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10 février 2014

Ecole : missions impossibles

 

 

Depuis trente-cinq ans ou plus, intellos, scienceux du social, profs de tout acabit, etc., « repensent » l’école. Ils ne pensent pas, mais ils repensent une réalité qui n’a besoin que d’être pansée et surtout préservée des maux qui l’assaillent. Diverses thèses ont été avancées : l’école doit changer la société ; elle doit abolir les classes sociales ; elle doit adapter les élèves (pardon les « apprenants ») à la « vie » ; elle doit intégrer (et pas seulement instruire) les enfants d’étrangers ; elle doit lutter contre la xénophobie, le racisme, la misogynie, les stéréotypes « culturels » et « sexuels », l’homophobie, l’islamophobie et autres phobies imaginaires ; elle doit, elle doit, elle doit, elle doit, etc. Ces thèses ont inspiré les politiques scolaires de Haby, Savary, Jospin, Lang, Peillon et autres socialos.

 

Changer l'école pour changer la vie.

            La thèse révolutionnaire est la plus fréquente : l'école doit changer la société ; ou, du moins, elle est censée avoir les moyens de changer la société. Pour cela, elle doit changer : se changer. Dans les années 1970-80, le mot d'ordre était « changeons l'école pour changer la société ». Ainsi, seraient changés l’homme, la « vie », les relations de domination qui caractérisent les sociétés archaïques qui ne sont pas entrés dans la modernité. En trente-trois ans, l'école a changé. Elle a cessé d'être une institution ; la loi Jospin en a fait une « communauté ». Elle a cessé d'être séparée ; elle a été déclarée « ouverte », comme Rome en 1944. Elle a cessé d'instruire ; elle "éduque" ou, centrée sur les enfants, elle les laisse être, créer ou s'exprimer. Aux seuls enfants de profs sont épargnés ces mauvais traitements. Pas folles les guêpes ! Si les enfants de pauvres, de prolétaires, de sans le sou, de travailleurs, de chômeurs, de précaires, de paysans, n'apprennent plus à lire, à écrire, à compter, ils ne pourront pas aspirer aux fonctions prestigieuses et aux belles places, qui, elles, seront réservées de fait aux enfants de profs. Ainsi les pédagos établissent leur race sur des bases solides et les privilèges pleuvent sur elle. 

            L'école a changé. En revanche, ni l'homme, ni la vie n'ont changé. Plus exactement, si changement il y a eu, c’est en pis. En 1970, la misère matérielle était inconnue, elle règne partout aujourd'hui. Le chômage n'existait quasiment pas, il menace tout le monde, sauf, bien entendu, les hiérarques qui changent l'école et les nantis europhiles. Les inégalités sociales, fortes naguère, sont devenues des abîmes, dont on ne peut plus mesurer la profondeur. La solidarité permettait aux opprimés de défendre leurs droits. L’école nouvelle l’a achevée.

 

Changer l'école pour supprimer la domination sociale.

            Une autre thèse, très fréquente, consiste à laisser accroire que l'école reproduit la domination d'une classe sociale (id est la bourgeoisie) sur les autres, parce qu’il y est enseigné la culture, la seule culture prétendument bourgeoise. C'est ce que Bourdieu a cru pouvoir démontrer dans les années 1960-70, en s'acharnant sur la seule école publique et se gardant bien de mettre en cause l’école privée. L'école publique a été vouée aux gémonies ; l'école privée, épargnée. Le "sociologue" Bourdieu est devenu entretemps un nanti (car les attaques contre l'école finissent toujours par être récompensées en menue monnaie), et ses disciples sont millionnaires à Canal + ou à France Télévision ou au Monde.

            Alors qu'on prétendait éviter la reproduction sociale, on a supprimé les humanités, fondement de toute émancipation intellectuelle ; les mathématiques, jugées objectives, sont devenues des instruments de sélection ; la communication a supplanté la culture ; l'histoire a été remplacée par les sciences sociales, et le devenir par l'immuable, ce qui justifie les pires conservatismes. L'école n'enseigne plus ce qu'il y a de grand dans l'humanité, abandonnant cette noble mission à quelques lycées "bourgeois" des grandes villes ou à des écoles privées. En juin 1993, Bourdieu, le principal promoteur de ces réformes, a créé une association qui protestait contre "l'intelligence assassinée". Mais en Algérie seulement, pas en France. Détruire la culture est un crime en-deçà de la Méditerranée ; un acte noble, au-delà. Pour Bourdieu, il y a toujours des différences quelque part.         

 

 

Les fardeaux de l'école

            Il est évident que trop de missions sont assignées à l'école. Ce ne sont plus des missions, mais un fardeau ; et ce fardeau - cette croix - est trop lourd à porter. Trop de missions, trop de missions contradictoires, trop de missions impossibles, que, jamais, l'école n'assumera, même si elle doit bénéficier de tout l'or du monde. Dès lors il devient possible d'accuser l'école, d'y reprocher ses prétendus échecs, d'en faire un bouc émissaire, de la détruire,

            L'Ecole, dite de la République, comme les écoles de l’Ancien Régime, était plus modeste, moins arrogante, moins hautaine, moins délirante. Elle se contentait de remplir les missions qu'elle pouvait accomplir et que le peuple souverain lui avait assignées. Elle instruisait des élèves. C'est-à-dire qu'elle les préparait à la liberté de l'esprit. Cette liberté est en voie de disparition, parce que l’école ne remplit plus la mission pour laquelle elle a été instituée.

 

 

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