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05 avril 2014

Algérie, algérien

 

 

 

 

 

            Nom et adjectif, algérien est attesté dans l’édition de 1721 du Dictionnaire Universel, dit de Trévoux. Il a pour sens « qui est d’Alger ». Aujourd’hui, c’est le mot algérois qui porte ce sens, les deux sens « qui est d’Alger » et « qui est d’Algérie » étant soigneusement distingués. Dans ce Dictionnaire, le sens « qui est d’Alger » est illustré par cet exemple éloquent, qui en dit long du passé de l’Algérie avant 1830 : « les Algériens, ou les pirates algériens, n’ont osé attaquer les vaisseaux français depuis que le Roi a fait bombarder Alger ». En revanche, algérien, qu’il soit employé comme adjectif ou comme nom, n’est relevé dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1932-35.

Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), ignore le nom et ne recense que l’adjectif, auquel il ne donne pas de sens ethnique, à la différence des auteurs du Dictionnaire de Trévoux. C’est « qui a rapport à l’Algérie ». Le rapport à l’Algérie alors était économique et financier, du moins si l’on en croit les exemples : « la Société générale algérienne, nom d’une société fondée en exécution d’une loi du 12 juillet 1865 et d’un décret du 18 septembre 1865 », « les obligations algériennes, titres émis par cette société ». Il est vrai que l’Algérie était française et qu’elle était habitée de Français, d’Européens et d’indigènes – non d’Algériens. De fait, le nom propre Algérien au sens d’habitant de l’Algérie, n’a pas d’existence dans la langue. Ou bien Littré se borne à constater une réalité (l’entité Algérie n’a pas d’existence), ou bien il se plie à l’idéologie de l’époque : si le nom propre Algérien avait signifié « habitant de l’Algérie », c’eût été reconnaître que les premiers ou les plus anciens habitants d’Algérie (les indigènes, comme on disait alors) étaient les seuls qui aient une légitimité à le revendiquer comme leur.

La langue conserve les traces de l’histoire des hommes. L’Algérie étant indépendante, il existe donc des Algériens, qui peuvent être fiers ou non de leur pays (ALJ compatit à leurs malheurs) et de ce qui s’y passe de tragique ou de bouffon depuis cinquante ans. Le Trésor de la Langue française (seize volumes publiés entre 1971 et 1994) a été conçu et rédigé après l’indépendance de l’Algérie : il y est tenu compte de la situation que cet événement a produite. Algérien, « substantif », désigne « celui qui habite l’Algérie ou qui en est originaire » et, adjectif, il a pour sens « ce qui est relatif à l’Algérie ou à ses habitants ». Du dictionnaire de Littré, il n’est conservé qu’une partie de la définition de l’adjectif : « ce qui est relatif à l’Algérie ».

 

Le nom algérien, qu’il soit masculin ou féminin, a pris au cours de la période française d’autres sens : « voiture publique de Paris, du genre de celles qu’on appelle omnibus » (1842), préparation culinaire dite « à l’algérienne », « étoffe à rayures de couleurs », « écharpe faite de cette étoffe ». Ces sens, c’est ce qui reste dans la langue des cent trente-deux ans de présence française outre Méditerranée. Au fil des décennies, ces sens s’éteignent, en même temps que les traces que la France a laissées là-bas. Ainsi, les auteurs de dictionnaires notent que le nom algérienne, au sens relevé en 1842 de « voiture publique de Paris », était tombé en désuétude à la fin du XIXe siècle et remplacé par omnibus. Ce sens disparaît dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, dans lequel les sens retenus sont « relatif à l’Algérie » pour ce qui est de l’adjectif (les académiciens oublient « et à ses habitants ») et, pour ce qui est du nom : « personne originaire d’Algérie ou qui a la nationalité de ce pays », « dialecte arabe parlé en Algérie » et (au féminin) « tissu à rayures multicolores ». En réalité, le « dialecte » parlé en Algérie est une langue berbère mâtinée d’arabe et de français ; et l’algérienne ou « tissu à rayures multicolores » a disparu des étals.

Les sens divers se réduisent peu à peu à un seul sens : habitant de l’Algérie ou qui en est originaire. En perdant ses sens anciens, ce nom s’appauvrit.

Souhaitons aux Algériens que le destin de leur pays ne soit pas à l’image de celui de leur nom. Les élections qui se profilent n'augurent rien de bon. 

 

 

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