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15 juin 2013

Les efforts écrasants selon M. Ayrault de Saint-Herblain

 

 

 

 

Selon Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788), écrasant, employé comme un adjectif, était, à la fin du XVIIIe siècle, un « néologisme ». De fait, le mot n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de 1842 (le Supplément de Barré) et de 1879 (septième édition). Féraud n’en glose pas le sens, qu’il tient sans doute pour une extension du verbe écraser. Il se contente d’en illustrer l’emploi de cet exemple : « Cette somme modique (de trente mille ducats), qu’un seul marchand aurait pu fournir quelques années auparavant, parut alors écrasante pour la ville entière (de Milan) ». A ce sens propre « qui écrase », Barré, un demi-siècle plus tard, ajoute un sens figuré : « qui étourdit, qui humilie » (exemple : « l’insolence de la politesse froide, dit le prince de Ligne, est cent fois plus écrasante que la hauteur »). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) expose ces deux sens, « qui écrase » (« en termes de guerre, forces écrasantes, forces de beaucoup supérieures ») et « qui étourdit, qui humilie » (« le ridicule est d’un poids écrasant chez la nation qui aime le plus à rire en Europe »). Tandis que les académiciens en 1879 se contentent du seul sens propre relevé par Littré : « en termes de guerre, forces écrasantes, forces très supérieures », en 1935, ils indiquent les deux emplois : « dont le poids est tel qu’il peut écraser » (une charge écrasante) et au figuré, « une preuve écrasante ; le poids écrasant des affaires ».

Dans l’ancienne France, personne n’étant écrasé, personne ne se sentait écrasé, quoi qu’on en ait pu dire ultérieurement, comme s’il fallait absolument accabler rétrospectivement les Français d’avant en leur infligeant anachroniquement les tares de la France « moderne ». En revanche, s’il fallait caractériser la modernité, celle qui rend si fiers d’eux-mêmes les imbéciles, de quelques adjectifs, l’un des plus justes serait écrasant. Les dictionnaires gardent la trace de ces écrasements innombrables, et pas seulement « en termes de guerre ». L’entrée consacrée à écrasant est cinq ou six fois plus longue dans le Trésor de la langue française (1971-94) qu’elle ne l’est chez Littré et beaucoup plus longue dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994) que dans celle de 1879. Le sens propre (« qui exerce une forte pression, qui peut écraser ») comme dans poids, masse, fardeau, choc écrasant(e) est tenu pour « rare » dans le TLF. Les seuls emplois qui s’étendent à toutes les réalités sont figurés : les impôts, la chaleur, la lumière, le sommeil, le soleil peuvent être qualifiés d’écrasants ; le mépris aussi, ainsi que l’amour, le poids des mots, la hauteur des montagnes, un spectacle grandiose, un gratte-ciel, le score, la supériorité, le succès, la victoire, la majorité, les dépenses, les fonctions exercées, les arguments, etc. A la fin du XVIIIe siècle, écrasant était un mot nouveau à l’emploi très restreint ; depuis le milieu du XXe siècle, il n’est rien qui ne puisse être écrasant.

M. Ayrault de Saint-Herblain, ce génial logothète, a étendu à de nouvelles réalités l’emploi d’écrasant. Au sujet de la réforme des retraites, il a solennellement déclaré, de ce ton suffisant qu’affectionnent tous les Monsieur Prudhomme de la politique, ceux qui enfoncent des portes ouvertes et enfilent les perles, les clichés et les évidences avec la componction des pénitents qui portent le Saint Sacrement, que les efforts à faire ne seront pas écrasants. C’est un emploi étrange. Ce ne sont pas les efforts qui peuvent être qualifiés d’écrasants, sauf à penser que M. le Premier Ministre de l’An II de la Restauration socialiste entend ce mot au sens de « charges ». D’ailleurs, comme tout cela sera couronné par une diminution des revenus, sauf pour les nantis, les politiciens et leurs clients, c’est un allègement que constateront les Français, à l’exception de la clientèle, qui est, comme la smala d’Abdel Kader, avide et innombrable. Le fardeau prétendument écrasant sera d’abord une réduction ou une soustraction.

Quant à M. Ayrault de Saint-Herblain, parlant pour lui et de son cas personnel, cette réforme sera moins qu’une charge très légère. Agé de 63 ans, il jouit de sa pension d’enseignant que l’on imagine élevée, à force de promotions hors-classe dont il a bénéficié grâce à ses relations, de celle de son épouse ; il jouit de sa pension de député, l’une des plus scandaleusement avantageuses qui soient (député pendant 26 ans, voilà qui rapporte gros, plus qu’au loto) et qu’il n’entend surtout pas ramener à la loi commune ; il jouit aussi de sa pension d’élu local. En plus de cela, il y a le traitement de ministre, sans parler de la vie qu’il mène depuis près de trois décennies « tous frais payés », même une partie des frais de bouche. Autrement dit, il ne court pas le risque de voir ses revenus diminuer, fût-ce d’un euro : même pas de quelques centimes. L’écrasement, ce sera pour les autres. C’est d’ailleurs ce à quoi sert une carrière politique : on préserve ses intérêts personnels et ceux de la famille, on les fait prospérer, on les multiplie et on en multiplie les bénéficiaires, on case ses enfants dans des sinécures, et pour payer tout ça, on demande aux autres, les pauvres, les ploucs, ceux qui travaillent ou qui ont beaucoup travaillé, de nouvelles charges qui, elles, vont être écrasantes au point de finir par les écraser.

 

 

12 juin 2013

Retour de l'amalgame

 

 

 

L’amalgame est l’avenir de l’homme

 

 

            Avec le printemps, reviennent l’allongement des jours, les soirées chaudes, les oiseaux migrateurs, les tenues légères, les Français qui ne partent pas en vacances, les promos cyniques en faveur de la Tunisie islamique, l’entchadorisation des femmes et bien entendu les amalgames.  

Dans l’histoire de la langue, amalgame apparaît d’abord sous la forme latine amalgama (c’est du latin médiéval) en 1250. Celui qui l’introduit en Europe est un dénommé Geberus, alchimiste, auteur d’un traité intitulé Alchimista arabo-latinus. Avant d’être latin, le mot est arabe, langue dans laquelle il est composé des deux mots : amal, « travail, œuvre », gamaa, « union charnelle », les alchimistes établissant (alchimie étant aussi emprunté à l’arabe), dans leurs belles élucubrations, une analogie entre l’union charnelle et la combinaison entre le mercure et les métaux. Dans un autre traité d’alchimie, le mercure est assimilé à l’homme et l’argent à la femme. Littré (Dictionnaire de la Langue française, Supplément de 1877) est le premier à faire état de cette origine arabo-alchimique : « Monsieur Devic (Dictionnaire étymologique), écrit-il, apporte ses conjectures sur ce mot, qui n’est pas encore éclairci. Il se demande si c’est l’arabe amal al-djam’a, « l’œuvre de la conjonction », ou une altération de al-modjam’a, « l’acte de la consommation du mariage ». Amalgama nous est venu par les alchimistes, M. Devic n’en connaît pas d’exemple avant le XIIIe siècle ».

Le mot français amalgame est attesté en 1549 au sens alchimique de « alliage de mercure avec un métal ». Chez Bernard Palissy, il désigne le mélange de mercure (ou vif-argent) et d’or : « amalgame est appelé par les alchimistes l’or, quant il est dissout, et entremêlé avec le vif-argent ». Dans l’article consacré à amalgame dans L’Encyclopédie, il est exposé en quoi consiste la technique de l’amalgame en alchimie et dans la métallurgie naissante. En 1751, Lavoisier n’a pas commencé ses travaux et ce qui est nommé chimie est encore de l’alchimie, comme le dévoile cet extrait : « un des plus grands secrets de la chimie », c’est de trouver « une méthode d’anoblir les métaux ou de les retirer des métaux moins précieux. Cette manière philosophique de purifier les métaux peut s’appliquer à tous les métaux, excepté au fer ». Du français, le mot est passé dans les langues européennes ; en anglais, où amalgam est employé dans les deux sens, alchimique (« alloy of mercury) et figuré (« soft mixture ») ; en allemand, Amalgam est un Mischung, « mélange » de gens ou d’idées ; en italien amalgama (miscuglio) ; en espagnol amalgama. Il est relevé dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de la quatrième édition (1762) avec le seul sens des alchimistes : « terme de chimie, union d’un métal ou d’un demi métal avec le mercure ou le vif-argent ». Aujourd’hui, amalgame s’étend à d’autres sciences, techniques et domaines que ceux de la chimie : à l’odontologie (il sert à obturer les dents), à l’art culinaire (« mélange d’ingrédients »), à l’imprimerie (tirer en amalgame : « tirer des impressions différentes, présentant les mêmes caractéristiques de commandes (papier, couleurs, etc.) en même temps, sur le même support, avec la même machine, l’imposition de leurs formats étant possible dans celui de la feuille utilisée »), à l’armée (« réunion dans une même unité combattante de troupes d’origines diverses »).

 

Ce n’est pas ce sens propre qui importe, mais le sens figuré, lequel est attesté en 1774 chez Voltaire : « le plaisant et le tendre sont difficiles à allier : cet amalgame est le grand œuvre » (grand œuvre, au masculin, est un terme d’alchimie). A partir de la sixième édition (1832-35) du Dictionnaire de l’Académie française, le sens figuré apparaît dans les dictionnaires, près d’un siècle après que Voltaire en a fait usage : « amalgame se dit, figurément et familièrement, d’un mélange de personnes ou de choses qui ne sont pas ordinairement unies » (« cette société offre un étrange amalgame de tous les rangs et de toutes les opinions » et « son caractère est un singulier amalgame de bassesse et d’insolence »). Chez Littré, le sens figuré est glosé ainsi : « mélange de personnes ou de choses de nature, d’espèce différente » et illustré de ces exemples : « un amalgame d’hommes de tous les rangs » et « cet homme, étrange amalgame de défauts et de qualités ». Dans un sens figuré, il prend ou non une valeur péjorative, suivant qu’il s’applique à des personnes (« ensemble hétérogène » : « Quel bel amalgame que cette compagnie ! Des bas-bleus, des rapins, des croque-notes mêlés aux rédacteurs ordinaires et extraordinaires du Flambeau », 1842) ou à des choses : « mélange, alliance d’éléments hétérogènes et parfois contraires » et, en parlant de la création artistique, « mélange, combinaison ».

 

L’amalgame, dans le sens qu’il a pris dans la langue hyper ou ultra moderne – en un mot : dernier cri -, est, selon les académiciens (édition en cours du Dictionnaire de l’Académie française), un procédé rhétorique, supposé malhonnête, qui est « employé pour déconsidérer soit un adversaire en le mêlant indûment à un groupe honni, soit ses idées en les identifiant à une doctrine largement réprouvée ». La reductio ad Hitlerum (id est tout adversaire est Hitler ou même pire qu’Hitler, De Gaulle est fasciste, les CRS sont des SS, le retour dans leur pays de clandestins est une rafle de la Gestapo) est une des formes exacerbées et fort communes que prend l’amalgame dans la société de simulacre qu’est la société du spectacle et qu’on devrait nommer la société d’amalgame. Mélenchon, Ayrault, Hollande, Bitaura et leurs âmes damnées des média usent et abusent jusqu’à plus soif de cet amalgame-là, qui est l’arme des dominants.

L’amalgame est aussi un crime sous la forme de l’imputation d’amalgame, laquelle consiste à accuser ses adversaires de recourir à tout moment à l’amalgame. Tel est le cas de l’injonction mille fois ressassée par les calotins de l’islam et les musulmans en calotte qui disent : « pas d’amalgame entre les musulmans et les musulmans ; pas d’amalgame entre le pareil et le pareil, entre le même et le même, entre l’islam et l’islam, entre les barbus et les barbus, entre les niqabs et les niqabs, entre les assassins d’enfants et les assassins d’enfants, qu’ils vivent outre Méditerranée ou qu’ils en viennent ». Que les musulmans imputent le crime d’amalgame à tout un chacun, même à ceux qui se contentent d’affirmer que le soleil brille, quand il brille (« pas d’amalgame entre le soleil et le soleil ») est dans l’ordre de leurs choses : le mot est arabe, l’amalgame est dans leur être.

 

07 juin 2013

Théories du genre

 

 

Genre, gendre et mauvais genre

 

 

 

            On n’en finit pas avec genre. En veux-tu en voilà : syndicats bien pensants, enseignants du premier et du second degrés, magistrats, policiers, inspecteurs du fisc, gendarmes, tout le monde est obligé de s’y mettre, sous peine de sanction ou de réprimande par les matons que sont Mmes Taubira, Belkacem, Bertinotti ou MM Peillon, Ayrault, Delanoë, etc.

Les célébrissimes « gender studies », qui renouvellent les disputes sur le sexe des anges, lesquels sont, comme chacun le sait désormais, « non gendrés », n’ayant pas encore décidé de leur genre, sont au programme des classes de première des lycées français, des députés et des magistrats. Ce mot gender se traduit ou est transposé dans le sabir des sciencieux et des cultureux par genre. Il faut dire les « études de genre », en employant genre sans déterminant, et non « étude du genre », masculin ou féminin, des mots, comme à l’école communale de jadis, ce qui fait ringard et bien sûr dépassé, archaïque, mis dans le formol, passéiste, conservateur, moyenâgeux ou inutilement insolent. En anglais, gender a deux sens. C’est, si l’on se réfère à l’Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English : « 1. grammatical grouping of words, nouns and pronouns, into classes (masculine, feminine and neuter). 2 sex (being male ou female) ». La moins mauvaise traduction de ces gender studies (ou theory) pourrait être « études (ou théorie) de sexe », ce mot étant entendu dans le sens de « sexuation » ou de « devenir sexuel ».

            Pourtant, la difficulté n’est pas là, mais dans l’origine commune ou lointainement identique de genre ou en anglais gender, au sens « d’ensemble d’êtres ou d’objets ayant la même origine ou liés par la similitude d’un ou de plusieurs caractères » (Trésor de la langue française, 1971-94) et de gendre, au sens de « celui qui a épousé la fille de quelqu’un, et à qui l’on donne ce nom par rapport au père et à la mère de la fille » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762). Ces deux mots, qui se ressemblent, ont le même étymon latin ou indo-européen, l’un et l’autre ayant un rapport avec la génération. Gendre se dit en latin gener (génitif generi) ; genre, genus (génitif generis). Le mot latin genus a pour sens « origine, naissance, lignée, famille, race, souche, extraction, sang » ou « peuple, nation » et par extension « espèce, genre, sorte, manière » ou « rejeton, fils, enfant », tandis que le gener (ou gendre) est celui qui, à la suite d’une alliance matrimoniale, donne des descendants à la lignée et fait se maintenir la famille, la race, la famille, la souche.

Dans l’histoire de la langue française, il est arrivé, il y a très longtemps, que genre se soit dit gendre. Au début du XIIe siècle, le gendre, dans l’ancien français d’alors, n’était pas l’époux de la fille de la famille, mais avait pour sens « sorte » ou « type ». Ou encore, ce même mot a signifié aussi au XIIIe siècle « sexe », comme en anglais. Littré, dans la définition qu’il donne du « terme de grammaire » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), s’abuse quand il renvoie le genre (grammatical) au sexe : « propriété qu’ont les noms de représenter les sexes, et, dans certaines langues, l’absence de sexe », proposition qui n’a de validité que pour les noms désignant des êtres vivants. Elle ne se vérifie pas toujours chez les êtres humains : recrue et sentinelle désignent des êtres humains de sexe masculin, et les noms de fonction ont toujours été « neutres » pour ce qui est du sexe, en dépit de M. Jospin et de Mme Trautmann, qui ne fut jamais ministresse. La remarque de M. Littré est exacte pour ce qui est du fait « les langues romanes ont supprimé le genre neutre qui appartenait au latin », mais aventurée pour ce qui est des causes : « qui en effet ne répondait plus à aucune distinction effective entre mâle et femelle ».

Gendre, terme de parenté, ne présente guère d’ambiguïté sémantique. Il en va différemment de genre. C’est un terme de taxinomie ou de classement qui consiste, non pas le mot bien entendu, mais l’opération intellectuelle à laquelle il réfère, à distinguer, séparer, discriminer, établir des classes et des hiérarchies et à y confiner des êtres humains. C’est ce que montre un rappel de quelques acceptions, telles que « ce qui est commun à diverses espèces, ce qui a sous soi plusieurs espèces différentes ; on dit en termes de logique la définition est composée du genre et de la différence ; il se prend quelquefois simplement pour espèce ; on appelle genre humain tous les hommes pris ensemble ; il se prend encore pour espèce, mais dans un sens plus général, et il signifie à peu près sorte, manière ». Le mot désigne aussi des distinctions que l’on fait dans les arts : « genre signifie encore la manière, le goût particulier dans lequel travaille un peintre, un sculpteur ; il se prend aussi pour le style et la manière d’écrire ; la rhétorique divise le discours oratoire en trois genres, le démonstratif, le délibératif et le judiciaire ; la grammaire latine divise les noms en trois genres, le masculin, le féminin et le neutre ». Ou bien on désigne « par genre nerveux en anatomie tous les nerfs pris ensemble et considérés comme un assemblage de parties similaires distribuées par tout le corps » et en botanique, c’est « l’assemblage de plusieurs plantes qui ont un caractère commun, établi sur la situation de certaines parties qui distinguent essentiellement ces plantes de toutes les autres » (Dictionnaire de l'Académie française, 1762). Le genre, c’est de la discrimination et des classements selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « caractère commun à diverses espèces ; ce qui comprend plusieurs espèces » ; « sous le genre être vivant, il y a deux espèces comprises, l’animal et le végétal ; genre supérieur, celui qui a plus d’extension qu’un autre ; genre suprême, celui qui ne peut plus devenir espèce relativement à un genre supérieur ». Ou encore : « terme d’histoire naturelle, assemblage de corps organiques ou inorganiques qui constituent des espèces, et qui se ressemblent par quelques caractères communs » (« dans le système de Linné, les classes se divisent en ordres, les ordres en genres et les genres en espèces et toute plante a deux noms, celui du genre et celui de l’espèce »). La consultation de l’article genre du Trésor de la langue française donne des résultats encore plus convaincants pour ce qui est de la nature taxinomique de genre. C’est « l’idée générale ou la classe d’êtres ou d'objets qui possèdent un ou plusieurs caractères communs » et, en taxinomie, biologie animale et végétale, le « niveau de la classification des êtres vivants, placé sous la famille au-dessus des espèces ». Les locuteurs ont assimilé le principe classificateur qui est à l’œuvre dans genre, puisqu’ils emploient dans la langue courante d’innombrables locutions qui réfèrent à ce principe : être le genre de quelqu’un, du même genre, de tous (les) genres, de tout genre, en tout genre, en tous genres, dans tous les genres, dans le genre, dans, en + possessif + genre, dans le genre de, etc.

            De toute évidence, la théorie du « devenir sexuel » des êtres humains a été élaborée (« construite ») dans ces cervelles progressistes qui, conscientes qu’elles ne feront jamais la révolution sociale, la seule qui vaille, se sont rabattues sur des ersatz, où le risque de se voir défoncer le crâne à coups de piolet est nul et où l’on peut faire la révolution en robe de chambre : les sciences humaines, le langage, la littérature, les arts, la sexualité, etc. Le problème, justement, est que le progressisme affiché (faire table rase, tout se vaut, on ne discrimine pas, pas de distinction, etc.) est contredit par l’inconscient de la langue, à savoir, pour ce qui est de genre et de gendre, le retour à la lignée, la race, à la souche, aux classements, aux hiérarchies, à la distinction et aux distinctions de tout ordre. Cette révolution du « genre » est d’un genre impayable, comme on n’en a jamais vu encore. C’est le retour à l’archaïque. On fait la révolution pour revenir dare-dare là d’où le genre humain est parti. Beau programme de « déconstruction », à dire vrai.

Cette « révolution » dans les concepts se résume à deux ou trois proposition, du type « ce sont les rapports ou les codes sociaux qui déterminent le sexe d’un individu ou les choix sexuels d’un individu » ; en bref, on ne naît pas mâle (ou femelle), on le devient. La même soupe idéologique a été servie il y a une vingtaine d’années dans la revue Social Texts. Elle se ramenait à un brouet du type « les connaissances données par les sciences ne viennent pas des faits ou d’une étude des faits, mais des conditions sociales à un moment donné » ; en bref, c’est la société qui fait la science, ce qui n’est qu’une resucée des thèses de Staline, Lyssenko ou Mao. Il a suffi que deux véritables scientifiques, Sokal et Bricmont, démontrent l’absurdité de ces thèses (Impostures intellectuelles, 1997) pour que, d’un coup, elles apparaissent à tous pour ce qu’elles sont, de la fumée, de la bonne blague, du foutage de gueule, etc. Les gender studies sont de la même farine. Que des aigrefins essaient de les fourguer à l’Educ nat, aux gogos de M. Ayrault, à Mme la baronne T…, aux magistrats du SM, aux journaleux, est dans l’ordre des choses. Ils sont les gendres de la sexuation, c’est-à-dire les beaufs de la science sociale, des beaufs instruits, pas des Bac – 15.   

 

 

04 juin 2013

Mon Dieu, quelle langue parlent-ils ?

 

 

Minimaliste

 

 

Le journal très bien pensant (pas d’affolement, pensant est incongru) Le Monde annonce, dans un articulet mis en « ligne » le premier juin 2013 à 9 heures 58, que « pour l’Elysée et le gouvernement, les vacances d’été seront minimalistes ». Cette phrase peut avoir deux ou trois significations différentes. Elle se traduit ainsi, dans la probable version gouvernementale du sens : ce ne sont pas les vacances de tous les Français qui seront réduites au minimum (encore que ce « malheur » leur pende au nez), mais celles du seul président et des seuls ministres. Dans l’article, il est indiqué ceci : « Les vacances, cette année, seront minimalistes, dit un conseiller. Seuls un ou deux conseils des ministres aoûtiens devraient être rayés de l’agenda ». Ce sabir étant difficile à entendre, il faut donc le traduire. Voici ce que cela donne. En août, devraient avoir lieu quatre conseils des ministres, puisqu’il y a quatre mercredis dans ce mois-là (les 7, 14, 21, 28 août). Il ne s’en tiendra pas quatre, mais deux ou trois, comme les années précédentes depuis les débuts de la Ve République, à moins que la durée de chacun de ces conseils ne soit réduite au minimum. Le changement, ce n’est donc pas maintenant.  

Pourtant, en dépit de ces nécessaires commentaires, les choses restent obscures, en particulier à cause de minimaliste. Les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication depuis 1994) établissent que minimaliste, adjectif ou nom qui n’était pas dans les éditions antérieures, de 1694 à 1935, a trois sens. Dans la langue de la théologie, c’est, en parlant de théories ou de courants ou de thèses, ce « qui tend à réduire le plus possible le nombre et la portée des articles fondamentaux qu’une Eglise propose à la foi des fidèles ». Cette théologie est, cela va sans dire, catholique ou chrétienne. En islam, elle est maximaliste. Quoi qu’il en soit, ce premier sens ne peut pas s’appliquer aux « vacances d’été », qu’elles soient des Français ou du gouvernement, sauf à croire que M. de Hollande est près de se suicider en annonçant une réduction importante de la durée des congés payés (cela ne saurait tarder pourtant). Le deuxième sens est glosé ainsi dans le DAF : « se dit, par opposition à maximaliste, et particulièrement dans le domaine de l'action politique, d'une personne qui se refuse aux solutions extrêmes, qui, par des prétentions ou des exigences réduites, favorise le compromis ». Les solutions extrêmes commencent à poindre certes, mais cela ne concerne en rien les ministres. En conséquence, ce sens ne peut pas expliquer les vacances minimalistes. Enfin, minimaliste signifie, en tant que terme propre aux Beaux-arts, « qui est relatif à l’art minimal ». Ainsi, d’Albers, le peintre des carrés jaunes, on peut dire qu’il est un artiste minimaliste et même un théoricien du minimalisme en peinture – seulement en peinture, pas dans les vacances des Français.

Il s’avère qu’à l’Elysée et au Monde, on écrit et on parle petit-nègre et que ce sabir doit être traduit pour devenir intelligible. Mais, dans ces hauts lieux de la langue malmenée, on ne se contente pas de cela. Pour faire savant, on recourt aussi à des termes de la théologie ou des Beaux-arts ou de l’idéologie. Minimaliste fournit un exemple éloquent de ce que signifie parler pour ne rien dire. Les ministres vont réduire la durée de leurs vacances, non pas la durée de leurs vacances de ministres, mais la durée de leurs vacances de citoyens lambda, car, pour les ministres, il n’y a pas de congés payés, pas de convention collective, pas de 35 heures, pas de limite du temps de travail, pas de pause-déjeuner, etc. et ce n’est pas M. de Montebourg qui va fonder un syndicat de ministres pour aligner la vie des ministres sur celle des Français. En bref, ce qu’annoncent le gouvernement, Le Monde, l’Elysée, les conseillers, etc., c’est que tout est semblable à ce qui a été, pareil au même, identique à ce qui sera, et que rien ne change sous le soleil de Satan, c’est-à-dire d’Allah. El hamdou loland.

 

02 juin 2013

Refuge et réfugiés

 

 

 

On a lu récemment dans des journaux parisiens que les « écoles privées » étaient désormais des « refuges » pour des élèves français fuyant le « service public d’éducation ». On a appris aussi du Ministère des Finances que de nombreux citoyens avaient payé en 2012, An I de la Restauration, des impôts d’un montant supérieur à leurs revenus (plus de 8000 contribuables ont payé un impôt égal ou supérieur à 100% de ce qu’ils gagnent, et autant de contribuables plus de 85% et encore autant plus de 75%) et, des journaux parisiens, que ces citoyens spoliés étaient en quête d’un refuge, comme l’ont été les protestants après 1685 ou les Juifs entre 1940 et 1944.

Le refuge, c’est ce qui reste à ceux qui désirent que leurs enfants reçoivent une instruction digne de ce nom et à ceux qui n’acceptent pas que le fruit de leur travail soit confisqué par une armée de militants cupides qui vivent, non pas leur travail, mais du travail des autres. Refuge est donc l’un des mots les plus importants de l’An II de la Restauration socialiste, celui dans lequel elle imprime ce qu’elle est.

Le mot est ancien, étant attesté au XIIe siècle. Il est emprunté au latin, langue dans laquelle il a le sens de « refuge », « asile », sens qu’il conserve en français : « asile, retraite, lieu où l’on se sauve, pour être en sûreté » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, 1798, 1835 ; Féraud, 1788 ; Littré, 1863-77). La « sûreté » est un des quatre droits de l’homme qui a été déclaré naturel et imprescriptible en 1789. Il ne semble pas que les restaurateurs du socialisme aient lu cette déclaration. Quoi qu’il en soit, elle ne leur inspire rien - peut-être du dégoût ? Ma chi lo sa ? La déclaration n’a guère eu d’effet, puisqu’au XXe siècle, la définition de refuge ne change pas : « lieu où l’on se met en sûreté pour échapper à un ennui ou à un danger qui menace ».

