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29 janvier 2014

La théorie du genre fait mauvais genre

 

 

 

 On n’en finit pas avec genre. En veux-tu en voilà : syndicats bien pensants, enseignants du premier et du second degrés, magistrats, policiers, inspecteurs du fisc, gendarmes, tout le monde est obligé de s’y mettre, sous peine de sanction ou de réprimande par les matons que sont Mmes Taubira, Belkacem, Bertinotti ou MM Peillon, Ayrault, Delanoë, etc.

Les célébrissimes « gender studies », qui renouvellent les disputes sur le sexe des anges, lesquels sont, comme chacun le sait, « non gendrés », n’ayant pas encore décidé de leur genre, sont au programme des classes de première des lycées français. Ce mot gender se traduit ou est transposé dans le sabir des sciencieux et des cultureux par genre. Il faut dire les « études de genre », en employant genre sans déterminant, et non pas « étude du genre » des mots, masculin ou féminin, comme à l’école de jadis, ce qui ferait ringard et bien sûr dépassé, archaïque, mis dans le formol, passéiste, conservateur, moyenâgeux ou inutilement insolent. En anglais, gender a deux sens. C’est, si l’on se réfère à l’Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English : « 1. grammatical grouping of words, nouns and pronouns, into classes (masculine, feminine and neuter). 2 sex (being male ou female) ». La moins mauvaise traduction de ces gender studies (ou theory) pourrait être « études (ou théorie) de sexe », ce mot étant entendu dans le sens de « sexuation » ou de « devenir sexuel ».

Pourtant, la difficulté n’est pas là, mais dans l’origine lointainement identique de genre ou en anglais gender, au sens « d’ensemble d’êtres ou d’objets ayant la même origine ou liés par la similitude d’un ou de plusieurs caractères » (Trésor de la langue française, 1971-94) et de gendre, au sens de « celui qui a épousé la fille de quelqu’un, et à qui l’on donne ce nom par rapport au père et à la mère de la fille » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762). Ces deux mots, qui se ressemblent, ont le même étymon latin ou indo-européen, l’un et l’autre ayant un rapport avec la génération. Gendre se dit en latin gener (génitif generi) ; genre, genus (génitif generis). Le mot latin genus a pour sens « origine, naissance, lignée, famille, race, souche, extraction, sang » ou « peuple, nation » et par extension « espèce, genre, sorte, manière » ou « rejeton, fils, enfant », tandis que le gener (ou gendre) est celui qui, à la suite d’une alliance matrimoniale, donne des descendants à la lignée et fait se maintenir la famille, la race, la souche.

Dans l’histoire de la langue française, il est arrivé que genre se soit dit gendre. Au début du XIIe siècle, le gendre, dans l’ancien français d’alors, n’était pas l’époux de la fille de la famille, mais avait pour sens « sorte » ou « type ». Ou encore, ce même mot a signifié aussi au XIIIe siècle « sexe », comme en anglais. Littré, dans la définition qu’il donne du « terme de grammaire » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), s’abuse quand il renvoie le genre (grammatical) au sexe : « propriété qu’ont les noms de représenter les sexes, et, dans certaines langues, l’absence de sexe », proposition qui n’a de validité que pour les noms désignant des êtres vivants. Elle ne se vérifie pas toujours chez les êtres humains : recrue et sentinelle désignent des êtres humains de sexe masculin, et les noms de fonction ont toujours été « neutres » pour ce qui est du sexe, en dépit de M. Jospin et de Mme Trautmann, qui ne fut jamais ministresse. La remarque de M. Littré est exacte pour ce qui est du fait « les langues romanes ont supprimé le genre neutre qui appartenait au latin », mais aventurée pour ce qui est des causes : « qui en effet ne répondait plus à aucune distinction effective entre mâle et femelle ».

Gendre, terme de parenté, ne présente guère d’ambiguïté sémantique. Il en va différemment de genre. C’est un terme de taxinomie ou de classement qui consiste, non pas le mot bien entendu, mais l’opération intellectuelle à laquelle il réfère, à distinguer, séparer, discriminer, établir des classes et des hiérarchies et à y confiner des êtres humains. Le mot désigne aussi des distinctions que l’on fait dans les arts : « genre signifie encore la manière, le goût particulier dans lequel travaille un peintre, un sculpteur ; il se prend aussi pour le style et la manière d’écrire ; la rhétorique divise le discours oratoire en trois genres, le démonstratif, le délibératif et le judiciaire ; la grammaire latine divise les noms en trois genres, le masculin, le féminin et le neutre » (Dictionnaire de l'Académie française, 1762). Le genre, c’est de la discrimination et des classements selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « caractère commun à diverses espèces ; ce qui comprend plusieurs espèces » ; « sous le genre être vivant, il y a deux espèces comprises, l’animal et le végétal ; genre supérieur, celui qui a plus d’extension qu’un autre ; genre suprême, celui qui ne peut plus devenir espèce relativement à un genre supérieur ». Ou encore : « terme d’histoire naturelle, assemblage de corps organiques ou inorganiques qui constituent des espèces, et qui se ressemblent par quelques caractères communs » (« dans le système de Linné, les classes se divisent en ordres, les ordres en genres et les genres en espèces et toute plante a deux noms, celui du genre et celui de l’espèce »). La consultation de l’article genre du Trésor de la langue française donne des résultats encore plus convaincants pour ce qui est de la fonction taxinomique de genre. C’est « l’idée générale ou la classe d’êtres ou d'objets qui possèdent un ou plusieurs caractères communs » et, en taxinomie, biologie animale et végétale, le « niveau de la classification des êtres vivants, placé sous la famille au-dessus des espèces ». Les locuteurs ont assimilé le principe classificateur qui est à l’œuvre dans genre, puisqu’ils emploient dans la langue courante d’innombrables locutions qui réfèrent à ce principe : être le genre de quelqu’un, du même genre, de tous (les) genres, de tout genre, en tout genre, en tous genres, dans tous les genres, dans le genre, dans, en + possessif + genre, dans le genre de, etc.

De toute évidence, la théorie du « devenir sexuel » des êtres humains a été élaborée (« construite ») par des cervelles progressistes qui, conscientes qu’elles ne feront jamais la révolution sociale, la seule qui vaille, se sont rabattues sur des ersatz, où le risque de se voir défoncer le crâne à coups de piolet est nul et où l’on peut faire la révolution en robe de chambre : les sciences humaines, le langage, la littérature, les arts, la sexualité, etc. Le problème, justement, est que le progressisme affiché (faire table rase, tout se vaut, on ne discrimine pas, pas de distinction, etc.) est contredit par l’inconscient de la langue, à savoir, pour ce qui est de genre et de gendre, le retour à la lignée, la race, à la souche, aux classements, aux hiérarchies, à la distinction et aux distinctions de tout ordre. Cette révolution du « genre » est d’un genre impayable, comme on n’en a jamais vu encore. C’est le retour à l’archaïque. On fait la révolution pour revenir dare-dare là d’où le genre humain est parti. Beau programme de « déconstruction », à dire vrai.

