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28 décembre 2013

Inversion

 

Encore un mot de M. de Hollande et de ses porte-serviette.

Inversion, emprunté du latin, est attesté dans la langue française ca 1530. Pendant plus de quatre siècles, il a conservé le même sens, celui qu’il avait en latin, à savoir le sens familier à ceux qui ont quelques lumières en grammaire : la célèbre « inversion du sujet », le sujet du verbe évidemment, pas celui du cogito cartésien. C’est le seul sens que les auteurs de dictionnaires enregistrent jusqu’au milieu du XIXe siècle : « (terme de grammaire) transposition, changement de l’ordre dans lequel les mots ont accoutumé d’être rangés dans le discours ordinaire » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694). D’une édition à l’autre de ce dictionnaire, la définition se répète quasiment inchangée : « Modification de l’ordre habituel des mots dans une proposition, une phrase » (neuvième édition, en cours de publication).

Dans les emplois qu’en fait M. de Hollande, l’inversion ne se rapporte pas au sujet du verbe, mais à la « courbe » du chômage, c’est-à-dire à une ligne continue définie par une abscisse et une ordonnée et qui est censée représenter l’évolution du chômage. Le chômage ne cessant de croître depuis 1981, M. de Hollande espère l’obliger à décroître. C’est ce à quoi il s’évertue, bien qu’il n’ait ni autre sésame ouvre-toi, ni autre formule magique que ceux de ses prédécesseurs socialistes, à savoir augmenter quasiment à l’infini le nombre des ayants-droit. En la matière, c’est un expert. Pendant plus de trente ans, de 1981 à 2012, il a suivi cette antique loi des parasites : vivre sur le pays ou prospérer sans jamais travailler grâce au travail des autres. S’il échoue, ce qui ne manquera pas d’arriver, sauf à tuer le pays, il lui restera quelques expédients : tronquer les chiffres, ne compter comme chômeurs que ceux qui se font inscrire dans les registres de chômage et, en dernier recours, présenter les graphiques tête-bêche, le bas en haut et inversement… Ainsi, l’inversion de la courbe sera effective.

Cette inversion attendue, espérée, souhaitée, annoncée, différée, etc. n’est que propagande dont l’écume est rapidement dissipée par un examen de la langue elle-même. Ce que nous apprennent les auteurs de dictionnaires, c’est que le vrai sens d’inversion n’est pas celui de la vieille grammaire, mais celui de la médecine. Les académiciens l’indiquent clairement dans la huitième édition de leur dictionnaire (1932-35) : « (médecine) anomalie consistant en ce fait qu’un ou plusieurs organes se trouvent du côté du corps opposé à celui qu’ils occupent normalement » (l’utérus par exemple) et « anomalie qui fait qu’un être du sexe masculin a des instincts sexuels féminins ou inversement ». Ce sens est confirmé dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « anomalie selon laquelle un organe est situé du côté opposé à celui où il devrait se trouver » ; « mutation expérimentale du sexe au moyen d’hormones » ; « anomalie qui consiste à éprouver l’attrait sexuel pour une personne du même sexe ».

L’inversion est une anomalie qui dénote de profondes perturbations de l’être. Après le mariage pour tous, l’inversion pour tous (et toutes, évidemment). Pour un programme, ça, c’est un programme, qui va faire entrer MM. de Hollande, Ayrault de Saint-Herblain, Sapin et la baronne Taubira du Moroni à l’Académie Vermot, celle de bonne blague. Pour l’éternité et à la meilleure place sur la tribune.  

22 décembre 2013

Programme

 

 

Ce fut aux XVIIe et XVIIIe siècles un mot de collège et de collégien. Richelet (1680) et Furetière (1690) le définissent respectivement ainsi : « Mot qui vient du grec et qui se dit en parlant des actions publiques des collèges : c’est un écrit qu’on affiche quelquefois et qu’on distribue d’ordinaire, et qui contient le sujet de l’action, les noms de ceux qui la représentent, etc. » et « terme de collège : c’est un billet ou mémoire qu’on affiche, qu’on donne à la main, qui invite à quelque harangue ou cérémonie de collège, et qui en contient à peu prés le sujet, ou ce qui est nécessaire pour l’entendre » (exemple : « les gens de collège envoient des programmes pour assister à leurs déclamations et à leurs tragédies »).