 

De refuge a été dérivé le verbe réfugier et, dans la seconde moitié du XVIe siècle, du participe passé de ce verbe, le nom et adjectif réfugié. Ce nom est entré dans l’Histoire, à la suite de la tragédie de 1685. « On appelle absolument réfugiés les calvinistes qui sont sortis de France à l’occasion de la révocation de l’Édit de Nantes » (DAF, 1762) ; « il se dit des calvinistes chassés de France par la révocation de l’édit de Nantes » (Littré, 1863-77) ; « les réfugiés protestants et, absolument, les réfugiés, les calvinistes que la Révocation de l'Édit de Nantes fit sortir de France » (DAF, 1935) ; « exilé protestant qui a quitté la France après la Révocation de l’Édit de Nantes » (Trésor de la langue française, 1971-94). C’est dans ce sens que Voltaire emploie réfugiés : « il y a dix mille réfugiés français à Berlin, qui ont fait de cet endroit sauvage une ville opulente et superbe ». Apparemment, MM de Hollande, Ayrault de Saint-Herblain et la baronne Taubira ignorent tout de l’histoire tragique de la France, puisqu’ils ont résolu d’imposer à notre malheureux pays une nouvelle tragédie. Plus de deux millions de Français ont trouvé refuge en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Belgique, en Suisse, etc. soit pour échapper à la misère et au chômage, soit pour ne pas finir comme fonctionnaire territorial végétant sous la schlague des véreux Guérini, Kucheida, Dalongeville, Andrieux, usw., soit pour exprimer leurs talents et leurs mérites, soit pour jouir honnêtement de l’argent qu’ils ont gagné en travaillant. Ils sont dix fois plus nombreux à avoir quitté la France qu’en 1685 ou en 1940. Or ces Français ayant trouvé un refuge ailleurs ne sont pas nommés réfugiés. Aucun journaliste, aucun homme politique, aucun sociologue, aucun professeur d'un quelconque collège de France, etc. ne jugent juste de les désigner de ce terme adéquat, car réfugiés est réservé à d'autres, ceux qui sont issus de grandes races ou de races supérieures. Seuls les ressortissants de pays du tiers-monde qui s’invitent à la table de l’Etat providence moribond et se pressent aux guichets de l’assistance sociale à l’agonie sont nommés réfugiés. C'est un euphémisme. Les désigner ainsi n’est pas neutre : c’est laisser croire qu’ils ne seraient plus chez eux « en sûreté ». Il est même parmi ces réfugiés des « activistes » de l’islam qui n’auraient en rien détonné dans le troisième Reich et qui, quand ils accèdent au pouvoir dans leur pays natal, agissent en tyrans ou en autocrates gloutons. En dépit de cela, en France, ils sont tenus pour des réfugiés, tandis que les partisans de la Restauration tiennent les Français qui cherchent un refuge hors de France ou loin de l’Etat, comme les Réformés en 1685 ou les Juifs en 1940, pour des minables ou des traîtres.  

 

28 mai 2013

Suppression du mot "race"


 

            Selon les anciens ethnographes, les peuples « primitifs », comme étaient nommés alors les sauvages, refusent de dire les mots désignant des réalités désagréables ou des entités hostiles, de peur que le seul prononcé du mot tabou ou interdit (en novlangue métissée, on dit désormais « haram ») ne fît advenir l’entité menaçante ou ne produisît les réalités que l’on s’efforçait d’éviter à tout prix.

            C’est ainsi qu’en usent les députés actuels (pas tous, les seuls socialos, écolos, cocos) qui non seulement s’indignent que les citoyens ne soient pas aveugles et voient ce qu’ils ne devraient pas voir, mais exigent aussi qu’ils soient muets. Voilà pourquoi ils ont décidé de biffer le vieux nom français race, fort bénin pourtant, puisqu’il désigne une lignée de femmes et d’hommes, du texte de la Constitution, et cela parce qu’ils sont persuadés, les bougres, qu’en supprimant race, ils feront disparaître le racisme. Vaste programme, mais ils ne sont pas près de s’attaquer au racisme primaire de l’islam qui sévit partout en France. Sous peu, ils vont interdire chômage, crimes, meurtre, guerre (mais surtout pas djihad) pour faire disparaître les réalités détestables que désignent ces mots.

On pensait naïvement que les peuples primitifs vivaient dans des forêts reculées, impénétrables, à l’écart de la civilisation honnie ; eh bien non, ils sont installés au Palais Bourbon et au Palais du Luxembourg, au cœur de Paris et au cœur du cœur de la France. Et ce sont ces primitifs qui font les lois ! Pas de panique, ils se contentent d’avaliser les lois des commissaires européens ou celles que leur transmet, pour aval, le gouvernement.

 

            Le mot race étant tabou ou « interdit de séjour » dans la langue française (ce qui doit faire une belle jambe à cette langue, déjà fort méprisée et maltraitée par les « primitifs » de l’Assemblée nationale et par leurs affidés), comment désigner des peuples ou des groupes d’individus, « différents » et qui se définissent eux-mêmes par des traits singuliers relatifs aux costumes, aux coutumes, aux manières de faire, au langage, aux croyances, traits dont ils sont fiers et auxquels ils ne veulent en aucun cas renoncer ? Le mot le plus proche de race est ethnie, calqué du grec. Le remplacement ne saurait tarder, d’autant que surfer sur la mode « ethnique » est commercialement très rentable : ça fait vendre des disques, des coiffures, des tissus, de la mangeaille immangeable, des films, des documentaires, des émissions de télévision, des hommes et des femmes politiques, etc.

Ethnie, emprunté au grec ethnos, est attesté en français depuis la toute fin du XIXe siècle. Il n’est pas dans la huitième édition du DAF (1932-35), mais dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994 : « Ensemble d’individus que rapprochent des traits communs, notamment une relative unité d’histoire, de langue, de culture et, le plus souvent, la référence à une occupation actuelle ou ancienne d’un territoire » (exemple : « les Québécois constituent une ethnie en même temps qu’ils appartiennent à la nation canadienne »). C’est aussi la définition qu’en proposent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « groupe d’êtres humains qui possède, en plus ou moins grande part, un héritage socioculturel commun, en particulier la langue ».

L’adjectif ethnique, emprunté au latin, lequel l’a emprunté au grec, est plus ancien que le nom, étant attesté dès le XIIIe siècle. Il figure donc dans les anciens dictionnaires : « Les auteurs ecclésiastiques emploient le mot ethnique pour dire gentil, païen, idolâtre » et « les grammairiens appellent mot ethnique celui qui désigne l’habitant d'un certain pays ou d’une certaine ville ; français, parisien sont des mots ethniques » (DAF, 1762, 1798, 1835, Littré, DLF, 1863-77). En 1932-35, les académiciens établissent un lien entre race et ethnique, faisant de l’adjectif un synonyme de racial : « qui tient à la race » (exemples : « caractères, différences ethniques »).

            Autrement dit, la race, chassée par la porte, revient par la fenêtre ethnique. Faudra-il interdire aussi ethnie et ethnique, en dépit de la hausse des ventes et des recettes de l’Etat, grâce à la TVA et aux différents impôts sur les sociétés, que produit la mode ethnique ?  En 1956, dans un ouvrage au titre messianique, Tiers monde, l’ethnie était distinguée de la race en ces termes : « La plus répandue des confusions est celle qui substitue la race à l’ethnie et réciproquement. (...) L’ethnie (est) le groupement naturel pour la détermination duquel entrent en ligne de compte surtout la culture et la langue, tandis que la race est un groupement déterminé par les savants ». Et pan sur le bec de la science (la sociale, évidemment) : la voilà accusée de justifier l’existence des races qu’elle est la seule à distinguer.

            Le plus divertissant dans le remplacement d’un mot jugé nauséabond (on a du flair au Palais Bourbon !) par un autre tenu pour bénin est l’aveuglement des marteleurs de mots. Le mot nauséabond n’est pas celui qui est accusé de l’être. Race en effet est un mot anodin, fort bénin et dont la signification est clairement expliquée dans les dictionnaires qu’apparemment les députés ne consultent pas. Savent-ils seulement lire, ces néo-primitifs ? Ethnie en revanche n’est pas anodin. C’est un des théoriciens du racisme, Vacher de Lapouge, qui, en 1896, l’a introduit en français dans Les sélections sociales, cours libre de science politique professé à l’université de Montpellier. Autrement dit, le racisme que l’on prétend combattre le matin est glorifié l’après-midi. Vacher de Lapouge, qui était comte, ne se contentait pas d’être aussi un pédago, car, comme tout pédago qui se respecte, il était athée et socialiste. Il a fondé avec Jules Guesde le Parti ouvrier français avant de rejoindre la SFIO, ou Section française de l’Internationale ouvrière, la deuxième, celle de Marx, et ancêtre du parti socialiste. Dès lors les choses sont claires. Les primitifs du Palais Bourbon connaissent les textes fondateurs. En supprimant le très quelconque race, ils laissent le champ libre au très raciste ethnie, invention d’un camarade théoricien du racisme. Comme eux ?

 

 

19 mai 2013

Récession

 

 

En latin, recessio est « l’action de s’éloigner » par « une marche en arrière ». Le mot désigne donc un mouvement propre aux êtres animés.

Le nom récession qui en est emprunté est attesté en 1864 dans un compte rendu de l’Académie des sciences. C’est donc un terme moderne, dont le sens est proche du sens latin. Pour Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), c’est « l’action de se retirer », définition qu’il illustre de cet extrait de l’Académie des sciences : « la disparition du renne de notre Europe tempérée est le résultat de l’extinction régionale de cette espèce, ou bien de son refoulement par le développement progressif des sociétés humaines, ou bien encore, si l’on veut, de la récession graduelle et spontanée par suite de changement dans les conditions climatériques ». Les académiciens, qui se défient de tout ce qui est moderne ou trop moderne, ne le relèvent ni dans la septième édition (1878), ni dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire.

C’est aussi un mot savant. En astronomie, c’est « l’éloignement progressif des galaxies les unes des autres » ; dans les sciences naturelles et en géologie, c’est la « décroissance du débit d’une source » ou la « rétraction des glaciers se traduisant par une diminution de la surface qu’ils recouvrent » (Trésor de la langue française, 1971-94).

Mais ce qui fait le succès de récession, c’est son emploi par les économistes à l’imitation, dans les années 1950, du jargon des économistes et financiers anglo-américains, où il a pour sens « slackening of business and industrial activity » (Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English, troisième édition, 1974). L’exemple qui illustre ce sens anglais dit éloquemment ce qu’est une récession : « the recession caused a lot of unemployment ». Dans le TLF, il est défini ainsi : « ralentissement de l’activité économique d’un pays, caractérisé par une diminution de l’investissement et une augmentation du chômage, mais n’affectant pas nécessairement le mouvement des prix ». On conçoit donc qu’aujourd’hui ceux qui exercent le pouvoir aient le sentiment de marcher sur des œufs quand ils doivent employer un mot aussi sinistre. Pourtant, de bonnes fées se sont penchées sur son berceau : la science, l’économie, l’anglais des Etats-Unis. Avec comme parrains et marraines les media, la presse, l’université, l’école, les discours branchés, récession ne pouvait connaître rien d’autre que le triomphe qui va durer dans les années qui viennent.

 

 

11 mai 2013

Les ministres et la langue française

 

Le vent de l’Histoire souffle sur la langue française

 

 

            Le 25 avril 2013, M. le Premier Ministre a signé la circulaire n° 5652/SG. Cette circulaire de trois pages porte « sur l’emploi de la langue française ». Deux grandes lois y sont citées qui ancrent la circulaire dans l’histoire : l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) et l’article deuxième de la Constitution, révisée en 1992, de la République, aux termes duquel, pour la première fois dans l’histoire, est donnée au français une place dans un texte fondamental.

 

            De cette circulaire, dont le premier ministre croit qu’elle sera historique, il suffit de lire l’en-tête pour se convaincre que si empreinte historique il y a, l’empreinte est imperceptible, car le premier ministre ne s’adresse pas aux Français, ni aux associations politiques, ni aux fonctionnaires, mais aux seuls ministres et ministres délégués. On dénombre soixante six millions de Français, mais la circulaire n’est destinée qu’à trente-sept d’entre eux. Les pédagos ont inventé la « centration sur l’enfant » ; le pédago premier ministre la centration sur le ministre. De nombreux verbes ont pour sujet ou complément « nous » : « l’histoire nous a légué », « nous disposons », « il importe que nous fassions un outil » (à mettre dans la boîte idoine ?), etc. La chose étant nouvelle, il est dans l’ordre de cette chose que l’on dénombre dans ces trois pages trente occurrences des possessifs « notre » ou « nos ». Il n’y a quasiment pas de nom qui ne soit pas précédé de « notre » ou de « nos ». Notre langue est répété sept ou huit fois. Outre langue, ce sont pays, tissu social, démocratie, pacte social, expertise, constitution, culture, savoir-faire, représentants, frontières, points de vue, intérêts, administrateurs, interlocuteurs, etc. Jadis, le Roi usait du nous de majesté ; le ministre Ayrault use du nous de communauté. Ces trente-huit ministres, dont personne ne se souviendra dans dix ans, ne font ni un peuple, même pas une avant-garde, encore moins l’Histoire. On dénombre quatre occurrences de notre pays, ce qui est beaucoup, surtout si on y ajoute des désignations telles notre démocratie, notre tissu social, notre pacte social, qui désignent une partie de ce tout qu’est le pays. Le pays n’est jamais explicitement nommé, sinon une fois, dans un emploi secondaire de complément circonstanciel, à propos de « réunions et de conférences organisées en France à l’initiative de l’Etat ou d’un de ses établissements » (p 3). C’est une manière assez inélégante d’exprimer le mépris que l’on voue à la France que de ne pas la nommer ou bien une manière élégante de laisser aux ministres la latitude de mettre sous le nom pays la patrie de leur cœur, quelle qu’elle soit, Maroc, Guyane, Bretagne, Saint-Herblain, Tulle chef-lieu de département, Algérie, Corée, Antilles, etc.

           

La circulaire porte sur « l’emploi de la langue », mais elle révèle d’abord le mauvais emploi qui y est fait de la langue. M. le Premier Ministre ne se satisfait pas des nos et notre de communauté, il abuse aussi des ses et sa ambigus. Quand il écrit « placer la langue française au cœur de la politique de modernisation de l’Etat, en développant et valorisant ses ressources », à quelles ressources réfère-t-il ? Celles de l’Etat ou celles de la langue, d’autant plus que la suite ne lève pas l’ambiguïté : « en lui donnant les meilleures chances de prospérer dans l’univers numérique » ? Dans l’univers numérique prospère aussi bien la langue que l’Etat. Il en est de même de cette assertion : « organiser la dimension linguistique de l’action publique contribue à sa modernisation ». Quand on connaît la propagande dont se gargarisent M. Hollande et ses ministres, il semble que la modernisation soit celle de l’action publique. Mais rien n’empêche de penser que sa renvoie à « dimension linguistique ». Soit cette autre phrase : « mieux mettre en évidence la dimension par nature interministérielle de la politique du français ». La « nature », quelque sens que l’on donne à ce mot, n’a rien à faire, ni à voir dans ces choses, qui sont toutes de culture. Ce n’est pas le seul mot de la phrase qui soulève des difficultés. M. le Premier Ministre rappelle sans cesse dans la circulaire qu’il incombe à chaque ministre d’appliquer les lois et règlements qui régissent l’emploi du français en France. Cette politique ne résulte pas de concertations ni de tractations entre les trente-huit ministres et leurs cabinets : elle n’est donc pas « interministérielle ». Comme elle concerne tous les ministres, elle est, hasardons un néologisme, pan-ministérielle. Au sujet de chacun, les lexicographes indiquent que ce pronom désigne « des hommes ou des femmes » : c’est « toute personne, qui que ce soit, tout le monde, on » (Littré, 1872). Il est inutile d’écrire « chacune ou chacun d’entre vous », sauf à soumettre la langue aux oukases de l’idéologie féministe. D’ailleurs, M. le Premier Ministre semble hésiter sur ce point, comme sur bien d’autres, puisqu’il écrit p 3, s’adressant à ses trente-sept ministres dont dix-neuf sont des femmes, « chacun d’entre vous », préférant se plier aux règles de la langue plutôt que de plier la langue à l’idéologie du jour. Dans certaines phrases, aux impropriétés se mêlent des propositions absurdes. Ainsi dans « en privilégiant systématiquement l’emploi de la langue française dans les différents outils de communication dont elles disposent (site internet, signalétique, nom de marque, campagnes publicitaires…), vos administrations contribuent à l’épanouissement de la relation de confiance entre la langue et le citoyen », est impropre l’emploi du verbe privilégier. On ne privilégie pas l’emploi de la langue française, on le favorise ou mieux, si l’on est ministre, on rappelle les lois et règlements qui, depuis l’An II de la République, rendent obligatoire l’usage exclusif de la langue française dans les administrations et on exige que soient sanctionnés les auteurs des infractions constatées. Pourtant, le pire est dans la fin de la phrase. Une relation de confiance est, par définition, réciproque quand elle s’établit « entre » deux entités. Dire que le citoyen a confiance dans la langue de son pays a un sens. Mais qu’est-ce que la confiance de la langue dans le citoyen ? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la confiance du citoyen que nourrit l’emploi du français dans l’administration, mais la confiance des citoyens dans les administrations.

 

Ceux qui écrivent l’anglais des media, des administrations, des institutions de pouvoir, etc. préfèrent, est-il souvent remarqué, les noms dérivés de verbes aux verbes eux-mêmes. L’essence du français est d’utiliser les verbes pour exprimer des actes ou des processus. Le rédacteur de cette circulaire, lui, préfère les noms aux verbes : épanouissement à épanouir ou faire épanouir, valorisation à valoriser, organisation à organiser, interprétation à interpréter, traduction à traduire, application à appliquer, promotion à promouvoir, modernisation à moderniser, engagement à s’engager, etc., comme s’il « essentialisait » les actes ou les processus. Un Premier Ministre rompu à l’emploi de la langue française n’aurait pas écrit « dans un souci de valorisation de la diversité linguistique », souci étant impropre et le nom d’action valorisation inutile. Il aurait écrit « pour valoriser la diversité linguistique ». De plus, « s’exprimer dans la langue maternelle d’un interlocuteur » chez qui l’on est reçu n’a rien à voir avec la « diversité linguistique », à valoriser ou non : c’est une affaire de courtoisie ou de savoir-vivre ; et la France est réputée pour être ou avoir été le pays de la courtoisie, ce que M. le Premier Ministre semble ignorer. Il est un emploi étrange, c’est celui d’interprétation : « dès lors qu’une interprétation dans notre langue est disponible » (pour « dès qu’un interprète est disponible »), « lorsque le statut de notre langue le permet (comprendre : lorsque l’usage du français est prévu par des conventions internationales), exiger cette interprétation, afin d’avoir l’assurance d’être compris » (pour « exiger les services d’un interprète »). Certes, ce mot a pour sens « traduction » depuis le XIVe siècle, mais ce n’est qu’une signification secondaire, que les lexicographes actuels tiennent pour « ancienne » ou désuète. Si toute la circulaire avait été écrite dans une belle et haute langue, cet emploi subtil ou littéraire d’interprétation n’aurait pas déparé, mais il détonne dans un texte aussi mal écrit.

 

Venons-en aux questions de fond. L’emploi de la langue française, à l’exclusion de toute autre langue, est obligatoire dans l’Etat et dans les établissements qui dépendent de l’Etat, dans les administrations, locales, départementales, régionales, dans les services publics. Des lois et règlements régissent cela depuis 1794 : lois Bas-Lauriol, loi Toubon, article 2 de la Constitution. Ces lois s’appliquent, comme un impératif catégorique, aux ministres. Or en prenant connaissance du contenu de cette circulaire (dont le but est « de favoriser l’usage » du français en France même), les Français apprennent, ébahis, que les ministres contreviennent à ces lois ou qu’ils ferment les yeux sur les innombrables infractions de leurs administrations. Les extraits suivants le disent éloquemment : « on ne saurait défendre et promouvoir le français hors de nos frontières sans en favoriser l’usage dans notre pays lui-même, à commencer par l’ensemble des représentants de l’Etat » (comme si les représentants de l’Etat étaient « hors de nos frontières » et inclinaient à employer en France même une autre langue que le français) ; « veiller au respect des textes qui encadrent l’emploi de notre langue dans la société » (il ne s’agit pas de « respecter » ces textes, mais de les appliquer) ; « privilégier systématiquement l’emploi (de la langue française) dans les différents outils de communication dont disposent les administrations » (ce qu’elle ne faisaient donc pas) ; « mise en place d’une interprétation dans les réunions et conférences organisées en France à l’initiative de l’Etat ou d’un de ses établissements » (ce qui signifie que la langue en usage dans ces réunions et conférences n’est pas le français).

Il est humiliant que l’Etat soit incapable d’appliquer ou de faire appliquer les lois. Pour convaincre les ministres « de favoriser l’usage du français » en France, que reste-t-il au Premier Ministre, qui, hélas, n’est pas le meilleur expert qui soit en matière d’emploi du français, comme l’atteste la circulaire qu’il a signée ? L’idéologie, la propagande, le rappel de quelques dogmes de la nouvelle religion ! On n’utilise plus la langue pour dire les réalités, mais pour montrer que l’on pense comme il faut penser. D’où un grand nombre de propositions absurdes, telle la référence à un nouveau « droit à », le « droit au français », dont les citoyens ne jouissent pas, mais dont ils « tirent parti dans leur vie quotidienne » : ce droit « participe de notre démocratie » (apparemment, pas de celle des ministres) ; « il garantit un égal accès à l’information et au savoir », etc. La circulaire est toute tissue de propositions bizarres, incongrues, maladroites ou encore plus évidentes que les portes grandes ouvertes. Citons « notre pays s’est construit dans un rapport étroit à la langue française » ; l’usage du français par l’administration « contribue à la cohésion de notre pays autour d’une langue partagée » ; faire du français « un outil de l’ouverture au monde » (ce n’est pas une boîte qu’il faut à M. Hollande, mais un conteneur, tant il a d’outils à sa disposition) ; « c’est notre tissu social qui est fragilisé si ces textes (sur l’usage du français en France) ne sont pas strictement observés » ; « l’interprétation et la traduction favorisent la circulation des idées et des savoirs » ; ou encore la confiance relative accordée à l’encontre de la « traduction automatique » des textes.

 

            A sept ou huit reprises, M. le Premier Ministre désigne la langue française d’un autre nom que le sien. Notre langue, répète-t-il. Oui, effectivement, c’est leur langue – non pas la langue des Français, mais la langue des ministres. Comme ce notre langue est apparié à République ou à républicain (à deux reprises sont invoqués de mystérieux principes républicains pour justifier que le français soit employé en France), cette langue est le républicain, et non le français. C’est une langue que l’on pourrait nommer le ministrin ou le ministrais, la langue des ministres ; ou comme, au lu de cette circulaire, ces ministres ne sont pas grand-chose, le minustrin ou minustrais.      

 

04 mai 2013

Boîte à outils

 

 

 

            M. de Hollande a une boîte à outils, laquelle, depuis quelques semaines, est célèbre et même encore plus célèbre que son auguste possesseur. Il entend s’en servir. « Incessamment sous peu », diront des humoristes. Pourtant on ignore ce qu’elle contient et si elle est vide ou pleine ou si elle contient quoi que ce soit, conformément à la nature d’une boîte qui est de faire fonction de contenant.

            Est outil, écrivent les académiciens, « tout instrument dont les artisans, les laboureurs, les jardiniers, etc. se servent pour leur travail » (DAF, 1694, 1762, 1798, 1835, 1932-35). Pour Littré (DLF, 1863-77), c’est « tout instrument de travail dont se servent les artisans ». En quatre ou cinq siècles, rien n’a changé pour ce qui est de la chose désignée. Le seul changement, c’est la pompe dont les modernes enrobent la définition du mot. Sans doute n’ont-ils jamais utilisé d’outils. C’est « tout objet dont on se sert pour effectuer un travail manuel ou mécanique, accomplir une tâche déterminée ou en faciliter l’exécution » (DAF, neuvième édition, en cours de publication depuis 1994) ou « tout objet fabriqué, utilisé manuellement, doté d'une forme et de propriétés physiques adaptées à un procès de production déterminé et permettant de transformer l'objet de travail selon un but fixé » (TLF, 1971-94).

            M. de Hollande n’est ni artisan, ni laboureur, ni jardinier, mais il a des outils. On n’aura pas l’insolence de lui opposer la sagesse populaire, car quelques proverbes s’appliquent assez bien à sa situation. « Un méchant ouvrier ne saurait trouver de bons outils » : on espère pour la France et les Français, mais sans se faire d’illusion, que M. de Hollande n’est pas un « méchant ouvrier ». « Un bon ouvrier se sert de toute sorte d’outils » : M. de Hollande prouverait qu’il est un « bon ouvrier » s’il ouvrait enfin sa boîte pour que les Français voient ce qu’elle contient, rien, un ou plusieurs outils, mais personne ne lui demande de montrer son outil, laissant ce soin-là à sa maîtresse, Mme de Maintenant : le changement, c’est elle.

 

            Oublions ces plaisanteries. Pendant plusieurs siècles, outil n’a eu qu’un seul et même sens, un sens propre ou « matériel ». La modernité a changé tout cela : les outils des artisans sont devenus des concepts d’hommes politiques. Chacun a compris que la boîte présidentielle ne contenait pas de marteau, ni de tenailles, ni de limes, ni de scie à métaux, mais tout autre chose, car outils est entendu par M. de Hollande et par tous ceux qui répètent ses bons mots dans ce sens figuré moderne. C’est « ce qui permet d’obtenir un résultat » ou ce qui permet « d’agir sur quelque chose » (TLF, 1971-94). Est outil « tout moyen d’action, de ce dont on se sert pour parvenir à un résultat, pour tirer parti de quelque chose » (DAF, neuvième édition). Si les outils de M. de Hollande sont des « moyens d’action » (des lois, des mesures, des règlements, de la bureaucratie, etc.), il n’a pas besoin de « boîte » pour les ranger ; et la boîte à outils dont il se targue n’a rien de tangible. Elle n’a aucune réalité. Ce n’est pas une boîte, ni une caisse ; elle ne contient rien, d’ailleurs M. de Hollande n’a pas de contenu qu’il puisse y ranger ; sa boîte est un leurre ou un ersatz ; de la mauvaise rhétorique, qui n’abuse que les pigeons qui trouvent du plaisir à se laisser abuser… En grammaire, un outil grammatical ou un mot outil est un « signe linguistique plus ou moins vide de sens » (TLF, op. cit.). C’est exactement ce que sont les outils et la boîte à outils présidentiels. Ils sont vides et même vides de sens. Parce que le sort de la France est en jeu, on ne va pas s’exclamer ironiquement à propos de M. de Hollande ce que l’on dit, par plaisanterie, dans les milieux populaires, à propos « d’une personne ou d’une chose qui n’est bonne à rien » : « Voilà un bel outil ! » ou « Quel outil ! » (DAF, neuvième édition), mais c’est à coup sûr ce que s’exclameront, quand la représentation du Dîner de cons sera terminée et quand ils se gausseront du président des années 2012-2017, les Français malicieux.

