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15 mai 2014

Qu'un sang impur abreuve nos sillons

 

 

Les Bonobos (ou « bourgeois no bohèmes ») ne se contentent pas d’être socialos : il faut qu’ils éructent leur rage en toute occasion, de préférence contre les symboles de la France. Mais que ne mettent-ils pas leurs actes en accord avec leurs haines ? Qu’ils aillent vivre en Arabie, qu’ils prennent la nationalité soudanaise, qu’ils se convertissent à la religion des Patagons ! Wilson, le fils de son père, est de ceux-là : plus bonobo que lui, tu meurs. Tout lui est prétexte pour bien penser (penser est un trop gros mot pour lui être prédiqué, péter conviendrait mieux). Il marche sur les brisées de Taubira, de Trierweiler, de toute la chausse pisse aussi (féminin de show biz), de feu la femme Mitterrand… 

            La malheureuse Marseillaise, ce chant qu’entonnaient les résistants devant le peloton d’exécution, est la cible de leur ire. Se seraient-ils accommodés de « Maréchal, nous voilà », dont aucun mot ne les heurte apparemment ? Pourquoi ce tintouin ? C’est, entre autres, l’injonction « qu’un sang impur abreuve nos sillons » qu’ils ne supportent pas d’entendre. Il ne leur est pas demandé de la chanter, ni même de l’écouter, mais ils veulent la changer, sous le prétexte qu’elle serait raciste, xénophobe, haineuse. Ah bon, que signifie raciste dans les quelques pois chiches qui, dans leur pauvre cervelle, tiennent lieu de neurones ? « Qui est d’une sale race » ? « Qui est d’une race inférieure » ? « Qui est à exterminer » ? On est en droit d’en juger ainsi.

Que les paroles de La Marseillaise soient de la très mauvaise poésie et de la piètre littérature, n’importe qui peut en convenir. Que la musique soit martiale et qu’elle soit à la musique ce que les tags sont à Raphaël, voilà qui est sans conteste. Mais cela ne suffit pas à en faire un chant raciste, sauf à donner à raciste le sens dans lequel l’emploient les antiracistes de profession et subventionnés, c’est-à-dire « d’une sale race ».

            Tout ce pastis a pour source les deux mots sang impur. A la fin du XVIIIe siècle, quand La Marseillaise a été composée, que désignait-on par ces deux mots ? Il suffit d’ouvrir les dictionnaires pour mettre un peu de lumière dans cette prétendue obscurité qui suscite les éructations des racistes à la Wilson et Taubira, qui croient appartenir à une race, religion, éthique, etc. supérieure…  En 1762 et en 1798, dans le Dictionnaire de l’Académie française, il est indiqué ceci : « On dit figurément et poétiquement qu’un homme est né d’un sang impur pour dire qu’il est né de parents notés », notés, c’est-à-dire ayant mauvaise réputation. Dans les éditions ultérieures (1835, 1879, 1932-35), l’adjectif notés est remplacés par flétris (« Figurément : être né d’un sang impur, être né de parents flétris, connus pour de malhonnêtes gens », 1835, 1879, 1935). Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) reprend cette définition : « Être né d’un sang impur, être né de parents malhonnêtes, déshonorés ». 

            Il n’y a aucun racisme, aucune xénophobie, aucune haine dans sang impur ou, si racisme il y a, il est seulement dans la tête de ceux qui éructent leur haine raciste à l’encontre de la France.

C’est Furetière qui, dans son Dictionnaire universel (1690), établit le sens « social » de sang impur et des mots sang pur, dont ils sont l’antonyme. Ce sens, pour le comprendre, est propre à la division de la « société » d’Ancien Régime en trois ordres ou états : noblesse, clergé, tiers-état, et aux vanités que cette division faisait naître chez ceux qui appartenaient à la noblesse. « On dit aussi, pour vanter une ancienne noblesse qui ne s'est point mésalliée, qu’il n’est point entré de sang impur dans cette maison » : autrement dit, aucun membre de cette lignée noble n’a eu d’enfant ou n’a fait d’enfant avec un homme ou une femme du tiers-état, qui, eux, sont d’un sang impur. C’est la définition que reprend Barré en 1842 dans le Complément au Dictionnaire de l’Académie française : « Sang impur s’est dit par opposition à Sang noble ». L’exemple qui illustre ce sens est extrait du dictionnaire de Furetière : « Il n’est jamais entré de sang impur dans cette maison », Furetière et Barré étant l’un et l’autre de sang impur. Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), ce sens est exposé à l’entrée pur : « On dit qu’un prince est sorti du plus pur sang du monde pour dire du sang le plus noble et le plus illustre ». De même Littré : « La pureté du sang se dit d’une famille de haute extraction dans laquelle il n’y a point eu mésalliance ».

Les choses étant ce qu’elles sont, c’est-à-dire tout à l’opposé de ce que croient les bonobos, il est possible d’établir le sens de l’injonction honnie « que le sang du peuple (du tiers-état, des sans grade, des non nobles, etc.) abreuve nos sillons ». L’injonction consiste à appeler le peuple à verser son sang (son propre sang, jugé impur) pour défendre la France envahie par les armées ennemies. C’est un équivalent de « verser son sang pour la patrie » - non pas le sang des envahisseurs, mais celui des défenseurs de la patrie attaquée. Si cette injonction est raciste et xénophobe, alors il faut considérer les combattants de la France libre et de la Résistance comme des racistes et des xénophobes, et en retour les nazis (boches, chleuhs, frisés, etc.) pour des humanistes qui auraient été la cible de la haine rance de franchouillards avinés et drogués.

