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30 novembre 2013

Présumé (tireur, violeur, assassin, islamiste, terroriste, etc.)

 

 

 

           

            Au seul prononcé du mot culture, Goebbels (ou l’un de ses sbires : il y a contestation sur l’identité de l’auteur de ce bon mot) était près, disait-il, de sortir son revolver. De même, dès que les citoyens sont informés d’affaires sensibles, ces affaires qui, contrairement à ce que laisse supposer le sens de l’adjectif, ne font pas pleurer, ou même de simples faits divers, qui n’engagent à rien, est objecté présumé. Les policiers ne mettent pas en garde en vue un islamiste, mais un islamiste présumé, ils n’arrêtent pas un assassin ou un violeur, mais un assassin ou un violeur présumé, non pas un terroriste, mais un terroriste présumé, non un poseur de bombes, mais un poseur de bombes présumé, non pas un tireur, mais un tireur présumé, non pas une mère qui tue son enfant, mais une mère présumée sur laquelle pèse la présomption d’avoir tué son enfant présumé, etc.

Il y a même des victimes présumées : c’est tout nouveau, ça vient de sortir. Présumées quoi ? Innocentes ou coupables ? Cabotines ou fictives ? Quand elle était garde des sceaux, Mme Guigou a contribué à rendre cet adjectif furieusement à la mode. Mme Taubira du Moroni reprend le flambeau de la présomption. Chacun est présumé quelque chose, sauf elles-mêmes ou leurs collègues du gouvernement, dont elles évitent de dire qu’ils sont ou étaient des ministres présumés, alors qu’elles accablent de ce même présumé les autres citoyens.

 

Une présomption est une « opinion fondée sur des indices, des apparences, des commencements de preuves », et cela conformément à la plus ancienne attestation en français du verbe présumer (circa 1200), à savoir « croire d’après certains indices, considérer comme probable ». Une présomption n’est donc pas arbitraire. Ce qui la rend fragile et donc révisable, c’est ce sur quoi elle est fondée : des faits connus, mais qui ne sont pas établis, des indices, mais pas des preuves. Dire de quelqu’un qu’il est « un tireur », c’est se fonder sur des faits connus ou des indices. L’affirmer n’a rien d’arbitraire. De toute façon, désigner x ou y de tireur ou d’islamiste, ce n’est pas lui imputer un crime. Même si ça l’était, il serait inutile d’ajouter présumé, comme il est inutile de l’ajouter à tout autre nom. Un nom désigne, il ne qualifie pas. Il ne porte donc pas de jugement, il réfère seulement à une réalité. La désignation suit la convention verbale en se réglant sur ce qui est connu de tel ou tel ou de telle ou telle chose. On ne peut pas, sauf à verser dans le relativisme absolu, ajouter présumé à tout nom et dire d’un journaliste qu’il est un journaliste présumé, d’un homme qu’il est le mari présumé de Mme Z…, d’une femme qu’elle est l’épouse présumée de M. Y, d’un maître d’école qu’il est l’instituteur présumé de tel ou tel village, de Paris qu’elle est la capitale présumée de la France, de la Seine qu’elle est le fleuve présumé dont la source se trouve au présumé Mont Tasselot, etc. Les islamiste, tueur, terroriste, tireur, voleur, violeur (et désormais l’insupportable victime) présumés, dont les media nous rebattent les oreilles, sont de la french novlangue, au même titre que les journalistes ou écrivains ou ministres présumés, qu’on n’entend pas encore : mais, au train où vont les choses, cela ne devrait pas tarder.

