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27 février 2014

Métissage

 

 

 

 

Métissage est moderne et même ultra moderne, tellement ultra qu’il en est « post ». Dérivé du nom et adjectif métis, lequel désigne dès le XIVe siècle un animal « engendré de deux espèces » et qui était entendu au XIXe siècle au sens de « qui est engendré par deux êtres d’espèce différente, en parlant des animaux » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77), métissage est attesté en 1837 dans le Dictionnaire de l'industrie manufacturière, commerciale et agricole (tome 6) de Baudrimont, qui l’emploie à propos des haras et au sens de « croisement des races ».

Littré l’enregistre. Voici comment il le définit : « action de croiser une race avec une autre pour améliorer celle qui a moins de valeur ». Il précise aussi que ce mot « est réservé généralement pour les croisements pratiqués dans l’espèce ovine » et que, « pour les autres cas, on emploie de préférence le mot croisement ». Dans le Supplément publié en 1877, Littré ajoute quatre extraits du Bulletin de la Société d’Agriculture de France, dans lequel un dénommé Gayot use de ce nom : « en un sens particulier, croisement par métis ; ce qui procure la création de races » ; « j’arrive au métissage, c’est-à-dire au croisement arrêté à la première ou à la deuxième génération en vue de créer une race intermédiaire » ; « à mesure que le métissage continue, la nouvelle race s’améliore ». Le métissage ne s’applique qu’aux animaux, comme le confirment les académiciens dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35) : « croisement de races », illustrant ce seul sens de l’exemple suivant : « le métissage se pratique avec succès sur l’espèce ovine ».

C’est dans la seconde moitié du XXe siècle que ce nom, tout en continuant à s’appliquer aux animaux ou aux plantes (terme de botanique et de zoologie : « croisement d’animaux, de plantes appartenant à des races ou à des variétés différentes, généralement dans le but d’améliorer celles-ci », Trésor de la langue française, 1971-94), s’étend aux êtres humains, et cela, bien que ce terme soit objectivement sinon raciste, du moins racial (cf. Littré : « action de croiser une race avec une autre pour améliorer celle qui a moins de valeur ») et bien que l’histoire tragique du XXe siècle ait montré dans quels abîmes de barbarie pouvait sombrer l’humanité quand elle s’abandonnait au racisme. Dans le Trésor de la langue française, il est défini ainsi : « croisement entre individus appartenant à des races différentes » et illustré par cet extrait sinistre : « l’esclavage, la guerre, l’Islam ont donné lieu à des métissages dont Nachtigal note les degrés entre Arabes et gens du Bornou » (Vidal de la Blache, Principes de géographie humaine, 1921).

Dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, les deux emplois sont distingués nettement : « dans l’espèce humaine, croisement, mélange de races différentes » (exemples : « le métissage d’une population » et « par extension, métissage culturel ») ; et en biologie : « croisement entre deux races d’animaux ou deux variétés de végétaux de même espèce, par lequel on crée une race ou une variété nouvelle ».

 

Les choses étant ce qu’elles sont, il est effarant que ce terme issu de la biologie ou de la zoologie ait été transporté aux relations entre les hommes et même à l’organisation sociale et que, objectivement racial à l’origine – et même raciste -, il ait pu devenir l’oriflamme du progressisme et même la panacée censée limiter, réduire, combattre ou annihiler le racisme. Effarant ? Pas tant que ça ! Il n’est rien de plus semblable au racisme que l’antiracisme. Lutter contre un racisme qui a disparu par le racisme, et un racisme vigoureux, sans scrupule, totalitaire, c’est ouvrir la boîte de Pandore, d’où il sort le racisme pour tous, à tout instant et éternellement.

23 février 2014

Contreparties

 

 

 

Les mots socialos ne sont pas très nombreux, mais ils sont aussi cocasses ou pittoresques que des épouvantails ou des leurres, comme si la fonction qui y était assignée en haut et bas lieu était de cacher la réalité ou de noyer la réalité sinistre ou tragique dans une avalanche verbale sur l’écume de laquelle surfent responsabilité, attractivité, compétitivité, choc, pacte, clarification, simplification, territoire, pédagogie, transparence, inclusion, valeurs républicaines, « résistance », etc. 

Contrepartie est de ces grigris verbaux de l’ère socialo. Ce mot composé est ancien ; il est attesté au début du XIIIe siècle pour désigner le « double » d’un document, comme le définissent Littré (Dictionnaire de la langue française) en 1872 : « double d’un registre, sur lequel toutes les parties du compte sont enregistrées ». Pour les académiciens, c’est un terme de comptabilité : « dans une comptabilité en partie double, chacun des comptes où s'inscrivent les opérations, en crédit d’une part, en débit d’autre part » (neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française) et « par extension, double d’un registre où sont inscrites les parties d’un compte ».