 

 

01 mai 2013

Morale laïque ?

 

 

 

            M. Payons, ministre de la boutique et des boutiquiers, a décidé d’introduire un enseignement hebdomadaire de « morale laïque » dans les écoles de France, de la classe de onzième à la classe terminale : ça commencerait à 6 ans, ça se terminerait à 18 ans. Personne, évidemment, même pas M. Payons, ne se fait d’illusion sur le contenu de cet enseignement : ce sera une heure de propagande par semaine, ni sur son efficacité : ce sera l’occasion de chahuts, de bavardages, d’école buissonnière ou pis d’insultes dont seront la cible les préposé(e)s à cet enseignement, lequel sera fourgué au dernier arrivé dans le bahut ou à la bonne sœur ou au frère ignorantin membres du GODF ou du PS.

La seule question que soulève ce nouvel enseignement qui viendra couronner la fabrication de crétins est la compatibilité entre le nom « morale » et l’adjectif « laïque ». On ne sait pas trop ce qu’est la morale, sinon que c’est en rapport avec les mœurs et que c’est lié à l’existence du mal, la morale apprenant à distinguer le bien du mal. En revanche, on sait ce que signifie « laïque ». Cet adjectif ou nom, qui s’écrit lai, laïc, laïque, a pour étymon l’adjectif latin laicus qui a été d’abord en usage dans l’Eglise et qui est emprunté au grec laikos, dérivé du nom laos signifiant "peuple". La forme peut varier, mais pas le sens. Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1762), est laïque ce « qui n’est ni ecclésiastique ni religieux ». Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) le définit comme ce « qui n’est ni ecclésiastique ni religieux » et ce « qui est propre aux personnes laïques ». Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1935 et neuvième édition, en cours de publication), les deux sens distingués par Littré sont définis : l’ancien, celui que l’histoire a légué (« qui n’est ni ecclésiastique, ni religieux, ni du clergé séculier, ni du clergé régulier »), et le nouveau, celui qui a été introduit par l’institution de la laïcité en 1882 et en 1905 : « qui est étranger à toute confession ou doctrine religieuse ».

Selon Chateaubriand, « le nom laïque fut inventé pour distinguer l’homme qui n’était pas engagé dans les ordres du corps général du clergé ». C’est le cas des maîtres des écoles publiques : aucun n’est prêtre, rabbin, pasteur, imam, gourou… Comme cet enseignement de morale est destiné à être dispensé dans les écoles publiques, celles qui dépendent de l’Etat, et que ces écoles sont laïques, c’est par pléonasme qu’il est qualifié de laïque : il ne peut pas être autre chose que laïque.

Payons aurait dû annoncer qu’il imposait un enseignement de morale. Il était inutile d’ajouter qu’elle serait laïque. A moins que cet adjectif ne soit un leurre ou une étiquette frauduleuse, les socialos étant experts en affichages mensongers. On répète laïque, laïque, laïque, des milliers de fois, mais on dispense un enseignement imprégné de cette nouvelle religion d’Etat qui a supplanté les anciennes mœurs de la France et des Français. C’est ce que laisse entendre M. Payons, quand il évoque le déjà fameux « vivre-ensemble », le « métissage » obligatoire (métisser, au XIXe siècle, c’était mélanger une race inférieure à une race supérieure afin d’améliorer la race inférieure), le respect des différences à condition que celles-ci ne soient pas indigènes. Ce vivre ensemble et tout ce qu’il charrie sont la morale laïque des banlieues. On vit ensemble après avoir chassé du territoire que l’on occupe ceux qui ne sont pas d’une race pure, on partage les mêmes valeurs (le butin de la nuit), on prie de concert et de conserve, on a les mêmes rituels.

 

24 avril 2013

Pour tous !

 

 

Personne n’est dupe. Jamais le « mariage », dit « pour tous », ne sera réellement « pour tous ». Il n’est pas pour les polygames, encore moins pour les polyandres, ni pour les vieillards qui voudraient épouser des fillettes âgées de six ans ou des bébés, ni pour les mineur(e)s, ni pour des frères et des sœurs, ni pour les amateurs de parties carrées ou de partouzes, ni pour les zoophiles, ni pour les choses (une femme mariée à son lit ou inversement), ni pour les animaux de compagnies (la mémère à son petit chien), ni pour plusieurs : six hommes ou six femmes ensemble, etc. Du moins pas encore. Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite.

En attendant qu’il devienne réellement « pour tous », examinons ce que le sens de ce tous, qui est la véritable oriflamme de la loi, dévoile de l’imaginaire ou du paradigme dogmatique de M. de Hollande, de la baronne Bitaura, de MM et Mmes Ayrault de Saint-Herblain, Delanoë de Carthage, Valse de Catalogne, de la femme-lige de Sa Majesté M6, etc. Ce que dit « tout(e,s) » ou « tous », qu’ils soient adjectifs ou pronoms, c’est un résumé du système idéologique du Pouvoir. La définition du XVIIe siècle (Dictionnaire de l’Académie française, 1694) condense ce que pensent, font, décident, imaginent les socialos, écolos, gauchos, cocos : « qui comprend entièrement, universellement et sans exception, les différentes parties, les différentes qualités de la chose dont on parle, les différents individus d’une espèce, les différentes espèces d'un genre, les différentes unités d’une multitude, d’un nombre, etc. ». En somme, tout et tous sont contre l’exclusion, comme la loi homonyme qu’a fait voter Dame Aubry en 1998 ou 1999, Jospin étant le premier des ministres. Le mariage, dit « pour tous », est une extension au code civil de la loi contre l’exclusion.

Pour illustrer ce sens, admirablement « moderne », à moins que les socialos ne soient de simples blocs chus de la Monarchie absolue de droit divin, les académiciens citent les exemples suivants : « tout l’univers », « tout le monde », « toute la terre », « tous les hommes », « tous les animaux », « toutes les plantes », « tous les êtres créés », « tout le peuple », « toutes les nations de la terre », etc. Rien n’échappe à tous ; tous englobe tout, ce qui ne signifie pas nécessairement que tout est dans tout et réciproquement, mais que, pour le pouvoir en place, il n’y a pas de limite, pas de mesure, pas de barrière, pas de borne, pas de différence : c’est le règle de l’indifférenciation généralisée. Comme les enfants de six ans qui veulent posséder tout ce qu’ils voient, le désir qu’expriment les hommes de pouvoir est de tout promettre à tous.

Féraud (1788) résume le sens de tout ainsi : « il se dit de l’universalité d’une chose considérée en son entier » et Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) de cette manière : « qui comprend la totalité, l’intégrité, qui ne laisse rien en dehors ». Il n’y a pas d’égalité là-dedans, mais un grand pastis. Ces définitions révèlent à la fois l’idéologie du pouvoir et l’imposture de cette idéologie du « pourtoussisme », car le mariage, dit pour tous, ne sera jamais pour tous, mais pour les seuls millionnaires qui ont assez d’argent et d’entregent pour faire les lois ou les acheter : ce qu’ils veulent, c’est préserver leur fortune. Ce n’est pas le mariage pour tous, mais pour quelques happy few. De même, il n’y aura pas de croissance pour tous, ni de prospérité pour tous, ni de travail pour tous (seulement du chômage pour tous), ni de changement pour tous, ni de vacances pour tous, ni de culture pour tous, ni de bonheur pour tous, ni d’école (digne de ce nom) pour tous, mais tout cela sera réservé aux seuls mêmes nantis et privilégiés du socialisme…

 

 

19 avril 2013

Part d'ombre

 

 

"Nous avons tous notre part d’ombre", dixit M. le comte de Cahuzac, ex futur premier ministre et ex futur président de la République, tombé dans la fange médiatique pour avoir voulu échapper à l’enfer fiscal en lequel lui-même et ses camarades ont transformé la malheureuse France. « Nous avons tous notre part d’ombre, première, deuxième, troisième génération… », voilà un beau slogan pour manifestants écervelés.  

M. de Cahuzac, au demeurant le meilleur homme qui fût au gouvernement, a répété six fois en vingt-cinq minutes part d’ombre, faisant de ces mots à la fois l’explication de ses malheurs et l’absolution de sa « folle bêtise ». Il n’est pas le seul à parler d’abondance de part d’ombre. Une journaleuse du Monde a marché sur les brisées de Cahuzac, lequel avait marché sur les brisées du Robespierre de Médiapart (ce part final – et pas très finaud - n’est pas celui de part d’ombre, mais celui de partisan, M. Plenel étant un partisan et un tireur assez peu franc) et antérieurement du Monde (qui se ressemble s’assemble), quand il avait écrit sur les parts d’ombre de la carrière de Mitterrand, carrière publique qui fut totalement claire et limpide, du moins pour ceux qui avaient fait l’effort de la connaître. La ou les part(s) d’ombre semble(nt) être la spécialité des hommes « de gauche », surtout quand ceux-ci doivent se justifier de leurs vilenies.

Pourtant, cette profusion de parts d’ombre « à gauche » n’explique en rien d’où viennent toutes ces parts d’ombre. Les mots évidemment, pas la chose. S’ils viennent de quelque part, ce n’est pas de la langue française, car ils ne sont relevés dans aucun des grands dictionnaires (DAF, Féraud, Littré, TLF), et cela bien que les emplois figurés du nom ombre soient innombrables et occupent plusieurs colonnes : ombres du tombeau, la vie des hommes passe comme l'ombre, les grandeurs du monde ne sont qu’ombre et que fumée, suivre quelqu’un comme l’ombre fait le corps, être l’ombre de quelqu’un, avoir peur de son ombre, faire ombre, porter ombre à quelqu’un, l’ombre d’un puissant maître le met à couvert, attraper bien des gens sous ombre de dévotion, sous ombre de piété, il n’y a pas ombre de doute, ombre de douter, prendre l’ombre pour le corps, les ombres des mystères et des vérités, l'ombre d’Alexandre, de César, du grand Pompée, le royaume des ombres, etc.

Part d’ombre est de l’allemand. Ces mots viennent de Carl, pas Karl Marx, mais Carl Jung, celui de la psychologie des profondeurs (la psycho qui a dépassé les profondeurs de la bêtise : en allemand, ce n’est pas difficile, un des principaux junguiens ayant été Göring, c’est tout dire) et celui de l’archétype. La part d’ombre, selon Jung, est tout ce que la conscience a écarté, parce que cette part d’ombre serait incompatible avec le beau moi, le moi idéal, le moi parfait qui rend si fiers d’eux les hommes « de gauche », et pas seulement Plenel, Chemin, Cahuzac, Mitterrand. Evidemment, quand on est « de gauche », on a le droit de revendiquer, pour quelque sujet que ce soit, ce charabia sorti des latrines des sciences sociales… D’ailleurs, quand on est « de gauche », on a tous les droits ! C’est ce qui définit la gauche.  

La langue française, elle, pue moins que l’allemande. La consultation de l’article ombre du Dictionnaire de l’Académie française (1762) est un plaisir pour l’intelligence. L’ombre, c’est « l’obscurité causée par un corps opposé à la lumière » ; poétiquement (« les ombres de la nuit », « les ombres de la mort »), « les ténèbres » et la « mort ». C’est sans doute cela, du moins en français, qui attend ce malheureux cerf aux abois qu’est M. le comte de Cahuzac déchiré par ses camarades aux dents acérées : les ténèbres sociales et la mort civile. Chassé du PS, de l’Assemblée nationale, de la franc-maçonnerie (qui n’est pas très franche sur ce sujet), de l’ordre des médecins, de l’équipe de XIII de Villeneuve, etc. Il va lui être notifié bientôt l’interdiction de respirer. Désormais, tout lui fait ombre et il va devoir se défier de tout le monde, surtout de ses anciens amis. Ils seront sa part d’ombre, mais une grosse part. Il est vrai qu’il leur faisait beaucoup d’ombre, étant le seul, parmi les élus et les ministres socialistes et écolos, qui sût compter jusqu’à dix ! Il a donc perdu leur ombre (leur protection, leur faveur), ce qui doit lui faire une belle jambe.

Ouvrez les dictionnaires. Vous y lirez des centaines d’emplois du nom ombre qui illustrent tous cocassement les malheurs de M. de Cahuzac et de ses anciens amis.

 

13 avril 2013

Transparence

      

 

      Dans toutes les éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935, la définition de transparence est expédiée en une courte phrase : « qualité de ce qui est transparent », laquelle ne fait que gloser la formation de ce nom dérivé de l’adjectif transparent (« diaphane, au travers de quoi l’on voit les objets », DAF 1694-1935), et elle est illustrée du même exemple « la transparence de l’eau, du verre ».

L’adjectif transparent, dont est dérivé le nom, a, il est vrai, un sens « transparent ». Il est composé, en latin du Moyen-âge, de la préposition trans, qui signifie « à travers », et du participe du verbe parere, « apparaître ». Même Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1877), répète cette définition, qu’il illustre de quatre citations d’écrivains classiques.

            Au XXe siècle, tout change. Le nom transparence s’étend à d’innombrables réalités, comme l’atteste l’article transparence du Trésor de la Langue française (1971-1994). Dans la dernière édition publiée (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, l’article transparence s’étend sur moins trois lignes ; dans le Trésor de la Langue française (1971-1994), il fait près de deux pages de grand format et quatre colonnes. D’un coup, le mot devient moderne. Les sens techniques sont plus nombreux. Le mot est en usage en peinture (« couleur,  motif, etc. vu(e) à travers une seconde couche transparente » et « l’impression de luminosité, d’immatérialité que produit l’application de couches transparentes »), en optique, au cinéma (« procédé consistant à projeter par derrière sur un écran transparent un plan qui sert de décor et à filmer une scène jouée devant cet écran »).

Pourtant, ce qui fait la modernité de transparence, ce n’est pas la technique, mais la morale ; ce sont ses emplois figurés, étendus aux êtres, aux institutions, à la presse, à la politique, à la société. La transparence est l’idéal d’une société qui n’a plus ni secret, ni zone d’ombre, ni refuge, ni asile, idéal qui ne tient pas de la démocratie, quoi qu’on en dise, sinon dans les discours, mais d’une organisation totalitaire. C’est la « qualité d’une personne dont les pensées et les sentiments sont faciles à comprendre, à deviner » et surtout la « qualité d’une institution qui informe complètement sur son fonctionnement, ses pratiques », comme dans et exemple : « au niveau de l’entreprise de presse, l’esprit a été de concevoir, dès 1936, une réglementation par laquelle serait obtenue la « transparence » (connaître le véritable responsable et les véritables ressources), condition de la loyauté ». Non seulement les êtres et les institutions doivent être transparents, bien entendu aux yeux des inquisiteurs qui fourrent leur nez partout, mais aussi le style et les discours ont pour qualité la transparence : c’est la « qualité de ce qui est facilement compréhensible, intelligible ». La transparence n’est plus une propriété physique, c’est une affaire de morale. Les revenus et les impôts sont aussi touchés par la nouvelle exigence : la transparence fiscale est un « régime fiscal particulier de certaines sociétés qui ne sont pas assujetties à l’impôt sur les bénéfices, mais dont on impose les activités comme si elles étaient directement le fait des associés ».

            Pendant trois siècles, du XVIIe au XXe siècle, transparence ne se disait que de la matière, verre ou eau. Le nom est resté sans prétention, jusqu’à ce que la Restauration socialiste se l’approprie pour en faire une exigence de morale publique. D’un coup, il s’est opacifié et est devenu trouble, obscur, inquiétant, à l’opposé du sens dont il a été longtemps porteur. D’ailleurs les exhortateurs à la transparence, eux, ne s’y trompent pas, qui refusent de s’y plier. Le baron Bartolone juge que la transparence n’est bonne que pour les adversaires, pas pour les siens. Sa « terreur », comme l’écrit Féraud en 1788 à propos des Anglais, « est de voir son administration devenir transparente et ses mystères dévoilés aux étrangers ». Il ne se laisse pas abuser par les mots d’ordre qu’il lance aux citoyens et se garde prudemment d’appliquer à lui-même et aux siens ce qu’il exige des citoyens normaux. Les journaleux font de même : ils veulent tout savoir des autres, mais ils tiennent à ce que leurs sources soient protégées, évoquant la déontologie, parlant de secret – de leurs secrets enfermés derrière les hautes murailles de la forteresse des rédactions, etc. En bref, la transparence n’est rien d’autre que l’ample et archaïque manteau qui couvre tous les vices.

 

10 avril 2013

Moralisation, moraliser

 

 

            Moralisation, attesté dans la première moitié du XIXe siècle, est tenu par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 ; il n’est pas dans les huit premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française), pour un « néologisme » et il le définit comme « l’action de moraliser, de rendre moral, de donner des principes moraux ». Si l’on rapporte le nom moralisation, tel qu’il est employé par MM. de Hollande et Ayrault de Saint-Herblain, grands vertueux devant l’Eternel et sermonneurs prolixes, et tel que le répètent les perroquets des media à tête de linotte (« choc de moralisation », « moralisation de la vie politique », « moralisation du gouvernement », etc.), aux milieux de la politique, le seul prononcé de ce nom suppose que les hommes politiques n’ont aucun principe moral, puisqu’il est urgent de leur en donner, comme s’ils étaient des enfants, et qu’ils mettent à la charge des finances publiques l’existence immorale ou amorale qu’ils mènent. Ces sermonneurs vertueux se défendent d’accuser les hommes politiques d’être « tous pourris ». Or, c’est l’accusation que porte « le choc de moralisation », c’est-à-dire la politique qui consisterait à rendre « moraux » les hommes politiques.

Littré illustre le sens de moralisation de cet exemple qui suinte la condescendance de la bonne conscience : « la moralisation des masses par l'instruction ». Ce qui est supposé, c’est que les « masses » (id est les classes populaires) sont immorales, parce qu’elles sont ignorantes. Ces deux propositions sont évidemment fausses, mais elles révèlent une vérité ou une seule vérité : le mépris sans limite que les concepteurs de cette campagne de moralisation (M. de Hollande, ses conseillers, ses ministres, etc.) vouent à leurs collègues députés ou sénateurs et au peuple que ceux-ci représentent, à moins que ce « choc » ne soit de la « poudre » qu’un pouvoir aux abois jette « aux yeux » du bon peuple de France.

Du temps de Littré, moralisation était un néologisme : il ne l’est plus aujourd’hui. Il est dans le Trésor de la Langue française (1971-94) et dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication depuis 1994), dont les définitions sont assez semblables : « action d’élever l’homme dans l’ordre de la morale, résultat de cette action » et « action de rendre une chose conforme à la morale, soumission à des règles morales » (TLF) ; « action de moraliser, de rendre moral ; résultat de cette action » (DAF). Arouet souhaite beaucoup de courage à ceux qui veulent élever députés, sénateurs, ministres, élus locaux, présidents de ceci et de cela, conseillers en tout genre et de tout genre, etc. dans l’ordre de la morale. Il leur en faudra (du courage, de la persévérance, de la lucidité : pas de panique, la choc de moralisation, ce ne sont que des mots), surtout de l’inconscience.

 

Dans l’article qu’il consacre à moralisation, Littré ajoute ceci, en guise de remarque : « autrefois on disait : « le théâtre est une école de mœurs » ; un néologue dirait « une école de moralisation » ». Cet ajout révèle que moralisation a un autre sens, que les auteurs du TLF glosent ainsi : « (par métonymie) réflexions morales, développements moraux ». Ce sens, relativement rare, est dû au verbe moraliser, dont dérive moralisation. Ce verbe, attesté au milieu du XIVe siècle, a longtemps été « intransitif ». Il s’employait de façon absolue, sans complément. On faisait des réflexions morales, on ne cherchait pas à moraliser son voisin ou son semblable, ni même la « société ». Le seul sens que distinguent les académiciens de 1694 à 1798 est « faire des réflexions morales », que ceux-ci illustrent de cet exemple : « il y a bien de quoi moraliser sur les événements qui arrivent tous les jours dans le monde ». C’est dans ce sens que le théâtre (aujourd'hui, la politique, comme école de moralisation", a remplacé le théâtre") serait, selon les néologues cités par Littré « une école de moralisation », c’est-à-dire une occasion de faire des réflexions morales. C’est dans l’édition de 1835 du DAF, postérieure à la Révolution (1789-1815), période où chacun était contraint d’afficher sa soumission à la vertu publique et où, en conséquence, l’hypocrisie était reine, qu’est enregistré l’emploi transitif de ce verbe, dont les académiciens précisent qu’il est « familier » : « activement et familièrement, moraliser quelqu’un : lui faire de la morale ou une morale ». L’exemple illustrant ce sens et qui suinte la condescendance est éloquent, surtout s’il est appliqué à la situation désespérante ou inamendable de M. de Hollande et de son gouvernement : « on a beau le moraliser, il n'en continue pas moins son train de vie ». Littré (1863-77) relève lui aussi cet emploi transitif. Moraliser quelqu'un, c’est « (familièrement) lui faire de la morale ou une morale » ou « (néologisme) rendre moral, perfectionner l’homme au point de vue moral ».

Cet emploi transitif et le sens qu’il prend dans la langue sont des marqueurs de la modernité, c’est-à-dire qu’ils révèlent ce qu’elle est vraiment, non pas dans les discours hâbleurs des sciencieux de l’homme et du social, les panseurs, ceux qui couvrent la réalité de pansements pour éviter qu’elle ne soit pensée, mais quand cette modernité s’affiche d’elle-même, sans chichis ni contrainte, dans la langue même. « Faire, donner une leçon de morale à quelqu’un dans le but de l’instruire ou de le réprimander » ou « rendre l’homme moral ou plus moral, l’inciter à agir moralement, l’élever ou l’aider à s’élever dans l’ordre de la morale » ou « rendre conforme à la morale, soumettre quelque chose à des règles morales » (TLF), c’est un condensé des politiques que fixent les prophètes, les guides et autres chefs de parti, conducator, ayatollah, premier secrétaire, duce, führer, des organisations politiques modernes, c’est-à-dire totalitaires : prendre en charge non pas le monde ou les institutions, mais les hommes eux-mêmes, leur intimité, leur existence, leurs mœurs et faire en sorte que tout cela soit conforme aux normes que ces organisations imposent.    

 

 

08 avril 2013

Choc et chocs en séries

 

 

Le nom choc, dérivé du verbe choquer, est attesté au XVIe siècle comme terme militaire. Un choc, c’est la rencontre de deux armées.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, ce qui caractérise les emplois de ce nom, c’est la stabilité sémantique. En 1762, les académiciens distinguent quatre sens : « heurt d’un corps contre un autre corps », « rencontre et combat de deux troupes de gens de guerre » et « figurément (…) malheur, disgrâce qui arrive dans la fortune d’un homme » et « quelque attaque fâcheuse (de) santé » (DAF, 1762). En trois siècles, rien ne change vraiment, puisque ces sens se retrouvent quasiment tels quels, avec quelques extensions, dans la neuvième édition du même DAF, en cours de publication depuis 1994. Un choc, c’est la « rencontre brusque d’un corps avec un autre », la « rencontre et le combat de deux troupes qui s’affrontent ou qui se chargent », un « conflit, une opposition plus ou moins violente », un « état aigu et préoccupant comportant une insuffisance circulatoire soudaine », un « (figuré) évènement malheureux qui porte atteinte à l’équilibre physique et moral » et une « (familier) émotion violente causée par un fait inopiné ».

M. de Hollande, l’homme du socialisme restauré, n’a que le mot choc à la bouche. Il ne promet plus monts et merveilles (les promesses, c’était « avant »), il ne promet plus que des chocs (le choc, c’est maintenant) : choc de compétitivité, choc de simplification, choc de moralisation. Bientôt ce sera le choc de remaniement, le choc de dissolution, le choc de démission, etc. Tous les chocs sont possibles.

Soit les chocs des derniers jours : compétitivité, simplification, moralisation. Dans quel sens faut-il entendre choc ? « Etat aigu et préoccupant comportant une insuffisance circulatoire soudaine » ? « Evènement malheureux qui porte atteinte à l’équilibre physique et moral » ? « Emotion violente causée par un fait inopiné » ? M. de Hollande promettrait-il des événements malheureux ? Sans doute. Annoncerait-il un « état aigu et préoccupant » ? C’est fort possible. Voudrait-il ébranler les citoyens en leur causant des émotions violentes ? C’est probable. Ou bien il ne sait pas le français, ce dont les habiles ont pris conscience, à moins qu’il n’emploie choc dans un sens que Littré (1863-77) glose ainsi : « atteinte, revers subit » et qu’il illustre de cet exemple, inutilement insolent si l’on pense aux malheurs de M. de Hollande et de ses ministres : « ce choc ébranla sa fortune ». Oui, tout ce que dit (ou ne dit pas), décide (ou ne décide pas), pense (ou ne pense pas) M. de Hollande se retourne contre lui. Quand il traitait son prédécesseur de sale mec, de salopard, de l’Autre, il a lancé dans les airs, comme un personnage du Dîner de cons, un boomerang qui, quelques mois plus tard, lui revient au visage : c’est ça, le vrai choc.

 

30 mars 2013

Crispations, peurs et autres fantasmes

 

Crispations

 

Le mot, attesté au milieu du XVIIIe siècle, est relativement récent et, comme la plupart des mots apparus au cours de ce siècle, c’est un mot savant et de savants, chirurgiens et médecins. Jean-François Féraud (1788) note que c’est un « terme de médecine, fort à la mode ». Dans le Dictionnaire de l’Académie française, à compter de 1762, il est défini ainsi : « resserrement qui arrive aux parties extérieures des choses qui se replient sur elles-mêmes par l’approche du feu » et « il se dit encore en médecine d’un effet à peu près pareil qui arrive dans les entrailles, dans les nerfs, etc. ». Ces deux sens « physiques » sont glosés ainsi dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, du DAF : « rétraction qui plisse ou ride la surface d’un objet sous l’action d’un agent physique ou chimique (la crispation du cuir sous l’effet de la chaleur) » et « contraction involontaire, parfois à peine perceptible, de certains muscles, notamment sous l’effet d’une émotion ou d’un état de nervosité » (crispation des muscles de la main, du visage, d’un membre).

C’est en 1835 qu’est relevé pour la première fois l’emploi figuré de ce nom, celui-là même dont il est fait usage, dans des formes quasiment obligées ou attendues ou contenues, dès qu’il est question d’islam ou d’hostilité à l’islam. Ce sont les « organes », c’est-à-dire l’appareil idéologico-politique bien pensant (Le Monde, NO, Libération, service public « d’information » (comprendre : de propagande), Marianne), qui opposent à cette hostilité croissante le nom crispations, toujours employé au pluriel et souvent coordonné aux noms peurs et fantasmes. De cet emploi, les académiciens précisent en 1835 que crispation « se dit quelquefois (aujourd’hui, c’est « toujours »), par exagération et familièrement, en parlant de ce qui cause une vive impatience ou un grand déplaisir », comme dans ces exemples banals : « sa lenteur me donne des crispations » et « la seule vue de cet homme lui cause des crispations ». Selon Littré (1863-77), au figuré, causer des crispations, donner des crispations, c’est « causer une vive impatience, une vive irritation », les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) et les académiciens (neuvième édition, op. cit.) se contentant de faire suivre cet emploi du seul synonyme : « vif agacement ».