Cette « révolution » dans les concepts se résume à deux ou trois proposition, du type « ce sont les rapports ou les codes sociaux qui déterminent le sexe d’un individu ou les choix sexuels d’un individu » ; en bref, on ne naît pas mâle (ou femelle), on le devient. La même soupe idéologique a été servie il y a une vingtaine d’années dans la revue Social Texts. Elle se ramenait à un brouet du type « les connaissances données par les sciences ne viennent pas des faits ou d’une étude des faits, mais des conditions sociales à un moment donné » ; en bref, c’est la société qui fait la science, ce qui n’est qu’une resucée des thèses de Staline, Lyssenko ou Mao. Il a suffi que deux véritables scientifiques, Sokal et Bricmont, démontrent l’absurdité de ces thèses (Impostures intellectuelles, 1997) pour que, d’un coup, elles apparaissent à tous pour ce qu’elles sont, de la fumée, de la bonne blague, du foutage de gueule, etc. Les gender studies sont de la même farine. Que des aigrefins essaient de les fourguer à l’Educ nat, aux gogos de M. Ayrault, à Mme la baronne T…, aux magistrats du SM, aux journaleux, est dans l’ordre des choses. Ils sont les gendres de la sexuation, c’est-à-dire les beaufs de la science sociale, mais des beaufs instruits, pas des Bac – 15.   

 

 

27 janvier 2014

Répudier

 

 

 

 

« Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler », a déclaré M. Hollande.

Quelques rares Français ont été étonnés, non pas de la fin de ce sinistre vaudeville (il fallait qu’il cessât), mais des mots employés par M. Hollande. La vie de Mme Treierweiler et de M. Hollande étant « commune » ou supposée commune, bien que tout laissât penser que M. Hollande découchait, et « commune » signifiant qu’elle était propre à l’un et à l’autre – ce qu’indique aussi le verbe partager, qui résonne tel un slogan socialaud, comme il faut écrire maintenant -, on attendait que, d’un commun accord, ils convinssent de mettre fin à leur « couple ». Dans un pays civilisé et de haute culture, fortement ancré dans l’histoire du monde, le communiqué aurait contenu les phrases suivantes : « Mme Trierweiler et M. Hollande font savoir que, d’un commun accord, ils mettent fin à la communauté qu’ils formaient » ou « à la vie commune qu’ils partageaient ».

Le communiqué réel est tout différent. C’est M. Hollande qui fait savoir et c’est lui qui met fin au couple qu’il formait avec Mme Trierweiler. De toute évidence, la décision vient de lui et de lui seul. Dans ces conditions, le verbe « mettre fin à » qu’emploie M. Hollande est impropre ; ou bien c’est un euphémisme qui dissimule une réalité brutale, contraire à la loi et à toute morale, cette réalité ayant pour nom en bon français répudiation.

Répudier est attesté en français dès le XIIIe siècle comme verbe et non pas comme phénomène, puisque les auteurs de dictionnaires illustrent le sens de répudier de cet emploi : « la religion chrétienne défend de répudier sa femme ». Il est vrai que M. Hollande n’a que faire de la religion, sauf si cette religion est l’islam, encore moins de ce qui est chrétien, et n’a jamais eu de « femme » (au sens d’épouse). Les définitions des dictionnaires sont sans ambiguïté. Répudier, c’est « renvoyer sa femme, lui déclarer qu’on fait divorce avec elle » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, 1798, 1835). Certes, d’une édition à l’autre, la définition perd de sa brutalité : « suivant les formes légales », ajoutent les académiciens en 1798, 1835, 1932, ou encore Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « Renvoyer sa femme suivant les formes légales ». Dans l’affaire de répudiation que subit la malheureuse France, il y a eu des « formes », impérieuses, brutales, discourtoises, mais pas « de formes légales ». Ce fut au bon plaisir du monarque – mérovingien, faut-il préciser, qui transformait épouses et concubines en jouets de ses caprices.    

Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) distinguent la répudiation du divorce : « dans certaines législations, notamment antiques, renvoyer sa femme par une décision unilatérale selon des formes légales ou coutumières (par opposition au divorce qui suppose une décision de justice) ». Pour que tout soit dit, il faut rappeler l’étymologie, non pas de répudier, qui est emprunté au latin, mais du verbe latin repudiare, formé de « re et de pudere, avoir honte », écrit Littré. Oui, M. Hollande avait honte de Mme Trierweiler. Celle-ci n’a jamais été « la première dame de France », pauvre transposition du first Lady des Américains et statut ou honneur qui n’a pas d’existence dans les lois de la France, mais elle est la première répudiée de France. M. Hollande se tient pour un pacha turc, un cheikh égyptien et un gros musulman bouffi, que la loi islamique autorise à répudier leurs femelles, ce qu’ils ne se privent pas de faire. Il leur suffit de prononcer trois fois en public « je te répudie », ce en quoi M. Hollande ne les a qu’en partie copiés : il s’est contenté d’un seul communiqué.

Mme Trierweiler était un paquet « en souffrance », selon le prof d’hist-géo Falorni. La voilà répudiée. Elle entre dans l’histoire moderne de la France avec le titre de « première répudiée de France ». Les féministes se tiennent coites. Elles tremblent dans leur froc à l’idée d’affronter la Bête immonde. La ministre du droit des femmes et de l’égalité hommes femmes ne moufte pas mot : la répudiation, c’est dans sa culture. Enfin tout ce beau linge est « de gauche » - donc innocent, irresponsable, prétentieux, cupide, etc. Tout lui est naturellement dû, et surtout le « respect ».  Ô la Gauche, que de crimes se dissimulent sous ta probité candide et ton ample manteau blanc !

 

25 janvier 2014

Entrepreneur

 

 

On se souvient peut-être de la saillie d’un président des Etats- Unis d’Amérique qui, voulant discréditer la France (il est vrai que ses gouvernants offrent généreusement les verges pour faire battre le pays qu'ils administrent), s’était écrié que la langue française ignorait jusqu'au mot entrepreneur, persuadé que ce dernier mot était américain. Il croyait démontrer ainsi que la France était un pays placé sous la tyrannie d’un Etat tout puissant – ce qui n’est pas totalement faux. Il y a quelques jours, la correspondante à Paris de Newsweek a repris, dans un article traitant de la « chute de la France », cet argument linguistique, qui n’est pas linguistique et qui n’est pas un argument non plus, plutôt un contre-argument ou un anti-argument, qui s’est retourné contre ceux qui s’en servent, puisque les rieurs ont immédiatement rappelé à cette journaliste, ce qu’ils avaient fait antérieurement à M. Bush (W ou Bush junior), que entrepreneur était un mot français et même formé par des Français, et que les Anglais s’étaient contentés de l’emprunter paresseusement au français.