Lorsque M. de Hollande et les membres de sa bannière socialiste exigent des entreprises des « contreparties », ce n’est pas dans ce sens comptable qu’ils entendent ce mot, ni dans celui "d’opinion ou de sentiment contraire" (Académie, 1835). Ce n’est pas non plus dans le sens que contrepartie a eu en musique et qu’enregistrent les académiciens dès 1762 : « terme de musique, qui se dit d’une partie de musique opposée à une autre » et « il se dit plus ordinairement de la partie qui sert de second dessus » (Littré : « Terme de musique, partie de composition opposée à l’autre, comme la basse au dessus »).

Le sens de contrepartie dans les discours des socialistes est tout autre (ce qui est dans l’ordre de leurs choses, puisqu’ils sont « différents ») et tout moderne, puisque, comme chacun sait, le socialisme, ce n’est ni la ringardise, ni l’archaïsme. Ce sens n’est enregistré dans les dictionnaires qu’à compter de la seconde moitié du XXe siècle. Il est défini ainsi dans le Trésor de la Langue française (1971-94) : « ce qui, dans un arrangement, un accord, est donné en échange d'autre chose ». C’est un ersatz de la vieille règle un peu mafieuse du donnant donnant. Le don, croit-on, est gratuit (cf. Marcel Mauss, qui en a fait la théorie). Mais pas chez les socialos. D’ailleurs, ils ne donnent jamais rien, ils prennent, ils saisissent, ils empochent, ils font main basse sur. Qui veut échapper aux rapines doit payer. Voilà ce que sont les contreparties.

Selon les académiciens (neuvième édition de leur Dictionnaire, en cours de publication), ce sens « moderne » de « compensation » ou de « dédommagement » s’est développé dans la langue actuelle, au point de devenir « usuel », à partir d’un sens technique dans la langue des boursicoteurs et autres agioteurs, la contrepartie étant « l’opération de celui qui se porte vendeur ou acheteur contre son propre client, au lieu d’exécuter ses ordres comme intermédiaire ». Ces contreparties exigées sans cesse sont aussi pour M. de Hollande et ses camarades de bannière l’occasion de dévoiler « le lieu d’où ils parlent », à savoir l’univers gris et interlope des requins demi-mafieux du boursicotage.    

 

 

 

 

18 février 2014

Compatible

 

 

 

            Les académiciens, dans les éditions, publiées entre 1694 et 1878, de leur Dictionnaire, s’abusent sur la définition de l’adjectif compatible, que vient de rendre célèbre M. de Hollande, quand il a déclaré, mais à Tunis, devant de bons et vrais musulmans qui musulmanisent tout, jusqu’à la garde-robe et même dans la garde-robe, que l’islam était compatible avec la démocratie. Dans l’esprit des académiciens donc, le sens de cet adjectif est ou serait étroitement dépendant du verbe compatir, qui a pour sens « être touché, attendri des maux d’autrui » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). L’islam s’attendrirait-il sur les maux de la démocratie ? M. de Hollande, seriez-vous le lapin d’Alice au pays des merveilles ? Vos rêves sont nos cauchemars. Réveillez-vous, s’il vous plaît.

Voici comment les académiciens définissent compatible : « qui peut compatir avec un autre » (1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1878). Certes, ce sont les humeurs ou les charges ou les bénéfices, etc. qui sont susceptibles de recevoir la qualification de compatibles, c’est-à-dire des réalités dont le nombre est égal ou supérieur à 2. En fait, compatible dérive, non pas du verbe français compatir, mais du verbe latin compati, d’emploi fréquent dans le latin médiéval au sens de « être compatible avec » et d’après pati, « permettre, admettre ».  Même Littré (1863-77) maintient dans la définition de cet adjectif le lien supposé avec le verbe compatir : « qui peut compatir, s’accorder avec un autre (personne ou chose) », même si l’emploi de compatir est corrigé ou redressé par celui de s’accorder. Littré précise que « compatible ne se dit qu’au pluriel ou, au singulier, avec quelque mot qui ait un sens collectif », ce qui, semble-t-il, incite les innombrables consciencieux en islam, qu’ils soient petits ou gros, à employer islams au pluriel. Si M. de Hollande avait été informé de ces subtilités, il aurait dû déclarer que les islams sont compatibles avec les démocraties.