 

Le comique de l’affaire est que le relativisme dogmatique et absolu qui sous-tend l’emploi généralisé de présumé s’oppose à l’autre acception de présomption, que les auteurs de dictionnaires expriment ainsi : « Opinion très favorable que l’on a de ses propres facultés physiques ou intellectuelles » et « grande confiance en soi ». D’une part, l’emploi généralisé de  présumé résulte de la suspicion portée sur les désignations, comme si désigner était juger, seul le jugement défavorable étant proscrit, alors que désigner et juger s’excluent mutuellement dans leur principe. D’autre part, le nom présomption exprime l’arrogance, la confiance inébranlable en soi et en ce que l’on assène, la certitude sans doute, la suffisance. C’est le cas de la célébrissime présomption d’innocence, laquelle est invoquée à tout instant quand un grand Seigneur ithyphallique, puissant, cynique, mais « de gauche » (ce qui change tout), est impliqué dans une minable et sinistre affaire de « crime sexuel ».

Freud croyait que les langues primitives, dont il ne savait rien, sinon ce qu’en disait le philologue allumé Karl Abel, violaient le principe de non-contradiction, parce que, comme les rêves, les mots auraient eu des significations sinon contraires, du moins hétérogènes, et voulaient dire en même temps « blanc » et « noir », « grand » et « petit », « eau et feu », un peu comme dans les oxymores « aigre-doux », « sucré salé » ou « obscure clarté ». Le nom présomption et l’adjectif présumé illustrent-ils ces théories qui n’ont pas reçu le moindre début de confirmation mais qui, comme c’est souvent le cas de tout ce qui est incertain, ont été assénées avec une assurance de converti ? Non, bien sûr. Il n’y a pas de contradiction entre le présumé servi à tous les repas et la présomption haïssable. Le rapprochement de ces deux mots est révélateur, comme l’est, au sens propre de ce terme, l’apocalypse que subit notre langue : il dévoile la vraie nature du relativisme absolu. « Tout se vaut », dit-on, sauf, bien entendu, la proposition « tout se vaut », qui a plus de valeur que toutes les autres et échappe ainsi à la réduction relativiste. Ce qui donne de la force à « tout se vaut » et au relativisme, c’est le vieil argument d’autorité : celui qui l’énonce est journaliste ou docteur en sciences sociales et, comme dans l’armée, le grade transforme le présumé fragile en présomption hautaine. En bref, le présumé est présomptueux.

 

Dans la langue française, qui n’est pas NLF, présumé ne porte que sur une qualification, non pas sur ce qui est désigné, précisément sur la qualification de coupable ou d’innocent, comme le stipule l’article 9 de la Déclaration des droits de l’Homme : « Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi ». C’est aussi ce qu’établissent, au sujet de la présomption d’innocence, les auteurs de dictionnaires : « en matière pénale, toute personne poursuivie est considérée comme innocente des faits qui lui sont reprochés, tant qu’elle n’a pas été déclarée coupable par la juridiction compétente ». La présomption est une simple énonciation, la présomption d’innocence est un principe. La première relève de l’expérience commune, la seconde de la loi. L’une est large, illimitée, elle fonde toute désignation, l’autre est étroite et restreinte à la seule qualification d’innocent ou de coupable. Elles ne sont pas du même ordre. Il y a un abîme entre la langue commune et la langue de la justice. Il y a trop de jeu (au sens d’ajustement) dans la langue commune pour lui faire désigner les réalités du droit : voilà pourquoi il existe une langue juridique. Inversement, il est absurde de nommer une réalité du monde avec la langue de la justice. C’est confondre le fait et le droit, ou c’est introduire dans la langue suspicions, accusations, incriminations, procès à l’infini.