En bref, ce qui demeure de ce premier sens, c’est l’emploi que l’on peut faire de programme au théâtre, au cinéma, au concert ou à l’opéra : titre de la pièce ou du film ou de la symphonie qui vont être joués dans la salle idoine ; nom de l’auteur ; distribution ; etc. Entendu ainsi, un programme annonce avec des phrases ce qui va avoir une réalité sensible sur une scène ou un écran et entre les mots et les choses, il n’y a pas de « jeu » : les mots sont adéquats aux choses et le programme se réalise comme prévu.

 

Deux siècles plus tard, programme a quitté l’école pour envahir la politique. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est le premier lexicographe qui note cette extension de domaine ou ce débordement de sens : « Écrit qu’on affiche et qu’on distribue pour exposer le détail d’une fête publique, les conditions d’un concours, etc. ; il se dit aussi de l’annonce qui contient le sommaire d’un cours » et « (au figuré) indication générale d’une politique, d’une doctrine ». Dans le premier emploi, les mots sont ajustés aux choses ; dans le second, ils sont devenus nomades, comme des électrons libres, de sorte que la politique réellement menée n’a plus de rapport avec le programme qui l’annonçait. En passant des collèges à la politique, les programmes se sont faits des vecteurs de mensonge ou de tromperie. Mais comme dirait l’autre, les programmes n’engagent que les gogos qui les lisent.

Comme l’école en France a été absorbée par la politique, dont elle n’est plus qu’un appendice, les célèbres programmes scolaires sont à l’image de leurs aînés et de leurs modèles, les programmes politiques : trompeurs, faux (en partie ou en totalité), destinés à abuser plutôt qu’à émanciper ou à abêtir plutôt qu’à éclairer.

 

 

16 décembre 2013

Inclusion

 

 

 

            L’inclusion est un concept tout nouveau, produit dans les chaudrons de sorcières de Matignon et mis en vente (mais pas encore en solde) par un conseiller de cet Hôtel et de l’Etat, missionné par le chef du gouvernement. C’est un des nombreux avortons de M. Ayrault de Saint-Herblain, chef de la bannière socialiste du canton de Saint-Philbert de Grand-Lieu (sic), arrondissement de Nantes.

Tous les media à la botte s’en repaissent, comme ailleurs les vrais croyants ânonnent leur Allah akbar : « Inclusion, inclusion, inclusion, el hamdou li Allah ». Il est aisé de s’en gargariser, mais malaisé d’en établir le sens. Evidemment, ce qui saute aux yeux, c’est l’antonyme exclusion. L’inclusion est donc (mais en théorie) le contraire de l’exclusion, bannie de la République par la fameuse loi de Dame Aubry de Lille et de l’Or, des Trente-Cinq Heures et des Piscines homosexuelles (comprendre : réservées à un seul et même sexe, toujours le même, le sexe islamique). Comme personne ne sait ce qu’est l’exclusion ou comme l’exclusion est tout ce qui n’est pas inclusion, on est immédiatement à quia pour ce qui est de comprendre l’inclusion. Elle est le contraire de l’exclusion ! Et l’exclusion ? Le contraire de l’inclusion ! Il fallait y penser. M. Ayrault de Saint-Herblain n’est pas un serpent qui se mord la queue (encore que…), mais un penseur sachant penser sans son maître Hollande.  

            Trêve de plaisanteries ! Comme souvent en pareil cas, c’est la connaissance que l’on peut avoir de la langue (et il est aisé de s’en donner les moyens) qui établit le véritable sens, le sens caché ou impensé d’inclusion. Que les lecteurs s’accrochent à leur chaise ! Ils vont aller d’étonnements en surprises et vice-versa…    

 

            Le mot inclusion est emprunté du latin, langue dans laquelle il signifie « enfermement ». La France est censée être le pays des hommes libres ; et voilà qu’un chef de gouvernement et ses sbires leur imposent comme nouvel « horizon » (« indépassable », cela va de soi) un concept qui a pour sens fondamental « enfermement ». Dans la langue de l’Eglise, c’était la réclusion d’un ermite : mais la réclusion relevait du seul libre arbitre de l’ermite. L’enfermement du duo éro-tuo n’est pas une liberté, mais une sanction. L’intention cachée des sbires à Ayrault est-elle de transformer la France en une vaste prison et les Français en pénitents bagnards ?