Le mot est condescendant, non pas le mot en lui-même, mais l’emploi qui en est fait par les organes, quand ils s’évertuent à discréditer, puisque telle est leur obsession, les Français, dès que ceux-ci osent porter un jugement retenu ou non dithyrambique sur l’islam, les musulmans, la grande civilisation islamique, qui est, comme chacun sait, supérieure à tout ce qui existe, a existé ou existera dans l’univers. La raison d’être de ce crispations méprisant est de disqualifier tout Français audacieux ou assez audacieux pour faire usage de la liberté d’expression et de pensée qui est pourtant garantie par les Constitutions et autres textes fondateurs de la France, de la République, de l’Europe, etc. Comme il n’est pas possible de faire taire ceux qui pensent ou ceux qui ont une connaissance raisonnée du monde, ce qui serait imiter les nazis ou les communistes, leur jugement est tenu pour nul et les lecteurs, auditeurs et autres téléspectateurs sont incités à tenir ces « crispations » pour de simples réflexes conditionnés de vieillards bornés, etc.       

 

26 mars 2013

Aubain, aubaine

 

 

Bien que le mot soit sorti de l’usage, il est encore enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française (huitième et neuvième éditions, 1935 et depuis 1994) et dans le Trésor de la langue française (1971-94), suivi d’une définition élémentaire : « (droit ancien) étranger vivant en France et non naturalisé » (DAF, neuvième édition) et « étranger, qui est étranger » ou « étrangers, soumis comme tels à un ensemble de déchéances et particulièrement au point de vue successoral » (TLF).

Le mot, attesté au XIIe siècle, est ancien. C’est son origine, « obscure » (selon les modernes que nous sommes), qui a nourri les commentaires des lexicographes : latine ? francique ? autre ? Quoi qu’il en soit, ils s’entendent tous sur le sens, qui a été figé dans le droit ancien. La définition la plus claire est celle de Richelet (1680) : « C’est un étranger qui n’est pas né fort loin des pays qui sont sujets au Roi de France et qui, s’étant venu établir dans son royaume, y a acquis du bien et n’a point pris du Roi de lettres de naturalité » ou celle de Furetière (1690) : « Etranger qui habite dans un pays où il ne s’est point fait naturaliser ». De nos jours, cet état est fort commun, mais les étrangers ne sont plus nommés aubains, ce qu’ils sont pourtant. Certes le mot est désuet, mais ce qui l’a fait tomber en désuétude, c’est le changement du droit. Ce qui caractérisait les aubains, c’est le droit d’aubaine : ce droit n’était pas leur ; il était propre au souverain. Richelet expose clairement en quoi consiste ce droit d’aubaine : « (terme de jurisprudence française) c’est un droit par lequel le Roi succède aux étrangers qui se sont établis dans son royaume, qui y ont acquis du bien et n’ont pris aucunes lettres de naturalité du Roi, qui seul les peut donner ». Il est une autre explication, plus claire encore, celle de L’Encyclopédie (1751-72, d’Alembert et Diderot éditeurs) : « si l’aubain meurt en France, ses biens sont acquis au roi, si ce n’est qu’il en ait fait donation entre vifs ou qu’il laisse des enfants nés dans le royaume ». L’auteur de cet article indique que « les enfants d’un Français qui a séjourné en pays étranger n’y sont point aubains », que « quelques peuples alliés de la France ne sont point non plus réputés aubains » (Suisses, Savoyards, Ecossais, Portugais et Avignonnais) ou qu’un « étranger qui ne séjourne en France qu’en passant et qui ne s’y domicilie point, comme un marchand venu à une foire, un particulier venu à la poursuite d’un procès, un ambassadeur pendant tout le temps de sa résidence, ne sont point censés aubains », etc. En bref, le droit d’aubaine « est le droit qui appartient au souverain exclusivement à tout autre, de succéder aux étrangers non naturalisés, morts dans le royaume ». Les académiciens, dans les éditions successives de leur dictionnaire, se contentent de « (terme de chancellerie et de palais) étranger qui n’est pas naturalisé dans le pays où il demeure » et Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) de « étranger qui n’est pas naturalisé et qui est sujet au droit d’aubaine ».

M. de Hollande et son régime de la Restauration Socialiste sont aux abois et à l’affût de nouvelles recettes, pour combler ces tonneaux des Danaïdes que sont les budgets publics. La restauration du droit d’aubaine, ce serait pour ces budgets une aubaine. Voilà une suggestion (ironique) qu’ils sont capables d’entendre sérieusement et d’en ôter toute l’ironie. Les chefs d’escadrille se reconnaissent à ce que le quatrième ou le cinquième degré est, dans leur esprit, toujours un premier degré.

 

 

22 mars 2013

Extrémiste, extrémisme

 

Avec ces deux mots, attestés en 1915 (extrémiste) et en 1918 (extrémisme), en pleine guerre à outrance, laquelle s’est imprimée, dans ce qu’elle a pire, dans les significations et emplois de l’un et l’autre de ces deux mots dérivés de l’adjectif extrême, emprunté au latin extremus, qui a un sens « superlatif », maintenu en français, nous sommes en plein Modernistan. Ils sont même « emblématiques », comme on dit dans le charabia des media, de la modernité : ils en sont l’étendard et ils en ont les ingrédients : violence, imbécilité, politique, social, etc.

Ils ont fini par supplanter dans les emplois politiques l’adjectif et nom extrême qui leur sert de base. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) relevait les divers sens ou emplois d’extrême : « porté au dernier point, au plus haut degré », « parti extrême (on dirait aujourd’hui extrémiste) parti violent, hasardeux », « qui est éloigné de l’état modéré », « qui outre, qui n’a point de mesure, en parlant des personnes ». Selon Littré, le contraire d’extrême est modéré, à moins que modéré n’en soit le cache-sexe ou la version présentable, comme dans ces célèbres musulmans soi-disant ou prétendument modérés, modérés en public, mais extrêmes en pensée, ou dans ces oxymores, dont la seule raison d’être est d’anesthésier les citoyens : islam modéré ou islamisme modéré. Ils sont modérés dans l’islamisme ou ils sont modérément islamistes : ce sont des extrémistes qui montrent patte blanche.  

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), il est indiqué qu’extrémiste s'emploie surtout dans la langue politique pour caractériser ou désigner « celui ou celle qui est partisan des idées et des résolutions extrêmes », Mme de Beauvoir par exemple, qui fait cette confidence éloquent : « j’étais extrémiste : je voulais tout ou rien » (Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958). Elle n’était pas rangée, mais dérangée. Aussi a-t-elle fait des risettes aux autorités « françaises » sous l’Occupation et à tous les camarades extrémistes de Chine, d’URSS, de Cuba, d’Egypte, etc. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), l’extrémisme est « la tendance à adopter des opinions, des conduites extrêmes ». C’est ce petit lait qui nourrira les jeunes gens dans les années 1930-90, et aujourd’hui les fanatiques des banlieues islamisées.

Les académiciens sont manichéens dans le choix des exemples qui sont censés illustrer extrémiste dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur dictionnaire : « un extrémiste de droite ». Pour eux, il n’existe pas d’extrémiste de gauche, ni même d’extrême gauche, la gauche étant exonérée de tout ce dont la « droite » est accablée. A moins que leur manichéisme ne soit l’expression d’une prudence de Sioux, car ils savent que la « gauche », extrémiste par nature, est vindicative, hargneuse, coupeuse de têtes et peuplée de purificateurs ethniques, sociaux, intellectuels, etc.

 

    

 

03 mars 2013

Indignation

 

 

 

Surtout ne vous indignez pas, laissez cela au pape du vertuisme Hessel. Hessel mort, BHL fera l'affaire.

 

            En latin comme en français, dès le XIIe siècle, ce mot (indignatio en latin) a le même sens, lequel n’a guère changé en huit siècles, comme en témoignent les articles du Dictionnaire de l’Académie française, de la première édition en 1694 (« colère que donne une chose injuste et indigne ») à la sixième en 1835 (« sentiment de colère et de mépris, qu’excite un outrage, une injustice criante, une action honteuse, etc. ») et à la neuvième (en cours de publication depuis 1994 : « sentiment de colère qui peut être mêlé de mépris, qu’excite une injustice criante, une action honteuse ou injurieuse, un spectacle ou un propos révoltant ») ; du Dictionnaire critique de la langue française (Féraud, 1788 : « l’ indignation est une colère que donne une chose indigne, injuste, contraire à la raison, à la vertu ») ; du Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77 : « sentiment de colère et de mépris qu’excite une personne ou une chose indigne ») ; du Trésor de la langue française (1971-94 : « sentiment de colère et de révolte suscité par tout ce qui peut provoquer la réprobation et porter plus ou moins atteinte à la dignité de l’homme »), dans lequel apparaît une nouvelle notion, « dignité de l’homme », aussi vague qu’indigne ou indignité mais chargée de plus de moraline bonne nuit les petits suintant le progressisme progressiste.

C’est dans les anciens dictionnaires qu’est dévoilée la véritable nature de l’indignation. Qu’est-ce qu’une chose ou une personne indigne, sinon la chose ou la personne que l’indigné juge indigne, c’est-à-dire différente de lui ou de sa caste ou de sa classe sociale ou de sa race ? Pour qu’il y ait de l’indignation, il faut d’abord que soit distinguée une chose ou une personne, qu’elle soit isolée d’un ensemble, parce qu’elle est contraire ou hostile à tout ce que croit l’indigné ; ensuite celui-ci peut dénier à ce qu’il a étiqueté comme indigne le droit d’être ou d’exister ou de continuer à vivre ; en bref, le moteur de l’indignation ou ce qui en est le préalable, c’est, comme disent les consciencieux du social, gros ou petits, la stigmatisation. Le barrage ayant cédé, les flots d’indignation peuvent alors s’écouler.

Ce que fait l’indigné, c’est un départ entre le Mal (la chose ou la personne qu’il étiquette comme indigne) et le Bien, c’est-à-dire lui-même, ses valeurs ou ce qu’il croit être des valeurs, son clan, sa caste, sa race. L’indigné par excellence, c’est Savonarole, Khomeiny, Goebbels, Trotski, Lénine, Souslov, Mao, Pol Pot, Buffet, Besancenot, Royal… Il définit le Bien, il est le Bien, il commande l’armée du Bien. Furetière (Dictionnaire universel, 1690) dit explicitement que l’indignation est l’affaire des « gens de bien », mot qu’il écrit sans majuscule à l’initiale : « colère qu’ont les gens de bien contre l’injustice et les méchantes actions ». Mais de tous les anciens lexicographes, le plus lucide est Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) : « déplaisir qu’on ressent lorsqu’il arrive du bonheur à celui qui ne le mérite point ». Autrement dit, la source de l’indignation, c’est l’envie, le désir non satisfait, la jalousie ; en bref, les pires de sentiments humains.

Les spécialistes de rhétorique, qui connaissent les ressorts cachés du cœur humain, comme on disait au XVIIe siècle, et qui étaient spécialistes de la « posture », du masque, des vices cachés, de l’hypocrisie, etc. l’ont compris, qui ont isolé une « figure » du « discours », qu’ils nomment indignation et qu’ils définissent ainsi : « figure de rhétorique, par laquelle un orateur invective et s’écrie contre quelque action ou quelque personne indigne » (Furetière, op. cit.) et surtout : « les rhétoriciens appellent indignation une figure de rhétorique par laquelle l’orateur témoigne la colère qu’il a de quelque chose, exagère l’indignité de quelque chose » (Académie française, 1694), comme un cabotin de théâtre de boulevard, ajouterai-je.

 

 

 

22 février 2013

Carence

 

 

Ce nom est emprunté au « bas » latin ou au latin tardif carentia, signifiant « privation » ou « indigence » et dérivé du verbe carere, « manquer de quelque chose ». Il est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de 1798 comme un « terme de pratique », c’est-à-dire de droit ou de jurisprudence. L’emploi qui en est fait ou en serait fait alors se limite au « syntagme » procès-verbal de carence : « procès-verbal qui constate qu’un défunt n’a laissé aucun bien » (1835, 1879). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) élargit le procès-verbal de carence aux constats d’huissier : « procès-verbal qui constate qu’un défunt n’a rien laissé ou qu’un débiteur est sans ressources ». En 1935, les académiciens notent, comme Littré, que le mot est employé en dehors de ce seul syntagme : « absence totale ou presque totale d’effets mobiliers dans une succession ou de meubles dans une saisie d’huissier » et « par extension, (le mot) désigne l’insolvabilité d’un débiteur ».

C’est dans la langue moderne que ce terme de droit, prenant le sens général de « manque », « insuffisance », « absence », s’étend à d’autres réalités que les procès-verbaux de notaire ou d’huissier : à l’éducation (« les incroyables carences d’éducation dont souffrent certains parmi ceux qui entrent dans nos facultés ? », 1966), à l’armée (les carences du commandement), aux devoirs (les carences d’une institution), à la médecine (carence de vitamines), à la psychologie (carence affective, maternelle, familiale) et surtout à la législation sociale, comme l’indiquent les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94) : « délai de carence (à l’occasion d’une interruption ou d’un arrêt de travail), délai pendant lequel le travailleur salarié ne perçoit pas les indemnités normalement servies par les assurances sociales ».

Cet emploi « hypermoderne », que les ministres de la Restauration socialiste ont remis au goût du jour, n’est pas relevé dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). Pour les académiciens, il existe, pour carence, un emploi propre au droit (« absence de biens meubles saisissables lors d’une saisie d’huissier ou d’un inventaire »), à la morale et aux devoirs (« le fait pour une personne, un organisme, une autorité, de ne pas remplir ses devoirs, de manquer à ses obligations »), à la psychologie (« insuffisance de la présence morale des parents au cours de l’éducation d’un enfant »), à la pathologie (« insuffisance ou absence de certains éléments indispensables à la nutrition, au développement ou à la survie de l’organisme »). Que de carences ou les carences sont partout !, pourrait-on conclure, ce qui est fort paradoxal dans une société d’hyperconsommation et de surabondance. C’est au moment où les Français ne manquent de rien qu’ils font un usage étendu et quasiment illimité du mot carence, employé au pluriel, sans doute pour exagérer les manques et faire passer ceux qui se plaignent pour des victimes.

C’est d’ailleurs ce que les « nantis » de France, à savoir les fonctionnaires, ont réussi à faire accroire à leurs ministres fonctionnaires ou à leurs fonctionnaires de ministres. Entre fonctionnaires et socialistes de surcroît, il est facile de gober ou de faire gober les mêmes fables. Supprimer le (seul) jour de carence, c’est favoriser la croissance illimitée de l’absentéisme, donner le coup de grâce aux finances publiques qui sont à l’article de la mort et bien entendu discréditer la politique : tout pour les copains et les crétins. La vicomtesse Lebranchu, de la bannière socialiste des Côtes-du-Nord, a été maoïste quand elle avait vingt ans ou plus : elle sait comment conduire un pays jusqu’au fond de l’abîme. Les fonctionnaires croient dur comme fer qu’ils seront préservés de la catastrophe, sans doute par un tour de magie. Les naïfs, ils ne comprennent pas qu’ils creusent leur propre tombe et celles de leurs enfants à qui, comme les défunts sans le sou ou comme les faillis sans ressource, ils ne laisseront rien. Alors le procès-verbal de la France en carence, c’est-à-dire en faillite, dans le sens que le mot avait au XIXe siècle selon Littré, pourra être dressé.

 

 

 

 

16 février 2013

Abrutis !

 

 

            Abrutis ! Voilà un mot qui, prononcé à l’Assemblée nationale (sise dans l’ancien palais de ces ducs de Bourbon qui ont appris la politesse et à la courtoisie à la France – leçons dont M. le baron Bartolone, de la noblesse d’empire, a été apparemment privé), du « perchoir » et par le président en personne de cette assemblée d’élite, résonne comme un programme politique et peut servir d’emblème ou même d’étendard (« nous sommes tous des abrutis, première, deuxième, troisième génération ! ») au camp de celui qui le profère. En bref, il est, comme on dit, emblématique.

            Le mot, adjectif ou nom, est une forme (le « participe », dit « passé) du verbe abrutir, attesté au XVIe siècle et qui, dès qu’il entre dans la langue française, en concurrence avec abêtir d’abord, a le sens que lui donne sa formation (il est dérivé de brute) : « rendre (quelqu’un) comme une bête brute » ou "rendre stupide comme une bête brute" (Dictionnaire de l’Académie, de 1694 à 1935). Les causes de l’abrutissement sont l’alcool, le vin pris avec excès, le bruit, une chaleur très forte, une émotion violente, l’excès de travail, les sévices, la propagande, etc. Si l’on choisit le baron Bartolone, ce sous-orateur de cabaret, comme sujet d’observation, c’est la politique ou la passion partisane ou l’esprit militant qui rabaisse l’homme au rang de la bête stupide. Evidemment, les lexicographes actuels affinent la définition de ce verbe qui leur paraît, à juste titre peut-être, trop brute. C’est « diminuer les qualités physiques, intellectuelles ou morales de quelqu’un » ou « s’abaisser jusqu’à ressembler à une bête par le visage, par un amoindrissement important de son activité intellectuelle, de ses qualités morales » ou même « diminuer par un effort excessif ou mécanique sa valeur humaine et notamment intellectuelle » (Trésor de la langue française, 1971-94) et c’est « amoindrir les facultés intellectuelles », « rendre incapable de réflexion personnelle, abêtir » ou même « fatiguer, étourdir » (Dictionnaire de l’Académie, neuvième édition, en cours depuis 1994).

            L’adjectif et le nom abruti (e, s, es) sont d’un usage fréquent depuis le XIXe siècle et toujours dépréciatifs. Ce sont des injures « modernes ». Injures ? N’exagérons rien. Dans la bouche de M. le baron Bartolone, abrutis n’est pas une injure, mais un miroir. C’est de lui-même et de ses gentils camarades qu’il parle. Les Français traités d’abrutis par cet individu devraient être flattés de constater qu’ils obligent par leur seule présence la Bête stupide (ou immonde ?) à sortir de sa tanière et à se montrer au grand jour. L’abrutissement ne suffit pas, il faut aussi que le monde entier soit informé de cet état.  

 

 

06 février 2013

Procréation, Assistance, Médecine

 

 

 

Dans le syntagme figé « procréation médicale (ou médicalement ?) assistée », tous les vocables font difficulté.

Dans le Dictionnaire critique de langue française (1788), Féraud remarque au sujet de procréation et de procréer, qui signifient « génération » et « engendrer », que ces deux mots « ne se disent sérieusement qu’en style de pratique » (ce sont des termes en usage au Palais (de justice) dans les procès) et que « hors de là, on ne peut s’en servir qu’en plaisantant ». Avec la procréation des socialos, il est évidemment hors de question de plaisanter : ce serait un crime de lèse-majesté. Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-74), la procréation, terme de jurisprudence, « est la génération des enfants ; c’est un acte qui est du droit naturel et qui est commun aux hommes avec tous les autres animaux ». Les socialos, écolos et autres gauchos veulent faire basculer ce terme du « droit naturel » vers l’artifice, c’est-à-dire la négation du droit, sous le prétexte que la procréation peut être effectuée par la technique médicale. Pendant huit siècles, puisque procréation est attesté au début du XIIIe siècle, en 1213 justement, le mot a signifié « génération » ou « action de procréer » - rien d’autre – et la chose était de la seule responsabilité d’un homme et d’une femme, qui n’avaient pas besoin d’un médecin manieur d’éprouvette pour faire cela. La seule question soulevée était celle des limites à mettre à la procréation, étant entendu qu’il n’était pas du destin des femmes de mettre au monde vingt enfants en vingt ans. Mais, apparemment, cela est en train de changer. Le syntagme figé procréation médicalement assistée est enregistré dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). 

En latin, il n’est pas d’équivalent du nom assistance, mais seulement le verbe adsistere, qui a deux sens : « se placer auprès de quelqu’un, s’arrêter auprès de quelqu’un » ou « s’arrêter en se tenant droit, se tenir debout ». Le sens moderne « venir en aide à quelqu’un » n’est pas exprimé par l’équivalent du verbe latin assistere. En 1680, pour Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses), l’assistance est ou bien une « assemblée de personnes qui sont présentes à une action publique » ou bien une « aide », un « secours » ; assister, c’est « être présent, être spectateur de quelque chose, se trouver en un lieu » et c’est aussi « aider, secourir ». De même, Furetière (1690, Dictionnaire universel) : « prêter secours à quelqu’un » et « être présent ». Ce sens, ainsi que le nom assistentia, sont propres à la langue latine de la chrétienté. Saint Augustin emploie assistentia au sens d’« aide ». Autrement dit, assister dans le sens d’aider et assistance dans le sens d’aide sont deux mots chrétiens ; et depuis un siècle ou plus, ces mots sont dévoyés, dans la procréation assistée par exemple. Le monde est plein d'idées chrétiennes devenues folles, disait un sage : encore une. Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-1877) note que le nom assistance s’étend à tout ce qui est social ou y ressemble : « assistance publique, ensemble de l’administration et des établissements qui viennent au secours des malades et des nécessiteux ». Le sens social se développe au XXe siècle, grand siècle de la religion sociale. Dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, il est relevé les emplois suivants : œuvres d’assistance, assistance judiciaire, assistance privée (ou « secours de tout genre donné par les sociétés particulières »). Le développement du sens social entraîne la lente disparition du vieux sens de « présence », mentionné comme rare ou vieilli dans le Trésor de la Langue française (1971-94). Même le sens ancien attesté au XVe siècle, « action d’aider quelqu’un dans ses fonctions », a vieilli, au profit du sens, « action de secourir quelqu’un », propre à la législation sociale. Ainsi, chez Jaurès : « les dépenses vraiment communes et humaines, dépenses pour les travaux publics, pour l’instruction à tous ses degrés, pour l’assistance et l’assurance sociales, ne représentent encore qu’une faible fraction des budgets d’Etat ». En un siècle, tout ce dont Jaurès notait l’absence est devenu présence massive : la « fraction des budgets d’Etat » est presque le tout ; le social qui était réduit à la part congrue est devenu l’essentiel : assistance éducative, judiciaire, médicale gratuite, psychiatrique, publique, et même dans le domaine international : assistance technique des Nations Unies, internationale, nucléaire, maritime. Même les sociétés d’assurance vendent de l’assistance aux personnes dans le monde entier. En un siècle donc, le mot a été accaparé par les juristes et autres spécialistes du social et la chose qu’il désigne fait la seule activité des « acteurs sociaux ». Même la procréation relève de l’assistance et même la médecine. Naguère, il était entendu que le but de la médecine était de soigner les malades ; aujourd’hui, c’est à elle qu’il incombe d’offrir du confort ou de satisfaire des envies puériles.

Voilà qui donne une image fidèle de l’ordre nouveau de la France ou, comme on voudra, des rets dans lesquels, peu à peu, elle agonise. 

 

 

02 février 2013

Gestation

 

 

 

En latin, le nom gestatio, dont a été emprunté au XVIe siècle gestation, est dérivé du verbe gestare, qui signifie, entre autres sens, « porter çà et là », « porter sur soi », « transporter » et « se faire porter en litière ». Ce nom latin désigne l’action de porter ou la promenade en litière ou en voiture. C’est dans ce dernier sens qu’il survit dans la langue de l’ancienne médecine de la Renaissance sous la forme gestation : « sorte d’exercice propre à stimuler les forces ». Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-72), ce terme de « gymnastique médicale » est défini ainsi : « sorte d’exercice d’usage chez les Romains pour le rétablissement de la santé ; il consistait à se faire porter en litière, en chaise, ou à se faire traîner rapidement, soit dans un charriot, soit dans un bateau sur l’eau, ainsi de donner au corps du mouvement et de la secousse ». Les médecins anciens, comme Celse, ont prescrit cet exercice pour traiter les « maladies chroniques ». Les encyclopédistes ajoutent (c’est très sérieux, ils ne plaisantent pas !) : « nos médecins modernes recommandent aussi la gestation dans des voitures un peu rudes, et non pas dans celles qui mollement suspendues indiquent des sybarites dans une nation guerrière : toute gestation où l’on se sent à peine mouvoir ne peut produire aucun effet ». A Rome, les malades y préféraient la « promenade à pied » ou la promenade d’après-dîner.

            C’est ainsi que les auteurs de dictionnaires définissent la gestation : « sorte d’exercice en usage chez les Romains pour le rétablissement de la santé ; il consistait à se faire porter en chaise ou en litière, à se faire traîner rapidement dans un chariot ou dans un bateau, afin de donner au corps du mouvement et de la secousse » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798, Littré 1863-77). C’est Féraud (in Dictionnaire critique de la langue française, 1788) qui le premier indique le sens moderne, qui concurrence le sens ancien : « grossesse des animaux ». Féraud précise : « Pour les femmes, on dit grossesse ». A partir de 1835, les académiciens enregistrent le sens moderne : « état d'une femelle qui porte son fruit et le temps que dure cet état » (la femelle pouvant être une femme : la gestation de la femme est de neuf mois), tandis que le sens ancien disparaît peu à peu. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) fait de gestation un « terme d’histoire naturelle » : c’est « l’état des femelles des mammifères qui ont conçu ; durée de cet état », sans préciser si cet état se dit aussi des femmes. En 1932-35, les académiciens franchissent le pas et incluent les êtres humains dans la gestation : « état d’une femme enceinte, d’une femelle qui porte son fruit, et le temps que dure cet état » (Dictionnaire de l’Académie française). C’est aussi ce qu’en disent les auteurs de dictionnaires actuels, le Trésor de la langue française : « activité physiologique ou état d’une femelle vivipare à partir du moment où elle est enceinte jusqu’à l’accouchement » (synonyme (en parlant d’une femme) grossesse) et l’Académie (neuvième édition, en cours de publication) : « (physiologie) état d’une femme enceinte ou d’une femelle vivipare gravide ; le temps que dure cet état, entre la conception et la naissance ».