Dans la huitième et la neuvième éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1935 et depuis 1994), l’erreur des définitions antérieures est quelque peu redressée et il n’est plus fait référence à compatir pour définir le sens de compatible : « qui peut exister, s’accorder avec quelqu’un ou quelque chose ». Il en va de même dans le Trésor de la langue française (1971-94), dans lequel la définition, « qui est susceptible de s’accorder avec », a le mérite de rappeler que, dans le sens compatible, se loge du potentiel ou des potentialités. Ce n’est pas qui s’accorde avec quelque chose d’autre, mais ce qui est susceptible de le faire, et qui ne le fait nécessairement pas. Le chômage est susceptible de baisser dans les mois qui viennent, mais cela ne signifie pas qu’il va baisser, comme l’a démontré pendant toute l’année 2013 M. de Hollande. L’islam est susceptible de s’accorder avec la démocratie évidemment, mais à plusieurs conditions : que la démocratie soit la démocratie (et non l’ersatz ou la caricature que nous fourguent les socialos), que l’islam cesse d’être l’islam, que l’islam renonce à la loi islamique, que l’islam supprime dans le Coran tous les versets qui appellent à tuer ou à faire la guerre et ceux qui contiennent des appels au meurtre raciste, que l’islam cesse de se tenir pour l’alpha et l’oméga en tout, que l’islam introduise un peu d’égalité en droit, là où il n’y a que des inégalités, que l’islam cesse de mépriser ou de maltraiter ceux qui ne sont pas musulmans, etc. etc. etc.

En bref, il y aura un peu de compatibilité entre l’islam et la démocratie quand les poules auront des dents. C’est ce qu’aurait dû déclarer M. de Hollande et en tirer toutes les conséquences logiques. Mais, pour cela, il aurait fallu qu’il cessât de se prendre pour son homonyme de prénom, Pignon, ou pour Cheval, l’ami de Pignon, les personnages principaux du Dîner de cons.  

   

 

15 février 2014

Nauséabond et nauséabonderies

Nauséabond

 

S’il fallait choisir parmi les mots qui forment le vocabulaire de base des organes médiatiques et politiques celui qui en exprime l’essence et qui, en même temps, dévoile la réalité de ces organes (ce qu’ils sont réellement, tels qu’en eux-mêmes l’éternité ne les changera pas, ce qui fait leur « nature »), c’est sur l’adjectif nauséabond que devrait porter le choix. Ce mot est à la fois moderne, puisqu’il est attesté en français dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, et ancien, puisque, emprunté au latin, il est une sorte de calque de nauseabundus, adjectif qui se traduit par « qui éprouve le mal de mer, qui a des nausées ». Nauséabond est du latin d’instruits : le mot est donc savant.

Les auteurs de dictionnaires l’enregistrent dans les éditions de leurs ouvrages publiées au XIXe siècle : sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française en 1835 et Dictionnaire de la Langue française (Littré, 1863-77). Il y est donné deux significations : « qui cause des nausées » (aliment, remède, odeur, saveur nauséabonds) et, au figuré, « qui déplaît en excitant le dégoût ». De cet emploi figuré, les académiciens, en 1835, précisent qu’il se rapporte aux « ouvrages littéraires qui déplaisent, rebutent, excitent le dégoût ». Auquel cas, ce sont des discours, des ouvrages, des propos, une certaine littérature, etc. qui peuvent être qualifiés de nauséabonds. Les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-94), qui sont des hommes de progrès hygiénique et ont donc l’odorat aiguisé, enchérissent sur les académiciens dans l’expression du dégoût : « Au figuré, qui inspire une profonde répugnance dans l’ordre intellectuel ou moral ». Les synonymes en sont dégoûtant, écoeurant, immonde, rebutant, repoussant, répugnant. Dans l’édition en cours de publication de leur dictionnaire, les académiciens se mettent au diapason. Est nauséabond, selon eux et dans un sens figuré, ce « qui est vil, bas, excite le dégoût ».