            Les académiciens n’enregistrent ce mot qu’à partir de la neuvième édition de leur dictionnaire, celle qui est en cours de publication depuis 1994. Longtemps, ils se sont fait une certaine idée de la France et ils n’ont pas voulu y associer l’enfermement ou quelque autre monstruosité. Littré, en revanche, n’a pas ces scrupules. Dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77), il relève inclusion comme un « terme de tératologie », la tératologie étant la science qui étudie les monstres. Que les tératologues prennent dare-dare pour objet d’étude Ayrault, Tuot et leurs sbires, ils vont avoir de quoi faire pendant plus d’un siècle. La « monstruosité par inclusion » est celle, écrit Littré, « dans laquelle un ou plusieurs organes d’un fœtus sont enfermés dans le corps d’un autre individu ». Tuot est-il enfermé par inclusion dans Ayrault, ou inversement ? Et ces deux sbires (et leurs innombrables acolytes en sciences sociales) sont-ils enfermés par inclusion dans Hollande ?  

            Il ne faudrait pas croire que le sens tératologique d’inclusion soit caduc : il appartient toujours à notre présent (la preuve : le duo éro-tuo), comme l’attestent les dictionnaires. Les lexicographes du Trésor de la Langue française (1971-94) illustrent le sens de « présence d’un corps étranger dans un ensemble homogène auquel il n’appartient pas » par ces emplois en biologie (« corpuscules extrêmement petits qui se rencontrent, à l’état normal, dans le cytoplasma de leucocytes neutrophiles ; leur nombre augmente sensiblement en présence de certaines maladies »), métallurgie (« élément étranger appartenant à un métal ou un alliage dont la présence est due soit à une réaction chimique naturelle au cours de son élaboration, soit à la présence d'un agent étranger durant la coulée ou le moulage »), en minéralogie (« corps solide, liquide ou gazeux d’une nature différente de l’ensemble dans lequel il se trouve renfermé »), médecine (« monstruosité consistant en la présence d’un fœtus à l’intérieur d’un autre fœtus jumeau, due, selon certains auteurs, à la fécondation d’un seul ovule par deux spermatozoïdes ou, selon d’autres, à l’emboîtement d’un ovule fécondé dans un autre ovule fécondé »).

            On ne va pas baisser le rideau sur ces belles choses. Remettons-en une couche extraite de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française : « Présence d’un corps hétérogène à l’intérieur d’un milieu donné et, par métonymie, ce corps lui-même ; inclusion fœtale anomalie due à la présence d’un reste de fœtus à l’intérieur d’un fœtus jumeau ; petit élément hétérogène qui, enfermé dans un métal ou un alliage, peut en altérer les propriétés ».

            Avec l’inclusion, on n’est pas dans la science politique, encore moins dans l’art de gouverner, mais dans la plus barbare et la plus sauvage des tératologies, celle que des monstres veulent transformer en fondement de la France nouvelle, la France d’après, la France sans les Français, la France de l’inclusion fœtale.   

 

13 décembre 2013

Vox clamantis in deserto (la voix de celui qui crie dans le désert)

 

Jean Raspail, Le Camp des Saints, précédé de Big Other, roman, Robert Laffont, 2011. Quatrième édition chez cet éditeur après celles de 1973, 1978, 1985. Douze éditions en langues étrangères ; quatre éditions dans des collections de poche

 

 

Depuis près de quarante ans, ce roman, comme l’attestent les nombreuses éditions en langues étrangères et les nombreuses rééditions en français, a des lecteurs dans des générations successives, parfois très différentes les unes des autres et cela, bien que son auteur aborde un sujet difficile et souvent miné. C’est un « roman » sur la France actuelle, celle de 1973 et aussi celle d’aujourd’hui, mais un roman d’anticipation dans la mesure où ce qui est raconté dans quatre cents pages, à savoir l’invasion de la France par des millions de miséreux cupides et désireux de s’approprier des richesses de notre pays, ne s’est pas encore produit, en tout cas ne s’est pas produit sous les formes annoncées, sinon à deux reprises lors de l’échouage sur la Côte d’Azur et en Corse de navires en très mauvais état qui transportaient dans leur cale de milliers de clandestins syriens ou kurdes, lesquels, la justice ou les lois étant ce qu’elles sont, se sont aussitôt égaillés dans notre pays et fondus dans les masses croissantes d’étrangers attirés par les innombrables allocations, revenus de solidarité, aides, subsides, etc. qui sont prodiguées aveuglément et sans contrepartie d’aucune sorte à tout individu qui réussit à poser un pied sur le territoire de la France.