            La grande affaire des petits amis et très riches marquis de M. de Hollande et de son gouvernement, c’est la cosidetta « gestation pour autrui ». Une femme, car seule une femme peut le faire, les hommes n’en sont pas (encore) capables (mais cela ne saurait tarder, si M. de Hollande y fait travailler ses juristes et communicants), porte l’embryon d’une autre femme et donne naissance à l’enfant de cette autre. La première, dite « mère porteuse », généralement très pauvre, compte sur son ventre pour ne pas mourir de faim ; la seconde, qui ne porte pas encore de nom (mère par procuration, par substitution, par transaction ?), généralement très riche, y trouve le confort. Comme les anciens très riches et très décadents Romains, elle paie (sans doute mal) des porteuses qui la promènent en litière. Remake des reines fainéantes des vieux livres d’histoire. Tout cela pue le fric, le fric, le fric. On rétablit l’esclavage pour le confort de quelques-uns et –(z)unes, tou(te)s LGTB, (non ?) « gendré(e)s », tou(te)s fervent(e)s admirateur(trice)s des milliardaires PB ou autres. Ces très riches marquis sont « de gauche » ou se disent « de gauche » ; ils sont progressistes à tout crin ; ils achètent des corps pour assouvir des désirs enfantins, mais la baronne Taubira du Moroni, Dame Duflot et le sieur Ayrault de Saint-Herblain les approuvent, les soutiennent, les financent sans doute. Les enfants pour soi nés à la suite d’une gestation lucrative à l’étranger seront même automatiquement français, a décidé la Baronne. Qu’en pensent ses amis guyanais ? La gestation, c’est, mais pas pour tous, la promenade de santé en litière tandis que le « travail » est fait par les malheureuses du tiers-monde qui ont besoin de quelques centimes d’euros pour nourrir leurs enfants et qui sont soudain réduites au statut de femelles. Et tous ces marchandages plus immondes que la Bête du même nom n’existent que pour satisfaire les caprices des homos et des homos(es) !  

 

24 janvier 2013

Consistant

 

 

 

Oui, M. de Hollande a déclaré, il y a quelques jours, à propos de la cosidetta « manif pour tous » du dimanche 13 janvier, qu’elle était « consistante ». Oui, consistante. M. de Hollande parle le français de M. Prudhomme ou de M. Perrichon, mais on ignorait qu’il le parlait aussi mal ou, pour employer ses mots, de façon aussi peu consistante.

Consistant est attesté comme adjectif au XVIe siècle, mais l’emploi premier qui en est fait, comme forme du verbe consister, est antérieur. Dans les quatre premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1762, il n’est même pas défini (dans les éditions ultérieures, le sens en est paraphrasé par « qui consiste ») mais seulement illustré par ce même exemple, répété jusqu’en 1835 : « une terre consistante en bois, en terres labourables, prés, etc. ». A la fin du XVIIIe siècle, est relevée l’esquisse du sens moderne de consistant, sens qui est propre d’abord aux sciences physiques d’alors (quelque peu balbutiantes, à dire vrai) : « en physique, il signifie qui a quelque degré de solidité » (1798, 1835).

C’est Littré qui, le premier semble-t-il, donne à la définition de cet adjectif un peu de consistance : « qui a de la consistance » (un système consistant, un homme consistant), « qui a une certaine cohésion » (les corps consistants, des sirops consistants), « qui consiste en, qui est composé de » (un domaine consistant en bois, terres labourables, etc., une escadre consistant en vingt vaisseaux) (Dictionnaire de la langue française, 1863-77).

Les divers synonymes que proposent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) sont, se rapportant à des choses (sol ou terrain), compact, dur, ferme, solide ; à des liquides (gelée, graisse, huile, pâte, bouillie), épais, pâteux, visqueux ; à des repas ou au petit déjeuner, abondant, copieux, important, solide ; à quelque chose d’abstrait (apparence, image, caractère, plaisir) ferme, résistant, solide, stable. Aucun des emplois de cet adjectif ne se rapporte à des personnes qui se rassemblent pour défendre une opinion.

Ou bien, M. de Hollande est un grand logothète, capable d’inventer de nouveaux mots ou de nouveaux emplois, auquel cas, il mérite d’entrer au Panthéon des Grands Hommes ; ou bien, il connaît admirablement bien le français. En français classique et dans la langue de la religion, les consistants étaient des « pénitents qui, chez les premiers chrétiens, assistaient aux mystères sans pouvoir communier » (Littré, op. cit.) – définition qui pourrait assez bien s’ajuster aux personnes qui protestaient contre le mariage homo. Mais il suffit d’écouter M. de Hollande, orateur médiocre, bien en-dessous de M. Prudhomme, pour se convaincre que ces deux hypothèses (logothète ou grand connaisseur de la langue) forment un costume bien trop grand pour M. de Hollande. On s’en tiendra au premier constat : il parle comme un pied.

 

 

 

 

14 janvier 2013

Homo

 

 

            Homo est, disent les linguistes, un morphème qui sert à former d’autres morphèmes, adjectifs, noms, verbes, tels homogénéiser, homothétique, homogamie, etc. mais qui, à la différence des noms, verbes, adjectifs qu’il contribue à former, n’est pas autonome et ne peut donc pas être employé seul. S’il l’est, comme adjectif ou nom, comme dans « le mariage homo » ou « les homos ont décidé que… », c’est qu’il n’est plus un « élément formant », ni un morphème autonome, mais un adjectif ou un nom.

            Jusque là, pas de difficulté. L’intérêt de ce morphème non autonome est le sens qu’il a aussi bien en français qu’en grec. Homo, en grec et en français, signifie « semblable », « même », « pareil ». C’est une façon de désigner l’identité, non pas au sens d’ipséité, mais au sens de mêmeté. Etre homosexuel(le), c’est préférer le même, le pareil, l’identité, celui ou celle qui est du même sexe que soi, comme d’autres préfèrent leurs frères à leurs cousins, leurs cousins à leurs voisins, leurs voisins à ceux qu’ils ne connaissent pas, ceux qu’ils ne connaissent pas, mais qui sont leurs compatriotes, aux étrangers et, pour couronner le tout, s’ils sont aryens ou musulmans, les aryens aux juifs ou les musulmans aux mécréants…

            Il n’est rien de plus banal, ni de plus commun dans le monde. C’est même la grande loi qui régit l’humanité.

            Même les bien pensants qui larmoient au quotidien Le Monde, même, et surtout devrais-je écrire, les hiérarques socialos ou écolos ou encore les activistes qui avancent à la sauce raciste préfèrent un membre de leur famille à un étranger et, s’ils exercent un semblant de pouvoir, ils sont prêts à prodiguer avantages, passe-droits, sinécures, privilèges aux leurs au détriment des autres et des étrangers. M. de Hollande procède ainsi, comme n’importe quel tyranneau arabe. Il se plie à la grande loi – ce en quoi il fait preuve d’intelligence, puisqu’il sait y adapter ses décisions.

            Le problème, car il y en a un, est que ces militants de l’homo – du pareil, de l’identique, du même – et de la préférence accordée au même sont aussi ceux qui dispensent au monde entier de belles leçons sur l’Autre (qu’ils écrivent avec un A majuscule), sur l’urgente nécessité de s’ouvrir à l’Autre, d’accueillir l’Autre, de se faire Autre. Pure comédie, habituelle tartufferie, simulacre de pantomime, direz-vous. J’en conviens. Le fait est, incontestable, que la différence majeure dans l’humanité, celle qui est la plus malaisée à affronter et à accepter, est la différence sexuelle. La grandeur est de la préserver, pas de la nier ou de la haïr. Or les promoteurs de l’homo, du mariage homo, de l’homophilie et de l’homogamie, etc. haïssent l’Autre, l’hétéro, la différence. Ils sont altérophobes et hétérophobes ; ils ne sont que cela. Ils ne comprennent même pas ce qu’ils font, ni qui ils sont.  

     

05 janvier 2013

Sultan

 

 

 

 

Le sens de ce mot, emprunté à l’arabe où il signifie « pouvoir, autorité, domination », ne soulève pas de difficulté. Attesté dans l’ancienne langue française sous la forme soudan (« prince souverain mahométan »), puis à compter du début du XVIe siècle sous sa forme actuelle, il désigne le souverain de certains pays musulmans. Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) et Furetière (1690, Dictionnaire universel) relèvent les deux formes : le sultan, « c’est le grand seigneur », le soudan, « un prince souverain de quelque pays et qui faisait hommage au grand seigneur » (Richelet) ; le sultan est un « titre qu’on donne aux empereurs d’Orient » (« ce mot est turc et signifie Roi des Rois »), le soudan ou soldan, un « prince mahométan » (Furetière). Les académiciens n’enregistrent que sultan : « titre qu’on donne à l’empereur des Turcs et à tous les princes de la religion mahométane » (DAF, 1694, 1762 et suivantes ; Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). C’est aussi, à peu de choses près, la définition que l’on peut lire dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « dans les pays musulmans ou fortement islamisés, chef temporel puis souvent également spirituel, souverain d’un État plus ou moins important » et « souverain de l’Empire ottoman » (synonymes Grand Seigneur, Grand Turc).

A partir de cet emploi objectif et de pure désignation s’est développé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle un sens figuré ou étendu : « despote, tyran ». Le fait que ce sens figuré se soit développé à partir de la façon tyrannique dont le pouvoir est exercé au nom de l’islam et par les musulmans illustre ce qu’est l’autorité ou la domination « en terre d’islam ». Les auteurs de L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72) sont les premiers à porter un jugement, sans doute hostile ou méprisant, mais assez juste à dire vrai et fort lucide, sur la réalité des pays musulmans : « Le sultan, est-il écrit à l’article portant ce titre, exerce sur ses sujets l’empire le plus despotique ». Suit un exposé argumenté qui justifie le despotisme attribué à ce pouvoir : « selon la doctrine des Turcs, leur empereur (à savoir le sultan) a le privilège de mettre à mort impunément chaque jour quatorze de ses sujets, sans encourir le reproche de tyrannie, parce que, selon eux, ce prince agit souvent par des mouvements secrets, par des inspirations divines (comprendre : allahiques), qu’il ne leur est point permis d’approfondir ». Ce despotisme n’est guère efficace, les sultans étant souvent « exposés à la fureur et à la licence d’un peuple furieux et d’une soldatesque effrénée qui les dépose et les met à mort, sous les prétextes les plus frivoles ». Bien entendu, l’étiquette met entre les sultans et leurs sujets la plus grande distance possible : « on n’aborde le sultan qu’avec beaucoup de formalité ; nul mortel n’est admis à lui baiser la main (de peur qu’elle ne soit mordue ?)… Le sultan n’admet personne à sa table ; nul homme n’ose ouvrir la bouche sans ordre dans son palais ; il faut même y étouffer jusqu’aux envies de tousser ou d’éternuer ; on ne se parle que par signe ; on marche sur la pointe des pieds ». Le pouvoir exercé par le sultan est absolu et sans limite : « les résolutions prises par le sultan passent pour irrévocables, quelque injustes qu’elles soient ; il ne peut jamais se rétracter. Ses ordres sont reçus comme s’ils venaient de Dieu même (comprendre : Allah), et c’est une impiété que d’y désobéir ; quand il veut faire mourir un grand vizir, il lui signifie sa sentence par écrit… Le vizir obéit sans hésiter, sans quoi il serait déshonoré et regardé comme un impie et un excommunié ».

Au XVIIIe siècle, les « intellectuels » ou ce qui en tenait lieu ne se prosternaient pas devant les tyrans. Ils n’essayaient pas non plus d’abuser leurs contemporains en leur racontant des histoires à dormir debout sur les lumières de l’islam, sur « notre ami le Roi », sur l’émir du Qatar ami de la France, sur la modération et la tolérance des Séoud qui se succèdent sur le trône d’Arabie, sur Bouteflika ou Saddam Hussein, etc. etc. etc.

Le sens figuré de sultan est relevé dans les éditions de 1798, 1835, 1879 du DAF : « il se dit figurément et familièrement d’un homme absolu, tyrannique », dans le DLF de Littré (« figuré, par extension, il se dit d’un prince absolu comme les sultans » ; « figuré et familièrement, homme absolu, tyrannique ») et dans le TLF : « vieilli, homme qui, par son état, sa situation, ses actes, présente certaines caractéristiques propres à un sultan ».

Il fut un temps, bien révolu hélas, où les intellectuels ne se berçaient d’aucune illusion sur la brutalité tyrannique des pays et communautés islamiques, comme s’il était dans la nature de l’islam d’engendrer un pareil despotisme, non éclairé évidemment, sauf par les musulmans dits « modérés », quand il ont trop picolé au H. Cette insolence ancienne est en train de disparaître. Dans le TLF, le sens despotique est tenu pour vieilli et les académiciens en 1932-35 (huitième édition du DAF) ne l’enregistrent pas, ouvrant des brisées sur lesquelles marchent aujourd’hui tous ceux qui pensent bien. C’est pourquoi l’Elysée et Matignon viennent d’attribuer le grade de chevalier de la Légion d’honneur à un des thuriféraires établis en France de ces pouvoirs tyranniques, le sinistre imam Obrou. En matière de prosternation devant le despotisme incarné, il est difficile de faire plus servile.     

 

 

02 janvier 2013

Métèque

 

 

Ce nom est attesté en français à compter du milieu du XVIIIe siècle et avec le sens que metoikos (en latin metoecus) avait en grec : « étranger domicilié à Athènes ». Les académiciens, qui l’enregistrent à compter de la septième édition (1879) du DAF, le présentent comme un « terme d’antiquité » : « nom à Athènes des étrangers domiciliés qui jouissaient des droits civils, mais non des droits politiques » (1879), « nom donné en Grèce aux étrangers domiciliés qui jouissaient des droits civils, mais non des droits politiques » (1932-35) et, propre à l’antiquité grecque, « nom donné, sans valeur péjorative, aux étrangers établis dans une cité, qui jouissaient des droits civils, mais non des droits politiques » (neuvième édition, en cours de publication depuis 1994). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) en fait un terme propre à l’antiquité grecque : « à Athènes, étranger domicilié », formé, écrit-il, d’un mot indiquant changement » (meta) et « d’un autre signifiant maison, demeure » (oikos – c’est donc quelqu’un qui a changé de résidence et qui, de chez lui, s’est établi à Athènes) – ce que confirment les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « (Histoire grecque) étranger domicilié dans la cité, protégé par la loi et soumis, d’une façon générale, aux mêmes obligations militaires et fiscales que les citoyens, sans être admis, toutefois, à la citoyenneté ».

C’est à quelques détails près le statut juridique des étrangers qui aujourd’hui résident légalement en France, mais qui ne sont pas soumis à des « obligations militaires » - les Français non plus d’ailleurs. Pourtant, il ne viendrait à l’idée de personne de désigner ces étrangers du nom de métèques. La prudence a rendu ce mot tabou ; il est désormais banni du vocabulaire, bien qu’il n’ait rien d’infamant. Ce qui en rend l’emploi impossible, c’est sa valeur péjorative. Au début du XXe siècle, métèque, utilisé hors de ce contexte de l’antiquité grecque, a désigné péjorativement des étrangers : « il se dit, en mauvaise part, d’étrangers séjournant dans un pays » (DAF, 1935) : « par extension, péjorativement, personne, souvent étrangère, dont l’aspect exotique, l’allure, le comportement n’inspirent pas confiance » (TLF, 1971-94 ; ou encore : « par extension (métèque) s’emploie parfois, dans une intention insultante, pour désigner un étranger ou une personne d’origine étrangère » (DAF, neuvième édition).

Voilà comment un nom qui désignait objectivement des personnes sans porter sur elles le moindre jugement est devenu inemployable. Il n’est pas le seul de ces mots parfaitement honorables qu’un usage abusif a relégués dans les culs de basse fosse de la langue : les bien pensants et dominants actuels en éliminent ainsi des dizaines chaque mois.

 

 

30 décembre 2012

Retoquer et toquer

 

 

Le verbe toquer, attesté au début du XVIe siècle, est, selon les académiciens (DAF, 1740, 1762, 1798, 1835, 1879, 1932-35) un « vieux mot, qui signifiait autrefois « toucher, frapper » : il ne se dit plus que dans cette phrase au figuré qui toque l’un, toque l’autre pour dire qui offense l’un, offense l’autre ». Dans la huitième édition du DAF (1932-35), il est ajouté ceci : « le participe passé toqué s’emploie très familièrement comme adjectif et signifie « qui a le cerveau fêlé, qui est un peu fou » (il est toqué) : il s’emploie aussi substantivement : un toqué, une vieille toquée ».

De ce verbe toquer est dérivé le verbe retoquer, attesté en 1807, dans un dialecte de l’Est de la France, avec le sens de « être refusé » (au baccalauréat, à un examen, à un concours). Les académiciens ignorent ce mot, mais Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) y consacre une entrée, dans laquelle il donne à ce « terme familier », qui est surtout employé au passif (« être retoqué ») le sens de « refuser à un examen », comme dans l’exemple : « il se présentait à Saint-Cyr ; mais il a été retoqué ». Il s’emploie aussi au sujet des candidats à la députation qui ne sont pas élus. Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) relèvent retoquer comme « argotique », « populaire » et « vieilli » (cela fait beaucoup pour un seul verbe) et ils y donnent le même sens que Littré : « refuser à un examen » (synonymes coller, recaler).

Retoquer est dérivé de toquer, comme refaire de faire ou représenter de présenter. En théorie, entre un verbe et un autre verbe qui en est dérivé avec adjonction du préfixe re -, il existe des rapports de sens. Il semble qu’il n’y ait pas de lien sémantique entre « toucher » ou « frapper » et « échouer à un examen » ou « refuser (quelqu’un) », à moins que retoquer ne soit lié au sens figuré de toquer (« avoir l’esprit dérangé ») et que les personnes retoquées l’aient été parce que les examinateurs ou les électeurs les avaient tenues au préalable pour des toquées. Ce lien sémantique éclaire la décision récente du Conseil Constitutionnel qui a retoqué trois articles de la loi budgétaire qui semblaient avoir été rédigés par des toqués et sous la pression de toqués.

Le Trésor de la langue française est récent et quasiment exhaustif ; pourtant, il n’enregistre pas l’emploi politique de retoquer, en parlant non pas d’une personne, mais d’un projet de loi, et plus particulièrement d’un projet de loi refusé par le Conseil constitutionnel (c’était fort rare il y a vingt ans) ou d’un projet de loi repoussé par l’Assemblée nationale ou le Sénat. Il est vrai que les membres du Conseil Constitutionnel sont, pour beaucoup d’entre eux, des retoqués du suffrage universel : Sarkozy, Giscard, Chirac (deux fois) et qu’en matière de retoquer, ils y entendent beaucoup. Quoi qu’il en soit, un projet de loi, voté par les représentants du peuple français, a été refusé par neuf ou dix individus que personne n’a élus ou qui ont été retoqués à plusieurs reprises, comme si ces individus tenaient les élus du peuple pour des potaches que l’on peut faire échouer pour une virgule mal placée à un examen auquel personne n’échoue.

20 décembre 2012

Repentance

 

 

 

Ce nom, dérivé du participe présent du verbe repentir et formé de ce suffixe – ance qui retrouve depuis quelques années (gouvernance, maltraitance, impédance, etc.) sa productivité passée, est attesté depuis le XIIe siècle. C’est le regret des fautes ou des péchés commis. Dans L’Encyclopédie (1751-1772, d’Alembert et Diderot éditeurs), est citée, à l’article repentance, terme de théologie, la définition qu’en donne un des pères de l’Eglise, Clément d’Alexandrie : « La repentance, c’est de ne point retomber, s’il est possible, dans les mêmes péchés, mais d'arracher radicalement du cœur tous ceux que nous connaissons pouvoir nous priver du salut ». L’auteur de cet article, le chevalier de Jaucourt, ajoute, parce qu’il estime que la citation épuise le sens de ce mot, que L’Encyclopédie « ne souffre pas de plus grands détails » et « n’admet en ce genre que des définitions simples et vraies ». Dans toutes les occurrences relevées, par exemple celles-ci « en la fin ont eue confession et bonne repentance de leur méfait » ou « le prophète… commande à ceux qu’il exhorte à repentance d’avoir un nouveau cœur », repentance a le même et unique sens, glosé tantôt par « repentir » (Richelet, 1680), tantôt par « action par laquelle on se repent » (Furetière, 1690), tantôt par « regret » ou « douleur qu’on a de ses péchés » (Dictionnaire de l’Académie française de 1694 à 1935), tantôt par « douleur qu’on a de ses péchés, de ses fautes » (Littré, 1863-77), tantôt par « regret douloureux que l’on a de ses péchés, de ses fautes et désir de se racheter » (Trésor de la langue française, 1971-94). Les exemples qui illustrent ce sens sont tous en relation étroite avec la religion catholique : « avoir repentance de ses péchés » (1680), « il ne se faut présenter au tribunal de la confession qu’avec une vive repentance de ses péchés » (1690), « il est mort avec beaucoup de repentance, avec une grande repentance de ses péchés (DAF, de 1694 à 1935).

En 1680, Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses) remarque que « le mot est un peu vieux » et il recommande d’employer l’infinitif substantivé repentir. En 1694, les académiciens jugent qu’« il vieillit » et dans les éditions suivantes, ils en limitent l’emploi au vocabulaire de la dévotion : « on ne s’en sert guère qu’en termes de dévotion » (1718, 1740, 1762, 1798, 1835) ou de la piété : « il ne s’emploie guère que dans le langage de la piété » (1879, 1935). Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) résume assez clairement à quel point est restreint l’emploi de repentance : « on ne s’en sert qu’en termes de dévotion et en parlant des péchés », alors que repentir, qui a un sens moins étroit, « est plus noble ». « Vieilli ou littéraire », jugent les auteurs du TLF qui en font un mot spécifique du vocabulaire de la religion, sans préciser quelle religion ils désignent (catholique, chrétienne, protestante, juive peut-être, mais en aucun cas islamique). Ils illustrent ce sens d’exemples tirés de Joseph de Maistre et d’un extrait de Judaïsme d’Epstein traduit par un dénommé L. Jospin en 1959 : « le Jour du Grand Pardon est un jour de « tourment de soi » (abstention totale de nourriture et de boisson) et de contrition, de repentance et de confession ». Si le traducteur L. Jospin est celui dont parlent les gazettes depuis 1981, la traduction d’un ouvrage sur le judaïsme par un trotskiste, qui ne croyait ni à Dieu, ni à diable, mais à Lutte des Classes ou à Révolution permanente, mérite d’être lue – serait-ce pour s’en gausser. Que les plus téméraires d’entre vous s’y hasardent et fassent part de leur sentiment.

Pendant huit siècles, le mot est resté massivement stable et quasiment immuable. Or, depuis quelques années, depuis que les Français se sont mis à se cracher dessus ou, plus exactement que des Français, souvent des néo-Français, ont trouvé leur plaisir sadique dans la haine de la France ou des Français, comme si les Français étaient de pauvres colonisés, repentance « a bougé », comme on dit dans la branchouille gauchisante. Naguère, c’était un terme de « dévotion » ou du « langage de la piété ». Tout cela est terminé. La dévotion et la piété se sont amuïes, remplacées par les mises en examen et les accusations sans preuve. Aucun des dictionnaires cités ci-dessus n’enregistre les emplois actuels et modernes, c’est-à-dire politiques et sociaux, de repentance : à savoir les mises en demeure comminatoires de tyrans ou d’organisations racistes qui obligent la France (et les Français) à se repentir d’exister et de refuser le sort des Arméniens de 1894 à 1923 ou celui des Juifs de 1933 à 1945. C’était l’un des derniers mots qui ait conservé un sens religieux. Il a basculé, comme militant, manifestation, création, organisation, propagande dans le social, le sociétal, le sociologique et, bien sûr, l’inévitable culturel – toutes réalités qui ont pris la place de la religion. Ce en quoi la repentance est désormais haïssable, c’est que, d’individuelle et privée, elle est devenue collective et publique. Dans la religion, elle touche une personne. Le social a collectivisé tout ça. Désormais, c’est un peuple  qui est contraint de se repentir de crimes imaginaires, celui d’exister par exemple, dont, bien entendu, il est totalement innocent et que même ses très lointains ancêtres du paléolithique n’auraient pas eu l’idée de commettre ; et c’est l’ineffable M. de Hollande, « président de la République », qui parcourt le monde entier, non pas pour flageller les engagements nauséabonds de son propre père, mais pour que des masses chauffées à blanc puissent baver leur haine sur la France et les Français.     

 

 

 

17 décembre 2012

Minable

 

 

Minable est une mine qui a explosé

 

 L’adjectif minable est attesté au début du XVe siècle. Pour en comprendre le sens, à savoir « susceptible d’être détruit ou attaqué par une mine » (Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de ses dialectes…, 1881-1902), il faut le rapporter au verbe miner dont il est dérivé et qui est défini ainsi par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « anciennement, creuser le dessous d’une muraille pour la faire écrouler ; aujourd'hui, creuser le dessous d’une muraille, trouer un roc, pour y loger une mine » (et donc faire exploser cette muraille et ce roc). C’est dans ce sens que minable est employé dans une Histoire de Charles VI (1411) : « Si mit le siège devant le châtel et (il) fut trouvé qu’il était minable ; et pour cela on commença à miner à l'endroit de l’une des tours » et c’est ainsi qu’il est défini par Littré : « susceptible d’être détruit ou attaqué par une mine ». M. Ayrault de Saint-Herblain, chef de la bannière socialiste, ne croyait pas si bien dire ; mais plutôt que d’apprendre l’allemand, il aurait mieux fait de savoir le français. Il n’aurait pas été minable, c’est-à-dire près d'exploser avec les mines qu’il a lui-même posées.

Au début du XIXe siècle, l’adjectif prend un sens figuré, dont le sens moderne se démarque nettement. C’est un terme par lequel on exprime sa compassion ou sa pitié. En 1842, dans le Complément du Dictionnaire de l’Académie française, Barré le définit ainsi : « il se dit vulgairement pour misérable, qui fait pitié, qui indique une grande misère ». De même Littré : « par extension, dans le langage populaire, misérable, qui fait pitié, qui indique une grande misère » et les académiciens (1932-35) : « qui semble être miné, usé par la misère, par le chagrin ».

Ce n’est pas dans ce sens « compassionnel » que M. Ayrault de Saint-Herblain l’a employé. Il n’a pas voulu dire que le comportement ou la personne de M. Depardieu indiquait une grande misère ou lui faisait pitié. Car, cet adjectif, à compter des années 1910, prend un second sens figuré : « très médiocre ». C’était un terme d’humanité, ça devient un terme d’inhumanité, comme l’indiquent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « Par extension, péjoratif, très mauvais, très médiocre » (en parlant de choses et de personnes). Dans ce sens, il est même employé comme un nom. Un (ou une) minable est, par péjoration, une personne très médiocre, l’important dans ces articles de dictionnaires étant l’intensif très, qui véhicule la plus forte charge possible de mépris. Un minable n’est pas médiocre, mais très médiocre. Les académiciens (neuvième édition, en cours de publication) renchérissent sur les lexicographes du TLF : « Par extension, familier et péjoratif, qui inspire le mépris par sa médiocrité, son insuffisance, sa bassesse » (des propos minables. Mener une existence minable. Des excuses minables. Un acteur minable) et substantif : un, une minable (populaire) : « une personne à qui on ne peut reconnaître aucun talent, aucun mérite ».

M. Ayrault de Saint-Herblain ressemble aux momies poudrées de la Restauration. Son vocabulaire qui suinte le mépris exprime d’abord le mépris des gens du peuple, des pauvres, de ceux qui ne gagnent pas leur vie par le vol, la corruption ou en occupant des sinécures publiques.

