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09 mai 2014

Retournement

 

 

Voilà un très vieux mot de la langue française auquel M. de Hollande vient de rendre un peu de jeunesse. Il est attesté (le mot, pas son auteur) à la fin du XIIe siècle, à une époque où aucun habitant de la France d’alors n’aurait imaginé qu’un jour un cantonnier de Tulle, village sis sur les bords de la rivière Corrèze, pût devenir chef de l’Etat. Les voies de Dieu sont impénétrables, aurait-on dit il y a quelques siècles.

Retournement a le sens du verbe retourner dont il dérive et désigne l’action de retourner à l’endroit d’où l’on était parti. Apparemment, il n’est pas dans l’intention de M. de Hollande de retourner à Tulle. Son retournement n’est pas imminent. Il se fera un jour peut-être. Qui sait ? En 2017.

Le nom n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de 1935 (huitième édition) avec un sens à peine esquissé (« action de retourner ou résultat de cette action »), mais illustré de cet exemple : « le retournement d’une situation ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est un peu plus explicite. Le retournement ne consiste pas à revenir au point de départ, mais à « tourner en un autre sens ». Le mot est d’un emploi plus fréquent dans les vocabulaires spécialisés : celui de la géométrie, de la balistique (« tendance qu’a une balle conique, lancée par une arme à feu, à se retourner, c’est-à-dire à arriver au but par son gros bout au lieu d’y arriver par son petit bout »), des chemins de fer (« action de retourner un rail fabriqué de telle façon qu’il puisse servir des deux côtés »), de l’astronomie.

Dans la langue moderne se développent des emplois figurés ou propres, dont ceux-ci, qui pourraient s’appliquer en partie à M. de Hollande : « Fait de retourner quelqu’un, de le faire changer de camp ; changement complet d’attitude, d’opinion » (pour les séides, le retournement, c’est pour bientôt) et « mouvement qui consiste à se retourner sur soi-même » ou, pour ce qui est des tendances, des chiffres, des statistiques, des représentations graphiques, des « courbes » (tout ce dont M. de Hollande est féru), « inversion du sens d’une tendance, d’un rapport de force ». Le retournement ne serait donc qu’une autre formulation de la célèbre « inversion » de courbe. On sait ce qu’il est advenu de cette courbe, laquelle, hélas, ne chôme pas et va sans cesse de l’avant ; on peut craindre qu’il n’en aille pas différemment du retournement claironné par les Trompettes médiatiques.  

 

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