Ce qui rend suspect l’usage abusif de présumé, c’est qu’il est à géométrie variable. Un violeur est un présumé violeur, un islamiste un présumé islamiste, un assassin un présumé assassin. Or ce relativisme est borné – au sens de « stupide » et de « limité » - ce qui ne laisse pas de surprendre pour un principe qui énonce que « tout se vaut ». Il s’arrête à fasciste, à nazi, à raciste, à xénophobe, etc. et même à français (quand ce mot désigne des musulmans partis faire le djihad : id est massacrer le plus possible de malheureux autochtones) : présumé alors disparaît. Il n’y a pas de raciste présumé, mais des racistes tout court ; il n’y a plus un Français présumé, mais des Français tout court. La nocivité de ce présumé n’est pas nouvelle : elle a été illustrée il y a plus de deux siècles, en 1792, trois ans après que le principe de « présomption d’innocence » a été formulé avec pompe dans la Déclaration des droits de l’Homme. Lors du procès de Louis XVI, Robespierre déclare ceci : « Si Louis peut être encore l’objet d’un procès, Louis peut être absous ; il peut être innocent. Que dis-je ? Il est présumé l’être jusqu’à ce qu’il soit jugé. Mais si Louis est absous, si Louis peut être présumé innocent, que devient la Révolution ? » Si les violeurs étaient effectivement des violeurs (et pas de jeunes gens égarés), les assassins des assassins (et pas les victimes de l’injustice sociale), les tueurs des tueurs, les tireurs fous des tireurs sains, etc. que deviendrait la société juste et parfaite que Mitterrand et ses affidés sont censés avoir établie en France et à laquelle M. de Hollande devait redonner les couleurs de l’arc-en-ciel ?

 

23 novembre 2013

Gamme, bas de gamme, entrée de gamme

 

 

 

 

Attesté au milieu du XIIe siècle comme terme de musique, le mot gamme a eu pendant près de huit siècles une seule et même signification, que relèvent les académiciens en 1694 (« table contenant les noms des notes de musique, disposées par ordre »), en 1762 (« table contenant les notes de musique disposées selon l’ordre des tons naturels »), en 1932-35 (« la suite des sept notes principales de la musique, disposées selon leur ordre naturel, dans l'intervalle d'une octave ») et dans la neuvième édition en cours de publication depuis 1994 (« suite de sons de l’échelle musicale, couvrant une octave, disposés selon des intervalles définis par un mode donné ». La définition du Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) ne s’écarte en rien de celle des académiciens : « les sept notes principales de la musique disposées selon leur ordre naturel dans l’intervalle d’une octave », non plus que celle du Trésor de la langue française (1971-94) : « suite des notes d'un système musical donné (mode), comprises dans les limites d'une octave, séparées par des intervalles déterminés et disposées dans l'ordre des fréquences croissantes ou décroissantes ».

La seule nuance qui a été apportée au XIXe siècle, c’est l’emploi métaphorique de gamme pour désigner des couleurs, si bien qu’en peinture une gamme de tons est une « succession de couleurs qui s'harmonisent ».

 

Tout ce bel édifice sémantique, parfaitement cohérent, a été bouleversé dans la seconde moitié du XXe siècle, pendant laquelle les commerçants, les marchands, les commerciaux, les publicitaires, tous ceux qui ont pour seul horizon le fric, ont commencé à employer gamme pour désigner autre chose que des sons ou des couleurs, phénomène que les auteurs du Trésor de la langue française remarquent : « emploi très vivant actuellement dans le domaine du commerce et des services ». Et de citer les gammes de spots publicitaires, de services, de voitures, d’hôtels, ce que confirment les académiciens dans la neuvième édition de leur dictionnaire : « dans le langage du commerce et de la publicité, [gamme] désigne un ensemble d'articles, de produits, classés en fonction de leurs caractéristiques et de leur prix ».

 

C’est dans cet emploi et dans ce sens que les « économistes », commentateurs et autres journalistes, tous savants et bien sachant, ont employé à propos des produits agricoles bretons, non pas gamme, mais le très condescendant bas de gamme ou l’assez méprisant entrée de gamme, faisant porter sur ces produits la responsabilité des difficultés économiques de la région, euphémisme pour désigner les innombrables fermetures d’entreprises (abattoirs, volaillers, marchands de viande, éleveurs de porcs, etc.) qui sont annoncées quotidiennement, socialistibus regnantibus. Les Allemands produisent du plus bas de gamme en matière de charcuterie industrielle que les Bretons ; et pourtant les Allemands sont tenus pour des modèles en tout et ils arrivent à écouler sans difficulté leur production agroalimentaire bas de gamme ou d’entrée de gamme partout en Europe et jusqu’en France. Mais ce sont les Bretons et les Français qui sont « stigmatisés ».

Peut-être pourrait-on rappeler qu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, la France n’était pas autosuffisante en matière alimentaire et qu’elle devait importer chaque année d’importantes quantités de blé, de viandes, de fruits, de légumes, de poissons pour nourrir sa population. Les paysans bretons ont pensé qu’ils devaient mettre un terme à cela, et ils l’ont fait. Il est vrai qu’ils ont été aidés dans cette entreprise par tous ceux qui, les socialistes en premier, ont décidé qu’il serait indécent d’augmenter les salaires, mais que, pour maintenir le niveau de vie des travailleurs à un niveau constant, il fallait faire baisser les prix des produits agricoles – ce qui a été réalisé, grâce à des importations massives de Nouvelle-Zélande, Australie, Brésil, Etats-Unis, Maroc, Turquie, etc. et grâce au « bas de gamme ». Grâce à ces produits, les pauvres, les précaires, les chômeurs, les travailleurs peuvent se nourrir et nourrir leur famille – ce qui déplaît fortement aux distingués « économistes », experts, politiciens et autres journalistes, qui aimeraient sans doute condamner à la disette les populations pauvres, ne serait-ce que pour qu’elles acceptent d’être payés comme des Bengalais ou des Roumains.

C’est que ces savants en économie connaissent leur gamme.

 

 

19 novembre 2013

Islamophobie : suite et fin

 

 

 

 

Phobie, du grec phobia, « peur morbide », a d’abord été employé au XIXe siècle par les psychologues, psychiatres et autres spécialistes de psychopathologie (ou maladie de l’esprit) pour composer des mots savants ou plus ou moins savants qui désignent des désordres mentaux ou des peurs maladives. On peut se demander si ces désordres mentaux ont une réalité ou s’ils sont seulement la conséquence nécessaire, presque arithmétique, de la multiplication des psys de tout type, genre, sexe, ethnie, nationalité, depuis un siècle et demi, psys qui ont dû inventer des désordres mentaux, ne serait-ce que pour justifier leur propre existence. Jadis, il y avait des fous ; naguère, des aliénés ou des malades mentaux ; aujourd’hui, des agoraphobes ou des éreuthophobes…, les anciens mots folie ou aliénation étant rendus désuets par des mots en – phobie

C’est à partir de 1897 que les psychologues et psychopathologues français, à l’instar de leurs homologues anglais, commencent à employer phobie comme mot autonome, et non plus comme élément servant à former des noms composés. Phobie est enregistré dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) : « Peur morbide de certains actes ou de certains objets » (avoir la phobie de la parole publique, la phobie de l'automobile ; il a des phobies étranges). La définition n’est contaminée par le jargon psy, bien que la peur soit qualifiée de « morbide ». En revanche, les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) en rédigent une version psy : « (Psychopathologie) Symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée », définie qui est illustrée de cet extrait psy d’un psy : « Parmi les anomalies mentales, l’une des plus curieuses est celle qu’on nomme la phobie. Les analystes définissent, en général, la phobie comme une peur excessive qui a son origine dans une série complexe de situations et de rapports, et qui conduit à l’hostilité, à une agressivité refoulée ou à un sentiment de culpabilité très intense ». La modernité étant furieusement psy, le mot sort des cabinets de psy et des asiles d’aliénés pour désigner une « aversion très vive, irraisonnée ou une peur instinctive » (phobie de l’automobile, du mariage, des moustiques, de la poussière, du tabac, l’incendie). Le même phénomène d’extension de sens est noté par les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication) : « Réaction irraisonnée d’angoisse et de répulsion, suscitée de façon persistante et injustifiée par un être vivant, un objet ou une situation » et, « par affaiblissement », « aversion, répugnance instinctive pour un être, une chose, une situation ».

La liste des phobies est interminable, qu’elles soient exprimées par des mots composés (aérophobie, agoraphobie, hydrophobie, claustrophobie, gallophobie, germanophobie, héliophobie, hydrophobie, androphobie, anthropophobie, francophobie, théophobie, acrophobie, aquaphobie, bélénophobie, cancérophobie, dysmorphophobie, éreuthophobie, nosophobie, photophobie, sitiophobie, téléphonophobie, topophobie, etc.) ou par des syntagmes, du type phobie de l’automobile, le complément de phobie pouvant être n’importe quel nom du dictionnaire, au singulier ou au pluriel : maladie, christianisme, églises, femmes, enfants, arbres, fougères, insectes, éléphants, dinosaures, mammouths, etc. Voilà qui donne à cette énumération l’apparence d’un inventaire à la Prévert. La multiplication des psys a multiplié les phobies et la multiplication des phobies a multiplié les précautions à prendre pour se protéger des phobies, quasiment toutes imaginaires, ce dont les hommes politiques ont inféré la nécessité d’un « principe de précaution », qu’ils sont même allés jusqu’à faire inscrire dans la Constitution. Faut-il en rire ou en pleurer ? C’est au cœur de ces momeries bouffonnes qu’ont été fabriquées deux nouvelles phobies, qui n’ont pas plus de réalité que la phobie des dinosaures ou celle des cirons, à savoir l’homophobie et l’islamophobie, mais qui sont, comme le principe de précaution, éminemment politiques.

Au cours des trois dernières décennies, on a pensé que le mot islamophobie avait été fabriqué en 1980 par un « ministre » de Khomeiny. Il n’en est rien. Le mot islamophobie ne vient pas de Téhéran, mais de Paris. Le mot est français, et bien français, d’origine française 100% pure et garantie, française de souche, comme d’autres monstres tels vandalisme, nationalisme, terrorisme. La date de fabrication est connue : c’est 1910. L’islamophobie est donc centenaire et pour une centenaire, elle se porte de mieux en mieux, puisqu’elle est devenue la stigmatisation absolue, sans parade, terroriste des temples obscurantistes que sont les universités ou des bases guerrières que sont les mosquées. Le fabricant se nomme Quellien et se prénomme Alain. C’est un lettré. N’est-il pas docteur ? Diafoirus et Ballordus l’étaient. Pourquoi pas Quellien ? Le lieu où l’islamophobie a été fabriquée est un livre intitulé La politique musulmane de la France dans l’Afrique occidentale française qu’a publié l’éditeur orientaliste Larose en 1910. C’est là qu’est définie l’islamophobie : « Préjugé contre l’islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne » (p 133). La thèse de Quellien est résumée ainsi : « Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’Européen, l’islamisme (id est l’islam, conformément au sens que ce mot avait en français jusqu’en 1985) est la négation de la civilisation et la barbarie, la mauvaise foi, la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mahométans » (p 133).

Ce qui nourrit ou nourrirait, selon Quellien, ce préjugé, c’est la guerre sainte (le djihad), l’esclavage, la polygamie, le fatalisme. Un préjugé étant un jugement énoncé avant toute expérience ou toute connaissance de la réalité, il est évident que l’islamophobie, telle qu’elle est définie par Quellien, n’est plus un préjugé. Les dizaines ou centaines de millions de Merah, de talibans, d’Atta, de tueurs, de Ben Laden, d’ayatollahs, d’emprisonneurs de femmes, d’imams, de Qotb, de manieurs de sabre, de Moussaoui, de poseurs d’explosifs dans la foule, de Qaradaoui, de lapidateurs, de Morsi, de Ramadan, etc. etc. etc. en ont fait un jugement fondé en raison. La réalité a validé ce qui aurait pu apparaître en 1910 pour une erreur.