Ce mot est attesté au XIIIe siècle, à une époque où les Etats-Unis d’Amérique n’avaient pas d’existence et où l’Angleterre était une petite puissance, tout entière confite en dévotion pour la France. Les auteurs de dictionnaires l’enregistrent dès le XVIIe siècle avec un sens qui est toujours en usage dans entrepreneur en maçonnerie, par exemple : « Qui entreprend un bâtiment pour un certain prix » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694) ; « Celui, celle qui entreprend à forfait quelque ouvrage considérable, comme des fortifications, un pont, le pavé d’une ville, la fourniture des vivres, etc. » (idem, 1762). Richelet dans son Dictionnaire des Mots et des Choses (1680) relève l’emploi de ce nom au féminin : une entrepreneuse, nom défini ainsi en 1762 dans le DAF : « Il s’emploie quelquefois au féminin, en parlant d’une femme qui entreprend quelque besogne et qui a plusieurs ouvrières sous elle ». Au XVIIIe siècle, les philosophes des « Lumières » étaient libéraux ; au XXe siècle, les philosophes des ténèbres sont marxistes léninistes maoïstes, etc. Condillac, un de ces philosophes éclairés, explique comment créer des emplois : « Veut-on établir une manufacture ? Un homme riche ou une compagnie fournit les fonds, un entrepreneur la conduit et des ouvriers travaillent sous sa direction ». Cette leçon vaut bien un fromage, mais de Hollande, dirait-on aujourd’hui si l’on n’était pas complaisant envers le pouvoir.

En français ou dans quelque autre langue que ce soit, il n’y a pas de mot qui se conforme aussi bien qu’entrepreneur et entrepreneuse au libéralisme, dont M. Bush et la journaliste de Newsweek sont les chantres, au point de donner des leçons de libéralisme aux Français, qui en ont sans doute besoin – mais là est un autre sujet. Le principal théoricien de l’entreprise est français : il se nomme Jean-Baptiste Say et vivait dans la première moitié du XIXe siècle. En 1841, il écrit : un entrepreneur est « celui qui dirige pour son compte une exploitation industrielle et qui emploie les ouvriers » ou encore « c’est l’agriculteur, le manufacturier, le commerçant, ou, pour les désigner par une dénomination commune à tous les trois, c’est l'entrepreneur d’industrie, celui qui entreprend de créer pour son compte, à son profit et à ses risques, un produit quelconque ».  
Tout était dit en 1841. Si la journaliste de Newsweek avait été cultivée (mais elle réside en France depuis dix ans : comment pourrait-elle l’être, cultivée évidemment, dans l'antre de l’obscurantisme, dont elle n'est que l'ombre portée ?), elle aurait rappelé, pour arguer en faveur de « la chute de la France », que, si la France est tombée si bas (ce qui n’est sans doute pas terminé), c’est d’abord parce qu’elle a renié ce qu’elle a inventé et appris au monde, de la fin du Moyen-âge au XIXe siècle, à savoir l’entreprise, l’activité d’entrepreneur, la pensée libérale qui refuse de considérer les hommes comme des esclaves, le fussent-ils de l’Etat ou d’un parti ou d’un ordre ou d’une corporation, et que, pour sortir de l’abîme où elle risque de disparaître, elle ferait mieux de défroquer, en jetant aux orties le fardeau socialiste et obscurantiste qu’elle a emprunté par aveuglement aux Allemands, aux Russes et aux Chinois, et cela pour renouer dare-dare avec son passé des Lumières.

 

 

22 janvier 2014

Madame Trierweiller est en souffrance

 

 

 

            La souffrance, terme de commerce, est « tout retard préjudiciable dans le retrait d’une marchandise » (Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) et Trésor de la langue française (CNRS, 1971-94)). Etre ou rester en souffrance se dit de toute chose (colis, lettre, paquet, ballot, etc.) envoyée ou expédiée et qui est « en attente de parvenir à son destinataire ou d’être retiré(e) par lui ». L’expression se dit aussi d’emprunts ou de crédits qui restent en souffrance (d’utilisation).

 

M. Falorni, député socialiste ou affidé, a déclaré à propos de sa chère amie Mme Trierweiller : « Elle est en souffrance ».

Ces quatre mots sont le papier tournesol de la modernité. Ils révèlent ce qu’elle est vraiment, sa nature ou son essence, c’est-à-dire ce qu’elle cache d’elle-même aux hommes. Il n’y a pas de plus éloquent condensé de notre époque que ces quatre mots. Voici pourquoi.

  

Le dénommé Falorni, avant de faire le député, ce qu’il fait depuis 2012, était prof. Ceci explique sans doute cela, en particulier qu’il ignore tout de « notre » langue, comme dit le sieur Ayrault de Saint-Herblain, prof lui aussi. Falorni était prof d’hist-géo, ce qui aggrave son cas : il est évidemment meilleur en habillage idéologique qu’en savoir et comme tous ses collègues « profs », il est incapable de comprendre ce qu’il dit.

 

Non seulement il parle mal, mais il révèle aussi la conception que les socialos, son pote Hollande, ses ministres, lui-même, ses collègues députés et tous les élus ou militants, se font d’un être humain. Pour tous ces petits messieurs, Mme Trierweiller n’est plus un être humain, encore moins une femme : c’est un objet, un colis, un paquet, "en souffrance", attendant que quelqu’un – un destinataire anonyme - en vienne prendre livraison. Et où est-elle en souffrance ? Je vous le donne en mille. A la lanterne, là où les sans-culottes accrochent les ci-devant.  

                

 

19 janvier 2014

Cela se passait il y a vingt ans et Voltaire ne s'est toujours pas réveillé

 

 

Voltaire, réveille-toi, ils sont devenus fous !

1994

 

Algérie

Un mot d'ordre dans les mosquées : "la mort pour les femmes qui ne portent pas le voile". Tracts affichés sur les murs des écoles : "la mort pour les directeurs qui acceptent les élèves non voilées". Mme Mitterrand, qui aime les tchadors, n’a pas protesté.

 

 

France

A l'occasion du « jeûne » du mois lunaire de ramadan, qui est obligatoire dans les tyrannies, le moufti Boubakeur, interrogé sur France 3, fait l'apologie de « notre » charia, bien que celle-ci ne soit qu'une suite de préjugés et de crimes sexistes, racistes et liberticides ; et, s'adressant aux autorités de la république, il leur demande d’autoriser les musulmans à débaucher, pendant le mois de ramadan, deux heures avant les autres, que ces musulmans travaillent dans des entreprises privées ou dans l'administration. Deux heures de moins par jour pendant quatre semaines, cela fait 40 heures. La revendication est claire : c'est la sixième semaine de congés payés, attribuée sur des critères religieux et ethniques. Pour les siens et uniquement pour les siens. 