La raison d’être de cet emploi figuré, très moralisant, c’est-à-dire saturé, non pas en morale, mais en moraline, et très vertuiste, c’est-à-dire saturé de vertu affectée, à l’instar de ce qu’affectait M. Tartuffe, est l’existence d’un code entièrement binaire de postures, toutes subjectives, et qui se répartissent à gauche et à droite de l’axe qui sépare le Bien du Mal. A gauche, le Bien, érigé en Empire absolu de la moraline ; à droite, le Mal, celui de Satan, du Diable, d’Iblis, de l’Autre… L’adjectif nauséabond trace la ligne, jaune évidemment, à ne pas franchir. Les gens de Bien (tous honnêtes, vertueux, bien pensants, bons, très comme il faut) ne l’emploient que pour rejeter dans le camp du Mal ce qui leur déplait. Autrement dit, nauséabond stigmatise, pointe du doigt, montre le Mal ou ce qui est susceptible d’être le Mal, tout en valorisant, bénissant, couvrant d’éloges les hommes de Bien qui l’emploient à satiété et à en donner la nausée à ceux qui, parce qu’ils sont pauvres, sont condamnés à les entendre.

Ce n’est pas tout. Le dégoût précède l’élimination, la disparition, l’extermination. Grâce à des produits chimiques, les odeurs nauséabondes s’éliminent : pschitt, et elles s’évanouissent. Un bel autodafé, et les livres nauséabonds sont réduits en cendres. Une balle dans la tête, et les discours nauséabonds disparaissent. La stigmatisation est le prodrome de bûchers, de meurtres, d’élimination de masse.  Pour le moment, les inquisiteurs, les commissaires politiques, les scienceux en nauséabonderies s’en tiennent aux mots. Quelque chose les retient encore (la peur du gendarme ?) de passer à l’acte.

Un des premiers écrivains à employer nauséabond dans un sens figuré et à propos des idées est Madame Aurore Dupin, baronne Dudevant, qui s’est fait connaître sous le nom de plume de George Sand, écrivain prolifique, confus, persuadé de sortir des cuisses du Bien et dont Nietzsche, qui se connaissait en moraline, disait qu’elle écrivait comme une grosse vache laitière : jugement nauséabond évidemment. Les idées politiques de Mme Sand sont une mixture d’occultisme et de socialisme, de tables tournantes et de paysannes que l’on engrosse, d’insolence et de fermages à encaisser à date fixe. Très vite, la mixture a tourné au vinaigre. Quand les électeurs n’ont pas renouvelé leur confiance à son cher fils Maurice en 1849 et en 1871, quand l’armée de la République a été mobilisée pour en finir avec les communards, elle a applaudi aux massacres.  « La politique, écrit-elle en 1855, dans Histoire de ma vie, me devenait nauséabonde, Nohant n’était plus aussi recueilli et aussi intime que par le passé ». La bonobo (bourgeoise no bohème) avant l’heure avait son domaine, ses terres, ses biens, ses fermages, sa richesse.

 

12 février 2014

Historiens des ténèbres

 

 

 

A propos de Maurice Agulhon, De Gaulle, Histoire, symbole, mythe, Plon, 2000 et La République de 1880 à nos jours, tome V de l’Histoire de France en cinq volumes, Hachette, 1990

 

 

Maurice Agulhon, né en 1926, est un historien à qui ont été prodigués honneurs et récompenses, dont une élection en 1986 au Collège de France à la chaire d’Histoire de la France contemporaine. Ses recherches, travaux, études ont porté sur la République, non pas seulement le régime politique nommé république, mais l’idéologie républicaine qui a marqué la France au cours des deux derniers siècles d’une empreinte indélébile et que M. Agulhon a étudiée sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, politiques, morales, symboliques, imaginaires, iconiques ou sémiologiques, dont les statues et les bustes de Marianne. De tous les historiens français qui se disent attachés à la « République », à ses œuvres, à ses institutions et à ses pompes, il est apparemment l’un des moins sectaires ou l’un des plus ouverts. 