Ce roman anticipe ce que sera, selon le narrateur de cette histoire, l’état de la France dans x années, c’est-à-dire un pays envahi par des millions de migrants partis du delta du Gange, puis par d’autres millions venus d’Afrique et d’Asie, bref du monde entier, migrants en apparence « pacifiques », mais qui tuent, pillent, détruisent en quelques semaines le pays où ils ont réussi à aborder. Cette invasion est dite de la misère, par euphémisme bien entendu, pour atténuer ce que le mot invasion aurait de trop brutal, mot souvent remplacé par envahissement. Cela n’empêche pas que le phénomène décrit a toutes les caractéristiques d’une invasion qui substitue au peuple français des peuples à la peau plus ou moins foncée et qui ont choisi de s’approprier un paradis, avec (ce sur quoi insiste le narrateur) la complicité de la quasi-totalité des élites et même, osons le mot, la collaboration des populations immigrées déjà installées légalement ou illégalement en France et qui remercient le pays qui les a accueillis en participant allègrement à sa destruction. 

Il est quelques Français qui résistent, c’est-à-dire qui tentent d’utiliser les armes pour repousser les envahisseurs, à la manière de ces Français libres qui, à partir de juillet 1940, ont décidé de continuer la guerre aux côtés des Anglais pour libérer leur pays. En juillet 1940, ces Français libres étaient quelques milliers. Trente ans plus tard, mais dans le roman, ils ne sont plus que vingt – vingt individus sur une population de cinquante millions de personnes – qui se replient dans un village perché sur les hauteurs de la Côte d’Azur, « Camp des Saints » que le gouvernement légal, ayant renoncé à défendre la France, fait bombarder et détruire par l’aviation : en quelques instants, ces chasseurs bombardiers tuent ces Saints qui sont les seuls à résister, tandis que l’armée, les anciennes élites, les fonctionnaires se mettent au service des nouveaux maîtres du pays. 

En 1973, ce « scénario » semblait relever d’un prophétisme archaïque, celui-là même qu’exprime le XXe chant de l’Apocalypse, dont un extrait est reproduit en épigraphe sur la page qui suit immédiatement la page de titre du livre : « Les temps des mille ans s’achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des Saints et la Ville bien-aimée ». Il pouvait donc apparaître alors comme hautement improbable ; aujourd’hui, il est de plus en plus fréquemment envisagé comme une hypothèse plausible. Certes, dans cette hypothèse, les envahisseurs ne viennent pas du Gange, comme dans le roman, mais du monde entier et d’abord des rives proches du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Ce qui fait la force de cette hypothèse, en dépit d’une narration qui, à force d’être explicitement démonstrative, risque de ne rien démontrer, c’est, outre que le narrateur est sûr de son fait, la thèse selon laquelle il n’y a de richesses que d’hommes, comme disaient jadis les penseurs politiques, et la réalité lancinante de l’asymétrie démographique : d’un côté, en Europe, un grand manque d’hommes, de femmes, d’enfants ; de l’autre, au Sud, une prolifération foisonnante et sans cesse en croissance géométrique et non pas arithmétique d’hommes et de jeunes mâles désireux de s’accoupler, d’enfants qui deviendront rapidement des hommes, asymétrie doublée d’une asymétrie dans les richesses matérielles, ce qui produit ainsi un gigantesque appel d’air dans lequel s’engouffrent des millions de migrants.

De toute évidence, le narrateur est un « affreux » réactionnaire, comme deux ou trois de ses « héros » du camp des Saints, Calguès, Ragasès et Notaras, dont les mots à consonance grecque rappellent l’événement historique matriciel auquel se plie la France, à savoir la chute de Constantinople en 1453. Le roman se clôt sur une citation du « Prince Bibesco » : « la chute de Constantinople est un malheur personnel qui nous est arrivé la semaine dernière », phrase qui risque de devenir, si le scénario s’avère, celle des Français qui ne se remettront jamais de la fin de leur pays.