 

 

Bangla-Desh

Taslima Nasrin a 31 ans. Elle vit à Dacca. Elle est écrivain. Ses romans connaissent un grand succès. Elle dénonce la violence, le sexisme, l'exploitation, la discrimination dont les femmes sont victimes dans son pays. Elle ne dissimule pas ses cibles : « Je combats l'islam, car l'islam ne donne de liberté à aucune femme ». Au nom de ces valeurs, elle s'engage, non en faveur des tyrans, mais des victimes. « Je crois en un pays laïque et moderne », déclare-t-elle à une journaliste du Monde. Des hommes détestent la liberté. Le Conseil des Soldats de l’Islam a prononcé une fatwa. Talisma Nasrin est condamnée à mort. Sa tête est mise à prix : 8000 francs français. Pour une femelle, c'est beaucoup. Pour un mâle, ce serait plus. Depuis un an, elle vit recluse.

            Dans quelques mois, les éditions Des Femmes vont publier en français son dernier roman, Lajja, « la honte », que Le Monde résume ainsi : « Ce roman met en scène une famille hindoue du Bangladesh, victime des émeutes intercommunautaires, après la destruction de la mosquée indienne d'Ayodhya par des fanatiques hindouistes ».

 

 

Paris : une robe Chanel déplaît à l’islam

Rappelons l'article V de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : « Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas ». Aucune loi n'interdit de broder des lettres sur une robe. Dans l'affaire Chanel, il n'y a donc pas eu profanation, ni blasphème, ni quelque crime que ce fût : ni atteinte aux biens, ni aux personnes.

En réalité, si profanation (au sens d'atteinte à quelque chose de grand et beau) il y a eu, elle n'est pas là où les fous furieux ont prétendu qu'elle était. Mlle Schiffer est la Vénus incarnée ; à la fois belle, jeune, heureuse, pleine de vie. Elle pourrait être Marianne. C'est elle qui a été « profanée », car M. Lagerfeld l'a couverte, sans le savoir, semble-t-il, d'un verset du Qoran. Ce faisant, il a vêtu de laideur la beauté, de haine l'amour, de fanatisme la tolérance, de mépris une femme. Lagerfeld, en profanant la beauté, a injurié les femmes. Il aurait donc dû présenter des excuses. Non pas, bien entendu, en se prosternant lâchement devant les religieux de l'islam (la cupidité suscite les pires bassesses et pousse à profaner jusqu'à la liberté), mais aux femmes, à toutes les femmes.

Le dénommé Boubakeur s'est rangé du côté des fous furieux. Dans son pays, l'Algérie, des jeunes gens sont égorgés, des femmes, révolvérisées, uniquement parce qu'ils sont étrangers, c'est-à-dire qu'on tue des hommes, à qui les islamistes reprochent un crime : être nés. Boubakeur ne s'en indigne pas. Il trouve ça normal et juste. Ce n'est ni un blasphème, ni une profanation. Le moufti ne moufte pas mot. Son Qoran n'appelle-t-il pas les vrais croyants à « tuer partout les infidèles où (ils) les trouveront » ? (sourate 9, verset 5. Cf. aussi S 9, v 29, S 9, v 111, S 9, v 123, S 8, v 67, S 59, v 8; etc.). Pour Boubakeur, il est moral de tuer des innocents, mais c'est un crime de broder trois lettres arabes sur une robe.

Qu'on le veuille ou non, M. Lagerfeld est un artiste. Avec de la matière, il façonne des formes. Or, il a détruit deux de ses œuvres (volontairement ou non, peu importe). Cela ne s'était plus produit dans ce pays depuis l'Inquisition. Même Rushdie ne s'est pas abaissé à cette humiliation. Pourtant, personne, ni Lang, ni Toubon, n'a protesté contre cela, ni contre l'arrogance des religieux ; les artistes se sont tus, les « intellectuels » aussi, acceptant, de fait, qu'en France, deux siècles après 1789, l'islam se considère comme une religion d'Etat et agisse comme si elle l'était effectivement.

 

 

14 janvier 2014

Humoriste

 

 

 

Dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, du Dictionnaire de l’Académie française, ce n’est pas la définition du nom humoriste (« personne qui a le don de l’humour et qui l’exerce dans différents domaines ») qui attire l’attention, même si l’extension de cette dénomination à des individus comme Bedos, Aram ou Dieudonné, qui n’ont aucun don en matière d’humour, est sans doute un solécisme, ni même l’exemple qui l’illustre (« Alphonse Allais, Tristan Bernard sont de célèbres humoristes »), mais le fait que, dans ce dictionnaire, l’entrée humoriste soit précédée d’un astérisque, lequel signale que le mot est enregistré pour la première fois dans cette édition-là du dictionnaire. Or, humoriste figure dans des éditions antérieures : la quatrième (1762), la cinquième (1798), la sixième (1835), alors qu’il disparaît de la septième et de la huitième éditions (1878 et 1932-35). Ce que signale l’astérisque en réalité, c’est que le sens dans lequel humoriste est enregistré dans la neuvième édition est tout nouveau ou tout récent et qu’il est emprunté de l’anglais. Il est donc, dans l’esprit des académiciens, un néologisme sémantique, mais un néologisme illusoire, puisque le mot est attesté dans le sens d’amuseur public dans la seconde moitié du XIXe siècle, période de l’histoire qui est marquée, avec les pétomanes et autres comiques troupiers, par le triomphe du rire, non pas le rire qui libère, mais le rire des certitudes grasses qui enferme les rieurs dans leurs préjugés morbides. Le rire n’est pas le propre de l’homme, mais ce qu’il y a de sale en lui.

L’histoire des anciens sens du mot humoriste, nom ou adjectif, révèle tout cela. Attesté à la fin du XVIe siècle comme adjectif, il se dit « dans le style familier », précisent les académiciens, « d’un homme qui a de l’humeur, avec lequel il est difficile de vivre » (DAF, 1762, 1798, 1835). Selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1872-77), ce sens-là (« difficile à vivre ») tend à sortir de l’usage. Des humoristes des siècles classiques, on peut légitimement affirmer, sans verser dans l’anachronisme, qu’ils étaient contre le « vivre-ensemble » et qu’au lieu de cimenter la société autour d’une (belle) idée ou d’une (grande) valeur, ils excellaient à la diviser. C’était des adeptes de la dénégation, comme l’indique cet exemple du poète Delille qui écrit : « Cet humoriste / Dont la hargneuse déraison / Dans la société vient verser son poison ». Selon Delille, l’humoriste est « fou », il est « hargneux » et il empoisonne la société. Il n’est pas de définition d’humoriste mieux ajustée à la situation actuelle.   

Dans les siècles classiques, le nom humoriste désignait aussi des « médecins » appartenant, selon les auteurs de l’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72) à « la secte galénique » : « leur doctrine consistait principalement à attribuer la plupart des maladies aux seuls vices des humeurs, qu’ils faisaient consister dans leur intempérie ou leurs qualités viciées, lorsqu’elles ne se tempèrent pas les unes les autres et qu’il y en a de dominantes ». Les académiciens en 1798 écrivent : « humoriste se prend aussi substantivement pour signifier les médecins galénistes qui attribuent la plupart des maladies au seul vice des humeurs ». Ces humoristes-là croyaient donc, en dépit de toute expérience, dans la justesse de théories fumeuses, manifestement erronées et sans autre fondement que l’autorité d’un médecin de l’Antiquité.