Pourtant, dans le chapitre I, qui s’étend de la page 9 à la page 20, de son avant-dernier ouvrage intitulé De Gaulle et qu’il consacre, non pas à la carrière ou à la vie ou à l’œuvre de cet homme politique, n’étant ni gaulliste, ni gaullâtre, ni gaullophile (en bref, il n’a jamais adhéré à ce qu’a fait De Gaulle, étant un « opposant », ce qui est parfaitement son droit), il se croit obligé, alors qu’il est âgé de plus de soixante-dix ans et que, parvenu au sommet de la carrière, il n’a de compte à rendre à personne, d’exposer en détail les raisons pour lesquelles il a pris pour objet d’étude De Gaulle, comme si cela n’allait pas de soi pour un historien. Ce chapitre est intitulé « Rencontres ». L’objectif de Maurice Agulhon est de montrer que son intérêt pour De Gaulle est conjoncturel, qu’il est dû au « hasard » et non à l’histoire. Cet objet d’étude est contingent, sans nécessité aucune, consécutif à un petit détour par Colombey-les-deux Eglises, alors que M. Agulhon était à la recherche des ateliers de Haute-Marne où les statues de la République avaient été fondues, et à un livre de commande : le tome V de l’Histoire de France qui a été conçue par François Furet comme une histoire politique, rompant avec plusieurs décennies d’histoire économique et sociale. Il se croit obligé en outre de s’exonérer, comme si cela n’allait pas de soi, quand on connaît les pratiques de l’édition, de toute responsabilité dans le choix de la couverture de ce Tome V, sur laquelle figurent son nom « Agulhon », le titre « République » (« La République de 1880 à nos jours ») et un portrait de De Gaulle, trois « faits » qui, selon ses « amis » historiens, sont aussi détonants que la rencontre d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection. Cette couverture ne serait pas de son fait, mais de l’éditeur, ce qui l’innocente de ce crime. On est dans les années 1990. De Gaulle, né en 1890, est mort en 1970 : il est entré dans l’histoire, qu’il a faite ou contribué à faire, en 1940, puis entre 1944 et 1946 et enfin entre 1958 et 1969. Il n’y a donc rien d’inconvenant à ce qu’un historien reconnu fasse de De Gaulle un objet d’étude partiel et abordé d’un point de vue singulier : l’imaginaire, le mythe ou la symbolique. Le choix de M. Agulhon n’a rien d’anormal, ni de déshonorant : il fait son métier d’historien, d’autant plus qu’il le fait avec rigueur, s’en tenant aux faits et en proposant une interprétation.

Or, en 1990, selon M. Agulhon lui-même, il s’est trouvé des « historiens », reconnus eux aussi, qui ont jugé ces choix déshonorants. Faire son métier, fût-ce à la suite d’une série de hasards, c’est-à-dire involontairement ou contre son penchant naturel, est tenu par des historiens pour un crime. Ce ne sont pas les gardiens du cimetière communal de Nevers ou de Montreuil, qui ont hérité du plaçou qu’ils occupent du chef de la bannière socialiste ou communiste dont ils sont les clients et qui, pour complaire à leurs maîtres, sont tenus à l’obéissance servile, mais des professeurs d’université, qui délivrent des diplômes et des grades, recrutent leurs semblables, décident de sujets de recherche, c’est-à-dire des individus prétendument autonomes, censés être libres et souverains, supposés n’avoir d’autre objectif que la connaissance et la progression du savoir. Or, ces gens-là, en 1990 encore, tiennent De Gaulle pour un objet d’étude indigne des universitaires qu’ils se targuent d’être. Qu’ils détestent De Gaulle, qu’ils n’adhèrent pas aux principes de la Ve République, qu’ils aient en horreur la France libre et y préfèrent Vichy ou ses disciples de l’ombre, tout cela se conçoit. Ces opinions leur appartiennent et ils ont le droit de les exprimer publiquement. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit dans cette affaire : ce qu’ils refusent, c’est que De Gaulle soit un objet d’étude, parce que tout historien qui en ferait un objet d’étude serait immédiatement suspecté de partis pris hostiles à la république et serait tenu pour un avorton de la Bête immonde, ce qui suppose, selon eux et dans leur système « déontologique », qu’un historien choisit comme objet d’étude une période, une idéologie, des faits en accord avec ses propres engagements personnels. De fait, les objets d’étude n’ont pour raison d’être que de valider les passions, haines, ressentiments d’un individu.

Il n’y a pas contre les historiens de France d’acte d’accusation plus implacable que les quelques pages de ce livre. Evidemment, Maurice Agulhon, tout historien reconnu qu’il soit, ne sort pas grandi de cette affaire : il s’est abaissé à justifier ces choix d’étude par le prétexte du hasard, ce qui est indigne d’un historien ou d’un savant. De fait, il rend suspects ses propres choix, ses préférences, ses objets d’étude et la république dont il s’est fait le héraut. Soit l’exemple du Panthéon. Selon Agulhon, c’est un bâtiment dans lequel se cristalliserait le meilleur de la ferveur républicaine. De fait, il ne se passe pas de mois sans que des historiens, idéologues, publicistes, journalistes « culturels » proposent de « panthéoniser » Mme X… ou M. Y… aux « mérites » immenses, ce qui présenterait l’avantage, à leurs yeux, de raviver des braises presque froides. Or, il suffit de consulter la liste des « grands hommes » (ou prétendus « grands hommes ») à qui la patrie exprime sa reconnaissance pour dissuader tout grand homme ou futur grand homme, même le plus fervent républicain, de se faire ou laisser inhumer aux côtés d’individus qui, pour la plupart d’entre eux, n’ont jamais manifesté le moindre intérêt pour les droits de l’homme, la liberté des peuples, l’émancipation des femmes (et des hommes), pour la connaissance et le savoir et même pour la France… Bernanos a écrit les Grands Cimetières sous la lune, le Panthéon est le petit cimetière de l’obscurantisme. C’est dire à quel point la vénération du Panthéon relève chez Agulhon et les républicains de la superstition religieuse la plus obtuse qui soit.

