien, en fabriquant le mot islamophobie, est de combattre le préjugé ainsi désigné et d’y opposer un éloge raisonné de l’islam : le musulman n’est pas un ennemi, l’islam est de la civilisation et il est juste d’attendre de ses adeptes de la civilité, de l’honnêteté et de la douceur. L’important est de savoir « de quel lieu » Quellien parle ou encore de comprendre quels sont ses présupposés et dans quel but il a attribué aux Français le préjugé d’islamophobie, qui est devenu aujourd’hui un crime encore plus monstrueux que ceux de Merah, Atta, Omar, Mohammed, etc. Quellien est breveté de l’Ecole coloniale et, au moment où il a écrit son livre, il exerçait au Ministère des Colonies les fonctions de rédacteur. C’est un affreux colonialiste, un colonialiste de la pire espèce, un penseur du colonialisme qui tient les noirs pour des « nègres » et écrit un péan à la gloire de l’empire que la France a conquis en Afrique occidentale. Elle a fait main basse sur le Sénégal, le Mali, la Mauritanie, la Guinée, la Haute-Volta, le Niger, etc. Quellien pense qu’elle doit conserver, quoi qu’il en coûte au peuple français, ce butin. Les populations de cet empire sont musulmanes et l’islam y est le principal, sinon le seul, facteur d’ordre. Grâce à l’islam, l’esclavage perdure, les femmes vivent cloîtrées, le commerce est prospère, les « nègres » restent des « nègres », etc. S’attaquer à l’islam revient à détruire ce bel ordre social. Ceux qui sont établis dans l’empire, fonctionnaires coloniaux ou officiers de la coloniale, sont irresponsables quand ils médisent de l’islam : ce faisant, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Voilà pourquoi Quellien fait de l’islamophobie un préjugé contraire aux intérêts, non pas de la France, mais de l’empire colonial.

Cette généalogie en dit long sur la transformation de ce « préjugé » (qui n’en est pas un) en racisme - plus long encore que la paternité de la chose longtemps attribuée aux sbires de Khomeiny. En 1910, l’islamophobie était contraire à l’intérêt impérial. Un siècle plus tard, elle est contraire aux intérêts des socialos, écolos, gauchos, cocos. En 1910, les colonialistes tablaient sur l’islam pour consolider l’empire. En 2012, les socialos se sont appuyés sur l’islam pour accéder au pouvoir. L’islam leur fournit hommes de main et électeurs à profusion. Ils ont donc la phobie de l’islamophobie, dont ils ont fait le crime raciste par excellence. Comme les colonialistes dans l’empire, ils vivent sur le pays et ils ont besoin de l’islam, de ses voix, de son ordre dans les « quartiers » pour continuer sur leur erre. Sans doute pas pour très longtemps, car ils s’effondreront plus vite que ne s’est dissipé l’empire.

 

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