Rien n’a changé de ce point de vue. Les humoristes Dieudonné, Bedos, Aram, Ruquier, Moustapha, Semoun, etc. continuent les médecins de Molière. Ils n’ont aucun don pour l’humour et n’amusent personne, mais, comme les galénistes, ils propagent sur toute chose des thèses fausses ou mensongères et, comme les mauvais coucheurs des siècles passés, ils sont des adeptes de la négation.

 

06 janvier 2014

Vandalisme, musée, patrimoine

 

 

 

Le vol d’œuvres d’art, qu’elles soient publiques ou appartiennent à des personnes privées, et le vol d’objets qui n’ont peut-être pas de grande valeur marchande, mais qui peuvent être tenus pour des fragments du patrimoine national, les objets de culte par exemple, prennent en France et cela depuis des décennies des proportions inquiétantes, au point que l’on peut se demander si, dans l’avenir, hors des musées bien protégés, la notion de « patrimoine » aura encore une réalité pour nos compatriotes. Et si, à ces vols, on ajoute l’exportation autorisée d’œuvres d’art acquises légalement par des étrangers, les chiffres estimés qui sont parfois rendus publics – 250000 œuvres d’art ou du patrimoine quitteraient légalement ou illégalement le territoire national -, c’est un pillage qui se produit, ainsi qu’un transfert du butin vers des pays moins bien lotis peut-être en matière de patrimoine et d’histoire, ou plus prospères et moins affectés par la crise, ou dont le patrimoine est mieux protégé.

Or, ces faits avérés ne suscitent guère d’inquiétude ou de protestations parmi les élus, dans l’élite sociale, dans les médias, chez les intellectuels, pourtant si prompts à réprouver, s’indigner, dénoncer, condamner, etc. à tout propos et à longueur de journée, le pillage d’œuvres d’art dont les nations d’Occident se seraient rendues coupables à l’encontre des pays du tiers-monde. Il est une coïncidence troublante, qui peut expliquer cette indifférence. Le pays où le nom patrimoine a pris son sens figuré moderne, à savoir « ensemble des biens, des richesses matérielles ou immatérielles qui appartiennent à une communauté, une nation et constituent un héritage commun » (Dictionnaire de l’Académie française), et où a été établi en 1797 le premier musée public du monde occidental (le Musée central des Arts au Louvre, devenu « musée royal » en 1815), est aussi celui où a été formé pour la première fois en 1794 le terme de vandalisme pour désigner ce qui nous semble inconcevable aujourd’hui ou digne des seuls talibans afghans ou des gardes rouges surexcités de la prétendue « révolution » « culturelle » chinoise, à savoir la destruction systématique et volontaire d’œuvres d’art, d’églises, de tableaux, d’objets du culte, d’armoiries, etc. Y a-t-il un lien, de quelque nature qu’il soit, entre ces phénomènes ? Ou encore ces phénomènes qui ont été concomitants dans l’histoire de notre pays sont-ils comme l’avers et le revers d’une même médaille ?

 

Vandalisme, patrimoine, musée forment une triade qui semble quasiment éternelle, comme si elle était consubstantielle de notre pays, le vandalisme qui a bouleversé la France de 1792 à 1795 s’étant poursuivi jusqu’à aujourd’hui, et cela en dépit des musées et des incitations à protéger le patrimoine. En 1796, les armées françaises ont fait main basse en Italie sur des tableaux, sculptures, œuvres d’art, qu’elles ont transportés en France, et cela pour enrichir le musée du Louvre, à peine fondé. Ainsi, les individus qui, à Paris, ont saccagé des statues de cathédrales ou des châteaux historiques ou des archives vieilles de plusieurs siècles ont-ils pu, à peine deux ou trois ans plus tard, s’ils étaient soldats dans l’armée d’Italie, s’emparer des biens culturels d’un autre peuple pour enrichir les collections du musée de leur propre nation. Moins d’un siècle après la Terreur, le vandalisme a repris lors de la Commune : incendie du Palais des Tuileries et de sa bibliothèque qui contenait des milliers de livres rares et de manuscrits de très grand prix, destruction de la colonne Vendôme, etc. Le même phénomène a failli se produire lors des « événements » de mai 1968, quand des enragés maoïstes, qui avaient pour mot d’ordre « brûler les livres », ont voulu mettre le feu à la bibliothèque de l’Ecole Normale Supérieure.

Et si le vandalisme était un mal français ? Dans deux lettres qu’il a adressées du lazaret de Toulon le 26 décembre 1829, où il était retenu en quarantaine, au Baron de la Bouillerie, Intendant général de la Maison du Roi Charles X, et au Vicomte de La Rochefoucauld, directeur du département des Beaux Arts de la Maison du Roi, Champollion  rend compte des résultats de la mission scientifique et archéologique en Egypte de juillet 1828 à décembre 1829 : « Sous le rapport des recherches scientifiques qui en étaient l’objet principal, mes espérances ont été pour ainsi dire surpassées : la richesse de mes portefeuilles ne laisse rien à désirer (…) ». Champollion, alors que son bateau avait fait escale à Thèbes, où il est resté six mois, s’est livré à ce que l’on qualifierait aujourd’hui de vandalisme ou de pillage : « C’était un devoir pour moi d’enrichir la division égyptienne du Musée Royal de divers genres de monuments qui lui manquent et de ceux qui peuvent compléter les belles séries qu’il renferme déjà (…). J’ai fait scier à grand peine et tirer, du fond d’une des catacombes royales de Thèbes, un très grand bas-relief conservant encore presque toute sa peinture antique. Ce superbe morceau (...) pourra seul donner une juste idée de la somptuosité et de la magnificence des sépultures pharaoniques ». Quatre jours plus tard, dans une lettre à son ami Dubois, il parle de cet acte en des termes qui prouvent qu’il avait conscience de profaner un patrimoine : « J’ai osé, dans l’intérêt de l’art, porter une scie profane dans le plus frais de tous les tombeaux royaux de Thèbes. J’ai détaché de la muraille, avec assez de bonheur, ce fameux bas-relief... ». Or, dans le même temps, Champollion a soumis au maître de l’Egypte d’alors, Mehemet Ali, un programme de protection du patrimoine (« note remise au vice-roi pour la conservation des monuments de l’Egypte », datée de novembre 1829). Dans cette note, il propose des mesures : « Dans ce but désirable, Son Altesse pourrait ordonner ...  1° Qu’on n’enlevât, sous aucun prétexte, aucune pierre ou brique, soit ornée de sculptures, soit non sculptée, dans les constructions et monuments antiques existant encore dans les lieux suivants » (suit une énumération de quarante trois lieux visités par Champollion) ; 2° Les monuments antiques creusés et taillés dans les montagnes sont tout aussi importants à conserver que ceux qui sont construits en pierres tirées de ces mêmes montagnes ». Bien que Champollion soit conservateur des salles égyptiennes du Musée Royal de Paris (le Louvre), il ne suggère pas à Mehemet Ali de créer une administration qui aurait pour but de conserver ces monuments ou de créer un musée. Il faudra attendre plusieurs décennies, 1857 exactement, pour que l’égyptologue Mariette fonde au Caire le Musée des Antiquités égyptiennes. La logique patrimoniale n’apparaît pas non plus dans la note. Certes, il y est question de conserver, mais pour qui et pourquoi faut-il conserver ces monuments ? La réponse de Champollion est sans ambiguïté. Il faut les conserver pour la science et pour les Européens : « le séjour prolongé (des voyageurs visitant ces monuments) tourne à la fois au profit de la science qu’ils enrichissent de leurs observations et à celui du pays lui-même, par leurs dépenses personnelles, soit pour les travaux qu’ils font exécuter, soit pour satisfaire leur active curiosité, soit même pour l’acquisition de divers produits de l’art antique ». Champollion a le désir naturel de faire avancer la science qu’il a fondée en déchiffrant les hiéroglyphes. Or cette science a besoin de documents, de faits, de réalités : « L’intérêt bien entendu de la science exige non que les fouilles soient interrompues, puisque la science acquiert chaque jour, par ces travaux, de nouvelles certitudes et des lumières inespérées, mais qu’on soumette les fouilles à un règlement tel que la conservation des monuments découverts aujourd’hui et à l’avenir soit pleinement assurée et bien garantie contre les atteintes de l’ignorance et d’une aveugle cupidité ». A son ami Mimaut, nommé en 1829 consul à Alexandrie, il conseille, bien que cet ami ne soit qu’un amateur, de demander au Pacha un permis de fouiller et de s’adonner moins à une activité scientifique qu’au plaisir de constituer une collection d’objets rares et précieux à moindre coût. Les objectifs de Champollion apparaissent quand il évoque le bénéfice politique que Mehemet Ali retirera de l’adoption de ces mesures : « L’Europe entière sera reconnaissante des mesures actives que Sa Majesté voudra bien prendre pour assurer la conservation des temples, des palais, des tombeaux ».