Maurice Agulhon a une conception mystique de la république, ce qui l’autorise à gommer, parmi les réalités les plus gênantes, celles-ci : le peu de goût de la république pour la démocratie ; le génocide dont elle s’est rendue coupable en 1793 et 1794 contre les femmes, les enfants, les vieillards de l’Ouest de la France ; les massacres de civils à Paris, An III ; la répression sanglante des manifestations ouvrières de juin 1848 ; les vingt ou trente mille morts de la Commune ; la répression par l’armée des mineurs en colère ; les guerres coloniales ; la volonté d’arracher les « races inférieures » à leur prétendue sauvagerie, etc. Tout ce qui pourrait être mis au débit de la république est édulcoré ou tu. A aucun moment, Maurice Agulhon ne remet en question la « rupture » ou la prétendue rupture que les régimes républicains auraient constituée dans la continuité historique de la France. Et si tout avait changé pour que, justement, rien ne changeât jamais, comme aurait pu dire le prince Salina ? La division de la société en trois ordres, clergé, noblesse, tiers état, a sans doute disparu dans le vocabulaire, mais la langue est la pire et la meilleure des choses, puisqu’elle trompe, abuse, ment autant qu’elle dévoile, révèle, éclaire. Une classe politique composée d’élus quasiment professionnels et qui ne se renouvelle jamais, sinon par recrutement endogène, n’est rien d’autre qu’une nouvelle noblesse à privilèges exorbitants ; des clercs ou des instruits (de faux instruits évidemment) qui sont rémunérés pour encadrer, « formater », bourrer le crâne des enfants, des adolescents, des « citoyens », etc. et cela du berceau au tombeau, ne sont rien d’autre qu’un clergé, plus avide, plus nombreux, plus cynique que celui de l’Ancien Régime. Le tiers-état est le seul des trois anciens ordres à n’avoir pas changé : il paie impôts sur impôts pour que la noblesse et le clergé s’ébattent dans la soie ou sous les ors. En faisant de la république un Absolu, une nouvelle Sainte Vierge, le Sacré par excellence, une Statue parfaite, etc., le professeur Agulhon écarte tout examen, fût-il un peu critique, de ce que sont ou ont été les cinq républiques qui se sont succédé depuis 1792.    

La biographie de Maurice Agulhon, qui, de tous les historiens, est le moins indigne, est un véritable papier de tournesol. Il a été pendant de longues années membre du Parti communiste, quand le PC était stalinien, et faisait l’apologie des crimes contre l’humanité dont se rendaient coupables l’URSS et ses satellites ; il a soutenu d’un cœur léger Mitterrand, qui fut pétainiste, antisémite, complice de criminels contre l’humanité, partisan des guerres coloniales à outrance, etc. Tout cela jette une ombre sur ses travaux. Dans ces conditions, il est dans l’ordre des choses, des choses d’Agulhon évidemment, que De Gaulle soit tenu, même vingt ans après sa mort, pour un objet d’étude indigne des petits messieurs qui ont trempé dans toutes les saloperies du siècle des ténèbres qu’a été le XXe siècle. Il est sans doute préférable qu’il en soit ainsi : c’est tout à l’honneur de De Gaulle que d’avoir de pareils ennemis.  

 

 

10 février 2014

Ecole : missions impossibles

 

 

Depuis trente-cinq ans ou plus, intellos, scienceux du social, profs de tout acabit, etc., « repensent » l’école. Ils ne pensent pas, mais ils repensent une réalité qui n’a besoin que d’être pansée et surtout préservée des maux qui l’assaillent. Diverses thèses ont été avancées : l’école doit changer la société ; elle doit abolir les classes sociales ; elle doit adapter les élèves (pardon les « apprenants ») à la « vie » ; elle doit intégrer (et pas seulement instruire) les enfants d’étrangers ; elle doit lutter contre la xénophobie, le racisme, la misogynie, les stéréotypes « culturels » et « sexuels », l’homophobie, l’islamophobie et autres phobies imaginaires ; elle doit, elle doit, elle doit, elle doit, etc. Ces thèses ont inspiré les politiques scolaires de Haby, Savary, Jospin, Lang, Peillon et autres socialos.