Le meilleur de ce roman tient sans doute à l’importance que le narrateur accorde à la mémoire, au souvenir, à l’histoire tragique des peuples, mais il est le seul dans son pays à vouloir se rappeler les grands faits du passé ; et surtout à l’analyse des facteurs qui ont conduit, non pas à l’invasion de la France, mais à la paralysie du peuple français incapable de réagir, parce que, depuis des décennies, ce peuple est anesthésié ou lobotomisé par des idéologies culpabilisantes, celles des médias et de la presse, des tiers-mondistes, des marxistes léninistes, des cathos de gauche, des protestants, des évangélistes, des marchands, des financiers, des syndicalistes, des enseignants, etc. et qui, à force d’être agoni d’insultes ou d’accusations, finit par ne plus vouloir qu’un destin : cesser d’être, disparaître ou dispar’être, se fondre dans une nouvelle humanité messianique, celle du tiers-monde, etc. On peut regretter une insistance désagréable sur la race et la couleur de la peau, faisant de cette invasion une guerre des races, dans la grande tradition ouverte par l’essayiste du XVIIIe siècle, Henri de Boulainvilliers, opposant les noirs et les basanés aux blancs, vision du monde qui pourrait empêcher de nombreux lecteurs d’adhérer au scénario probable du Camp des Saints. Il n’en reste pas moins que cet ouvrage compte parmi ceux qui vont marquer la littérature de notre pays.

 

 

 

 

 

09 décembre 2013

La Turquie en Europe : le retour

 

 

            Imaginons que la Turquie ait été ou soit restée « chrétienne ». L’hypothèse n’est pas absurde, puisque c’est en Cappadoce, en Arménie, à Smyrne, Chalcédoine, Constantinople, Nicée, que le christianisme s’est épanoui, avant que les Turcs, immigrés d’Asie centrale, ne conquièrent l’Asie mineure grecque ou arménienne et ne l’islamisent totalement par le sabre. Eh bien, nous pouvons être certains que les pays démocratiques d’Europe, sans en excepter un seul, et les autres pays démocratiques du monde refuseraient d’entretenir des relations politiques avec la Turquie. Tout ce qui a été objecté à la Grèce des colonels, au Chili de Pinochet, à l’Espagne de Franco, au Portugal de Salazar, à l’Allemagne d’Hitler (fascisme, racisme, violation des droits de l’homme, haine de la démocratie, mépris des femmes, etc.) nous serait seriné à longueur d’antenne pour que la Turquie soit maintenue hors de la sphère des pays civilisés. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec les pays qui font l’apologie des crimes contre l’humanité et que négocier avec ces pays, ce serait nier ce que l’on est. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec les pays qui ont été purifiés, ethniquement et religieusement, par la violence et que négocier avec ces pays, c’est se faire complice du racisme. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec un pays qui occupe, militairement et en violation de toutes les lois humaines, l’île de Chypre, que son appartenance à l’ONU et à l’Union européenne n’a pas préservée de malheurs que l’on croyait propres aux époques barbares, et que négocier avec ce pays, c’est faire prévaloir la force sur le droit. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec un gouvernement d’obédience wahhabite qui cherche à instaurer la charia et prône l’islamisation de la planète et que négocier avec ce pays, c’est s’humilier. Même si la Turquie chrétienne s’était trouvée en Europe, il aurait été jugé obscène ou inconvenant ou insultant pour ses millions de victimes que des démocraties envisagent la possibilité d’ouvrir des négociations pour qu’elle adhère un jour, non pas dans quinze ou vingt ans, mais dans un siècle ou deux, à une construction politique, laquelle se flatte, dans son projet de constitution, d’être fondée sur la « dignité humaine », les droits de l’homme, les libertés, la solidarité, etc. et dont la valeur suprême est, prétend-elle, le respect de la « personne humaine ».