 

Les relations entre le vandalisme, le patrimoine et les musées ne sont pas aussi simples qu’il ne semble. Le musée du Louvre aurait été fondé, a-t-on prétendu, pour « exorciser le vandalisme » dans le peuple français. Or, non seulement les musées n’empêchent pas le vandalisme, mais encore ils sont la cible d’une forme insidieuse de vandalisme. Dans la Grèce antique, le musée était le nom de la petite colline d’Athènes où était érigé le temple des Muses ; à Alexandrie, sous les Ptolémée, un lieu consacré aux arts qu’inspiraient les Muses, à la fois une académie, une bibliothèque, un musée. Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-1877), après avoir rappelé le sens historique de musée (« anciennement et proprement, temple des Muses » et « par extension, édifice où l’on se livre à l’art, à la poésie, à l’érudition, etc. » et « particulièrement, le grand établissement fondé par les Ptolémées à Alexandrie pour la culture des lettres et des sciences »), énonce le sens moderne : « aujourd'hui, lieu destiné soit à l’étude, soit à rassembler les monuments des beaux-arts et des sciences, les objets antiques, etc. » (musée du Louvre, musée britannique, musée du Vatican). Or, aujourd’hui, le concept de musée s’étend quasiment à l’infini à toute sorte de réalités. Tout est musée : les objets de la vie courante, la vie d’autrefois, des meubles, des maisons, une ville, un quartier, une usine désaffectée, une mine, un pont tournant, un vieux navire, les herbes, les simples, les plantes, les fruits et légumes anciens, les costumes, les horreurs, etc. Il y a des rues musées, des églises musées, des palais musées, des villes musées, des écomusées, etc. censés attirer les touristes oisifs et avides de pittoresque. Quand un pays ne produit plus rien, il n’a plus qu’à vendre ses paysages, ses plages, ses villages, ses rues, son patrimoine et à se transformer en Disneyland ou en parc d’attractions pour élites mondialisées. Les auteurs du Trésor de la Langue française reprennent la conception que les académiciens se font du musée : « établissement ouvert au public où sont conservés, répertoriés, classés des objets, des documents, des collections d’intérêt artistique, scientifique ou technique ». Aux finalités de savoir, sciences, arts, ils ajoutent, comme il fallait s’y attendre, un but social. Ce n’est plus seulement pour approfondir la connaissance des arts et des sciences que l’on établit un musée, c’est aussi, et de plus en plus souvent, pour divertir les oisifs, combler les flux touristiques, offrir à tous des loisirs, satisfaire les RTT obligatoires : « dans un but socioculturel, scientifique et pédagogique », est-il écrit dans le Trésor de la Langue française.

Dans ce contexte, le concept de « musée » comme lieu d’étude et de connaissance ne peut pas résister au règne de la marchandise et du tourisme. Les musées, qui étaient consacrés à la connaissance, tels les musées de l’Homme, des Arts et Traditions populaires, des Arts d’Asie et d’Océanie, sont devenus, en vingt-cinq années d’agit-prop post-moderne, ringards, démodés, sans intérêt. Même le Louvre est touché. Pour faire, comme Lang, dans l’agit-prop, ses conservateurs montrent les collections et le savoir-faire français dans une vaste zone commerciale de luxe, et toute climatisée, établie en plein désert. Les chameliers repus et drogués au kat qui y habitent n’ont que faire des Noces de Cana, mais ils ont du fric à ne savoir qu’en faire. Le musée n’a plus d’autre raison d’être que de le leur prendre. Il est vrai que fric mal acquis ne profite jamais.

 

 

Le nom vandalisme, dérivé de vandale, a été formé en 1794, en pleine tourmente révolutionnaire, alors que les églises, les monastères, les cathédrales, les palais, les châteaux, etc. étaient pillés ou détruits ou brûlés ou transformés en grange, en caserne, en prison ou en poudrière, des livres et manuscrits anciens dérobés ou déchirés, des tableaux volés ou saccagés, etc. et que toutes les traces de l'histoire de France risquaient de disparaître, par un révolutionnaire éclairé, l’abbé Grégoire, celui-là même qui avait exprimé l’intention dans un proposition de loi, présenté à la Convention, « d’anéantir les patois de France », sans même avoir conscience que, s’il avait réalisé cet objectif, il aurait fait œuvre de vandale. Dans ses Mémoires (édition posthume de 1837), l’abbé Grégoire, qui était devenu évêque, affirme qu’il « a créé le mot vandalisme pour tuer la chose ». Bien entendu, le nom n’a rien tué, même pas le vandalisme, qui prospère depuis deux siècles, le journal Le Figaro informant ses lecteurs en 1952 que « des actes de vandalisme ont été commis l’autre nuit dans la basilique de Saint-Denis et dans l’église Saint-Denis de l’Estrées ».