 

Changer l'école pour changer la vie.

            La thèse révolutionnaire est la plus fréquente : l'école doit changer la société ; ou, du moins, elle est censée avoir les moyens de changer la société. Pour cela, elle doit changer : se changer. Dans les années 1970-80, le mot d'ordre était « changeons l'école pour changer la société ». Ainsi, seraient changés l’homme, la « vie », les relations de domination qui caractérisent les sociétés archaïques qui ne sont pas entrés dans la modernité. En trente-trois ans, l'école a changé. Elle a cessé d'être une institution ; la loi Jospin en a fait une « communauté ». Elle a cessé d'être séparée ; elle a été déclarée « ouverte », comme Rome en 1944. Elle a cessé d'instruire ; elle "éduque" ou, centrée sur les enfants, elle les laisse être, créer ou s'exprimer. Aux seuls enfants de profs sont épargnés ces mauvais traitements. Pas folles les guêpes ! Si les enfants de pauvres, de prolétaires, de sans le sou, de travailleurs, de chômeurs, de précaires, de paysans, n'apprennent plus à lire, à écrire, à compter, ils ne pourront pas aspirer aux fonctions prestigieuses et aux belles places, qui, elles, seront réservées de fait aux enfants de profs. Ainsi les pédagos établissent leur race sur des bases solides et les privilèges pleuvent sur elle. 

            L'école a changé. En revanche, ni l'homme, ni la vie n'ont changé. Plus exactement, si changement il y a eu, c’est en pis. En 1970, la misère matérielle était inconnue, elle règne partout aujourd'hui. Le chômage n'existait quasiment pas, il menace tout le monde, sauf, bien entendu, les hiérarques qui changent l'école et les nantis europhiles. Les inégalités sociales, fortes naguère, sont devenues des abîmes, dont on ne peut plus mesurer la profondeur. La solidarité permettait aux opprimés de défendre leurs droits. L’école nouvelle l’a achevée.

 

Changer l'école pour supprimer la domination sociale.

            Une autre thèse, très fréquente, consiste à laisser accroire que l'école reproduit la domination d'une classe sociale (id est la bourgeoisie) sur les autres, parce qu’il y est enseigné la culture, la seule culture prétendument bourgeoise. C'est ce que Bourdieu a cru pouvoir démontrer dans les années 1960-70, en s'acharnant sur la seule école publique et se gardant bien de mettre en cause l’école privée. L'école publique a été vouée aux gémonies ; l'école privée, épargnée. Le "sociologue" Bourdieu est devenu entretemps un nanti (car les attaques contre l'école finissent toujours par être récompensées en menue monnaie), et ses disciples sont millionnaires à Canal + ou à France Télévision ou au Monde.

            Alors qu'on prétendait éviter la reproduction sociale, on a supprimé les humanités, fondement de toute émancipation intellectuelle ; les mathématiques, jugées objectives, sont devenues des instruments de sélection ; la communication a supplanté la culture ; l'histoire a été remplacée par les sciences sociales, et le devenir par l'immuable, ce qui justifie les pires conservatismes. L'école n'enseigne plus ce qu'il y a de grand dans l'humanité, abandonnant cette noble mission à quelques lycées "bourgeois" des grandes villes ou à des écoles privées. En juin 1993, Bourdieu, le principal promoteur de ces réformes, a créé une association qui protestait contre "l'intelligence assassinée". Mais en Algérie seulement, pas en France. Détruire la culture est un crime en-deçà de la Méditerranée ; un acte noble, au-delà. Pour Bourdieu, il y a toujours des différences quelque part.         

 

 

Les fardeaux de l'école

            Il est évident que trop de missions sont assignées à l'école. Ce ne sont plus des missions, mais un fardeau ; et ce fardeau - cette croix - est trop lourd à porter. Trop de missions, trop de missions contradictoires, trop de missions impossibles, que, jamais, l'école n'assumera, même si elle doit bénéficier de tout l'or du monde. Dès lors il devient possible d'accuser l'école, d'y reprocher ses prétendus échecs, d'en faire un bouc émissaire, de la détruire,

            L'Ecole, dite de la République, comme les écoles de l’Ancien Régime, était plus modeste, moins arrogante, moins hautaine, moins délirante. Elle se contentait de remplir les missions qu'elle pouvait accomplir et que le peuple souverain lui avait assignées. Elle instruisait des élèves. C'est-à-dire qu'elle les préparait à la liberté de l'esprit. Cette liberté est en voie de disparition, parce que l’école ne remplit plus la mission pour laquelle elle a été instituée.