            En vérité, ce que montre l’adhésion en cours, c’est que la Turquie jouit de traitements hors du commun et qu’elle bénéficie, avant même d’intégrer l’Europe, de privilèges inouïs. Les dirigeants de l’Union européenne sont même prêts à piétiner sans scrupule, sans hésitation, sans état d’âme, sans remords, tous les beaux principes, toutes les bonnes intentions, toutes les admirables professions de foi dont ils gargarisent, et ce, pour intégrer un pays d’Asie à l’Etat politique qu’ils ambitionnent d’établir en Europe. Sont-ils devenus fous ? La raison politique leur fait-elle perdre la raison ? Ou bien est-ce parce que la Turquie est islamique qu’il faut qu’elle devienne européenne ? Est-ce l’islam qui la sanctifie ? Est-ce que l’islam est tabou ? Ou bien est-ce parce que le sabre de l’islam terrorise les dirigeants de l’Europe que, ceux-ci, par lâcheté ou veulerie, se préparent, comme Daladier et Chamberlain, à la servitude ?

 

            L’aveuglement est d’autant plus incompréhensible qu’il rompt avec une lucidité ancienne. Il fut un temps – hélas révolu – où les élites de France et d’Europe n’hésitaient pas à tenir sur la Turquie et sur l’islam un discours sans fard.  Voici, entre autres exemples, dans quels termes insolents Victor Hugo, dans La Légende des Siècles (Partie III l’Islam), décrit Mahomet le prophète : « Le divin Mahomet enfourchait tour à tour / Son mulet Daïdol et son âne Yafour ; / Car le sage lui-même a, selon l’occurrence, / Son jour d’entêtement et son jour d’ignorance. »

Voici encore le poème intitulé « 1453 » qu’il consacre, dans la partie VI de la Légende des siècles, au siège de Constantinople et dans lequel il prédit (ce en quoi il s’est bien trompé) que la France libèrera les territoires byzantins que Mehmet (Mahomet en turc) a conquis cette année-là :

« Les Turcs, devant Constantinople, / Virent un géant chevalier / A l’écu d’or et de sinople, / Suivi d’un lion familier. / Mahomet Deux, sous les murailles, / Lui cria : « Qu’es-tu ? » Le géant / Dit : « Je m’appelle Funérailles, / Et toi, tu t’appelles Néant. / Mon nom sous le soleil est France. / Je reviendrai dans la clarté, / J’apporterai la délivrance, / J’amènerai la liberté »…

            Ce dont on est sûr, c’est que cette prédiction ne sera jamais réalisée et que ni Hollande, ni Moscovici, ni Mamère, ni Fabius, ni Cohn-Bendit « n’amèneront la liberté » et qu’eux aussi, comme les collabos, ils préfèreront la servitude à la « délivrance ».

Quand ils étaient « grands », cultivés, épris de vérité, soucieux d’histoire, les écrivains de France savaient qui étaient les Turcs. Voici les crimes que Victor Hugo, dans La Légende des siècles, attribue à l’un des innombrables conquérants turcs, le Sultan Mourad :

« Dans son sérail veillaient les lions accroupis ; / Et Mourad en couvrit de meurtres les tapis ; / On y voyait blanchir des os entre les dalles ; / Un long fleuve de sang de dessous ses sandales / Sortait, et s’épandait sur la terre, inondant / L’Orient, et fumant dans l’ombre en Occident. »

Le recueil poétique Les Orientales, publié en 1829, est un inventaire des crimes contre l’humanité commis par les Turcs, au début du XIXe siècle, dans les territoires grecs qu’ils ont colonisés pendant quatre siècles. Les « massacres de Chio » sont un événement historique que Victor Hugo, en poésie, et Delacroix, en peinture, ont rendu célèbre. Le poème intitulé « L’enfant » commence ainsi : « Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil » ; et se il termine par ces deux vers : « Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus, / Je veux de la poudre et des balles ». Deux siècles plus tard, ce sont des montagnes d’euros dont les dirigeants de l’Union vont dépouiller les citoyens d’Europe et qu’ils offriront aux Turcs. Ce ne sont plus des aides qu’ils versent, c’est l’impôt de dhimmitude ou jiziya dont ils s’acquittent.

 

Victor Hugo n’est pas le seul, ni le premier à avoir dit sans fard la vérité sur les Turcs et sur l’islam. Dans le Discours sur les sciences et les arts (1750), Jean-Jacques Rousseau, qui pensait bien en toute occasion et dont le Contrat social a sans doute inspiré Hollande, Moscovici, Cohn-Bendit et la clique turcophile, expose les facteurs qui ont produit, à la fin du XVe s., la Renaissance des arts et des lettres en Europe. C’est la stupidité turque qui a suscité la Renaissance de l’Europe.  

