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14 janvier 2014

Humoriste

 

 

 

Dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, du Dictionnaire de l’Académie française, ce n’est pas la définition du nom humoriste (« personne qui a le don de l’humour et qui l’exerce dans différents domaines ») qui attire l’attention, même si l’extension de cette dénomination à des individus comme Bedos, Aram ou Dieudonné, qui n’ont aucun don en matière d’humour, est sans doute un solécisme, ni même l’exemple qui l’illustre (« Alphonse Allais, Tristan Bernard sont de célèbres humoristes »), mais le fait que, dans ce dictionnaire, l’entrée humoriste soit précédée d’un astérisque, lequel signale que le mot est enregistré pour la première fois dans cette édition-là du dictionnaire. Or, humoriste figure dans des éditions antérieures : la quatrième (1762), la cinquième (1798), la sixième (1835), alors qu’il disparaît de la septième et de la huitième éditions (1878 et 1932-35). Ce que signale l’astérisque en réalité, c’est que le sens dans lequel humoriste est enregistré dans la neuvième édition est tout nouveau ou tout récent et qu’il est emprunté de l’anglais. Il est donc, dans l’esprit des académiciens, un néologisme sémantique, mais un néologisme illusoire, puisque le mot est attesté dans le sens d’amuseur public dans la seconde moitié du XIXe siècle, période de l’histoire qui est marquée, avec les pétomanes et autres comiques troupiers, par le triomphe du rire, non pas le rire qui libère, mais le rire des certitudes grasses qui enferme les rieurs dans leurs préjugés morbides. Le rire n’est pas le propre de l’homme, mais ce qu’il y a de sale en lui.

L’histoire des anciens sens du mot humoriste, nom ou adjectif, révèle tout cela. Attesté à la fin du XVIe siècle comme adjectif, il se dit « dans le style familier », précisent les académiciens, « d’un homme qui a de l’humeur, avec lequel il est difficile de vivre » (DAF, 1762, 1798, 1835). Selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1872-77), ce sens-là (« difficile à vivre ») tend à sortir de l’usage. Des humoristes des siècles classiques, on peut légitimement affirmer, sans verser dans l’anachronisme, qu’ils étaient contre le « vivre-ensemble » et qu’au lieu de cimenter la société autour d’une (belle) idée ou d’une (grande) valeur, ils excellaient à la diviser. C’était des adeptes de la dénégation, comme l’indique cet exemple du poète Delille qui écrit : « Cet humoriste / Dont la hargneuse déraison / Dans la société vient verser son poison ». Selon Delille, l’humoriste est « fou », il est « hargneux » et il empoisonne la société. Il n’est pas de définition d’humoriste mieux ajustée à la situation actuelle.   

Dans les siècles classiques, le nom humoriste désignait aussi des « médecins » appartenant, selon les auteurs de l’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72) à « la secte galénique » : « leur doctrine consistait principalement à attribuer la plupart des maladies aux seuls vices des humeurs, qu’ils faisaient consister dans leur intempérie ou leurs qualités viciées, lorsqu’elles ne se tempèrent pas les unes les autres et qu’il y en a de dominantes ». Les académiciens en 1798 écrivent : « humoriste se prend aussi substantivement pour signifier les médecins galénistes qui attribuent la plupart des maladies au seul vice des humeurs ». Ces humoristes-là croyaient donc, en dépit de toute expérience, dans la justesse de théories fumeuses, manifestement erronées et sans autre fondement que l’autorité d’un médecin de l’Antiquité.

Rien n’a changé de ce point de vue. Les humoristes Dieudonné, Bedos, Aram, Ruquier, Moustapha, Semoun, etc. continuent les médecins de Molière. Ils n’ont aucun don pour l’humour et n’amusent personne, mais, comme les galénistes, ils propagent sur toute chose des thèses fausses ou mensongères et, comme les mauvais coucheurs des siècles passés, ils sont des adeptes de la négation.

 

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