Quoi qu’il en soit, l’objectif de Quellien, en fabriquant le mot islamophobie, est de combattre le préjugé ainsi désigné et d’y opposer un éloge raisonné de l’islam : le musulman n’est pas un ennemi, l’islam est de la civilisation et il est juste d’attendre de ses adeptes de la civilité, de l’honnêteté et de la douceur. L’important est de savoir « de quel lieu » Quellien parle ou encore de comprendre quels sont ses présupposés et dans quel but il a attribué aux Français le préjugé d’islamophobie, qui est devenu aujourd’hui un crime encore plus monstrueux que ceux de Merah, Atta, Omar, Mohammed, etc. Quellien est breveté de l’Ecole coloniale et, au moment où il a écrit son livre, il exerçait au Ministère des Colonies les fonctions de rédacteur. C’est un affreux colonialiste, un colonialiste de la pire espèce, un penseur du colonialisme qui tient les noirs pour des « nègres » et écrit un péan à la gloire de l’empire que la France a conquis en Afrique occidentale. Elle a fait main basse sur le Sénégal, le Mali, la Mauritanie, la Guinée, la Haute-Volta, le Niger, etc. Quellien pense qu’elle doit conserver, quoi qu’il en coûte au peuple français, ce butin. Les populations de cet empire sont musulmanes et l’islam y est le principal, sinon le seul, facteur d’ordre. Grâce à l’islam, l’esclavage perdure, les femmes vivent cloîtrées, le commerce est prospère, les « nègres » restent des « nègres », etc. S’attaquer à l’islam revient à détruire ce bel ordre social. Ceux qui sont établis dans l’empire, fonctionnaires coloniaux ou officiers de la coloniale, sont irresponsables quand ils médisent de l’islam : ce faisant, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Voilà pourquoi Quellien fait de l’islamophobie un préjugé contraire aux intérêts, non pas de la France, mais de l’empire colonial.

Cette généalogie en dit long sur la transformation de ce « préjugé » (qui n’en est pas un) en racisme - plus long encore que la paternité de la chose longtemps attribuée aux sbires de Khomeiny. En 1910, l’islamophobie était contraire à l’intérêt impérial. Un siècle plus tard, elle est contraire aux intérêts des socialos, écolos, gauchos, cocos. En 1910, les colonialistes tablaient sur l’islam pour consolider l’empire. En 2012, les socialos se sont appuyés sur l’islam pour accéder au pouvoir. L’islam leur fournit hommes de main et électeurs à profusion. Ils ont donc la phobie de l’islamophobie, dont ils ont fait le crime raciste par excellence. Comme les colonialistes dans l’empire, ils vivent sur le pays et ils ont besoin de l’islam, de ses voix, de son ordre dans les « quartiers » pour continuer sur leur erre. Sans doute pas pour très longtemps, car ils s’effondreront plus vite que ne s’est dissipé l’empire.

 

10 novembre 2013

Suspension et rétropédalage

 

 

 

            On ne dira jamais assez à quel point la langue française est redevable, pour ce qui est de son « enrichissement », à M. de Hollande, ses conseillers, les ministres de son « gouvernement », les camarades de sa bannière… Bénis soient-ils ! On a eu droit à minable, normal, inacceptable (et équivalents innombrables), inversion de courbe, dérapage, pour tous, Madame de Maintenant, etc. Ces inoubliables contributions sont à la hauteur de leur rapacité de fonctionnaires à vie, vivant du berceau au tombeau de l’argent public qu’ils détournent à leur seul profit ou à celui de leur clientèle.

Aujourd’hui, c’est rétropédalage et suspension. Ces deux là sont dans un pédalo. Le premier tombe dans la mare. Que se passe-t-il ? Le second lui enfonce la tête sous l’eau. 