« L’Europe était retombée dans la barbarie des premiers âges. Les peuples de cette partie du monde aujourd'hui si éclairée vivaient, il y a quelques siècles (comprendre : au Moyen Age), dans un état pire que l'ignorance. Je ne sais quel jargon scientifique, encore plus méprisable que l’ignorance, avait usurpé le nom du savoir, et opposait à son retour un obstacle presque invincible. Il fallait une révolution pour rame­ner les hommes au sens commun ; elle vint enfin du côté d’où on l’aurait le moins attendue. Ce fut le stupide Musulman, ce fut l’éternel fléau des lettres qui les fit renaître parmi nous. La chute du trône de Constantin (id est la prise de Constantinople en 1453) porta dans l’Italie les débris de l’ancienne Grèce. La France s’enrichit à son tour de ces précieuses dépouilles. Bientôt les sciences suivirent les lettres ; à l’art d’écrire se joignit l’art de penser ; gradation qui paraît étrange et qui n’est peut-être que trop naturelle ; et l’on commença à sentir le principal avantage du commerce des Muses, celui de rendre les hommes plus sociables en leur inspirant le désir de se plaire les uns aux autres par des ouvrages dignes de leur approbation mutuelle. »

Les écrivains européens n’ont pas été en reste avec Rousseau ou Hugo. Parmi tous ceux qui ont résisté, il convient de rendre hommage au Bulgare Ivan Vazov, auteur de « Sous le joug » (paru en 1889), un roman admirable qui raconte les crimes abominables que les Turcs ont commis pour maintenir sous leur sabre sanglant les courageux habitants de Bulgarie. C’est un roman dont la lecture devrait être rendue obligatoire à l’ENA, à l’Assemblée nationale, au Parlement européen, à la Commission de Bruxelles et dans toutes les institutions de l’Europe. Il éclairerait peut-être Hollande, Cohn-Bendit, Moscovici et alii, mais il n’est pas certain que les aveugles veuillent recouvrer la vue. Vivre dans les ténèbres repose, comme vivre couché.

 

            Malgré tout, essayons de braquer un faisceau de lumière sur quelques faits, dont les puissants du jour ont décidé qu’ils allaient rester dans l’ombre. En 1920, un traité de paix a été signé à Sèvres entre les puissances victorieuses de la guerre de 1914-1918, dont la France et l’Angleterre, et l’Empire ottoman, qui avait été l’allié fidèle de deux Reich : l’Allemagne et l’Autriche. C’est un traité admirable qui prévoyait la création dans la partie orientale de la Turquie actuelle d’un Etat arménien, libre, souverain et indépendant, avec des frontières reconnues par la communauté internationale et garanties par le président des Etats-Unis d’Amérique, et où les survivants du grand massacre de 1896, des massacres d’Hadana en 1909 et du génocide des années 1915-1916 auraient dû trouver refuge. Il prévoyait aussi la création dans la partie méridionale de la Turquie d’un Etat kurde, libre, souverain et indépendant. Si les Kurdes en avaient bénéficié, ils n’auraient pas subi les massacres de masse que leurs voisins leur infligent depuis près de trois-quarts de siècle. Il prévoyait enfin la restitution aux Grecs de la façade maritime de la partie occidentale de la Turquie. Il prévoyait que les 7 ou 8 millions de Turcs d’alors conserveraient la moitié du territoire de la Turquie actuelle, ce qui équivalait à la superficie de l’Italie. Or, et cela ne s’est jamais vu dans l’histoire de l’humanité, les Turcs ont rejeté la signature de leurs propres autorités et, sous la direction d’officiers allemands, ils ont mené une guerre sans merci pour annuler le traité de Sèvres, qui ne leur convenait pas. Ce fut la première capitulation des puissances européennes. 