En 1798, dans le Dictionnaire de l’Académie française, le vandalisme est défini comme un système : « système, régime destructif des sciences et des arts, par allusion aux Vandales ». Ce que les académiciens ont compris, c’est que ces destructions « des sciences et des arts » (et pas seulement des œuvres ou des monuments) ne sont pas un phénomène anodin : c’est quelque chose de pensé et de voulu, les destructions appelant d’autres destructions. Celles-ci ne sont pas arbitraires, ni dues au hasard, ni l’effet de la seule cupidité. Formant un « système », elles émanent d’une volonté de faire table rase, à savoir détruire tout ce qui a été légué par les générations antérieures, afin de préparer l’avènement d’un monde meilleur, politique que résume assez bien ce vers de l’Internationale : « Du passé faisons table rase ». Le Pays d’Aigues, qui s’étend au sud de la chaîne du Luberon, semble être béni des Dieux. Il jouit en abondance d’eau, de soleil, de terres fertiles, de beaux vergers, de vignes. Là pourtant le vandalisme a été féroce. Peu de choses ont échappé à la fureur des vandales. A Pertuis, l’église qui seule subsiste du couvent des Grands Carmes, datant de 1521, a été vendue comme bien national en 1793, transformée en théâtre et, à la fin du XIXe siècle, en magasin de quincaillerie ; la Chapelle Saint-Eloi, datant de la seconde moitié du XVIIe siècle, a été vendue en 1793 pour être détruite et sur le terrain ainsi libéré, a été construite une maison. A La Tour d’Aigues, un splendide château, avec un donjon de la fin du XIIIe siècle, et d’apparence Renaissance, a été incendié en 1792. Depuis la fin du XIXe siècle, il appartient au Conseil général du Vaucluse. Il n’a plus de toiture, plus de planchers, plus d’huisseries. Il ne reste que des murs nus de belles pierres encore blanches qui se dressent vers le ciel comme des fantômes du passé, au milieu du bourg. Les chapelles aussi ont souffert : la chapelle Notre-Dame de Piété, a été vendue en 1794, puis transformée en maison ; la chapelle de Pénitents blancs, désaffectée en 1795, a été détruite ; la chapelle Saint-Christophe a été privatisée à la Révolution et la façade dénaturée dans les années 1970 ; l’église paroissiale Notre-Dame de Romegas (XIIIe siècle) a été acquise par la commune en 1791 et transformée en mairie ; etc. 

L’abbé Grégoire a été ou aurait été le premier à isoler le beau concept de patrimoine national, mais dans la réalité des faits, il semble bien que les changements de régimes politiques que la France a connus au cours des deux derniers siècles, changements avérés par le nombre de constitutions (près de 20), aient été l’occasion pour les tenants des nouveaux régimes d’effacer ce que le régime précédent a accumulé et légué, œuvres d’art, manuscrits, monuments, statues, cénotaphes, etc. Laissons de côté le vandalisme dû à la cupidité. Aujourd’hui, les édifices religieux sont vandalisés dans l’indifférence générale, mais le patrimoine issu de la Révolution ou tenu pour révolutionnaire ou républicain est sacré. Ce serait un crime que de le profaner. Voilà sans doute pourquoi l’intelligentsia incroyante se lave les mains du vol d’objets du culte ou d’œuvres religieuses.

02 janvier 2014

Le mythe de la crise

 

 

 

A partir du milieu du XIXe siècle, quand l’économie est devenue la science majeure de la modernité, le concept de crise s’est appliqué à toute réalité, quelle qu’elle soit, même la plus insignifiante, au point qu’il n’est rien au monde qui ne soit pas affecté par la crise. Les nerfs le sont, mais aussi le foie, la foi, les vers, les valeurs, le théâtre, les affaires, la production, le roman, la république, le PS, les IIIe et IVe Internationales, l’agriculture, les finances, le capitalisme, etc. Dans ces cas et dans d’autres, la crise est accouplée à des événements graves, qu’elle est censée expliquer : « heures sombres » de l’Histoire, « tragédie », « malheur », « catastrophe », « désordre », suicides, « no future », chômage de masse, émeutes, pillages, « révolutions », délinquance, etc.

Il n’en est pas toujours allé ainsi. Dans la France d’avant, la crise, limitée à la santé, n’avait pas le sens nécessairement négatif qui est obligatoirement le sien aujourd’hui. Ce pouvait être un phénomène positif, comme l’exprime clairement Richelet dans son Dictionnaire français des mots et des choses (1680) : « parmi les médecins, on le prend pour un changement soudain qui arrive dans les maladies, et même on le prend d’ordinaire en bonne part, et alors on peut dire que la crise n’est qu’un prompt et salutaire effort de la nature contre la maladie, suivi de quelque évacuation favorable ». La positivité de la crise n’est pas propre à la médecine. Il est des économistes actuels, à dire vrai plutôt ou même très « libéraux », qui tiennent toute crise pour une bénédiction, puisqu’elle fait disparaître les entreprises mal gérées ou les services inutiles, laissant ainsi le champ libre aux entreprises viables et bien gérées. C’est pourquoi il est éclairant d’interpréter les événements actuels à la lumière de ce concept positif de crise, non pas pour le plaisir facile d’aller à contre-courant, mais pour essayer de savoir à qui profite la crise ou pour qui, institutions, organismes, ensemble de pays, elle est positive, d’en analyser les enjeux « géopolitiques » et de comprendre ce qui se passe.

            Un des symptômes, pour employer un terme médical, ou un des signes de la crise – les faits tangibles par lesquels elle se manifeste et en lesquels nous sommes incités à reconnaître la crise – est la baisse des valeurs mobilières, en France du moins. Cette baisse résulte du déséquilibre entre l’offre et la demande, l’offre d’actions à vendre étant supérieure à la demande d’actions à acheter. Cela annonce-t-il des malheurs futurs ? Rien n’est moins sûr, car les actions mises en vente, c’est-à-dire les parts de capital des entreprises cotées, trouvent preneurs. Il y a des acheteurs qui font de très bonnes affaires. Ils peuvent augmenter leur participation dans le capital de telle ou telle banque ou compagnie d’assurances et un jour, peut-être plus proche qu’on ne le croit, décider des stratégies à court, moyen et long terme et faire main basse sur les actifs de ces banques ou compagnies d’assurances, lesquelles, quand elles sont cotées à Paris, comptent parmi les plus belles affaires qui soient au monde. La baisse des cours est donc une aubaine pour des financiers avisés, dont il est interdit de dévoiler l’identité mais que l’on peut entrevoir si l’on se souvient qu’en une décennie de baisses des cours (2000, 2008, 2011) suivies d’une vive reprise, des fonds « souverains » (chinois, saoudiens, qataris, norvégiens, koweitis, etc.) ou des fonds de pension anglo-américains ou des groupes financiers internationaux sont entrés massivement, et à peu de frais, dans le capital de multinationales françaises, et cela sans que le peuple français en soit conscient.