 

 

08 février 2014

Incompatible

 

 

Que l'islam soit compatible avec la démocratie, comme le déclare M. de Hollande, ou que l'islam soit incompatible avec la démocratie, et avec tout le reste, comme le montrent les faits, est sans importance. L'essentiel est que la démocratie est incompatible avec l'islam. Mais M. de Hollande ne le sait pas et il ne pouvait donc pas le déclarer devant ses amis tunisiens, car il n'a d'amis que tunisiens. Peut-être va-t-il finir par se réfugier en Tunisie comme l'a fait avant lui le socialiste Craxi ? D'ailleurs, tout cela importe peu, puisque M. de Hollande n'est compatible avec rien, sauf avec le canton de Tulle.

 

07 février 2014

Le chant "je mens", c'est maintenant

 

 

Les slogans politiques sont faits pour duper, tromper, abuser, mentir. Pourtant, il en est un qui échappe à cette grande loi. C'est "le changement, c'est maintenant", qui dit, dans l'inconscient de la langue : "Le chant "je mens", c'est maintenant". 

04 février 2014

Territoire et pédagogie

 

 

Les deux mamelles des socialos

 

 

Du temps du « bon Roi » Henri IV et de son ministre Sully, la France avait deux mamelles : le labourage et le pâturage. Aujourd’hui, la France a remplacé ses anciennes mamelles, un peu fatiguées, par des prothèses : le robinet grand ouvert des dépenses publiques et de l’Etat Providence, les portes grandes ouvertes à tous ceux qui rêvent de vivre – et bien – sans travailler et n’ont qu’un minuscule bras de mer à traverser, les bras grands ouverts aux racistes, xénophobes, fascistes, qu’ils soient verts ou musulmans, etc. Quant à ceux qui la gouvernent ou qui la représentent, qu’ils soient ministres, sénateurs, députés, présidents de conseils régionaux, etc. ils ont répudié le labourage et le pâturage et ont fait occuper la place vacante par le territoire et la pédagogie. Ecoutez-les : ils n'ont plus que ces deux mots à la bouche. Un département n’est plus un département, c’est un territoire ; une commune n’est plus une commune, c’est un territoire ; une région n’est plus une région, c’est un territoire ; la France n’est plus la France, c’est un territoire – pas encore totalement occupé, mais cela viendra – ou mieux une mosaïque de territoires, changeants, divers, variés. Pour les socialos, tout est territoire et le territoire est tout, et cela bien que territoire (le mot, le concept, la notion) soit le mot clé des idéologies animales. Un animal a un territoire, qu’il défend bec et ongles et est même prêt à tuer pour le défendre. Le truand ou le caïd fait de même. Les limites en sont l’urine qu’il dépose un peu partout ou les doses de drogue qu’il cache dans les poubelles. Le territoire, c’est le degré zéro de la politique. Il annonce le retour des forces obscures de l’instinct ; c’est le triomphe de la nature sur la culture. Voilà ce que des ministres et politiques socialos – supposés « de gauche » ou « progressistes » - proclament haut et fort, dès qu’ils prennent la parole.

La pédagogie est la seconde mamelle des socialos – l’alter ego du territoire. Le territoire est la face sombre – le revers – du socialisme ; la pédagogie en est la face lumineuse – l’avers. De l’un à l’autre, on passe de l’obscurité à la lumière. Tous les ministres font de la pédagogie et, quand ils n’en font pas ou oublient d’en faire, ils sont incités par le pion de service, M. de Hollande ou M. Ayrault de Saint-Herblain, à faire de la pédagogie – c’est–à-dire à bourrer les crânes de leur propagande.

Le territoire, c’est ce qui définit l’animalité ; la pédagogie, ce qui définit la puérilité. La pédagogie est l’art de conduire les enfants à l’école, même pas l’art d’instruire, mais le sinistre travail d’assistance maternelle. Faire de la pédagogie, quand on est ministre ou député, c’est tenir les citoyens pour des enfants « que l’on prend par la main » pour les conduire on ne sait où : à l’abattage ? Ou à l’école devenue centre d’abattage ? Penser la France comme un territoire, c’est la transformer en jungle. L'utopie socialiste, ce sont les enfants condamnés à vivre dans la jungle.