 

 

 

 

13 décembre 2012

Lutter contre les déserts

 

     

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1762), lutte est suivi d’une seule signification : « sorte d’exercice, de combat, où l’on se prend corps à corps, pour se terrasser l’un l’autre » (« s’exercer à la lutte » ou « être fort adroit à la lutte »). Quant au verbe lutter, il a pour seul sens « se prendre corps à corps avec quelqu’un pour le porter par terre », comme dans « Jacob lutta avec l’Ange ». Un siècle plus tard, dans le Dictionnaire de la Langue française (1863-77), Littré relève six significations. Les métastases ont commencé. Ce qu’il y a de nouveau, ce sont les nombreux sens figurés de lutte : il signifiait au XVIIIe siècle « exercice où l’on se prend corps à corps » ; au XIXe siècle, il a pris, par analogie, le sens de « guerre », de « dispute », de « conflit », de « controverse » et même, suivi de l’adjectif amoureuse, « ébats et plaisirs de l’amour ». Chez Littré, le verbe lutter a aussi des significations nombreuses : il a le sens de « combattre » et de « résister ».

Dans la langue moderne, s’ajoutent les sens figurés, tels que « l’opposition entre deux personnes ou deux groupes de personnes cherchant à faire triompher leurs intérêts, leurs idées, leur cause, à imposer leur volonté, leur suprématie » ou « l’action de rivaliser avec quelqu’un pour l’emporter, dans une épreuve physique ou intellectuelle, dans un domaine quelconque » (Trésor de la langue française, 1971-94). C’est aussi ‘l’effort individuel ou collectif énergiquement soutenu pour vaincre quelque chose (un obstacle, une difficulté, un mal), ou pour obtenir, faire triompher quelque chose », comme la lutte des classes, prétendu moteur de l’Histoire (toujours en panne dans les pays socialistes), la lutte biologique (destruction des nuisibles) ou la lutte chimique (le fait d’user de substances chimiques pour tuer les organismes nuisibles) ou la lutte génétique (traitement pour réduire le potentiel reproductif des organismes nuisibles) ou la lutte physique (réduction des populations d’animaux ou de végétaux nuisibles) ou la lutte pour la vie menée par chaque individu, chaque espèce en concurrence avec les autres individus ou les autres espèces, pour assurer sa propre survie, ou efforts pour survivre.

La lutte ne s’arrête pas là. La modernité fait de toute action, même verbale, une lutte. La loi sur l’égalité des chances de 2005 luttait elle aussi. Mortes aux frontières, les vertus guerrières de la France renaissent dans les lois. Certes lutter n’est jamais intransitif, il est suivi de compléments qui désignent tantôt le Mal, tantôt le Bien. Tantôt c’est contre, tantôt pour. A un contre, correspond un pour : lutte contre les incivilités et pour la cohésion sociale, contre les discriminations et pour l’Egalité. La cohésion réunit ce que l’incivilité sépare et l’égalité restaure ce que la discrimination anéantit. A grands coups de clairon, la loi se fait martiale. C’est dans le nom même de « Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité » ou HALDE que se cristallise l’air du temps. Le comique de l’affaire est que, pour lutter, il soit institué une haute autorité. En Iran, en 1979, une des premières décisions prises par Khomeiny fut de créer une Commission pour la Prohibition du Vice et pour la Propagation de la Vertu. C’était déjà la lutte contre le Vice et pour la Vertu. Le Monstre a traversé les frontières pour atteindre la France, où il mêle la lutte contre le Mal ou sa proscription à la lutte pour la Vertu ou sa prescription : le Bien comme remède au Mal ou l’Egalité comme remède aux discriminations : tous égaux dans la discrimination.

Il suffit d’établir l’histoire du nom lutte ou du verbe lutter pour constater que ces mots, quand ils sont employés par les chefs d’escadrille et leurs célébrants des médias, désignent aujourd’hui des réalités qui sont dénuées, de quelque côté qu’on les examine, de toute idée de lutte. La Ministresse MST affirme qu’elle lutte contre les déserts médicaux ; non seulement elle lutte contre les déserts, mais elle les combat. Comment ne se rend-elle pas compte de l’absurdité de ce qu’elle dit ? Lutte-t-elle contre les déserts médicaux – c’est-à-dire contre l’absence de médecins – ou contre les médecins ? Ma chi lo sa. M. Ayrault de Saint-Herblain prétend qu’il lutte contre la pauvreté et les journaleux de sa bannière (autant dire tous les journaleux) d’applaudir aux exploits de ce nouveau saint Georges, sans se demander s’il combat les pauvres ou la pauvreté, ce qui n’est pas du tout la même chose. Si la réalité n’était pas dramatique, tout cela serait risible et digne de nourrir une nouvelle Batrachomyomachie célébrant les combats du Mal contre le Bien.

 

11 décembre 2012

Décrocher

 

Décrocher, décrochage, décrocheur

 

 

Le verbe décrocher, dérivé du nom croc, est attesté en français à compter du milieu du XIIIe siècle. Pendant de longs siècles, le sens de ce verbe transitif est resté stable : c’est « détacher une chose qui était accrochée » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1878, 1932-35). On décroche une tapisserie, un tableau, un rideau, un vêtement et même la timbale (« atteindre le prix au jeu du mât de Cocagne » ; « obtenir un succès dans une lutte, dans un concours »), mais aussi la lune, les étoiles, une bonne note, le récepteur, le combiné, le baccalauréat, le téléphone, l’appareil.

Pour des chefs d’escadrille qui, faute de savoir voler, sont devenus ministres de la République, décrocher est désormais un verbe intransitif. On ne décroche plus les vêtements, ce sont les élèves qui décrochent. L’origine de cet emploi, c’est l’armée, non pas l’armée qui lance un assaut, mais l’armée qui se replie ou qui refuse le combat : elle décroche. D’une retraite militaire ou d’un refus de combat, le verbe intransitif décrocher passe dans le vocabulaire pédagogique. Décrocher, c’est abandonner une activité et s’en désintéresser et dans le domaine de l’aéronautique, c’est « commencer à ne plus pouvoir voler ».

Ce sont donc les élèves qui décrochent. Ils ont douze ou treize ans, mais ils ne vont plus au collège ou même à l’école élémentaire. Il y a un demi-siècle, on aurait dit qu’ils font l’école buissonnière. Aujourd’hui, les buissons se sont éloignés des cités et des quartiers. Plus de nature, plus d’école buissonnière. Les décrocheurs sont choufeurs à 100 € par jour. Ou bien ils font du bizness ; ils décrochent les marchandises du camion ou les sacs à main des vieilles dames. Payons le ministre verse des torrents de larmes, non pas sur les vieilles dames, mais sur leurs bourreaux. Il est pour le mariage gay, c’est dans l’ordre de son monde à lui, où tout est inverti. Le mal, c’est le bien ; la crapulerie, c’est l’avenir de la France. Les enfants ont décroché depuis longtemps, mais les parents continuent à percevoir des allocations pour leurs enfants qui gagnent en choufant ou en trafiquant des milliers d’euros par mois.

 

 

28 novembre 2012

Normal

 

 

En latin, norma, auquel est emprunté norme, désigne une équerre, grâce à laquelle un maçon peut construire des angles droits. La norme, c’est de la géométrie pratique des métiers et des savoir-faire. L’adjectif normalis, dérivé de norme et que la langue française a emprunté sous la forme normal, e, aux, es, a pour sens « fait à l’équerre ». Monsieur de Hollande se vante d’être un président normal. La belle tartarinade ! Il n’est pas en angles droits, mais tout en rondeurs. S’il a été fait à l’équerre, c’est avec une équerre molle à la Dali. Quoi qu’il en soit, équerre molle ou équerre dure, personne ne s’abuse sur la normalité du président. Il n’est normal que parce que le prédécesseur ne l’était pas. « L’Autre » ou le « sale mec », comme il l’a nommé en public (il n’a pas osé dire « sale juif », mais c’est tout comme), ou « le salopard », comme il le nommait en privé, était réputé « anormal ». Par opposition ou pour faire la paire, comme dans le structuralisme élémentaire cher aux germanopratins, lui, il se vante d’être « normal ».

En français, ce qui a été retenu de ces deux mots latins, le nom et l’adjectif, ce sont les sens figurés : « règle » ou « modèle » et « qui sert de règle » ou « conforme à la règle », que les auteurs de dictionnaires relèvent au XIXe siècle, car norme et normal sont des mots modernes. En 1835 ou en 1872, les articles consacrés à l’un et à l’autre sont très courts ; à partir de en 1971 (Trésor de la langue française et Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition), ils sont interminables et même sans fin, puisque M. de Hollande, avec son « président normal », a inventé un nouvel emploi que les auteurs de dictionnaires recenseront jusqu’à la fin des temps.

En 1835 (Dictionnaire de l’Académie française), sont relevés deux emplois de normal. Le premier est glosé ainsi : « il se dit principalement des écoles destinées à former des maîtres pour l'enseignement public », une école normale (il y en avait une seule par département) servant de règle pour les autres écoles.  Le second emploi est illustré par état normal (« état » avec un E minuscule – ce n’est pas l’Etat, dont le chef est M. de Hollande), qui "s’emploie surtout en termes d’anatomie") : « état d’un être organisé ou d’un organe qui n’a éprouvé aucune altération ; état ordinaire et régulier ». M. de Hollande n’a subi aucune altération visible (pour ce qui est des invisibles, seule Mme de Maintenant peut en juger). Ce n’est pas sans raison qu’il se targue d’être un président normal. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) expose ces deux sens : « qui est conforme à la règle, régulier » (état normal) et « qui sert de règle » (école normale).

Le « président normal » est normal pour deux raisons. Il est conforme à la règle. A peine élu, il prodigue avantages et privilèges à sa clientèle ; il a même offert un TGI à sa bonne ville de Tulle. Et il sert de règle : tous les courtisans se plient à ses consignes et il trace même, comme un bon rédacteur en chef, la ligne politique des médias de France. Que l’on ne s’inquiète pas trop : tout cela n’est que feu de paille et la normalité affichée va vite virer à la pire des anormalités.

 

09 novembre 2012

Refondation

 

 

Le verbe fonder, qui, en latin, signifie « bâtir », mais aussi « établir » et « instituer », fait partie du vocabulaire, riche de significations puissantes, qui définit ou caractérise une civilisation, en l’occurrence celle dont nous sommes les héritiers : la civilisation chrétienne ou judéo-chrétienne et gréco-romaine.

Le sens propre de fonder, attesté au début du XIIe siècle, à savoir « bâtir » ou « mettre les premières pierres ou les premiers matériaux pour la construction d’un bâtiment » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694), n’appelle guère de commentaires. Il en va différemment du sens figuré, attesté dès 1160 : « établir, instituer » (une ville, une religion, etc.). Il est exposé ainsi dans le DAF (1694) : « figurément (on dit) fonder un empire, un royaume, un Etat pour dire être le premier à le former, à l’établir, et, fonder un ordre religieux pour dire en être le premier instituteur ». Les académiciens ajoutent que ce verbe se dit « des choses d’esprit, des choses morales et signifie établir sur quelque principe, appuyer de raisons ». Les compléments de ce verbe, employé dans ce sens, sont opinion, prétentions, demandes, espérance en Dieu ». Enfin, « fonder signifie aussi donner un fonds suffisant pour l’établissement, pour la subsistance d’une Eglise, d’une communauté, etc. pour l’exécution, pour l’accomplissement de quelque œuvre pieuse, de quelque chose de louable ». On fonde une église, une chapelle, une messe, un hôpital…

Ces divers emplois sont relevés dans les éditions successives du DAF, comme dans celle de 1835 : « Fonder signifie au figuré établir le premier quelque chose, créer, instituer » (empire, royaume, Etat, république, colonie, ordre religieux, académie, manufacture, religion, doctrine, système…) et « il signifie particulièrement donner un fonds suffisant pour l’établissement et l’entretien de quelque chose de louable, d’utile » (une église, une chapelle, un hôpital, un collège, etc.). Ces sens, tous liés à ce qui s’est fait de grand en deux millénaires en Europe et en France ou ailleurs dans le monde, sont enregistrés dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77) de Littré : « figuré, faire le premier établissement d’une chose ; fonder une académie, une colonie, un ordre religieux » ; « léguer, donner un fonds pour l’établissement d’une œuvre religieuse, charitable, littéraire ; fonder une église, un couvent, une chapelle » ; « figuré, établir d’une façon permanente ». Le nom fondation, emprunté au latin, langue dans laquelle il est dérivé du verbe fundare, reprend les divers sens de fonder. Voici quelques-uns de ceux que Littré relève : « Figuré, action de créer quelque établissement » (fondation d’une colonie, d’un hôpital, d’une société savante) et « fonds légué pour une œuvre pieuse ou charitable ou louable d’une façon quelconque ».

           

Parmi les chefs d’escadrille qui composent le gouvernement de M. de Hollande, il en est un qui n’a que le mot fondation ou, mieux encore, refondation à la bouche. C’est l’homme de la boutique et des boutiquiers, qui porte mal son patronyme. Il s’écrie partout « payons », payons », « payons », mais il veut dire « payez », « c’est vous qui paierez » ou « payer, c’est l’emploi de votre avenir ». Sa tâche est de fonder et de refonder l'école, non pas avec son argent, mais avec celui des autres et, parmi les autres, les plus pauvres, les riches s’étant exilés depuis quelque temps vers des cieux moins incléments. La refondation de l’école est son slogan. L’école existe depuis vingt-cinq siècles au moins. Elle a été fondée par les centaines de générations qui se sont succédé en deux mille cinq cents ans. Eh bien, ce ministre se donne pour objectif de refaire ce que des millions d’hommes ont fait - mal selon lui. On se dit qu’il va rétablir la connaissance, le savoir, l’instruction publique, l’accès aux grandes œuvres, etc. Que nenni. Sa refondation, c’est la reprise de la démolition commencée sous Savary, Jospin et Lang. Tout cela serait tragique, si l’on prenait les chefs d’escadrille de M. de Hollande pour autre chose que ce qu’ils sont. Et le tragique s’évanouit d’un coup quand on apprend que la refondation de l’école consiste à ajouter trois jours de congés supplémentaires à la Toussaint aux chers camarades du clergé enseignant et à multiplier les emplois factices pour remplacer les innombrables enseignants absents pendant les semaines qui précèdent ou qui suivent les vacances légales. Pour un ministre, ça, c’est un chef d’escadrille !  

 

           

06 novembre 2012

Pacte

 

 

En latin, pactum, auquel est emprunté pacte, a pour sens « traité », « accommodement », « convention ». C’est dans ce sens que le nom pacte, écrit souvent pact ou pat (Furetière, en 1690, continue à l’écrire pact, bien que Vaugelas, en 1647, ait décidé que « pact ne valait rien du tout » et qu’il fallait y préférer pacte), est attesté au début du XIVe siècle : « li pat vainquent les lois » (les accords sont au-dessus des lois) et qu’il est défini dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française ; en 1694 et 1762 (première et quatrième éditions), « convention » (« il y a pacte entre eux ») ; 1835 (sixième édition) : est ajouté l’emploi de pacte de famille ou « accord fait entre les membres d’une famille souveraine occupant des trônes différents », que Littré définit plus explicitement ainsi : « traité conclu en 1761 entre la France et l’Espagne, par lequel toutes les branches de la maison de Bourbon s'obligeaient à se soutenir mutuellement », emploi qui n’est plus relevé dans la huitième édition (1935) du Dictionnaire de l’Académie française, sans doute parce que les affaires royales étaient devenues désuètes dans une République triomphante. Dans cette édition, le mot n’est plus défini par le seul équivalent convention, mais par la description : « convention qui est, en général, accompagnée d’actes publics qui lui donnent un caractère d’une importance particulière ».

Ce que les académiciens notent en 1694, ainsi que dans les éditions suivantes de leur Dictionnaire, c’est, dans les exemples cités (« cela ne se peut sans pacte avec le diable »), l’emploi de pacte dans un contexte de diableries, cet emploi étant attesté (entrer en pacte avec le diable) au début du XVIIe siècle. Contrairement à ce qui en a été dit, le XVIIe siècle n’a pas été seulement le siècle de la raison, de la mesure, de l’ordre ; il a été aussi celui de l’omniprésence du diable, de l’usage abusif des poisons, du recours à la magie et des croyances superstitieuses. Furetière, bien qu’il fût membre de l’Académie française, n’est pas retenu par les scrupules bienséants de ses collègues. Dans son Dictionnaire universel (1690), il s’étend longuement sur le sens sulfureux de pacte : « il se dit particulièrement des consentements qu’on donne aux impostures et sortilèges de ceux qui prétendent faire des choses merveilleuses par la puissance ou le ministère du Diable : et en ce cas, on distingue un pact exprès, quand on donne un consentement formel à ces impostures ; et un pact tacite, quand on pratique leurs enseignements ou cérémonies sans faire une renonciation expresse à tout commerce avec les puissances infernales », confirmant de fait que le siècle du Roi Soleil a pactisé avec le Diable d’abondance.

 

C’est au XVIIIe siècle, chez Rousseau, que la diablerie entre dans le social et même, comme on dit aujourd’hui, le sociétal : « le pacte social établit entre les citoyens une telle égalité qu’ils s’engagent tous sous les mêmes conditions et doivent tous jouir des mêmes droits » (in Contrat social). Alors se déclenche l’extension de ce nom à toutes les réalités imaginables, à condition qu’elles soient sociales : pacte pour l’emploi, pacte pour le logement, pacte écologique et pacte présidentiel de Madame Royal en 2007 et le maintenant célébrissime PACTE pour la COMPETITIVITE du sieur Gallois, PDG de toutes les entreprises nationalisées ou d’Etat qui sont, ont été ou seront en France. Selon les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-1994), à l’origine, pacte serait un terme de droit (« convention expresse ou tacite, en principe immuable, entre deux ou plusieurs parties »), ce que les exemples cités ne confirment pas : « on viole le pacte non écrit qui lie les gens d’une certaine caste ; on devient celui contre qui, s’il s’obstine, tout sera permis » (Mauriac, 1940) ; « l’amitié est un pacte, où l’on fait la part des défauts et des qualités » (Maupassant, 1884). Du droit civil (pacte de préférence, « convention par laquelle le propriétaire d’un bien, pour le cas où il le vendrait, le réserve au bénéficiaire de la clause, de préférence à toute autre personne, pour un prix déterminé ou déterminable ») et du droit international (« accord conclu entre Etats » ; pacte de non-agression, pacte de la Société des Nations, pacte atlantique), le nom pacte passe à l’histoire économique (pacte de famine, « accord qui aurait été conclu entre des financiers au XVIIIe siècle pour s’assurer le monopole des grains »), à la société (pacte social, « convention par laquelle les hommes sont unis en société et défèrent pouvoir et autorité à certains d’entre eux »), à l’économie (pacte colonial, « système élaboré pour régler les relations douanières entre les colonies et les puissances européennes, par lequel le marché colonial est réservé à la métropole et le monopole du pavillon est réservé à la marine métropolitaine »). Outre « convention », les auteurs du Trésor de la Langue française donnent à pacte le sens de « résolution par laquelle quelqu’un décide de rester fidèle à quelque chose » et, par métonymie, celui de « accord constant » avec la chance, l’enfer, la lâcheté, la mort.

Soit le pacte pour la compétitivité. Ce serait de l’impiété inutilement insolente que de supposer que le bureaucrate qui a rédigé ce pacte pour les chefs d’escadrille qui ne volent pas et qui, ne volant plus, sont ministres, députés, sénateurs, maires, présidents de CG, de CR et autres conseils, commissions, comités à jetons de présence, mais tous du même bord que le chef des chefs d’escadrille, a passé un pacte avec le diable ou avec d’autres forces malfaisantes. Il est évident aussi qu’aucune convention n’a été signée entre ce bureaucrate et les citoyens, ni accord, ni traité, ni accommodement. Ce pacte est un énième rapport qui, enfonce les portes ouvertes et qui, pour cacher qu’il les enfonce, est baptisé pacte.

 

01 novembre 2012

Couac et couacs

 

 

Ce mot est une onomatopée, c’est-à-dire que les sons dont il est formé imitent un bruit, un cri ou un son discordant. Il est attesté dans la première moitié du XVIe siècle chez Marot et Palissy : « Le renard d’une vitesse soudaine empoigne la grolle (le corbeau ou la corneille), laquelle ne sut tenir aucune contenance que de faire coua ».

Il n’est enregistré dans les dictionnaires qu’à compter de 1872. Littré le relève dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77), en indiquant que le pluriel est couac : « Onomatopée burlesque qui se dit pour exprimer les fautes que font avec les instruments à anche ou à bocal les débutants qui n’ont pas l’embouchure ; on le dit aussi des chanteurs ». Le couac était un cri d’animal ; il devient une fausse note. C’est ce que confirment les académiciens (1932-35) : « onomatopée qui s’emploie pour désigner une fausse note rendue par une voix ou par un instrument de musique », et dans la neuvième édition (en cours de publication) : « son discordant et désagréable émis fortuitement par un chanteur ou par un instrument à vent (on dit aussi canard) ».

Dans le Trésor de la langue française (1971-94), les deux sens, cri d’un animal et fausse note, sont exposés : « Onomatopée du cri du corbeau et, par analogie, d’autres oiseaux » et « note fausse, discordante, produite par un instrument à vent ou un chanteur ». Comme couac est le cri du corbeau, cette onomatopée est aussi employée comme un nom pour désigner un « cri de moquerie dont on poursuit les ecclésiastiques en raison de leurs vêtements noirs comme le plumage du corbeau » et, par métonymie, en argot, un « prêtre » : enfin, ce peut être «un « calembour de mauvais goût ».

Dans aucun de ces dictionnaires, n’est enregistré le sens « figuré » qui obtient un vaste succès chez les mondains et les journaleux au sujet des chefs d’escadrille qui nous gouvernent : « nous », pas d’exagération, ils sont seulement membres d’un gouvernement de la République. Ces gouvernants ne sont ni des corbeaux (encore que quelques-uns d’entre eux croassent quand ils parlent), ni des prêtres (essayez de croasser au passage de Peillon Payez), ni des musiciens, ni des chanteurs, et pourtant ils font couacs sur couacs (au pluriel, couacs prend un s, quoi qu’en ait dit Littré) et vice versa couacs sur couacs, sur tout sujet, à tout moment, à tout propos, comme des chefs d’escadrille apprenant à jouer du pipeau. Certes, M. de Hollande est célèbre par les blagues stupides qu’il raconte à tout moment. Pour lui, un couac est sans doute un calembour « de mauvais goût ».

Si le sens dans lequel est entendu couac dans les médias n’apparaît pas dans les dictionnaires, c’est qu’il est tout moderne : il est juste de la veille. Les académiciens le signalent, mais dans la neuvième édition du DAF : « figuré et familièrement : dans cette alliance, on percevait déjà quelques couacs, quelques dissonances ». Chacun au gouvernement tire à hue et à dia et dissone à la diable.

Il est un autre couac, emprunté aux langues des Caraïbes, qui a pris la même forme que le cri du corbeau. Littré le relève dans le sens de « terre argileuse dont les nègres sont très avides ». Littré, qui est un vrai progressiste, emploie sans retenue le mot nègre et prête aux noirs, qu’il ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, des habitudes alimentaires étranges : ils mangeraient de la terre. Il faut vraiment être progressiste, autant que les ministres à couacs, pour croire que les noirs mangent de la terre. Et pourquoi pas des pierres ? Les auteurs du TLF (1971-94) lèvent le mystère. Cette « terre argileuse » est de la « fécule de la racine des maniocs amers, légèrement torréfiés ». Les auteurs de couacs produisent donc de la terre argileuse dans laquelle, par temps de pluie, ils pataugent, s’enfoncent ou glissent. Voilà qui ravit sans doute les rieurs, mais qui désespère ceux qui se font une idée de la France qui ne se réduit pas aux couacs, quelque sens que l’on donne à cette onomatopée.   

 

 

07 octobre 2012

Compétitivité

 

 

            Voilà un mot de la dernière modernité, et si moderne qu’il a fini par entrer au gouvernement de la France. On aurait pu croire les ministres de la Restauration socialiste ringards, sortis d’un bocal de formol ou préservés de la pourriture par la naphtaline, que nenni ! Ils sont vivants et branchés ; la dernière langue à la mode leur est aussi familière qu’elle ne l’est à Rey.

L’adjectif compétitif, dérivé de la base nominale compétition, est attesté depuis un peu plus d’un siècle. Il a été fabriqué, peut-être sur le modèle de l’anglais competitive, plus ancien, en 1907 pour signifier ce qui « se rapporte à la compétition » (sportive, évidemment) et, en 1954, il a été étendu à l’économie avec le sens de « qui est susceptible d’affronter la compétition » (Trésor de la langue française, 1971-94). Sa modernité explique qu’il ne soit relevé que dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). Encore est-ce dans le seul emploi propre à l’économie : « qui peut soutenir la concurrence ; qui est à même de soutenir la concurrence ».

C’est de cet emploi que dérive le nom compétitivité, attesté au début des années 1960 et qui est tenu pour un néologisme par les lexicographes du TLF (1971-94) : « aptitude d’un individu ou d’un groupe à affronter la concurrence » et « le fait de pouvoir soutenir la concurrence » (DAF, neuvième édition). Le mérite de compétitif et de compétitivité est leur clarté ; ils ne sont pas polysémiques ; leur sens ne présente aucune ambiguïté ; l’emploi qui en est fait est à la portée d’un enfant de dix ans, mais apparemment il pose des problèmes insurmontables à un ministre de la Restauration socialiste.

M. le Baron de l’Economie socialiste, ministre placé sous les ordres de M. Pigasse, banquier chez Lazard, grand maître des fusions et acquisitions, et rédacteur en chef du Monde et des Incorruptibles (c’est un éloge ironique !), est le seul qui pourrait dire, s’il parlait latin, « j’ai vaincu à Moscou » ou « j’ai vaincu Moscou » (c’est ironique !). Devant des centaines de micros et de caméras ébahis, il s’est lancé il y a deux ou trois jours dans une longue explication alambiquée de compétitivité. La France a, depuis x années, un déficit commercial de plusieurs dizaines (ou même centaines) de milliards d’euros ; elle importe de plus en plus de biens et en exporte de moins en moins. A n’importe quel citoyen prenant connaissance de ces données, il apparait que la France a un déficit de compétitivité ou qu’elle est moins compétitive que ses concurrents ou encore qu’elle est faible dans la concurrence internationale. Certes, il y a toujours la possibilité de supprimer cette concurrence; pour le moment, celle-ci existe. Mais quand on est ministre du gouvernement de la Restauration socialiste et que l’on est le pantin que fait parler M. Pigasse de Lazard, il est impossible de reconnaître la réalité de cette perte de compétitivité. Alors on louvoie, on hésite, on trébuche, on cache la vérité, on nie le réel, on refuse d’employer tel ou tel mot et on s’installe dans le charabia, qui est le dernier refuge des crétins. Donc, il n’y aura pas de « choc de compétitivité », s’exclame le vainqueur de Moscou, près de s’indigner, parce que choc n’est pas le mot adéquat et que lui, il condamne ce mot. Non, il y aura un « accompagnement de compétitivité », sans doute comme il y a un accompagnement pour les malades à l’agonie, ou mieux, comme l’a déclaré doctement M. Ayrault de Saint-Herblain à la bannière socialiste gouvernementale, une « trajectoire de compétitivité » – oui, une « trajectoire de compétitivité ».

Ce dont on est sûr avec les chefs d’escadrille, c’est qu’ils ne toucheront jamais le fond ou que, s’ils le touchent, ils sont capables de creuser encore pendant des siècles pour éviter des milliers d’autres fonds. En bref, on n’a pas fini de rigoler.

 

28 août 2012

Raccommoder

 

"Raccommoder ce pays", dixit Dame Aubry à La Rochelle (PS).

 

 

« Raccommoder la France », tel est l’objectif que Dame Aubry, fille de l’Or, Chef de la Bannière socialiste de Lille, des Flandres et du Hainaut, vient de fixer au gouvernement de Monsieur de Hollande. Rien que ça, pourrait-on dire. Voilà qui ne monte pas très haut : il est vrai que Dame Aubry est courte sur pattes et que des hauteurs où elle se tient, elle voit surtout des bas à raccommoder.

Raccommoder (Dictionnaire de l’Académie française, 1694), c’est « refaire, rajuster, remettre en état » une maison, un mur, un plancher, un habit, un bas de soie, des bottes, des portes, des vitres, un pistolet, une selle, une coiffe. Il ne serait pas venu à l’esprit de nos ancêtres que l’action de raccommoder pût s’appliquer à la France : ils raccommodaient leurs chaussettes, pas un pays. Dans ce même dictionnaire, un autre sens est indiqué. Raccommoder, c’est aussi « remettre d’accord des personnes qui se sont brouillées après un (premier) accommodement » : apparemment, telle n’est pas l’intention de Dame Aubry. Elle n’entend réconcilier personne et surtout pas se réconcilier avec ceux avec qui elle s’est brouillée naguère, ni avec les ouvriers, ni avec les prolétaires, ni avec les travailleurs, ni avec les chômeurs. Elle ne se raccommode qu’avec les camarades de sa Bannière – à peine cent personnes, pas plus.

Sauf à laisser accroire que ces cent camarades sont la France, elle ne raccommodera rien, même pas sa perruque ou ses jupes, car raccommoder, c’est aussi « remettre dans une situation plus convenable, plus propre et plus selon la bienséance » (DAF, 1762) – ce qu’elle ne fera sans doute pas, à moins qu’elle ne confie à ses amis musulmans le soin de faire à Lille ou ailleurs cette opération de raccommodage par l’imposition de la loi islamique. Auquel cas, tout sera parfaitement accommodé ou raccommodé, surtout la tenue indécente des « femelles de France », comme on dit dans les parages de l’islam.

 

 

12 juillet 2012

Défiscaliser

 

Fiscaliser, fiscalisation, défiscaliser, défiscalisation

 

 

Voilà quatre mots, deux verbes et deux noms, dérivés les uns des autres, sauf le premier dont dérivent les autres et qui lui-même dérive de l’adjectif fiscal auquel est ajouté le suffixe – iser indiquant un processus.

De ces quatre mots récents, s’exhalent les miasmes du Léviathan moderne, dans ce que ce Léviathan a de pire : l’envie, la cupidité, la rapacité. Fiscaliser est attesté en 1919, chez Claudel, juste après qu’a commencé, avec l’établissement de l’IRPP, le grand processus de fiscalisation générale. Avant cet IRPP, la contribution personnelle que payait chaque Français correspondait à peu près à trois journées de travail – aujourd’hui ce serait plutôt de cinq à six mois de travail.

La formation de fiscaliser date de cette rupture : il fallait un verbe qui signifiât « soumettre à l’impôt » (fiscaliser les revenus) ou « financer par un impôt » (la Sécurité sociale, jadis assurance sociale, est désormais fiscalisée). Le nom fiscalisation est plus moderne encore : il est attesté dans les années 60 du siècle passé. Il a donc moins d’un demi-siècle. Ces deux mots n’apparaissent dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française – et pour cause, mais ils sont enregistrés dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994. Le verbe a deux sens : « soumettre à l’impôt », lequel sens est illustré de cet exemple intempestif fiscaliser les bas revenus, ce qui n’est pas près d’arriver dans une France socialiste ; et « financer par l’impôt une dépense publique couverte auparavant par l’emprunt ou par des cotisations », sens qui est illustré de cet exemple qui résume les dérives du Léviathan moderne : « fiscaliser un déficit budgétaire, la Sécurité sociale ». Quant à fiscalisation, il est ainsi défini : « action de soumettre à l’impôt, de financer par l’impôt » (exemples : « la fiscalisation de l’ensemble des revenus » (ce qui n’est pas près de se produire) et « la fiscalisation des grands travaux d’intérêt public ».

Depuis que Monsieur de Hollande a nommé comme chef du gouvernement Monsieur Ayrault de Saint-Herblain (*les prénoms n’ont pas été indiqués de peur que les Français qui portent ces prénoms ne se sentissent stigmatisés), il n’est question que de défiscalisation ou de défiscaliser ou plus exactement de supprimer la défiscalisation ou de stopper le processus ainsi nommé, afin justement de soumettre à l’impôt de nouveaux revenus ou des revenus qui y échappaient en partie. Ceux qui sont dans le collimateur des chefs des Bannières socialistes, ce sont les travailleurs, les prolétaires, les ouvriers, tous ceux qui triment et qui bossent – en bref, ceux qui faisaient des heures supplémentaires (de 35 heures à 39 heures ou au-delà par semaine), jusque-là défiscalisées et exonérées de charges sociales, pour jouir d’un salaire supérieur à 1200 euros par mois et pour gagner trois ou quatre cents euros de plus que le SMIC. Les revenus que ces prolétaires tirent de leur surplus de travail vont être fiscalisés – plein pot sans doute – et vont baisser de trois ou quatre cents euros par mois, ce qui les contraindra à réduire la nourriture et les loisirs de leurs enfants.

Très bien, pourquoi pas ? Mais à condition que le processus de fiscalisation s’applique à tous les revenus, quels qu’ils soient, sans distinction. Après tout, c’est cela l’égalité des citoyens devant la loi. Or, il existe en France des individus qui bénéficient de véritables privilèges en matière de défiscalisation des revenus : 6400 euros par mois, soit près de 75000 euros par an, qui échappent au fisc, sans compter les innombrables abattements dont ils bénéficient sur leurs revenus déclarés et qui constituent autant de défiscalisations. Les membres de cette caste sont les députés, les sénateurs et tous les politiciens en général, à quelque niveau qu’ils exercent leur mandat. Et ce sont ces privilégiés de la défiscalisation presque totale qui vont voter la suppression de ce minuscule avantage fiscal qui profite aux prolétaires ! Les riches, les nantis, les dominants, les puissants interdisent aux pauvres ce qu’ils s’accordent à foison. Comme il est beau et juste et noble et grand et généreux ce socialisme-là.  

 

09 juillet 2012

Austérité et rigueur, mots haram

 

 

            Le nom austérité, emprunté du latin (« caractère de ce qui est sévère, dur »), est attesté au XIIIe siècle, alors que rigueur, emprunté lui aussi au latin (rigor signifie au sens propre « raideur, dureté » et au sens figuré « sévérité »), est attesté à la fin du siècle précédent. Ces noms, relativement anciens, appartiennent à la langue de la morale et, dans la Rome antique, la morale, celle de Caton ou de Sénèque, était « dure », « sévère », « austère », à mille lieues de ce qu’est la morale publique actuelle (la privée ne regarde personne), surtout celle des hommes politiques. Rien ne leur est plus étranger que l’austérité et la rigueur, vu l’ardeur avec laquelle ils aspirent l’argent public vers leurs propres comptes, ceux de leur famille, de leur clan, de leur parti, de leurs affidés et de leur clientèle.

Pendant trois siècles, l’austérité a été la « mortification », la « rigueur » qu’on exerce sur son corps » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694), celles-ci s’exerçant par la règle monastique (il n’a pu supporter l’austérité de sa règle ; il y a beaucoup d'austérité dans ce monastère) ou « la rigueur qu’on exerce sur son corps », la « mortification des sens et de l’esprit » (1762, Féraud 1788, 1798, 1835, Littré 1872) ou encore la « rigueur des pratiques et des doctrines religieuses », la « mortification des sens et de l’esprit » (1932-35). On imagine mal Djihad* SK (*le prénom a été changé, de peur que les Français se prénommant Dominique ne se sentissent stigmatisés de porter le même prénom que ce « Djihad ») se mortifier le corps, les sens et même l’esprit, non plus que tous ses camarades députés, sénateurs, ministres, présidents de ceci, présidents de cela, maires, maires et députés, maires et sénateurs, maires et présidents, chefs de la Bannière de leur département ou de leur région, etc.     

En passant du latin au français, rigueur a perdu son sens propre (« raideur ») et n’a plus que des emplois figurés : « sévérité inflexible », « manière stricte d’appliquer les lois », (au pluriel) « dispositions répressives », « dureté pénible à supporter » (rigueur de l’hiver), « exactitude, précision ». Il suffit de consulter les anciens dictionnaires pour comprendre pourquoi la rigueur effraie les belles âmes, les bobos, les journaleux, les sciencieux du social et en conséquence, les « élus » du « peuple », qui se font de plus en plus souvent les laquais de leurs maîtres de la finance et de l’islam milliardaire. Dans le Dictionnaire universel (Furetière, 1690), les exemples ont de quoi faire frissonner de peur les cours de récréation de maternelle et les amphithéâtres de Sciences Po : « les crimes ne sont pas si communs quand on les punit à la rigueur (comprendre avec rigueur) » ; « il faut renouveler la rigueur des lois » ; « cette fille n’a pas assez de santé pour souffrir la rigueur, l’austérité de la règle ». Il est pourtant un sens positif qui devrait justifier l’emploi courant de ce mot par les hommes politiques : c’est « exactitude », « précision » (exemple : « ce texte, ce passage se doit ainsi interpréter à la rigueur, sans étendre son sens ; dans les cas odieux on doit observer la disposition des lois à la rigueur ; dans les cas favorables, on les peut étendre et adoucir »). Dans le Dictionnaire de l’Académie française, la rigueur, telle qu’elle est définie, pourrait faire se voiler les grenouilles de mosquée : c’est, outre « sévérité, dureté, austérité » et « grande exactitude, sévérité dans la justice » (les juges sont obligés de suivre la rigueur des lois ; juger suivant la rigueur des ordonnances), l’exemple « on appelle la loi de Moïse loi de rigueur, par opposition à la loi nouvelle, qu’on appelle la loi de grâce » (comprendre, celle du Christ) (1694, 1762, 1798, 1835, 1932-35).

L’article du Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) est un condensé de choses qui nous paraissent désagréables aujourd’hui, au point de discréditer le nom qui les désigne, mais qui n’apeuraient en aucune façon les Français des siècles classiques : « dureté qui agit avec une sévérité inflexible » ; « ce qui est rude, âpre, difficile à supporter » ; « grande exactitude, grande sévérité dans l’application des règles » ; « caractère d’un raisonnement auquel l’esprit ne peut résister », mais, ajouterai-je, auquel les esprits modernes ne parviennent pas à se plier. Avec de tels emplois, on comprend aisément que rigueur, dans cet Etat allo maman bobo socialo dont s’est dotée la France « postmoderne » de M. de Hollande, soit interdit, prohibé, tabou, haram, et que tout soit fait pour en atténuer ou adoucir le sens, comme dans l’expression à la rigueur. Dans la langue des anciens Français, elle signifiait, comme dans la dernière rigueur, à la dernière rigueur, à toute rigueur, en toute rigueur, « dans la dernière exactitude, dans la dernière sévérité ». Aujourd’hui, ce sens est tenu, dans le Trésor de la langue française (1971-94) pour vieux ou littéraire, le sens courant étant tout à l’opposé : « dans la mesure strictement nécessaire, à tout prendre » (DAF, 1932-35) et « en allant à la limite de l’acceptable » ou « en cas de nécessité absolue, s’il n’y a pas d’autre solution ». C’est ce que pourraient déclarer nos ministres : on ne fera de politique de rigueur qu’à la rigueur, c’est-à-dire « s’il n’y a pas d’autre solution ». Depuis au moins trente ans, il n’y a pas d’autre solution.

La novlangue étant la seule qu’entendent MM. Mamadou* de H. et son chef de gouvernement M. Ahmed* A. de Saint-Herblain (*les prénoms ont été changés, pour que tous ceux qui se prénomment « François » ou « Jean-Marc » et qui sont innocents ne soient pas injustement stigmatisés), il semblerait que désormais, le socialisme étant restauré, austérité et rigueur soient deux mots tabous, c’est-à-dire, si on traduit tabou, ce mot d’origine polynésienne, en bobo (pas de panique, de Bobo-Dioulasso), deux mots haram et qu’il est interdit de prononcer. Même si, dans la réalité et en dépit de quelques milliards prodigués à la clientèle (rétablissement de la retraite à 60 ans pour les camarades fonctionnaires, augmentation de la prime de rentrée scolaire, suppression de la franchise de 30 € annuels imposée aux étrangers venus se faire soigner gratuitement en France – privilège qui est refusé aux assurés sociaux, etc.), l’heure de la rigueur et de l’austérité, et même de la plus extrême des austérités, a sonné. Il est vrai que ces deux mots ont basculé de la morale la plus rude et de la règle de monastère à l’économie. Le basculement s’est produit il y a moins d’un siècle. En témoigne l’article austérité du Trésor de la langue française (1971-94) : « spécialement, en économie politique, politique visant à restreindre la consommation par divers moyens, comme la restriction du crédit, l’aggravation fiscale, etc. » et de la neuvième édition (en cours de publication) du DAF : « en économie, politique d’austérité, politique financière et économique qui tend à réduire les dépenses des entreprises et des particuliers ». La réduction des dépenses des entreprises et des particuliers par l’augmentation massive des impôts, faisant des Français le peuple le plus lourdement imposé au monde, a commencé ; c’est donc la rigueur et l’austérité pour tous, sauf pour l’Etat, les collectivités publiques, la Sécurité sociale, qui peuvent encore dépenser sans compter ; mais plus pour longtemps. L’austérité imposée aux entreprises et aux citoyens va être étendue sous peu (l’Allemagne et l’UE décident du calendrier : dans deux ou trois mois ?) à l’Etat et à tous ceux qui prospèrent encore avec l’argent public. A eux bientôt de connaître la rigueur et l’austérité, quoi qu’en prétendent M. Mehmet* A. de Saint-Herblain (* prénom changé pour des raisons que tous les Jean-Marc de France comprendront) et ses fans qui l’ont applaudi en transe quand il a annoncé que l’austérité n’était pas pour les politiciens. 

 

 

03 juillet 2012

Concertation

 

 

 

            Voilà un mot moderne et même hypermoderne, étant spécifique des discours syndicaux et politiques, d’où il a contaminé la langue. Il est attesté en 1963 au sens de « discussion en vue d’aboutir à un accord » : accord syndical, et non accord musical. Dans le Trésor de la Langue française (1971-94), il est relevé au sens de « action de se concerter » et au sens de « mode d’administration ou de gouvernement dans lequel les administrés, les citoyens, les salariés, etc., sont consultés, et les décisions élaborées en commun avec ceux qui auront à les appliquer ou à en supporter les conséquences ». Le premier sens est illustré de cet exemple « la concertation des salariés est beaucoup plus voyante (...) et attire particulièrement l’attention des autorités » ; le second de « une politique de concertation », « la nécessaire concertation en matière d’initiative et de financement des équipements » (1967). Les académiciens l’ignorent dans les éditions de leur Dictionnaire publiées entre 1694 et 1935, et pour cause : il était dans les limbes. Dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, concertation est défini ainsi : « action de se concerter avec d’autres personnes ; spécialement, le fait de réunir, pour les consulter, toutes les parties intéressées à un problème politique, économique ou diplomatique ». Ce qui fait le succès de ce mot, c’est l’air du temps. L’époque est aux équipes (tous ensemble, tous ensemble), aux communautés, au et aux collectif(s) et autres collectivités, collectivismes, collégialités.  Elle a donc fait de concertation son oriflamme, dans laquelle son essence se cristallise.

Pour comprendre comment ce mot moderne en est venu à signifier la modernité actuelle, il faut se reporter au verbe concerter dont il dérive et qui, lui, est très ancien. En fait, ce verbe est double. Dans un premier emploi, attesté au XVe siècle, il signifie « projeter quelque chose en commun » ; et dans ce sens, il est employé pronominalement, se concerter, au milieu du XVIIe siècle. C’est l’embryon des emplois modernes de concertation. Dans un second emploi, attesté en 1623, il a pour sens « faire de la musique ». Ces deux emplois sont relevés dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française, sauf dans la huitième (1932-35), où le sens musical est ignoré ; sans doute, parce qu’il est jugé vieux, comme l’indiquent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94).  Pourtant, les académiciens, dans les différents articles qu’ils consacrent à concerter, citent en premier le sens musical. Ainsi en 1694 « étudier et répéter ensemble une pièce de musique pour la bien exécuter quand il en sera temps » et « faire concert » (exemples : on concerte souvent chez un tel, ils concertent ensemble). Ils font du plus ancien des deux sens un sens figuré, dérivé du premier (ce qui est inexact), et ils le citent en dernier : « il signifie aussi figurément conférer ensemble, pour exécuter un dessein et pour convenir des moyens de faire réussir, une intrigue, une affaire ». Le sens réciproque n’est relevé que qu’à partir de la quatrième édition (1762 : « en ce sens, il est aussi réciproque », comme dans la phrase « ils se concertèrent longtemps avant que de faire telle chose »). Dans les éditions suivantes (1798, 1832-35), l’ordre dans lequel les sens sont exposés est maintenu : le sens musical d’abord, puis le sens ancien tenu pour figuré. Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), rompt avec cet ordre inexact. Le premier sens qu’il relève est « projeter de concert avec un ou plusieurs » ; le second sens est le sens musical : « faire un concert ». Le premier sens n’est plus présenté comme le développement figuré du second sens. Les académiciens, dans la huitième édition, 1932-35, de leur Dictionnaire, ne relèvent que le sens le plus ancien « préparer en vue d’une exécution avec une ou plusieurs personnes » (« concerter un dessein, une entreprise, l’exécution d’une affaire », « ils avaient bien concerté leurs mesures », « un plan concerté », « des mesures bien concertées »), ainsi que l’emploi pronominal de ce verbe : « se concerter signifie s’entendre avec une ou plusieurs personnes en vue de l’exécution d’une affaire, d’une intrigue, etc. » Les auteurs du Trésor de la Langue française adoptent l’ordre « juste » choisi par Littré : « 1. étudier, préparer une question, seul ou en accord avec d’autres personnes » ; et « 2 en musique, vieux, exécuter des morceaux de musique lors d’un concert ». C’est l’ordre adopté par les académiciens dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire : « 1. Projeter quelque chose, en accord avec une ou plusieurs personnes » ; « 2. (langue) classique, musique, tenir sa partie dans un orchestre ».

            Dans le premier emploi, concerter est emprunté au latin concertare, signifiant « combattre, rivaliser, se quereller » en latin classique (Dictionnaire latin français de M. Gaffiot). Ce sens a été retourné en quelque sorte dans la langue latine du christianisme. Le sens agressif a été effacé au profit d’un sens apaisé. Ce n’est pas « combattre », mais « agir ensemble, agir dans un but commun ». La rivalité ou les querelles ont été transformées en actions communes. Plutôt que de se battre, agissons ensemble. En français moderne, c’est donc le sens chrétien qui perdure, non pas « se quereller », mais « agir » de concert. Dans le second emploi (« faire de la musique »), concerter est un verbe de formation française, dérivé du nom concert. Ce que les auteurs de dictionnaires ne mentionnent pas, sauf les auteurs du Trésor de la langue française, dans la rubrique « histoire » de l’article concerter, c’est le sens chrétien de ce verbe, « agir ensemble », « agir dans un but commun ». C’était le sens chrétien ; c’est devenu le sens syndical et socialiste, et le seul horizon du nouveau régime, celui de Monsieur Mohammed* de H. (*le prénom, comme dans le journal Le Monde, a été changé, afin de ne pas stigmatiser la communauté des sous-chiens) que le gouvernement de M. Abdallah* A. de St-H (* le prénom a été changé : ALJ aurait pu opter pour Vladimir, mais il aurait été indécent de stigmatiser la communauté orthodoxe russe) est chargé de mettre en musique – de « concerter » donc. Une seule solution, la concertation !

Le triomphe de concertation dans les discours syndicaux et politiques, confirme un phénomène récurrent, observé à plusieurs reprises dans la nouvelle langue française, à savoir le lent effacement de tout ce qui est chrétien et l’appropriation des mots chrétiens par les fanatiques du socialisme et de sa restauration. La musique elle-même à laquelle réfèrent concerter et concertation est touchée par ce grand dérangement des mots. Entendue dans un sens moderne, elle n’est plus qu’accords syndicaux, concertations préalables, mise en sons de l’idéologie.

 

29 juin 2012

Récépissé

 

 

Voilà un bon et vrai mot latin qui, employé dans la langue du droit puis de l’administration, a été francisé à force d’accents aigus sur les trois e. En latin, c’est un infinitif – plus exactement l’infinitif parfait (en français, il correspond à la forme composée de l’infinitif) du verbe recipere, « recevoir » : donc recepisse, c’est « avoir reçu ». Si le mot est devenu français, c’est à la suite de son emploi dans la formule cognosco me recepisse en usage dans la langue du droit : « je reconnais avoir reçu ». C’est ce qu’indiquent clairement les académiciens en 1694 dans la première édition de leur Dictionnaire : « ce terme est purement latin, ainsi que plusieurs autres qui sont demeurés dans la pratique (celle des tribunaux), parce qu’autrefois les expéditions (c’est-à-dire les dépêches, les ordres, les instructions) se faisaient en latin ». Le sens est défini ainsi : « écrit par lequel nous confessons qu’une personne nous a remis entre les mains quelques papiers qu’il faut lui rendre ». Dans les éditions ultérieures de ce dictionnaire, le verbe confesser, dont on a jugé qu’il sentait trop fort la religion sans doute, a été remplacé par le verbe reconnaître, plus neutre et moins connoté : « écrit par lequel on reconnaît avoir reçu des papiers, des pièces, etc. » (1762, Féraud 1788, 1798, 1835, 1932-35, où sont ajoutés : « des titres, une somme d’argent »), définition illustrée de ces exemples, banals à dire vrai : « je lui donnerai, je lui communiquerai ces pièces sous ou sur un bon récépissé », « je vous en donnerai mon récépissé », « quand vous me rendrez mes récépissés, je vous rendrai tous vos papiers ».

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne se contente pas du seul « écrit par lequel on reconnaît avoir reçu en communication ou en dépôt des papiers, des pièces, etc. » ; il ajoute à la définition un emploi propre aux finances : « reçu par lequel les employés des caisses publiques reconnaissent que des sommes ou objets leur ont été versés » (« récépissés de marchandises »). C’est cet emploi « financier » sur lequel insistent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « document constatant qu'un papier, un objet, une somme d'argent a été reçu en communication ou en dépôt » (synonymes : accusé de réception, quittance, reçu), sens qui est illustré de ces exemples : « les récépissés de la banque ; délivrer, donner, exiger, rendre un récépissé ; être muni d'un récépissé ; communiquer des pièces sous/sur un bon récépissé ; récépissé de déclaration ; « va déposer ton prix à la caisse d’amortissement, cours, car je ne te reçois plus sans le récépissé de la somme » (Balzac, 1846).

            Le gouvernement de M. Ayrault de Saint-Herblain, qui entend restaurer en France le socialisme, la justice, le vivre-ensemble, la diversité (ethnique, mais pas celle des opinions), et tout ce que l’on voudra d’autre, l’Ancien Régime de Mitterrand, de Blum, de Jaurès, de Ferry, de Robespierre, la misère pour tous, la gabelle, les champarts, la dîme, le contrôle des changes, l’abolition de la prostitution, etc. veut contraindre par la loi les policiers à remplir un récépissé et à le communiquer à toute personne dont l’identité aura été contrôlée, en particulier dans les lieux publics que contrôlent les délinquants, les voyous, les dealers, les voleurs à la tire, les agresseurs de vieilles dames… Vu que les affaires de ces voyous sont juteuses et rapportent gros, le gouvernement Ayrault de Saint-Herblain a très naturellement et très judicieusement (dans la perspective qui est la sienne) exhumé de la vieille langue latine du droit ce terme qui fleure bon l’Ancien Régime et qui ne doit sa survie qu’à ses emplois dans la banque, la finance, les affaires louches. Ce n’est pas la première fois qu’un simple mot, en apparence anodin ou insignifiant, dévoile la véritable nature d’un Régime qui se met en place pour restaurer ce qui a été naguère source de cauchemars et va l’être à nouveau. Le verbe confesser de la définition de 1694 est un véritable papier tournesol qui inverse les rôles : les fautifs, ceux qui ont à se repentir des péchés qu’ils commettraient à chaque instant, ce sont les policiers, pas les voyous. Cela n’épuise pas le ridicule de cette affaire de récépissé. En théorie, l’Etat est le seul détenteur de la force ou de la violence, laquelle, exercée par l’Etat, au nom de l’intérêt public ou général, devient légitime. La police ne fait qu’appliquer cette violence légitime pour protéger les citoyens et surtout les plus faibles des citoyens français, ceux qui, à la différence de Monsieur de Hollande et de ses ministres, ne sont pas protégés par des armées de gardes du corps, entraînés à tuer et surarmés. Or, c’est à ces policiers qu’il est demandé, non pas de protéger les citoyens, mais de passer sous les fourches caudines des voyous, afin que ceux-ci vaquent en toute impunité à leurs activités criminelles et que, munis de leur récépissé, c’est-à-dire de ce « sésame protecteur », ils puissent parader et échapper à toute arrestation, en cas de délit constaté. Ce récépissé imbécile est le signal que l’Etat adresse aux voyous pour leur signifier qu’il leur incombe désormais de contrôler les lieux publics mal famés et les citoyens qui ont l’inconscience de s’y aventurer.

 

 

 

 

 

 

 

06 juin 2012

Faciès

 

 

Voilà un mot doublement savant et tout récent, étant employé en français pour la première fois en 1823.

Il est savant parce que c’est un mot latin, qui a pour sens « ce qui apparaît, aspect, apparence, air, forme », mais aussi « figure, face, visage, mine, physionomie » ou encore « éclat, beauté, grâce » et « genre, espèce, sorte ». Aucun de ces sens n’est « nauséabond », contrairement à ce que prétendent à cor et à cri les justes pensants de la gauche odoriférante. Facies se dit d’une montagne (in faciem montis, « en forme de montagne »), d’une apparence (liberalis facies, « air distingué »), de l’aspect d’une ville (haec facies Trojae erat, « tel était l’aspect de Troie »), du visage ou de la tête d’un être humain (facies homini tantum, « l’homme seul a un visage » ou recta facie loqui, « parler la tête haute »), de la beauté d’une femme (facies Briseidos, « la beauté de Briséis » ou virgo ipsa facie egregia, « la jeune fille est elle-même d’une beauté remarquable »).

C’est surtout un mot de savants. En latin, il se rapporte à la (belle) apparence des êtres et des choses ; en français, c’est un terme « d’histoire naturelle » et de « médecine », les deux sciences qui ont produit au XIXe et au XXe siècle les élucubrations les plus sinistres. Comme c’est un mot de savant, Littré le relève dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77) : « terme d’histoire naturelle, l’aspect, le port, la physionomie d’un corps, tel qu’il se présente à première vue et avant un examen ultérieur ». Les académiciens l’enregistrent dans la huitième édition du DAF (1932-5) : « terme de médecine, aspect du visage dans les maladies (son facies est mauvais) ; « il se dit aussi, dans le langage ordinaire, d’une conformation plus ou moins caractéristique du visage » (le facies mongol). Les exemples cités pour illustrer les emplois possibles de faciès mettent ce mot en relation avec la maladie ou avec la race. Cela est confirmé dans la neuvième édition (en cours de publication) de ce même dictionnaire, où le faciès n’est pas seulement l’aspect ou l’expression du visage, mais la « conformation du visage considérée comme caractéristique d’un groupe humain » (faciès mongol) et en médecine « l’aspect du visage évocateur de certains états physiologiques ou pathologiques » (faciès éthylique).

C’est ce sens savant des spécialistes d’anthropologie qui sous-tend l’emploi qu’en font les journaleux, associateux, idéologiqueux, cultureux, quand ils éructent cinq fois par jour leur prière quotidienne, les yeux fixant leur Mecque : « contrôles au faciès ! », « contrôles au faciès ! », contrôles au faciès ! », les contrôles en question étant ceux qu’effectuent la police française en France ; ou encore « délit de faciès ! », « délit de faciès ! », « délit de faciès » - délit imaginaire, qui n’a jamais eu d’existence ni dans le droit, ni dans la réalité. On ne sait quels sont les faciès recherchés par la police ou appelant des contrôles d’identité, lesquels ne s’effectuent que dans des lieux réputés pour être le terrain de jeu ou de chasse des gangs de voyous. Cela n’empêche pas que ce faciès soit répété dans tous les médias, sans que les répéteurs de faciès indiquent les faciès (mongols, sous-chiens, bretons, etc. ?) qui sont ou seraient la cible de contrôles. La répétition jusqu’à plus soif de faciès, qui contamine aussi les politiciens (que ne feraient-ils pas pour complaire à leurs maîtres des médias ?), dévoile ce qu’est devenue la France, où l’obsession de la race – et surtout l’affirmation de la supériorité raciale de l’islam - a effacé la culture, la distinction, le savoir-vivre, la courtoisie, qui jadis ont fait la France. C’est devenu le fonds de commerce des (prétendus) antiracistes à qui les citoyens paient patentes, dîmes, gabelles, champarts, décimes, etc. L’antiracisme a son propre vocabulaire, lequel est justement celui des racistes d’avant 1914. Comme les racistes de jadis, les antiracistes d’aujourd’hui n’éructent que métis, métisser, métissage, faciès, racial, ethnie, etc. avec lesquels ils stigmatisent les gens de peu, les pauvres, les sans le sou, les dominés et exploités, agents de police, pompiers ou autres, qui ignorent le sens du mot faciès, la seule chose qu'ils en connaissent étant que le mot, par lequel ils sont indirectement désignés, est nauséabond, sale, mal. Comme il y a dans la police de plus en plus de policiers arabes, métis, noirs ou asiatiques, surtout parmi ceux qui exercent des fonctions subalternes et qui procèdent aux contrôles d’identité, on ne sait quels faciès sont « ciblés » par ces issus de la diversité ou multiculturels : des « blancs », « sous-chiens » ou « bas-bretons » ? Ceux-ci sont-ils victimes de l’obsession raciale des nouveaux policiers ?

Les mots des racistes sont devenus ceux des antiracistes. Voilà une passation de langue qui en dit long sur la nature de l’antiracisme. En latin, facies signifie aussi « image, spectre, spectacle ». Chez Virgile, les dirae facies sont « d’horribles fantômes » ; dans la nouvelle langue française aussi. Les faciès, les métissés et métissées, le métissage, les ethnies, la musique dans le sang, etc. sont le retour des spectres d’autrefois, comme si les antiracistes subventionnés étaient mus par la haine des racistes de naguère.

 

 

02 juin 2012

Diversité (chroniques de la Restauration, an I)


 

 

La diversité est le nouvel horizon de la France et le seul. Il n’y en a pas d’autre. Foin de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. La diversité est le nec plus ultra, l’alpha et l’oméga, la réponse à tout de Monsieur de Hollande et de Monsieur Ayrault de Saint-Herblain, de Libération, du Monde, du Nouvel Observateur, du CRAN, du PMF, des mosquées de Paris, Créteil, Lyon, Evry, etc., du NPA, du PCF, du PS, etc.

Emprunté au latin diversitas, dont l’éventail sémantique assez large fait qu’il se traduit en français par « variété » ou « différence » et par « divergence » ou « contradiction », il est attesté dans la seconde moitié du XIIe siècle. Il est enregistré dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie de française, de 1694 à aujourd’hui, dans lesquelles le seul sens retenu est celui de « variété » et de « différence » (1694 : « diversité de religion, de vie, de fortune, d’objets, d’occupations, d’esprit, d’humeurs, d’opinions »), le sens défavorable du latin, à savoir « divergence » et « contradiction », n’étant pas relevé. Est-ce volontaire ? Quoi qu’il en soit, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) définit la diversité comme les académiciens : c’est « l’état de ce qui est divers ». De l’état, la diversité innerve l’Etat. Elle était ce qui est, elle devient ce qui doit être. Elle était le fait, elle est le droit. Autrement dit, faire de la diversité le nouvel horizon de la France, c’est faire de la réalité une obligation. En France seulement, surtout pas au Maroc, ni en Algérie, ni au Mali, ni en Arabie évidemment, pays à qui la diversité fait défaut et qui auraient besoin, ne serait-ce que pour prouver qu’ils ne sont pas totalement barbares, de métisser leur uniformité obligatoire d’un brin de diversité.

Dans le Trésor de la Langue française (1971-94), le sens usuel de « état de ce qui est divers » est illustré d’un extrait éloquent des Principes de géographie humaine (1921) du géographe Vidal de la Blache : « l’homme s’intéresse surtout à son semblable, et, dès qu’a commencé l’ère des pérégrinations et des voyages, c’est le spectacle des diversités sociales associé à la diversité des lieux qui a piqué son attention ». L’ère des voyages et des pérégrinations commence en 1492 avec les découvertes de nouveaux territoires, aussitôt conquis, et la constitution des empires. De fait, c’est dans les empires, quels qu’ils soient ou aient été, coloniaux ou non, que la diversité est la règle. La diversité de l’Algérie, du Maroc, de l’Egypte, de la Turquie, etc. ont été balayées, en quelques années, par la purification ethnique. La Russie, qui continue tant bien que mal l’immense empire colonial tsariste, puis soviétique, a gardé de cette grandeur enfuie un peu de l’ancienne diversité de l’empire qu’elle a longtemps contrôlé. La diversité se marie à merveille à la tyrannie : tous divers, pourvu que ce soit l’échine courbe et la tête basse. La diversité est la règle, à condition qu’elle fasse allégeance. Il en allait ainsi à Vienne du temps des Habsbourg. Hitler s’accommodait de toutes les diversités, surtout de l’islamique. Le Reich pouvait être divers et varié, aux couleurs de l’arc-en-ciel, à condition qu’il fût sien et sans juif. Il est donc dans l’ordre des choses que la diversité soit le mot d’ordre de la pensée unique, de l’idéologie dominante ou des tout puissants de l’empire pub com media. Les candidats à la servitude volontaire exigent en chœur que la diversité (écrit même divers-cités : ça en jette) devienne l’essence de la France nouvelle, à condition qu’elle soit autre que française ou chrétienne ou gréco-latine ou européenne. Ainsi va le monde. En 1920, la diversité était une richesse coloniale : elle l’est toujours, mais colonies, colons, colonisateurs, colonialismes se sont échangé leurs rôles. C’est toujours une affaire coloniale, mais les colonies ne sont plus en Afrique et les colons ne sont plus les Français. C’est sans doute cela la ruse ou le retournement de l’Histoire.    

 

De tous les lexicographes, les rédacteurs du Trésor de la Langue française sont les seuls à noter que le sens latin s’est maintenu en français : « caractère de ce qui est opposé, contradictoire ». Les synonymes en sont « divergence » ou « opposition ». Chez Maine de Biran, diversité a pour synonyme contrariété : « cette diversité ou contrariété des besoins ». Maine de Biran n’écrivait pas cela au XIIe siècle, mais au début du XIXe siècle : en 1816 exactement. Le philosophe Maurice Blondel illustre en 1893 ce sens, tenu à tort pour vieilli, par cette phrase : « par l’action s’entretient donc et se resserre l’unité du mécanisme vital, qui, formé d’un assemblage de parties, n’a de cohésion que par le concert idéal des fonctions ; par elle, la diversité des tendances antagonistes, sans être abolie, se fond en un accord au moins passager ». En latin, diversus, du verbe divertere (« se détourner, se séparer, divorcer, être différent »), dont dérive diversitas, est relevé dans le Dictionnaire Latin Français de Gaffiot avec deux sens : « à l’opposé d’un point » et « allant dans des directions opposées ou diverses ». Le nom diversitas a pour premier sens « divergence » ou « contradiction » et pour second sens « variété » ou « différence ». Or seul ce second sens est relevé dans le DAF et par Littré. Est-ce pour ne pas jeter la suspicion sur la diversité et ne pas ébrécher la belle statue pittoresque et coloniale qui en est sculptée que les auteurs de dictionnaires oublient le premier sens de ce nom, le plus ancien, celui du latin, à savoir « contradiction, divergence, contrariété », sens qui est attesté en français et que relèvent les auteurs du Trésor de la langue française ?

La diversité cache la guerre de tous contre tous. Des religions, des coutumes, des mœurs incompatibles ou situées à l’opposé les unes des autres, qui ont été importées de très loin pour coexister artificiellement sur un territoire exigu, lequel n’est pas le canton d’un empire colonial, sont les germes de haines inexpiables et de conflits sans fin. Voilà ce à quoi va aboutir la diversité obligatoire de MM de Hollande et Ayrault de Saint-Herblain. Il est vrai que leurs électeurs sont majoritairement des divers ou des issus de la diversité : imams, grenouilles de mosquées, (grands) frères musulmans fanatiques, et que la diversité leur permet de remercier ceux dont ils sont les obligés. Ils paient leur dette. Il n’y a pas d’imams ou d’électeurs du FIS, de PJD, d’En-nahda, des Frères musulmans, de Ouattara, de Gül, d’Erdogan ou de Wade, etc. établis en France depuis trente ans, qui ne croient qu’ils ont installé à l’Elysée le conseiller général de Tulle pour qu’il les couvre de privilèges. Il leur faut à tous et immédiatement des postes, des places, des sinécures, des emplois, des fonctions, des retraites dorées, des compensations, etc. pour leurs enfants et pour la tribu, le clan, la parentèle, les affidés, les coreligionnaires, etc., quels que soient leurs mérites et leurs talents, fussent-ils nuls. Il n’y en a que pour eux, leur temps est arrivé, etc. 

 

 

 

 

 

 

25 mai 2012

Déontologie (chroniques de la restauration, an I)

 

 

Le mot n’est ni grec, ni ancien, mais il est sinon anglais, du moins emprunté à l’anglais, et récent, donc moderne. Ce sont les philosophes utilitaristes qui l’ont formé à partir de mots qu’ils ont empruntés au grec : « ce qu’il convient de faire » et « le discours, la doctrine ». Il est attesté en français en 1825 dans la traduction d’un ouvrage de Bentham (1748-1832), grand pourvoyeur en moraline et vertuisme pour les rosières de la presse et les bedeaux de la politique. Le mot est si moderne qu’il n’est dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, ni dans la sixième (1835), ni dans la septième (1879), ni dans la huitième (1932-35). Il faut attendre la neuvième édition, en cours de publication, pour trouver sous la plume des académiciens une entrée « déontologie » : « ensemble de règles de bonne conduite, de morale appliquée », écrivent-ils. Tout cela sent fort le pragmatisme, l’utilité sociale, la petitesse morale, les mœurs rabougries et étriquées, le hallal islamique. C’est, selon les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), qui accordent à la chose ainsi nommée beaucoup trop de hauteur ou trop d’ambitions de pensée, « la théorie des devoirs », du moins dans la seule philosophie morale.

La déontologie est destinée d’abord aux boutiquiers dans le but irraisonné de réduire la concurrence féroce et destructrice qui les oppose. C’est, par extension et employé de façon courante, « l’ensemble des règles morales qui régissent l’exercice d’une profession ou les rapports sociaux de ses membres » (TLF, op. cit.). Les académiciens précisent que le mot « s’emploie généralement à propos de morale professionnelle » (celle des avocats, des arracheurs de dents, des apothicaires, des brasseurs de bière, des brocanteurs, des pilleurs de tombe, des mafieux ou des voleurs à la tire). Tout cela ne sent pas bon. Du temps de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), le mot était nouveau et le sens assez obscur : « science des devoirs » - pas les devoirs d’école primaire faits à maison, mais les devoirs sociaux. Pour Littré, c’est un « terme didactique ». S’il y a de la didactique dans la déontologie, alors il faut s’en défier.

Il ne semble pas que s’en défient Monsieur de Hollande, qui restaure le socialisme en France, et son ministre Ayrault de Saint-Herblain, qui a obligé chacun des titulaires d’un maroquin à signer une « charte de déontologie ». On sait ce que deviennent ces bouts de papier : oubliés une fois paraphés et détruits dès qu’ils gênent. Un des articles de cette déontologie oblige les ministres à refuser tout cadeau dont la valeur serait supérieure à 150 euros. Mais, l’encre qui avait servi à écrire cette déontologie n’était même pas sèche que Monsieur de Hollande et sa favorite ont décidé d’offrir à la First Lady des Etats-Unis d’Amérique un sac de couturier de luxe et un nécessaire de toilette de grand parfumeur, le tout d’une valeur de dix à vingt fois supérieure à la limite déontologique. On interdit aux ministres de recevoir des cadeaux, mais on couvre de cadeaux l’épouse d’un chef d’Etat étranger. Oh, la belle déontologie que voilà, qui laisse augurer d’énormes accrocs, mais moins gros que ceux qui échancrent ou trouent la bannière que brandissait Monsieur de Hollande quand il briguait la charge suprême. « Je n’aurai pas autour de moi à l’Élysée des personnes jugées et condamnées », a-t-il déclaré le 14 avril. Un mois plus tard, il en avait trois dans son ministère, et d’abord le premier d’entre eux, Ayrault de Saint-Herblain, chef de la Bannière de la Foi socialiste dans le duché de Nantes. Quinze ans auparavant, la justice, dont le laxisme est connu, l’a condamné à six mois de prison avec sursis et à une forte amende pour avoir confié, sans passer d’appel d’offres, la propagande de sa Bannière à un aigrefin de ses camarades, à charge pour ce dernier de financer la Bannière de son Maître. Le deuxième repris de justice du ministère de Monsieur de Hollande est une reprise de justice : la Baronne Taubira du Moroni, qui représente dans ce ministère les richissimes planteurs de Guyane et qui en 2005 a été condamnée par le tribunal des Prudhommes à payer un an de salaire à une de ses employées, qu’elle faisait travailler gratuitement. Aurait-elle rétabli le hideux esclavage ? On est en droit de se le demander. Le troisième est Monsieur le Marquis de Montebourg, Chevalier de la Foi socialiste et chef de la Bannière de cette même Foi dans le département de Saône-et-Loire. A peine nommé ministre du Redressement, il a été condamné pour insultes publiques. Il y a un siècle, il aurait été envoyé, puisqu’il exalte le redressement, dans une maison de redressement et de correction pour y apprendre la courtoisie et la politesse.

Ayant appris cela, le baron Guerrini, chef des Bannières des départements des Bouches-du-Rhône et de la Corse, le général d’Empire Kucheida, qui commande le département du Pas-de-Calais, et le vicomte Navarro, de la Bannière de l’Hérault, se frottent les mains. Ces chevaliers de la Foi socialiste sont inculpés de détournement de fonds et autres abus de biens sociaux. Désormais, ils savent que la déontologie, la moralité et surtout l’exemplarité, qui sont la devise du nouveau régime, les propulseront sous peu, une fois les condamnations prononcées, au ministère Ayrault de Saint-Herblain. Bon vent !     

22 mai 2012

Charte (chroniques de la Restauration, an I)

 

 

            En latin, charta (mot prononcé « carta », du grec χάρτης) désigne une feuille de papier fabriquée avec du papyrus et, par métonymie, ce qui est écrit sur cette feuille de papier. Dans la langue latine en usage au Moyen-âge, c’est un acte ou un document. Le mot français charte qui en est emprunté, attesté dans la seconde moitié du XIe siècle, a pour sens « lettre, écrit, acte » ; et au début du XIXe siècle, il prend le sens de « loi, règle fondamentale ».

            Ces deux sens sont relevés dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « (au Moyen-âge) acte authentique consignant des droits, des privilèges, généralement accordés par un suzerain » (charte d’affranchissement, de dotation d’une abbaye) et « ensemble de lois constitutionnelles octroyées par un souverain ». Ce dernier sens est illustré par cet extrait des Paysans de Balzac (1844) : « les inévitables meurtrissures du joug social appelé Contrat par Rousseau, Constitution par ceux-ci, Charte par ceux-là ». Balzac n’était pas libertaire, mais il tenait à juste titre, du moins quand il se mettait à la place des « dominés » ou des « exploités », toute charte pour un « joug social ». Voilà qui est éloquent. La prolifération d’organes de toute sorte (internationaux, professionnels, supranationaux, etc.) a multiplié depuis 1945 les chartes, ce mot étant entendu dans un sens étendu, c’est-à-dire « ensemble des principes fondamentaux d'une institution officielle » (ONU, UNESCO, OMS, Union européenne, etc.). En 1941, le régime de Vichy, alors presque tout entier géré par des humanistes, pacifistes, bien pensants, « de gauche », etc., a confirmé la justesse des intuitions de Balzac et ouvert la voie aux modernes en créant une « charte du travail » (loi du 4 octobre relative à l'organisation sociale des professions, Journal Officiel) pour mettre les travailleurs « sous le joug ». Longtemps, jusqu’à la fin du XIXe siècle, charte s’est écrit chartre, cette dernière forme signifiant « prison ». C’est ce seul sens que relèvent les académiciens au XVIIe et au XVIIIe siècle (« prison », DAF, 1694, 1718, 1740, 1762, 1798) et qu’ils considèrent comme « vieux ». En 1835, la définition se présente ainsi : « vieux mot qui signifiait prison ; il s'est conservé dans cette dénomination Saint-Denis de la Chartre, lieu où saint Denis fut autrefois en prison, et dans la locution chartre privée, tout lieu où l'on détient, où l'on emprisonne quelqu’un sans autorité de justice », les académiciens précisant qu’il « n'est pas permis de tenir un homme en chartre privée ».

 

Dans l’histoire de la France, ancienne ou récente, le terme est lié à l’autoritarisme, à l’imposition d’un ordre violent, à la brutalité des rapports de force, non seulement par ce qu’il a été confondu avec le mot signifiant « prison », mais surtout à cause de la « Charte » : « celle que Louis XVIII, écrit le républicain Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), octroya en 1814, qui fut modifiée après la révolution de 1836, et abolie par celle de 1848 », à la suite de quoi le mot a désigné « toute constitution accordée par un prince ». On libère les hommes par une déclaration ; on les asservit par une charte, expliquent les républicains, quand ils sont républicains et qu’ils se souviennent de l’histoire de leur pays.

Il semble que cette époque soit définitivement close. Le premier acte public du ministère Ayrault de Saint-Herblain, à peine réuni en Conseil le jeudi 17 mai, jour de l’Ascension (sans doute, Monsieur de Hollande a-t-il pensé que, s’il réunissait ses ministres ce jour-là, il irait, le moment venu, directement au Ciel, sans patienter dans le Purgatoire), a été une « charte de déontologie ». Oui, les trente-quatre ministres dits « de la République » ont été obligés ce jour-là de parapher une charte. Oui, les trente-quatre ministres, ce jour-là, ont renié leur statut de citoyens et se sont abaissés, comme s’ils étaient des élèves âgés de quinze ans dans une classe de troisième, à signer un règlement disciplinaire. Oui, tous sont fonctionnaires et, en signant ce morceau de papier, ils ont refait 1941, lorsque tous les fonctionnaires ont, par leur signature, fait allégeance en public à la personne du chef de l’Etat français. Soixante et onze ans plus tard, l’histoire se répète. Si les ministricules d’Ayrault de Saint-Herblain avaient signé cette charte en leur qualité de Chevaliers de la Foi socialiste ou de membres d’une des Bannières de leur parti, cela n’aurait guère prêté à conséquence. Les chartes professionnelles, de qualité, de déontologie, etc. pullulent dans les corporations et les partis. Mais ils l’ont fait en leur qualité de ministre, et ce faisant, ils ont rabaissé et humilié les citoyens de France, du moins ceux qui savent encore ce que sont la citoyenneté et la France. Quant aux notables, journaleux, notoires, cultureux, sciencieux du social, médieux, etc. ils ont opiné par une transe courtisane échevelée à cette charte : il est vrai que, pour eux, la citoyenneté ne signifie plus rien.

 

 

 

18 mai 2012

Exemplaire, exemplarité

 

 

            Les Français veulent des exemples. Plus exactement, ils en voudraient, car il est facile de leur prêter une volonté qu’ils n’expriment pas : non pas faire des exemples, encore que cela puisse arriver un jour, plus tôt que l’on ne pense, mais disposer d’exemples à suivre.

En haut lieu, le mot d’ordre n’est plus au changement (il attendra sans doute longtemps encore), mais à l’exemplarité. A chaque ministre et à chaque conseiller de ministre, il est fait obligation d’être exemplaire. Tout cela est bel et bon, dirait le fabuliste, le point difficile étant exemplaire. Le sens le plus ancien de cet adjectif attesté à la fin du XIIIe siècle est défini par les académiciens en 1762 (DAF, quatrième édition) : « qui donne exemple, qui peut être proposé pour exemple, qui peut servir d'exemple ». Un ministre qui donne l’exemple et qui peut être proposé en exemple est l’injonction la plus ancienne de la morale. C’est le fondement de l’ordre puritain du monde. Les Pères de l’Eglise, plutôt que d’énumérer les vertus innombrables des ministres du Christ ou du culte, se contentent souvent de les résumer par l’exemplarité : à eux de donner l’exemple ou de montrer ce qu’est une existence vouée au Christ, afin que les fidèles soient incités ainsi à suivre l’exemple de vie chrétienne qui leur est prodigué. Mais l’adjectif a un autre sens que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) définit ainsi : « qui doit effrayer comme exemple », citant les emplois punition, supplice, vengeance, châtiment, opprobre… exemplaire. Tout cela fait frissonner. Le Père Fouettard se dissimule derrière la morale, fût-elle exemplaire, comme cela est noté dans le Trésor de la langue française (1971-94), où exemplaire signifie « qui peut être cité en exemple, en modèle à imiter », mais aussi « qui donne une leçon, un avertissement par sa rigueur ». Viennent alors les menaces, les sanctions, les punitions, les coups de fouet ou de knout.

Cette ambivalence sous-tend de même les significations du nom commun exemplaire. Pour Littré (op. cit.), c’est un « modèle à suivre » et c’est aussi un « archétype » et une « idée divine ». De nombreux écrivains ont employé le nom exemplaire dans ce sens. « Ce qui est dit dans la Genèse de l'approbation que Dieu donna d'abord à chacun de ses ouvrages, à mesure qu'ils sortaient de ses mains, puis à tous en général quand il les eut finis, pourrait bien avoir fourni à Platon cette sublime idée des exemplaires éternels sur lesquels le monde a été formé » (Rollin). « Par rapport au monde sensible, les idées sont l'exemplaire que Dieu a consulté lorsqu'il l'a voulu produire ; elles sont un monde intelligible » (Condillac). « L'univers, selon Platon, est un exemplaire de la divinité : le temps, l'espace, le mouvement, la matière sont des images de ses attributs » (Buffon)… Quand elle se fourvoie dans l’exemplarité, la politique est loin. Désormais, on patauge dans la morale et, évidemment, dans la vénération de ces exemplaires ou idoles que doivent être les ministres. L’insolence d’ailleurs s’est tarie. Les amuseurs publics font allégeance. Très bientôt, la critique sera assimilée à un crime de lèse-majesté.

            Exemplarité, mot savant dérivé d’exemplaire, est attesté au XVIe siècle. Il est plus récent que l’adjectif. Pendant quatre siècles, il a été assez peu employé, les académiciens ne jugeant pas nécessaire de le relever dans les huit premières éditions de leur dictionnaire de 1694 à 1935. Il est enregistré dans le Dictionnaire de la langue française (op. cit.) de Littré et « défini » de façon rudimentaire : « qualité de ce qui est exemplaire ». L’emploi qui, dans un ouvrage de droit pénal, illustre ce « sens » en dit long sur ce qu’est, dans la pensée commune, l’exemplarité – ce fondement de l’action du ministère Ayrault de Saint-Herblain : « la loi de 1832 a conservé un barbare et inutile appareil (un voile noir pour le parricide) qui prolonge et redouble l’agonie du supplicié (comprendre celui que le couteau de la guillotine partage en deux parties inégales), sans rien ajouter à l’exemplarité de la peine ». La définition qu’en donnent les académiciens dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, a de quoi donner des frissons : c’est le « caractère de ce qui peut ou doit servir de leçon ou d’avertissement ». Quand la rigueur s’abattra impitoyablement sur les nantis et privilégiés des fonctions publiques, nationale et territoriales, et assimilés, et qui ont porté au pouvoir Monsieur de Hollande (48% des votants, 32 ou 33% des citoyens âgés de plus de dix-huit ans), il ne faudra pas qu’ils s’en étonnent. Le mot d’ordre d’exemplarité est aussi une mise en garde. Les contextes dans lesquels ce mot est employé dans la langue actuelle sont ceux du droit pénal et de la sanction judiciaire : exemplarité de la peine, de la sanction, du verdict, du châtiment ; et quand il s’applique à la morale ou à la politique réduite à la seule morale (quand on ne veut ou ne peut pas faire de politique, on se rabat sur la morale – c’est un ersatz et un leurre), il ne cache rien de ses origines judiciaires. Du verdict ou du châtiment, l’exemplarité passe aux décisions, mesures, lois, votes, etc. qui valent sanctions ou punitions. A bon entendeur…, dit le fabuliste.