            Le second symptôme est ce que certains nomment la « spéculation », terme qui désigne habituellement un exercice intellectuel, philosophique ou mathématique, ambitieux et de haute tenue. Quand les philosophes s’y adonnent, la spéculation est jugée « bonne » ; quand ce sont des « financiers », elle est prise pour Satan ou ses innombrables équivalents. « Spéculent » tous ceux qui sont susceptibles d’acheter des obligations qu’émettent les Etats pour financer leurs dépenses courantes (traitement des fonctionnaires, frais de fonctionnement, paiement des retraites et des déficits sociaux) ou leurs investissements. La dette grecque a été, semble-t-il, rentable. Avant la crise, l’Etat grec empruntait à 3% ; après la crise, ces taux d’intérêt sont montés à 12 ou 13%. Quand on a un milliard d’euros à placer, 10% de plus par an font gagner en moins de dix ans un nouveau milliard. C’est la réalisation du rêve dénoncé naguère par Mitterrand : s’enrichir en dormant. Au cours des dernières années, ce gisement colossal de profits a été étendu au Portugal, à l’Eire, à l’Espagne, à l’Italie ; il le sera bientôt à la France, qui va être dans les années à venir le plus gros émetteur d’obligations d’Europe. Si les taux d’intérêt passaient de 2 à 6% en quelques mois, la dette française serait, pour les financiers, un eldorado pendant vingt ans ou plus – et avec un risque nul ou quasiment nul.

Appliqué à ces deux événements, le concept de crise, entendu dans son sens catastrophique, obscurcit l’entendement. En revanche, s’il est entendu dans le sens qu’il avait dans la médecine des siècles classiques, il éclaire les événements. Les changements que l’on observe depuis une décennie sont les signes de la belle santé des « spéculateurs » ou des financiers du monde entier. Il est un « paradoxe », qui n’en est un que pour les esprits légers, qui montre que la crise, même en économie, n’est en rien synonyme de calamités ou de malheurs. Les deux derniers siècles, et surtout le XXe siècle, auraient été scandés, selon les historiens ou les économistes, par une succession de crises, toutes plus graves les unes que les autres, et dont certaines auraient débouché sur des guerres mondiales. Or, pour ne prendre que l’exemple de la France, en un peu plus d’un siècle, le revenu par habitant a été multiplié par 10, tandis que le patrimoine moyen des Français d’aujourd’hui équivaut en monnaie constante au patrimoine moyen des 10% des Français les plus riches de la Restauration (1814-1830). De fait, ce qu’avèrent les chiffres, c’est l’enrichissement régulier des Français malgré – ou grâce à - ces crises répétées. Certes, en trente ans, la France en paix a accumulé plus de dettes qu’entre 1914 et 1944 ou 1962, si la période commençant en 1914 est continuée jusqu’en 1962, avec deux guerres mondiales et deux ou trois guerres coloniales ou de décolonisation. Ces montagnes de dettes n’ont pas empêché le patrimoine moyen des Français de croître depuis 1981 : elles ont maintenu la prospérité, dopé l’enrichissement collectif, accru les revenus, etc. En 1918 et en 1945, la reconstruction d’une grande partie de la France (ponts, villes, ports, usines, routes, hôpitaux, etc.) a englouti les emprunts, que les Français ont fini par rembourser en se « retroussant les manches » ou en se privant du superflu et en travaillant plus que d’habitude, par la « sueur » et par les « larmes ». Là est la grande différence avec les décennies actuelles. Au cours des trente dernières années, les Français, sinon tous les Français, du moins une grande partie d’entre eux, n’ont aspiré qu’à la retraite, aux congés payés, aux RTT, aux loisirs, au farniente, etc. – en bref, à sortir de l’histoire. Pendant deux siècles, ils se sont enrichis par le travail ; depuis trente ans, ils dilapident leur capital en faisant payer à leurs enfants ou leurs petits-enfants les avantages de toute sorte qu’ils s’accordent. Cela pourrait réussir éventuellement, si la part de la France et de l’Europe dans la population du globe et dans les richesses produites ne cessait pas de baisser depuis trente ans. L’axe du monde a basculé du Nord au Sud. Au début du XXe siècle, les Européens ou les Français qui voyageaient en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, en Océanie, constatant la pauvreté de ces continents, pauvreté relative comparée à la prospérité de l’Europe, en cherchaient les causes dans l’indolence naturelles des peuples ou dans l’émollience des climats tropicaux, quand ce n’était pas dans l’aspiration aux seules jouissances immédiates. Aujourd’hui, des Chinois ou des Indiens ou des Brésiliens, voyageant en France, attribuent la pauvreté croissante qu’ils constatent en France à la brièveté du temps de travail. C’est là un renversement total. Ce qui était nommé naguère le « tiers monde », les zones sous-développées, les pays émergents ou le « Sud » prend sa revanche sur le Nord – une revanche historique, qui, pour notre pays et pour les pays d’Europe, sonne le glas de l’Histoire. En l’espace de trente ans, la production de richesses s’est délocalisée : elle est à Shanghai, Bombay, Brasilia, Singapour ; les capitaux ne sont plus à Paris, sinon pour contrôler les entreprises françaises ou souscrire aux obligations d’Etat, mais au Qatar, à Abu Dhabi, au Koweit, à Singapour, en Chine, en Inde, dans les paradis fiscaux. Au Sud, les populations sont jeunes ; au Nord, vieillissantes et fatiguées, elles attendent la fin de l’Histoire.

Les investissements industriels se faisant ailleurs, les Occidentaux, après quatre siècles de travail incessant, se contentent de gérer ou de faire gérer leur épargne : d’où la croissance délirante des marchés financiers, du MATIF, de la spéculation, de la spéculation sur les indices, l’argent n’étant plus investi dans la production de biens matériels, mais dans la spéculation immatérielle. C’est le seul gisement de richesses de l’Europe, et il attire naturellement les financiers du monde entier. Pour eux, ce que nous tenons pour une « crise », entendue dans un sens catastrophique, est une manne. Grâce à elle, sous peu, ils ne se contenteront plus des palaces, du PSG, des sacs Vuitton : ils feront main basse sur les richesses nationales, les vraies, les banques, les assurances, les contructeurs automobiles, les fabricants d’avions. Ils auraient tort de s’en priver. Dans le partage du monde qui s’opère sous nos yeux, comme dans tout échange inégal, il y a des gagnants et des perdants. On ne sait pas encore qui sont les gagnants, même si on peut deviner leur identité. En revanche, les perdants sont connus : ce sont les cigales d’Europe et leur descendance, si tant est que les cigales fassent encore des enfants.

 

 

   

01 janvier 2014

Voeux

 

 

En 2007, ce « blog » a eu 47.850 lecteurs et 101.986 pages ont été lues ; en 2008, les chiffres ont été respectivement 63.788 et 126.418 ; en 2009, 91.444 et 235.194 ; en 2010, 105.081 et 288.658 ; en 2011, 147.154 et 439.229 ; en 2012, 157.902 et 490.182 pages.

En 2013, 195.312 lecteurs ont consulté 525.401 pages.  

 

Bonne et heureuse année 2014 à tous.