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23 février 2014

Contreparties

 

 

 

Les mots socialos ne sont pas très nombreux, mais ils sont aussi cocasses ou pittoresques que des épouvantails ou des leurres, comme si la fonction qui y était assignée en haut et bas lieu était de cacher la réalité ou de noyer la réalité sinistre ou tragique dans une avalanche verbale sur l’écume de laquelle surfent responsabilité, attractivité, compétitivité, choc, pacte, clarification, simplification, territoire, pédagogie, transparence, inclusion, valeurs républicaines, « résistance », etc. 

Contrepartie est de ces grigris verbaux de l’ère socialo. Ce mot composé est ancien ; il est attesté au début du XIIIe siècle pour désigner le « double » d’un document, comme le définissent Littré (Dictionnaire de la langue française) en 1872 : « double d’un registre, sur lequel toutes les parties du compte sont enregistrées ». Pour les académiciens, c’est un terme de comptabilité : « dans une comptabilité en partie double, chacun des comptes où s'inscrivent les opérations, en crédit d’une part, en débit d’autre part » (neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française) et « par extension, double d’un registre où sont inscrites les parties d’un compte ».

Lorsque M. de Hollande et les membres de sa bannière socialiste exigent des entreprises des « contreparties », ce n’est pas dans ce sens comptable qu’ils entendent ce mot, ni dans celui "d’opinion ou de sentiment contraire" (Académie, 1835). Ce n’est pas non plus dans le sens que contrepartie a eu en musique et qu’enregistrent les académiciens dès 1762 : « terme de musique, qui se dit d’une partie de musique opposée à une autre » et « il se dit plus ordinairement de la partie qui sert de second dessus » (Littré : « Terme de musique, partie de composition opposée à l’autre, comme la basse au dessus »).

Le sens de contrepartie dans les discours des socialistes est tout autre (ce qui est dans l’ordre de leurs choses, puisqu’ils sont « différents ») et tout moderne, puisque, comme chacun sait, le socialisme, ce n’est ni la ringardise, ni l’archaïsme. Ce sens n’est enregistré dans les dictionnaires qu’à compter de la seconde moitié du XXe siècle. Il est défini ainsi dans le Trésor de la Langue française (1971-94) : « ce qui, dans un arrangement, un accord, est donné en échange d'autre chose ». C’est un ersatz de la vieille règle un peu mafieuse du donnant donnant. Le don, croit-on, est gratuit (cf. Marcel Mauss, qui en a fait la théorie). Mais pas chez les socialos. D’ailleurs, ils ne donnent jamais rien, ils prennent, ils saisissent, ils empochent, ils font main basse sur. Qui veut échapper aux rapines doit payer. Voilà ce que sont les contreparties.

Selon les académiciens (neuvième édition de leur Dictionnaire, en cours de publication), ce sens « moderne » de « compensation » ou de « dédommagement » s’est développé dans la langue actuelle, au point de devenir « usuel », à partir d’un sens technique dans la langue des boursicoteurs et autres agioteurs, la contrepartie étant « l’opération de celui qui se porte vendeur ou acheteur contre son propre client, au lieu d’exécuter ses ordres comme intermédiaire ». Ces contreparties exigées sans cesse sont aussi pour M. de Hollande et ses camarades de bannière l’occasion de dévoiler « le lieu d’où ils parlent », à savoir l’univers gris et interlope des requins demi-mafieux du boursicotage.    

 

 

 

 

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