 

Rétropédalage est apparu à peu près en même temps que les premières techniques de bicyclette. Les cyclistes ont pu freiner ou changer de vitesse en pédalant « en arrière » ou vers l’arrière, c’est-à-dire en inversant le sens de rotation du pédalier et de la chaîne. Cela s’est produit dans les premières décennies du siècle dernier. M. de Hollande devrait commémorer le centenaire du rétropédalage : il conviendrait beaucoup mieux dans ce rôle de troupier drolatique que dans celui du héraut des poilus. Puisque le rétropédalage est devenu désuet dans les techniques de la bicyclette, le mot n’est plus employé que par métaphore pour désigner le « rétro-planning » : on établit le calendrier d’un projet à partir du jour où le projet doit prendre fin et en remontant le temps pour déterminer les diverses étapes qui doivent aboutir à la réalisation. Ou encore, depuis un an, il désigne les reculades du gouvernement de M. de Hollande, sans doute parce que les compétences de ce dernier ne vont pas au-delà de celles d’un « capitaine » de pédalo. Ces reculades ne sont pas des reculades, sinon par métaphore. Ce sont des renoncements, assez lâches d’ailleurs, à appliquer une loi votée par les représentants du peuple français (il est dans de beaux draps le souverain !) ou à faire voter par ces mêmes représentants une loi exigée pour éviter la faillite de l’Etat et des collectivités publiques.

            Il en va différemment de suspension, mot emprunté du latin et qui est attesté dans la langue française depuis le début du XIIe siècle. Aujourd’hui, le mot a d’innombrables emplois dans des domaines variés : électricité, automobile, chimie, musique, rhétorique, biologie, gymnastique, médecine, liturgie, horlogerie, athlétisme, hydrologie, pharmacologie, sports. Ces emplois modernes n’ont pas totalement effacé les emplois anciens du droit, de l’administration ou de la stratégie militaire, les seuls que relèvent les académiciens en 1694, 1762, 1798, 1835 : « surséance », « cessation d’opération pour quelque temps », « cessation d’actes d’hostilité », « action d'interdire un fonctionnaire public de ses fonctions pour un temps ». Or, c’est dans ce sens ancien de « surséance » qu’il faut entendre la célébrissime suspension de l’écotaxe, c’est-à-dire cessation momentanée d’application (comme la suspension des poursuites ou des paiements), du moins jusqu’à son inéluctable suppression.

            Ainsi M. de Hollande et les siens sont capables de remettre au goût du jour un mot fort ancien (suspension) et de mettre en circulation ou à la mode un emploi métaphorique nouveau (rétropédalage). De ce point de vue, ces gens-là sont de vrais magiciens. Il n’y a pas à en douter. N’ont-ils pas, en moins d’un an, transformé leur prédécesseur en homme politique d’exception, le plus lucide, le plus courageux, le plus intelligent, du XXIe siècle, tellement exceptionnel que l’Europe et le monde entier vont nous l’envier pendant un siècle ?      

 

 

 

07 novembre 2013

Antiracisme, vice à la mode

 

 

 

L’antiracisme est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’antiraciste est le meilleur qu’on puisse jouer depuis trente ans et la profession de foi antiraciste a de merveilleux avantages. C’est une imposture toujours respectée. Même découverte, personne n’ose s’élever contre elle. Les autres vices sont exposés à la critique et chacun a la liberté de les attaquer publiquement, mais l’antiracisme fait taire tout le monde et jouit d’une immunité souveraine. A force de grimaces, les antiracistes font de nous leurs otages. Qui en choque un se les jette tous sur le dos, et ceux qui agissent de bonne foi sont toujours dupes. Donnant dans le panneau des grimaciers, ils soutiennent aveuglément les singes. Combien dissimulent ainsi les folies racistes de leur jeunesse ? Combien se sont fait un bouclier du manteau de l’antiracisme et, sous cet habit respecté, ont la permission d'être les plus méchants hommes du monde ? On a beau connaître leurs intrigues, ils ne laissent pas d'être en crédit parmi nos compatriotes. Une tête baissée, un soupir mortifié, deux roulements d'yeux, une verte indignation transforment en or pur le vil plomb de leurs basses oeuvres ; et derrière cet écran, ils font prospérer leurs sales affaires.