Conclusion : non seulement les bonobos à la Wilson sont racistes, mais en plus ils sont plus ignares que des buses.

 

09 mai 2014

Retournement

 

 

Voilà un très vieux mot de la langue française auquel M. de Hollande vient de rendre un peu de jeunesse. Il est attesté (le mot, pas son auteur) à la fin du XIIe siècle, à une époque où aucun habitant de la France d’alors n’aurait imaginé qu’un jour un cantonnier de Tulle, village sis sur les bords de la rivière Corrèze, pût devenir chef de l’Etat. Les voies de Dieu sont impénétrables, aurait-on dit il y a quelques siècles.

Retournement a le sens du verbe retourner dont il dérive et désigne l’action de retourner à l’endroit d’où l’on était parti. Apparemment, il n’est pas dans l’intention de M. de Hollande de retourner à Tulle. Son retournement n’est pas imminent. Il se fera un jour peut-être. Qui sait ? En 2017.

Le nom n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de 1935 (huitième édition) avec un sens à peine esquissé (« action de retourner ou résultat de cette action »), mais illustré de cet exemple : « le retournement d’une situation ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est un peu plus explicite. Le retournement ne consiste pas à revenir au point de départ, mais à « tourner en un autre sens ». Le mot est d’un emploi plus fréquent dans les vocabulaires spécialisés : celui de la géométrie, de la balistique (« tendance qu’a une balle conique, lancée par une arme à feu, à se retourner, c’est-à-dire à arriver au but par son gros bout au lieu d’y arriver par son petit bout »), des chemins de fer (« action de retourner un rail fabriqué de telle façon qu’il puisse servir des deux côtés »), de l’astronomie.

Dans la langue moderne se développent des emplois figurés ou propres, dont ceux-ci, qui pourraient s’appliquer en partie à M. de Hollande : « Fait de retourner quelqu’un, de le faire changer de camp ; changement complet d’attitude, d’opinion » (pour les séides, le retournement, c’est pour bientôt) et « mouvement qui consiste à se retourner sur soi-même » ou, pour ce qui est des tendances, des chiffres, des statistiques, des représentations graphiques, des « courbes » (tout ce dont M. de Hollande est féru), « inversion du sens d’une tendance, d’un rapport de force ». Le retournement ne serait donc qu’une autre formulation de la célèbre « inversion » de courbe. On sait ce qu’il est advenu de cette courbe, laquelle, hélas, ne chôme pas et va sans cesse de l’avant ; on peut craindre qu’il n’en aille pas différemment du retournement claironné par les Trompettes médiatiques.  

 

07 mai 2014

Fleuron

 

 

Fleuron, dérivé de fleur, est attesté au début du XIVe siècle et en sept siècles, il n’a pas changé de sens : « ornement en forme de fleur » (1302), « espèce de représentation de fleur servant d’ornement » (Académie, 1694, 1762, 1798, 1835), « ornement en forme de fleur » (Littré, 1872-77 ; Académie, 1762, 1878, 1935, édition en cours de publication). On trouve ces représentations ou ornements sur les couronnes, les pages de garde de beaux livres, les étoffes luxueuses, les moulures des palais, etc.

Le mot est employé à compter du XVIIIe siècle dans un sens figuré : « On dit figurément d’une des plus grandes prérogatives qu’ait un Prince, d’un de ses plus grands revenus, d’une de ses meilleures provinces, que c’est un des plus beaux fleurons de sa couronne, le plus beau fleuron de sa couronne » (Académie, 1762). Littré ajoute : « Il se dit aussi de ce qu’il y a de plus avantageux pour une personne », mais, dans cet emploi, fleuron est suivi du complément de sa couronne : « Il a perdu le plus beau fleuron de sa couronne » (exemple cité aussi par les académiciens en 1935 : « La mesure qui lui enlève cette place lui fait perdre le plus beau fleuron de sa couronne »). Ce sens figuré est glosé ainsi dans le Trésor de la Langue française (1971-1994) : « Bien (concret ou abstrait), qualité morale, les plus précieux pour quelqu’un ».

Depuis quelques mois, la métaphore du fleuron revient dans les media et comme "élément de langage" des politiciens, non plus à propos des couronnes, des souverains, des grands de ce monde, mais de l’économie, celle de la France évidemment, dont les « fleurons » - c’est-à-dire les entreprises ou les institutions ou les grandes œuvres - le plus beau ou les plus beaux de son industrie, de son économie, de son agriculture, de son architecture, de son patrimoine,  etc. sont rachetés à vil prix par des financiers étrangers, quand ce ne sont pas les Etats pétroliers islamiques.

Il est bon de constater que ce vieux mot qui fleure l’Ancien Régime, la monarchie, la couronne, l’ornementation inutile, etc. ressuscite soudain dans des lamentations républicaines et laïques. Et chacun de s’indigner. C’est même à qui s’indignera le plus. Ceux qui s’indignent de voir les fleurons de la France disparaître les uns après les autres sont ceux aussi qui ont tout fait pour que cela advienne. Tartufe leur a appris ces singeries ; ils ont retenu la leçon.