La « laïcité » prend trois formes dans le monde, là où elle existe, loin des théocraties que sont l’Arabie saoudite, l’Iran, la Mauritanie, le Soudan et quelques autres pays méprisables : la séparation de l’Etat et de la religion, la sécularisation, le contrôle de la religion par l’Etat. Lorsque la religion est séparée de l’Etat, comme c’est le cas en France, l’Etat ne construit ni église, ni mosquée, ni synagogue, ni temple, ni cimetières privés, il ne rémunère pas les ministres du culte. La contrepartie est qu’il lui est interdit d’intervenir dans les affaires religieuses et de contrôler le clergé, qui retrouve ainsi, bien qu’il soit appauvri, une liberté presque totale. Le phénomène de sécularisation que l’on observe en Europe et en Occident depuis un demi-siècle (ou plus) se caractérise par des mutations qui touchent le christianisme et le judaïsme. Alors que ces religions sont censées s’occuper en priorité des relations avec le Ciel, peu à peu, elles se « sécularisent ». Le christianisme qui, en théorie, est une religion du salut se tourne de plus en plus souvent vers des activités sociales. Le judaïsme perd peu à peu sa vocation juridique, en acceptant les lois des pays dans lesquels les Juifs vivent. Le terme « laïcité » sert aussi à désigner le contrôle de la religion par l’Etat. C’est la solution détestable qu’ont adoptée les régimes communistes, quand ils se sont lassés de persécuter les chrétiens. Ce sont ces formes que prend la laïcité dans quelques pays arabes et musulmans, tels que l’Algérie (du temps de Boumedienne), de l’Irak sous Hussein, de l’Egypte de Nasser, de la Syrie sous Assad et surtout de la Turquie de Mustapha Kemal, dit Atatürk, et d’Ismet Inonü, entre 1923 et 1950. La laïcité à la turque dont on nous rebat les oreilles est la forme totalitaire et haïssable que prend la laïcité. En réalité, c’est une pseudo laïcité. Il vaudrait mieux dire, pour désigner cet état de choses, « soumission de la religion à l’ordre politique ».

Or, en Turquie, même cette pseudo laïcité est morte, comme elle est morte en Egypte ou en Irak. En effet, pendant dix ans, entre 1950 et 1960, la Turquie a été gouvernée par un parti islamique, dont la politique a consisté à annuler la plupart des lois, dites à tort laïques, de Mustapha Kemal. Les confréries qui ont islamisé les Turcs et l’Asie mineure ont été à nouveau autorisées, l’enseignement de la seule religion islamique a été rétabli dans les écoles publiques, et il a été imposé aux non musulmans, l’Etat a créé des écoles de formation d’imams et de prédicateurs, dont le premier ministre actuel, Erdogan, a été l’élève assidu, les chrétiens et les juifs qui ont survécu aux massacres ont été contraints de se taire et ils se sont terrés dans leur coin, victimes de discriminations immondes. Evoquer la laïcité à propos de la Turquie, c’est croire que la démocratie a existé en URSS, c’est invoquer le dahu ou le zombie, c’est tromper les Européens en leur faisant croire aux fantômes.

Malgré les attentats, les massacres de masse, les crimes contre l’humanité qui se produisent chaque jour dans les pays musulmans ou dans les pays qui ne sont pas dans la sphère d’influence de l’islam, les démocraties croient qu’elles vont « garder leur âme », en négociant ou en collaborant avec l’islam qui inspire, provoque ou organise ces attentats, massacres, crimes contre l’humanité. Que cet islam soit politique, frère musulman, wahhabite, salafiste, de prédication ou autre, peu importe. Les tragédies du XXe siècle nous ont appris que ceux qui composaient avec la Bête immonde, non seulement perdaient leur âme, mais aussi se suicidaient. Le parti qui gouverne la Turquie et qui contrôle tous les organes du pouvoir n’est pas celui de Mustapha Kemal, il n’est pas non plus le parti social démocrate d’Ecevit, c’est un parti wahabite, financé par les Saoudiens, c’est le parti du sabre et des mosquées, des turbans et des voiles,  de la haine des femmes, des étrangers, des chrétiens, qui professe les mêmes croyances que Ben Laden et ses acolytes et dont il ne se distingue que par la stratégie. L’islam politique a deux objectifs. Le premier est la ré-islamisation sur le modèle saoudien des pays musulmans et de tous les musulmans, où qu’ils vivent. Le second est l’islamisation de la planète – c’est-à-dire l’imposition à toute l’humanité de la « loi » islamique. Le Turc Erdogan, qui est l’âme damnée des Saoudiens, pense atteindre le second objectif, quand le premier aura été réalisé ; Ben Laden pensait parvenir aux deux objectifs en même temps : voilà ce qui les sépare. C’est de l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette.