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23 février 2011

Dépendance

 

 

Il n’y a rien de moins étrange que le très récent succès de ce mot : que dis-je succès ? triomphe convient mieux. La France est, dit-on, indépendante (mais de quoi ?) ; les Français sont autonomes ; à peine âgés de quinze ans, ils rêvent de s’arracher à toute détermination ou contrainte ; etc. Et si le triomphe de dépendance disait exactement le contraire ? Et s’il éclairait ce que la France devient ou est devenue sans que les citoyens en aient conscience ? Et l’indépendance invoquée à tout instant et déclinée avec l’autonomie, l’autogestion, la liberté, etc. n’était qu’un leurre ou un mirage ?

Le mot, dérivé de dépendant, est attesté depuis la seconde moitié du XIVe siècle et il est enregistré dans tous les dictionnaires depuis Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680). C’est un terme de droit féodal : « chose qui relève et qui dépend d’une autre » (Richelet), définition qui est illustrée de cet exemple : « la Bresse est des premières dépendances de la Couronne », tandis que la « matrice » de ce nom, à savoir le participe présent dépendant, a pour sens, selon Richelet, « qui relève d’un autre », comme dans ces deux emplois : « fief dépendant » et « être dépendant de quelqu’un ». C’est ainsi que le mot est glosé dans les éditions successives du Dictionnaire de l’Académie française : (de 1694 à 1798) « subordination, sujétion » (les sujets sont dans la dépendance de leurs souverains), « il se dit aussi des terres qui relèvent d’une autre » (cette terre est de la dépendance de la mienne), « il veut dire aussi ce qui fait partie d’un bien, d’une terre, d’un héritage » (il lui a vendu sa terre avec toutes ses dépendances). La disparition de l’Ancien Régime fait du sens « féodal » le vestige d’un passé révolu : (DAF, sixième édition, 1835) « il se disait particulièrement, dans la jurisprudence féodale, en parlant des terres qui relevaient, qui dépendaient d’une autre terre, d’un seigneur ». Cette liberté nouvelle favorise l’emploi du mot dans un sens étendu se rapportant non plus au droit, mais à des réalités abstraites : (1835) « il se dit encore, par extension, des rapports qui lient certaines choses, certains êtres, et qui les rendent nécessaires les uns aux autres » (l’étroite dépendance qui unit toutes nos facultés ; la secrète dépendance que Dieu paraît avoir voulu établir entre tous les êtres), sens que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) glose ainsi : « sorte de rapport qui fait qu’une chose dépend d’une autre ». Pendant plusieurs siècles, la définition de dépendance est restée stable, puisque l’on retrouve dans le Trésor de la langue française (1971-94) les sens établis par les lexicographes des siècles antérieurs : « Fait d’être sous l’autorité, sous l’influence de quelqu’un », « fait d’être lié organiquement ou fonctionnellement à un ensemble ou à un élément d'un ensemble », « installation dépendant d’une terre, d’une maison », et « avec l’idée dominante de causalité, fait d’être conditionné, d’être déterminé par quelque chose ».

En réalité, c’est au cours des trois ou quatre dernières décennies que dépendance s’est enrichi de nouveaux sens, enregistrés dans la neuvième édition du DAF, en cours de publication depuis 1994, et qui apparaissent, non dans la définition « fait pour une personne ou un groupe de personnes de dépendre de quelqu’un d’autre ou de quelque chose ; sujétion », mais dans les exemples qui l’illustrent : « l’état de dépendance d’un malade, d’un invalide, son incapacité à accomplir seul les actes de la vie quotidienne » ; et surtout dans le sens pathologique suivant : « asservissement à un produit nocif, à une drogue, dont l’absorption répétée a créé un besoin impérieux » (l’abus du tabac, de l’alcool finit par créer un état de dépendance ; l’état de manque révèle la dépendance du toxicomane). Jadis, les vieillards grabataires étaient à la charge de leur famille. Il est vrai qu’ils n’étaient pas très nombreux. Aujourd’hui, leur nombre croît à grande vitesse et la charge qu’ils représentent est de plus en plus lourde pour les ayants-droit, lesquels s’en débarrassent en les confiant aux autres, nommés pour l’occasion société. La dépendance relevait de la condition humaine et de la morale naturelle ; elle devient un problème sociétal, donc politique. Quant à l’emploi pathologique de dépendance, il dévoile encore plus crûment que la gérontologie, ce qu’est devenue la France : quelque chose de malade, qui a perdu son indépendance sociale, économique et politique et dont le destin pathétique est mimé par ceux qui s’assujettissent aux drogues, persuadés que la dépendance sans fin compensera l’indépendance envolée.

 

11:01 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : société, france, politique

21 février 2011

Joyeusetés de la "révolution arabe"




Tunisie.
Un malheureux a été retrouvé au petit matin la gorge tranchée. Cela ne s'est pas passé dans le bled, loin des villes, dans un village reculé, habité par des sauvages, mais tout à côté de Tunis, dans une banlieue chic. Tunis est une capitale. L'égorgé n'est plus. Il était Polonais. Il n'était pas musulman, sinon il serait toujours vivant, mais catholique, pour son malheur; et la loi d'Allah lui a été appliquée. Au même moment, semble-t-il, et tout à côté, dans cette même capitale, des immeubles qui sont censés abriter des "maisons closes" ont été vandalisés et incendiés... Un peu plus au sud, c'est une synagogue qui est visée et des Juifs, s'il en reste, qui sont menacés. C'est la "révolution arabe", dont les médias de France chantent les louanges sur tous les tons. On était en droit attendre que les "révolutionnaires" tunisiens protestassent contre cet égorgement en chantant l'hymne des islamogauchistes de France : "tous ensemble, tous ensemble, tous..." Une protestation a bien eu lieu devant l'Ambassade de France et contre l'Ambassadeur. L'Ambassadeur est étranger comme le prêtre polonais égorgé. Etranger, on lui hurle "dégage", "casse-toi pauvre boillon". Des menaces ? Un dernier avertissement ? La valise, sinon le cercueil ? 

 

Tunisie, toujours. Avec la prétendue "révolution arabe" a commencé, hurlent en choeur les médias "français", une ère nouvelle, faite de bonheur, de prospérité, de règne du droit, de justice, d'égalité, etc. Plus de cinq mille Tunisiens en ont profité pour faire leur révolution, en votant avec leurs pieds ou, mieux, à la rame, à cent ou deux cents ou plus par barquasse de pêche - chalutiers près de partir à la réforme. Ce qui se dit, c'est que le passage a coûté mille euros. Deux cents passagers payant mille euros chacun, voilà qui fait deux cent mille euros dans la poche d'une famille de "pauvres pêcheurs" (il faut verser des larmes sur leur sort), qui se sont, à la faveur de la Révolution, reconvertis dans la traite. La "traite", voilà un grand mot : disons dans l'invasion de territoires ennemis ou dans le Grand Débarquement. Tout cet argent, c'est un bon investissement. Un Tunisien, soi-disant malheureux, exploité, pauvre, investit deux mille euros dans un passage et un voyage en Italie, parce qu'il escompte par le pillage ou le détournement de fonds se faire rembourser cet investissement au décuple ou au centuple par l'Etat français.

 

Minya, Egypte. Minya est une grande ville qui se trouve à moins de deux cents kilomètres au sud du Caire. Ce n'est pas le désert, ni la forêt vierge, mais la verte et prospère Egypte. Pendant que les médias du monde entier diffusaient en boucle les mêmes images de révolutionnaires festoyant sur la place Tahrir, onze malheureux se faisaient qui égorger, qui tirer comme des lapins, qui fracasser le crâne, par les mêmes révolutionnaires. Ces malheureux n'étaient pas musulmans, sinon ils seraient en vie, mais chrétiens, donc bons à exterminer, suivant la loi d'Allah. Parmi les égorgés, il y a un enfant de trois enfants. Bien entendu, les médias n'ont rien dit de cette tuerie, laquelle aurait pu écorner la belle révolution arabe : pas de compte-rendu, pas d'image, pas de reportage. C'est la règle de l'omerta. Surtout ne couvrez pas (au sens médiatique de ce verbe) ce sang que je ne saurais voir, aurait dit Tartuffe. Il est vrai que, dans les médias, le seul révolutionnaire, c'est Tartuffe.

 

 

 

 

10:08 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, egypte, tunisie

11 février 2011

Racines

 

 

Ce mot est employé dès le début du XIIe siècle aussi bien dans ses sens propres (« la partie par où les arbres et les autres plantes tirent leur nourriture de la terre », Dictionnaire de l’Académie française, 1694 et éditions suivantes jusqu’en 1935) que dans son sens figuré principal, attesté en 1155 : « principe, source, cause », comme dans cet exemple : « convoitise [...] est racine de péché ». Entendu dans ce sens-là, il est relevé dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française dès 1694 : « Racine se dit aussi figurément des principes, des commencements d’une chose », comme dans ces exemples : La vertu a jeté de profondes racines dans son cœur ; il faut couper la racine de ce mal avant qu’il augmente ; ce remède pallie le mal, mais il faut aller à la racine ; couper la racine à l’hérésie ». En 1694, les académiciens  précisent que, dans ce sens figuré, « il se dit plus souvent en mal », remarque qui n’est guère pertinente, puisqu’elle disparaît des éditions suivantes. Mais la définition reste inchangée, à quelques détails près : « il se dit figurément des principes, des commencements de certaines choses, ou morales ou physiques » (1762, 1798, 1835) ; « il se dit figurément du principe, du commencement de certaines choses » (1935). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) la reprend, avec quelques modifications : « Figuré, principe, origine de certaines choses », illustrant de sens de nombreux extraits de grands écrivains des XVIIe et XVIIIe siècles, lesquels se rapportent tous ou quasiment à des « choses » morales ou intellectuelles, le doute (« Comme si l’on pouvait couper la racine des doutes d’où naissent les procès », Pascal), le mensonge (« toutes ces dispositions au mensonge et au déguisement, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans le cœur de l’homme », Pascal), le bien, l’esprit, la modération, les passions, la postérité, les abus… Dans le Trésor de la langue française (1971-94), le même sens figuré « origine, principe » est relevé à l’entrée racine.

Au vu de cela, on est en droit de se demander si les hommes politiques qui sont intarissables sur les racines de la France connaissent le sens de ce mot ou ont jamais ouvert, ne serait-ce que par curiosité, un dictionnaire. En tout cas, un fait est sûr : ils ne comprennent pas ce qu’ils disent ou ce que leur font dire leurs conseillers, et surtout ceux qui rédigent leurs discours. Pour M. Chirac, il y a quelques années, l’Europe a ou aurait (avec les déclarations de ces gens, il vaut mieux employer le conditionnel) des racines islamiques ou musulmanes ; la France aussi, a-t-il renchéri dans un autre discours. Récemment, ce fut au tour de M. Sarkozy de se prononcer sur les « racines de la France » ; elles sont « juives », a-t-il déclaré. Certes, il s’adressait à des juifs et l’on comprend qu’il ait voulu se concilier les bonnes grâces des électeurs présents dans la salle, en disant que le judaïsme était à l’origine de la France, un principe de la France, au commencement de la France. C’est vrai d'Israël, mais, historiquement, pour ce qui de la France, c’est totalement faux. Ce n’est qu’un pur fantasme pour attraper des suffrages. Mais si les électeurs à qui sont assénés de si pieux mensonges ont un sens aigu de leur propre dignité, ils tiendront pour mépris à leur encontre de telles momeries. Il en va de même des racines islamiques de la France ou de l’Europe. A l’origine, il n’y a pas l’islam, ni d’islam. L’islam n’est pas au commencement de l’Europe ou de la France. Il n’est pas le principe qui les régit - heureusement pour nous. Ces assertions sur les racines islamiques ou juives de la France n’ont aucune validité, ni morale, ni intellectuelle, ni historique. C’est du mensonge cynique ou de la basse flatterie.

Cela signifie-t-il que les mensonges sont les racines de la politique, action et discours confondus ? ALJ n’est pas loin de le penser.

 

14:25 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : société, politique, france

08 février 2011

Transparence

 

 

Dans toutes les éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française (1694-1935), la définition de transparence est expédiée en une courte et même phrase « qualité de ce qui est transparent », laquelle ne fait que gloser la formation de ce mot dérivé de l’adjectif transparent (« diaphane, au travers de quoi l’on voit les objets », DAF 1694-1935), et elle est illustrée du même exemple « la transparence de l’eau, du verre ». L’adjectif transparent, dont est dérivé le nom, a, il est vrai, un sens « transparent ». Il a été composé en latin du Moyen Age de la préposition trans, qui signifie « à travers », et du participe du verbe parere, « apparaître ». Même Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1877), répète cette définition, qu’il illustre de quatre citations d’écrivains classiques. A cet emploi, il ajoute celui de demi transparence : « état de certains corps qui ne laissent passer qu’une quantité de rayons lumineux insuffisante pour permettre d’apercevoir nettement les objets à travers leur substance », et un emploi figuré : « la transparence se dit d’un teint qui semble laisser pénétrer le regard dans la peau ». 

            L’article que Jean-François Féraud y consacre, dans son Dictionnaire critique de la Langue française (1788), est plus long et plus complet que celui du Dictionnaire de l’Académie française. La transparence est non seulement la « qualité de ce qui est transparent » (exemples : la transparence de l’eau, du verre), c’est aussi un emploi figuré de l’adjectif : « les hommes étaient transparents à ses yeux » et surtout « ce qui doit inspirer plus de terreur aux Anglais, c’est de voir leur administration ainsi devenue transparente, et ses mystères ainsi dévoilés aux étrangers ». Ces deux exemples annoncent les emplois modernes du nom et de l’adjectif.

            Au XXe siècle, le nom transparence s’étend à d’innombrables réalités, comme l’atteste le  Trésor de la Langue française (1971-1994). Dans la dernière édition publiée (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, l’article transparence s’étend sur moins trois lignes ; dans le Trésor de la Langue française (1971-1994), il fait près de deux pages de grand format et quatre colonnes. D’un coup, le mot est devenu moderne. Les sens techniques relevés sont plus nombreux. C’est non seulement la « propriété qu’a un corps, un milieu, de laisser passer les rayons lumineux, de laisser voir ce qui se trouve derrière » et par analogie, le « caractère quasi immatériel, évanescent d’une forme », mais aussi la « luminosité, la clarté de l’atmosphère » et le sens technique en peinture (« couleur, motif, etc. vu(e) à travers une seconde couche transparente » et « impression de luminosité, d’immatérialité que produit l’application de couches transparentes »), en optique, au cinéma (« procédé consistant à projeter par derrière sur un écran transparent un plan qui sert de décor et à filmer une scène jouée devant cet écran »).

Pourtant, ce qui fait la modernité de transparence, ce n'est pas la technique, c'est la morale : ce sont les emplois figurés, étendus aux êtres, aux institutions, à la presse, à la politique, à la société. La transparence est l’idéal d’une société qui n’a plus ni secret, ni zone d’ombre, ni refuge, ni asile, idéal qui ne tient pas de la démocratie, quoi qu’on en dise, sinon dans les discours, mais d’une organisation totalitaire. C’est la « qualité d’une personne dont les pensées et les sentiments sont faciles à comprendre, à deviner » et surtout la « qualité d’une institution qui informe complètement sur son fonctionnement, ses pratiques », comme dans et exemple : « au niveau de l’entreprise de presse, l’esprit a été de concevoir, dès 1936, une réglementation par laquelle serait obtenue la « transparence » (connaître le véritable responsable et les véritables ressources), condition de la loyauté ». Non seulement les êtres et les institutions doivent être transparents, bien entendu aux yeux des inquisiteurs qui fourrent leur nez partout, mais aussi le style et les discours ont pour qualité la transparence : c’est la « qualité de ce qui est facilement compréhensible, intelligible ». La transparence n’est plus une propriété physique, c’est une affaire de morale. Les revenus et les impôts sont aussi touchés par la nouvelle exigence : la transparence fiscale est un « régime fiscal particulier de certaines sociétés qui ne sont pas assujetties à l’impôt sur les bénéfices, mais dont on impose les activités comme si elles étaient directement le fait des associés ».

            Pendant trois siècles, du XVIIe au XXe siècle, transparence ne se disait que de la matière, verre ou eau. Le nom est resté transparent et sans prétention, jusqu’à ce que la modernité se l’approprie pour en faire une exigence de morale privée et publique. D’un coup, il s’est opacifié. Il est devenu trouble, obscur, inquiétant, à l’opposé du sens dont il a été longtemps porteur. D’ailleurs  les exhortateurs à la transparence, eux, ne s’y trompent pas, qui refusent de s’y plier. Leur « terreur », comme l’écrit ci-dessus Féraud à propos des Anglais, « est de voir leur administration devenir transparente et ses mystères dévoilés aux étrangers ». Ils ne se laissent pas abuser par les mots d’ordre qu’ils lancent à l’encontre des élus et se gardent prudemment d’appliquer à eux-mêmes ce qu’ils exigent des autres, exigeant que leurs sources soient protégées, évoquant la déontologie, parlant de secret – de leurs secrets enfermés derrière les hautes murailles de la forteresse des rédactions, etc. En bref, la transparence ressemble à l’ample manteau de Dom Juan qui couvre tous les vices.

 

06 février 2011

Associateur

 

 

Depuis 1408, date de sa première attestation, le nom association a un sens clair et sans ambiguïté. C’est le « fait d’être associé, d’être uni à quelqu’un ». Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), le définit comme la « réunion de plusieurs personnes pour un but commun ». Il existe des associations religieuses, commerciales, littéraires ; les ouvriers forment des associations pour se secourir ou pour améliorer leur sort ; même les malfaiteurs se réunissent pour réaliser des objectifs communs. Bien entendu, le mot s’est étendu aux mots et aux idées. Le verbe associer sert de base à association, associatif, associationnisme, associé. Depuis quelques années, il est entré dans la langue française un nouveau dérivé, qui n’est pas encore relevé dans les dictionnaires : associateur. En même temps, association et associer, dont associateur dérive, se sont chargés d’un nouveau sens.

Ce nouveau sens et ce nouveau mot viennent du Coran, plus exactement des traductions françaises de ce livre. Associateurs désigne les disciples du Christ. Les chrétiens sont dits ainsi, parce que, dans la Trinité, ils associent à Dieu, qui, dans le monothéisme pur et dur, est unique, d’autres entités, qui, selon Mahomet (mais il est le seul à en décider ainsi), ne méritent pas d’être « associées » à Allah, à savoir un homme : le Christ, et un principe dont on ne sait s’il est un être humain ou s’il est un simple souffle : le Saint Esprit. Ainsi, il est dit dans le verset 73 de la sourate V : « Ce sont certes des mécréants ceux qui disent : « En vérité, Allah est le troisième de trois ». Alors qu’il n’y a de divinité qu’Une Divinité Unique ! » ; ou dans le verset 72 : « Ce sont, certes, des mécréants ceux qui disent : « En vérité, Allah, c’est le Messie, fils de Marie ». Alors que le Messie (le Christ) a dit : « O enfants d’Israël, adorez Allah (non pas Allah, mais Dieu), mon Seigneur et votre Seigneur ». Quiconque associe à Allah (d’autres divinités) Allah lui interdit le Paradis ; et son refuge sera le Feu. Et pour les injustes, pas de secoureurs!»

Le sort promis aux associateurs est la mort : ainsi, entre autres versets, dans le verset 73 de la sourate V : « Et s’ils ne cessent de le dire (associer à Allah d’autres dieux ou qu’Allah, c’est le fils de Marie), certes, un châtiment douloureux touchera les mécréants d’entre eux » ; ou dans le verset 77 de la même sourate : « Dis : « ô gens du Livre, n’exagérez pas en votre religion, s’opposant à la vérité. Ne suivez pas les passions des gens qui se sont égarés avant cela, qui ont égaré beaucoup de monde et qui se sont égarés du chemin droit ». Le verset 39 de la sourate VIII est explicite : « Et combattez-les (les mécréants) jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah ». Le début de la sourate IX est catégorique. Verset 1 : « Désaveu de la part d’Allah et de Son messager à l’égard des associateurs avec qui vous avez conclu un pacte ». Verset 3 : « Et proclamation aux gens, de la part d’Allah et de Son messager, au jour du Grand Pèlerinage, qu’Allah et Son messager, désavouent les associateurs. Si vous vous repentez, ce sera mieux pour vous. Mais si vous vous détournez, sachez que vous ne réduirez pas Allah à l'impuissance. Et annonce un châtiment douloureux à ceux qui ne croient pas ». Verset 4 : « A l’exception des associateurs avec lesquels vous avez conclu un pacte, puis ils ne vous ont manqué en rien, et n’ont soutenu personne (à lutter) contre vous : respectez pleinement le pacte conclu avec eux jusqu’au terme convenu. Allah aime les pieux ». Verset 5 : « Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre ». Verset 14 : « Combattez-les. Allah, par vos mains, les châtiera, les couvrira d’ignominie, vous donnera la victoire sur eux ».

            C’est ainsi, comme disent les bien pensants et les experts en manipulations verbales, que la langue française s’enrichit de « différences » « brassées » « ailleurs », même si c’est pour inciter au crime ou promettre à autrui les pires avanies.

29 janvier 2011

De la mondialisation à la globalisation

De la mondialisation à la globalisation

 

 

Globalisation et mondialisation, ainsi que les verbes globaliser et mondialiser dont ils dérivent sont modernes – et même hypermodernes, de la modernité dernier cri, de la nouvelle NLF, la langue française deux fois nouvelle et toute fraîche. Alors que les académiciens consacrent dans la neuvième édition de leur Dictionnaire (en cours de publication) une timide entrée à mondialiser (« étendre à l’ensemble du monde ») et à mondialisation (« le fait de se répandre dans le monde entier, de concerner toute l’humanité ; et absolument, la mondialisation, nouveau concept désignant la généralisation des relations internationales dans les domaines politique, économique et culturel »), ils ignorent globaliser et globalisation. Quant aux auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), ils citent les deux noms globalisation (« philosophie, psychologie, fait de percevoir, de concevoir quelque chose ou quelqu’un comme un tout ») et mondialisation (« action, fait de donner une dimension mondiale à quelque chose ») certes, attestés le premier en 1946, le second en 1964, mais dans les entrées consacrées aux deux verbes.

Les mots sont récents, mais les phénomènes qu’ils désignent – et surtout l’intensification des échanges entre les continents – sont anciens. Si, au cours des siècles passés, il n’y avait pas eu une ou plusieurs mondialisation(s) des échanges, nous ne boirions pas de thé, ni de café, nous ne fumerions pas de tabac, ni d’opium ou de ses dérivés, nous ne mangerions pas de chocolat, de pommes de terre, de tomates, nous ne relèverions pas nos plats de poivre ou de coriandre, etc. etc. etc., les Chinois ou les Argentins ne boiraient pas de vin français, personne d’autre que les Français ne mangerait de baguette à la française et les Polynésiens ne parleraient pas français. Ces échanges existent depuis que le monde est organisé en Etats et en villes : l’empire romain, la Méditerranée au XVIe siècle, la ligue hanséatique, etc. Un des agents méconnus de la mondialisation aux XIVe et XVe siècles a été la dynastie Ming sous l’égide de laquelle un des plus célèbres navigateurs qui soient au monde, Zheng He, a mené ses flottes de plusieurs dizaines de grands navires dans tout l’Océan indien et jusqu’à la pointe extrême de l’Afrique. Les historiens ont eu conscience de la réalité de ces phénomènes, bien avant qu’ils n’émergent dans l’opinion publique et qu’ils ne fassent l’actualité des médias. Ainsi, Fernand Braudel, l’historien de la Méditerranée au XVIe siècle, a forgé, pour en rendre compte dans les années 1960, le concept d’économie-monde et, aujourd’hui, des historiens traitent de ce qu’ils nomment « l’histoire-monde » (cf. Histoire du Monde au XVe siècle, Fayard, 2009).

Du XVIIe à la première moitié du XXe siècle, pendant quatre siècles, le monde a été façonné par l’expansion des pays d’Europe, expansion à laquelle notre pays a contribué autant, sinon plus, que le Royaume-Uni ou l’Espagne. De cette longue mondialisation, la France a conservé quelques vestiges : une ZEE ou zone d’exclusivité économique (une bande de mer large d’un peu plus de 350 Km au-delà des rivages) qui est, après celle des Etats-Unis d’Amérique, la plus vaste au monde : plus de onze millions de Km2, soit 20 fois la superficie de la métropole ; un réseau d’écoles, d’instituts et de centres culturels qui fait de la France et de son Etat la première multinationale culturelle et linguistique au monde. Cette  mondialisation a été du ressort des Etats, tel l’Etat chinois au XVe siècle ou l’Etat portugais aux XVe et XVIe siècles, ou de « compagnies » qui étaient contrôlées par les Etats européens, telles les diverses Compagnies des Indes, orientales ou occidentales, française, anglaise, néerlandaise. Le commerce des épices qui a été pendant deux ou trois siècles la pointe émergée d’une vaste mondialisation était contrôlée par les mamelouks circassiens d’Egypte qui tiraient l’essentiel de leurs ressources des taxes prélevées sur ces épices et par la République de Venise qui disposait du quasi monopole de la distribution en Europe, ce qui a incité le Portugal et la République de Gênes à chercher une autre route vers l’Inde, en contournant l’Afrique par le Sud ou en se dirigeant vers l’Ouest. La mondialisation par les Etats a eu ses inconvénients. Celle dont la France a été l’agent entre 1830 et 1962 a coûté très cher aux contribuables français qui ont financé les infrastructures (routes, ports, barrages, écoles, aéroports, etc.) rendues nécessaires par la multiplication des échanges.

Dans les années 1980, la mondialisation a changé de degré et de nature : de degré, parce que les échanges se sont intensifiés et ont été multipliés quasiment à l’infini, touchant les marchandises, même les plus fragiles, les symboles culturels et la vie de l’esprit, les personnes (jamais les flux migratoires n’ont été aussi forts dans l’histoire du monde) ; de nature, parce que la mondialisation n’est plus l’affaire des Etats et qu’elle se fait, sauf cas exceptionnels (Chine, Inde, Arabie saoudite et quelques émirats pétroliers), contre les Etats et même contre la politique. En bref, c’est à une mondialisation d’un nouveau type et d’un type inédit et même inouï que nous sommes confrontés. Elle est l’affaire de grands groupes multinationaux, dont certains sont d’origine française, de banques d’affaires, dont certaines sont d’origine française, de puissances financières. On connaît quelques noms ou quelques visages, dans lesquels elle s’incarne : Soros, Gates, Jobs, Koons… Les intérêts privés font la mondialisation, parce que, d’après ces intérêts ou ceux qui les représentent, la politique, les Etats, le Bien public n’offrent plus ou n’offriraient plus de perspective à l’humanité pour ce qui est de la production de biens et de services et pour ce qui est de son bonheur. Ces intérêts se sont substitués aux Etats, tout en les reléguant ceux-ci dans des tâches subalternes, telles la solidarité sociale. Les revendications en faveur d’une meilleure « gouvernance » (et non d’un gouvernement) « mondiale » (évidemment) ou d’une « gouvernance » « effective » sont l’expression de ces changements qui affectent le pouvoir des Etats et la souveraineté des peuples.

 

La mondialisation actuelle n’est plus à proprement parler une mondialisation, mais une globalisation, comme disent les Américains. C’est le mot qu’employait Giscard d’Estaing dans les années 1970, alors que l’on commençait à prendre conscience de ce phénomène. En français, global a pour sens « en bloc ». La globalisation, c’est la constitution d’un seul bloc, dont la formation a été rendue possible par la disparition des blocs et la fin de leur affrontement. Ce bloc uniforme, massif, uni est fait d’un seul et même marché, d’un marché unique, qui est aussi un unique marché, ce qui signifie qu’il n’existe rien d’autre en dehors du marché et que cet unique marché non seulement s’étend à tous les biens et tous les services, mais encore régit toutes les décisions politiques, sociales ou économiques. Il faut prendre conscience de l’ampleur des bouleversements, non seulement dans la marche du monde et dans l’ordre des choses, mais même dans notre rapport, à nous êtres humains, au monde et aux choses. Le marché, nous savons par expérience que c’est un lieu et un moment. Le lieu, c’est la place, du marché ou de l’église, ou la grand-rue de la ville ou du quartier où nous demeurons ; le moment, c’est le mercredi ou le samedi ou tout autre jour, de sept heures du matin à une heure de l’après-midi. Le lieu est délimité, borné, circonscrit ; il a des limites et des « frontières ». Le temps, lui aussi, est limité. C’est dans ce lieu et pendant ce temps que s’échangent biens, nourriture, services. Aujourd’hui, dans la nouvelle mondialisation, le marché est partout et il dure 24 heures sur 24. Ce marché n’a plus de lieu propre grâce à la numérisation, l’automatisation des fonctions et la connexion généralisée. Il est sur l’écran de ces ordinateurs reliés à tous les ordinateurs du monde et allumés sans arrêt. Il est vrai aussi que la dématérialisation des titres et la titrisation des valeurs, c’est-à-dire la valeur affranchie de tout ancrage dans un lieu et un moment, vont de pair avec ce marché unique et global, qu’elles renforcent et étendent à tout. Il faudrait adopter un autre mot pour désigner ce marché d’un nouveau type : par exemple hyper-market ou pan-market.

Dans cette globalisation d’un type inédit, ce n’est même pas l’économie qui prime sur le reste. En grec, le mot oikos ou eikos sur lequel est formé économie signifie « maison » : l’économie, c’est la gestion de la maison ou le ménage, comme on disait dans la vieille langue française, c’est-à-dire la gestion de la maisnie (le manoir), des terres, du domaine. L’économie suppose l’existence d’un lieu ou d’un territoire sur lequel elle peut s’exercer. Le pan-market n’a plus de territoire. Il est hors-sol et hors du temps. Dans ce cadre, le politique devient caduc, puisque ce terme, grec lui aussi, a pour sens gestion de la « cité » ; il y est substitué la gouvernance du bloc global par ces organes financiers qui en sont les créateurs. L’Etat et la nation ont besoin d’un lieu et d’un temps pour être : le pan-market les abolit ou les rend caducs. Quand le politique est maintenu, comme en France depuis plus de vingt ans, c’est comme un vestige ou un oripeau à la remorque de la gouvernance mondiale, c’est-à-dire des organes de direction de la nouvelle mondialisation, et de ces suppôts que sont l’UE et l’OMC. La globalisation a aussi sa langue, le globish, une langue en grande partie factice et artificielle, mais qui est parfaitement adaptée pour régler la communication dans le pan-market. Certes, elle n’a aucune des autres fonctions d’une langue, telles que dire l’être, s’inscrire dans l’histoire, exprimer une symbolique qui lie les hommes, permettre une vie de l’esprit, faire s’épanouir la culture, etc. Cette langue n’est même pas l’anglais, même si elle est mâtinée d’anglais ou d’anglo-américain, et elle a ses propres codes (en dire le moins possible), ses agents, le moins de règles possible et que parlent tous les « acteurs » du marché global ou du monde « bloc » unique, qu’ils soient Chinois, Indiens, Français, Suédois, Brésiliens.

On comprend que la globalisation soit plébiscitée par les puissants, les élites, les dirigeants, qui n’y trouvent que des avantages, et par les médias, qui en chantent l’éloge sur tous les tons. Elle est plébiscitée, mais sans le suffrage des peuples, lesquels sont condamnés au néant.

 

20 janvier 2011

Sécessions

 

Soudan et Côte d'Ivoire

 

 

Il n’est nul besoin d’être devin pour affirmer que, de toute évidence, Ouattara a remporté l'élection présidentielle. Il suffit de faire un peu d’arithmétique. En Côte d'Ivoire, le vote est et a été ethnique; autrement dit, les électeurs ont accordé leur suffrage à celui des candidats qui représentait leur ethnie ou leur "race". Au premier tour, trois groupes ethniques ont obtenu plus de 10% des suffrages : celui du Sud (Bétés, Krus et autres lagunaires) 37%; celui du Nord (Dioulas, Malinkés, Sénoufos, Lobis) 32 %; celui du centre (Baoulés et Agnis) 25 %. Les deux derniers groupes ethniques, Nord et Centre, étant alliés contre celui du Sud, arithmétiquement le candidat de l'alliance dioulas-malinkés-sénoufous-baoulés dépassait, en capital de voix potentielles, la majorité absolue : de fait, il a obtenu 54 ou 55 % des voix et 100 % des voix dans de nombreux bureaux de vote du Nord.

L'arithmétique a donc désigné Ouattara comme président de la République de Côte d'Ivoire, mais l'arithmétique ne fait pas la démocratie. Pour qu’il y ait démocratie, il faut qu’il y ait un « démos », c’est-à-dire un peuple. Or, en Côte d’Ivoire, il y a au moins trois peuples. Même si Ouattara accède au pouvoir, il n’administrera que son peuple…

Ouattara est un nom célèbre dans l'histoire, non pas de la Côte d'Ivoire, mais des peuples dioulas ou malinkés et de leurs alliés de Haute-Volta et du Nord de la Côte d'Ivoire. Le candidat actuel descend d'une dynastie qui a établi un empire autour de la ville de Kong située dans le nord de la Côte d'Ivoire actuelle, connu sous le nom d'Empire Kong ou d'Empire Ouattara. Cet empire religieux fanatique, qui a duré jusqu'à la fin du XIXe siècle, avait pour ressources principales, entre autres, l'esclavage et le commerce des esclaves. En effet, pendant plus de trois siècles, les Ouattaras du Nord ont razzié dans la région forestière du Sud de la Côte d'Ivoire un grand nombre d'esclaves, qu'ils ont fait travailler à leur service ou qu'ils ont vendus aux marchands arabes venus du Nord : entre musulmans, on s'est vendu de la chair de non-musulmans.

Mettez-vous à la place des hommes et des femmes du Sud, dont les ancêtres ont survécu difficilement, et dans la forêt, aux razzias organisées par l'Empire Ouattara et qui seraient obligés soudain un siècle et demi plus tard de revivre le cauchemar de leurs ancêtres, lequel, même atténué, même symbolique, reste à leurs yeux un cauchemar. Bien entendu, aucun des bien pensants qui contrôlent les médias n'a osé expliquer sereinement, sans haine, objectivement, cette situation, préférant faire passer Ouattara pour un "libéral" et Gbagbo pour un nationaliste haineux et raciste.

 

La situation de la Côte d'Ivoire n’est pas différente de celle du Sud Soudan. Pendant le dernier demi-siècle, les habitants de cette région ont dû subir les exactions, les massacres, l'esclavage des gens du Nord, arabes et musulmans. Pour faire cesser ce martyre, la communauté internationale a opté pour un référendum au terme duquel le peuple du Sud Soudan a choisi l'indépendance : pour lui, c'en est fini de la menace que les esclavagistes du Nord ont fait peser sur le Sud du Soudan et sur les pays d’Afrique noire pendant quatorze siècles. Il s'en suivra la partition de ce pays, dont les frontières ont été tracées par les puissances coloniales.

Pourquoi ce qui est bon pour le Soudan ne le serait-il pas pour la Côte d'Ivoire ? Que vaut-il mieux ? Un Etat issu de la colonisation qui rassemble des peuples que tout oppose ou que rien ne réunit et qui va ou peut sombrer dans une guerre sans fin ou dans une ruine totale ou être livré à l'anarchie ? Ou bien deux Etats aux frontières reconnues internationalement et dont les peuples vivent chacun leur destin, indépendamment l'un de l'autre ? Ce n'est sans doute pas l'idéal, mais c'est préférable à l'apocalypse qui se prépare et dont les prodromes ont déjà fait des milliers de morts.

 

19 janvier 2011

Acculturation et déculturation

 

 

 

Dans la langue anglaise en usage en Amérique du Nord, acculturation, attesté en 1880, a pour sens « adoption et assimilation d’une culture étrangère ». C'est ce mot que les consciencieux du social, ethnologues, sociologues et autres ont emprunté dans la seconde moitié du XXe siècle. Il ne figure ni dans le Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) ni dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35). Selon les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), il a deux sens qui varient suivant la « science sociale » dans laquelle il est en usage : en ethnologie, il désigne les « modifications qui se produisent dans un groupe culturel, concernant la manière d’agir, de percevoir, de juger, de travailler, de penser, de parler, par suite du (sans doute pour « à la suite du ») contact permanent avec un groupe (généralement plus large) appartenant à une autre culture » ; en sociologie, c’est le « processus par lequel un individu apprend les modes de comportements, les modèles et les normes d’un groupe de façon à être accepté dans ce groupe et à y participer sans conflit ».

Lire les consciencieux du social, toujours en très grande diagonale, bien entendu, occasionne de franches rigolades. Les rédacteurs du Traité de sociologie publié en 1968, l’année de tous les délires, écrivent, comme s’ils étaient les Bouvard et Pécuchet de la grande ère de la Bêtise, à propos de l’acculturation, ceci : c’est « l’ensemble des phénomènes qui résultent de ce que des groupes d’individus de cultures différentes entrent en contact, continu et direct, avec les changements qui surviennent dans les patrons culturels originaux de l’un ou des deux groupes... Selon cette définition, l’acculturation doit être distinguée du changement culturel, dont elle n’est qu’un des aspects, et de l'assimilation, qui n’en est qu’une des phases. Elle doit être également différenciée de la diffusion qui, bien que se produisant dans tous les cas d’acculturation, peut non seulement se produire sans qu’il y ait contact de groupes, mais encore qui ne constitue qu’un des aspects du processus de l’acculturation». Conclusion : « l’acculturation résulte donc d’une multiplicité de microprocessus, d’invention, d’imitation, d’apprentissage ou d’adaptation chez des milliers d’individus et des groupes en interaction, dont l’anthropologie ne fait que constater les effets statistiques ».

Heureusement, la définition du Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication) est moins imprégnée de jargon socialo-socialisant que celle du Trésor de la langue française : plus humble et moins arrogante donc. C’est, très prosaïquement, « l’adoption progressive par un groupe humain de la culture et des valeurs d’un autre groupe humain qui se trouve, relativement à lui, en position dominante » et « par extension, l’adaptation d’un individu à une culture étrangère ». Il a été écrit, ci-dessus, « moins imprégnée de jargon ». Hélas, il en reste, serait-ce cette « position dominante » qu’occuperait un groupe humain. De cela, on peut soupçonner que le groupe humain que forment les académiciens n’est plus, en matière de langue, dans une « position dominante », puisque ses membres empruntent à un groupe supérieur, plus puissant, plus nombreux, celui que forment les consciencieux du social, une partie de leur vocabulaire.

Les consciencieux du social ne se contentent pas de distinguer l’acculturation du changement culturel, de l’assimilation ou de la diffusion ; ils sont persuadés que l’acculturation se fait suivant des processus variés, de sorte qu’il convient de distinguer l’acculturation de l’enculturation (ne riez pas : c’est « l’apprentissage par un individu de connaissances possédées par son propre groupe »), de « l’endoculturation (transmission du savoir par les anciens ou la famille), de la transculturation (les changements se produisent sous l’effet de facteurs internes), de la contre-acculturation (sentiment de rejet, voire d’hostilité, envers la culture qui cherche à dominer), de la reculturation (mouvement de retour aux sources, de recherche et de reconstruction d’un patrimoine perdu).

 

Le nom déculturation et le verbe déculturer ne sont définis ni dans le Trésor de la langue française (1971-94), ni dans l’édition actuelle du Dictionnaire de l’Académie française. Pourtant, ils sont d’un usage courant dans les ouvrages dits de « sciences humaines et sociales ». Ce sont les ressortissants des pays du tiers monde, ou des anciennes possessions de l’Empire français qui ont été arrachés, à la suite d’une grande violence symbolique, à leur culture d’origine : du moins leurs descendants s’en plaignent-ils ; du moins les consciencieux du social accusent-ils la France d’avoir commis un génocide culturel, en apprenant la langue française aux populations qui dépendaient d’elle, en les initiant à une culture qui n’était pas la leur, en les obligeant à adopter les mœurs venues des lointaines contrées du Nord, etc. Or, de tous ces mots de consciencieux, déculturation est le seul qui pourrait désigner avec justesse des phénomènes propres à la France actuelle. C’est, comme l’exprime le préfixe , « la perte de toutes les valeurs de référence, sans assimilation en contrepartie de celles des autres ». Que l’on lise de Renaud Camus La grande déculturation (Fayard, 2008). Les Français, que les anthropologues accusent d’avoir déculturé au cours des deux ou trois derniers siècles les peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et même d’Amérique, processus auquel seuls les Luniens et les Soleilins ont échappé, sont désormais les victimes innocentes de la déculturation, pour expier sur on ne sait quel autel des péchés originels, dont le principal est de ne pas être noirs ou arabe. Le processus ne touche pas les sociétés qui sont « en contact brutal avec la culture occidentale », mais les pays occidentaux, vulnérables, submergés par des vagues de colons cupides. Désormais, ce ne sont plus les comanches, les sioux, les lapons, les tchouvaches, les nambikwaras, les bororos, les papous, les aborigènes d’Australie, les maoris, etc. qui sont déculturés, mais les Français. Le processus touche les arrière petits-enfants de ceux qui ont ou qui auraient jadis déculturé les baoulés, les bétés, les diolas, les touaregs, les berbères, les arabes, etc. Un pays vieux de plus de quinze siècles, qui a inventé une des cultures les plus fécondes de l’humanité, laquelle, à la différence de toutes les autres, s’est crue universelle, se détruit lentement sous nos yeux. Le fait le plus sinistre est que les auteurs de ce processus sont ceux-là mêmes qui le dénoncent, mais en Afrique, en Asie ou en Amérique seulement et qui, en conséquence, mettent en œuvre ici ou chez eux ce dont ils ont horreur ailleurs ou chez les autres, et cela au nom de valeurs qu’ils haïssent ou prétendent haïr : progressisme, économie, argent, cupidité, ou de valeurs qu’ils piétinent, tels le social, le respect d’autrui ou l’accueil de l’Autre. Ainsi, ils marchent sur les brisées de ceux qui, il y a un siècle et demi, parcouraient le monde pour arracher les races inférieures à leur état sauvage. Ils ne labourent plus les espaces du tiers monde sacré, mais les campagnes, les banlieues et les villes de France. L’objectif est d’arracher des millions de jeunes Français à leur culture, à toute culture, de leur en interdire définitivement l’accès, c’est-à-dire de leur faire subir les vexations qui ont détruit les bororos, les sioux ou les papous. On comprend que les consciencieux du social, ou leur porte-plume des media, ferment les yeux pour ne pas voir tout ça et surtout se cousent les lèvres de peur que le juste mot de déculturation sorte de leur bouche.

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13 janvier 2011

Elémentaire, mon cher BHL

 

 

Dans le journal Le Point, Monsieur Lévy, plus connu par ses initiales BHL, se pose la question, Comment sauver les chrétiens d'Orient ?, mais dans des termes si angoissés, presque métaphysiques, et avec tant de contorsions de vocabulaire imposées par sa soumission à la bien pensance que les seules réponses qui lui viennent à l'esprit sont s'indigner (ça, c'est bon pour l'intelloterie) ou prier (ça, c'est pour ceux qui croient dans la charité du Christ). 

Imagine-t-on dans quel discrédit a posteriori serait tombé l'intello qui par hasard se serait demandé en 1943 "Comment sauver les juifs allemands ?" (mais, pas de panique, aucun d'eux ne s'est posé la question alors) et répondre "par l'indignation" et "par la prière" ?   

Pourtant, à cette question, il existe une réponse élémentaire - c'est celle qu'ont donnée les Alliés et la France libre, puis la France combattante, à partir de 1940. D'abord nommer les bourreaux, tueurs, massacreurs par le nom qu'eux-mêmes ils se donnent. Ensuite désigner par son nom l'idéologie, fût-elle religieuse, qui les inspire et le texte où cette idéologie est consignée. Enfin rappeler qu'entre 1940 et 1944, si quelques dizaines de milliers de juifs ont échappé à la mort promise, c'est parce qu'une guerre à outrance et sans merci a été menée sans compromis, sans répit, jusqu'à la capitulation de l'Allemagne, par les Alliés.

En 1995, Monsieur Lévy appelait à la guerre sainte pour sauver quelques milliers de musulmans bosniaques. Quinze ans plus tard, le va-t-en guerre s'est mué en petit toutou docile.

 

 

07 janvier 2011

Altérophile

 

 

L'altérophile ne soulève pas des haltères; il ne gonfle pas ses muscles, il ne fait pas dans le culturisme, mais dans la culture. Chercheur dans une des innombrables universités du monde, il a choisi comme objet d'étude le même objet d'étude que tout le monde : l'Autre (écrit de préférence avec un A majuscule), l'altérité, la rencontre, la connaissance, la découverte de l'Autre, mais pas "des autres", qui sont l'Enfer comme chacun sait, ni d'autrui, qui fait morale d'école communale ou universel catégorique. Il ne se passe de mois sans que soit annoncée la tenue d'un colloque, d'un symposium, d'une journée d'études, d'un séminaire, etc. sur l'Autre. L'Autre est décliné (ou conjugué) à tous les temps, modes, voix, genres, nombres, personnes, etc. de ce mot : la rencontre de l'Autre dans l'Antiquité méditerranéenne (de dix à quinze siècles d'histoire), dans l'Empire britannique, au XVIe siècle, pendant la colonisation, dans la littérature moderne, pendant le Moyen Age, dans la Méditerranée islamique (cf. le livre de Mme Dakhlia, Lingua franca, Actes Sud, 2009 : lingua franca étant la langue de l'échange, de l'altérité, de la reconnaissance de l'Autre), etc. Historiens des idées, anthropologues, littéraires, linguistes, hispanisants, anglicistes, arabisants, spécialistes de l'Andalousie, tous s'assoient à la même table et mangent la même soupe depuis dix ou quinze ans.

Le sujet est-il si neuf ou si nouveau pour mériter autant de travaux, communications, publications, etc. et faire se réunir autant de savants ? Non, absolument pas. Le livre de M. Ricoeur sur le sujet (Soi-même comme un autre) date du début des années 1990; l'article de Benveniste sur je et tu (moi et l'autre) dans les discours, de 1970; le livre de Jaulin sur le culte rendu à l'Autre (La Mort Sara), du début des années 1960; Tristes Tropiques, où la question de la découverte de l'altérité est posée avec lucidité, du milieu des années 1950; la thèse de Carré (Jean-Marie ?) sur les Voyageurs occidentaux en Orient, du milieu des années 1930; les thèses de littérature comparée sur ce sujet ou des sujets voisins, du début du siècle dernier. Depuis la fin des années 1960, il n'est pas d'éditeur qui ne publie pas de volumineuses anthologies de récits de voyageurs (en Orient, en Amérique, en Asie) ou des collections de récits de voyageurs : même le très savant Institut Français d'Archéologie Orientale du Caire, qui forme des chercheurs en égyptologie, a publié, pendant près de vingt ans, la quasi totalité des récits écrits par des occidentaux ayant voyagé en Egypte entre le XIVe siècle et la fin du XVIIIe siècle. Sans parler des ouvrages d'anthropologie (Mead, Fraser, Malinovski, Leiris, Mauss, etc.) publiés dans presque toutes les langues du monde depuis un siècle ou plus. Il n'est donc pas de sujet mieux connu, plus rebattu, plus profondément labouré que celui de la connaissance, rencontre, découverte de l'autre (variante : étranger, sauvage, primitif, indigène, etc.), à quelque époque de l'histoire (toujours celle de l'Occident) que ce soit, dans quelque lieu du monde que ce soit.

Que signifie le ressassement, depuis vingt ans ou plus, de ce même sujet de recherche ? Que la recherche et la singularité critique ne font pas bon ménage ? Certes. Les habiles s'en doutent quelque peu. Que la recherche dans les sciences humaines et sociales se caractérise surtout par des formes moutonnières et qu'elle n'emprunte (quasiment) jamais les chemins de traverse ? Certes aussi. Que, comme l'écrit Muray, les chercheurs tiennent plus des mutins de Panurge que des découvreurs de continents ? Certes. Que, comme l'écrit Montaigne, nous ne faisons que nous entregloser ? Certes aussi. Or, cet unisson des chercheurs, que l'on entend depuis une ou deux décennies, n'est pas nouveau. Il a été l'hymne officiel d'autres climats, dans les pays de l'Est, en Chine et dans l'ancienne URSS, pendant un demi-siècle, quand le Parti (toujours le même) ou son Comité central décidait d'un thème de propagande ou d'agit prop et obligeait tous les fonctionnaires du Parti et de l'Etat, tous les universitaires, tous les chercheurs, etc. à dévider jusqu'à plus soif (souvent contre leur gré) le même fil, pendant dix ou quinze ans, sans s'écarter d'un iota de la ligne ni franchir les bornes imposées. Le problème est que les chercheurs d'Occident ne sont pas placés sous le coupe d'un Parti unique qui impose, menace, censure, décrète, assène, etc. Ils ne sont pas aux ordres, et pourtant ils entonnent le même hymne ou ils jouent le même air usé de serinette, comme s'ils avaient fait leurs, de leur plein gré, en toute connaissance de cause, les mots d'ordre, slogans, objectifs de la propagande ou de l'idéologie dominante, celle des médias, des associations culturelles sans autre but que lucratif, des maîtres à penser... Dans les pays de l'Est, la servitude jadis était la loi d'airain dont on ne se libérait que dans les fors intérieurs; dans les universités d'Occident, devenue volontaire, elle est sur le forum.

 

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03 janvier 2011

De vérités qui ne sont pas bonnes à dire, même après les assassinats de chrétiens partout où sont établis des musulmans

 

 

 

 

Nos bribes de savoir sur l’islam sont assénées par des orientalistes complaisants (Berque), par les gauchistes Kepel et Etienne, qui voient avec plaisir l’islam radical continuer l’entreprise criminelle de Pol Pot, Lénine, Mao, Trotski, Staline, Castro, à laquelle ils ont adhéré, par les turcologues Lewis et Veinstein, experts en négation du double génocide dont les Arméniens ont été les victimes en 1894-96 et 1915-1916, par le mage Roy qui prédit le vendredi au moment de la grande prière l’échec de l’islam politique, ou par des musulmans modérés, Arkoun, Ben Cheikh, Meddeb, etc. L’objectif de ces savants n’est pas d’éclairer, mais de nous laisser mariner dans le jus noir de l’ignorance. Comme de bons compagnons de route, intellos communistes ou partisans du national socialisme, ces savants engagés, dans les livres que publient des éditeurs réputés (Gallimard, Seuil, Minuit), colmatent l’épaisse chape de béton que fissurent parfois des historiens et penseurs, Bat Ye’or (Les Chrétiens d’Orient entre Jihad et Dhimmitude : VIIe - XXe s., Editions du Cerf, 1991 ; Juifs et chrétiens sous l’islam : les dhimmis face au défi intégriste, Berg International, 1994 ; « Comment j’ai découvert la dhimmitude », Les Cahiers de l’Orient, 4e trimestre 1997, n° 48 ; « Juifs et chrétiens sous l’islam », Commentaire, n° 97, printemps 2002), Taslima Nasreen, JP Valognes (Vie et mort des chrétiens d’Orient, 1994, Fayard), les animateurs des sites internet coptes, maronites, assyriens. La connaissance ne peut plus se réduire à un aveuglement volontaire.

 

1. Méthode

Soyons mécréants, comme tout intellectuel digne de ce nom. Quand on a voulu comprendre le socialisme national, on a commencé par les idées. En vain, jusqu’à ce qu’on regardât les corps. Ce n’est ni le nationalisme, ni le socialisme, ni le mélange, qui disent ce qu’est ce nazisme, ce sont les corps décharnés, hâves, suppliciés, ce sont les cadavres entassés, c’est la chair blessée, brûlée, torturée, souffrante, réduite en cendres. Ce n’est pas ce que disent les hommes qui importe, mais ce qu’ils font. Le communisme n’est pas dans les textes sacrés de Marx, Lénine, Engels, Mao, Trotski, Pol Pot, etc. mais dans les corps décharnés, affamés, suppliciés, relégués derrière des fils de fer barbelés, dans les entassements de cadavres et les chairs congelées de Sibérie. La vérité surgit des prisons, des salles de torture, des goulags et des laogaïs, des camps de la mort, pas de Mein Kampf, ni dans Le Manifeste du Parti Communiste.

Il en va ainsi de l’islam. Ce sont les gorges tranchées de Tibhirine, les corps génocidés de Timor ou du Sud Soudan, les enfants de cette région vendus et réduits à l’esclavage, les débris de chair humaine ramassés à la petite cuillère dans les débris du DC 10 d’UTA ou des wagons du RER, ou des tours de New York ou de Bali ou de Londres ou de Madrid, etc. qui définissent l’islam. Le réel, ce sont les corps suppliciés. Les pays musulmans sont des pays purs, comme le Pakistan, au sens où tous les habitants sont fidèles à l’islam, mais aussi parce que ces pays, sauf, paradoxe, l’Arabie saoudite et les émirats du Golfe persique, ont été purifiés : les impurs, les infidèles, les étrangers ou prétendus tels ont été éliminés ou chassés de ces pays. En 1940, vivaient dans les pays musulmans des juifs, un million environ. Aujourd’hui, ils sont quelques milliers à y survivre. En mai 1948, plusieurs centaines de juifs vivant dans le ghetto du Caire ont été tués lors de pogroms. En janvier 1952, lors de l’incendie du Caire, les immeubles et les magasins qui appartenaient à des familles juives ont été incendiés. Dans les pays musulmans, vivaient des infidèles, qu’ils soient autochtones ou d’origine étrangère ou ressortissants de puissances européennes ou travailleurs immigrés italiens, maltais, grecs. S’il y en a encore, ils se terrent, ils évitent de se faire voir ou de s’exprimer. Les crimes rythment l’islam depuis des siècles. 1860 : massacre des grecs catholiques de Damas à la suite d’un djihad lancé par des autorités musulmanes. 1861 : massacre de chrétiens au Liban sauvés par les armées de Napoléon III. 1894-96, au moment de l’affaire Dreyfus : massacre d’Arméniens dans l’empire ottoman. 1915-16 : génocide des Arméniens de toute la Turquie, conversion forcée des enfants, femmes et fillettes engrossées comme butin de guerre pour fabriquer de vrais musulmans. 1923 : expulsion de tous les Grecs de Turquie (1 million d’expulsés). 1948 : pogroms du Caire. 1952 : incendie des biens juifs du Caire. 1952-1961 : purification de l’Egypte, départ de tous les « étrangers ». 1956 : départ des « étrangers » et des juifs de Tunisie. 1954-1962 : départ des étrangers d’Algérie : la guerre a été un djihad (un moudjahid est un « combattant du djihad »). Années 1960-90 : exode massif des chrétiens du Proche Orient (Liban, Turquie, Syrie, Irak). Fin des années 60 : départ organisé des juifs du Maroc. 1970-80 : la population des étrangers (Italiens, Français, Grecs, Maltais, Espagnols) vivant au Maroc a été divisée par 4 : elle est passée de 400000 à moins de 100000 à la suite de la marocanisation des emplois, des biens et des entreprises. 1978 à aujourd’hui : coptes massacrés dans leur propre pays. 1980-2010 : génocide des chrétiens et des animistes du Soudan (1 million de morts) ; réduction des prisonniers à l’esclavage. 1976-96 : le quart de la population de Timor éliminé par les musulmans. Années 1980-90 à aujourd’hui : massacres de chrétiens en Indonésie, dans le sud des Philippines, au Nigéria. Années 1990 : meurtres d’étrangers, touristes ou résidents, en Algérie, en Egypte, etc.  1990 et années suivantes : pogroms des Chinois, christianisés pour la plupart d’entre eux, d’Indonésie. Etc. etc. etc. Une fois les faits établis, on peut les rapporter à Mein Kampf, au Manifeste, au Coran, pour isoler ce qui, dans ces textes fondateurs, incite les croyants à tuer ceux qui ne partagent pas leur foi. Mein Kampf affirme la supériorité fantasmée d’un peuple. Le Coran est explicite. Il affirme la supériorité de la race élue des vrais croyants, lesquels, au nom de cette supériorité, sont incités à tuer, à égorger, à assassiner, à brutaliser les infidèles, à piller leurs biens, à leur faire payer la jiziya. Les musulmans déclarent : « il y a, dans ce Livre, 123 versets qui appellent à tuer et à faire la guerre », le plus célèbre étant « Tuez les associateurs partout où vous les trouverez ».

 

2. La civilisation islamique

Les musulmans et leurs affidés nous rebattent les oreilles des beautés de l’architecture islamique, des apports sociaux et intellectuels de l’islam à l’occident ou de la grandeur de la civilisation dont l’islam a été ou aurait été le moteur, etc. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a publié au Caire en 2002 un rapport « sur le développement humain dans le monde arabe » qu’ont rédigé des experts arabes. Dans les pays arabes (280 millions d’habitants répartis dans 22 pays), plus 50% des femmes sont analphabètes. La proportion est moindre chez les hommes, mais elle est supérieure à ce que l’on observe dans les autres pays du monde. La production de biens et de services y est quasiment nulle. 330 livres seulement y ont été traduits en un an, soit trois fois que la seule Grèce. « En mille ans, les arabes ont traduit moins de livres que les Espagnols en une seule année ». Et ces analphabètes fiers de leur ignorance volontaire auraient créé une civilisation ! Soyons sérieux. Les habitants de la péninsule arabique d’où l’islam s’est propagé par la violence étaient des nomades analphabètes regroupés en tribus vivant de razzia. La génération spontanée (dont Pasteur nous a guéris) a expliqué pendant des siècles l’apparition de la vie. En matière de civilisation, c’est-à-dire de textes ou de lois à portée universelle, de morales, d’institutions que les hommes ont établies, de monuments qu’ils ont bâtis et autres faits tangibles de civilisation, les affidés de l’islam veulent tout expliquer par la génération spontanée. Personne n’a jamais appris les mathématiques, l’algèbre, les principes de l’architecture monumentale, la philosophie, la médecine d’un coup de baguette magique. Il faut du temps pour créer cela. Les analphabètes vivant de razzias ne civilisent pas d’un coup des peuples entiers. C’est cette farce que l’on nous sert dans le fast food hallal de la civilisation islamique.

Au Proche Orient, en Irak (l’ancienne Mésopotamie), en Syrie, en Palestine (dans le Croissant fertile de nos vieux livres d’histoire), en Egypte, a existé une civilisation brillante, mais elle ne fut pas islamique. Même inspirés par Allah, les arabes du désert n’auraient rien créé, s’ils ne s’étaient pas emparés par la force d’immenses territoires dans lesquels s’est épanouie la très brillante civilisation des Byzantins, des premiers chrétiens, des Assyriens (qui ne sont pas arabes et n’étaient pas musulmans), des anciens Egyptiens. Les arabes ont plaqué l’adjectif islamique sur ce qu’ils ont accaparé et en partie pillé et que d’autres avaient créé, ou d’employer à leur service les architectes, les savants, les philosophes, les médecins de Byzance, de Damas, d’Alexandrie, de Babylone, de Thèbes. L’algèbre, le calcul, les mathématiques, l’astronomie sont la création des Assyriens, les chiffres dits arabes, dont le zéro, des Hindous, la géométrie et l’architecture des Egyptiens et des Grecs, la science des Grecs et des Byzantins. D’ailleurs, cinq ou six siècles de pillage, de table rase, de destructions opérés par l’islam ont détruit ces civilisations et rendu le Proche Orient dévasté et miséreux semblable à la péninsule arabique des VIIe-VIIIe siècles, d’où les arabes islamisés sont partis à la conquête du monde. Si les armées nationales socialistes n’avaient pas été défaites en 1945 et qu’elles eussent maintenu leur féroce domination sur l’Europe, nos lointains descendants auraient évoqué en l’an 3000 la brillante civilisation nazie, dans laquelle ils auraient englobé le Château de Versailles, la Tour Eiffel, Racine, Hugo, le cinéma, Diderot, l’esprit des Lumières, Pasteur, l’automobile et la découverte de la radioactivité.

Islamique est impropre pour qualifier les apports du Proche Orient à l’histoire de l’humanité.

 

3. La posture de victimes.

Les musulmans et leurs affidés ressassent que l’islam a été la victime de l’Europe du XIe au XIIIe s (Croisades) et aux XIXe et XXe s. (colonisation). Il n’est pas question de nier la nature perverse de toute colonisation, mais de rappeler que la colonisation des pays musulmans par l’Europe a duré moins longtemps que la colonisation de l’Europe par l’islam et que, de toute évidence, elle a été moins destructrice et moins cruelle. La France a colonisé (à tort) l’Algérie pendant 132 ans ; elle a protégé la Tunisie (à tort) pendant 70 ans et le Maroc pendant moins de 50 ans ; elle a assumé le mandat de la SDN pendant 20 ans en Syrie et au Liban. Que sont ces décennies rapportées aux huit siècles pendant lesquels l’islam a imposé son joug sur l’Espagne, aux trois siècles de colonisation islamique de la Sicile, aux quatre siècles de tyrannie ottomane et islamique qui ont failli rayer de la surface de la terre les Grecs, Albanais, Serbes, Roumains, Bulgares et autres Slaves du Sud. La puissance qui a abusé de la colonisation est l’islam. En ce domaine, l’Europe a été un apprenti.  

Il reste la question des croisades. Les marxistes ont fait des croisades l’expression de la cupidité impérialiste des Occidentaux. Bien entendu, il n’en est rien. Aux Xe et XIe siècles, le Proche Orient est tombé sous la coupe des colons seldjoukides, des turcs venus des lointains hauts plateaux d’Asie centrale, pour piller, au bénéfice de l’islam, des régions encore prospères que les arabes conquérants n’étaient plus capables de gérer et pour soumettre des populations encore chrétiennes à un joug plus tyrannique encore. Les croisés ont secouru ces peuples menacés et ont tenté en vain de les libérer d’une occupation étrangère. Ils ont échoué là où les Américains ont réussi, en 1917 et en 1943-45, pour nous rendre nos libertés.

Seuls les mensonges expliquent la faveur dont jouit en Occident le parallèle entre le djihad et la croisade. Les deux phénomènes n’ont rien en commun. Le djihad est consubstantiel de l’islam. Il apparaît dès 622. Sans djihad ou guerre à outrance, l’islam serait resté confiné dans la péninsule arabique. La vision du monde, partagé en eux zones, dar el islam et dar el harb, est commune aux militants musulmans, où qu’ils vivent. La popularité dont jouissent Ben Laden et ses tueurs en est l’expression. A l’opposé, la croisade n’apparaît dans aucun texte fondateur du christianisme ou du judaïsme. Ce phénomène historique a été il y a dix siècles une défense contre le djihad.

 

4. L’humiliation

            Les musulmans et leurs affidés justifient ces crimes et ces violences par l’humiliation. Ils se sentent humiliés dans leur être et dans leur fierté de musulmans par la prospérité (fragile) de l’Occident et par tout ce que les Occidentaux ont créé, conçu, inventé, fabriqué depuis des siècles. Nous serions responsables des arriérations dont ils s’exonèrent. Il est vrai que quand, en un millénaire, on traduit moins de livres que l’Espagne en un an, il y a des raisons objectives pour se sentir honteux. Si tant est que les musulmans ressentent ce sentiment, l’humiliation est volontaire. Outre la haine des femmes, des étrangers, des infidèles, etc. cette religion méprise l’homme, qui n’est rien, et adore Allah à qui il se soumet (islam signifie « soumission ») qui est tout. Qu’il y ait humiliation est possible, mais elle est d’islam. De plus, l’humiliation est une force psychique inépuisable et terrible. A des hommes que l’on humilie du berceau au tombeau et dont l’humiliation devient ainsi la nature, on peut faire commettre des meurtres en série et accomplir des prodiges de cruauté, ne serait-ce que pour leur donner l’impression d’être quelqu’un. L’humilié se venge d’abord sur sa femme et ses filles, puis s’il est armé, sur ceux qui n’ont pas d’armes et refusent la guerre qui leur est faite : c’est ainsi qu’au Proche Orient, des peuples qui avaient atteint un haut degré de civilisation ont sombré dans le néant.

 

5. La guerre

L’islam serait une religion de paix. Les musulmans et leurs affidés arguent qu’en arabe, le nom salam qui signifie « paix » est dérivé d’islam (id est « soumission » à Allah). Ils sont formés sur la même racine SLM. En fait, pour l’islam, il n’y a de paix qu’entre les musulmans si bien que, hors des pays d’islam, les musulmans doivent faire la guerre aux non musulmans et à ceux qui refusent de se soumettre à Allah. C’est la thèse de l’obligation absente (le sixième pilier de l’islam) que soutiennent des théologiens admirés, dont l’Egyptien Qotb, mort il y a deux ou trois décennies. En effet, depuis le VIIIe s., le monde est divisé en deux zones, dar el islam (« maison de l’islam ») et dar el harb (ou « maison de la guerre »). Les « gens du Livre », juifs ou chrétiens, se répartissent en dhimmis, quand ils vivent dans le dar el islam et acceptent la domination de l’islam, et en harbis quand ils vivent dans la zone de guerre. Entre le dar el islam et le dar el harb, une troisième zone est distinguée : celle des pays de la trêve ou guerre interrompue, sachant que la trêve est provisoire et qu’elle ne peut pas durer plus de dix ans. Le monde, selon les théologiens de l’islam, est façonné par le djihad : cet « effort » que doivent d’imposer les musulmans pour islamiser le monde, faire entrer tous les pays dans le dar el islam et soumettre l’humanité à la loi d’Allah.

En arabe, harbi dérive du nom harb (« guerre »). Il est employé comme nom pour désigner des hommes à qui la guerre est faite et qui sont définis par la guerre qu’on leur fait. Il n’existe pas en français d’équivalent de harbi. Le concept est étranger à notre pensée. Pour nous, il n’est pas concevable que des hommes soient réduits à l’être de harbi. Seule l’injonction « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », que Simon de Montfort aurait adressée à ses soudards lors de la guerre contre les Albigeois, peut illustrer le statut de harbis. Le mot ennemi traduit mal harbi. On peut avoir des ennemis sans leur faire la guerre et ces ennemis, après une guerre, peuvent devenir des alliés. Harbi n’est pas une qualité provisoire ou éphémère, mais un être, une nature qui ne cesse qu’avec l’extermination de ceux à qui la qualité est assignée. Le harbi est à ceux qui leur font la guerre ce que les juifs étaient aux nationaux socialistes de 1933 à 1945, et dans les pays que les armées nationales socialistes ont occupés de 1939 à 1945. Seule l’expression à exterminer donne une idée satisfaisante de ce qu’est un harbi. Pour l’islam, les peuples qui ne sont pas musulmans sont à exterminer. La férocité des attentats aveugles n’a pas d’autre justification.   

 

6. La tolérance.

L’islam est tolérant, disent encore les musulmans et leurs affidés. Bien entendu, tout dément cette affirmation. En arabe, dhimmi équivaut à toléré. Un dhimmi est un juif ou un chrétien, dont l’islam est censé tolérer la présence dans les territoires conquis. « Les lois édictées par la charia concernant les dhimmis sont nombreuses, écrit Bat Ye’or ». Ils sont soumis à des impôts particuliers. Il leur est interdit de construire, agrandir ou restaurer leurs lieux de culte (églises ou synagogues) ; leur culte n’est pas interdit, mais il doit rester discret (les cloches ne sonnent pas) ; leur témoignage contre un musulman n’est pas recevable ; ils sont condamnés à mort s’ils épousent une musulmane ou s’ils font du prosélytisme ; ils ne peuvent pas accéder à des postes honorifiques ; il leur est fait obligation de pourvoir au djihad pour conquérir de nouveaux territoires. Leur terre est dite fey ; c’est un butin de guerre. C’est l’islam victorieux qui décide des « droits » qu’il abandonne aux dhimmis : la négociation est impossible. Le dhimmi est un ancien harbi qui a accepté la victoire de l’islam. Dès lors, il est protégé des lois du djihad qui autorisent l’esclavage, les massacres, les pillages, le partage du butin. De la protection, les affidés ont inféré la tolérance de l’islam. Si le dhimmi se rebiffe et se rebelle, il redevient harbi et les lois du djihad lui sont appliquées.

La dhimmitude - la soumission à l’ordre le plus injuste qui ait jamais existé dans le monde - se répand partout en Occident, chez les lettrés, dans les milieux dirigeants, chez ceux qui conseillent les princes du monde, dans les rappels de la tolérance islamique, dans la tentation des chrétiens de rompre avec le judaïsme, dans leur ralliement aux thèses du  Hamas, du Djihad, du Fattah qui n’expriment rien d’autre que les thèses islamiques millénaires, et dans leur aveuglement à faire du rabbin Ieschoua de Nazareth, non un juif hétérodoxe, mais un Palestinien ou « Philistin » (les deux mots sont identiques) ou le premier des militants palestiniens. Déjà, au IIe siècle de notre ère, un évêque du Proche Orient dénommé Marcion avait incité les chrétiens à rejeter l’Ancien Testament, à rompre la continuité entre le judaïsme et le christianisme, à enlever le trait d’union entre juif et chrétien. Sa doctrine, dite « marcionisme », a connu une grande faveur parmi les chrétiens d’Allemagne aux XIXe et XXe siècles, préparant de fait les esprits à accepter que cette rupture théologique se transforme peu à peu en une négation ethnique.

 

7. L’échange inégal

L’islam, disent les musulmans et leurs affidés, pâtit de l’échange inégal avec l’Occident. Examinons cette fable. L’islam dispose de ressources naturelles, dont l’Occident est dépourvu, en particulier le pétrole et le gaz naturel. Le coût d’exploitation du pétrole est d’environ 3 $ US le baril, de 5 $ au maximum, si l’on prend en compte les amortissements, les investissements nécessaires, les taxes, etc. Or, il est vendu de 80 à 100 $ US, à un prix qui est le vingtuple du coût réel. L’Occident ne vend pas le blé, les voitures, la viande de mouton, etc. aux musulmans à un prix dix fois supérieur au prix de revient, même augmenté d’un bénéfice de 30% pour rémunérer les actionnaires.    

L’Occident commerce avec l’islam, accueille des dizaines de millions de musulmans, leur offre asile, travail, avantages sociaux, études et libertés. En retour, l’islam n’offre rien. Les musulmans acceptent sur leur sol mille fois moins d’étrangers ou d’infidèles que les Occidentaux n’accueillent de musulmans. Ceux qui résident en terre d’islam n’ont accès à aucun des avantages (loyers HLM, soins gratuits, etc.) prodigués aux musulmans. De ce point de vue, l’Occident est victime d’un échange inégal – mais personne ne s’interroge pas sur cette inégalité ni sur ce qu’elle signifie. Cette politique réelle, tangible, vérifiable est à l’opposé de l’hostilité que l’islam et les musulmans manifestent à l’endroit des chrétiens, des Européens et des harbis.

 

            Les mensonges dont la fonction est de nous tromper sur la nature de l’islam, les inégalités de traitement dont les musulmans jouissent dans tous les domaines (culture, idées, commerce, histoire, production et échanges) et à tous les niveaux, du plus bas au plus élevé, sont les signes tangibles de l’état d’ignorance aveugle dans lequel on nous relègue et des périls qui menacent l’Europe, sa civilisation, ses libertés.

 

 

01 janvier 2011

Voeux

 

 

ALJ souhaite à ses lecteurs tout ce qu'il est de règle de souhaiter un premier janvier : réussite, bonheur, santé, plaisir, etc. 

 

En 2007, ce "blog" a eu 47850 lecteurs et 101986 pages ont été lues;

En 2008, ces chiffres ont été respectivement de 63788 et de 126418, 

En 2009, de 91444 et de 235194;

En 2010, de 105081 et de 288658.

 

Au cours des trois derniers mois de 2010, les visites ont été supérieures à 10000 : soit 10788, 12878 et 12147; et les pages lues supérieures à 30000, 37116 en décembre.

11:58 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, société, france

27 décembre 2010

La célébration de la mort

 

 

Récemment, le dénommé Negri, prénommé Toni comme un vulgaire mafieux, ancien maître à "penser" des Brigades rouges italiennes et "réfugié" en France, a lancé un appel aux Barbares, qu'il a exhortés à détruire la civilisation dont la France est le coeur.

Au début de l'année 2002, était organisée, à Beaubourg, sous l'égide du Ministre de la Culture du gouvernement Jospin, une exposition à la gloire de la revue La Révolution surréaliste. ALJ a lu les douze numéros de cette revue, ainsi que ceux de la revue qui l'a continuée : Le Suréalisme au service de la Révolution. 

 

 

L’état de la culture, l’idée que l’on s’en fait, le rôle que l’on entend y faire jouer dans l’Etat, la France elle-même, puisque, d’une certaine façon, la France est une culture, se jugent moins à ce qui y est créé qu’à ce qui y est commémoré. Création et commémoration ne se situent pas sur le même plan. La création relève de la seule responsabilité des individus, pas de l’Etat ni des institutions de la France. Commémorer est de la responsabilité des institutions publiques. Les commémorations, hommages, éloges, expositions nationales, etc. sont décidés par des élus et mis en oeuvre par des fonctionnaires. Chaque année, on pourrait rendre hommage à des dizaines de milliers d’écrivains, de peintres, de penseurs, tant le patrimoine de la France est riche, foisonnant et encore vivant (du moins, nous l’espérons). Il en va des commémorations comme des béatifications ou des canonisations. Des choix sont faits, qui enfoncent des milliers d’écrivains dans un quasi oubli définitif. Seuls quelques bienheureux échappent à la mort. De ce fait, il n’y a pas de commémoration neutre, innocente, blanche : tout choix suppose une prise de position, engage une responsabilité, révèle une vision du monde, implique une certaine idée de la France.

L’idée que nos élites se font de la France est effrayante, surtout si l’on se fonde sur ce qu’elles décident de commémorer. Ainsi, le Centre Pompidou organise une exposition à la gloire de la « Révolution surréaliste ». Les media applaudissent frénétiquement. Télérama y consacre un numéro spécial, tout ça sans examen ni retenue, sur le seul mode du dithyrambe aveugle.

Puisque l’esprit d’examen a déserté les media et que l’esprit critique est devenu le zombie des séances spirites, lisons ce qui est écrit dans La Révolution surréaliste, revue littéraire, dont 12 numéros ont été publiés de 1924 (le n° 1 en décembre 1924) à 1929 (le n° 12 en décembre 1929) et qui s’est transformée dans les années 1930 en Le Surréalisme au service de la révolution (comprendre « au service de la révolution  communiste »). Les n° 1 et 2 ont pour directeurs Pierre Naville et Benjamin Péret. A partir du n° 3, c’est André Breton qui dirige la revue. Elle contient des récits anodins de rêves (dont on se demande en quoi ils sont « révolutionnaires »), des « textes surréalistes » absurdes, sans queue ni tête, des photos floues et mal cadrées, des dessins qui tiennent plus du gribouillis que du dessin, des apologies de la voyance et de toute superstition, dont les « succubes », des faits divers racontant des suicides ou des tentatives de suicide, des « poèmes » dont beaucoup font pouffer de rire les poètes, des « chroniques », dont certaines sont de simples appels au meurtre, des aphorismes dérisoires, du type « l’espace ne conspire plus » ou « la pourpre est à l’aube de l’homme ». Si la Révolution surréaliste n’avait publié que ces textes sans pensée ni style, dignes de rosières, de chaisières ou de grenouilles de bénitier, elle n’aurait pas plus d’importance que le bulletin aléatoire d’un diocèse de France dans les années 1860.

Pourquoi donc des « élus du peuple français » et des fonctionnaires au service de l’Etat ont-ils décidé de rendre hommage à cette revue ? Outre ces textes benêts, la Révolution surréaliste contient des écrits que Naville, Péret, Breton, etc. tenaient pour des « brûlots », parce que les auteurs appellent au meurtre massif de populations innocentes, qu’ils diffusent dans chaque ligne la haine de soi et la détestation universelle du genre humain, qu’ils souhaitent ouvertement la disparition de la France et de « l’Occident », qu’ils incitent à la guerre civile et à la terreur, qu’ils préfèrent la barbarie à la civilisation. Aujourd’hui non seulement les cendres de ces brûlots sont froides, mais encore réfrigérantes, glaciales, glaçantes. Seuls des gauchistes convaincus de l’inutilité de la France peuvent songer à rendre hommage à ce qui a été écrit entre 1924 et 1929 et dont, si nous étions des Allemands convaincus de la supériorité de la démocratie sur la tyrannie, nous aurions éternellement honte.

La couverture du n° 2 illustre cela. On voit, planté dans un champ, un épouvantail fait de deux bâtons croisés, un manteau en loques enfilé sur la croix, un vieux chapeau fiché au sommet. Le titre en est « Art français début du XXe siècle ». La couverture du n° 6 a pour titre « La France ». Sur un fond noir, elle représente des draps blancs sous lesquels se cachent ou évoluent des fantômes. C’est une façon de dire que notre pays n’a plus d’existence. Une enquête intitulée « le suicide est-il une solution ? » diffuse une « morale » de désespérés. On se réjouit du suicide des humbles, des anonymes, mais on se garde, bien entendu, de passer à l’acte. Le suicide n’est bon que pour les autres. Dans les prises de position du type « Ouvrez les prisons Licenciez l’armée », on justifie les meurtres : « ne redoutons pas d’avouer que nous attendons, que nous appelons la catastrophe » ; « il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté. Nous ne serons pas les complices des geôliers » ; « la liberté maintenant se nomme la Révolution perpétuelle » ;  « Il n’y a pas de crimes de droit commun ». Une « Lettre aux médecins chefs des asiles de fous » occulte les souffrances effrayantes de la folie pour ne célébrer que le « caractère parfaitement génial des manifestations de certains fous » et transformer « les fous » en « victimes individuelles de la dictature sociale ». Une « Lettre aux recteurs des universités européennes » en appelle à la mort des savoirs.  « Vous êtes la plaie d’un monde, messieurs, et c’est tant mieux pour ce monde, mais qu’il se pense un peu moins à la tête de l’humanité ». En regard d’une « adresse » injurieuse « au Pape » est disposée une « adresse » élogieuse « au Dalaï-lama ».

De certains textes émanent des remugles nauséabonds. Dans « Un pamphlet contre Jérusalem », Desnos écrit : « Parmi les races d’Orient, la race juive semble avoir reçu mission spéciale. Déléguée chez les ennemis, ne sont-ils pas, consciemment ou non, les serviteurs de l’esprit primitif. Race étrange. C’est un de ses individus que la chrétienté adore, crucifiés par ses compatriotes »... Ou encore : « Il faut que les Israélites restent en exil tant que la cause occidentale ne sera pas perdue, tant que ne sera pas écrasé cet esprit latin, grec, anglo-saxon, allemand, qui est la plus terrible menace contre l’esprit ». Dans un autre texte faisant l’apologie de « la révolution, c’est-à-dire la terreur », le même Desnos rêve de procéder ou de faire procéder à « l’épuration méthodique de la population » par l’élimination de catégories sociales entières (ce qu’ont réalisé tous les tyrans du sinistre XXe siècle, cette « justice » que Lénine nommait « extermination sociale »), après avoir réduit « le matériel des musées et des bibliothèques, mesure accessoire où le plus radical sera le mieux ». On élimine le plus d’hommes possible et, pour qu’il ne reste plus de traces d’eux, on détruit la mémoire de leur pays. Le génocide réalisé en 1975 par Pol Pot est programmé dès 1925. Aragon est sans doute celui qui exprime le plus clairement les objectifs de La Révolution surréaliste quand, s’adressant aux Français, il s’écrie : « Riez bien. Nous sommes ceux-là qui donneront toujours la main à l’ennemi » et qu’il souhaite « affamer le peuple » pour qu’il se révolte ou encore ceci, qui est devenu notre réalité : « Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique croule de ses buildings blancs... ». Une pétition « La révolution d’abord et toujours ! » résume la logique de guerre civile qui sous-tend l’entreprise : « Nous sommes certainement des Barbares puisqu’une certaine forme de civilisation nous écoeure » ; « Nous sommes la révolte de l’esprit ; nous considérons la Révolution sanglante comme la vengeance inéluctable de l’esprit humilié par vos oeuvres ».

Aujourd’hui, alors qu’ont été dénombrés plus de cent millions d’innocents sacrifiés sur l’autel des « révolutions », qu’elles soient socialistes nationales, communistes, islamiques, etc., commémorer ces appels aux massacres, à la guerre civile, à la mort, c’est justifier les bilans effrayants du XXe siècle. L’hommage rendu à la Bête immonde par les autorités en dit plus long que n’importe quelle analyse savante sur ce qui tient lieu de politique culturelle en France.

 

11 décembre 2010

Ecrivain mis à l'index

 

 

 

En un demi siècle, Daniel-Rops (1901-1965) a écrit une oeuvre ample, de qualité, qui lui a valu d’être élu à l’Académie française en 1955. Après avoir connu une célébrité relative grâce à un essai, Notre Inquiétude (Perrin, 1926), il exprime son angoisse dans un roman L’Ame obscure (Plon, 1929) et analyse la crise de la civilisation dans Le Monde sans âme (Plon, 1931). Revenu à la foi catholique, il se fait dans Mort, où est ta victoire ? (Plon) le romancier du mal et dans L’Epée de feu (Plon, 1939), il raconte le désarroi de la grande bourgeoisie républicaine et dreyfusarde qui hésite entre le communisme, le surréalisme et le catholicisme. Après la guerre, Daniel-Rops se consacre à l’histoire religieuse, publiant chez Fayard en 1945 et 1946 une Histoire sainte en deux volumes (Le Peuple de la Bible et Jésus en son Temps), puis, toujours chez Fayard, une Histoire de l’Eglise de France en neuf volumes.

Dans cette œuvre, je retiendrai le roman publié en 1939, L’Epée de feu et le volume V de l’Histoire de l’Eglise de France qui porte comme sous-titre Le Grand siècle des âmes.

 

L’Epée de feu (530 pages, écrit d’avril 1934 à février 1939) porte en exergue ce verset de la Genèse (III, 24) : « Il chassa donc l’homme et, à l’Orient du jardin d’Eden, il mit un chérubin, tenant l’épée de feu, pour garder le chemin qui mène à l’arbre de vie ». Ce roman, ne nous le cachons pas, présente beaucoup de défauts : trop long, les analyses psychologiques y sont trop nombreuses, le narrateur se croyant obligé de représenter la vie intérieure de chaque personnage (il y en a une dizaine) à tout moment de la journée. Il fouille les âmes. Bref, L’Epée de feu a vieilli, comme une partie de la littérature romanesque de la première moitié du XXe siècle. On ne lit guère volontiers ces romans-là. Pourtant, les lecteurs qui iront jusqu’au bout seront récompensés de leur patience, car ils liront, malgré les longueurs, d’admirables choses. En effet, L’Epée de feu est le témoignage le plus juste, le plus précis, le plus complet, le plus intelligent, le plus pertinent que l’on puisse lire sur la crise morale et intellectuelle qui a touché la France dans les années 1930 et qui aurait débouché sur sa disparition programmée, sans les hommes et les femmes qui, entre le 17 juin et le 11 novembre 1940, ont refusé cet inéluctable. A qui lit L’Epée de feu en 2010, il apparaît évident a posteriori que la gangrène minait une France à bout de souffle et préparait l’effondrement de juin 1940 et la politique de collaboration imposée en juillet 1940 par des élites épuisées. En effet, Daniel-Rops montre et analyse la crise morale qui touche les élites de la IIIe République,  banquiers, industriels, grands bourgeois (la famille du héros vit dans un hôtel particulier sis rue Vaneau), républicains ratiocineurs, de gauche donc, dreyfusards, qui continuent l’œuvre de Jules Ferry, froids, efficaces, sans âme. C’est ce défaut que Charles Péguy percevait dans la gauche du début du siècle (cf. Notre jeunesse). La crise se manifeste par une inquiétude sans raison, une angoisse profonde : chacun est désorienté, les besoins spirituels sont niés, etc. L’âme de la France se délite. Les familles éclatent. Les épouses insatisfaites et oisives délaissent leur mari avec qui elles s’ennuient à en mourir et quittent leur confort. Les enfants généreux ou idéalistes fuient la vie dorée et dérogent en se faisant travailleurs ou en adhérant, soit au surréalisme nihiliste, soit au communisme, dont ils connaissent dès 1934 la nature policière et criminelle. Comme chez Péguy, les humbles, les pauvres, les petits, les croyants tiennent debout et ne s’abandonnent pas au courant qui conduit la France à l’abîme. 

 

Dans l’Histoire de l’Eglise de France, Daniel-Rops montre que, pendant des siècles, l’histoire de l’Eglise s’est confondue avec l’histoire de la France. Je laisse de côté la dimension de foi religieuse, bien que je sache - et Daniel Rops le fait comprendre de façon lumineuse - qu’un pays ne se ramène pas aux seuls PIB, PNB, taux d’épargne, budget de l’Etat, démographie, mais qu’il est aussi une « idée » et qu’il a ce qu’on peut appeler, faute d’un terme meilleur, une « âme ». L'intérêt de ce Grand Siècle des âmes, admirablement bien écrit (prose claire, aisée, dans la grande tradition française, de Saint Simon à Chateaubriand) est d’analyser comment la France - son âme - s'est forgée et façonnée, et comment elle est devenue ce qu'elle est encore partiellement (et de moins en moins) aujourd'hui. L’action de quelques Saints a été déterminante, dont celle de Vincent de Paul, fils de paysans pauvres des Landes, qui a lui-même conduit les porcs de son père à la glandée et qui, entré dans l’église, a créé des écoles, des petits séminaires et des grands séminaires, participé à la formation intellectuelle et spirituelle de la petite bourgeoisie urbaine (on dirait aujourd’hui les « classes moyennes »), créé des institutions sociales : les dames de la Charité, les Filles de la Charité, les Enfants trouvés. Autrement dit, Vincent a instruit, formé, secouru (les filles de la Charité se sont engagées dans l'aide humanitaire aux forçats, aux soldats blessés au front, aux mendiants, aux malades, aux galériens...). Pour forger à la France une âme, a aussi été déterminante l’action d’écrivains et d’intellectuels mystiques : Bérulle, Grignon de Montfort, Bossuet, Fénelon entre autres, sans parler des Jansénistes ou des Jésuites. Bien entendu, les apparences de la France contemporaine ont changé, mais pas totalement cette âme-là. De nos jours, d'autres hommes, avec les religieux ou les laïcs croyants, se chargent de ces missions. Au XVIIe s, les catholiques ont assumé avec ferveur le destin de la France et lui ont donné sa force, parce qu’ils éprouvaient une foi patriotique dans leur pays. Ayant compris que la France ne s’appartenait pas totalement, ils ont créé les fameuses Missions, afin de diffuser la langue et la culture françaises à l'étranger. Leur France n’est ni moisie ni rassise. Elle prenait en charge le destin du monde. Elle était généreuse, charitable, secourable aux siens et au monde entier et elle apprenait à ses enfants à répondre à la question : à quoi bon vivre sur cette terre, si on ne fait rien pour les autres ?

Outre ce souci du monde, l’âme de la France éternelle a été forgée par le gallicanisme, c’est-à-dire la volonté de l’Eglise de ne plus être dépendante des décisions d’un pouvoir temporel étranger (celui du Pape). Mais cette volonté marque une étape décisive dans soumission de l’Eglise au pouvoir politique, Louis XIV, après 1680, nommant certains évêques, tranchant dans les conflits de dîmes, s’arrogeant les régales, bref soumettant au pouvoir temporel l’institution qui exerçait encore une réelle influence sur les esprits. L’analyse que Daniel-Rops fait du jansénisme est lumineuse. Le jansénisme ne se réduit pas à la querelle entre les partisans de la grâce efficace et ceux de la grâce suffisante, c’est aussi la lutte contre les Jésuites, liés au pape. Après 1680,  les jansénistes ont milité pour l’autonomie des chrétiens de France et, au XVIIIe siècle, en accroissant leur influence dans les Parlements, ils ont été les principaux contestataires du pouvoir absolu de droit divin. Par leur rationalisme critique, ils ont ouvert la voie à d’autres questions, politiques celles-là, et, de la cause de Dieu, ils ont basculé dans la cause de la nation.  

Enfin, dans cet ouvrage, Daniel-Rops expose en termes clairs l’origine de l’Europe géopolitique moderne, qui naît avec le traité de Westphalie (1648). Ce traité a mis fin à l’ancienne chrétienté et fragmenté l’Europe en divers Etats, avec pour conséquences, le développement du sentiment national dans chacun de ces Etats et l’apparition d’une question qui sera récurrente jusqu’en 1960 et au-delà, celle de l’équilibre entre les grandes puissances et de la nécessité de nouer des alliances.  

 

En dépit de ses limites, de ses faiblesses ou de ses manques, Daniel-Rops nous apprend plus de choses sur la France, son être, son âme, son essence, ce qu’elle s’obstine à être malgré le temps qui passe, que les écrivains chéris et honorés de l’intelligentsia, tels Sollers, le chantre de la France moisie, le formaliste Simon, prix Nobel, le prix Goncourt Duras, laquelle, avant de se mettre au service du communisme en 1945, travailla pour la propagande de l’Allemagne nazie, etc. Or, son œuvre, admirable pour quelques-unes des raisons que j’ai indiquées ci-dessus, a sombré dans un oubli total. Son nom ne figure plus dans les pages noms propres de l’édition récente du Petit Larousse Illustré. Ce n’est pas pour des raisons objectives. Daniel-Rops aime sa langue, qu’il manie avec aisance. Il possède un vrai talent, formé par les modèles fournis par les grands écrivains, Chateaubriand, Bossuet, Mauriac. Il a le sens du portrait et une maîtrise parfaite de la narration, avec une prose à la fois souple et nerveuse. S’il est oublié, ce n’est pas seulement parce que, après avoir été incroyant et proche des Surréalistes, il est revenu au catholicisme romain, c’est à cause de l’amour qu’il voue à la France. En effet, depuis un demi siècle, notre mémoire collective est façonnée par la pensée dominante, marxiste et sociologique, eurolâtre et favorable à la disparition de la France soit par haine de la nation, soit par intérêt. Car, comme il existe de nouveaux philosophes, un nouveau roman, une nouvelle cuisine, il existe aussi pour les livres un nouvel enfer, régenté par de nouveaux inquisiteurs à l’âme moisie à la Sollers,  qui exercent le pouvoir effectif dans les domaines du goût, de la sensibilité, des arts, de l’édition, de la culture et qui ont fait de la haine de la France leur fonds de commerce. Ils haïssent plus que tout leurs propres compatriotes, surtout si ces compatriotes sont pauvres ou qu’ils sont le peuple, et tous ceux qui ont fait la France. Restés fidèles au marxisme et à ses variantes - en dépit des catastrophes avérées produites par ces idéologies de mort -, ces nouveaux inquisiteurs qui font notre mémoire littéraire envoient finir dans les chaudrons de l’oubli tous les écrivains qui, à l’instar de ce malheureux Daniel-Rops, se font de la France « une certaine idée ». L’index est rétabli.

 

29 novembre 2010

Du syndrome de Stockholm dans les arts et lettres

 

 

A propos de l'Encyclopédie thématique, Les Essentiels, 22 volumes, diffusée par Le Figaro, 2005

 

 

Dans les dix volumes de cette encyclopédie, oeuvre des rédacteurs de l'Universalis, traitant de la culture, des connaissances nouvelles sont exposées. Les arts trouvent enfin une place de choix dans le patrimoine culturel de la France. Le parallèle avec l’Italie, la patrie supposée des arts plastiques, ou avec l’Allemagne, la patrie supposée de la musique, qui jusque-là tournait toujours en faveur de l’Italie ou de l’Allemagne et au détriment de la France, n’a plus de raison d’être. La France est aussi la patrie de la peinture, de la musique, de l’urbanisme, de l’architecture.

En dépit de cela, c’est un savoir d’époque et partial qui est exposé. De nombreux articles sont consacrés aux arts mineurs. Que signifient aujourd’hui Arletty, Lancaster, Dean ? Peu de chose. Ils ont connu le succès, des spectateurs se sont identifiés à eux, ils n’ont pas changé le jeu d’acteurs. Un article est consacré à Bécaud et à d’autres chanteurs, mais aucun à Etienne Dolet. Depuis un demi siècle, il est de bon ton de guinder les « arts mineurs », la bande dessinée, la décoration, la chanson, au même niveau que les plus belles inventions de l’esprit humain. Vingt pages sont consacrées au « jazz ». Que le savoir relatif au jazz soit exposé va de soi. En revanche, rien ne justifie l’ampleur de l’article : vingt pages, soit environ cent mille signes. Seule l’origine ethnique de cette musique explique qu’elle soit ainsi célébrée. Le jazz est la musique des Noirs d’Amérique qui sont ou étaient victimes de discrimination. L’Encyclopédie leur rend hommage, non pas parce que leur musique est inoubliable, mais parce qu’ils sont ou ont été méprisés par l’arrogance yankee. Il suffit de comparer ces vingt pages à la page et demie consacrée à la réforme grégorienne ou à l’articulet sur le plain-chant pour mesurer que la culture dans cette Encyclopédie repose sur des valeurs étrangères à la France universelle.

Pourtant, la surévaluation des « arts mineurs » n’est qu’un minuscule îlot dans l’océan de désinformation, comme en témoigne la complaisance en faveur des intellectuels « engagés ». Ainsi, de Simone de Beauvoir (1908-1986), il est dit qu’elle « a découvert l’engagement politique avec la Résistance des intellectuels ». Résistance est écrit avec un R majuscule, comme Dieu ou Etat ou France. Si résistance intellectuelle il y a eu, elle a été en grande partie imaginaire. C’est de la pure rhétorique hâbleuse. Les intellectuels qui ont résisté se comptent sur les doigts des deux mains : Aron, Jacob, Guéhenno et quelques autres. Surtout pas Madame de Beauvoir qui s’est résignée à l’inéluctable entre 1940 et 1944 et a signé en sa qualité de fonctionnaire l’allégeance à la personne du maréchal Pétain, et qui écrivait qu’elle préférait vivre dans « une France nazifiée » plutôt que dans « une France en guerre ». La suite de l’article est de la même farine. « Son évolution politique est inséparable de celle de Sartre : socialiste ou progressiste jusqu’en 1952, compagne de route des communistes jusqu’en 1956 (et même au-delà), engagée avec passion pour l’indépendance de l’Algérie (en s’alignant sur les positions xénophobes du FLN) et vivement hostile au gaullisme (c’est-à-dire hostile aux résistants de 1940), proche des mouvements gauchistes après 1968 (qui sont plus staliniens que les communistes), elle cautionnera de manière plus spécifique les mouvements féministes à partir de 1970 ». Aucune réserve n’est exprimée. Les faits ne sont soumis à aucun examen critique. C’est tout ce que l’on veut, de l’hagiographie, du mensonge, du mythe, sauf de la connaissance. Trois colonnes et demie (dix mille signes) louent la vie de Paul-Louis Courier (1772-1825), homme peu estimable, dont le seul talent est d’avoir écrit des pamphlets féroces contre tout, dans le style des hurluberlus de Hara-Kiri. A l’opposé, Henri de Lubac qui a été un des premiers résistants de France, en fondant avec les pères jésuites de Lyon Témoignage chrétien, et a écrit une centaine d’ouvrages, dont une analyse lucide du Drame de l’humanisme athée et une somme en cinq volumes traitant de L’Exégèse médiévale, est oublié. A ce géant de la culture, aucun article n’est consacré. En revanche, deux colonnes et demie (à peu près sept mille cinq cents signes) font l’apologie de Deleuze (1925-1995), dont le seul mérite est d’avoir contaminé la philosophie par la déconstruction. Voici un monument de bêtise : « A la figure en arbre de la rationalité (comme si la raison se figurait dans des arbres), Deleuze oppose la figure « en rhizome » des « agencements » d’intensités, travaillant le milieu social et travaillés par lui. Mais, en même temps, les singularités ne valent que dans la mesure de leur extension, de leur action, dans le champ social et la réalité physique tout entière ». La supposée pensée de Deleuze tient peut-être d’une « cosmologie politique » (qui le vérifiera ?), l’article qui lui est consacré tient de l’embaumement narcissique. 

Ce qui est vrai des arts mineurs l’est aussi de la littérature. Cette Encyclopédie manifeste une complaisance aveugle vis-à-vis des écrivains de troisième ordre, dont le seul mérite est d’avoir été sanctifiés par l’intelligentsia, c’est-à-dire par eux-mêmes. Ainsi, l’article consacré à Barthes (1915-1980) s’étend sur dix colonnes. C’est beaucoup pour un professeur qui a hésité entre la grammaire et la littérature, s’est fourvoyé dans la sémiologie, la photographie, le marxisme, le théâtre engagé, la Chine de Mao, le journalisme, la communication, qui n’a été spécialiste de rien, mais qui a touché à tout, qui a commenté de grands auteurs avec une lourde science linguistique, laquelle, les résultats étant nuls, s’est muée en ressentiment. Discret de 1940 à 1944, quand la France gémissait sous la botte fasciste, il a pourfendu le « fascisme français », dans les années 1960, désignant par ces termes les résistants de 1940. Quinze mille signes environ chantent la gloire d’Eluard, 1895-1952, un poète communiste, qui a soutenu l’instauration dans le monde d’un système tyrannique. Comble de l’ironie, le vers le plus célèbre de ce poète est un hymne à la liberté : « (sur mes cahiers d’écolier, etc.), j’écris ton nom, Liberté ». Quel crédit accorderait-on à un nazi qui prétendrait établir partout le respect d’autrui ? Quand cette Encyclopédie a été conçue il y a une vingtaine d’années, le communisme était mort à l’Est, où même ses thuriféraires ne croyaient plus un seul mot des slogans qu’ils étaient contraints d’ânonner, mais il fleurissait à l’Ouest, surtout en France. La faveur dont jouit Eluard n’est que l’effet de la prégnance de cette idéologie dans la France des années 1950-90.

Pourtant, le pire est atteint par la place démesurée accordée à Bourdieu. C’est Bourdieu qui a été chargé de rédiger quatre pages et demie (plus de vingt cinq mille signes) sur l’art et, plus particulièrement, sur « l’économie des biens culturels », pages qui sont un condensé de bouffonnerie sinistre. La thèse est exprimée dès la première phrase. « Parler de consommation culturelle, c’est dire qu’il y a une économie des biens culturels, mais que cette économie a une logique spécifique (…) ». Le seul à parler de « consommation culturelle » est Bourdieu. Jamais ces mots ne sont définis. Je fais le plein d’essence. Au bout de 800 km, le réservoir est vide : toute l’essence a été consommée. Je lis un livre. Arrivé à la dernière page, le livre n’a été ni mangé, ni brûlé : il est toujours là, devant moi. La lecture n’est pas une ingestion. Je me rends au Louvre. Quand j’en sors, La Joconde, que j’ai admirée, reste à sa place. Le tableau n’a été ni consommé, ni brûlé, ni mangé, ni dévoré – sauf des yeux. Autrement dit, ni la lecture, ni la contemplation d’un tableau, ni l’audition d’une symphonie dans une salle de concert, etc. ne sont de la consommation. L’œuvre lue, regardée, écoutée n’est pas détruite. L’imprimerie, l’édition de livres et de disques, l’organisation de concerts sont des activités économiques, au sens où il faut du travail et du capital pour payer le papier, les salaires, louer les salles. Mais les œuvres, en tant que réalités culturelles - « Le Misanthrope » ou « Les Leçons de ténèbres » de Couperin ou « La Joconde » – ne sont pas des biens économiques. « Le Misanthrope » - l’œuvre, pas le livre - ne se vend pas, pas plus les « Leçons de ténèbres » ou que « La Joconde ». Ce ne sont pas des biens, comme le sont une maison, un vignoble, une terre à blé. N’appartenant à personne, ils sont à la libre disposition de tous. Dire d’œuvres d’art qu’elles sont des « biens », c’est parler pour ne rien dire. Certes, l’économie en question a une « logique spécifique ». Autrement dit, elle n’a rien à voir avec l’économie. Si Bourdieu parle d’économie, c’est qu’il se prend pour Marx. Marchant sur les brisées de Marx, il écrit lui aussi son « Capital ». Pour singer Marx jusqu’au bout des ongles, il faut de l’économie. Alors il en met, partout, même là où il n’y en a pas, surtout là où il n’y en a pas, tout ça pour disqualifier la « culture » ou l’art, en les rabaissant à la fabrication, distribution et vente de chaussures, de voitures ou de berlingots.

            L’article « intellectuels » va dans le même sens : cinq pages, trente mille signes environ, chantent sans retenue la gloire des intellectuels. Ce mot, on le sait, a été forgé à la fin du XIXe pour désigner ceux qui ont pris le parti de Dreyfus. Or, au moment où celui-ci était injustement accusé de trahison, près de deux cent mille Arméniens étaient égorgés dans l’Empire ottoman. Les intellectuels ont défendu Dreyfus, ils n’ont pas protesté contre le massacre des Arméniens, sous le prétexte que ces martyrs étaient « commerçants ». Pendant tout le XXe siècle, les intellectuels se sont aveuglés par mauvaise foi ou lâcheté, mais l’Encyclopédie du Figaro présente leurs erreurs comme des éclairs d’intelligence. Cet article se termine sur une pleine page à la gloire de Bourdieu, écrite dans une telle enflure que la seule réaction digne d’un Français est un éclat de rire. « Un siècle après l’affaire Dreyfus, c’est encore un intellectuel français, Pierre Bourdieu (1930-2002) qui, toujours à contre-courant (en réalité, il est LE courant dominant), propose une nouvelle figure du « grand intellectuel » (lisons à haute voix ce charabia : « Bourdieu propose une nouvelle figure ») et de l’engagement, au moment où toute pensée critique est identifiée au marxisme et discréditée ». Le problème avec Bourdieu est qu’il n’y a pas de critique dans sa pensée, toute confite en dévotion marxiste, et qu’il n’y a même pas de pensée dans son œuvre, étant toute récitation des dogmes de l’ultra-gauche marxiste léniniste.

Pourtant, il faut lire l’article « djihad » pour toucher le fond. L’article « djihad » est court. Il est signé de Gardet, célèbre pour sa vénération de l’islam. D’abord, il refuse de traduire djihad par « guerre sainte », parce que ce mot signifie « effort ». Dans l’expression consacrée, le « djihad fi sabil Allah » est « l’effort sur le chemin d’Allah ». « Le djihad n’est pas une « guerre sainte » d’exécration et d’extermination, tel le herem biblique ». La « guerre sainte » est la spécialité, non pas des musulmans, mais des Juifs ou des judéo-chrétiens, puisque « extermination » est un mot biblique ! Tout l’effort, pardon le « djihad », de Gardet consiste à multiplier les euphémismes dans le but d’atténuer l’horreur absolue du djihad ou de cacher que le djihad révèle la nature vraie de l’islam. Ainsi, le but du « djihad » est « de propager et / ou de défendre l’islam ». Comme l’islam s’est étendu par la guerre, toute résistance à la conquête est une agression. Si l’on transposait cette théorie à la France, on finirait par dire que les Français qui ont lutté pour libérer leur pays ont agressé les nazis ! « L’obligation du djihad, écrit Gardet, est une obligation religieuse qui ne cesse jamais », puisque, « pour la communauté musulmane », « il s’agit d’élargir toujours plus, jusqu’à la dimension du monde, la superficie des terres où seront reconnus les droits d’Allah et les droits des musulmans prescrits par Allah ». Cela se fait par la prédication ou, si les infidèles sont rétifs, par la guerre. Dans les territoires conquis, les non-croyants doivent « ou se convertir ou être réduits en esclavage » ou être tués. Quant aux chrétiens et aux juifs, ils sont soumis à la « dhimma », c’est-à-dire aux pires discriminations qui aient jamais germé dans une cervelle humaine. Tout cela est dit sur le ton de la componction dévote.

Le « syndrome de Stockholm » est la complaisance, voire la complicité, que des otages, martyrs, prisonniers manifestent pour leurs bourreaux. Une nouvelle fois, ce syndrome a frappé dans l’art, la pensée, les formes, les idées, le symbolique. Depuis un demi-siècle, la « gauche » a fait main basse sur la culture, allant jusqu’à dénier à ses « ennemis de classe » le droit de penser, inventer, commenter. Elle s’est approprié les symboles communs et, autour de ce qui désormais lui appartient, elle a érigé une muraille. C’est à cela que « Le Figaro » souscrit en proposant à ses lecteurs, pour un prix qui n’est pas modique, cette Encyclopédie. Les citoyens lucides savent que toute encyclopédie suppose que les connaissances sont un agrégat de faits tangibles, durables, fixés impartialement. Illusions que tout cela ! Ce qui a été proposé en 2005 comme la connaissance en matière de culture n’a jamais été aussi nettement daté et aussi fortement empreint d’idéologie fossilisée. En bref, il n’y a rien de plus faux que cette croyance dans l’éternité dépassionnée de la connaissance. Or, s’il est aisé de faire main basse sur la culture, il est plus difficile d’entretenir les richesses culturelles, de les faire prospérer, de leur donner sens, de les transmettre. A quoi sert-il de mettre sous séquestre Versailles ou Notre Dame, si c’est pour les transformer en étable ou en grenier ? La « culture » de « gauche » ou selon la « gauche » est morte. Les thèses les plus éculées de l’intelligentsia ont beau être sanctifiées par l’Université et le CNRS ou le Collège de France, elles n’en sont pas moins momifiées.

 

 

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09 novembre 2010

Silence, on tue

Ecrit en 2003

 

 

Contrairement à ce que disent les Arabes et leurs thuriféraires en France, l’Orient n’est pas arabe et islamique, ou, s’il l’est, il ne l’est que partiellement. Dans le vocabulaire mystique, l’Orient, c’est le Christ. En Orient, il y a des chrétiens : il y en a encore - peut-être plus pour longtemps. Dans quelques décennies, il n’y aura pas plus de chrétiens en Egypte, en Irak, en Syrie, en Palestine qu’il n’y a aujourd’hui de juifs en Pologne, en Ukraine, en Hongrie. En Orient, le premier génocide du XXe siècle a fait oeuvre de purification ethnique d’abord contre les Arméniens (il n’y en a plus en Turquie), préfigurant ce que devient l’Orient et ce qu’il sera dans quelques décennies. Comme les Arméniens l'étaient dans l’Est de la Turquie actuelle, les Chrétiens sont les autochtones de cette région du monde et pas de ces mouhajiroun, si chers à la « gauche », qui se seraient installés dans les années 1960 en terre d’islam. Ils sont là, chrétiens depuis le début de notre ère, vivant depuis des siècles en Orient, dans des pays qui sont aujourd’hui l’Egypte, le Soudan, la Palestine, Israël et les territoires d’Arafat, la Jordanie, l’Irak, la Syrie, la Turquie, le Liban. Ils portent des noms étranges : ils sont araméens, chaldéens, coptes orthodoxes ou coptes catholiques, melkites, maronites, nestoriens, grecs-catholiques, latins, grecs orthodoxes, syriaques, jacobites, etc. Ils ont des papes, des patriarches, des béatitudes, des éminences, des métropolites, des Athanase, Cyrille, Maximos, Chenouda, Stephanos, Ignace, Boutros, etc.

Le lot de ces chrétiens est une vie sans destin. Ils n’ont pas d’avenir. Pour vivre, ils doivent rester ce qu’ils sont, dans leur « niche » parce que, chiens, ils sont traités comme tels. Ils n’ont droit à rien d’autre qu’à une gamelle et à ne pas être tués, étant dhimmis, c’est-à-dire tolérés par leurs vainqueurs et oppresseurs - et encore, puisque, de plus en plus souvent, verser du sang chrétien permet à des fous furieux, de plus en plus nombreux, d’apaiser la colère de leur Allah, comme les païens, jadis ou ici et là, égorgeaient un boeuf, un taureau, un poulet, une femme, un homme, pour faire plaisir à je ne sais quelle transcendance. Ce lot quotidien, outre le devenir qui leur est refusé et les massacres par intermittence dont ils sont les victimes, est fait d’humiliations, de discriminations, de vexations, de pogroms, de mépris, de crachats, de haine inexpiable, de ratonnades. Ces pogroms, précisons-le de peur de ne pas être compris, ce n’est pas les chrétiens qui les organisent, mais ils en sont les cibles de sorte qu’ils ont le choix entre vivre tête baissée ou l’exil ou la conversion. En Bosnie ou au Kossovo, un musulman (ou prétendu tel) se fait tirer comme un lapin. Aussitôt, dix mille belles âmes hurlent sur toutes les chaînes de radio ou de télé au génocide, au crime contre l’humanité, à la honte de l’Occident qui fermerait les yeux sur ça, et appellent à la guerre sainte pour étriper quelques Serbes, des vieillards, des femmes ou des enfants de préférence : c’est moins dangereux que d’attaquer des hommes dans la force de l’âge. Tous les jours, des chrétiens d’Orient sont victimes de pogroms ou de ratonnades, humiliés, ou assassinés ou discriminés. S’ils étaient musulmans, il y a belle lurette que BHL, Kouchner, Femme Mitterrand, etc. seraient partis en guerre. Mais ils ne sont que chrétiens : le martyre est dans leur nature. C’est leur voie. Qu’ils le vivent donc. Personne ne proteste, tout le monde se tait. Silence, on tue.

La seule question qui se pose ne porte pas sur la réalité des faits, mais sur notre indifférence. Pourquoi ces hommes meurent-ils sans que les belles âmes s’en émeuvent plus que de la mort d’un cafard écrasé d’un coup de talon. A cela, je vois trois séries d’explications, que je distingue en fonction de l’identité de ceux qui se taisent : les hiérarchies religieuses d’Orient, l’église catholique universelle, les universitaires et les intellectuels français.

Les chrétiens d’Orient sont réunis en églises dont les hiérarchies en Syrie, en Irak, en Egypte, ont fait allégeance aux pouvoirs en place. Les hiérarchies ont sans doute leurs raisons. Bonnes ou mauvaises, peu importe. Depuis longtemps, ces églises ont chacune ses spécificités, dont elles sont fières. Parfois, un simple détail de doctrine, qui nous paraît dérisoire, les sépare depuis des siècles et suscite entre elles des querelles que l'on qualifie à juste titre de byzantines. Elles sont nationales. Les régimes auxquels elles font allégeance sont nationaux. Ils le disent fort, ils le répètent, ils se prétendent tels. Apparemment, églises et régimes vont dans la même direction. Là justement est l'ambiguïté. Au Proche Orient, le nationalisme a changé de nature. Jusqu'en 1920, combattant les Turcs oppresseurs, le nationalisme était national ; depuis 1950, l'ennemi a changé. Ce n'est plus le Turc que l'on combat, c'est l'Occident chrétien. Le régime égyptien créé par le parti Wafd, fondé par Zaghloul en 1919, était nationaliste. Les chrétiens dits coptes, c'est-à-dire aegyptos, sont Egyptiens, et même les premiers et les plus anciens. De la part du Wafd, ils n'ont subi aucune exaction, leurs droits étaient respectés. Le régime créé par Nasser n'a rien en commun avec celui de Zaghloul. Ce n'est pas un régime nationaliste, mais un régime arabo-islamique. Dans ce cadre, l'Egypte est définie par des caractères ethniques (ou raciaux) et religieux. Pour être Egyptien, il faut être arabe et musulman. En conséquence, les chrétiens d'Egypte qui ne sont pas arabes ni musulmans ne sont plus égyptiens. Beaucoup en tirent les conséquences qui tuent les coptes comme les étrangers. En effet, ces chrétiens, même s'ils se disent arabes, par prudence ou parce qu'ils ont adopté par facilité ou inconscience la langue de leurs vainqueurs, oubliant le copte, l'araméen, le syriaque, ne sont pas arabes. Il en va de même des chrétiens de Syrie et d'Irak. Les Arabes sont les envahisseurs, eux sont les autochtones vaincus et soumis. Ils adhèrent à une idéologie qui les exclut de la vie publique et fait d'eux des non citoyens, étrangers à eux-mêmes dans leur propre pays. Les Eglises d'Orient essaient de sauver ce qui peut l'être et d'éviter que les régimes arabo-islamiques n'organisent des massacres de chrétiens comme les nazis et les Turcs l'ont fait à l'encontre des juifs et des Arméniens. Ces régimes sont totalitaires, fascistes et policiers. Une protestation serait interprétée comme une critique et vaudrait aux chrétiens de la part de ces régimes qui ont les armes et la force pour eux ou la mort ou la prison ou la déportation dans les déserts proches. La situation est tragique et en plus elle est source de folie paranoïaque. Le peuple que forment les chrétiens d'Orient est démocrate, foncièrement attaché à la différence des musulmans aux grands principes universels de la tolérance. Ils sont les seuls à accepter et accueillir l'Autre, ils ne haïssent pas les étrangers, ils savent dialoguer, ils ont pris l'habitude de la libre discussion. Ils sont en porte-à-faux avec tout. Démocrates, ils vivent dans des pays totalitaires. Professant une religion d'amour, ils sont victimes de la haine, du mépris et des exactions des musulmans. Chrétiens fervents, ils sont incompris de leurs hiérarchies. Ne nous leurrons pas. Les régimes en Syrie, en Irak, en Egypte, sont honnis en particulier par les militants de l’islam, non pas parce qu'ils professent une idéologie arabo-islamique (au contraire, c'est la même que celle des islamistes), mais parce que ce sont des tièdes vis-à-vis de l'étranger, parce qu'ils ne font pas le djihad obligatoire, parce qu'ils n'ont pas éliminé d'Orient tous les chrétiens, etc. Or, les hiérarchies chrétiennes se sont faites les suppôts de ces régimes. Un jour, inéluctablement, ces régimes disparaîtront : le Syrien Assad est mort, Saddam Hussein a perdu le pouvoir, Moubarak est mortel. Les militants de l’islam les remplaceront et mettront en oeuvre leur programme génocidaire. Que deviendront les chrétiens quand ces régimes, auxquels leurs hiérarchies se sont ralliés, se seront effondrés ? De la chair à égorger; de l'aliment à génocide. Pour eux, ce sera la mort.

Les hiérarchies chrétiennes d'Occident, elles aussi, font tout pour ne pas alerter l'opinion. Partout, évêques, cardinaux, laïcs puissants vont répétant que les chrétiens d'Orient ne sont pas persécutés, en dépit de la réalité, que l'islam ne veut pas purifier l'Orient, en en éliminant ceux qui ne sont pas musulmans, que les musulmans seraient eux aussi tolérants, etc. Pourquoi ces mensonges ? Je n'ai pas le coeur à rappeler les conflits qui ont opposé pendant tout le millénaire les églises d'Occident et celles d'Orient, Rome et Byzance. Souvent les conflits furent acharnés et mortels. Il est inutile de rappeler la quatrième Croisade au terme de laquelle Constantinople fut prise et pillée. Et bien souvent, les chrétiens d'Occident, par haine de ceux d'Orient, ont fait cause commune avec l'islam, et cela en fonction de l'ancien adage : les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Cela explique que François 1er ait passé des accords avec l'islam contre l'Autriche que l'islam menaçait et qui était en guerre larvée contre la France. La haine des églises d'Occident à l'encontre des Serbes explique qu'elles aient pris le parti, sans aucune réticence, pour les musulmans. Ce facteur historique n'est pas le seul qui explique l'indifférence. L'église, devenue tiers-mondiste, sans même s'interroger sur ce qu'est le tiers monde, poursuit un objectif, qu'elle nomme le dialogue entre les religions. Cela l'honore et montre à quel point le christianisme est porteur d'un vrai universel. Parfois, elle cherche des points communs et même des convergences, allant jusqu'à affirmer, en de toute réalité, sans lire les textes et sans tenir compte des histoires divergentes, que les trois religions monothéistes, parce qu'elles auraient pour ancêtre Abraham, qu'elles sont des religions du Livre, adorent le même Dieu. On connaît ce symptôme : c'est celui de Stockholm ou celui que la cinéaste italienne Liliana Cavani montrait dans son film Portier de Nuit, à savoir la fascination qui lie la victime à son bourreau, le vaincu au vainqueur, l'occupé à l'occupant. Au nom du dialogue (même s'il est impossible), les Eglises d'Occident ne défendent plus leurs frères d'Orient, sinon en leur versant un peu d'argent.

Enfin, les clercs de « gauche » - ou soi-disant tels -, qu'ils soient universitaires ou journaleux, participent aussi au silence général. Ils ne disent rien, ils occultent tout et même s'ils savent, ils se taisent, bien qu'ils feignent de déclarer que les droits de l'homme sont vrais partout et universels et de promettre que le fascisme ne passera pas, etc. Pour eux, tout est bon pour que ne soient pas mis en cause les musulmans, quoi qu'ils fassent, quoi qu'ils disent, et qui sont leurs seuls frères. Cela tient à leur formation et aux choix idéologiques qui sont les leurs. Les intellos ont été formés à la belle école du communisme pro-FLN. Les communistes ont tué des millions de chrétiens en URSS, Pologne, Hongrie, Roumanie, Tchéquie. Les intellos n'ont pas protesté. D'ailleurs, les nazis ont tué des millions de juifs sans qu'ils protestent. Les quatre génocides de ce siècle, celui des Arméniens par les musulmans turcs et kurdes, celui des paysans ukrainiens par les communistes russes, celui des juifs par les nazis, celui des Tibétains par les Chinois, n'ont pas fait réagir les intellos. Bien qu'ils soient pétitionnaires de profession, ils n'ont pas émis le moindre début d'esquisse de protestation. Alors, ils ne vont pas se mobiliser pour sauver des chrétiens qui sont les ennemis à abattre et à éliminer partout sans pitié. Ils sont ou ont été pro-FLN, pro-Nasser, pro-Assad, pro-Hussein, pro-Arafat. Lors de la guerre du Liban, ils ont pris le parti des armées dites palestino-progressistes, qui occupaient le Liban, et l'occupent toujours, contre les chrétiens, qui, eux, avaient le tort et le seul tort, de défendre leur pays. Les intellos jugent que les musulmans sont pauvres, prolétaires et même exploités, et cela, en dépit de toute réalité. En Egypte, en Syrie, en Irak, en Jordanie, les musulmans possèdent tout, ils ont l'Etat, l'économie, l'armée, les revenus pétroliers ; et ils ne partagent rien. Jamais ils ne donnent la moindre miette de aux chrétiens, lesquels survivent grâce à des expédients. De plus, les intellos sont devenus immigrationnistes. Partout ils prennent parti pour les immigrés, même si, comme en France, ces immigrés islamisent des territoires qu'ils purifient. En Orient aussi, les arabes et musulmans sont des immigrés. Bien que ces immigrés soient des conquérants qui ont génocidé culturellement l'Orient, nos intellos prennent leur parti, oubliant les victimes, se prosternant devant les puissants. Ils l'ont fait en 1940, ils l'ont toujours fait, ils continuent à le faire. Enfin, nos intellos sont différentialistes. Toutes les religions sont bonnes, excepté la chrétienne. Les différences doivent être respectées partout, sauf au Proche Orient, où la différence est chrétienne. De plus en plus, ces intellos ressemblent à leurs devanciers des années 1930 et 1940, lesquels, au nom de la haine des juifs, ont collaboré avec les nazis ou se sont tus pieusement sur ce qu'ils savaient. On tue un Kossovar, c'est un génocide. On tue mille Chrétiens en Orient : ce sont des chiens qu'un conducteur maladroit écrase. Cela en dit long sur la définition implicite de l'homme que suppose leur attitude. Pour eux, de toute évidence, ne sont hommes que des mâles musulmans, noirs et arabes. Quant aux chrétiens, qu'ils soient d'Orient ou d'Occident, ils sont exclus de l'humanité.

Désormais vous savez pourquoi, en dépit des droits de l’homme, de l’ingérence obligatoire, de la solidarité larmoyante, l'islam extermine en tout impunité les chrétiens.

 

 

 

 

 

15 octobre 2010

Une sociologie insolente est-elle possible ?

 

 

Pendant un siècle, les sociologues se sont donné pour but de porter à la lumière ce qui, dans les pays d’Europe, était pieusement caché, à savoir ce sur quoi reposaient ces pays : en général, un pur rapport de forces ou une injustice ou la relégation de quelques-uns de leurs membres dans les zones grises de non-droit ; en bref, ils ont révélé tout ce que l’idéologie et la morale bien pensante avaient pour raison d’être de dissimuler. Dans De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville, le premier de nos sociologues, révèle que, contrairement à ce qui était généralement admis, la façon dont les hommes vivent dans tel ou tel pays, en Amérique ou en Europe, les mœurs qu’ils ont adoptées, les comportements qu’ils ont faits leurs, les règles qu’ils suivent, ne tiennent pas au climat, encore moins à une nature humaine qui n’a d’existence nulle part, sauf dans l’idéologie, mais à l’état social, à l’égalité ou à l’inégalité des conditions ou des hommes devant la loi, et que les mœurs sont douces et honnêtes quand l’égalité est la règle. Hélas, l’insolence de Tocqueville n’est plus de saison. « Insolent » a signifié « inhabituel » avant de prendre pour sens « offensant » ou « insultant ». Longtemps, les sociologues ont été insolents, au sens où, après avoir soumis les habitudes et les croyances à un examen critique, libre et sans préjugé, ils ont montré que les réalités du monde n’étaient pas conformes à ce que les hommes croyaient qu’elles étaient ou aux représentations qu’ils s’en faisaient.  

 

Il y a un demi siècle, en URSS et dans ses pays satellites, Chine, Vietnam, Cuba, Corée, où le marxisme servait de cache-sexe à des régimes tyranniques et inhumains, plus personne de sensé ne croyait que ce même marxisme, qui mettait les hommes aux fers, pût expliquer quoi que ce soit ou apporter quoi que ce soit à qui que ce soit et où que ce soit, si bien que les intellectuels de ces pays, désabusés ou enfin éclairés, avaient jeté aux orties la défroque marxiste. Ce fut une révolution, car, de tous les hommes, les intellectuels sont ceux qui, par nature ou par tropisme, se complaisent dans l’aveuglement volontaire et se plient aux oukases de l’obscurantisme idéologique le plus archaïque qui soit. C’est alors, à contretemps et malgré le désastre avéré à l’Est, qu’en France, naguère « pays des lumières » et « patrie des droits de l’homme », la sociologie s’est marxisée. Auparavant, elle ne s’alignait sur rien, bien qu’elle fût vaguement libérale, comme l’étaient les philosophes des Lumières ; alors, elle s’est mise au garde-à-vous devant le marxisme et a aliéné son insolence originelle à la folie furieuse du couple diabolique Lénine Trotski. Elle s’est faite marxiste, les doigts sur la couture du pantalon. Elle a prétendu, blague énorme, libérer le monde entier de l’oppression bourgeoise, au moment où les opprimés du marxisme brisaient leurs chaînes et ont cessé de croire au moindre article du dogme qui les jugulait.

Claude Lévi-Strauss, dans Anthropologie structurale (Plon, 1958, p 114), écrit, à propos des représentations sociologiques, au sens de « collectives », des indigènes d’Afrique ou d’Amérique, qu’elles « ne sont pas seulement une partie ou un reflet de leur organisation sociale, mais qu’elles peuvent, comme dans les sociétés plus avancées, la contredire complètement ou en ignorer certains éléments ». Il ne va ainsi des représentations diffusées par les sociologues et que l’on est en droit de qualifier de sociologiques. Elles sont en contradiction avec l’organisation sociale, ou plus exactement, c’est l’image de la société, mais déformée ou renversée. Ce n’est plus de la science, mais de la pure idéologie. En revêtant l’uniforme de l’idéologie, les sciences sociales ont choisi l’archaïsme le plus sot et elles ont perdu, en même temps que l’insolence, toute validité. De fait, leur raison d’être n’est plus que d’illustrer les thèses absurdes d’une idéologie momifiée. Bref, elles maintiennent en vie un cadavre putréfié. L’acharnement thérapeutique est condamné partout, parce qu’il porte atteinte à la dignité de la personne humaine. En France, dans l’ordre de l’épistémologie, il est de règle à l’Université et au CNRS. Le visage que nous offrent les sciences sociales est si hideusement sinistre qu’on se prend à souhaiter que l’euthanasie leur soit prescrite et appliquée. Que le cadavre soit enfoui le plus profondément possible, l’odeur est insupportable.

 

Tout n’est pas désespéré. La sociologie peut éviter que la putréfaction se poursuive, si elle renoue avec son insolence passée, quand elle révélait ce que l’idéologie dominante cachait. Cela ne peut se faire qu’à condition 1° qu’elle rompe tout rapport, lien, relation, cousinage, copinage, etc. avec le marxisme et ses succédanés maoïstes, trotskistes, léninistes, 2° qu’elle opère une nouvelle coupure épistémologie, analogue à celle qui l’a fondée au XIXe siècle,  3° qu’elle jette aux orties son froc de « savoir » ancillaire de l’idéologie dominante, 4° qu’elle renverse toutes les hypothèses éculées, les thèses surannées, les idées sclérosées dont elle se fait le héraut mal embouché depuis un demi siècle.

 

Ces conditions ne sont pas près d’être remplies. En attendant, il est possible de tracer les chemins de la liberté à propos de « faits de société » ayant trait aux populations étrangères ou d’origine étrangère vivant en France. Dans leur catéchisme, les sociologues en font les messies d’un ordre nouveau, juste et parfait, de sorte que, si ces immigrés n’assument pas le rôle éminent qui leur est assigné arbitrairement, c’est qu’ils en sont empêchés par des méchants, des salauds, des sous-hommes infects. Pour que le catéchisme ne soit pas invalidé par les faits, il faut donc qu’ils soient des victimes, qu’il soit prouvé qu’ils subissent d’immondes discriminations et qu’ils vivent sous le même joug raciste que les esclaves de « La Case de l’oncle Tom », autrement dit que l’exploitation de l’homme par l’homme se soit muée en exploitation éhontée de l’immigré (variantes, l’étranger ou le musulman) par le Français (variantes, l’Européen, l’Occidental, le Chrétien, le Laïque, etc.) et que cette exploitation justifie l’urgente nécessité, non plus de la lutte des classes, mais d’une lutte des races, celle de tous contre tous, qui donnera enfin aux immigrés (variantes, aux musulmans, aux Africains, aux étrangers) la place éminente qui leur revient ou dont la sociologie nous assure qu’elle leur échoit « naturellement ».

En fait, tout cela n’est qu’idéologie. La sociologie a beau se dire « science » (sociale), à l’instar du marxisme qui était baptisé « science des sciences » ou « science totale », elle ne démontre rien. Elle ne conclut qu’à ce qu’elle présuppose. Et si les conclusions auxquelles elle parvient sont conformes au iota près aux hypothèses de départ, c’est que la méthode n’a pas d’autre fonction que d’illustrer l’idéologie. Elle consiste à comparer les revenus et, en conséquence, le niveau de vie moyen des immigrés aux revenus et au niveau de vie moyen des Français. Bien entendu, comme les familles françaises disposent d’un petit patrimoine, accumulé pendant des siècles, que ce patrimoine cache l’appauvrissement croissant de la France et de ses habitants, comme, en plus, la sociologie n’intègre pas dans ses calculs les revenus occultes que ces immigrés tirent du trafic de drogues et excitants illicites, du vol, du recel, etc., et qu’il n’est jamais tenu compte du patrimoine immobilier, souvent considérable, accumulé dans les pays d’origine et dont ils tirent des revenus importants, il est aisé, après avoir ainsi tordu la réalité, de conclure superbement que le revenu moyen des Français et, en conséquence leur niveau de vie, est supérieur à celui des immigrés. Cette science est composée de la même farine mensongère que les enquêtes que publiaient les sociologues d’URSS pour prouver que les Soviétiques et les colonisés des pays frères jouissaient d’un niveau de vie supérieur à celui de tous les Occidentaux, qu’ils soient américains ou français. En URSS, seuls les fous ou les dérangés mentaux accordaient du crédit à ces conclusions. C’est aussi de la même science que les enquêtes et travaux savants par lesquels les maoïstes français s’évertuaient à prouver que l’immonde joug tyrannique chinois rendait plus heureux les hommes que la démocratie de l’Occident.

 

Pourtant, des faits que cachent nos pieux sociologues, tout confits de dévotion, démentent que les immigrés soient plus mal traités en France que les Français et qu’ils subiraient des discriminations, sources d’un racisme débridé. Mais le racisme de qui ? Celui des étrangers ? Cela n’est jamais précisé. Le racisme est imputé aux seuls autochtones, et sans preuve.

Ainsi, la revue de l’Institut National des Etudes Démographiques a publié, il y a quelques années, une étude sur l’espérance moyenne de vie des Marocains résidant en France. Bien entendu, cette espérance est largement supérieure à celle qui prévaut au Maroc, et elle est supérieure à celle de Français de souche, appartenant aux mêmes catégories sociales, ouvriers, ouvriers agricoles, petits employés, que ces Marocains. A l’intérieur de ce groupe que forment les Marocains de France, la règle est l’inégalité, dont les Français, de toute évidence, sont totalement innocents. En effet, dans ce groupe social et ethnique, les hommes, contrairement à ce que l’on observe partout ailleurs, vivent plus longtemps que leurs épouses ou leurs filles - ce qui signifie que celles-ci ne bénéficient pas des soins et des facilités de vie que les mâles se réservent, sans doute au nom de la supériorité islamique du mâle sur ses femelles. A quels gogos la sociologie espère-t-elle faire accroire que ces mâles sont victimes de discriminations ? Et quelles discriminations ? A elle-même ? Aux étudiants qu’elle déforme ? Aux journalistes qui se font les petits télégraphistes des fabricants de mensonges ? Bien entendu, personne ne s’illusionne sur la déontologie de la sociologie. Elle est marxiste, avant d’être autre chose, c’est-à-dire qu’elle n’est rien. Un jour, une enquête au petit pied prouvera que si, dans ce groupe des Marocains de France, les hommes vivent plus longtemps que les femmes, la faute en incombe aux seuls Français. La sociologie se contente de prouver les erreurs dont elle se nourrit. Partant de a) elle aboutit à a) et elle démontre savamment que a) est bien conforme à a). Ce n’est même pas de la tautologie, c’est du psittacisme. Couper des arbres pour fabriquer le papier sur lequel sont imprimées ces balivernes est un double crime : contre la nature et contre l’esprit.   

 

En revanche, sur ce sujet, elle pourrait renouer avec son insolence perdue qu’elle a aliénée au marxisme. Elle pourrait révéler ce qu’elle cache, si elle comparait les revenus, le niveau de vie, le taux de chômage de ces populations immigrées ou d’origine étrangère aux revenus, au niveau de vie, au taux de chômage de ces mêmes populations, quand elles vivent dans leur pays. Un Marocain, chômeur en France, a un niveau de vie et des revenus supérieurs à un Marocain, même fonctionnaire, qui n’a pas émigré. Un Marocain qui perçoit le seul RMI jouit d’un niveau de vie supérieur à celui de ses congénères qui travaillent dur au pays pour un salaire inférieur de moitié à un RMI. De fait, en France, ces populations jouissent d’une situation enviable et qui, à bien des égards, peut être considérée comme privilégiée. Si les sociologues abusent les Français qui, par masochisme ou imbécillité, acceptent de se laisser berner, ils ne trompent pas les Marocains qui aspirent au paradis sur terre qu’ils trouvent chez les infidèles. Tous savent qu’il vaut mieux percevoir des allocations en France sans travailler plutôt que de suer sang et eau au Maroc sous la schlague cruelle de coreligionnaires sans pitié. Ce qui est vrai du Maroc et des Marocains l’est aussi de l’Algérie et des Algériens, du Mali et des Maliens, de la Guinée et des Guinéens, des Comores et des Comoriens, de l’Iran et des Iraniens, etc. Le scandale le plus effrayant est celui de l’Algérie. Au Maroc, il est toujours possible, pour expliquer la condition des opprimés, d’invoquer la pauvreté du pays, lequel, bien entendu, est moins pauvre que ne le disent les sociologues de France, surtout s’ils sont d’origine étrangère. Pour ce qui est de l’Algérie, il serait obscène d’exciper de la pauvreté : l’Algérie est l’un des pays les plus riches au monde par les ressources de son sous-sol (pétrole, gaz, minerais divers) et par la fertilité de ses terres. Que, dans ces conditions, le chômage frappe 50% de la population est inconcevable, du moins pour un esprit ouvert et dénué de préventions ! Bien entendu, jamais les sociologues ne s’interrogent sur cette réalité. Ils ne la remarquent même pas. C’est que, s’ils la constataient, ils devraient l’expliquer et, pour cela, mettre en cause le pouvoir mafieux du FLN chéri qui détourne à son seul profit et à celui des clans ou familles alliés les richesses nationales et qui impose aux Algériens des discriminations qui relèvent du racisme. Or, quand on est sociologue marxiste, on ne s’en prend qu’à ses ennemis de classe, pas aux potes, encore moins aux camarades. Le pouvoir du FLN est tabou, sacré, haram. On n’y touche pas.

 

Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a publié en 2002 un rapport « sur le développement humain dans le monde arabe » qu’ont rédigé, non pas des sociologues français (on frémit à l’idée des sornettes qu’ils auraient pu écrire), mais des experts arabes. De toute évidence, ces experts n’ont été formés ni à Paris VIII ni à Nanterre. Les bienheureux sont trop insolents pour avoir suivi un cursus de sociologie en France. Ils établissent que, dans les pays arabes (280 millions d’habitants répartis dans 22 pays, et dans vingt ans, 500 millions d’habitants), plus de 50% des femmes sont analphabètes. La proportion est moindre chez les hommes, mais elle est supérieure à ce que l’on observe dans les autres pays du monde. La production de biens et de services y est quasiment nulle. 330 livres seulement y ont été traduits en un an, soit trois fois qu’en Grèce. En mille ans, les Arabes auraient traduit moins de livres que les Espagnols en une seule année. Or, ces analphabètes fiers de leur ignorance volontaire, qui s’enferment de leur plein gré dans un mutisme culturel suicidaire, sûrs d’eux et arrogants, exigent, à peine débarqués à Roissy ou à Londres, qu’on leur prodigue des responsabilités, des emplois, des revenus supérieurs à ceux d’hommes et de femmes qui ont fait l’effort de lire des livres autres que Le Coran, de connaître le monde, de s’ouvrir aux autres, d’apprendre des rudiments de savoir, qui savent faire quelque chose de leurs dix doigts et pas seulement se prosterner devant une idole cinq fois par jour !

 

Puisque le robinet a été ouvert, que l’insolence coule à flots. Bien entendu, le parallèle ne saurait s’arrêter à ces broutilles. Ce que montre la sociologie, en répétant ce que tous les imbéciles disent, c’est que les Français sont racistes et que la France se blinde derrière des décisions, mesures, lois, etc. afin d’empêcher les immigrés ou les populations d’origine étrangère d’accomplir leur mission prophétique de sauveurs et de régénérateurs de la France. Examinons cette accusation. Toute imputation raciste, quelle qu’elle soit, n’est recevable que prouvée. Les hommes éclairés, les honnêtes gens, les philosophes, les vrais intellectuels se fondent sur les faits, les textes, les lois, les réalités pour établir le racisme. Ils n’ont pas d’autre horizon que ce qui est attesté, vérifiable et mesurable. Les faits, les textes, les lois, les réalités, les chiffres existent. Il suffit de les chercher où ils sont consignés, de lire les textes, d’additionner les chiffres, de consulter les lois et les règlements, de saisir les réalités, de prendre connaissance des statistiques, des journaux officiels, des constitutions, de les sortir de l’ombre, de les porter à la lumière, de les communiquer à autrui. Ces faits n’ont même pas besoin d’être interprétés, ils parlent d’eux-mêmes. C’est l’éloquence pure, qu’aucun parasite ne brouille. L’arithmétique n’est ni hâbleuse ni verbeuse. Elle élude les ruses, les détours, les ornements de la rhétorique.

Appelons « indicateurs » ces faits. Il y en a plusieurs. Il n’est pas utile de les énumérer tous. Laissons l’obsession de la nomenclature aux maîtres bourdivins. Les citoyens sont en mesure, avec un peu de patience et à condition qu’ils soient honnêtes, de compléter la brève liste que voici. Il est aisé d’isoler deux indicateurs. C’est à la portée du premier venu. Il est inutile d’avoir suivi des formations diplomantes. Etre Bac + 8 en sociologie de l’EHESS n’est pas nécessaire, le niveau CM 2 suffit. Si on sait compter, on pose les chiffres à la craie sur une ardoise d’écolier, on additionne, on n’oublie pas les retenues, on divise. Si on a vraiment le niveau CM2, on fait la règle de 3 et on confirme ses calculs en recourant à la preuve par 9. L’arithmétique d’école primaire est à l’opposé des aristocratiques Bac + 8 en sociologie. Elle est égalitaire, ouverte à tous, populaire. Elle est la démocratie en acte. Si l’on dispose d’une calculette, on n’a pas besoin de poser les chiffres. On est sûr de ne pas se tromper. Ce sont a) le nombre d'étrangers vivant dans un pays donné et b) le pourcentage de ces étrangers dans la population du pays. Autrement dit, ce sont des chiffres, absolus ou relatifs.

Une fois ces indicateurs établis, la loi que l’on en tire est un théorème. C’est le (a+b)² = a²+2ab+b² des potaches. La voici : plus le nombre d’étrangers vivant dans un pays donné est élevé, plus leur proportion dans la population est forte, moins le pays est raciste. Inversement, moins il y a d’étrangers dans un pays, plus leur proportion dans la population est faible, plus le pays est raciste. Un pays peut être peuplé d’individus que l’on accuse d’être racistes et ne pas être raciste : l’accusation, dans ce cas, est sans fondement. C’est une insulte, raciste évidemment. Inversement, il peut être habité par des individus qui se disent « purs » et croient appartenir à une race ou à une religion supérieure à toutes les autres et être raciste. Dans l’ordre raciste du monde, il est normal qu’une race supérieure n’accepte pas que vivent à ses côtés des inférieurs.

Eclairée par ces indicateurs, surgit une mappemonde qui redessine le monde. Les pays se répartissent, non pas en cinq ou six continents, mais en deux : les racistes et les autres. C’est binaire certes, mais le tableau a le mérite d’être clair. Les pays racistes sont ceux où il n’y a pas d’étrangers, parfois pas un seul. Les autres, pays normaux, sont ceux où les étrangers sont autorisés à vivre. Le Luxembourg, qui compte 30% d’étrangers dans sa population, n’est pas raciste. L’Algérie, où les étrangers sont menacés de mort et d’où ils ont été quasiment tous chassés, est raciste : c’est même un des centres du continent raciste. La France n’est pas raciste. Les chiffres l’attestent. Le Maroc, qui s’est purifié en trois décennies des trois-quarts des étrangers qui vivaient sur son territoire au début de la décennie 1960, est raciste. La Suisse ne l’est pas, l’Egypte l’est. L’Allemagne n’est plus raciste, la Turquie l’est. La Grande-Bretagne ne l’est pas, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Iran le sont, etc. L’Algérie, le Maroc, l’Egypte, la Turquie, l’Iran sont cinq pays, où l’islam a force de loi. Qu’ils soient au cœur du continent raciste n’étonne pas les citoyens qui savent comment va le monde.

 

Les autres indicateurs relèvent de la même arithmétique. Les immigrés sont des étrangers qui s’installent dans un pays, qui y cherchent du travail ou qui en ont trouvé, qui exercent une activité libérale, qui acquièrent ou ont acquis des biens, qu’ils peuvent vendre sans contrainte. Parfois, les immigrés cessent d’être des étrangers, quand, à leur demande, ils demandent la nationalité du pays où ils travaillent : de même, les réfugiés ont aussi la possibilité de devenir des naturels. Là encore, pour établir le racisme, il est inutile d’avoir obtenu un doctorat ès sciences sociales sous la direction d’un crétin sublime. Il suffit de s’être assis quelque temps sur les bancs de l’école primaire. On compte, on additionne, on divise ou, si on est fatigué de poser les chiffres, on se contente d’appuyer sur les touches de sa calculette. Plus il y a d’immigrés et plus leur proportion dans la population est forte, moins il est raciste. Inversement, le pays raciste par excellence est celui qui ferme ses frontières, qui interdit l’immigration ou fait tout pour dissuader les immigrés de s’installer sur son territoire, qui refuse d’accueillir des réfugiés. Qui est assez fou pour demander l’asile à l’Algérie, au Maroc, à l’Egypte, à l’Iran ? Ces pays ne comptent pas d’immigrés dans leur population, soit qu’ils les aient chassés comme l’Egypte, le Maroc, l’Iran, l’Algérie, soit qu’ils aient interdit l’accès de leur territoire aux immigrés. Ces pays qui sont dotés de lois racistes et où pullulent les racistes sont les mêmes que ceux où les étrangers sont indésirables, à savoir l’Algérie, le Maroc, l’Egypte, la Turquie, l’Afghanistan, la Birmanie, l’Iran, etc.

 

Aux chiffres, s’ajoutent les lois, les pratiques, les règlements, qui sont aussi éloquents que les chiffres. En voici quelques-uns. Les immigrés et les réfugiés ont-ils la possibilité, s’ils le désirent, d’obtenir la nationalité du pays où ils vivent, à certaines conditions fixées par la loi et admises par l’ensemble des nations ? Si oui, le pays n’est pas raciste. Il ne se rêve pas comme pur. Il accepte l’Autre ou autrui, il est ouvert, il respecte les différences, etc. Des pays, comme l’Algérie, le Maroc, l’Arabie, réservent la nationalité à ceux qui sont de sang algérien, marocain, saoudien, et qui, bien entendu, professent l’islam. Ils interdisent à leurs ressortissantes d’épouser des infidèles, qui pourraient leur injecter dans le sang - pur, comme il se doit - le sida de l’incroyance. Au regard de ces indicateurs, la France n’est pas raciste. L’Algérie, le Maroc, l’Arabie le sont.

Des droits sont-ils accordés aux étrangers, immigrés ou réfugiés ? Lesquels ? Combien ? Jouissent-ils des mêmes droits que les autochtones ? Leur attribue-t-on des logements sociaux ? Peuvent-ils acheter des terres ? Peuvent-ils posséder des biens, mobiliers ou immobiliers ? Ont-ils le droit d’inscrire leurs enfants dans des écoles publiques ? Dans les pays islamiques, la discrimination est la règle. Elle touche les infidèles ou dhimmis, considérés comme inférieurs et dont les droits sont limités à celui de respirer sans avoir à en demander l’autorisation. En Egypte et au Maroc, les logements sociaux sont réservés aux nationaux. Ici ou là, dans les pays islamiques, les écoles publiques sont interdites aux étrangers ou aux infidèles.

Y a-t-il des juifs et des tziganes ? Combien ? Sinon, y en a-t-il eu ? Quand sont-ils partis ? Sont-ils partis librement ou en ont-ils été chassés ? Quel est leur statut ? Il n’y a pas de juifs dans les pays racistes. En Turquie, en Algérie, en Egypte, au Maroc, en Iran, en Arabie, ou bien ils ont disparu, chassés, pourchassés, persécutés, expulsés, ou bien ils sont interdits de séjour. En l’espace de quelques années, le Maroc a divisé par 10 le nombre de ses juifs. Tous partis, comme les autres immigrés.

L’islam, prétend encore la sociologie, pâtit de l’échange inégal. Examinons cela. L’islam dispose de ressources naturelles, dont la France est dépourvue, en particulier le pétrole et le gaz naturel. Le coût d’exploitation du pétrole est de 3 à 5 $ US le baril, si l’on prend en compte les amortissements, les investissements nécessaires, les taxes, etc. Or, il est vendu de 20 à 50 $ US, à un prix qui est le décuple du coût réel. La France ne vend pas aux pays d’islam le blé, les voitures, la viande de mouton, etc. à un prix dix fois supérieur au prix de revient, même augmenté d’un bénéfice de 30% pour rémunérer les actionnaires. Elle accueille des millions de musulmans, leur offre asile, travail, avantages sociaux, études et libertés. En retour, l’islam n’offre rien. Les musulmans acceptent sur leur sol mille fois moins d’étrangers ou d’infidèles que la France n’accueille de musulmans. Ceux qui résident en terre d’islam n’ont accès à aucun des avantages (loyers HLM, soins gratuits, etc.) prodigués aux musulmans. De ce point de vue, c’est la France qui est victime d’un échange inégal – mais personne ne s’interroge pas sur cette inégalité ni sur ce qu’elle signifie.

 

De cet examen, on peut conclure que la sociologie est bien pensante, dévote, soumise, qu’elle fait ses ablutions rituelles, qu’elle ne pense pas le réel, mais qu’elle le cache et qu’enfin, elle se fait inquisiteur, délateur ou commissaire politique, dès qu’elle parle de racisme. L’accusation raciste dont elle a fait sa spécialité a une réalité, mais elle n’a pas de fondement. Elle est vraie, au sens où elle est énoncée, non pas au sens où elle est juste. Ce que ce mot désigne, à savoir la certitude que nourrissent des hommes d’être d’une race, religion, classe, pays, nation, civilisation supérieurs aux autres, existe aussi, à n’en pas douter, mais pas en France. Il n’a pas de réalité chez les Français. Socrate aurait dit que le nom s’est éloigné de la règle de justesse qui régit le langage. Ce qui est faux dans cette affaire, c’est l’objet sur lequel porte l’accusation, c’est-à-dire ce sur quoi elle porte, entité - la France - ou êtres humains - les Français. Pour que les sociologues retrouvent leur insolence passée (mais en ont-ils le désir ?), il leur faut abandonner le marxisme dont ils se gavent. Cette libération, si elle se produit un jour, n’est pas pour demain.

 

 

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11 octobre 2010

Histoire politique des intellectuels

 

La thèse de M. Alain Minc, dans Histoire politique des intellectuels, peut être résumée, cavalièrement sans doute, par cette interrogation qui parodie le titre d’un film de Comencini : « Mon Dieu, comment sommes-nous tombés si bas ? »

Au XVIIIe siècle, les intellectuels défendaient ou auraient défendu la liberté de conscience, de pensée, d’expression, le libre examen, aussi bien Bayle que Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu, d’Alembert, etc. : ils étaient tous ou ils auraient tous été dans le bon camp, celui de la Justice, du Droit, de la Vérité. Au XIXe siècle, ils ont pris parti, tous ou quasiment tous (Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Vallès, Sand, Zola, etc.), en faveur de la liberté des peuples, de la République, de l’émancipation des travailleurs, tous, à l’exception de quelques « intellectuels » d’extrême-droite, qui relèvent la tête à la fin du XIXe siècle et se prononcent pour la monarchie, la loi de Dieu, l’ordre social. Au XXe siècle, ils ont choisi le camp du totalitarisme, sauf quelques-uns d’entre eux, très rares, Mauriac par exemple.

Telle est la thèse ou le constat qui est fait. Alain Minc reconnaît qu’il ne sait pas ou ne comprend pas pourquoi, du juste, des droits, de la liberté, les intellectuels ont basculé dans l’injuste, le soutien aux tyrannies, l’asservissement des peuples, niant ce qu’ils ont longtemps été. Il se contente de constater des faits et d’énoncer ces constats, sans se demander si les constats qu’il fait sont exacts. Et si les intellectuels des XVIIIe et XIXe siècles étaient à l’image de ceux du XXe siècle ? Très étrangement, ils ont admiré Catherine de Russie et Frédéric II de Prusse, ou d’autres despotes, comme au XXe siècle, ils ont admiré Castro, Lénine, Staline, Nasser, Mao, Pol Pot, Boumediene et autres despotes, cherchant dans des tyrans étrangers des modèles pour leur pays. Si Voltaire avait été sujet du roi de Prusse, il n’aurait jamais été Voltaire, mais serait sans doute devenu un quelconque chambellan obséquieux, tout entier voué à la grandeur de son roi. Comparés à la grande Catherine, tsarine cynique, cruelle et impitoyable, Louis XV et Louis XVI étaient des parangons d’humanité et de modestie. Certes, elle parlait et écrivait le français, comme Frédéric II ; certes, elle a très généreusement comblé Diderot de dons sonnants et trébuchants, mais cela ne suffit pas à faire d’elle un modèle. Combien de tyrans au XXe siècle ont financé en sous-main des entreprises intellectuelles en France ? Il n’y aurait pas eu de Lettres françaises sans l’argent que les dirigeants soviétiques volaient à leur peuple. D’Alembert, ayant obtenu l’autorisation de publier L’Encyclopédie, a exigé de son « protecteur », M. de Malesherbes (à qui les révolutionnaires ont fait payer son libéralisme en le coupant en deux), qu’il interdise ceux qui avaient le front de critiquer son entreprise. Si on lisait vraiment Zola (les trois villes et les quatre évangiles), on serait horrifié des thèses qui sont développées dans ces ouvrages; et encore plus horrifié si on s’efforçait de comprendre les thèses sur la transmission héréditaire des tares dont il s’inspire dans les Rougon-Macquart. Un inventaire exhaustif de toutes les idées ou thèses énoncées par Hugo, Lamartine, Nerval, Stendhal, Proudhon, Marx, Engels (cf. la littérature oubliée du socialisme), Vallès, etc. avec références et citations à l’appui, montrerait, sans qu’il soit nécessaire de longues dissertations, que les intellectuels du XXe siècle ne détonnent pas dans la galerie de leurs ancêtres, qu’ils y sont à leur place, qu’ils n’ont jamais rompu avec quoi que ce soit...; et que si ces intellectuels modernes se sont trompés d'abondance sur le bien, le mal, le juste, le vrai, le faux, etc., ils sont restés fidèles à ce que leurs prédécesseurs ont toujours dit, fait, pensé ; ou pour dire les choses avec plus d’exactitude, que ces prédécesseurs des XVIIIe et XIXe siècles, tout confits en dévotion libertaire, préfigurent et annoncent Sartre, Bourdieu, Badiou, Beauvoir, Vailland, Merlot, Sollers, etc.

10:32 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, culture, société

10 octobre 2010

Francophobie






Célèbre, polyglotte, invité à s’exprimer partout sur les cinq continents, Milan Kundera, devenu français, fait l’expérience de la francophobie (in La Revue des Deux Mondes, nov. 1994). Tchèque, cette haine ne le touchait pas. Peut-être il ne la remarquait pas. Pourtant elle est plus commune que ne le pense Kundera. Elle prend des formes diverses, comme l’effacement du nom France. On ne le dit qu’avec réserve et à regret. De fait, la réalité politique, culturelle, spirituelle et historique qu’est la France ne se dit plus. Muette, comme si elle avait épuisé ses forces ou que son message fût tari, elle ne signale plus sa présence, ne serait-ce que pour affirmer au monde qu’elle n’est pas morte. Ecoutons les hommes politiques ou les intellectuels ou les journalistes ou les écrivains à la mode. Soyons sensibles non aux discours convenus qu’ils ressassent, mais à ce qu’ils taisent. Ecoutons leur silence. La France est la peste de la fable, comme si elle n’avait plus de nom ou qu’elle fût « ce mal qui répand la terreur ». Elle ne se dit que dans des ersatz, tels république, société, nation, ce pays, qui s’étagent dans une hiérarchie politique, du plus honorable au plus méprisant.
République, au sens propre, signifie « chose publique ». Longtemps, le mot a désigné l’Etat, même sous les rois. Depuis 1792, le mot désigne un régime, c’est-à-dire un accident. La république n’est pas la France, elle n’en est qu’une partie. La France est l’Etre, la république l’attribut. La première est éternelle, même si nos contemporains se résignent à en voir l’existence abrégée ; la seconde est provisoire, même si ce provisoire est appelé à durer longtemps.
La France est aussi désignée par société, ersatz plus ambigu encore. La république existe. Des textes l’attestent. Des lois en règlent la marche. Où sont les textes qui ont fondé la société ? Quelles sont les lois ? Qui en a décidé, si elles existent ? Personne n’a apposé sa signature au bas du « contrat social ». Nous savons ce que sont les SARL, la SNCF ou la Société générale. Nous les voyons, nous les touchons, nous entrons éventuellement dans une agence ou une gare, etc. La société n’a pas de réalité sensible, ni tout autre réalité qui serait ou non accessible à nos sens. Autour de nous, des individus vont et viennent, qui travaillent ou chôment, qui exercent ou non leurs droits de citoyen, qui s’ignorent les uns les autres et ne se saluent pas quand ils se croisent. On ne peut pas contester qu’ils existent. A l’opposé, la société qu’ils seraient supposés former est un fantôme. Si tant est qu’elle ait une existence, elle existe dans les seuls livres de sociologie. Le positiviste Comte, l’inventeur du mot et de la chose, rêvait d’une société régie et contrôlée par un clergé de sociocrates. Son rêve est réalité. La société est une construction que les sociocrates n’invoquent que pour condamner les opinions de leurs contemporains, pour infléchir, redresser, interdire, réprouver. Bourdieu postulait une société fictive, au nom de laquelle il jugeait les hommes, leurs goûts, leurs opinions, il les classait, il les discriminait, il les répartissait en bons ou en mauvais, en aimables ou en haïssables.
Nation est un mot dérivé du verbe naître. C’est le produit du temps et de l’espace. Chacun est né de l’union d’un homme et d’une femme et dans un lieu donné. Notre identité est une date et un lieu. Nous nous inscrivons dans une lignée et dans un espace, déterminés en partie par le sang et le sol, par la transmission et par l’ancrage dans une terre. A la nation, chacun de nous peut s’identifier - au sens où nous y trouvons une partie de ce que nous sommes. Or nation est honni, autant que France, mais en France, car la nation est à discrédit variable. Elle n’est pas haïssable en soi. Tout dépend de qui l’invoque. En France, elle signifie racisme, xénophobie, tuerie, guerres civiles, massacres ou génocides. Dans les pays arabes ou musulmans, en Bosnie ou en Palestine, c’est le contraire. La nation n’y est pas Satan. Au contraire, elle est magnifiée, exaltée, louée. C’est l’absolu politique. En France, elle est le diable, sauf sous la forme national et à condition que cet adjectif soit épithète d’éducation, intérêt, libération et qu’il combatte la privatisation des entreprises d’Etat.
Le plus méprisant des ersatz est celui que l’on entend dans les discours, à savoir ce pays. Le démonstratif ce a une valeur dépréciative, il montre du doigt. De quelqu’un que nous méprisons, nous disons cet individu, cet imbécile, ce salaud, etc. Ce faisant, nous le stigmatisons. Dire ce pays, c’est refuser de le nommer, et si l’on refuse de le nommer, c’est qu’il ne mérite pas de l’être. Il est la Bête innommable. Le mépris est si fort qu’il est inutile d’ajouter de m... à ce pays.

Cela ne signifie pas que France ait disparu. Il reste une étiquette commode inscrit sur les panneaux routiers ou les cartes. En dehors de ces emplois, France est tabou. Il y a quatre siècles et demi, du Bellay prononçait France sans retenue et s’adressait à elle comme à une nourrice familière et chère. Quand De Gaulle (alors, la France avait des ennemis, ses frontières étaient menacées) était prêt à se sacrifier pour sauver son pays, comme Charles Péguy l’avait fait en 1914 dans l’enthousiasme, la France s’incarnait dans des personnes ou des personnages de son histoire ou de ses arts. Elle avait un corps, une voix ou des voix, une présence. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’une coquille vide. Son nom n’était pas tabou dans la France occupée. Il semble que, cinquante ans plus tard, il soit imprononçable. Tout se passe comme s’il ne devait plus franchir la barrière de nos lèvres et qu’il fût retenu quelque part, même pas au fond de notre gorge comme un sanglot, mais plus bas encore, là où sont reléguées les choses sans importance. Bientôt, les lexicographes feront suivre l’entrée France des mentions vieilli ou désuet ou hors d’usage. Ils en calculeront la fréquence d’emploi. Elle sera faible. Les faits rappelés ci-dessus resteraient anodins, s’ils ne reflétaient que l’état d’esprit de la corporation restreinte des journalistes. Or ils se répètent partout, à tout moment. Quelques griefs que l’on nourrisse à l’encontre des hommes politiques, force est de reconnaître qu’ils ont du flair. A l’écoute de l’opinion, ils ont senti les vents tourner. Désormais, ces vents soufflent dans les voiles de la francophobie. La haine exprime une perte, un effacement, une disparition. Comment a-t-on pu tomber aussi bas ?

La francophobie noircit les Français, les rabaisse, les discrédite, les dévalorise, les rend coupables de tout, les avilit. Sur quelque objet qu’elle s’applique - que ce soit le peuple actuel ou nos ancêtres - et qui, en fin de compte, résume la France, les Français sont réduits à un tas informe de franchouillards avinés. Le beauf, personnage de la presse gauchiste, du cinéma (Dupont La Joie, M. Rodriguez) ou du showbiz (Glandu de Le Luron ou Gérard ou Papy Mougeot de Coluche) et l’invention du racisme prédiqué à la France et à la seule France ou à ses habitants de souche résument l’entreprise francophobe. Le Beauf existe dans notre passé. Nos ancêtres eux aussi sont des Beaufs. Par quel miracle, étant français, ne seraient-ils pas racistes ? Le gène du beaufisme se transmet de père en fils ou de mère en fille. Les vices les plus vils - fascistes, xénophobes, délateurs, veules - en sont les effets. Fascistes et racistes en même temps, ça fait beaucoup, mais l’époque est à la consommation sans frein. Le caddie de la haine est plein à ras bord, génocides, massacres de masse, camps de concentration, meurtres, déportations, pillages. Les Français ne sont plus hommes comme le sont les Turcs ou les Chinois, ils sont assignés à résidence raciste, tous, sans en excepter un seul, les flics, les concierges, les pêcheurs à la ligne, les coureurs du Tour de France, les chasseurs, les sportifs, les petits commerçants, les artisans, etc. Ouvrez l’annuaire, vous aurez la liste des racistes, à condition d’en ôter ceux qui portent des noms « difficiles à prononcer ». Je ne me souviens pas que les Français aient été racistes et je ne suis pas sûr qu’ils le soient. S’ils le sont (pourquoi pas ? En quoi seraient-ils protégés du racisme ?), ils le sont sans aucun doute moins que les égorgeurs d’étrangers en Algérie ou ailleurs. Or ce sont les Français, pas les Algériens (ils forment un peuple élu), qui sont racistes. Comme Jeanne d’Arc, ils subissent l’inquisition. Leur lot est une nature infamante. Le racisme est l’essence de la France, disent Wievorka, BHL et alii. Le péché originel que les théologiens ont abandonné a été ressuscité pour la seule France. Le racisme est son péché originel. Si, par hasard, quelques-uns de nos ancêtres n’ont pas failli - ainsi Jeanne d’Arc, Louis IX, Gambetta -, on les oublie, on les occulte, on les efface de la mémoire, on les jette dans les mêmes poubelles que ceux qui sont accusés d’avoir failli. Clémenceau est un tueur, Ferry un affameur, De Gaulle un monarchiste raciste. Pour que l’histoire soit révisée, on abolit la chronologie, qui n’est plus enseignée, ce qui rend possible la transformation de nos ancêtres en beaufs puants.

Pourquoi le présent et le passé, les hommes et les choses, tout est-il noir ? Le noircissement répond à un objectif. Il faut faire honte aux Français, qu’ils oublient qui ils sont, qu’ils se détachent de la France et la jettent dans les poubelles de l’histoire. Les générations Nouvel Obs, Monde, Libération, Jospin, Lang, Sollers, Catherine M, Mme Angot, Bourdieu, etc. affichent leur supériorité distinguée sur le peuple et sur les générations laborieuses, modestes, humbles qui ont précédé MM Daniel, Plenel, Colombani, July, Kouchner, Lang, BHL. Leur supériorité est absolue, pas relative. Nos ancêtres et le peuple sont inférieurs en tout à ces belles âmes. Le progressisme a changé de nature. Du social, il a basculé dans la métaphysique. Nos ancêtres se seraient crus (du moins ils en sont accusés) supérieurs aux noirs, aux arabes, aux Indiens. Désormais, les belles âmes s’arrogent cette supériorité et ils assignent aux Beaufs la position inférieure du primitif. Entre eux et le peuple, ils creusent un abîme. Plus les Beaufs seront veules, stupides, bas, ignobles, immondes, laids, et tout ce qu’on voudra d’autre, plus, en comparaison, ils paraîtront hauts, beaux, courageux, intelligents, lucides, vertueux, vigilants. Ils ne rabaissent que pour mieux se guinder. Ils n’avilissent que pour rehausser le piédestal où ils montent. Peu importe que leur famille de pensée ait abandonné la France à Hitler au nom du pacifisme béat « plutôt la servitude que la guerre ». Ils n’accusent nos ancêtres d’avoir collaboré que pour se grimer du fard des résistants. Ils n’ont aucune dette envers eux. Leurs ancêtres, qu’ils ne baptisent pas beaufs, sont enterrés ailleurs. Ils sont d’un autre sang. En un mot, ils sont supérieurs.

Jusqu’en 1960, la France, dont le nom signifie libre, était la patrie des droits de l’homme, la mère des arts et des lois, le phare des Lumières, le guide de l’humanité, le centre du savoir et de la culture, l’héritière d’Athènes et de Rome. A partir de 1960, tout a changé. Elle est devenue la terre des servitudes, la patrie de la violation des droits de l’homme, la mère des barbaries, l’antre de l’obscurantisme moderne, etc. C’est chez Foucault, Derrida, Barthes, Bourdieu, BHL, Wievorka, que s’opère ce renversement. Foucault a écrit Histoire de la folie à l’âge classique, Les mots et les choses, Surveiller et punir, Histoire de la sexualité, qui ont connu un succès incompréhensible, sauf à les replacer dans l’entreprise qui y donne sens. Ses livres servent de réservoirs. Les francophobes y puisent les thèmes de haine, ceux qui instruisent le procès de la France y trouvent des preuves à charge, ceux qui veulent en finir avec le pays de la liberté y cherchent des raisons d’asservir. L’entreprise de Foucault et alii consiste à dénoncer la France. Partout où il y a civilisation, s’impose un ordre injuste, fait de dispositifs serrés, cruels, compacts, destinés à contrôler, sanctionner, normaliser, réprimer, enfermer. Pour plaquer ce maillage sur le corps social, les techniques et les savoirs (médecine, psychiatrie, physique, droit) sont détournés de leurs fins. Jadis on croyait que le savoir émancipait, désormais Foucault annonce qu’il asservit. Les criminels et les fous, de dangereux qu’ils étaient, basculent dans le camp des victimes et leurs victimes deviennent des bourreaux. En France, tout est prison : la caserne et l’école bien sûr, et l’hôpital, l’hospice, tout autre lieu public, de même que les institutions de la famille et du mariage. Non seulement les criminels et les fous, mais aussi les malades mentaux, les soldats, les écoliers, les femmes, les enfants, les marginaux, les vagabonds sont pris dans les filets de l’ordre injuste et cruel, qui ajoute à ces vices l’hypocrisie, puisque, pour broyer les individus, il se masque des droits de l’homme. La folie, disent-ils, est une maladie inventée par la bourgeoisie pour écarter du corps social sain ceux qui le contesteraient ou qui s’en écarteraient. On sait que l’autisme est produit par des désordres génétiques qui touchent le cerveau. On s’en doutait il y a quarante ans, on en est sûr aujourd’hui. Cela n’a pas empêché les disciples de Foucault d’accuser les familles de fabriquer des enfants autistes. Pendant des années, des parents ont été rabaissés, noircis, culpabilisés, comme la France, pour justifier la déconstruction à laquelle se consacraient Foucault et ses disciples, dont les thèses ont produit les revendications : détruire la prison, à bas les murs de l’asile, fermons les casernes, etc. Ces thèses nourrissent le cinéma dit « d’auteur » ou « jeune ». Les films glauques, noirs, désespérés qui sortent de ces officines idéologiques relèvent d’une pensée trash (mot US qui signifie « immondices »). Les héros sont des détraqués, des pervers, des asociaux, des fous ou des demi fous, des drogués, des obsédés mus par la seule pulsion de mort. Des sous-hommes, voilà ce que sont les Français. Un pays raciste, voilà la France de ce « cinéma officiel » qui ne vit que de subventions ou des fameuses « aides à la création ». Il en va ainsi des installations, de l’art nouveau, de la peinture aidée. L’Etat achète les croûtes qui chantent l’idéologie mise en musique par Foucault ou ses disciples.

De quel socle épistémologique viennent ces thèses délirantes ? Quel fumier les a nourries ? Comment la thèse de la France totalitaire, liberticide, répressive, hypocrite, broyant enfants et adultes, hommes et femmes, raciste de nature (Wievorka), berceau de la pensée fasciste (BHL), a-t-elle pris forme ? La France que Foucault voit, représente et décortique dans ses livres est plus répressive et plus liberticide que les pays communistes. A l’Est, les atteintes aux libertés se voyaient. En France, elles sont invisibles. La France serait une geôle et les Français seraient enfermés dans un vrai goulag. Pourquoi cela ? Les crimes dont le communisme est naturellement porteur, comme les nuages l’orage, ont été connus dès 1917. En 1956, ils étaient évidents. Aux Français lucides, le communisme est apparu comme le système le plus sot, le plus stupide, le plus crapuleux, etc. de l’histoire de l’humanité. Si ses victimes, entre 85 et 100 millions d’hommes, au lieu d’être chinois, cambodgiens, vietnamiens, coréens, tibétains, noirs, ukrainiens ou ressortissants des colonies de l’ancienne URSS, avaient été de bons judéo-chrétiens d’Europe de l’Ouest comme l’ont été les victimes du national socialisme, des Nuremberg du communisme auraient été organisés partout. Les « amis du Désastre » et les compagnons de route n’auraient pas eu besoin de noircir la France pour blanchir le système dont ils sont les thuriféraires. Leur complaisance est avérée. On en connaît les raisons. Le communisme est conçu, élaboré, propagé par les intellectuels - docteurs en quelque chose ou, comme Lénine, rats de bibliothèque. En bref, c’est une idéocratie. Plutôt que de faire amende honorable (certains l’ont fait, Leroy-Ladurie, Kriegel) et reconnaître qu’ils se sont engagés en faveur du crime universel, ils ont persévéré dans leur être. La négation n’était pas tenable. Foucault et les siens n’ont pas marché dans les brisées de Faurisson ou de Ramadier. Cela leur aurait valu peut-être une volée de bois vert, encore que... Ils ont trouvé la parade, non chez les escrimeurs, mais chez les judokas, en retournant contre l’adversaire son attaque. Ils ont donc reversé les crimes du communisme sur la France. Le pays le plus répressif, le plus cruel, le plus liberticide, n’est pas l’URSS, ni la Chine, ni l’Iran islamique cher à Foucault, ni le Cambodge, ni l’Ethiopie, ni la Guinée, mais la France elle-même, qui cache sous de beaux discours les pratiques les plus barbares qui soient. Les immondices dont la France est couverte ont sorti l’idéocratie communiste de l’abîme de crimes dans lequel elle s’est discréditée à jamais.

Le dimanche 11 novembre 2001, l’émission Ripostes de la 5 (chaîne publique dite « chaîne du savoir ») traitait, non pas de la signification véritable de la guerre de 1914-1918 (la question aurait pu être : boucherie ou combat pour libérer un pays occupé ?), mais des communautés juive et musulmane. Le titre « juifs et musulmans, comment ça va ? » détonnait par rapport aux agressions verbales, anonymes ou publiques (« mort aux juifs ») et aux pogroms dont sont victimes les juifs en France, incendies de synagogues et d’écoles juives. Faussement cool ou zen, il ne laissait rien attendre de bon de ce débat, auquel participait le ministre Mélenchon, trotskiste et antiraciste, mais uniquement quand le racisme est le fait de l’extrême-droite. Mélenchon a parlé de la France, oui de la France. Pour la première fois depuis 1981, un ministre socialiste a dit France, mais à peine prononcé, le nom a été nié : « la France est à construire », « la France est un avenir » ou « la France est notre futur à tous, ici présents », etc. comme si, dans l’esprit de Mélenchon, la France n’avait pas existé avant lui. Exeunt quinze siècles ou plus d’histoire, disparus 50 millions de Français, dont les ancêtres fertilisent la terre de France, finis les Lumières, la langue, la culture, les idées, la Déclaration des droits de l’homme, la Prise de la Bastille, les efforts faits par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui ont sacrifié leur vie pour que nous vivions libres, et tout ça pour satisfaire un ministre qui s’est engagé pendant trente ans ou plus en faveur des crimes contre l’humanité. Les millions de héros anonymes qui ont fait la France, en l’entendant, ont dû se retourner dans leur tombe pour y mourir éternellement. S’adressant aux musulmans présents sur le plateau, le Ministre a cru bon qu’il devait parler de ses ancêtres. Il est Français de « fraîche date », précisant qu’il n’est ni juif, ni arabe. Il est né à Tanger. Il est fier, non pas que ses ancêtres aient été français et aient fait la France, mais que ses ancêtres ne l’aient pas été. Toute sa fierté lui vient de sa non origine française. Et c’est au nom de son origine, ethnique ou nationale, qu’il dénie aux Français le droit à une culture, à une histoire, à une identité, à un territoire, à une existence, à des droits naturels et imprescriptibles. Il y a un siècle, les imbéciles se vantaient d’être Français depuis la nuit des temps. Aujourd’hui les mêmes imbéciles tirent leur gloire de ce qu’ils ne sont français que depuis la veille et qu’ils ne doivent donc rien à la France.
Les saillies de ce ministre montrent que la nécessité d’intégrer des populations toujours plus nombreuses venues d’Asie et d’Afrique accentue la disparition du nom France et l’effacement du pays qui porte ce nom. La France en devient caduque. Pendant des siècles, la France a assimilé des étrangers. Autrement dit, elle a fait d’eux des Français semblables à tous les autres. Elle a accueilli des esclaves, leur a donné la liberté, les a émancipés, élevés au-dessus d’eux-mêmes, fait en sorte qu’ils deviennent citoyens, détenteurs de sa souveraineté et maîtres de son destin. Il n’y a pas au monde de politique plus généreuse. Depuis trente ans, cette ambition est morte. S’installent en France des populations soumises qui prônent des idéologies ou des morales thanatogènes ou de haine, sûres d’elles, racistes, convaincues de la supériorité absolue de leur race ou de leur religion, dominatrices, sans que l’Etat impuissant, la république immobile, la nation honnie et la France désuète osent exiger d’elles qu’elles changent. Rien ne les émancipe. De fait, la France est neutralisée, non comme la Suisse ou la Finlande, mais parce qu’elle est transformée en un espace neutre sans limites, sans frontières, sans âme, sans histoire, sans loi, sans règles, qui n’appartient à personne et qui est donc à tout le monde, simple entité abstraite vidée de son sens, évidée, éviscérée, aplanie, dépouillée de ses attributs, vide, véritable terra incognita. Les populations nouvelles se dispensent de tout devoir. Français se ramène à un coup de tampon sur une feuille blanche, aisément falsifiable et que l’on peut reproduire à des millions d’exemplaires. Tant que l’encre et le papier ne font pas défaut, on fabrique des Français. France ne signifie plus rien, français encore moins. Il faudrait être fou pour employer encore ces mots trash.


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27 septembre 2010

Des sept moines et de Dieu

 

Le film, Des Hommes et des Dieux, dure deux heures. De quoi traite-t-il ? De la vie d’une communauté trappiste : « orare et laborare », suivant la règle établie par saint Benoît au VIe siècle, et dans le silence. Des moines sont filmés en train de prier, de chanter dans la chapelle, de communier, d’écouter un de leurs frères lire un texte d’un Père de l’Eglise, ou en train de travailler : consultations au dispensaire, labours, semailles, vente de miel et autres produits au marché de la ville (Médéa ?), ménage, cuisine, moutons conduits au pâturage, réparation de deux vitres brisées des serres, courrier... Ces plans occupent une petite partie du film. Il est des séquences plus longues : celles des réunions du chapitre, au cours desquelles les moines débattent : faut-il partir ? Faut-il rester ? En gros, un tiers du film est consacré à la vie, laborieuse, spirituelle, démocratique, de la communauté. Les deux tiers restants ont pour objet les relations, plus ou moins lâches, parfois amicales, qu’entretiennent ces moines avec les villageois, les autorités, les musulmans, l’islam. Là est justement la source de doutes justifiés.

 

Frère Luc, joué par Michael Lonsdale, est âgé de 80 ans ou plus. Epuisé, il se plaint d’avoir 150 consultations par jour. Les spectateurs ont-ils mal entendu ? Ou bien était-ce 50 seulement ? Il semble bien qu’il ait dit 150 consultations. A voir comment se déroulent les consultations (écoute du patient, examen, auscultation, diagnostic, ordonnance, médicaments donnés à l’unité, posologie indiquée par des dessins sur une poche, etc.), il est impossible qu’elles durent moins de 10 minutes, ce qui ferait 25 heures de consultation par jour... Tout cela gratuitement, médicaments compris. Au même moment, le wali (ou préfet) reçoit deux moines, dont le prieur, qu’il tente de convaincre de rentrer en France, ne pouvant plus assurer leur sécurité. On est à Médéa, ville de 160000 habitants, à 80 km d’Alger. La wilaya (« département ») de Médéa compte près de 900000 habitants. Le wali est un homme responsable ; il veut assurer la sécurité de tous ; il n’est pas fanfaron ; il est conscient de la gravité de la situation. Pourtant, devant ses deux interlocuteurs français, il rend responsable la colonisation française du retard que connaît l’Algérie et de la tragédie qui risque de l’emporter. Imaginons un préfet recevant une délégation d’immigrés et faisant porter sur l’immigration la responsabilité des malheurs, de l’insécurité, de l’appauvrissement, etc. de la France ! Or, à quelques km de son bureau, des habitants de Tibérine et même des gens de toute la région se font soigner par un vieux moine qui a choisi de vivre à l’écart du monde. L’Algérie est indépendante depuis 34 ans (la scène se passe en 1994 ou 1995 ou 1996) et, à 80 km de la capitale, à 5 ou 6 km d’une grande ville, il n’y a ni médecin, ni infirmier, ni pharmacien. C’est un Français qui supplée un Etat riche, mais défaillant, en dépit de son « socialisme » affiché. Si responsabilité de la France il y a, c’est d’avoir accepté, et de continuer à accepter, que s’installent en France des médecins algériens, qui seraient bien plus utiles à leur pays et à leurs compatriotes s’ils étaient établis à Tibérine ou dans les communes de la wilaya de Médéa, au lieu de contribuer par les dépenses qu’ils prescrivent au déficit abyssal de la Sécurité sociale en France.

Le film montre à deux reprises les moines qui s’entretiennent avec le « chef » du village. Une jeune fille a été égorgée en ville, à Médéa sans doute, parce qu’elle ne portait pas le voile. Chacun de s’indigner. Le chef du village s’exclame (disons que le scénariste et les dialoguistes lui font dire cela, à propos des tueurs, nommés « terroristes ») : « ils n’ont pas lu le Coran ». Eh bien si, ils l’ont lu, ils le connaissent par coeur, ils le récitent, ils appliquent la loi qui y est énoncée. Mais après l’égorgement des Croates tout à côté du village, le film ne montre pas de villageois qui s’indigne.

Les moines sont invités à une fête de circoncision : nombreux plans, longues séquences, youyous, tambourins, mains qui claquent en cadence, boissons, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, sourires, joie collective. Ce que montre le film, c’est l’intégration des moines : ceux-ci sont bien accueillis ou tolérés et invités à « partager » les joies d’une famille, ce qu’ils font sans retenue. Dans le salamlek, ou grand salon des hommes, de la maison en fête, l’imam récite des versets du Coran, dont celui-ci : « donne-nous la victoire (prière adressée à Allah) sur les peuples infidèles ». Cela est dit à haute voix devant des infidèles dont la vie est menacée, les Croates du chantier d’à côté ayant été égorgés peu de temps auparavant, sans que les villageois présents, pourtant si accueillants, si ouverts, si généreux (en apparence) interrompent l’imam et exigent de lui qu’il s’excuse d’avoir prononcé des menaces discourtoises contre leurs invités infidèles. Imaginons en France un prêtre lançant, devant des invités musulmans, des appels à la « croisade » ou à tuer de l’infidèle…

Un plan assez long montre le prieur écrivant du courrier. On ne sait qui est le destinataire de la lettre. On voit la plume qui court sur le papier, on distingue quelques mots, dont « s’il plaît à... », puis on lit, tracés un peu maladroitement, à la fin de la lettre, trois mots arabes (la caméra s’attarde sur ces mots) : « in chaa allah ». Cette invocation d’Allah est souvent interprétée comme l’expression de la résignation ou du fatalisme islamique. Je ne sache pas qu’elle soit conforme au christianisme, d’un point de vue théologique s’entend. Or, c’est la seule phrase écrite par le prieur qui soit lisible dans le film.

Lors de la nuit de Noël, une altercation oppose le prieur au chef des musulmans de la montagne qui ont égorgé les Croates et qui sont venus au monastère pour enlever le « toubib » et l’obliger à soigner leurs blessés, ce que frère Luc veut bien faire, mais au dispensaire (il est trop fatigué pour crapahuter dans la montagne sous la pluie froide). En manque d’arguments, le prieur cite à l’adresse des égorgeurs un verset du Coran où il est question de Jésus. Il y a 2 ou 3 versets dans le Coran où le nom de Aissa ou Issa, c’est-à-dire « Iechoua » (de Nazareth) est cité. Son intention est de représenter l’importance que la nuit de Noël, « une nuit de paix », revêt pour les moines (pour un chrétien, la grande fête est Pâques, et non pas Noël - bon, n'insistons pas là-dessus) et leur désir de célébrer la naissance de leur Seigneur. Dans ce verset, « sidna aïssa », « notre maître » ou « notre seigneur » (mais avec une minuscule) est désigné comme « le prince de la paix ». Frère Christian, récitant ce verset, reprend à son compte cette désignation, laquelle est clairement antichrétienne. Pour les chrétiens, Jésus est l'Oint du Seigneur, il est le fils de Dieu et Dieu lui-même. Or, c’est cette nature-là  que nient le Coran et l'islam. Pour eux, Jésus est un prophète, basta, et rien d’autre... Ce qu’il y a de consternant, c’est que le metteur en scène, le dialoguiste, le scénariste d’un hommage à une communauté de moines aient pu faire dire par le comédien qui joue leur prieur un verset coranique qui nie le christianisme.

 

De toute évidence, le metteur en scène et le scénariste ont choisi de célébrer le « dialogue islamo-chrétien ». C’est un parti pris. Il est vrai que c’est le choix du prieur, Frère Christian : dans l’état civil, Christian de Chergé, joué dans le film par Lambert Wilson. Or, ce dialogue est un dialogue de sourds. Plus exactement, il y en a qui sont à l’écoute des autres ou de l’Autre (les moines), et il y en a d’autres qui sont sourds à l’Autre (les villageois, l’islam, les autorités, l’imam, etc.). Les moines s’intéressent à l’islam, le prieur lit le Coran et le cite ; mais les villageois qui vivent à côté du monastère ne manifestent aucun intérêt, même pas un intérêt suscité par la courtoisie ou la politesse, pour le christianisme, pour la foi de ces moines, pour les Evangiles. Certes, ces partis pris, parfaitement recevables bien entendu, donnent un sens au film, mais risquent d’abuser tous les spectateurs de bonne volonté. On parle beaucoup dans et hors de ce monastère, ce qui est paradoxal pour des trappistes, dont la règle impose le silence. A l’intérieur, on débat d’un départ possible ; à l’extérieur, on dialogue d’abondance, mais jamais du Christ, ni des Evangiles, ni du christianisme. Le dialogue est à sens unique ou asymétrique. De ce point de vue, le titre aurait dû être : De Moines et de Dieu, le seul Dieu dont la présence se fait sentir est le Dieu que célèbrent, prient, adorent ces moines.

 

 

22 septembre 2010

Savent-ils compter ?

 

 

            En 1981, Mitterrand a accordé une cinquième semaine de congés payés (soit 40 h) et a fait réduire à 39 h la durée légale de la semaine de travail - soit, si l’on compte 47 semaines de travail dans l’année, 47 h de travail en moins. Si l’on ajoute le 8 mai, déclaré férié, cela a mis à la charge des entreprises, mais des seules entreprises française ou établies en France : 40 h + 47 h + 8 h = 95 h. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Pour faire face à ces charges nouvelles, les entreprises ont ou bien fermé les usines en France et les ont reconstruites à l’étranger, ou bien acheté des machines et des robots pour remplacer les ouvriers. En l’espace de quinze ans, le nombre de chômeurs a triplé, malgré l’abaissement à 60 ans de l’âge de la retraite, le recours systématique aux départs en pré retraite, le recrutement massif de fonctionnaires en surnombre, les TUC et CES et autres faux emplois de « solidarité » larmoyante. Pendant la même période, on estime que quelque deux millions de jeunes Français ont dû s’exiler pour ne pas être condamnés à la mendicité. Dans l’histoire de France, Louis XIV et Mme de Maintenon sont honnis, parce que la révocation de l’Edit de Nantes a provoqué l’exil de deux cent à trois cent mille Protestants. Que diront nos descendants de Mitterrand, Mauroy, Jospin, Fabius, etc. qui ont condamné à l’exil dix fois plus de Français ?

En 1997, alors que les entreprises recommençaient à créer des emplois, Aubry, Jospin, DSK et leurs acolytes socialos gauchistes ont cru qu’ils devaient renouveler les expériences suicidaires de 1981 et se sont mis à favoriser à nouveau les salariés marocains, polonais, mexicains, etc. au détriment des salariés français. Sont-ils trop stupides pour tirer les leçons des débâcles du passé ou bien haïssent-ils les Français au point de leur préférer en toute circonstance les étrangers ? Les 35 heures, outre qu’elles ont coûté en année pleine près de cent milliards de francs au budget de l’Etat, qui alourdissent la dette, qu’un jour, il faudra que nos enfants paient, coûtent aux entreprises 4 heures pendant 47 semaines, soit 188 heures, par an et par salarié, soit le double des décisions de 1981. 188 h équivalent à cinq semaines de congé supplémentaires, qui s’ajoutent à celles qui existent déjà. Aubry, Jospin, DSK et leurs acolytes ont déclaré la guerre aux entreprises françaises, et aux seules entreprises françaises. S’ils avaient voulu qu’elles s’installent toutes à l’étranger, ils ne s’y seraient pas pris autrement. En attendant, les salariés français paient la facture. Elle est lourde et se présente sous la forme de plans de restructuration, de suppressions massives d’emplois, de fermetures d’usines, de transferts d’activités à l’étranger, de délocalisations à l’infini. Même les services sont touchés, même les activités d’ingénierie et de marketing.

Cela n’est pas terminé. Ce qui fait plaisir quand on écoute les socialistes, communistes, gauchistes, écologistes, etc. c’est qu’ils ne savent pas compter. Entendons-nous bien : ils comptent, et très bien, sans jamais se tromper, sinon à leur avantage, leur propre argent, leurs propres biens, leurs propres sources de revenus, etc. Quand leur intérêt personnel est en jeu, ils comptent juste. Mitterrand n’a pas pris sa retraite à 60 ans ; il a continué à travailler jusqu’à 76 ans ou plus ; Mauroy a 82 ans, il est toujours en activité ; Rocard a 80 ans, il est gâteux, mais il n’a pas pris sa retraite, etc. Si Aubry n’avait travaillé que 35 heures par semaine, elle n’aurait jamais intégré l’ENA, elle n’aurait jamais été députée, jamais été ministre, jamais été maire, jamais été premier secrétaire du PS.

Mais, quand l’argent est public, les comptes justes soudain se dissipent. Avec Aubry, la retraite à 35 heures est sans doute pour bientôt.

 

La politique des socialistes et autres gauchistes se ramène au slogan « prolétaires de tous les pays, unissez-vous et prospérez », à condition d’y ajouter « sur le dos des salariés français » ou encore « faites ce que je vous dis de faire, ne faites surtout pas ce que je fais ». Se tiendraient-ils pour de très mauvais exemples ?

 

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08 septembre 2010

Lapidation

 

 

Le mot, emprunté au latin lapidatio, « action de jeter des pierres », est attesté au XIIIe siècle, où il est en concurrence avec lapidement, dérivé du verbe lapider, en particulier quand il s’agit évoquer la mort en martyr de Saint Etienne : "le lapidement de Saint Etienne".

Dans l’ancienne langue française, le mot est d’un emploi relativement rare. C’est la preuve que l’acte qui consiste à tuer autrui à coups de pierres, que ce soit pour des raisons religieuses ou comme sentence judiciaire ou pour tout autre raison, n’avait pas ou n’a pas eu d’existence en France. C’est aussi ce que l’on peut inférer d’une consultation des anciens dictionnaires : celui de Furetière (1690), où lapidation est défini ainsi : « mort ou blessure causée par des coups de pierres jetées par une multitude de peuple » et où ce sens est illustré par des exemples pris à l’Antiquité et au monde juif ancien : « Paul assista à la lapidation de saint Etienne ; la lapidation était ordinaire chez les Juifs ; on abandonnait les criminels au peuple, qui les assommait à coups de pierre » ; ou celui de l’Académie française : « (1694, 1718, 1740, 1762, 1798) Supplice de ceux qu’on assommait à coups de pierre » (la lapidation de saint Etienne) ; « (1835, 1879) Action d’assommer quelqu’un à coups de pierres et supplice de ceux qu’on faisait mourir ainsi » (la lapidation de saint Étienne ; la lapidation était en usage chez les Juifs) ; « (1932-35) Action de lapider » (la lapidation de saint Étienne) ; « (neuvième édition, en cours de publication) Action de lapider ; supplice que subit une personne qu’on lapide » (Le Deutéronome vouait à la lapidation le blasphémateur, l’idolâtre, le devin, la femme adultère ; la lapidation de saint Étienne) ; ou le Trésor de la langue française (1971-94) : « Action de tuer quelqu’un à coups de pierres ; supplice de ceux que l’on fait mourir de cette façon ».

Les rédacteurs de L’Encyclopédie (1751-64) en font, à juste titre, un supplice disparu, mais qui était « fort usité parmi les Hébreux; les rabbins font un grand dénombrement des crimes soumis à cette peine. Ce sont en général tous ceux que la loi condamne au dernier supplice, sans exprimer le genre de la mort ; par exemple, l’inceste du fils avec la mère, ou de la mère avec son fils, ou du fils avec sa belle-mère, ou du père avec sa fille, ou de la fille avec son père, ou du père avec sa belle-fille, ou d’un homme qui viole une fille fiancée, ou de la fiancée qui consent à ce violement, ceux qui tombent dans le crime de sodomie ou de bestialité, les idolâtres, les blasphémateurs, les magiciens, les nécromanciens, les violateurs du sabbat, ceux qui offrent leurs enfants à Moloch, ceux qui portent les autres à l’idolâtrie, un fils rebelle à son père et condamné par les juges (…) ».

Autrement dit, dans cette aire de civilisation que l’on appelle Occident, la lapidation est un supplice qui n’a jamais eu cours et qui, en théorie, n’a pas cours ou n’a pas lieu d’être. Tout s’y oppose : la loi, la compassion, le respect d’autrui, l’horreur de la barbarie et le message du Christ. Pourtant, cela n’empêche pas que ce terme, horrible, non pas en soi, mais parce qu’il désigne des réalités de la dernière barbarie, soit employé dix fois, cent fois, mille fois, que dis-je : cent mille fois, par jour dans les medias et les conversations. C’est devenu un tube depuis trente ou quarante ans : lapider, lapidation, femmes lapidées, lapidateurs, etc. dès qu’il est question d’islam, la religion, ou d’Islam, la civilisation, cette grande « religion » « d’amour » et de « paix », sans que, jamais, la répétition à l’infini de ces mots et des actes qu’ils désignent n’amènent nos aimables commentateurs d’actualité, journaleux, médiaux, consciencieux du social, politiqueux, cultureux et socio-cultureux, à s’interroger sur l’islam et sur les réalités de l’islam : chut, silence dans les rangs, l’omerta est si assourdissante que l’on entend les mouches voler au-dessus des cadavres suppliciés en Iran, en Arabie, en Somalie, en Afghanistan, et ici ou là dans les bleds reculés de tel ou tel pays arabe. Le mot est dans toutes les bouches, à en donner la nausée ; la chose est taboue, et ceux qui l’approuvent (un milliard de musulmans ou plus) sont sanctifiés de sainte nitouche ou des touche pas à mon pote pourri, il est sacré.

Il y a plus. Le succès de lapidation est à sens unique. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Rousseau emploie lapidation, non seulement pour désigner un supplice barbare, mais pour nommer le « fait d’être attaqué à coups de pierres » : (1782, Les Rêveries du Promeneur solitaire) « C’est dans cette île que je me réfugiai, après la lapidation de Motiers ». Or, il ne se passe de jour, que dis-je ? d’heure, de minute, de seconde, en France, « patrie des droits de l’homme » (patrie, que dis-je ? matrice), sans que de malheureux flics, conducteurs d’autobus, pompiers, etc. qui sont aussi des hommes ou des femmes, comme n’importe quelle Sakineh iranienne, soient lapidés : attaqués à coups de pierres, les agresseurs ayant pris au préalable le soin de constituer une réserve de pierres, dont les dimensions et le poids sont parfaitement conformes à la loi islamique, ni trop petites, parce qu’elles ne feraient pas mal, ni trop grosses, parce qu’elles tueraient d’un coup, alors que le but est de tuer à petit feu le supplicié, de le faire souffrir le plus longtemps possible. Or, de ces lapidations, avérées, attestées, orthodoxes, conformes à la loi islamique, il n’est rendu compte nulle part dans les medias. Silence dans les rangs, on ne moufte pas mot, on fait dans son froc, au cas où… BHL ne montre pas ses seins à la télé pour si peu. Ou bien en use de beaux euphémismes : caillasser, caillassage, caillasseur… C’est qu’il faut que personne ne sache que l’on lapide en France et que les lapidateurs sont ceux qui, s’ils étaient restés dans leur pays, lapideraient en rigolant grassement les femmes dites adultères, les étrangers et bien entendu les juifs.

 

 

04 septembre 2010

Malvenue à Joseph

 

 

Réponse parodique à la Canadienne qui, dans Le Monde, écrit en français langue étrangère

 

 

 

Joseph, tu n’es pas le bienvenu en France. Quand tu es venu au monde, le visage de tes parents, de ta sœur et de tes deux frères s’est éclairé de bonheur ; tu as fait la joie de tes grands-parents et de quelques-uns de tes arrière grands-parents encore en vie. Tu es né Français de parents français ; tes parents sont nés Français de parents français ; tes grands-parents aussi, et ainsi de suite depuis la nuit des temps, c’est-à-dire depuis le début de l’histoire de France. Tes ancêtres étaient ouvriers agricoles ou métayers ou journaliers ou manœuvres ou tacherons ou soldats. Pendant un millénaire et demi, ils ont retourné la terre de France, embelli les paysages, débroussaillé, semé, planté, cueilli, récolté ; ou bien ils sont morts aux frontières pour faire de la France un havre de liberté dans un monde de servitude.

            Pourtant, tu n’y as plus d’avenir. Tu te prénommes Joseph, et non pas Jalil ; tu es chrétien, et non pas musulman ; tu es né Français de parents, grands-parents, arrière grands-parents français, et non pas, comme l’impose la norme parfaite et le voudrait la Canadienne qui écrit en français langue étrangère, de parents tunisiens, canadiens, bulgares, hollandais, etc. etc. etc. Il n’y a plus de terre sur cette terre pour des enfants comme toi, plus d’asile possible, plus d’exil, plus de repli, plus de havre. Un jour, tu seras humilié, parce que tu ne t’appelles pas Jalil ; ou battu à mort pour un regard ou parce que tu ne courbes pas l’échine, que tu ne baisses pas la tête, que tu ne rases pas les murs ; ou lapidé, parce que, pendant le mois de ramadan, qui n’existe pas dans ton calendrier, tu jeûnes la nuit et non la journée ; ratonné, parce que tu auras traversé par mégarde un quartier islamique ou une ville placée sous la coupe de l’islam et qui n’aura plus rien de française ; ou égorgé, parce que tu manges encore de la charcuterie.

Dans quinze ou vingt ans, tu seras livré aux barbares.

Pendant des siècles, tes ancêtres ont accueilli des étrangers qui ont trouvé en France dignité, prospérité, liberté. En échange de quoi, ils ont été remerciés par des effusions de gratitude infinie. Tu te satisferais d’indifférence polie. Mais au lieu d’un zeste de politesse, tu as droit à la haine. Sans cesse, tu es dénoncé. Ce qui t’est reproché, c’est d’être Français, c’est-à-dire d’être d’une sous-race, inférieure et sans valeur, et par tous les Jalil de la Canadienne. Les ancêtres de Jalil ont vécu comme des nababs grâce aux razzias ; ils ont prospéré de la vente des biens razziés, ces biens étant des hommes, des femmes, des enfants ; et c’est toi, dont les ancêtres étaient paysans, qui es accusé de descendre de trafiquants d’esclaves. En moins d’un siècle, les ancêtres de la Canadienne ont tué des centaines de milliers d’Algonquins, de Cris, de Hurons, de Mohicans, etc. à qui ils ont volé terres, paysages, maisons, droits de vivre. Ce que la Canadienne appelle de ses vœux, c’est la répétition en France des crimes commis au Canada : mépris de tous les autochtones et de tous les Joseph de France, nettoyage ethnique, extermination des indigènes, génocide des indiens, et cela avec l’aide des Tunisiens, de l’islam, des musulmans fous furieux.

Ton avenir, Joseph, est de devenir l’esclave des Jalils de la Canadienne. Je suis sûr que tu maudiras ceux qui t’ont condamné à cette existence d’humiliation.

 

 

15:57 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, france, société

31 juillet 2010

De la civilité à la civilisation

 

 

De la civilité française enfuie à la civilisation universelle

 

 

 

Dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872), Littré note que « civilisation n’est dans le Dictionnaire de l’Académie qu’à partir de l’édition de 1835, et n’a été beaucoup employé que par les écrivains modernes, quand la pensée publique s’est fixée sur le développement de l’histoire ». Civilisation est donc un mot récent, que les Académiciens ont hésité à enregistrer, ce qui laisse penser que la notion de civilisation, qui nous paraît si naturelle, n’allait pas de soi dans la France des siècles classiques. Enfin, le succès du mot est lié à l’intérêt croissant que les Français ont manifesté au XIXe siècle pour l’histoire. Presque tout a été dit sur civilisation par l’historien Lucien Febvre (Civilisation. Le mot et l’idée, 1930), puis par deux philologues, Ferdinand Brunot (Histoire de la langue française, tome VI, 1930) et Joachim Moras (Ursprung und Entwickelung des Begriffs der Zivilisation in Frankreich, 1756-1830, Hambourg, 1930), enfin par un linguiste, qui était aussi un admirable philosophe, Emile Benveniste (« Civilisation. Contribution à l’histoire du mot », Hommage à Lucien Febvre, Paris, 1954, et Problèmes de Linguistique générale, tome I, 1966). Ce mot, qui est « un des termes les plus importants de notre lexique moderne » (Benveniste), a été inventé en 1756 par Mirabeau dans L’Ami des hommes ou Traité de la population : « La Religion est sans contredit le premier et le plus utile frein de l’humanité ; c’est le premier ressort de la civilisation ; elle nous prêche et nous rappelle sans cesse la confraternité, adoucit notre cœur, etc. ». Dans un manuscrit intitulé L’Ami des femmes ou Traité de la civilisation, il définit ce terme ainsi : « si je demandais à la plupart en quoi faites-vous consister la civilisation, on me répondrait (que) la civilisation est l'adoucissement de ses mœurs, l’urbanité, la politesse, et les connaissances répandues de manière que les bienséances y soient observées et y tiennent lieu de lois de détail ; la civilisation ne fait rien pour la société si elle ne lui donne le fonds et la forme de la vertu ».

Les définitions actuelles sont différentes. Dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication), la civilisation est « l’ensemble des connaissances, des croyances, des institutions, des mœurs, des arts et des techniques d’une société ». Selon Mirabeau, ce sont les mœurs adoucies, l’urbanité, la politesse, les connaissances, les bienséances tenant lieu de lois, la vertu qui font la civilisation. Selon les Académiciens, ce qui prime, ce sont les arts, connaissances, techniques. Certes, les mœurs sont citées, mais englobées dans un ensemble de réalités matérielles. Selon Littré, la civilisation est « l’ensemble des opinions et des mœurs », mais dans la mesure où ces mœurs « résultent de l’action réciproque des arts industriels, de la religion, des beaux-arts et des sciences ». Dans le Trésor de la Langue française (1971-1994), un lien est établi entre les « valeurs » et le progrès matériel ou technique : « l’ensemble transmissible des valeurs (intellectuelles, spirituelles, artistiques) et des connaissances scientifiques ou réalisations techniques qui caractérisent une étape des progrès d'une société en évolution ». Cette conception moderne de la civilisation ramenée au développement des techniques, connaissance et sciences, est l’objet de nombreuses critiques. Ainsi chez Camus, dans L’homme révolté (1951) : « les illusions bourgeoises concernant la science et le progrès techniques, partagées par les socialistes autoritaires, ont donné naissance à la civilisation des dompteurs de machine qui peut, par la concurrence et la domination, se séparer en blocs ennemis mais qui, sur le plan économique, est soumise aux mêmes lois : accumulation du capital, production rationalisée et sans cesse accrue ».

 

Dans son article sur le mot civilisation, Benveniste note l’écart qui sépare la première attestation en 1568 du verbe civiliser et celle, en 1756, du nom civilisation qui en dérive. Deux faits expliquent ce retard de deux siècles : la rareté, avant le XVIIIe siècle, des noms en – isation et surtout les changements que cette notion provoque dans les conceptions de l’homme et de la société. Attardons-nous sur cette idée. Pour former civiliser, a été ajouté à l’adjectif civil, au sens de « sociable », « poli », « urbain », le suffixe verbal iser qui signifie « rendre » et exprime un changement d’état. Civiliser un ou des individus revient à les changer en bien, à les amender, à les améliorer ou à les polir, ce qui implique qu’ils soient la cible d’un processus d’éducation ou d’instruction, de réflexion ou d’acquisition de connaissances. Pour former civilisation, a été ajouté au verbe civiliser le suffixe nominal ation qui exprime une action ou qui suppose aussi un processus. Autrement dit, ce qu’expriment les suffixes iser et ation du nom civilisation, c’est un double processus ou un second processus qui s’ajoute à un premier processus, un processus au carré en quelque sorte, comme l’exprime Benveniste : « de la barbarie originelle à la condition présente de l’homme en société, on découvrait une gradation universelle, un lent procès d’éducation et d’affinement, pour tout dire un progrès constant dans l’ordre de ce que la civilité, terme statique, ne suffisait plus à exprimer et qu’il fallait bien appeler la civilisation pour en définir ensemble le sens et la continuité. Ce n’était pas seulement une vue historique de la société ; c’était aussi une interprétation optimiste et résolument non théologique de son évolution qui s’affirmait, parfois à l’insu de ceux qui la proclamaient, et même si certains, et d’abord Mirabeau, comptaient encore la religion comme le premier facteur de la civilisation ». De fait, civilisation, parce que ce mot était apte, par ses formes mêmes, à exprimer une évolution, des changements, une mobilité, s’est substitué peu à peu à civilité – emprunté au latin civilitas, lequel, parce qu’il est formé à partir de l’adjectif civilis auquel a été ajouté le suffixe – tas (le français a adopté ce mode de formation latin), est apte à exprimer une qualité, et non un processus, un attribut sinon inné, du moins stable ou permanent ou constant.

Pourtant, si l’on relit la définition de Mirabeau, il apparaît qu’il donne à civilisation le même sens qu’à civilité. En 1762, au moment où Mirabeau invente le nom civilisation pour désigner les mœurs douces, la politesse ou l’urbanité, les Académiciens définissent la civilité comme « l’honnêteté, la courtoisie, la manière honnête de vivre et de converser dans le monde » ou « les actions, paroles civiles, compliments et des autres semblables devoirs de la vie ». La différence entre l’un et l’autre terme est mince. Ils sont l’un et l’autre en rapport avec les mœurs, ce qu’un peuple ou une nation ou une société ont de singulier ou de spécifique. En fait, le sens technique ou matériel de civilisation, à la suite duquel la civilisation va se distinguer de la civilité, apparaît quelques années plus tard chez le célèbre Adam Smith, qui écrit, dans An inquiry into the Nature and Causes of Wealth of Nations (1776), ceci : « It is only by means of a standing army, therefore, that the civilization of any country can be perpetuated or even preserved for any considerable time » (II, p. 310) ; « the invention of fire-arms, an invention which at first sight appears to be so pernicious, is certainly favorable to the permanency and to the extension of civilization » (II, p. 313). Adam Smith ne définit plus la civilisation par les mœurs adoucies ou la civilité, mais par les faits matériels, une invention ou des nouveautés techniques : by means of a standing army ou fire-arms. Dès lors, la civilisation peut non seulement être préservée, mais surtout s’étendre à d’autres pays ou à d’autres nations et être universalisée.

 

En deux siècles, entre Mirabeau (1756) et Camus (1951) et le Trésor de la Langue française (1972-1994), s’est creusé, pour ce qui est de la notion de civilisation, un double abîme : chez Mirabeau, la notion est morale ; chez les modernes, elle est, pour l’essentiel, technique et, si les mœurs sont évoquées, c’est comme le résultat de progrès matériels ; chez Mirabeau, la notion est positive ; chez les modernes, elle est l’objet de suspicions et elle est même parfois négative. Il n’y a pas que la notion qui ait changé. Alors que les mœurs sont spécifiques à un pays, un peuple, une nation, et irréductibles de ce fait, les techniques, les connaissances, les sciences appartiennent à l’espèce humaine. La civilité varie suivant les climats ou les régions ou les peuples. Il existe une civilité française ou une civilisation française dans le sens moral que Mirabeau a donné à ce terme. La civilisation, en revanche, quand elle est technique ou matérielle, dépasse les frontières d’un pays ou le cadre d’une nation. Tant que la civilisation était affaire de mœurs, d’urbanité, de vertu, elle était ou elle pouvait être spécifique ou particulière et elle pouvait être, comme les mœurs, limitée à un pays ou à une nation : elle était propre à la France ou aux Français ou aux Anglais, aux Russes, aux Egyptiens. Entendue ainsi, il existe donc une civilisation française. Mais à partir du moment où la civilisation se caractérise par le niveau de vie matériel ou le développement industriel, elle est indépendante de quelque particularité que ce soit, nationale, ethnique, religieuse. Commune à plusieurs peuples ou même à tous les peuples, elle n’a plus rien de propre à la France, au Canada, à l’Angleterre. Elle est occidentale ou impériale ou matérielle ou technique ou mondiale. Ainsi la civilisation des mœurs, dont traite Norbert Elias dans un ouvrage célèbre et qu’il attribue en propre à la France, n’est rien d’autre que la forme française de la civilité. S’il existe une civilisation pouvant être qualifiée de française, elle se trouve dans cette vieille civilité ou urbanité ou douceur de mœurs ou politesse qui est, hélas, en voie de lente disparition en France, mais qui a fait, avec l’art de la conversation, la courtoisie, l’égalité entre les hommes et les femmes, la douceur de vivre, la grandeur de la civilisation française, et à laquelle l’écrivain Renaud Camus (Du Sens, P.O.L. 2002) essaie de redonner un sens : « La civilisation (…) a été inventée pour canaliser la violence et pour rendre possible l’aventure individuelle de chacun, le travail par lequel l’individu devient tout ce qu’il peut être, sans nuire à ses voisins et sans être gêné par eux… Comme l'éducation (…), la civilisation implique un être-moins pour un être-plus. On donne un peu pour recevoir beaucoup. On sacrifie la réalisation d’une part de ses pulsions, celle qui impliquerait pour les autres un dérangement, une nuisance, la nocence, pour se voir offrir en échange toute liberté d’aller au bout de toutes les autres. Par l’entremise du contrat, de la forme, de la syntaxe, du détour, on renonce à une partie de soi pour avoir liberté d’être tout ce qu’on peut être ».

 

 

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25 juillet 2010

Camus au Panthéon ?

 

 

 

Albert Camus (1913-1960) est de toute évidence un des grands écrivains du XXe siècle dont les Français se rappellent ou, s’ils ne le font pas, devraient se rappeler, l’œuvre et les engagements de résistant en faveur de la liberté. Assez rapidement, il a obtenu ce à quoi tout écrivain aspire : la reconnaissance, comme en témoignent la diffusion mondiale de deux romans, toujours publiés, L’Etranger (1942) et de La Peste (1947), l’influence des éditoriaux du quotidien Combat, dont il a dirigé la rédaction pendant quelques années, le relatif succès de ses essais, de ses pièces de théâtre, de ses mises en scène et l’obtention du prix Nobel de littérature en 1957, alors qu’il était relativement jeune. Certes, il écrivait moins bien et moins facilement ou plus laborieusement que Sartre, avec qui il était en concurrence, Sartre étant sans doute plus grand écrivain que lui, mais aussi plus obtus. Certes, il a été la cible de l’intelligentsia et des compagnons de route qui voyaient dans le communisme l’avenir de l’humanité et dans Staline le guide infaillible des peuples, avenir qu’il tenait pour un enfer. Certes, ses positions sur son pays natal, l’Algérie, dont il espérait qu’il deviendrait un pays souverain composé de deux peuples, ont été incomprises et le FLN a tout fait pour les rendre inapplicables. Certes, en sa qualité d’écrivain, de journaliste, d’homme public, il est un exemple de la résistance nécessaire à l’imbécillité des clercs, au dogmatisme, au langage devenu fou, mais cet exemple est suivi par peu d’intellectuels. Olivier Todd est sans le plus fidèle ; Alain Finkielkraut, même s’il n’est pas un disciple de Camus à proprement parler, aussi. Mais ce que Jean Daniel, qui se prend pour le commandeur, retient de Camus, c’est de la moraline, qui dissuaderait, si elle avait du crédit, de lire Camus.

De son vivant, Camus a obtenu la reconnaissance de la « république des lettres » ; il mérite, de toute évidence, un demi-siècle après sa disparition dramatique, d’obtenir, et avec les honneurs, la reconnaissance de sa patrie. C’est, pratiquement le seul de tous les grands écrivains de notre histoire, un authentique enfant du peuple, issu d’une famille de prolétaires et dont la mère ne savait ni lire ni écrire, et qui doit une partie de ce qu’il est devenu à (feue ?) l’école de la République. Mais le transfert de ses restes au Panthéon, alors que sa tombe dans le petit cimetière d’un village du Lubéron est si émouvante, n’est peut-être pas le meilleur hommage qui puisse lui être rendu.

A tous ceux qui sont français depuis la nuit des temps et qui pensent que la France n’a pas commencé en 1789 ou en 1871, le Panthéon n’est pas un sujet de fierté. Pendant un siècle, ce bâtiment à l’architecture monumentale néo-classique a été l’enjeu de conflits idéologiques, de polémiques stériles, de batailles stupides, qui ont pris fin en 1885, à la mort de Victor Hugo, par épuisement des combattants. Alors que Louis XV, roi de France, le destinait à devenir une église consacrée à sainte Geneviève, la patronne de Paris, la Révolution, en 1791, au moment où il a été achevé, en a fait un temple semblable à ceux des anciennes religions païennes, un « panthéon », dans lequel seraient inhumés et célébrés, non pas des dieux, mais des grands hommes. Il exprime donc le triomphe de la religion des modernes, religion immanente, sociale et occultiste, sur la transcendance chrétienne. L’inscription gravée sur le fronton, « aux grands hommes, la patrie reconnaissante », en résume la fonction. Mais qui peut croire encore dans les « grands hommes » quand règne partout le relativisme généralisé et que « tout se vaut » ? Dans une époque d’égalitarisme forcené, il y a des hommes et des femmes, il y a des mômes et des ados ; mais aucun n’est, n’a été ou ne sera « grand ». Il en va de même de la « patrie ». Un pays qui a pour seul horizon l’absence de frontières, la même nationalité pour tous, l’accueil de tous, d’où qu’ils viennent, n’est plus la patrie de quiconque. Peut-être celle des vins ou des fromages ? Quant à la reconnaissance, cette notion n’a plus guère de validité dans un pays miné par la repentance, par l’ingratitude, par le ressentiment. Autrement dit, cette inscription ne signifie plus grand-chose, et surtout pour accueillir un écrivain qui, pendant toute sa vie, a voulu donner ou redonner un sens plein et fort aux « mots de la tribu ». Certes, quelques grands écrivains sont inhumés au Panthéon, mais aussi Resnier, Cabanis, Sers, de nombreux généraux d’Empire et des hommes grands par leur servilité ou leur empressement à servir non pas leur patrie, mais un régime.

La République a mieux à offrir aux écrivains qu’un enterrement au Panthéon. Sa mission est de faire en sorte qu’ils soient lus longtemps, par le plus grand nombre de citoyens possible ; et pour cela, elle doit veiller à ce que tous les élèves apprennent à lire et qu’ils acquièrent à l’école le goût des grands œuvres de notre patrimoine et des auteurs qui les ont écrits. Chacun sait aujourd’hui qu’elle a renoncé depuis près de trente ans à cet objectif, éminemment « citoyen » pourtant, et que l’école de la République a jeté aux orties depuis longtemps les grands auteurs ou les grandes œuvres, y préférant l’anecdotique, l’insignifiant ou même le rien. Camus resterait plus longtemps une « pierre vive » pour les Français, si, au lieu d’être caché dans une crypte de ce monument néo-classique, il était sinon lu par tous les élèves de France, du moins accessible à la majorité d’entre eux.

 

 

24 juillet 2010

La gauche n'est plus à Gauche

 

 

Ce titre doit être compris ainsi : les associations politiques que, par facilité ou habitude, on classe à gauche (avec un g minuscule) ont renoncé aux idées qui, depuis trois siècles environ, définissent la Gauche (avec un G majuscule). Parodiant l’hémistiche célèbre “ Rome n’est plus dans Rome ”, on dira, sans vouloir offusquer qui que ce soit, que “ la gauche n’est plus à Gauche ”. Depuis deux siècles au moins, être de Gauche, c’était prendre le parti des déshérités, faire primer l’intérêt général ou le bien public sur les intérêts privés ou corporatistes, ne pas se résigner à l’ordre naturel des choses. Désormais, être de gauche, c’est faire cyniquement les choix inverses. La gauche ne se soucie plus des gens de peu. Les ouvriers, les chômeurs, les employés, les paysans, les exclus, en bref tous qui sont dits ou qui pourraient être dits exploités, pauvres, laissés pour compte, désormais désertent les bureaux de vote lors des élections à enjeu national ou bien ils accordent, par dépit plus que par conviction, leurs suffrages au Front national, alors que, il y a vingt-cinq ans, une majorité d’entre eux votait pour les partis de gauche (socialiste, communiste ou gauchistes). La gauche n’a pas le monopole du cœur, si tant est qu’elle l’ait jamais eu, puisque, pendant les vingt années, de 1981 à 2002, durant lesquelles elle a gouverné, le pouvoir d’achat du salaire ouvrier moyen a stagné, alors qu’il avait crû de 60% entre 1960 et 1980, quand la “ droite ” était aux affaires. La gauche ne se soucie plus de l’intérêt général. En 1685, quand Louis XIV a décidé d’annuler l’Edit de Nantes, près de deux cent mille artisans, paysans, marchands, médecins, petits industriels, dont le seul crime était de « protester » ou, comme on disait alors, d’être de la RPR ou Religion Prétendument Réformée, se sont exilés. Pendant trois siècles, les écrivains, les penseurs, les hommes politiques fidèles à la Gauche ont jugé, à l’instar de Voltaire et à juste titre, que cette révocation avait été la pire des catastrophes que la France ait connues depuis qu’elle existe. Or, pendant les vingt années que la gauche a exercé le pouvoir, près de deux millions de Français ont été contraints aussi de s’exiler, pour échapper au chômage ou parce qu’ils jugeaient que l’augmentation des prélèvements obligatoires, décidée après 1981, les incitait à exercer leurs talents sous des cieux plus cléments. La Révocation a été précédée entre 1679 et 1685 de décisions économiques dont l’objectif, identique en cela à la politique de la gauche actuelle, était d’empêcher des catégories données de la population de travailler et de prospérer. Aujourd'hui, la religion n'est plus ce qu'elle était jadis : dans ce rôle, l'économie l'a remplacée. Apparaît une réalité détestable mais éloquente, à savoir que la gauche a contraint à l’exil dix fois plus de Français que ne l’avaient fait les très honnis Mme de Maintenon, Louvois et Louis XIV. Ce qui aggrave la catastrophe, c’est que les émigrés actuels font profiter de leurs mérites ou de leurs capitaux la Grande Bretagne, les Etats-Unis, le Canada, la Suisse, la Belgique, l'Australie, etc. tandis que la saignée humaine est compensée par l’arrivée massive d’ayant droits analphabètes ou simplement cupides venus de tous les horizons du tiers monde. L’échange inégal, c’est la France qui, plus que tout autre pays au monde, en pâtit. Pour la première fois de notre histoire, des hommes politiques ont remplacé, subrepticement ou, pis, sans en prendre conscience, des générations de jeunes autochtones bien formés, instruits, dynamiques, désireux de produire des biens et des services ou de contribuer à la création de richesses, par des fantômes déboussolés dont l’instruction est proche de zéro et la volonté de s’agréger à une démocratie, solidaire et développée, encore plus faible. La gauche ne se soucie pas de s’opposer au nouvel ordre des choses, même s'il est inhumain. Elle a beau invoquer, de plus en plus discrètement d’ailleurs, 1792, la “ levée en masse ”, Valmy, les volontaires de l’An II, elle a renoncé à résister. Déjà en juin 1940, elle avait montré un visage hideux, quand les partis qui s’en réclament avaient préféré s'asservir à un ordre inhumain plutôt que de continuer la guerre pour rétablir la souveraineté de leur pays et rendre aux Français les libertés abolies.

La réalité qu’on ne veut pas voir, bien qu’elle crève les yeux, est que la gauche n’est plus à Gauche. Elle s’est délestée de ce qui la légitime, pour se convertir à des idées hostiles aux Lumières ou à la Déclaration de 1789, soit qu’elles viennent de la “ réaction ” ou même de l’extrême droite, comme la critique du savoir et la défiance à l’égard du libre examen, soit qu’elles s’enfoncent dans le passé archaïque de l’Europe, telles le mépris des nations, la fascination pour les communautés et la croyance dans la fin de l’histoire, comme si, désormais, la gauche était convaincue que la France n’avait rien à apporter aux Français et rien à dire aux autres hommes, sinon que, grâce à l’AME ou Aide Médicale d’Etat, ils ont le “ droit ” de s’y faire soigner sans limites, sans contrepartie et sans contribuer de quelque manière que ce soit aux abyssales dépenses que ces soins entraînent.

 

 

Le savoir qui éclaire et qui émancipe, celui qui s’est épanoui au XVIIIe siècle dans L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, ou au début du XIXe siècle, dans La Description de l’Egypte, a donné une méthode, qui consiste à établir les faits et à s’assurer que les faits sont bien tels qu’on dit qu’ils sont, et grâce à laquelle il est possible d’atteindre sinon la Vérité, du moins des fragments fragiles et partiels de vérité. Les croyances, les opinions, la foi, tout honorables qu’elles sont, s’effacent devant les faits, lesquels sont soumis à un examen raisonné. C’est ainsi que Montesquieu, Voltaire, Diderot, d’Alembert, Fontenelle, etc. ont procédé. Or, la gauche a renoncé au libre examen. Au grand dam de Raymond Aron ou de Jean-François Revel, elle a cru qu’il était de son devoir de s’en dispenser, tout en exigeant de la droite qu’elle s’y plie. En effet, le seul exercice de la raison l’aurait amenée à critiquer les principes, qu’elle juge stupidement parfaits, du marxisme et à reconnaître l’action criminelle des partis qui ont imposé par la force la prétendue “ socialisation des moyens de production et d’échange ”, id est qui ont fait main basse sur les richesses d’un pays à leur seul profit et au détriment des peuples. En niant les faits qui sapaient la croyance marxiste, la gauche a renié Montesquieu, Voltaire, Diderot ou d’Alembert.

Ce qui caractérise la gauche, c’est au mieux la méfiance du savoir, au nom du relativisme généralisé ou de l’égale dignité des cultures, au pis les procès qu’elle intente à la connaissance, si celle-ci est occidentale ou d’origine occidentale. Orientale ou africaine ou asiatique ou lapone, quelle qu’elle soit, même si elle est magie ou superstition, elle est louée sur le ton onctueux des dévots. Dans les années 1960, les thèses léninistes ou maoïstes, de Bourdieu, de Foucault, des déconstructeurs, ont submergé la gauche. Pour la gauche désormais, le savoir se confond avec le pouvoir. Il aurait même incité les Allemands à participer, entre 1933 et 1945, aux crimes sans nom du socialisme national et il aurait été hitlérien sans scrupule ni remords. Longtemps, la gauche a cru que la science, source de Vérité absolue, ferait progresser l’homme dans la voie de la Vertu et que, si elle brûlait du charbon marxiste, la locomotive du progrès conduirait l’humanité au terminus de l’utopie sociale. Bien entendu, il n’en a rien été. La science n’a pas produit d’homme nouveau, elle n’a pas régénéré l’humanité, elle n’a pas créé de société parfaite. Ses effets, qui ont été réels, sont plus modestes. Grâce à elle, les conditions matérielles de vie ont été améliorées, les travaux de force pénibles ou dangereux ont été assurés par des machines, l’espérance moyenne de vie à la naissance a doublé ou triplé, les grandes maladies ont été maîtrisées, les famines éradiquées : ce n’est pas rien. De la religion de la science - ou scientisme absurde -, la gauche s’est, semble-t-il, guérie, mais par le ressentiment, qui est le pire des remèdes. Chez elle, le mépris de la science, qui était propre jusque dans les années 1920-1950 à l’obscurantisme ou au dogmatisme religieux, a remplacé la confiance aveugle dans les vertus de la science. Non seulement la gauche se défie désormais de la science, mais même, poussant le ressentiment jusqu’à ses limites extrêmes, elle en freine, depuis qu’elle dirige seule, sans opposition, le Ministère de l’Education nationale, la diffusion et l’enseignement.

 

 

Depuis plus d’un siècle, la gauche se détourne de la nation, quelque définition que l’on donne à nation, sous le prétexte que la nation générerait le nationalisme, que le nationalisme serait facteur de guerres et qu’il aurait produit le nazisme ou le national socialisme, qui aurait dû être dit socialisme national, si le nom allemand Nationalsocialismus avait été correctement traduit. Pourtant, dans l’histoire de France, la nation n’a rien produit de haïssable ; elle n’a causé aucun crime de masse ; elle n’a pas suscité la xénophobie ; elle a toujours accueilli avec générosité les étrangers et les persécutés. Les fruits que la nation a donnés sont la démocratie et l’égalité des citoyens devant la loi et “ en droit ”. En France, la nation est le corps politique qui réunit les citoyens, id est les Français majeurs qui jouissent de leurs droits civiques, et qui fait de ceux qui s’y agrègent des citoyens. Dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’article 3 pose que “ le principe de souveraineté réside essentiellement dans la nation ” et que “ nul corps et nulle autorité ” ne peuvent exercer la souveraineté, s’ils n’émanent pas “ expressément ” de la nation. Le principe est clair et admirable. Les citoyens sont à la fois les dépositaires et les garants de la souveraineté de la France, entendue comme Etat et comme entité politique. C’est d’eux seuls que la loi émane. Or, à la nation ainsi conçue et même contre la nation, la gauche a opposé d’abord l’internationalisme prolétarien, dont on sait dans quels abîmes il a plongé les malheureux peuples qui s’y sont abandonnés ou que leurs dirigeants ont forcés à s’y perdre, puis, dans les années 1970, la “ démocratie associative ”, qui consiste à détourner la souveraineté de tous au seul bénéfice d’associations lucratives sans but et sans autres adhérents que des permanents experts en agit prop.

Ce qu’ont été l’URSS et la Chine, à savoir deux empires coloniaux cimentés par la haine des nations, et les textes oubliés ou méconnus de Marx, Engels, Bernard Shaw et de tous les fondateurs de socialisme, réunis et commentés par Georges Wilson dans La Littérature oubliée du socialisme (Nil éditions, 1999), montrent que la haine de la nation a été, à gauche, chez les marxistes et les léninistes un moteur aussi efficace que la haine des juifs et du christianisme chez les “ nazis ” pour commettre des crimes horribles. De ses longs séjours dans les camps soviétiques, Jacques Rossi a tiré un ouvrage admirable, Le Manuel du Goulag (écrit en russe, traduit d’abord en anglais, et dont une version française réduite a été publiée en 1997 aux éditions du Cherche Midi), dans lequel il passe au crible du libre examen les idées, les lois, les faits qu’il a observés en URSS. Dans les glaces de Sibérie, il a constaté que la TFT, prononcée “ toufta ”, la langue nouvelle du communisme, servait essentiellement à dissimuler les réalités atroces, comme l’atteste les mots nationalistes bourgeois ou Finlandais blanc : “ Dès le lendemain du coup d’Etat bolchevique de 1917, on trouve dans les prisons et dans les camps des gens condamnés pour “ nationalisme bourgeois ”. Si au début il y a parmi les coupables des Russes de “ race pure ”, à partir du début des années 1920, on ne rencontre plus parmi eux que des non russes. L’auteur, qui a connu des dizaines d’établissements pénitentiaires soviétiques de 1937 à 1958, n’a jamais rencontré de Russe avec ce chef d’accusation. En revanche, le nombre de nationalistes bourgeois non russes n’a cessé d’augmenter ”.

Pour la gauche, croire dans la nation est un crime. Le chef d’inculpation nationaliste bourgeois opposé aux Finlandais, Baltes, Ukrainiens, Polonais, à tous les peuples de l’empire soviétique, qui ont refusé que la nation où ils vivaient heureux soit rayée de la carte, révèle le mépris sans limites dans lequel la gauche tient la nation. Quant au terme de Finlandais blanc, il “ apparaît, écrit Jacques Rossi, lors de la tentative d’annexion de la Finlande par l’URSS en 1917-1918, et réapparaît en 1939, au moment de l’agression de la Finlande par les Soviétiques ”. Autrement dit, défendre son pays occupé est un crime bourgeois, selon les partisans de cet internationalisme prolétarien dont la gauche a fait un horizon indépassable. Dans la réalité des choses, ce que Marx, Mao, Lénine, Pol Pot, etc. ont nommé socialisme a consisté à ressusciter ce qui se trouve aux antipodes de la nation et qui est son contraire absolu, à savoir les communautés archaïques, villageoises, ethniques ou urbaines, que les Lumières et le développement scientifique ont ébranlées tout au long du XIXe siècle, comme, en Allemagne, le socialisme national a tenté de retrouver l’énergie pure et originelle des peuples primitifs d’Europe (aryens, celtes, ligures) que le christianisme et le judéo-christianisme, en faisant de l’amour ou de la compassion les fondements de civilisations nouvelles, auraient affadie. En rejetant la nation, la gauche rend caduc l’article 2 de la Déclaration de 1789, lequel pose que  “ le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme ”. A gauche, désormais, propriété, liberté, sûreté (id est sécurité), résistance à l’oppression sont des mots tabous, dont la disparition dans les discours politiques montre à quel point la gauche s’est éloignée de ce qui, en théorie, est la Gauche.

 

 

La laïcité différencie et discrimine. Elle sépare ce qui relève de la vie privée des citoyens, et qui ne regarde qu’eux, de ce qui appartient à l’espace public, où la neutralité est la règle absolue. Les Français ne sont citoyens que dans l’espace public que forment l’Etat, les services publics, l’école, le savoir, la connaissance. Chez eux ou dans les lieux privés, familles, clubs, associations, églises, etc. ils sont qui ils veulent. Dans l’espace public, il leur incombe, non pas de renoncer à leur identité, mais de la reléguer au second plan. La laïcité est liée au savoir qui émancipe et à la nation qui libère. L’école est une institution d’instruction publique. Là, les élèves sont formés aux savoirs élémentaires et initiés à la liberté de l’esprit. C’est pourquoi toute école, même si elle est privée, est laïque, quand elle a pour objectif d’instruire, et que l’école “ de gauche ”, qui s’est défroquée de sa mission, ne l’est pas. De même, à partir du moment où la nation se substitue comme corps politique aux communautés, elle fait de la laïcité sa règle fondamentale. Un citoyen peut l’intégrer, quelque croyance qu’il professe ou qu’il ne professe pas. Il lui incombe seulement de déposer au vestiaire ce qu’il est avant d’exercer ses droits et ses devoirs de citoyen.

La rupture avec la laïcité est ancienne. A partir de la fin des années 1950, les aspirants révolutionnaires ont dispensé des enseignements “ engagés ”. Ils étaient restés cois entre 1940 et 1944, préférant la servitude à la guerre, ils ont rattrapé le temps perdu en chantant les vertus de l’URSS, quitte à présenter comme vraies des statistiques truquées ou à diffuser de grossiers mensonges. Le devoir de réserve était violé, le savoir bafoué, l’instruction niée, les manuels d’histoire géographie en usage dans les collèges et les lycées, avalisés par les autorités, incitaient à l’obscurantisme. A l’URSS, puis aux pays satellites et au tiers monde, a été octroyé le statut d’intouchable. Jospin a amplifié le désastre. L’article 10 de sa loi, votée en 1989, incite les élèves à exprimer leurs préférences culturelles ou politiques dans l’enceinte de l’école, afin de favoriser l’embrigadement des tièdes par les militants socialistes, communistes, gauchistes de la FIDEL. Forteresse de la gauche, l’école a été politisée au détriment de la connaissance, de la laïcité, du savoir, de la France.

La laïcité malade agonise sous l’effet de l’admiration aveugle que la gauche voue à l’islam. La gauche enseignante (FCPE, Ligue de l’enseignement, LCR, JCR, PCF) bouffait du curé ; aujourd’hui, elle encense les imams. Elle a mué son athéisme intégral en intégrisme dévot, comme l’atteste l’émergence d’un front islamogauchiste. Ce revirement, outre qu’il donne le coup de grâce à la laïcité agonisante, substitue à la civilisation un paradigme qui n’a produit que “ ruine et deuil ” (Victor Hugo, Les Orientales) au Pakistan, en Arabie, au Proche Orient, dans les Balkans, au Soudan, dans les pays du Maghreb. Le christianisme laisse les hommes être des hommes. Là où il s’est diffusé, des sociétés vivables et tolérantes se sont formées. A l’opposé, là où l’islam s’est répandu par la violence, la guerre, les massacres de masse, les anciennes sociétés se sont transformées en champs de ruines et les lumières des civilisations, égyptienne, assyrienne, chaldéenne, byzantine, perse, les plus brillantes que l’humanité ait façonnées, se sont éteintes. Là où Allah est tout et où tout est Allah, la connaissance, la civilisation, la liberté de conscience, l’égalité en droit, tout ce qui fait la Gauche depuis des siècles est aboli. Et c’est dans cette non histoire ou anti-histoire tragique que la gauche aveugle, reniant Hugo, Voltaire, Rousseau, Diderot, le libre examen, la laïcité, veut faire basculer la France.

 

 

Pour la gauche, l’histoire est finie. Un nouvel homme est apparu, qui vit dans un présent éternel et dans un espace sans bornes, ni limites, ni frontières, ni passé. La Gauche croyait dans l’histoire, la gauche n’y croit plus. Elle qui s’est nourrie de Michelet, elle dont les ancêtres, qui connaissaient mieux la République romaine que la France, ont renoué en 1789 avec l’héroïsme des Caton ou des Brutus, elle a cru à tort, sous l’influence délétère de Marx et d’Hegel, que l’histoire avait un sens, c’est-à-dire une direction où les hommes devaient s’engager pour construire une société sans classe et débarrasser le monde de l’exploitation de l’homme par l’homme. L’abîme où a sombré le communisme réel et la chute du Mur de Berlin ont dissipé les illusions. Une nouvelle fois, la vénération aveugle s’est muée en un ressentiment, encore plus aveugle, dont l’histoire est la cible désormais. Aux travailleurs qu’elle condamne à ne plus rien produire et qu’elle transforme en guides de musées de l’industrie, la gauche préfère désormais les nantis du showbiz, de la pub, de la com, les rebelles de la subversion officielle, les bobos, dont la seule exigence est que les choses restent en l’état ou mieux qu’elles empirent.

Pour prendre la mesure de ce renversement, il convient de rappeler que l’histoire, ce n’est pas seulement les batailles ou la formation d’un Etat ou les mentalités, c’est aussi le travail. C’est en travaillant, en modifiant ou en transformant ce qui est, que l’homme fait l’histoire. Les sociétés primitives étaient hors de l’histoire, parce que les hommes se contentaient de prélever, par la chasse, la pêche, la cueillette, les protéines, les lipides ou les glucides dont ils avaient besoin pour vivre. En détruisant ce qui est, le travail crée du négatif, de la critique, des ruptures. Moteur de l’histoire, il est, chez les hommes, la source de la conscience historique. C’est parce qu’elle a renoncé à l’histoire que la gauche s’est convertie à la thèse écologiste de la nocivité de l’activité humaine. Pour hâter la fin du travail, elle a inventé la semaine de trente-cinq heures, les RTT, le revenu déconnecté du travail, les loisirs comme horizon indépassable, la fête permanente, et elle remet au goût du jour, sous la forme du RMI et du foot, les panem et circenses de l’Empire romain décadent. Le travail qui libère est accusé d’asservir les hommes, comme le dit le slogan de gauche et stupide “ métro, boulot, dodo ”. Pour que ne soient plus produits ni biens, ni services, il a été surtaxé, l’objectif étant de transformer la France en bronze-culs pour Européens oisifs ou en Disneyland figé pour touristes du monde entier. Le travail aboli, commence la fête permanente. En 1989, Fukuyama annonçait le triomphe planétaire de la démocratie libérale, à laquelle il semblait que rien ne pouvait plus s’opposer. La gauche n’est pas loin de partager cette thèse, bien qu’elle se déclare hostile à la mondialisation, grimaces d’hypocrites, puisqu’elle appelle de ses voeux la fin des nations et qu’elle met tout en œuvre, dès qu’elle exerce le pouvoir, pour que la mondialisation advienne.

L’histoire, c’est aussi le processus de civilisation, c’est-à-dire la volonté farouche de distinguer les sexes, d’établir des bornes morales ou légales pour que l’humanité ne retombe pas dans l’animalité, d’où elle a mis tant de temps à s’extraire, et que la nature n’efface pas la culture. Pour la gauche, le passé n’existe plus. Seul surnage ce qui est source de procès sans fin ou de repentances publiques. Sous peu, elle intentera un procès à Louis XIV, parce qu’il portait une perruque. La civilisation se reconnaît à la solidarité entre les générations. La gauche met fin à cette vieillerie, en mariant des personnes du même sexe ou en faisant supporter aux générations futures des dettes colossales, pour que sa seule clientèle électorale jouisse sans entrave ou dépense sans compter. L’histoire, c’est aussi le mal. A la fin des années 1960, la gauche a décidé que la France et l’Europe seraient l’Empire du Bien. Le Mal est terrassé, sinon dans la réalité, du moins dans le grand discours moderne qui tient lieu de réel. Seuls sont coupables nos ancêtres ou la société ou de rares Français déclarés ringards parce qu’ils restent fidèles à l’histoire. Désormais, les hommes, quoi qu’ils fassent, sont innocents. Qu’ils jouissent sans entrave, qu’ils satisfassent leurs pulsions, qu’ils se laissent guider par le principe de plaisir, qu’ils jettent aux orties le principe de réalité ! Dutroux, Emile Louis, Paulin, Fourniret, Bodein ont montré la voie en se libérant des interdits, qui auraient étouffé nos ancêtres dans une géhenne constante. Toute transcendance, quelle qu’elle soit, est abolie, le ciel est vide, Dieu est mort, l’Homme aussi. La gauche rêve d’une humanité sans père ni loi, et se situant au-delà du bien et du mal. A la place du vieil ordre symbolique, elle fait du Bien, ici et maintenant, l’horizon indépassable de la France. De fait, les contradictions, une fois niées, laissent le champ libre au consensus niveleur, à la bien pensance grégaire, à la rébellion des puissants du jour, à l’idéologiquement correct qui étouffe les consciences. Si un nouveau juin 1940 devait se produire, il n’y aurait plus personne pour dire “ non ”. La fin du travail, la disparition des bornes, la dissolution du passé sont célébrées par la fête permanente version Lang. Peu importe l’objet de la fête, que ce soit la musique, les femmes, les escargots, les bandas, les haricots tarbais, les menteurs, les mères, le pain, les gays, l’art, la techno, la danse, les timbres, les jouets en bois, les culottes courtes, les sous-vêtements féminins, Molière, le cinéma, l’avant-garde, 1789, la parade, etc. : l’important est que la fête ait lieu. Même la fête est fêtée, comme le serpent qui se mord la queue.

 

Dans ces conditions, la gauche est au mieux une posture, au pis une imposture, mais avec ses poses, elle investit l’Etat, régit les médias, contrôle la pensée, conserve des privilèges mal acquis, tandis que la Gauche majuscule s’étiole et que ce qui la fonde, à savoir la défense des pauvres, l’intérêt général, la résistance à l’oppression, la passion du savoir, le libre examen, la laïcité, l’histoire, meurt.

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23 juillet 2010

Nouveaux euphémismes

 

 

C’est le latiniste Du Marsais qui, en 1730, dans Des tropes, a emprunté ce mot au latin, lequel l’avait emprunté au grec (« emprunté, par l’intermédiaire du bas latin euphemismus, du grec euphêmismos, de même sens, de eu-, « bien », et phêmê, « présage, parole », in Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication), et l’a introduit dans la langue française, pour remplacer la très ancienne expression, désuète au XVIIIe siècle, de nom mis en propice : « L’euphémisme est une figure par laquelle on déguise des idées désagréables, odieuses ou tristes, sous des noms qui ne sont point les noms propres de ces idées » (Des tropes). Le mot entre dans les dictionnaires plus tard, d’abord dans la cinquième édition (1798) du DAF : « Adoucissement d’expression, par lequel on voile des idées désagréables, ou tristes, ou déshonnêtes, par d’autres plus agréables, plus douces, ou plus honnêtes, qui laissent deviner les premières » (même définition, à quelques détails près, en 1835, en 1879, en 1932-35, alors que, dans la neuvième édition, le terme est défini comme étant propre à la rhétorique : « Figure de pensée et de style par laquelle on atténue l’expression de faits ou d’idées considérés comme désagréables, tristes, effrayants ou choquants » ; on dit par euphémisme : « l’exécuteur des hautes œuvres » pour « le bourreau » ; « il est bien fatigué » pour « il va très mal » ; « probité douteuse », « goût contestable », « avoir des démêlés avec la justice » sont des euphémismes), puis chez Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), qui le définit sommairement : « Figure de rhétorique qui consiste dans l’adoucissement d’un mot dur ». L’article du Trésor de la langue française (1971-94) est un peu moins sommaire que celui de Littré (« figure de pensée par laquelle on adoucit ou atténue une idée dont l’expression directe aurait quelque chose de brutal, de déplaisant »), mais il n’y est pas fait état de la multiplication, quasiment à l’infini, des euphémismes dans la nouvelle langue française dès qu’il faut traiter de questions sociales, sinon dans cet exemple : « Le terme inadapté est un euphémisme qui abrite les diverses catégories de déficients physiques, d’arriérés mentaux, de déséquilibrés psychiques » (1960).

En revanche, Du Marsais consacre dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-64) une longue analyse à l’euphémisme, qui tient, du moins dans cette analyse-ci, d’un processus propre à l’inconscient : « Figure par laquelle on déguise à l’imagination des idées qui sont ou peu honnêtes, ou désagréables, ou tristes, ou dures; et pour cela on ne se sert point des expressions propres qui exciteraient directement ces idées. On substitue d’autres termes qui réveillent directement des idées plus honnêtes ou moins dures ; on voile ainsi les premières à l’imagination, on l’en distrait, on l’en écarte ; mais par les adjoints et les circonstances, l’esprit entend bien ce qu’on a dessein de lui faire entendre. Il y a donc deux sortes d’idées qui donnent lieu de recourir à l’euphémisme. 1°. Les idées déshonnêtes. 2°. Les idées désagréables, dures ou tristes (…) ». Du Marsais esquisse une brève histoire de l’euphémisme et analyse l’usage que les Romains en faisaient : « Les personnes peu instruites croient que les Latins n’avaient pas la délicatesse dont nous parlons ; c’est une erreur. Il est vrai qu’aujourd’hui nous avons quelquefois recours au latin pour exprimer des idées dont nous n’osons pas dire le nom propre en français ; mais c’est que, comme nous n’avons appris les mots latins que dans les livres, ils se présentent en nous avec une idée accessoire d’érudition et de lecture qui s’empare d’abord de l’imagination ; elle la partage ; elle l’enveloppe ; elle écarte l’image déshonnête et ne la fait voir que comme sous un voile. Ce sont deux objets que l’on présente alors à l’imagination, dont le premier est le mot latin qui couvre l’idée obscène qui le suit... Il en était de même à l’égard des Grecs et des Romains : les honnêtes gens ménageaient les termes, comme nous les ménageons en français, et leur scrupule allait même quelquefois si loin que Cicéron nous apprend qu’ils évitaient la rencontre des syllabes qui, jointes ensemble, auraient pu réveiller des idées déshonnête… »

Les auteurs de dictionnaires sont discrets, prudents et peu prolixes sur l’euphémisme, se contentant d’expliquer le mot sans analyser ce qu’il désigne. La morale interdit d’user en public de mots grossiers. Or les modernes sont libérés : ils sont affranchis de toute contrainte quand ils parlent du sexe, des besoins physiques, du désir, des pulsions, du corps. Il est de bon ton de dire en public bite, queue, baiser, pisser, con, chatte, enculer, tirer un coup, etc. Faire cattleya, s’il était employé, ne serait plus compris que des quelques lecteurs de Proust. Pourtant, l’euphémisme n’a pas été aboli, il a seulement été déplacé. Exclu du sexe, de la politesse, du corps, des fonctions naturelles, il a fait de la société sa forteresse. Il y règne en maître absolu. Les réalités sociales, telles les crimes, la misère, le vandalisme, la faim, le chômage, l’exclusion, etc., dont la recrudescence pourrait être opposée à ceux qui avaient promis de les changer ou de les éradiquer, ne sont plus nommées par les noms justes et reçus par l’usage, mais elles sont cachées. Si elles étaient dites, elles feraient tache.

Ce qui fait l’euphémisme moderne, ce n’est pas la nécessité d’user de paroles adoucies, mais la volonté de ne pas dire ce qui est, comme l’écrit Du Marsais dans L’Encyclopédie au sujet de Quintilien : « Quintilien est encore bien plus rigide sur les mots obscènes ; il ne permet pas même l’euphémisme, parce que malgré le voile dont l’euphémisme couvre l’idée obscène, il n’empêche pas de l’apercevoir. Or il ne faut pas que, par quelque chemin que ce puisse être, l’idée obscène parvienne à l’entendement. Pour moi, poursuit-il, content de la pudeur romaine, je la mets en sûreté par le silence ; car il ne faut pas seulement s’abstenir des paroles obscènes, mais encore de la pensée de ce que ces mots signifient ». Autrement dit, Quintilien, parce qu’il jugeait que l’expression adoucie laissait entrevoir beaucoup de choses des réalités désagréables, a interdit d’employer cette même expression de peur que n’arrivent à la conscience les réalités gênantes ou choquantes ou odieuses. Or, c’est là-même la question de l’euphémisme moderne.

Dans l’euphémisme « classique », les réalités désagréables ont beau être adoucies, elles sont dites. Certes, elles le sont avec des mots mal ajustés, mais elles ne sont pas tues : il y est fait allusion. Dans l’euphémisme moderne, il est fait interdiction aux hommes de dire ces réalités, telles qu’elles sont. « Un certain mot ne doit pas passer par la bouche. Il est simplement effacé de l’usage, il ne doit plus exister » (Benveniste, Problèmes de linguistique générale, 1974). Il y a trente ans ou plus, les « penseurs » attitrés du Monde, de Libération, du Nouvel Observateur, les pontes de l’Université et du CNRS, tous ou quasiment tous, rêvaient de changer le monde, la vie, la société. On ne changera pas la France, pensaient-ils, en fusillant les Français. Il faut d’abord changer leur âme. Dans quel lieu autre que l’école peut-on changer l’homme ? On a donc changé l’école pour forger l’homme nouveau. Trente ans plus tard, les résultats sont éloquents : on a l’homme primitif, celui des cavernes, de la jungle épaisse, des forêts vierges, ou le barbare sanguinaire. La société nouvelle qui émerge n’a rien de l’utopie espérée, mais elle a tout des sociétés archaïques, avec leur litanie de crimes, viols, coups et blessures, insultes sexistes et racistes, rackets, vols, agressions, loi du plus fort ou du plus brutal, racisme primaire et viscéral, haine sans limite vouée aux autochtones, etc. On comprend que ceux qui ont imposé, souhaité, approuvé cette révolution ou leurs affidés ou leurs complices s’empressent d’en cacher les résultats et surtout interdisent que ces réalités-là soient dites, même par euphémisme. Ces choses-là sont trop obscènes. Il ne faut pas qu'elles parviennent à l'entendement, comme dit Quintilien. Les modernes croient être des disciples de Marx, Marcuse, Mao, Foucault, Cohn-Bendit, etc. Ils sont les enfants du sévère rhéteur qu’était Quintilien.

 

16:25 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, culture, littérature

20 juillet 2010

Des prétendus débats sur l'orthographe

 

 

Dans les media, les marronniers fleurissent chaque jour, et même à chaque heure de la journée. Le dernier à fleurir est l’orthographe. A la différence de la rentrée des classes, de l’achat des cadeaux de Noël, des bouchons du vendredi soir, des départs en vacances, des aliments naturels, etc. qui fleurissent tous les ans et parfois plusieurs fois par an, le marronnier de l’orthographe fleurit tous les quatre ou cinq ans. Cette année, le pépiniériste en est François de Closet et la nouvelle variété qu’il met sur le marché se nomme Zéro Faute. Ce n’est pas le fleurissement régulier de ce marronnier qui témoigne de l’effondrement de l’esprit public ou de l’intérêt général, mais la répétition des mêmes arguments éculés, des mêmes idées fausses, des mêmes prises de position de savants fous, du type : le français aurait une orthographe difficile, apprendre l’orthographe serait le nouveau chemin de croix imposé à des millions de messies en herbe, ne pas faire de « faute » serait une gageure, il faut simplifier tout ça, rejeter toute norme graphique et, pour que la tabula soit bien rasa, supprimer jusqu’à la notion de graphie juste, laisser chacun écrire comme il veut, ne plus encombrer le cerveau des Français des bizarreries de l’orthographe, des chinoiseries de la grammaire, des byzantinismes de la littérature, des sophistications de la pensée. Sous ce marronnier, on regarde la voie lactée par le petit bout de la lorgnette et, quand le sage montre l’univers, les pépiniéristes sont sidérés par le ciron.

Essayons d’établir quelques faits. Il n’est pas de civilisation sans écriture ou, pour dire les choses avec des mots qui ne froissent pas nos amis Bororos, peuples sans écriture qui ne nous liront jamais, la civilisation a besoin de l’écriture. Sans écriture, pas de livres, pas de journaux, pas de littérature, dont on peut se passer certes, mais encore, plus grave, pas de mathématiques, pas de chimie, pas de physique, pas de tableaux synoptiques, pas d’affiches, pas d’administration, pas d’Etat, pas d’état-civil, pas d’internet, pas de tableaux à double entrée, pas de graphiques, pas de diagrammes, etc. Notre civilisation a une écriture et c’est même la plus belle et la plus féconde écriture qui soit et ait jamais été inventée dans l’histoire de l’humanité. Tout l’atteste : tout, c’est-à-dire la connaissance, la vraie, pas l’opinion des pépiniéristes. Cette écriture de l’algèbre, de la chimie, de la logique, des mathématiques, des cartes, des affiches, de la signalisation urbaine, de la typographie, des logiciels de traitement de texte, etc. est un échafaudage de signes, de règles, de systèmes qui, en dépit de sa complexité, est d’une efficacité qui devrait faire l’admiration de tous. Prenons les cartes dressées au XVIIe siècle par Jean de Beins ou au XVIIIe siècle par Cassini. Elles sont émouvantes ; mais quelle connaissance du monde ont-elles transmises à ceux à qui elles étaient destinées ? Pas grand-chose. Des mamelons sont censés valoir pour les montagnes ; des traits de plume imprécis et d’épaisseur constante tiennent lieu indifféremment de torrents, de rivières, de fleuves ; les villes, quelque importance qu’elles aient, sont représentées par les mêmes murailles miniature d’où émerge un clocher. Il suffit de les comparer à des cartes actuelles de l’IGN, même à de simples cartes routières ou touristiques, pour constater que nous avons appris en quatre siècles à exprimer par l’écriture, en faisant varier les couleurs, la hauteur, le dessin, la graisse des caractères, suivant des conventions explicites, en créant des centaines de nouveaux signes, dont certains sont des pictogrammes, des dizaines de notions ou de concepts distincts et à transmettre des milliers d’informations qui auraient demandé de gros ouvrages si elles avaient été exprimées verbalement. Cette écriture est même, pour ce qui est des chiffres, des symboles mathématiques, de l’algèbre, de la chimie, de la signalisation urbaine, etc. universelle. Dans l’écriture, l’écriture de la langue que l’on devrait nommer orthographie, et non pas orthographe, est un îlot et les quelques aberrations que l’on y constate depuis quatre ou cinq siècles, ou plus, un minuscule récif, bénin et sans danger. Pourtant, la typographie et l’écriture de la langue sont régulièrement décriées par les bélîtres. Elles n’ont pas d’autre objet que de faciliter la lecture rapide des œuvres littéraires, affiches, pages de couverture, index, sommaires, notes de service, textes de loi, etc. – de les lire silencieusement, des seuls yeux évidemment, la lecture à haute voix n’étant plus pratiquée, sauf dans l’institution scolaire ou dans les media ; et elles sont parfaitement adéquates à leur objet. Autrement dit, les grandes écritures, celles du chinois, de l’anglais, du français, outre leur aptitude à intégrer ce qu’il y a d’universel dans l’écriture (chiffres, signes et symboles mathématiques, chimiques, logiques, pictogrammes de cartes et de la signalisation, etc.), sont en mesure de donner une existence sensible à des constructions conceptuelles, qui ainsi sont lues, comprises, assimilées, etc.

L’écriture de la langue, quelle que soit la langue – anglais ou chinois, dont les orthographies sont encore plus difficiles que celles du français – n’est pas plus difficile que la numération, le calcul, la pensée, l’économie, l’histoire, la morale, la connaissance du monde, la politesse, les usages sociaux, etc. et elle ne soulève de difficultés que lors de l’apprentissage qui en est fait, à condition, bien entendu, que les fonctionnaires qui sont rémunérés pour cela s’en chargent effectivement – ce qui n’est plus le cas, sinon exceptionnellement. Si l’apprentissage n’est pas fait de façon systématique et régulière, à l’école primaire d’abord, puis au collège, l’écriture n’est pas maîtrisée. De simple, elle devient compliquée, aléatoire, sans ordre, arbitraire, byzantine. La solution exigée par (presque) tous, à savoir émonder, simplifier, couper, châtrer, enlever, supprimer tout ce qui gêne ou ce qui dépasse, est du même ordre que d’enlever au tennis le filet et même les lignes pour que les joueurs ne fassent plus de faute. L’orthographie du français est simple, à condition de s’entendre sur le sens de cet adjectif. Si simple est l’antonyme de compliqué, alors elle n’est pas simple. Et les bélîtres de citer les mêmes épiphénomènes, répétés par tout le monde : nénuphar (ou nénufar ?), l’accord du participe passé, le doublement de la consonne l ou de la consonne t dans quelques verbes singuliers, appeler et peler (appelle mais pèle). Si simple a pour sens « qui va de soi » ou « parfaitement adapté à son objet » ou « source d’intelligibilité », alors, oui, l’orthographie du français est simple, entre autres raisons de fond, pour les deux raisons que voici. Pour écrire le français, il a semblé naturel, il y a un peu plus de dix siècles, d’utiliser les signes de l’écriture latine, décision sans doute contestable pour ce qui est de l’efficacité linguistique, mais parfaitement fondée si on la rapporte à la nécessité de continuer une civilisation et d’assumer un vaste héritage. Or, ces signes sont au nombre de 23 (i et j, u et v n’ont été distingués qu’à la Renaissance, et w a été introduit à la fin du XVIIIe siècle), dont quatre servent à écrire des mots grecs (k, x, y, z), deux sont redondants (c et q) et un (h) a un référent aléatoire. Il y a donc 17 signes disponibles pour représenter 36 ou 37 sons (ou phonèmes ou unités phoniques). Comme l’apprend l’histoire de l’humanité, la difficulté est source d’invention ou, comme l’écrit La Fontaine : « Nécessité, l’ingénieuse, / Leur fournit une invention » (Fables, Livre X, Discours à Mme de la Sablière). Les Français ont appris au cours des siècles à se forger une écriture qui soit facile à lire et adaptée (objectivement, c’est une réussite) à la lecture rapide, même si elle n’est pas très fidèle aux sons ou à l’oral. S’il y avait eu 36 signes pour 36 unités à représenter, on aurait écrit comme on parle certes, mais personne n’écrit comme il parle, et l’écrit aurait été un miroir, plus ou moins fidèle, de la parole, ce qu’il n’est plus depuis sept ou huit siècles et ce qu’il n’a aucun intérêt à être, sauf à vouloir entraver la lecture silencieuse et visuelle, beaucoup plus rapide et plus efficace pour ce qui est de la saisie du sens que la lecture à haute voix. Essayez de lire les textes transcrits en alphabet phonétique international ; vous achoppez sur presque tous les « mots », même si cet alphabet vous est familier. La simplification, c’est la négation de dix siècles d’ingéniosité, d’inventions, d’efforts. La seule justification de ces « réformes » est de permettre aux jeunes générations de sommeiller sur le mol oreiller de la paresse – objectifs dignes d’un philosophe sceptique et épicurien certes, mais indignes d’une nation, dont la raison d’être est de persister dans son être, à moins que cette raison d’être n’ait été elle aussi abolie.

L’écriture du français mérite autant de soins et d’admiration que l’écriture des mathématiques ou celle des cartes. Il ne vient à l’idée de personne de dénigrer ces écritures. Parmi les écritures des langues, seule l’écriture du français fait l’objet de philippiques indignées – jamais celle de l’arabe (qui est haram, comme chacun sait), ni celle de l’anglais, ni celle du chinois. Jadis, les maîtres d’école et autres pédagogues et pontes de l’Education nationale étaient les enfants des Lumières – du moins, ils se présentaient ainsi. Jadis, ils étaient convaincus que l’écriture est ratiogène et source de lumière, d’intelligence, de raison, de savoir ; ils l’enseignaient donc de façon systématique. Aujourd’hui, en refusant la mission qui les honorait, ils basculent dans l’obscurantisme, dans l’ignorance, dans la déculturation, dans l’ensauvagement du monde, ce qui, ajouté à la négation de l’histoire, de la nation, de la civilisation, dont ils sont devenus les propagandistes, fait d’eux les dignes fils du siècle des ténèbres dont nous ne sommes pas encore libérés.

 

 

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31 mars 2010

Hommage à Jean Texcier

 

 

Jean Texcier (1888-1957) a été journaliste et, à ses heures perdues, peintre et illustrateur. Membre du Parti ouvrier français, puis de la SFIO, c'est un des rares hommes de gauche qui ne se soit pas résigné, par pacifisme ou par conviction, à la collaboration. Aux alentours du 14 juillet 1940, il rédige ce qu'il nomme un « manuel de dignité », qu'il intitule Conseils à l'Occupé. Ce manuel est imprimé, sous la forme d'une brochure, par quelques-uns de ses amis typographes et il est diffusé en août de cette année-là « sous le manteau », c'est-à-dire clandestinement, hors des circuits commerciaux et sans l'aval de la censure. En septembre 1940, il fait imprimer par ses mêmes amis une nouvelle brochure qu'il intitule Notre combat. En janvier 1941, il publie, toujours sous le manteau, deux séries de Propos de l'Occupé ; en avril les Lettres à François ; puis en mai 1941 La France livrée, préface à la brochure Documents. A partir de 1942, il écrit sous le pseudonyme de Boze de nombreux articles dans Libération.

Ces textes de résistance ont été réunis à la Libération dans un recueil publié en 1945 à La Nouvelle Edition sous le titre Ecrit dans la nuit (239 pages). L'ouvrage est dédié « aux morts, aux martyrs et aux survivants de Libération-Nord ». Il n'a pas été réédité.

 

 

Quelques Conseils à l'Occupé

 

2. Ils sont vainqueurs. Sois correct avec eux. Mais ne va pas pour te faire bien voir au devant de leurs désirs. Pas de précipitation. Ils ne t'en sauraient au surplus aucun gré.

 

3. Si l'un d'eux t'adresse la parole en allemand, fais un signe d'impuissance, et sans remords, poursuis ton chemin.

 

21. Etale une belle indifférence, mais entretiens secrètement ta colère. Elle pourra servir.

 

30. Tu grognes parce qu'ils t'obligent à être rentré chez toi à 23 heures précises. Innocent, tu n'as pas compris que c'est pour te permettre d'écouter la radio anglaise.

 

 

30 mars 2010

En guise d'hommage à Taguieff

 

 

En hommage à P-A Taguieff, La Nouvelle Propagande antijuive, à paraître aux P.U.F., ce texte de 2007

 

 

D'Israël, ils font table rase

 

Tous les Etats du monde sont nés aux forceps. Il n'en est pas un seul qui ne soit pas sorti d'une guerre, d'un conflit meurtrier, de massacres de masse. L'histoire accouche des Etats dans le sang des innocents. Ces monstres n'en sont pas moins légitimes. On peut le regretter et juger que l'Histoire aurait été différente, meilleure, plus morale, « plus bien », si elle avait eu recours à la douceur plutôt qu'à la violence, à la paix plutôt qu'à la guerre, à la transaction plutôt qu'au crime, etc. Ainsi va le monde. Or il est un Etat à qui cette loi commune est reprochée ; il est le seul : c'est Israël. De tous les Etats du monde, le seul dont l'existence soit contestée est Israël. Tous les autres sont légitimes, sauf Israël. Pourtant, de tous les Etats du monde, Israël est le seul dont la création résulte d'un consensus international et qui, en théorie, n'est pas né d'une violence. Certes, en 1948, l'ONU, dont émane la décision, ne regroupait pas tous les pays du monde, mais elle en regroupait suffisamment pour que les décisions qui y étaient prises eussent une validité universelle. Que les voisins d'Israël jugent que cet Etat s'est établi à leurs dépens et qu'ils en souhaitent la destruction peut se comprendre. Mais que des Européens le jugent également et qu'ils souhaitent la fin d'Israël, en termes feutrés ou à demi mots bien sûr, dépasse l'entendement. Il ne viendrait à l'idée de personne de contester la légitimité de la France, sous le prétexte qu'au XVIIe siècle, Louis XIV a annexé l'Alsace, la Franche-Comté, le Roussillon, etc. Qu'un Etat européen, se fondant sur ces réalités, exige de la France qu'elle revienne à ses frontières de 1600, et c'est une guerre  qui se déclare.

Israël n'est pas une exception dans le monde, il est L'EXCEPTION.

De 1894 à 1923, les Turcs ont massacré près de deux millions d'Arméniens, de chrétiens chaldéens, de Grecs. Ni les Français, ni l'Union européenne, ni les autres Etats, ni les organisations internationales, qu'elles soient ONG ou OG, ne demandent aux Turcs de réparer les crimes passés. L'Union européenne est réputée ne pas badiner avec les crimes, les génocides, le racisme, les meurtres de masse, l'épuration ethnique, mais elle est près d'accueillir en son sein la Turquie, nonobstant tout cela. Entre 1920 et 1923, les Turcs ont mené une guerre totale pour empêcher que soit appliqué le traité de Sèvres, qui prévoyait la création d'Etats arménien, kurde, grec dans un territoire dont les Turcs se sont emparés. Il y vivait des Grecs, des chrétiens, des Juifs, des Arméniens, aussi nombreux que les Turcs ; il n'y vit plus que des Turcs, fiers d'eux et de leur histoire. En quelques années, leur pays a été purifié. Il n'est pas exigé d'eux qu'ils appliquent enfin le traité de Sèvres, ni même qu'ils accordent un « droit au retour » aux descendants des populations qu'ils ont chassées. De même il n'est rien exigé des Chinois, ni des Russes, ni de l'Algérie, etc. En 1948, 800000 musulmans ont quitté volontairement ou sous la menace le territoire attribué à Israël. Le seul Etat du monde dont il est exigé qu'il accorde un « droit au retour », universel et général, aux quelque quatre millions de descendants des réfugiés de 1948 est Israël.

Tout faisait ventre chez Rabelais ; tout est à raser chez les gauchistes et autres progressistes. Rien n'échappe à leur ire vengeresse. Après le passé, l'école, la langue française, etc. voilà que la tabula rasa touche Israël. Cette folie nihiliste tient en partie au franco-centrisme, forme que l'ethnocentrisme prend en France et qui consiste à juger une situation, des faits, une histoire, comme si cette situation, ces faits, cette histoire étaient propres à la France ou à l'Europe, et n'avaient pas d'autre source que la France ou l'Europe. Il en va ainsi de l'analyse française des événements, récents ou anciens, du Proche Orient, dans laquelle l'Orient analysé est un Orient imaginaire, fantasmé, de pacotille évidemment, spécifiquement occidental, mais dont le simulacre brandi non seulement empêche de comprendre la situation, mais aussi amène de plus en plus d'essayistes, d'intellectuels, de militants, de commentateurs, à faire d'Israël table rase ou, pour parodier Ionesco, à jouer la pièce absurde « Israël, ou comment s'en débarrasser ».

Deux exemples illustrent cette vision franco-centrée. Il est incontestable que le génocide dont les Allemands se sont rendus coupables à l'encontre des Juifs, entre 1942 et 1945, aussi bien en Allemagne que dans les territoires qu'ils contrôlaient, a hâté en 1947 la décision de l'ONU, mais elle n'en est pas le facteur essentiel. Sinon, la création d'Israël serait contingente. Israël serait un accident en quelque sorte, visant à réparer des crimes sans nom. Les revendications que l'en entend parfois « donner un Etat aux Juifs en Europe ou en Bavière » sont justifiées par cette thèse. Il est vrai encore que les accords signés en 1917 par deux diplomates, anglais, Sykes, et français, Picot, prévoyaient l'établissement d'un foyer national juif dans une partie de l'empire ottoman, dont la SDN a confié la gestion provisoire à la Grande Bretagne, avec le mandat de l'amener à l'indépendance. Le principe de la création d'un foyer national juif n'a pas été octroyé, comme cela se répète souvent, en échange de la contribution massive des financiers juifs du monde entier à l'effort de guerre des alliés, mais ces accords ont eu pour but d'éviter que ne se renouvelle au Proche Orient la tragédie arménienne, dont les minorités de l'ancien empire ottoman auraient pu être les victimes.

La légitimité d'Israël tient à d'autres raisons, qui sont propres à l'histoire du Proche Orient. A la fin du XIXe siècle, l'empire ottoman était à l'agonie. Sous l'ordre artificiel et objectivement inhumain qu'il imposait, bouillonnaient des peuples soumis, réduits au silence et qui n'aspiraient qu'à revivre. Dans l'Europe du Sud-Est, ces peuples ont retrouvé une existence : Grecs, Croates, Serbes, Roumains, Albanais, Bulgares, Macédoniens. Certains ont disparu : les Thraces du Sud. Au Proche-Orient, d'autres peuples soumis, arabes ou non, chrétiens ou musulmans, juifs aussi, attendaient que cet empire se disloque totalement pour exister, se constituer en nations et disposer enfin, après de longs siècles de silence, d'un Etat, libre, souverain et indépendant. Les Egyptiens l'ont fait en 1914, puis en 1923 ; les Libanais en 1920, puis, en 1943, à la fin du mandat français. Il en est allé de même des Saoudiens, Syriens, Irakiens, Jordaniens. Entre 1920 et 1940, des peuples n'ont pas eu cette chance : les chaldéens d'Irak, les grecs catholiques ou les melkites de Syrie, les kurdes. Ces peuples esclaves, suivant la dénomination de Mme Bat Ye'or, n'ont pas eu d'Etat : ou bien ils ont disparu ou bien ils continuent à vivre sous la férule d'un Etat qui n'est pas le leur. Eux, ils sont deux fois soumis : politiquement en tant que peuples et juridiquement ou religieusement, en tant que chrétiens, à qui la charia est imposée. Le seul peuple qui ait échappé à ce triste sort est le peuple juif.

Les Juifs du Proche-Orient, mais aussi les Kurdes et les minorités chrétiennes, avaient, à la fin du XIXe siècle, autant de légitimité que les Egyptiens, les Syriens, les Irakiens, à revivre enfin en tant que peuple et nation dans un fragment qui aurait pu leur être concédé du territoire de l'empire ottoman. C'est ce à quoi les Juifs aspiraient, plus que les Juifs d'Europe, et c'est ce qu'ils ont obtenu en 1947. Il est un fait généralement passé sous silence : la fondation en 1860 de l'Alliance israélite universelle, qui a ouvert de nombreuses écoles dans les communautés juives du Proche Orient. Le succès de ces écoles atteste qu'elles satisfaisaient un besoin de reconnaissance, une volonté d'existence, une conscience aiguë de l'identité, une aspiration à la connaissance chez les Juifs de cette région du monde : réalités qui ont débouché sur une revendication de souveraineté. Replacé dans le cadre de l'empire ottoman, Israël a autant de légitimité que le Liban, l'Irak, la Syrie, l'Arabie saoudite.

Ce qui est incompréhensible, du point de vue du droit des peuples à se déterminer librement, c'est que, en 1948, des peuples qui avaient joui de ce droit entre 1918 et 1944 l'ont dénié aux Juifs, en même temps qu'ils ont chassé de leur territoire, par la violence ou la menace, comme les Turcs l'ont fait des Arméniens, les Juifs qui y vivaient encore : l'Egypte entre 1948 et 1956, le Maroc à la fin des années 1960, etc. Ces peuples ont refusé aux autres ce qu'ils revendiquaient comme « naturel » pour eux-mêmes. D'une part, il a été refusé aux Juifs de vivre dans les Etats arabes nouvellement constitués ; de l'autre, l'Etat où ils se sont réfugiés ou pouvaient se réfugier a été frappé d'interdit et menacé de destruction. La monstruosité, puisqu'il y en a une, est là. On peut en rendre compte par la haine vouée aux Juifs, qui est un effet de la vieille loi islamique : une terre dite d'islam, parce qu'elle a été conquise par les arabes islamisés au VIIe siècle, doit être éternellement islamique et être régie par des musulmans. Pour cacher cette monstruosité, la rhétorique arabe (qui est aussi devenue celle des gauchistes) a fait d'Israël un Etat colonial sans légitimité au Proche Orient ou une annexe de l'infidélité en terre d'islam ou un surgeon de l'impérialisme occidental dans un territoire arabe. Que des arabes recourent à cette rhétorique spécieuse est de bonne guerre. Le sidérant est que des Français, prétendument progressistes, antiracistes et tout le tintouin, la fassent leur. Que cache ce simulacre ? De la pure imbécillité ou du racisme ? A moins que ce ne soit les deux ?

 

 

 

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22 mars 2010

Le grand délaissement

 

 

 

Une université de France a eu l'heureuse idée de décerner un doctorat honoris causa (« pour l'honneur ») en 2001 au Péruvien Mario Vargas Llosa et en 2004, à la Mexicaine Elena Poniatowska. Le livre, dont il est question ici (Roland Forgues, Mario Vargas Llosa et Elena Poniatowska, Le cri de la révolte, portraits, textes, entretiens, Editions mare & martin, 185 pages), en est le fruit. Il comprend, outre un entretien de Roland Forgues, le maître d'œuvre de l'entreprise, avec ces deux écrivains, le discours qu'ils ont prononcé lors de réception du doctorat (« la littérature et la vie », M. Vargas Llosa, « Ma famille et la France », Mme Poniatowska Amor), ainsi que le texte « La littérature qui monte de la rue » qu'a écrit Mme Poniatowska à l'occasion lors de la « rencontre internationale » sur « l'écriture féminine et la revendication de genre en Amérique latine ».

Les textes réunis dans ce recueil sont centrés, pour une bonne partie de chacun d'eux, sur les relations que ces écrivains sud-américains entretiennent avec la France et sa littérature, sa pensée ou culture. Ce qui est remarquable, c'est que ces relations sont saisies à partir de catégories élaborées par l'intelligentsia des années 1960-70 - années pendant lesquelles M. Vargas Llosa, alors progressiste déclaré, fait de longs séjours en France et en Europe, et où Mme Poniatowska, Française d'origine, commence sa carrière d'écrivain : ce sont l'engagement, les « pouvoirs » de la littérature, les relations entre les écrivains et le pouvoir, la question politique, le féminisme. Certes, ce point de vue progressiste se justifie : M. Vargas Llosa et Mme Poniatowska sont attachés au progrès social ; le responsable de l'ouvrage est un spécialiste reconnu de littérature, en particulier de la littérature sociale et féministe en Amérique latine. Les entretiens ont pour sujet « l'intellectuel, le pouvoir et la politique » (Vargas Llosa) et « être femme aujourd'hui en Amérique latine, et ailleurs » (Mme Poniatowska).

De ce volume, il apparaît clairement que Mme Poniatowska et M. Vargas Llosa, l'un et l'autre francophiles et écrivant parfaitement le français, se sont dépris, comme d'autres écrivains sud-américains, jadis fascinés par la France, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, tous ou quasiment tous nourris de culture française, de cette matrice. Certes, on conçoit que la littérature et la pensée de ce continent vaste et peuplé, où on parle espagnol, portugais, américain (et, sans doute, mais de moins en moins souvent, français), aient senti le besoin de prendre leur autonomie et de couper le cordon qui les reliait à la France, serait-ce pour se tourner vers les pays d'origine, Portugal ou Espagne, et surtout vers le grand voisin du Nord. Ce n'est plus du désamour (au contraire même, l'amour reste très fort), ni de l'indifférence, mais la France a cessé d'être la source de leur art ou de leur pensée. M. Vargas Llosa (né en 1936), quand il a séjourné en France dans les années 1960, alors qu'il avait écrit son roman La Ciudad y los Perros (1962) qui lui a valu immédiatement une reconnaissance internationale, admirait Sartre, Aragon, Breton, Eluard. Il croyait dans l'urgence vertueuse de « l'engagement » et il se passionnait par les solutions politiques progressistes. « Oui, dit Vargas Llosa, Sartre a été très important pour moi dès que je l'ai lu ». Or, très vite, prenant conscience que les thèses de Sartre revenaient à soutenir des despotes qui n'étaient pas éclairés et même à nier que la littérature ait une raison d'être, il se démarque de ses modèles : « je crois que - et je le dis avec un peu de tristesse - si on fait le bilan de l'influence politique de Sartre sur plusieurs générations de jeunes écrivains, de jeunes intellectuels, cette influence a été plus négative que positive (...) Il nous a fait croire des erreurs monumentales sur le plan politique. Et nous les avons crues parce qu'il était tellement intelligent, il était le pouvoir de démontrer tout ce qu'il croyait ». La principale de ces erreurs est formulée par Vargas Llosa ainsi : « L'important, d'après lui, était de savoir qu'entre les Etats-Unis et l'Union Soviétique, c'est l'Union Soviétique qui représentait le progrès et la justice. Il l'a soutenu et je crois qu'il n'a jamais changé d'avis ». La fascination qu'il éprouvait pour Sartre était si forte qu'elle l'a retenu de lire Aron : « je ne voulais pas m'approcher de Raymond Aron quand je lisais Sartre et pourtant Raymond Aron a était d'une grande lucidité quand il parlait de l'importance des valeurs démocratiques, de ces valeurs formelles qui rendent la vie vivable, possible. Il a été très lucide en critiquant justement cette espèce d'hypnose des intellectuels à l'égard du marxisme. Je crois que ce qui m'est arrivé est arrivé à beaucoup d'écrivains en France ». La saisie et la compréhension du réel par le biais de catégories « progressistes » sont mortes. Seuls y échappent Camus, Malraux (grâce à la politique qu'il a menée en faveur de la culture), Aron. Les vrais maîtres de M. Vargas Llosa ne sont plus, depuis ce désamour, les idéologues français, mais les grands romanciers Tolstoï, Proust, Borges, Flaubert, Cervantès, Paz et la littérature universelle, pour la survie de laquelle, désormais, il milite, la défendant dans un monde dominé par la technique et la science.

Cette fascination frelatée pour les idéologues français a donné les mêmes résultats que la stratégie de la terre brûlée. Elle a occulté ce qu'il y avait de meilleur dans la pensée en France et qui est resté méconnu. Les grands écrivains ou penseurs français du XXe siècle n'ont pas été lus hors de France, ni Henri de Lubac, ni Péguy, ni René Girard, ni Claudel, ni même Philippe Muray, sans parler de De Gaulle. Ces penseurs et écrivains auraient sans doute davantage enrichi la littérature sud-américaine que Sartre, ou auraient ouvert les yeux de M. Vargas Llosa, avant que ne le fassent sa malheureuse expérience de candidat libéral à la présidence du Pérou ou les attentats de New York.

L'exemple de Mme Poniatowska illustre clairement ce recul de l'influence de la culture française en Amérique latine. Elle est née en 1932, en France, d'un père français, Jean Evremont Poniatowski, combattant de la France libre, et descendant de la grande famille aristocratique et royale de Pologne, les Princes Poniatowski, d'une mère née en France, Paulette Amor, d'origine mexicaine. En 1942, alors que Jean Poniatowski traverse l'Espagne pour rejoindre la France libre, sa famille se réfugie au Mexique. En 1969, Elena, qui a commencé une carrière de journaliste et d'écrivain et écrit en espagnol, prend la nationalité mexicaine. Alors que Vargas Llosa est pétri et même façonné par la littérature française, Elena, née Française, très attachée à la « douce France », le pays de son enfance, auquel elle rend un bel et émouvant hommage, elle, est façonnée par les catégories sociales ou politiques de la culture mexicaine ou latino-américaine, hantée par les problèmes de son pays et marquée par les événements qui s'y sont produits : massacre des étudiants de Mexico en 1968, tremblement de terre de 1985, révolte du Chiapas, sous-commandant Marcos, faim, corruption, violence. Certes, Mme Poniatowska cite des écrivains français femmes, mais en appendice, parce qu'elles sont célèbres et qu'elle les a sans doute lues : Marguerite Yourcenar, Christine Rochefort, Marguerite Duras, Françoise Mallet-Joris, mais sans que leurs œuvres ou leurs pensées l'aient vraiment marquée ou inspirée.

Ce que confirme ce recueil, c'est le reflux de la langue, la littérature, la pensée française en Amérique latine. Pendant près d'un siècle, elles ont nourri et fasciné les écrivains d'Amérique latine. Aujourd'hui, elles sont devenues pour ces écrivains, non pas étrangères, ni même indifférentes, mais comme stériles.

 

 

 

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09 février 2010

De la télé réalité

 

Eloge de la télé réalité

 

 

La télé, qu'elle soit privée ou publique, hertzienne ou non, diffuse des images comme Buitoni fabrique ses macaronis : à la chaîne et tous pareils. Le petit écran est un filament répétitif et sans surprise. Les perles de cet ADN ne sont pas les pierres précieuses que fabrique la nature, mais elles ont tout à voir avec les grains de chapelets, que la télé égrène sous la forme d'images léchées, de cadrages soignés, de récits linéaires, etc. Ce n'est pas de l'académisme, ce n'est même pas de l'art pompier, c'est de la nullité sublime, c'est une fonction de x qui tangente zéro.

Au milieu de cet océan sirupeux, émerge un îlot escarpé et sauvage, qui est à la télé ce que Robinson Crusoë est au roman larmoyant du XVIIIe siècle. Cet îlot que les spectateurs découvrent avec le même ravissement que Robinson explorait son île est la télé réalité. Comparée au panthéon de conventions éculées qu'est la télé, la télé réalité est de l'art rebelle. Dans l'armée des images, elle est l'avant-garde, toujours devant, en avance d'un siècle ou deux. Audacieuse et martiale, elle ose. Et pourtant, on lui tourne le dos, on la méprise, on la toise de haut. Les bien pensants ont béé à En attendant Godot. Au lieu de cracher sur la télé réalité, ils devraient s'en délecter, car La Ferme en Afrique, pour ne citer que ce chef d'oeuvre, tient de Beckett ou de Duras ou du Théâtre du Soleil, pas de Simenon, encore moins de Becque. Les avant-gardes des décennies 1960-70-80 pendaient au gibet le Pouvoir avant de prendre le pouvoir tout court, elles brisaient les codes, non pas pour coder la brise, mais ouvrir de nouvelles voies à la Révolution, elles faisaient sortir l'art de l'académie pour en saturer les rues. Or, ces mêmes avant-gardes sont incapables de reconnaître dans la télé réalité leur enfant qui, pourtant, leur doit tout. Il ne se passe rien dans La Ferme célébrités en Afrique ? Mais croyez-vous qu'il se passe quoi que ce soit chez Beckett ? Les dialogues de Grégory et d'Aldo, de Brigitte et de Kelly, de Pascal et de Pascaline sont insignifiants ? Ecoutez Vladimir et Estragon, Hamm ou Clov : leur « dialogue » est de la même farine anodine que les bégaiements de nos trayeurs de chèvres. « Putaing de cong, les poules sont entrées dans l'enclos des lions » vaut largement le « c'est un arbre. - un arbrisseau. - un arbuste. Un arbrisseau » de Beckett, prix Nobel de littérature. Tityre et Mélibée parlaient en vers ; à La Ferme en Afrique, on fait dans la pose silencieuse et méditation zen. C'est de la métaphysique de l'incommunicabilité. Et quand les filles s'engueulent, elles le font avec la même rancune amère que les femmes de Duras. Les fermiers improvisent ? Que croyez-vous que Mme Mnouchkine, la Papesse du théâtre engagé LCR, apprenait à ses comédiens dans 1789 ou 1793 ? La télé réalité étend à la télé, « art bourgeois » s'il en fut, l'écriture de la subversion dont se pâmaient les révolutionnaires dans les années 1960-1970. S'ils ne reconnaissent pas leur enfant, c'est sans doute qu'il leur renvoie une image fidèle de ce qu'ils furent et qu'ils en ont honte.

Bien sûr, les mots télé réalité sont mal traduits de l'anglais. Ils signifient « la réalité télévisée » ou « la réalité à la télé », et non « la télé est la seule réalité qui soit ». Bien sûr, c'est un jeu. Comme la fête foraine, les bals du samedi soir, les lotos des associations de quartier, l'art dans la rue, les revues d'avant-garde et les installations, c'est fruste, bébête, simplet. L'imposture, si tant est qu'il y en ait une, tient au nom télé réalité, qui y est donné. Il n'y a guère de réalité dans ce jeu. Encore qu'il y en ait beaucoup plus que dans ce que montre chaque jour et à chaque heure la vraie télé en matière de fiction, de reportage ou d'informations, où la règle est le mensonge. Les séries policières Navarro, La Crim, Julie Lescaut, etc. ne veulent pas seulement divertir les citoyens, elles ont pour ambition de leur montrer la société française telle qu'elle est et éventuellement « ouvrir les yeux », faire « prendre conscience », sermonner. Dans ces séries, les criminels sont blancs, français de souche, parfois serbes ou slaves. Or, la population pénitentiaire est en majorité étrangère ou d'origine étrangère. Autrement dit, ces séries cachent la réalité, sans doute parce que la télé prend les citoyens pour des brutes ignares ou « fascistes » qui ne peuvent pas comprendre ce qui se passe dans leur propre pays. Les associations antiracistes se plaignent à juste titre que les populations d'origine étrangère sont absentes de la vraie télé. Il faut donc que l'origine des malfaiteurs de la vraie télé soit à l'image de ce qu'elle est dans la réalité. Il faut des quotas de malfaiteurs noirs, arabes, turcs, musulmans afin que le crime à la télé soit conforme à ce qui est observé dans les palais de justice et dans les prisons. Les séries ou films TV non policiers du samedi soir (la 3) ou du mercredi soir (la 2) mettent en images une idéologie de sacristie qui est encore plus convenue que les images. C'est du catéchisme de nido infantile ou de crèche autogérée. Comparée à cet Himalaya socialo-coco-gauchiste de mensonges, la télé réalité est vierge, innocente, pure. Elle ne crie pas la vérité, elle la hurle. La télé mensonge ressasse les thèmes de la société coupable, des salauds qui emploient des malheureux sans les payer, des fascistes qui pressurent les citoyens citron, du Mal qui dévore les proies innocents tombées entre leurs griffes acérées, etc. La télé réalité est citoyenne : elle n'égrène pas le chapelet de l'injustice sociale, elle ne manipule pas le réel, elle ne cherche pas à rendre les choses du monde conformes à l'idéologie socialo-coco-gauchiste. Enfin, elle montre la réalité ; enfin, les citoyens ne sont pas abusés ; enfin, ils accèdent à la nature des choses ; enfin, ils entendent des discours qui ne sont pas du semblant. Il ne reste qu'à énoncer ce slogan révolutionnaire : que toute la télé soit de la télé réalité ou qu'elle disparaisse.

 

 

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08 janvier 2010

Tunique de Nessus

 

On sait la fortune des mythes de l'Antiquité aussi bien dans la littérature que dans la pensée. Œdipe, le bouc émissaire, Antigone, Hercule, le sacrifice d'Iphigénie, la malédiction des Atrides, Sisyphe, Médée, etc., pour ne citer que les plus connus, ont nourri les œuvres de milliers d'écrivains, d'artistes et de penseurs. La force de ces mythes tient aux significations dont ils sont porteurs et à la justesse avec laquelle ils peuvent expliquer tel ou tel comportement humain ou tels ou tels événements, même des comportements ou des événements largement postérieurs à l'invention du mythe et à l'explication desquels les inventeurs du mythe n'avaient pas songé. Ce que célèbrent, à leur façon, les mythes, c'est la permanence de l'archaïque, même dans des sociétés modernes, surtout dans celles qui se croient libérées de tout et qui, ne se tenant ni pour bégueules, ni pour conformistes, ni pour ringardes, ont jeté aux orties tout ce qui pourrait entraver leurs subversions triomphales.

Dans ce que l'on sait ou croit savoir d'Héraklès ou Hercule, ce héros légendaire de l'Antiquité, célèbre pour sa force et son courage, ou dans ce que l'on en retient, il est une succession de « travaux », dont certains ont laissé quelques traces dans la langue française : ainsi « les écuries d'Augias », les « colonnes d'Hercule », « la robe de Déjanire » ou « la tunique de Nessus », « une force d'Hercule », « un Hercule de foire ». Parmi ces exploits, il en est un qui, s'il était actualisé ou réactivé, pourrait décrire et expliquer de façon lumineuse bien des événements qui s'observent dans la France actuelle. C'est celui de la tunique de Nessus, qui est connu aussi sous le nom de robe de Déjanire. Le voici résumé cavalièrement. Le centaure Nessus tente de violer Déjanire, la femme d'Hercule, qu'il convoite depuis longtemps. Hercule le tue. Mais avant de mourir, Nessus offre à celle qu'il allait violer sa tunique, qui serait, d'après lui, un philtre d'amour. Un peu plus tard, croyant à tort qu'Hercule la délaisse pour une autre, Déjanire l'oblige à porter la tunique du centaure. Mais à peine l'a-t-il revêtue qu'il sent sa peau brûler sous l'effet du violent poison qu'elle contient. Ne pouvant supporter la douleur, il allume un brasier dans lequel il se jette ; Déjanire, horrifiée de son erreur, se suicide.

Une tunique est une pièce du costume des héros de l'Antiquité. Les mots costume et coutume, que l'on retrouve sous diverses formes dans les langues européennes, ont le même étymon latin : consuetudo, qui signifie « habitude, coutume, usage ». En espagnol, le même mot costumbres désigne à la fois les coutumes et les costumes. Le mot français costume, emprunté à l'italien, langue dans laquelle il a le sens de « coutume », a signifié pendant plus d'un siècle, à partir de 1641, au moment où le peintre Poussin l'a introduit dans notre langue, « vérité des usages, vêtements, etc. reproduite dans les œuvres d'art », avant de prendre en 1747 son sens moderne. Un costume n'est pas seulement destiné à vêtir une personne ; il renferme de l'être ; il est aussi la vérité ou une des vérités de cette personne. Pour ce qui est du mythe, la tunique de Nessus est un costume qui ne sied pas à celui qui le porte et qui, au lieu de le rendre plus beau ou plus séduisant, le blesse. Revêtir la tunique de Nessus, c'est adopter des coutumes étrangères et inadaptées à soi, et même contraires à ce que l'on est. Aujourd'hui, c'est ce qui se passe en France. L'être français ou la nationalité française est, pour d'innombrables jeunes gens, une tunique de Nessus. C'est du moins ce qu'ils affirment, une fois que la nationalité française leur a été imposée par jus soli, tenant cet « être-là » pour étranger à eux, comme une brûlure ou comme une humiliation. « Je ne suis pas français ; je suis musulman ou africain », disent-ils ; ou encore : « J'ai la nationalité française que je n'ai pas demandée, mais je suis diola ou bambara ou sérère ; et je serai toujours, mes enfants aussi, arabe, kabyle ou bété ». Pour eux, l'être français se réduit au jambon beurre, au fromage blanc, au porc, au vin, à l'ivrognerie et, si l'être français s'applique aux femmes, aux putes. Eux ne veulent rien avoir en commun avec les souchiens ou les sous-chiens : ils ne sont pas « taht el kelab ». La France a cru offrir à ces jeunes gens un cadeau ; les bénéficiaires l'ont reçu comme un poison. Les raisons en sont faciles à démêler. La nationalité française concédée s'accompagne d'une identité nouvelle : l'être français. Pour des jeunes diolas, sérères, kabyles, arabes, turcs, bétés, berbères, etc. qui ont reçu de leurs parents et grands-parents un héritage sacré, ethnique ou racial, dont ils sont si fiers, et qui se tiennent pour les maillons d'une longue chaîne historique, une identité nouvelle, imposée de l'extérieur et qu'ils n'ont pas demandée, une identité proprement juridique, brise la généalogie et les coupe de leur lignée. Voilà leurs ancêtres chassés de leur être. On conçoit que, pour eux, cette nationalité octroyée ou imposée soit un viol. Non seulement elle les humilie, mais encore elle les brûle de l'intérieur, comme la tunique de Nessus.

Le mythe appartient à l'ordre de la fiction ou du fantasme, où tout est possible, même ce qui ne l'est jamais dans le monde réel. La crise s'y dénoue aisément. Déjanire, qui est, malgré elle, à l'origine de la mort d'Hercule, se suicide ; son époux, le malheureux bénéficiaire du cadeau empoisonné, éteint le feu qui le brûle en se jetant dans le bûcher qu'il a allumé. Mais dans la réalité, il en va tout autrement. On ne se jette par centaines de milliers dans des brasiers. Les dénouements heureux ou fictifs ou fantasmés n'y ont pas de place. La crise ne se dénouant pas et ne pouvant pas se dénouer, elle est sans fin. Il n'y a pas d'issue. Si elle doit se dénouer un jour, ce sera dans la tragédie. Le drame pour les bénéficiaires de la nationalité française est qu'ils ne sont pas des héros de légende. Alors, ils cherchent des ersatz. Ils allument des brasiers partout où ils le peuvent, non pas pour s'y consumer, mais pour brûler tous les symboles qui rappellent cette tunique identitaire : autobus, voitures, écoles, bibliothèques, églises, etc. Ou bien ils lapident les représentants de la France, pompiers, policiers, fonctionnaires divers, comme dans leur propre pays ils lapident Satan, le démon, Iblis, le diable, le Mal. Des raisons matérielles (argent facile, vie agréable sans vraiment travailler, soins gratuits, accès à tous les signes de la richesse) les dissuadent de retourner viure al païs, où, pourtant, ils ne seraient plus condamnés à porter la tunique du centaure français, mais ils ont trouvé un succédané : établir en France des enclaves, turques ou algériennes ou islamiques ou bambaras, qu'ils purifient de toute population étrangère, id est autochtone, par l'incendie et les pierres, pour ne plus sentir les brûlures de l'identité violée.

Ainsi la France se transforme en un chaudron où prospèrent les racismes viscéraux et primaires et où résonnent tous les chants de haine. Qui a voulu ça ? Les hommes politiques, les fonctionnaires, les sciencieux du social, les militants associatifs, qui, depuis trente ans, distribuent ces tuniques de Nessus, ces docteurs Follamour étant persuadés que l'être français est ce qu'il y a de mieux au monde, qu'il n'y a rien au-dessus ou que toutes les autres identités sont des centaines de coudées plus bas. Tout se vaut, disent-ils, sauf l'être français. Il vaut mieux être français qu'algérien ou française que musulmane, parce que l'identité française est supérieure à l'identité algérienne et à l'identité musulmane. Bien entendu, ils se gardent de le proclamer en public, par prudence (ils ne se nomment pas Frèche) ou par tartufferie (ils ne se nomment pas Le Pen), mais tout ce qu'ils font et disent atteste qu'ils en sont convaincus : ils sont racistes par non-dit. En eux, il n'y a rien, pas d'âme, pas de vie de l'esprit, mais un imaginaire de débiles mentaux ou de Bac + 15, ce qui revient au même. Ils n'auraient que ce qu'ils méritent, si, par hasard, ils vivaient, eux et leur famille, dans les mêmes quartiers que ceux qui les haïssent. Ils ne sont pas si fous que ça, ces doctes Follamour. La preuve : ils se tiennent le plus loin possible des boîtes de Pandore qu'ils ont ouvertes.

Dans les lycées, on se demande doctement en cours de philosophie si l'histoire a un sens ou si une leçon peut en être tirée. Aux Etats-Unis, dans les pays arabes, en Chine, peut-être. En France, sûrement pas, bien que l'Etat, dans notre pays,  rémunère des dizaines de milliers de fonctionnaires pour enseigner l'histoire et que, à en croire les gazettes, l'école historique française, celle des Annales par exemple, soit réputée la meilleure au monde. Dans les années 1880, ce grand républicain qu'était Jules Ferry justifiait les expéditions coloniales d'alors par la mission universelle qui était ou aurait été dévolue, par on ne sait qui ou on ne sait quoi, à la France : apporter les lumières aux peuples primitifs et « civiliser les races inférieures ». On sait les tragédies que ce projet insensé a suscitées. Un siècle plus tard, le démon de la supériorité fantasmée infecte à nouveau la France et ses élites : on n'envoie plus de soldats sous les tropiques éclairer des populations supposées primitives ou incultes ; on les fait venir en masse et, sans même leur demander leur avis, on les oblige à porter la tunique de l'être français. Faut-il s'étonner qu'aujourd'hui, comme il y a un demi-siècle, ces populations rejettent par la violence et le feu purificateur les coutumes qui leur sont imposées ?

 

 

 

 

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01 janvier 2010

Voeux

 

Arouet Le Jeune présente ses voeux aux lecteurs des notes de la NLF.

 

 

En 2007, ces notes ont eu 47850 lecteurs et 101986 pages ont été lues;

en 2008, 63788 lecteurs et 126 418 pages lues;

en 2009, 91444 lecteurs et 235 194 pages lues.

 

 

Bonne année à tous.

 

 

 

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28 juillet 2009

Signes 28

Européen et Europe

dans les dictionnaires et les encyclopédies

(XVIIIe–XXe siècles)

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (éditions publiées de 1762 à 1935) ou dans le Dictionnaire de la langue française de Littré (1863-77), la définition d’européen est expédiée en un court fragment de phrase : « qui appartient à l’Europe » et « habitant de l’Europe ». Le mot est employé pour la première fois comme adjectif en 1563 sous la forme europien, dans Advis et devis des langues de François Bonnivard. Dérivé du nom Europe, auquel est ajouté le suffixe – ien, désignant une ethnie ou une population, comme italien dérivé d’Italie, le mot est de formation française, les adjectifs latins europaeus et europensis n’ayant pas de postérité en français. Le mot est enregistré dans la quatrième édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française : « on ne dit point européan ». Les académiciens ajoutent : « c’est par cette seule raison que ce mot se met dans le dictionnaire ». De fait, si le mot est enregistré, ce n’est pas pour en exposer le sens, puisque européen est un simple adjectif de relation, mais pour rejeter european, emprunté de l’anglais. Alors, l’Europe est une réalité du monde qui n’a pas d’autre identité que celle de continent. Européen est enregistré comme nom dans le Dictionnaire de la langue française de Littré (1863-77) : « habitant de l’Europe ». Le nom désigne des personnes, il n’a pas de sens. Dit en d’autres termes, il a un référent et n’a pas de signifié.

En revanche, un contenu sémantique fort apparaît dans les deux exemples cités : un extrait des Considérations sur la gouvernement de la Pologne de Jean-Jacques Rousseau (1770-71 : « il n’y a plus aujourd’hui de Français, d’Allemands, d’Espagnols, d’Anglais même, quoi qu’on en dise ; il n’y a que des Européens ») et un extrait du Génie du christianisme de Chateaubriand (IV, III, 6, 1802 : « le Père de la Rédemption s’embarque à Marseille ... il aborde le dey d’Alger, il lui parle au nom de ce roi céleste dont il est l’ambassadeur ; le barbare s’étonne à la vue de cet Européen qui ose seul, à travers les mers et les orages, venir lui redemander des captifs »). Dans l’extrait de Rousseau, la phrase citée n’a pas le sens europhile qu’on pourrait y donner aujourd’hui, celui d’une abolition des nations, mais le sens opposé. Dans cette œuvre de circonstance, Rousseau s’interroge sur les conditions auxquelles pourrait ressusciter la Pologne, qui vient d’être partagée entre deux ou trois grandes puissances voisines, dont l’Empire russe. Selon lui, c’est le sentiment national qui, seul, pourra rendre la Pologne à elle-même : « Ce sont les institutions nationales qui forment le génie, le caractère, les goûts et les mœurs d'un peuple, qui le font être lui et non pas un autre, qui lui inspirent cet ardent amour de la patrie fondé sur des habitudes impossibles à déraciner, qui le font mourir d’ennui chez les autres peuples au sein des délices dont il est privé dans le sien ». La phrase citée suit cette profession de foi : « Il n’y a plus aujourd’hui de Français, d’Allemands, d’Espagnols, d’Anglais même, quoi qu’on en dise ; il n’y a que des Européens » et elle est suivie de la phrase suivante, qui l’éclaire : « Tous ont les mêmes goûts, les mêmes passions, les mêmes mœurs, parce qu’aucun n’a reçu de forme nationale par une institution particulière. Tous dans les mêmes circonstan­ces feront les mêmes choses ; tous se diront désintéressés et seront fripons ; tous parieront du bien public et ne penseront qu’à eux-mêmes ; tous vanteront la médiocrité et voudront être des Crésus ; ils n’ont d’ambition que pour le luxe, ils n'ont de passion que celle de l’or. Sûrs d’avoir avec lui tout ce qui les tente, tous se vendront au premier qui voudra les payer. Que leur importe à quel maître ils obéissent, de quel État ils suivent les lois ? Pourvu qu’ils trou­vent de l’argent à voler et des femmes à corrompre, ils sont partout dans leur pays ». Selon Rousseau, les aristocrates qui gouvernent les nations européennes se ressemblent et, en maintenant leur peuple sous le boisseau, ils effacent les nations. Aujourd’hui, si tant que cet anachronisme ait un sens, le citoyen de Genève serait hostile à l’Europe fédérale et défendrait le principe d’une Europe des nations. Dans le second extrait (Génie du christianisme, 1802), le nom Européen, qui désigne une personne (le Père de la Rédemption), est intégré à un réseau d’oppositions : France v. Alger ; catholique v. dignitaire politique musulman ; libérateur d’esclaves v. barbare esclavagiste. Dans ce contexte, Européen est porteur d’un ensemble de valeurs propres à une civilisation. Il signifie plus qu’il ne désigne.

Ce que font apparaître les dictionnaires actuels, c’est une rupture dans la seconde moitié du XXe siècle. L’article que Littré consacre à Européen est sommaire. L’article du Trésor de la langue française, publié un siècle plus tard (1971-94), est cinq ou six fois plus long. L’adjectif de relation est transformé en un adjectif qualificatif exprimant une qualité positive. C’est dans le cadre de la construction d’une entité politique, nommée Communauté européenne, puis Union européenne, que se fait la mutation sémantique. Lorsque européen se dit d’une chose, il reste, quand il se rapporte à « l’Europe, entité supranationale », un adjectif de relation : « en parlant d’un inanimé, en particulier d’une institution, propre à un ensemble organisé formé par les pays de l’Europe ; plus particulièrement, au XXe siècle, propre à l’ensemble des pays d’Europe occidentale ou de certains d’entre eux s’organisant peu à peu à différents niveaux (économique, juridique, politique, technique) » (Trésor de la langue française). En revanche, lorsqu’il se dit d’une personne, d’une collectivité, d’un état d’esprit, il cesse de désigner, il a pour sens « qui considère les choses à l’échelle de l’Europe, en dépassant le cadre des frontières de son pays, plus particulièrement qui est favorable à une Europe organisée, qui travaille en ce sens ; qui désire l’intégration de son pays à l'Europe des Six ». L’emploi « substantif » cité : « être bon Européen » illustre ce nouveau sens positif.

Que le mot, adjectif ou nom, ne réfère plus à une entité et qu’il se charge d’un sens positif est confirmé par les noms en isme qui en sont dérivés : européanisme ou « tendance à considérer les choses à l’échelle de l’Europe, à leur donner un caractère européen ; plus particulièrement, tendance favorable à l’unification de l'Europe ; doctrine correspondante », le synonyme européisme, ainsi que l’adverbe européennement, dans les deux sens de « à la manière de l’Europe, des Européens » et « à l’échelle de l’Europe, par toute l’Europe et ses habitants ». L’expression de la relation s’efface sous le sens idéologique. Ce n’est plus la réalité qui importe, mais les doctrines qui sont censées la changer. L’article européen du Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication) est moins ample que celui du Trésor de la langue française ; il n’en confirme pas moins le phénomène analysé ci-dessus, à savoir que, dans ce mot, la référence (« qui se rapporte à l’Europe occidentale en tant qu’entité économique et politique ») est effacée par la signifiance : « personne favorable à l’unification de l’Europe », comme dans l’exemple « cet homme politique est un européen convaincu ».

Dans les dictionnaires universels anciens (dictionnaires de choses ou encyclopédies), les mots Européen et Europe ne sont pas de simples désignateurs ; ils ont un contenu sémantique. Pour définir le nom Européen, Littré se contente d’en citer le référent : habitant de l’Europe. Un siècle et demi plus tôt, en 1721, dans le Dictionnaire universel (…), vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux (première édition en 1704), le sens « qui appartient à l’Europe » est longuement commenté. Ce qui intéresse les auteurs de ce dictionnaire, c’est l’origine des Européens. Pour eux, le sens est dans l’origine qui se perd dans un lointain passé : en l’occurrence, celui de la Bible. Voici l’article : « Les Européens sont fils de Japhet ; car l’Europe fut peuplée après le déluge par les enfants de ce fils de Noé, et les Païens même ne l’ont pas ignoré. Ils le nomment Japer (…) Le grand nombre des auteurs qui ont écrit sur ces Antiquités veulent que tous les enfants de Japhet aient passé en Europe, et entre autres, Gomer, que plusieurs disent avoir peuplé la Gaule ». Les Européens ont, comme les personnages de la Bible ou les grandes familles du royaume de France, une haute généalogie qui remonte au déluge.

Dans le Dictionnaire de Trévoux (édition de 1771), un long article est consacré aux limites de Europe. C’est de l’Atlantique à l’Oural : « voici les bornes que l’on donne aujourd’hui à cette partie du monde. Elle est baignée au Nord par l’Océan septentrional, au Midi par la mer Méditerranée, qui la sépare de l’Afrique. Elle est séparée de l’Asie du levant par l’Archipel, le détroit de Gallipoli, la mer de Marmara, le détroit de Constantinople, la mer noire, le détroit de Caffa, la mer de Zabache, la rivière du Don, jusqu’à la courbure la plus orientale, où est la ville de Taya ; d’où cette borne passe au Volga, qu’elle remonte tant que ce fleuve coule du nord au sud ; de là elle va à l’Obi qu’elle suit jusqu’à son embouchure dans l’Océan scytique et septentrional. Ainsi l’Europe est une grande presqu’île ».

L’idée que les hommes instruits du XVIIIe siècle se faisaient de l’Europe paraîtrait aujourd’hui incongrue ou obscène, même aux yeux des partisans les plus ardents de l’Union européenne. L’Europe se distingue des autres continents par trois qualités qui la définissent : elle est blanche ; elle est puissante, sûre d’elle et exemplaire par la civilisation qu’elle diffuse dans le monde ; elle est chrétienne. Au XVIIIe siècle, les progressistes traitaient les questions ethniques ou de couleur de la peau sans retenue. Ils disaient ce qui était, sans prévention. Ainsi dans l’Encyclopédie (1751-65) dont d’Alembert et Diderot ont été les maîtres d’œuvre : « l’étymologie la plus vraisemblable dérive le mot Europe du phénicien urappa, qui, dans cette langue, signifie visage blanc ; épithète qu’on pourrait avoir donnée à la fille d’Agénor, sœur de Cadmus, mais du moins qui convient aux Européens, lesquels ne sont ni basanés comme les Asiatiques méridionaux, ni noirs comme les Africains ». Cette remarque, si elle était exprimée dans un ouvrage actuel, vaudrait à son auteur les foudres de l’Inquisition. Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux énoncent la même vérité : « ce sont les Phéniciens qui l’ont appelée Ur-Uppa, c’est-à-dire « blanc de visage » ou Visage blanc, parce que les Européens sont beaucoup plus blancs que les Africains ».

Descendants de Japhet, fils de Noé, les Européens font l’objet d’un éloge bruyant : « Les Européens sont les peuples de la terre les plus policés et les plus civilisés et les mieux faits. Ils surpassent tous ceux des autres parties du Monde dans les Sciences et les Arts, et principalement dans ceux qu’on nomme libéraux, dans le commerce, dans la navigation, dans la guerre, dans les vertus  militaires et civiles. Ils sont plus vaillants, plus prudents, plus généreux, plus doux, plus sociables et plus humains ». Si cette European Pride était organisée aujourd’hui (hypothèse hautement improbable), elle ne susciterait de la part des plus chauds partisans de l’Union européenne que réprobation, indignation, condamnation, car elle serait perçue comme l’affirmation d’une arrogance impériale ou raciste. Cette fierté caractérise aussi l’autre grand dictionnaire de choses du XVIIIe siècle, l’Encyclopédie, laquelle, d’un point de vue idéologique, se situe à l’exact opposé du Dictionnaire de Trévoux : « quoi qu’il en soit, l’Europe est toujours la plus petite partie du monde ; mais, comme le remarque l’auteur de l'Esprit des lois, elle est parvenue à un si haut degré de puissance, que l’histoire n’a presque rien à lui comparer là-dessus, si l’on considère l’immensité des dépenses, la grandeur des engagements, le nombre des troupes, et la continuité de leur entretien, même lorsqu’elles sont le plus inutiles et qu’on ne les a que pour l’ostentation. D’ailleurs il importe peu que l’Europe soit la plus petite des quatre parties du monde par l’étendue de son terrain, puisqu’elle est la plus considérable de toutes par son commerce, par sa navigation, par sa fertilité, par les lumières et l’industrie de ses peuples, par la connaissance des arts, des sciences, des métiers, et ce qui est le plus important, par le Christianisme, dont la morale bienfaisante ne tend qu’au bonheur de la société ». 

Les philosophes des Lumières sont célébrés pour avoir jugé des mœurs et des croyances sans a priori et d’avoir, sinon inventé, du moins amplifié, le relativisme. Il semble pourtant que ce relativisme se soit arrêté à eux-mêmes et que, s’ils se sont gaussés de l’Eglise catholique, de la transsubstantiation, de la Messe comme sacrifice, de la résurrection des corps, des institutions politiques de leur temps, ils se sont gardés d’étendre leurs sarcasmes à l’Europe, aux arts, aux sciences, aux métiers, aux techniques : en bref, à leur civilisation, dont ils font l’éloge avec passion. Dans son Dictionnaire national ou Dictionnaire universel de la langue française (Garnier, 1856), Louis Nicolas Bescherelle écrit que, dans l’iconographie classique, l’Europe, comme la Poésie, la Musique, l’Histoire, la France, etc. se présentait sous la forme d’une statue : c’est une « femme magnifiquement vêtue, assise sur un trophée d’armes, de livres, de globes, des pinceaux à ses pieds. Elle porte une riche couronne ; d’une main, elle tient un sceptre, de l’autre une corne d’abondance ». Elle est la maîtresse de l’univers, elle le régit, elle y commande, elle le guide. Au milieu du XIXe siècle, la représentation iconique que l’on se faisait de l’Europe confirme ce qu’en disaient un siècle auparavant les auteurs du Dictionnaire de Trévoux et ceux de l’Encyclopédie.

Enfin, ce continent blanc qui porte à son apogée la civilisation humaine est aussi chrétien. C’est ce qui le définit, aussi bien dans le Dictionnaire universel français et latin, vulgairement dit de Trévoux (1771) que dans l’Encyclopédie : « l’Europe est la plus petite des quatre parties du monde; mais elle a sur les autres beaucoup d’autres avantages : le principal est la véritable Religion, qu’elle a mieux conservée, et qu’elle répand, principalement depuis deux siècles, dans les autres parties de l’univers (…) La capitale de l’Europe est Rome » (Trévoux) ; « l’Europe (…) est la plus considérable de toutes (les parties du monde) par son commerce (etc.) et, ce qui est le plus important, par le christianisme, dont la morale bienfaisante ne tend qu’au bonheur de la société. Nous devons à cette religion dans le gouvernement un certain droit politique, et dans la guerre un certain droit des gens que la nature humaine ne saurait assez reconnaître ; en paraissant n’avoir d’objet que la félicité d’une autre vie, elle fait encore notre bonheur dans celle-ci ». Il est possible que la dernière phrase soit ironique, bien que Jaucourt, l’auteur de cet article, ne soit pas ouvertement hostile au christianisme. Quoi qu’il en soit, ironique ou non, elle converge avec l’opinion exprimée dans le Dictionnaire de Trévoux, dont les auteurs sont de fervents catholiques.   

Il est une thèse qui, si elle était exposée aujourd’hui, ferait scandale, à cause de l’utilisation qui en était faite en Allemagne par les sectateurs d’Hitler. C’est l’origine celtique de l’Europe.  « L’Europe, dit-on, s’appela Celtique dans les temps les plus anciens ; ensuite, elle prit le nom d’Europe sur l’origine duquel on varie » (Trévoux) ; « il n’y eut d’abord qu’une seule langue en Europe, la celtique ou la gomarique ; ensuite il y en eut deux, la celtique et la grecque, qui vint de Phénicie et qui produisit la latine. Aujourd’hui il y en a trois : la latine, dont l’italienne, la française et l’espagnole sont des dialectes (…) ; la tudesque, rejeton ou fille de la celtique, et qu’on parle dans l’Allemagne, dans les îles Britanniques, en Suède et en Danemark ; et l’esclavon, qui est la langue de Pologne, de la Moscovie, d’une grande partie de la Turquie, de l’Esclavonie et de presque toute l’Illyrie. Il y a encore quelques langues moins étendues, qui sont le grec, l’albanais, le hongrois, le tartare, le basque, le bas breton, l’irlandais et le laponais » (Trévoux). Les encyclopédistes rappellent aussi les racines celtiques de l’Europe : « l’Europe est appelée celtique dans les temps les plus anciens ».

Blanche, civilisatrice, chrétienne, celtique, tel est le paradigme qui définit l’Europe, du moins selon les auteurs d’encyclopédies du XVIIIe siècle, qu’ils se placent dans la Lumière du Christ ou dans celles de la raison. Deux siècles et demi plus tard, cette Europe-là est oubliée ou tenue comme nulle et non advenue. Entre l’idée que nos prédécesseurs se faisaient de l’Europe et celle que nous nous en faisons, il n’y a pas un fossé, mais un abîme, comme si un séisme (la première guerre mondiale ? la deuxième ? la décolonisation ?) avait jeté la vieille Europe aux oubliettes de la mémoire, pour qu’une toute nouvelle Europe, sans racines ni passé, y soit substituée.

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26 juin 2009

Signes 27



La fin de l’espace littéraire français




« J’arpente de très incertains territoires : l’espace littéraire français, avec ses voies royales, palais, cités, ruines et surtout (selon Ponge) avec l’anarchie de ses routes, sentiers, chemins de campagne ou de frontières ».

Richard Millet, « Une langue où mourir », Le sentiment de la langue, 1986, Champ Vallon, repris dans Le sentiment de la langue, I, II, III, La table ronde, 1993 et 2003




Dans « Notes de l’été 1985 », Richard Millet écrit que les écrivains « n’osent plus, ne savent plus rêver sur la France » (Sentiment de la langue I, Champ Vallon, 1986). Que la France ait disparu de leur imaginaire est un fait inédit, qui va au-delà du désenchantement, par lequel se fait, selon Marcel Gauchet, la sortie de la religion. Depuis mai 1968, ils ne traitent plus « du pays natal, de la grandeur de son histoire et de sa civilisation ». La France est suspecte. Il est seulement permis d’en ricaner. Elle n’existe dans la littérature actuelle qu’affublée des oripeaux moisis et dérisoires d’un épouvantail à corbeaux. Renaud Camus va plus loin dans l’analyse. Il pense que non seulement les mots France ou français sont vidés de tout contenu, mais que même la littérature est sapée dans son essence par la guerre que lui ont déclarée les media, les sciences sociales, l’idéologie dominante. Le journalisme renvoie « la conception littéraire du monde à un statut purement archéologique (...) Tout livre, écrit-il, doit hurler à son lecteur : ne compte pas sur le journalisme pour te parler de moi. Souviens-toi que nous sommes en guerre, lui et moi. Souviens-toi qu’il occupe entièrement le pays (...) Dans la guerre entre la littérature et la presse, l’édition structurellement est déjà plus qu’à moitié dans l’autre camp. Les neuf dixièmes des livres que publient les maisons d’édition sont des livres de journalistes écrits en style journalistique, charriant une vision journalistique du monde » (Corbeaux, Les Impressions nouvelles, 2000). La France n’est plus l’espace que, longtemps, les écrivains ont arpenté – dans les deux sens du terme : mesuré, borné, limité et parcouru dans toutes les directions.


Dans L’espace littéraire (Gallimard,1967), Maurice Blanchot, poussant jusqu’à leurs ultimes limites les thèses de Mallarmé, prône une littérature débarrassée de tout ce qui n’est pas elle, rendue à son essence, conçue comme un absolu. Dans cet espace sacré ou sacralisé, sont vécues la solitude hautaine d’un langage élaboré et les expériences essentielles de la mort, de l’origine, du silence. A la différence de chez Blanchot, espace littéraire n’est pas ici une métaphore. Depuis des siècles, la France est un territoire pourvu de frontières, mis en valeur, modelé, cultivé, qui n’est pas plat, mais a de l’épaisseur, un passé, de la profondeur. Il est littéraire, au sens où il existe autant dans et par les textes ou les langues que dans les réalités du monde. Pour le narrateur de Lauve le pur (P.O.L., 2000), c’est la littérature qui donne une réalité durable à la ville de Nemours. « Nemours où je ne passe jamais sans rêver au bel amour de la princesse de Clèves, à Mme de La Fayette, au duc de La Rochefoucauld, aux ombres et aux ors du Grand Siècle ».

Art et littérature ont si intensément imprégné le territoire de la France que tout lieu, même le plus commun ou le moins poétique, telle une combe froide du plateau de Millevaches, semble exister dans l’art, représenté par un peintre ou décrit dans un roman, avant de prendre forme, aux yeux des promeneurs, dans la réalité : « Un vieux paysan surgit dans la lumière du soir qui donnait à la rousseur de ses vaches la gloire d'un crépuscule de Claude Lorrain, et qui me rappela le début de La Mare au diable, car il n'y avait rien de rassurant ni de délicieusement champêtre dans cette ultime apparition d’un laboureur d’autrefois : celui-là semblait venir du fond des siècles avec son araire et sa mine sombre, et pour un peu on aurait vu la Mort marcher à ses côtés, ou même soupçonner que c’était elle qui conduisait l’attelage » (Ma vie parmi les ombres, Gallimard, 2003). Le roman de Michel Chaillou, Le sentiment géographique (Gallimard, 1974), est une admirable tapisserie dont la trame est formée de lieux - les monts du Forez, la Bouteresse, Boën, le Lignon - et les fils, un long roman pastoral d’Honoré d’Urfé, L’Astrée, dont l’action est située dans la vallée du Lignon et qui a été lu avec ferveur jusqu’au début du XIXe s. Ce canton de Boën, sis dans le département de la Loire, a été si profondément marqué par la littérature qu’il a été nommé pays d’Astrée. Un des personnages du Voyage en France est un jeune Américain qui n’a jamais quitté son pays mais qui, grâce à la littérature, connaît les lieux (dont la station balnéaire de Sainte-Adresse), où a commencé l’impressionnisme : « Il avait lu (en français et en anglais) d’innombrables ouvrages et correspondances signés Guy de Maupassant, Alphonse Karr, Maurice Leblanc, pour se faire de la Normandie au siècle passé une idée plus précise que celle de New York où il vivait » (Benoît Duteurtre, Le voyage en France, Gallimard, 2001).

La langue contribue à faire de la France un espace littéraire. Pour les vrais grammairiens que sont les rêveurs de mots, les sons « déploient le plus ancien paysage français », comme dans ce texte éloquent : « Francité du subjonctif (dont) les terminaisons suscitent tout le paysage méridional - tout de même que les terminaisons en aille et en euille, par exemple, sont parmi les plus belles de la langue, déployant le plus ancien paysage français ; oui, les temps du subjonctif font bruire encore un paysage que l’on ne saura bientôt plus nommer. Ainsi ces noms de lieux, d’outils, de plantes, d’oiseaux, de gestes et de rites : Breuil, Arcueil, Chénérailles, treuil, cerfeuil, recueil, semailles, relevailles, funérailles… » (Le sentiment de la langue I, 1986). George Steiner, dans Après Babel (Albin Michel, 1978 ; nouvelle édition, 1998), montre que c’est la pluralité des langues qui fait la littérature. Il en est allé ainsi longtemps en France. Notre pays est divers par les langues qui y sont (ou qui y étaient) parlées et qui font rêver (ou faisaient rêver) les Français : ce sont les diverses variétés de la langue française, les patois, le latin et les extraits de haut langage, qui libèrent la langue des contraintes de la communication et lui font dire les expériences les plus élevées. Au latin, longtemps présent dans l’espace public et aux patois, longtemps, le français s’est nourri comme à ses sources. « Je dois, écrit Richard Millet, au patois, avant toute pratique du latin, le goût de l’étymologie et des concomitances linguistiques, puisque le limousin me faisait entendre la latinité du français (et celle des autres langues latines – le portugais notamment dont il était proche par ses chuintantes) » (« L’amour et la mort des langues », in Le sentiment de la langue III, La table ronde, nouvelle édition, 2003). Les patois sont ce que la langue française aurait été, si elle n’avait pas été « inventée », écrite, diffusée par des clercs originaires de tous les « pays » de France. « Mme Malrieu avait compris qu’une langue sans accent ni idiolectes est langue morte, et que la francité consiste moins dans la pureté de langue (laquelle n’est d’ailleurs qu’un songe républicain) que dans la diversité quasi littéraire de ce qui participe à un ensemble frémissant, complexe, universel » (Ma vie parmi les ombres, op. cit.). Le français a puisé dans ce « bruissement linguistique » « une complexité, une influence réciproque, une impossibilité heureuse, un couple singulier – ferveur de l’appartenance et de la solitude, de l’origine et de l’altérité, de l’exclusion et du partage – un peu comme la géographie parle du partage des eaux » (Ibid.). Dans cette polyphonie littéraire, les sons de la langue française ont été associés à ceux d’autres langues ou à des extraits ou des modèles de haut langage. « Mal parler (a fortiori mal écrire), c’est blesser la langue elle-même, ce grand corps dont ma mère me disait (...), à propos du latin, que nous étions tous ses enfants, tandis que, secrètement, je songeais que j’eusse pu m’adresser à elle en patois, comme saint François d’Assise parlait le langage d’oc avec sa mère, et soutenant que nous avions en commun un bien plus précieux encore que le sang et les gènes : l’immémoriale filiation par les langues, quelque chose d’autre proche de la musique (...) et des outils avec lesquels on taille la pierre, on ouvre la terre, on entre dans la forêt des songes, on accède à la face de Dieu » (Ibid.). Ces langues diverses, qui, pendant des siècles, ont bruit de concert, n’ont jamais été en conflit, quoi qu’en pensent ou en aient dit les linguistes, aux illusions de qui nous devons la thèse de la guerre des langues, laquelle résulte de la transposition mécanique aux langues de la thèse de la lutte des classes ou de la guerre des races. Au contraire, elles se nourrissent les unes les autres, comme dans le « polyglottisme heureux » qui enchante Richard Millet. C’est cette polyphonie qui, en accumulant les couches de sons et les strates de sens, a donné » à la France la densité compacte propre à un espace littéraire. « (Mme Malrieu) aurait pu se contenter du français simplement correct qu’on enseignait dans les écoles de la République et qui imitait celui de l’Ile de France (...) ; mais c’était celui du Limousin qu’elle cultivait (...). (Sa) conversation faisait que l’écouter parler, c’était lire un livre de l’ancienne langue - la langue dans ce qu’elle a d’ancien et cependant d’actuel, puisqu’il nous est toujours donné de l’entendre, comme la musique... » (Ibid.)

Pendant des siècles, la langue française, irriguée par plusieurs sources, a pu générer la littérature la plus diverse qui ait jamais été écrite dans quelque langue du monde que ce soit, grâce à cette profondeur ou, comme disent les spécialistes de stratégie militaire, de cet hinterland de langues : positions de repli où elle reprenait force et vigueur. Il semble que cet espace littéraire n’ait plus de réalité ou qu’il se soit défait : « Je sentais (...) que la France même était de la littérature - c’est-à-dire ringarde, moribonde (...) Il fallait en finir avec ce que la France traînait avec elle depuis des siècles : son orthographe, son subjonctif, sa belle langue, sa littérature, ses vins, ses parfums, sa cuisine, sa mode, ses régions, ses paysans, sa religion » (Lauve le pur, P.O.L.).

Qu’est-ce qui a désintégré l’espace littéraire ? Virgile est l’auteur de trois poèmes : L’Enéide, les Bucoliques, les Géorgiques. Le premier, un long poème épique, que l’on a longtemps considéré comme l’œuvre poétique par excellence, est inséparable des deux autres : un poème pastoral et un traité d’agronomie, ce qui signifie que le haut langage de L’Enéide est lié au travail de la terre. Les mots culture, cultivé, inculte s’appliquent à l’agriculture et à la vie de l’esprit. La culture, avant de porter sur l’esprit ou l’âme, est une activité de paysans. Il ne faut donc pas s’étonner que la fin des paysans de France coïncide avec la disparition des patois et avec la désagrégation de l’espace littéraire français. « Les langues s’oublient plus vite que les morts. Elles tombent, comme le jour, le vent ou le silence sur le monde où je suis né et qui était peuplé de gens rudes, peu loquaces, au visage tourné vers le couchant » (Ma vie parmi les ombres). Depuis trente ans, les paysans de France ont été sacrifiés sur l’autel du commerce mondial ou de la distribution bon marché. Ce sacrifice a signé aussi la fin de la polyphonie linguistique et celle de la littérature : « Je faisais comme les autres : la sieste dans la paille de la grange (…). Par mes ancêtres je tenais au silence et à la patience comme d’autres à la débauche ou à la gloire ; je savais manger, écouter, travailler en silence, par exemple aux champs, où j’ai aidé à moissonner le blé avec une antique faucheuse mécanique tirée par deux vaches avec un clair bruit d’horloge dans un grand champ où Désirée et sa mère ramassaient ce que libérait le pied d’André Allagnac pour le lier, d’un geste prompt et habile, en gerbes qu’Augustin et moi dressions en faisceaux, chaque geste atteignant à une perfection millénaire, de sorte que ce n’étaient pas seulement nous qui travaillions au cœur d’un des derniers étés de la paysannerie européenne, avec nos chapeaux de paille à larges bords, nos chemises aux manches retroussées et ce silence dont on ne sortait que pour faire avancer les bêtes, c’étaient aussi tous ceux qui, avant nous, s’étaient penchés vers la même terre, génération après génération, et qui nous contemplaient, et nous plaignaient de ne pas savoir que nous étions les derniers à accomplir ces gestes » (Ibid.).

L’espace français n’est plus littéraire, parce que le territoire de la France se transforme sous nos yeux en une succession de friches sinistres, en un désert agricole, en une vaste « zone » mitée par des barres ou des tours, dont le sort, à peine érigées, est d’être détruites à la dynamite. « Un monde était en train de mourir, sur les hautes terres comme dans la plupart des terroirs de France et de la vieille Europe, sans qu’on s’en aperçût, de même qu’on ne se voit pas vieillir ; ce qui me ferait dire à Marina, bien des années plus tard, qu’il est des morts qu’on ne veut pas voir, et que les Français avaient renié leurs origines paysannes avec plus de ferveur qu’en nul autre pays » (Ibid.). Dans cette zone, les patois, bien qu’ils aient nourri la langue française, se sont amuïs : « Je suis né sur un territoire que se partageaient deux langues : l’une (le patois limousin) est à peu près morte ; l’autre demeure l’objet de passions, de lutte, d’envie, de soupçons, de répudiations (…) Voilà un événement – la mort d’une langue – très commun en France ; il y suscite ricanements et haussements d’épaules, renvoyant à je ne sais quel particularisme obsolète, surtout à l’heure du « village global » et de l’euphorie communicante (…) Qu’est-ce, en effet, que la fin d’un patois pour nous qui, écrivant en français, avons souci d’universalité ? » (Ibid.).

La Tour de Babel s’est effondrée. Le latin n’est plus enseigné, à l’école plus personne ne récite les anthologies de haut langage, les patois sont morts. En entrant dans la grande nuit de ses langues, la France condamne sa propre langue au silence : « Il semble bien, plus que dans la survie du mythique « grand écrivain français » et d’une littérature exténuée par les formalismes et les académismes, que ce soit dans la langue que la France ait renoncé à son nécessaire et exemplaire amour de soi, en renversant, à son détriment, le jeu fasciné qu’elle entretenait avec les USA - seule nation dont elle attende désormais sa légitimation post-moderne et historique (…) Il est tout aussi symbolique que ce soit un quotidien né de 68, Libération, qui ait contribué, par son langage pluri-idiolectal, au branchement d’une oralité ludique et arrogante sur la langue héritée du classicisme. Langue qui expie sa grandeur (son « fascisme » comme dira, assez pitoyablement, Barthes) : sans force ni prestige, en recul dans le monde, émaillée de vocables anglo-saxons, hantée par le langage oral, elle semble payer ce que Barthes, encore, appelait le « grand traumatisme de la pureté classique » » (« Le sentiment du désordre », Le sentiment de la langue, III, 1993). La France et la langue française se délitent, sans que quiconque, sinon les nostalgiques du paradis perdu, s’en inquiète. « Chapelle ardente (…) que l’ignorance contemporaine a fait tomber dans l’oubli avec tant d’autres merveilles que le génie de la langue a mis des siècles à susciter et qui sont ses monuments, autant que les oeuvres littéraires et philosophiques. Sa merveille, même : ces expressions, tournures, métaphores et langages appartenant aux divers corps de métiers, aux arts et à la religion catholique, et que le roman délaisse, ayant perdu le goût du réel (...) » (Ma vie parmi les ombres). « J’usais par ailleurs de cet argot qui a peu à peu transformé le français courant en français vulgaire, et mis bas la langue classique encore prônée, en 1960, par l’instituteur de Villevaleix et, on peut aisément le croire, par ses collègues de France et de Navarre... Une langue de Bas-Empire, livrée aux publicitaires, aux journalistes, aux démagogues, aux mauvais écrivains à présent plus nombreux que le sable du désert, qui lui ont imposé un renversement sans doute irréversible en donnant pour norme le français tel qu'on le parle et non plus tel qu'il s’écrit ou qu'on rêve de le voir écrit » (Ibid.).


La fin de l’espace littéraire s’accompagne de bouleversements qui affectent le monde entier. Un Parisien du Marais ou du VIe arrondissement se sent plus proche d’un habitant de Tokyo, de Manhattan, de Soho que des paysans de France ou que de ces ruraux de la France profonde. Il a plus de goûts, d’opinions, de modes de vie, d’habitudes en commun avec les vrais maîtres du monde, bobos ou lilibobos, qu’avec les ploucs ou les beaufs. Le monde de naguère, celui des « nations unies », se transforme est un réseau de réseaux, dont les mailles sont les mégapoles. Les pays n’existent plus. Dans le Cours familier de philosophie politique (Fayard, 2001), Pierre Manent analyse les fondements de la « démocratie » qu’imposent les urbains modernes. Ils exigent un monde sans institutions, où l’on est soi-même, où l’on vit suivant son choix, dans l’immédiat ou le présent éternel, un monde libéré des chaînes du passé et où les entraves à la réalisation de soi ont disparu. Dans cette « zone » plate, sans relief ni profondeur, sans passé ni futur, la littérature, ringarde, n’a plus de raison d’être : elle n’est acceptable que si elle se mue en com, en pub ou en idéologie. « (...) Il fallait en finir avec (...) tout ce qui était un frein à la liberté individuelle, à l’invention du présent, à la redéfinition sexuelle, au métissage universel, auraient-ils pu dire s’ils avaient daigné me parler, le frère et la soeur, et même la mère qui avait sans doute brûlé ce qu’elle avait adoré pour se ranger sous la bannière du nouvel âge et de sa pauvre liberté de divorcée, me disais-je pour lutter contre les sanglots qui montaient en moi et comprendre pourquoi j’étais l'objet d’une telle haine, sinon que j’étais homme, célibataire et « littéraire » (...) » (Lauve le pur). Cet ordre nouveau sans extériorité, ni altérité, ni étrangèreté rassemble des individus désorientés et désoriginés, quelque langue qu’ils parlent, qui méprisent les pays, les peuples, les institutions qu’ils se sont données, l’art et surtout la littérature, parce que celle-ci est le lieu où bruit encore le passé et où d’anciennes expériences sont racontées ou vécues.

« Et si tu aimais sacrifier le monde à la lecture, tu comprenais aussi que l’Occident est entré dans le temps d’après les livres et, peut-être, des langues littéraires ou sacrées (…) Tu as vu qu’on entrait dans une ère de juridisme généralisé et outrancier, et tu as commencé des études de droit pour (…) continuer à déchiffrer le grand mensonge dont s’obscurcit le monde et que la littérature ne sait plus dévoiler (…), appelée à descendre dans les catacombes où d’étranges personnages appelés lecteurs se réuniront pour jouir de la splendeur des langues, comme les premiers chrétiens, la littérature - au moins le roman - étant d’ailleurs une invention chrétienne. Le lecteur de romans est un chrétien qui s’ignore, et l’histoire de la littérature (…) s’achève sans doute avec la chrétienté, puisque nous sommes de moins en moins capables de déchiffrer les grands textes comme nos ancêtres ces livres de pierre et de lumière que sont les vitraux, les chapiteaux et les porches des églises » (Ma vie parmi les ombres).

La fin de l’espace littéraire fait disparaître la conscience de l’autre ou sentiment d’altérité : « chaque fois que je retourne sur le lieu de ma naissance, je suis frappé par ce qui s’y est tu (hommes, bêtes, métiers agricoles), et aussi par ce qui manque à ce paysage : une autre espèce de silence, la rumeur infiniment lointaine de la civilisation disparue, le silence de l’autre langue et, par-là même, ce qui manque le plus au français : une altérité qui ne s’articule plus que dans la mémoire, au lieu de cet échange qui était en quelque sorte la gloire du vaincu en ses habits de parent pauvre… » (Le sentiment de la langue). L’altérité des ancêtres est plus profonde que celle des étrangers, surtout si ceux-ci sont les zombies errant d’une maille à l’autre du réseau mondial. Pour un bobo du VIe arrondissement, l’altérité d’un Saoudien évolué ou d’un bourgeois du Caire ou d’un nanti de Rio de Janeiro est caduque. Ces étrangers lui renvoient sa propre image, une image narcissique qu’il peut contempler béatement : « Il déambula dans la foule, curieux de découvrir la société française : son art de vivre, de se nourrir, de s’habiller, de se cultiver... Vingt mètres plus loin, des familles se ruaient sur les chaussures de sport Like, avant de se rafraîchir chez le glacier Ice and Fast (...), marques familières des trottoirs new-yorkais... Les consommateurs subissaient, dans les magasins, une sorte de nettoyage et ressortaient déguisés en adolescents de Brooklyn : casquettes de base-ball à l’envers, pantalons de joggers, chaussures de tennis dénouées, bombers qui leur donnaient des carrures de culturistes (...) David réfléchit un instant : on aurait dit que ces vêtements n’étaient pas seulement des vêtements. Sur une tête française, la casquette de base-ball semblait vouloir signifier quelque chose - exactement comme le chapeau de David exprimait sa préférence pour le monde d’avant-guerre. Ici, les Normands ou les Maghrébins s’inspiraient de l’Amérique des téléfilms. C’était l’Europe » (Le Voyage en France).

Dans Le sentiment de la langue, Richard Millet note que l’espace littéraire a commencé à disparaître en mai 1968. Dans ses autres livres, il corrige la remarque. C’est le triomphe des sciences sociales et celui de l’idéologie qui ont achevé la littérature. Le procès intenté à la civilisation et à l’art par les idéologues tels Foucault, Barthes, Bourdieu, Derrida a fini par avoir des effets tangibles : la civilité a été oubliée, le savoir-vivre a été ramené à de simples conventions bourgeoises, la volonté de vivre ensemble s’est effacée. A leur place, a émergé une barbarie inédite. Quand on se convainc que tout se vaut, la littérature est submergée par les éructations de haine et l’humanisme par le ressentiment. Pour les idéologues, le sens est plat, déjà là, sans histoire, dépourvu de strates, il ne circule pas. Il suffit d’un coup de tampon sur un document pour l’établir ou d’une convention pour effacer la culture que les siècles ont bâtie. La littérature approfondit cette épaisseur et en traverse les signes. A l’opposé, l’idéologie prospère dans l’uniformité. Elle a submergé le journalisme, le champ culturel, la critique, les sciences sociales, l’université pour en finir avec la « vision littéraire du monde », que Renaud Camus tente d’arracher au néant, ou avec l’espace littéraire français, de Chrétien de Troyes à Louis-René des Forêts, que Richard Millet arpente en « veilleur frêle ». Entre l’idéologie, qu’elle soit ou non soixante-huitarde, et la littérature, il n’est ni coexistence ni compromis possibles.


La France est un pays artificiel et fragile, une marqueterie de terroirs sans unité apparente. La diversité des lieux, des paysages, des hommes, des coutumes est si ample (surtout si on la compare à la relative homogénéité de la plupart des autres pays au monde) que l’on s’étonne qu’un ensemble aussi hétérogène soit devenu un pays. On conçoit aussi que des idéologues fascinés par l’homogénéité raciale aient voulu le dépecer. Si on étudie, comme le fait Emmanuel Todd (L’invention de la France, Hachette 1981 ; La diversité du monde, Le Seuil, 1999), les liens qui unissent les membres d’une même famille (entre les parents et les enfants pour ce qui est de l’autorité ou de la liberté et les enfants entre eux pour ce qui est de l’égalité ou de l’inégalité dans les successions) et qu’on admette que ces structures façonnent un pays, alors la France apparaît comme la réalité la plus diverse qui soit au monde. Y coexistent quatre types de familles (verticale inégalitaire, communautaire égalitaire, non autoritaire inégalitaire, non autoritaire égalitaire), alors que la règle, ailleurs, est l’uniformité ou, au mieux, la coexistence en Espagne, Italie ou aux Pays Bas de deux structures familiales. Ce sont les souverains (Hughes Capet, Philippe Auguste, Philippe le Bel, Louis IX, Louis XI, François 1er, Louis XIV) et les élites de la République qui, disent les historiens, ont réuni des peuples divers. Certes. Mais sans la littérature et sans l’art, leur volonté aurait fait long feu. Il a fallu susciter le désir de faire France pour que la France existe. Pendant des siècles, ce désir a été entretenu par les écrivains. Parce que, de plus en plus nombreux, ils substituent l’idéologie à la littérature, ils renoncent à un devoir séculaire, sans se douter que l’idéologie dont ils s’enivrent est la porte grande ouverte sur les lendemains barbares qui les feront bientôt déchanter.



16 juin 2009

Du négationnisme

Signes 26 : du négationnisme

 

 

Etablis depuis près de quatre-vingts ans par des greffiers de la Vérité, tels Souvarine, Soljenitsyne, Conquest, Courtois, Rossi, pour ne citer que quelques noms, les crimes du communisme forment un Himalaya de cadavres. Et encore ! Alors que le plus petit glaçon qui compose l’énorme iceberg socialiste national est analysé, l’iceberg communiste est en partie inconnu. Les archives de Chine, de Corée, de Cuba, du Viêt-nam, d’Ethiopie, etc. restent closes et peut-être à jamais inaccessibles. Résumons : des millions d’être humains étiquetés nuisibles et éliminés sur l’ordre de Lénine, Trotzky, Staline, Mao, Pol Pot, Castro, Sékou Touré, Mengistu, etc., des étrangers raflés et envoyés au goulag, des camions fermés où l’on vaporisait des gaz toxiques pour tuer des moujiks mouches, des peuples déportés, des massacres de masse, des élites nationales exterminées dans les pays où les communistes ont accédé au pouvoir, partout, de la Chine à Cuba ou de la Guinée à la Pologne, des pays purifiés, les étrangers expulsés ou tués, des décisions xénophobes et ouvertement racistes, des malheureux enfermés dans des camps de la mort pour un oui ou un non ou pour un regard de travers, la censure, la terreur, plus du tiers de l’humanité réduite à l’esclavage, au moins quatre génocides avérés - celui des Ukrainiens par les Russes, celui des Tibétains par les Chinois, celui des paysans cambodgiens par les communistes khmers, celui des paysans éthiopiens par des bureaucrates du Parti unique et communiste, entre 80 et 100 millions de morts, etc. : ça dure encore en Chine, en Corée du Nord, au Viêt-nam, à Cuba, etc.

Il y a crime contre l’humanité lorsque des hommes exerçant ou non le pouvoir tuent leurs semblables, compatriotes ou étrangers, qui n’ont rien commis de répréhensible, même au regard des lois en vigueur, que ces lois soient ou non barbares. Ces hommes sont tués parce qu’ils sont dits nuisibles, qu’ils appartiennent à une classe sociale dite inférieure ou gênante, qu’ils portent des lunettes ou ont une sale gueule, qu’ils ne sont pas de la même « race » que ceux qui détiennent les armes, bref ils sont tués parce que leur seul tort est d’être nés. Les tueurs n’ont pas cherché à les envoyer au Paradis. Ils n’ont pas voulu, quoi qu’en disent les spécialistes de la négation, fonder une société parfaite, mais éliminer des gêneurs pour rester au pouvoir le plus longtemps possible. En tuant des hommes comme si ces hommes étaient des poux ou des cafards, ils se sont attaqués à l’humanité tout entière, à tout homme vivant ou ayant vécu sur cette terre. En s’appropriant les récoltes et les semences de six à sept millions de paysans ukrainiens et en les affamant, les communistes russes ont détruit l’humanité qui était dans ces malheureux. C’est à l’humanité qu’il incombe de leur demander des comptes. De ces crimes, qu’ils soient idéalistes ou réalistes, et au nom de la Sainte Doctrine de Marx ou de Lénine, on sait assez de choses pour ne pas se faire d’illusion sur ce qu’ils ont été et ce qu’ils sont encore. Bien que les archives à Moscou et ailleurs, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique centrale, n’aient pas été toutes ouvertes, on en connaît l’essentiel.

Pourtant, même les critiques les plus intransigeants du communisme hésitent à tenir le communisme pour criminel par essence. Alain Besançon (Commentaire, n° 80, p 790) écrit que « le communisme léniniste veut indirectement le bien de l’humanité » et que « cet universalisme du communisme lui donne un avantage immense sur le nazisme, dont le programme n’est pas exportable ». Dans le même n° de Commentaire, François Furet fait du communiste « un prophète de l’émancipation des hommes », qui « bénéficie jusque dans sa faillite politique et morale de la douceur de ses intentions ». Le bien de l’humanité ? La douceur des intentions ? Dans quels livres ont-ils lu ça ? Dans quelle revue pour bonnes femmes ? En janvier 1918, alors qu’il détient la totalité des pouvoirs, Lénine décide « d’organiser l’émulation » entre les militants, les cellules et les fonctionnaires du parti bolchevique. Il veut que les uns et les autres rivalisent en zèle dans la réalisation du but suprême : « nettoyer la terre russe de tous les insectes nuisibles ». Ce qui a été décidé et ce qui a été réalisé, c’est une politique d’extermination des enfants, femmes, vieillards, paysans, popes, etc. étiquetés  nuisibles. Hitler a attendu près de dix ans pour mettre en œuvre la solution finale. Lénine en a décidé ainsi au bout de trois mois ; Pol Pot, le jour même où il a pris le pouvoir. En mai ou juin 1933, un reste de morale, quelque chose comme un scrupule, ont retenu Hitler de « nettoyer la terre allemande de tous les insectes nuisibles ». Il a attendu la fin de l’année 1942. Si nos contemporains qui se drapent volontiers dans les amples toges de la vigilance, de la mémoire, des droits de l’homme, étaient vraiment soucieux de défendre ici et maintenant ce qu’ils proclament sur les plateaux de télévision, ils cesseraient d’admirer Lénine ou Trotzky ou Mao ou Pol Pot et ils tiendraient ces génies pour des criminels au moins aussi pervers et dangereux qu’Hitler.

Le communisme n’est pas criminel par accident, mais par essence. Il suffit de lire La Littérature oubliée du socialisme (Nil Editions, 1999). Le crime fait réussir la prétendue révolution et, bien appliqué, il en préserve les premiers acquis. Le communisme n’a été ni trahi, ni dénaturé, ni violé par Lénine, Trotzky, Staline, Pol Pot, Mao, Kim Il Sung, Sékou Touré et alii. Au contraire, puisqu’il a été appliqué fidèlement au iota près. En 1849, dans la revue Die Neue Rheinische Zeitung, dirigée par son compère Marx, Engels souhaite que soient éliminés les Hongrois, dont la crime a été de se soulever contre l’Autriche impériale, qui leur déniait tout droit politique. Comment peut-on être hongrois ? Engels souhaite aussi la disparition des Serbes (déjà) et d’autres peuples slaves, puis des Basques, des Bretons, des Ecossais. Marx n’est pas en reste. Dans « Révolution et Contre Révolution en Allemagne » (1852), il s’interroge sur les moyens qui pourraient le débarrasser de « ces peuplades moribondes, les Bohémiens, les Carinthiens, les Dalmates, etc. ». Le communisme a annoncé qu’il exterminerait des peuples, ce qu’il a fait, dès qu’il est parvenu au pouvoir. Quand on veut conquérir le monde, le mieux est de le purifier des races gênantes ou nuisibles qui l’habitent. « En dehors des Polonais, écrit Engels, des Russes et peut-être des Slaves de Turquie, aucune nation slave n’a d’avenir, car il manque à tous les autres Slaves les bases historiques, géographiques, politiques et industrielles qui sont nécessaires à l'indépendance et à la capacité d'exister. Des nations qui n'ont jamais eu leur propre histoire, qui ont à peine atteint le degré le plus bas, de la civilisation... ne sont pas capables de vie et ne peuvent jamais atteindre la moindre indépendance ». En bon et vrai communiste, Engels considère que la race explique, mieux que l’histoire, la dégénérescence des peuples ou des nations. La race, le sang, les gènes sont des facteurs explicatifs. C’est le diagnostic d’Hitler sur les juifs et des militants du KKK sur les noirs. Les théoriciens du communisme, qui sont de bons blancs, jugent que les Blancs sont supérieurs - l’histoire ne pouvant pas expliquer l’avance qu’ils ont prise pour ce que est de la science et du développement économique, social, technique, culturel. Pour Engels, c’est même une vérité. Il écrit : « Si, par exemple, dans nos pays, les axiomes mathématiques sont parfaitement évidents pour un enfant de huit ans, sans nul besoin de recourir à l’expérimentation, ce n'est que la conséquence de « l'hérédité accumulée ». Il serait au contraire très difficile de les enseigner à un bochiman ou à un nègre d'Australie. »

Récapitulons : êtres humains réduits au statut d’insectes, peuples éliminés ou à éliminer, classes étiquetées nuisibles pour être plus aisément exterminées, races slaves ou noires déclarées inférieures aux bons Allemands ou aux vrais Européens. Il ne faut pas s’étonner que le fleuve communiste se jette dans l’océan du génocide. La solution finale contre les gêneurs, les nuisibles, les inférieurs ou supposés tels n’a pas été exprimée par les seuls membres ou dirigeants du NSDAP (le Parti socialiste national des Travailleurs allemands) et uniquement par eux. Au XXe siècle, il existe au moins un bon et vrai marxiste, pieusement présenté comme éclairé et, bien sûr, humaniste, qui l’a exprimée explicitement, en toutes lettres, noir sur blanc. C’est le dénommé Bernard Shaw, écrivain et admirateur forcené de l’URSS. En bon communiste, il revendique non pas le droit au logement, ni aux papiers, ni à l’immigration, ni devant, mais le droit à la liquidation massive des classes (des races ?) nuisibles aux gaz toxiques. En 1930, trois ans avant qu’Hitler n’accède au pouvoir, il écrit, dans The Listener, que le communisme doit réaliser vite, dare-dare, hic et nunc, ce qui deviendra la réalité de l’Allemagne dix ans plus tard. Oui, il incite les chimistes, les hommes de progrès, les scientifiques éclairés, « à découvrir (vite, le plus vite possible) un gaz humanitaire qui cause une mort instantanée et sans douleur, en somme un gaz policé - mortel évidemment mais humain, dénué de cruauté », afin que la Révolution n’ait plus d’opposants, les gaz étant censés plus humains que la balle dans la nuque. Les crimes commis pendant tout le XXe siècle montrent l’identité du socialisme international et du socialisme national. L’un est antérieur à l’autre de plus de 16 ans. Quand Hitler a commencé sa carrière criminelle, il disposait de modèles qui avaient fait leurs preuves et il s’est révélé aussi bon disciple de Marx, Lénine, Trotski que Staline, Mao ou Pol Pot. Telle est la vérité qu’imposent les faits.

Il importe peu de savoir si le communisme est pareil, semblable ou identique au socialisme national. Il est évident que le communisme trône au sommet, le socialisme national au milieu, le fascisme en bas. Le premier est l’Everest, le deuxième le Mont Blanc, le troisième le Mont Gerbier des Joncs. La seule question qui vaille d’être posée est de savoir pourquoi le communisme, en dépit des crimes qu’il a commis, de l’esclavage qu’il a rétabli, des massacres de masse qu’il a ordonnés, des déportations de peuples qu’il a organisées, des génocides dont il s’est rendu coupable, n'est pas jugé criminel. Le socialisme national est à juste titre condamné. Le communisme est un vague humanisme ou une idéologie acceptable, tolérée, digne d’être enseignée.

 

Tout a été dit sur le communisme, ses crimes, son racisme, ses génocides. Rappelons quelques faits. Le communisme a été pensé par Marx et Trotzky, entre autres théoriciens. Marx et Trotzky sont juifs. Comme de nombreux Juifs en Europe dans les années 1830-1930, ils étaient déjudaïsés, au sens où ils avaient rompu avec la tradition juive et le message théologique de Moïse, qu’ils considéraient comme caducs. Le communisme a été élaboré et mis en œuvre par des chrétiens, Engels, Lénine, Staline, qui étaient au christianisme ce que Marx et Trotzky étaient au judaïsme. Déchristianisés, ils ne croyaient plus dans l’Evangile, ni dans les diverses églises d’Europe. Aux pères fondateurs, il faut ajouter les premiers militants, ceux qui ont adhéré au communisme dans les années 1870-1950 et qui l’ont répandu en Europe, chrétiens déchristianisés ou juifs déjudaïsés. Le communisme est une idée judéo-chrétienne, au sens où elle est le produit d’une civilisation et d’une pensée, dont elle a conservé des traits. Sans messies, c’est-à-dire sans ces illuminés qui annoncent à intervalles réguliers un monde meilleur, le paradis, la société parfaite, le royaume de Dieu sur terre ou ailleurs, il n’y a pas de civilisation judéo-chrétienne. Marx est, à sa manière, un messie, qui a choisi une classe, qui a désigné des élus, qui a tracé une voie. En Palestine, au premier siècle de notre ère, il serait allé de village en village pour y répandre la bonne nouvelle. Dans Errata, George Steiner définit le communisme comme un messianisme juif ou judéo-chrétien et cite in extenso une « feuille de travail » dans laquelle Trotzky annonce l’avènement d’un monde nouveau riche en génies créatifs et qui dépasse en tout le monde ancien : « L’homme se donnera pour dessein de maîtriser ses propres sentiments, de hisser ses pulsions aux hauteurs de la conscience, de les rendre transparentes, d'étendre les fils de sa volonté dans les recoins cachés et, partant, de s'élever à un nouveau plan. L'homme deviendra incomparablement plus fort, plus sage, plus subtil ; son corps deviendra plus harmonieux, ses mouvements plus rythmés, sa voix plus musicale. Les formes de la vie y gagneront un dynamisme spectaculaire. Le type humain moyen se hissera aux sommets d'un Aristote, d'un Goethe, d'un Marx. Et, au-dessus de cette crête, de nouveaux pics surgiront ». Voici le commentaire très bref que Steiner en fait : « Auteur : un certain Lev Davidovich Bronstein (également connu sous le nom de Trotzky). Un texte écrit dans la chaleur de batailles aussi âpres que celles de Josué. Absurde, n'est-ce pas ? Mais un absurde dont on vit et dont on meurt ». J’ajouterai : un absurde au nom duquel on a fait mourir 85 millions ou plus (qui sait ?) d’innocents.

Le communisme, qui s’est présenté comme la « jeunesse du monde », n’est pas moderne. C’est un « retour à ». Il est archaïque, tel le judéo-christianisme dont il procède effectivement. Il consiste à faire revivre les vieilles communautés d’Europe, juives ou chrétiennes. Pour lui, l’individu n’existe pas : la personne non plus. L’homme se définit par son appartenance à une communauté de valeurs, de croyances, de savoir-faire, de techniques. C’est l’ancienne organisation communautaire féodale que  les droits de l’homme, les changements sociaux, les inventions techniques ont rendue caduque au XIXe siècle, bien qu’elle ait forgé, jusqu’en 1789 et au-delà, les sociétés de l’Europe médiévale. Au lieu de maintenir ce communautarisme dans les campagnes ou dans les ghettos juifs, où il fleurissait, le communisme l’a transporté dans les milieux urbains et ouvriers, où il n’a pas changé de nature, mais d’apparence. A la tête de chaque communauté, se trouvaient des chefs naturels. Ces chefs n’étaient plus les chefs de famille propriétaires terriens ou le patriarche de la lignée qui tenait son pouvoir de la récitation de la Torah. Ces chefs, désormais, sont les secrétaires des cellules du parti et du syndicat. Le communisme a triomphé en Europe parmi ceux qui s’étaient séparés de leur communauté naturelle, juifs déjudaïsés ou paysans déchristianisés. Il s’est imposé en Russie et en Chine, deux pays dont la civilisation a été façonnée par une organisation communautaire rigide et que les Lumières n'ont pas entamée. Cette nature communautaire du communisme explique que ses cibles ont été la liberté, les libéraux, l’autonomie des individus et l’impératif « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fût fait ».

Les valeurs des Lumières ayant été assumées par la bourgeoisie, celle-ci est devenue la classe « nuisible » à éliminer. Les victimes du communisme ont été les membres de classes sociales étiquetées nuisibles, des ressortissants des colonies de l’ancienne URSS, Baltes, Ukrainiens, Tatars, Tchétchènes, Ingoutches, des Chinois, paysans et bourgeois éclairés, des Tibétains, des Coréens, des Cambodgiens, des Vietnamiens, des Noirs, quelques arabes : bref, des jaunes, des noirs, des arabes, pas ou peu de juifs, des chrétiens certes, mais colonisés  - soit des peuples ou des individus appartenant à des races supposées inférieures, mal dégrossies, peu instruites, de « sales races », etc. En revanche, le socialisme national a voulu effacer de la culture européenne et de toute l’Europe l’héritage juif et chrétien et revenir à l’Europe ethnique qui existait avant le christianisme. Le communisme est un retour aux communautés éteintes ou dissoutes ; le socialisme national un retour aux tribus disparues. Ses victimes ont été les juifs et les chrétiens qui se souvenaient que ceux qui leur avaient annoncé la Bonne Nouvelle étaient le rabbin Ieschoua de Nazareth et ses apôtres juifs.

 

L’Europe est le continent du judéo-christianisme, qui a pour hérésie le marxisme léninisme. Voilà pourquoi les Européens hésitent à considérer les crimes du communisme comme de crimes contre l’humanité. Ce sont leurs crimes, alors qu’ils ont été les victimes des socialistes nationaux. C’est pourquoi les crimes contre l’humanité commis par les communistes sont niés ou atténués. Cette négation qui est la règle n’est que l’effet logique de la préférence ethnique qui est une forme de racisme. En effet, si les victimes du communisme avaient été des chrétiens et des juifs, au lieu d’être des jaunes, des noirs, des colonisés, bien entendu il y aurait eu des procès de Nuremberg à la chaîne. Nous n’aurions plus de députés, d’élus ou de ministres nommés Krivine, Laguillier, Gayssot, Jospin, Buffet, etc. Tous seraient déchus de leurs droits civiques ou proscrits de France. L’aversion que les Européens éprouvent à l’encontre des crimes contre l’humanité est à géométrie variable. Relative, elle dépend des victimes. Si celles-ci sont de bonne race, si elles ont de la valeur, si elles sont bien placées dans la hiérarchie des races ou des nations, l’idéologie qui les a fait disparaître est haïssable. Si elles sont mauvaises ou de peu de valeur ou jugées inférieures (jugement que les bien pensants se gardent bien d’énoncer : ils sont prudents), l’idéologie qui les a tuées est acceptable. C’est pourquoi l’antiracisme de pacotille, de subvention, de pouvoir, si prospère en France, occulte ou justifie les 85 à 100 millions de crimes contre l’humanité commis par le communisme.

 

 

08:10 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : culture, société, politique

05 juin 2009

Signes 25



Dans les années 1950-80, le Nationalsocialismus ou « socialisme national », autrement dit nazisme, était l’étalon du mal absolu. Il était interdit d’y comparer le communisme, sous le prétexte que les intentions de l'un et de l'autre n’étaient pas les mêmes. Qu’en savaient les gardiens du tabou ? Rien évidemment, n’ayant pas pénétré dans la conscience de Marx, Lénine, Castro, Mao. Fut déclarée blasphématoire la mise sur le même plan des deux monstres, dont l’un, le plus ancien, était peut-être la matrice de l’autre, le plus récent, la recherche des analogies avec le nazisme étant détournée sur le sionisme, le capitalisme, le colonialisme, le libéralisme, les CRS. La publication du Passé d’une illusion de François Furet (1995) et, plus encore, celle du Livre noir du communisme (1997, sous la direction de Stéphane Courtois), ont tout changé. Le tabou a été partiellement levé. Désormais, il est permis d’analyser les analogies, ressemblances, identité, convergences, entre, d’une part, le communisme et ses variantes, maoïsme, léninisme, trotskisme, castrisme, stalinisme, gauchisme, etc. et, d’autre part, le fascisme et le nazisme. Ou bien ces analogies sont dans les doctrines ; ou bien dans les mesures, les actes, les décisions, les politiques. Mais qu’elles soient idéologiques ou pratiques, elles ont pour théâtre l’URSS, l’Allemagne, RDA ou Troisième Reich, la Chine, les pays de l’Est, l’Ethiopie, etc.., mais pas la France. Un grand tabou a été levé, un petit tabou a été maintenu. Le seul pays qui soit épargné par la recherche de ces analogies, ressemblances, identités, convergences, etc. est la France, bien que celle-ci ait été soumise pendant quatre ans au Troisième Reich et que les partis mao, communistes, trotskistes, gauchistes y soient, depuis près d’un siècle, des « acteurs » (comme on dit aujourd’hui) de premier plan.

Il semble que ceux qui citent Mein Kampf ne l’aient pas lu, ce qui se conçoit, tant cet ouvrage est nauséabond. Hitler y ressasse sa haine de la France, une haine sans limite, justifiée par des arguments du type : pour que l’Allemagne existe, soit grande et dirige l’Europe, comme elle est appelée à le faire, il faut que la France soit détruite. L’obsession nazie se cristallise dans un delenda est Francia répété à toutes les pages. Dans la Nouvelle Revue Française, André Suarès écrit en 1934 : « dans ce livre, il y a tous les crimes d’Hitler commis cette année et tous ceux qu’il pourra commettre encore (…). Il déclare qu’il a besoin de dix ans pour rendre le peuple allemand capable de faire la guerre et d’exterminer la France (…). Que faut-il de plus que ce livre ? Il confesse les intentions. Tout y est (…) ».

Il est un écrivain qui, ayant peut-être lu Mein Kampf, a compris le projet nazi : c’est Jean Bruller, dit Vercors. Dans les dernières pages du Silence de la mer, ce récit de résistance écrit en 1941, imprimé clandestinement et diffusé sous le manteau, l’officier allemand, von Ebrennac, explique le projet que le Reich nourrit pour la France : « La politique n’est pas un rêve de poète… Nous ne sommes pas des fous ni des niais : nous avons l’occasion de détruire la France, elle le sera. Pas seulement sa puissance : son âme surtout. Son âme est le plus grand danger ». S’adressant à ces logeurs, cet officier poursuit en ces termes : « Ils flattent vos écrivains, mais en même temps, en Belgique, en Hollande, dans tous les pays qu’occupent nos troupes, ils font déjà le barrage. Aucun livre français ne peut plus passer, sauf les publications techniques (…) Mais les ouvrages de culture générale, aucun. Rien, rien, rien, personne ! (…) Pas seulement vos modernes ! Pas seulement vos Péguy, vos Proust, vos Bergson… Mais tous les autres ! Tous ceux-là ! Tous ! Tous ! Tous ! (…) Les nazis éteindront la flamme tout à fait ! cria-t-il. L’Europe ne sera plus éclairée par cette lumière ! (…) Nevermore ! »

La capitulation a rendu caduc ce projet, provisoirement hélas. D’autres, qui ne sont pas allemands, se sont chargés de le ressusciter.  En 1948, Vercors démissionne de la présidence des Editions de Minuit qu’il a fondées en 1942. La politique éditoriale de cette maison change alors. Entre 1941 et 1948, elle était patriotique ; après 1948, elle ne l’est plus. Les premières Editions de minuit défendent la Résistance, les secondes sont liées à la déconstruction, à la recherche, aux sciences sociales, au tiers-mondisme béat et haineux, au ressentiment. En 1948, Alain Robbe-Grillet, qui a été volontaire en Bulgarie pour construire une ligne de chemin de fer, constate que le système policier et totalitaire mis en place à l’Est n’est pas différent de celui qu’il a connu adolescent dans la France occupée : camp de travail, délation, surveillance policière, libertés abolies. Les Bulgares n’ont été libérés de l’occupation nazie que pour être condamnés à des fers plus cruels. Robbe-Grillet raconte son expérience dans un admirable récit, connu sous le titre de Récit bulgare. C’est un appel à la résistance, comme Le Silence de la mer. Or, ce récit n’a jamais été publié, sinon dans le bulletin ronéoté d’une association d’agronomes. Le nouveau patron des Editions de minuit, qui a été, à partir de 1949, l’éditeur de Robbe-Grillet, n’a pas daigné inscrire ce chef d’œuvre de la résistance dans son catalogue. A la place, il a préféré publier des romans de pure expérimentation scripturale ou même l’essai Pour un nouveau roman (1963), dans lequel Robbe-Grillet, nourri de cette « suspicion », qui discrédite la littérature, tourne en dérision le roman « classique ». En 1942, les Editions de minuit clandestines publiaient une défense et illustration de « l’âme » de la France dont les nazis voulaient débarrasser le monde pour l’éternité. Vingt ans plus tard, à partir de 1964, elles ont publié les travaux savants des gauchistes Derrida, le pape de la déconstruction (celle de la seule pensée occidentale ou française) et Bourdieu, l’ami très léniniste du FLN, à savoir Les héritiers (1964), Un art moyen (1965), L’amour de l’art (1966), La reproduction (1970), La distinction (1979), qui instruisent le procès de l’école, de l’art, de la littérature, de la culture, en bref de l’âme de la France, à laquelle toute valeur est ôtée. En 1942, les nazis avaient l’intention de détruire la culture de France : « Ils éteindront la flamme tout à fait ! L’Europe ne sera plus éclairée par cette lumière ! » Le flambeau a été repris par Bourdieu, Passeron, Derrida et leurs disciples. Ce que les nazis n’ont pas pu réaliser, eux, ils l’ont accompli, non pas chez les éditeurs collabos, qui ont disparu en 1944, mais chez l’éditeur qui a cristallisé l’esprit de la Résistance. Le programme que von Ebrenac expose, ce ne sont pas les nazis qui l’ont réalisé, mais les gauchistes des Editions de minuit. Beckett a substitué à la langue de la culture le « râle vagi » du néant ; Robbe-Grillet a eu toute latitude pour étouffer ses braises de résistance sous le béton de l’expérimentation formelle ; à partir de 1958, le FLN a trouvé non pas un soutien à l’émancipation du peuple algérien, mais un feu vert à la mise aux fers des Algériens, hommes et femmes ; les Palestiniens qui rêvaient de jeter les Juifs à la mer ont bénéficié d’une tribune régulière, etc.

Les idéologues de la Révolution nationale (1940-44, faire une révolution nationale sous l’égide d’un Reich qui rêvait d’un finir avec cette nation, il fallait oser !) était de  jeter aux oubliettes l’instruction publique. En 1932, le ministre Monzie, pacifiste forcené et prêt à toutes les concessions pour éviter la guerre, avait substitué, dans la dénomination du ministère, le nom fasciste copié de Mussolini, éducation nationale, au vieux et beau nom instruction publique, en usage depuis le XVIIe siècle, sans interruption, et employé aussi bien par les royalistes que par les jacobins, par les catholiques que par les francs-maçons, par les illettrés que par les instruits. Les fondements de l’instruction publique étant le libre examen, la liberté de pensée, la passion du savoir, il fallait l’interrompre. Elle avait suscité la laïcité, l’égalité des citoyens devant la loi, la confiance dans l’éminente dignité de tous, d’où qu’ils viennent ou soient issus, elle devait être chassée de France. Si les concepteurs de la Révolution nationale, que la Libération de la France a rendue caduque, revenaient parmi nous, ils n’en croiraient par leurs yeux, en voyant que leur obsession a été réalisée, et par ceux-là mêmes qui, de façade, leur étaient le plus hostiles. Ce que la Libération les a empêchés de réaliser, les socialistes l’ont fait. La loi Jospin publiée au JO du 14 juillet 1989 a mis définitivement fin à l’instruction publique. L’article 5 de la Loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 stipule ceci : « L’Etat reconnaît les droits des communautés spirituelles, familiales, professionnelles et territoriales au sein desquelles l’homme prend le sens de sa responsabilité sociale et trouve appui pour la défense de ses libertés ». Pour que ces principes clairement communautaires aient une réalité un jour, il fallait les inculquer aux enfants, dès la maternelle : Jospin s’en est chargé, qui a fait de l’école une communauté éducative et des enseignants, non plus des maîtres, mais des membres d’une équipe éducative, et qui a ressuscité les Instituts de Formation professionnelle de Carcopino, secrétaire d'Etat à Vichy (1941) en Instituts de Formation des Maîtres (1989).

Il est un écrivain oublié, mais talentueux, disciple de Gide en tout : François Augiéras. En 1968, les éditions Christian Bourgois ont publié ses mémoires sous le titre Une adolescence au temps du Maréchal et de multiples aventures. A partir de 1941, âgé de 16 ans, il adhère à différents mouvements de jeunesse dont l’objectif est de réaliser la « révolution nationale » ; puis en 1942, il s’agrège à une troupe de théâtre qui a reçu pour mission de faire communier les Français dans les projets du régime de Vichy. Ces années ont été, pour lui, une vraie révélation : vie en communauté ; intégration, non pas à une nation ou à une collectivité, mais à une génération (les jeunes, comme on dit aujourd’hui) ; célébration de soi, du même, du corps ; respect religieux de la nature ; écologie ; retour à la terre ; volonté de changer de religion ; fascination pour les religions païennes d’Inde, etc. En bref, ce que vit Augiéras et ce qu’il raconte, c’est, avec un quart de siècle d’avance, la culture de mai 1968. Les principaux thèmes de mai 68 sont en place en 1942, non pas à Londres, mais dans la zone dite libre. De fait, Augiéras révèle la modernité prémonitoire du temps du Maréchal, dans lequel mai 68 plonge ses véritables racines, de sorte que ces célèbres événements ne sont que la resucée de l’agit-prop socioculturelle des organisations de jeunesse de la collaboration. Que les soixante-huitards aient porté au pouvoir, treize ans après l’échec provisoire de leur révolution nationale un ancien pétainiste convaincu, et ce pour réaliser le programme que la Libération a interrompu, à savoir « changer la vie », est dans l’ordre des choses : ils sont devenus ce qu’ils étaient vraiment. Dans ces conditions, célébrer mai 68, c’est mettre en scène l’obscénité.

01 janvier 2009

Voeux

 

 

Voeux

 

En 2007, le Dictionnaire critique de la NLF a été consulté par 47850 personnes; en 2008, par 63788 personnes.

En 2007, 101986 pages ont été lues; en 2008, 126418.

 

Bonne année à tous en attendant les joyeuses lectures de 2009.

 

ALJ

 

 

 

01 novembre 2008

Plan et conseils

 

On ne prête pas une oreille assez attentive ou fine aux mots, aux sons qu'ils rendent, à l'histoire qu'ils charrient, aux concepts qui les fondent. Ainsi, les mots plan et conseils, qui sont devenus les maîtres-mots de l'Université depuis 1989, ne sont jamais commentés, ni dans les media (évidemment), ni dans les milieux avancés de l'intelligentsia. Comblons cette lacune.

Tous les spécialistes de l'Union soviétique, de la Chine, des pays de l'Est, de Cuba, etc. ont noté que la pensée marxiste avait disparu des pays communistes dont le fondement était le marxisme léninisme et que, à l'opposé, elle s'épanouissait dans les universités d'Occident et dans des pays qui n'étaient pas près de sombrer dans le néant marxiste. Les Soviétiques et les Chinois voyaient de leurs propres yeux le désastre. Ils se seraient couverts à jamais de honte s'ils avaient osé défendre ou illustrer ce qui avait entraîné leurs compatriotes dans le malheur sans fin. A l'opposé, les universitaires d'Occident, bien nourris, bien vêtus, bien logés, rémunérés du berceau au tombeau quoi qu'ils fassent, ne voient pas de mal dans la défense et illustration de la Bête immonde. Ils ne risquent rien, même pas d'entrave à leur carrière.

En 1989, l'effondrement du communisme en Europe (en Asie et en Amérique, il est toujours en place) n'a rien changé. Au contraire. La Bête s'en est trouvée renforcée à Paris, capitale de la France, et dans les universités de "ce" pays, qui ne sont pas à l'heure du postcommunisme, mais du jeune communisme des vieux beaux jours. Jospin, après avoir mis à mort l'instruction publique et ressuscité les Instituts de formation professionnelle fondés par Vichy en 1941, s’est attaqué à la réforme de l’Université. En bon marxiste qu’il est, il a appliqué les mots d’ordre de Lénine (ou de Trotski) : 1° le plan ; 2° « tous les pouvoirs aux conseils », conseils traduisant le mot russe soviets.

L’Université est désormais régie par un plan et administrée par les conseils. Chaque plan ne dure pas cinq ans, comme en URSS, mais quatre ans seulement. On en comprend les raisons, qui ne tiennent pas au temps, mais aux mots. Plan quinquennal aurait fait ringard, dinosaure du Kremlin, bureaucrate soviétique, adhérent du PCF ; plan quadriennal fait trotskiste branché et dans le vent, LCR, OCI ou UCI. Jospin aurait pu faire durer chaque plan six, sept, huit ou neuf ans ; mais de quels adjectifs qualifier ces plans : sextennal, septennal, octonal, novennal ? En réduisant la durée des plans, il a imposé, en toute connaissance des effets, un pensum bureaucratique imbécile aux « universitaires », au détriment de la recherche ou de l’enseignement, et aux fonctionnaires du ministère destinataires de millions de pages ineptes. Tous les quatre ans, les énormes dossiers pondus, que personne ne lit, s’entassent dans des caves obscures, nourrissant les rats et les cafards.

La musique du plan est renforcée par celle des conseils. Dans chaque université, il y a au moins trois conseils, d’administration, scientifique, de la vie étudiante ; plus les conseils d’UFR et les commissions diverses – sortes de sous-conseils sans pouvoir, comme les commissions de la pédagogie ou du recrutement. Comme au bon temps de Lénine, le pouvoir est aux conseils, non pas aux membres élus de ces conseils, mais aux idéologues ou membres du Parti (PS ou PC ou LCR) ou adhérents à des lobbies fraternels. Les conseils ne servent à rien, sinon à donner une apparence de légitimité « démocratique » au Parti, au Syndicat et à la Fraternelle qui tirent les ficelles en cachette. Les membres du conseil scientifique sont élus par collèges : il y a tant d’étudiants, tant de secrétaires, tant d’administrateurs, tant d’ingénieurs, tant d’enseignants du second degré, tant de maître de conférences, tant de professeurs. Tout est fait pour que ceux qui font de la « science » soient en minorité et n’aient pas leur mot à dire sur les orientations dites scientifiques de leur université.

On ne doit plus s’étonner que, dans le classement mondial des universités établi par l’Université de Shanghai, certes à partir de critères discutables, les universités françaises soient parmi les plus mal classées – à peine mieux que celles de Corée du Nord ou de Cuba. Pour qu’elles apparaissent aux premiers rangs, il faudrait un classement « marxiste ». Au nombre de pages des plans quadriennaux (des millions de pages) et au nombre de conseils, les universités de France sont les meilleures qui soient au monde. Au nombre de dinosaures marxistes qu’elles rémunèrent, elles battent la Chine, Cuba, la Corée, le Vietnam et bien entendu la Russie et ses satellites.

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26 octobre 2008

Obama I, roi des media en France

 

 

 

 

Les intellos ont fait de la lutte contre le racisme, inventé, fictif, imaginaire, controuvé, falsifié, imputé, frelaté, subverti, etc. leur fonds de commerce. Comme au Loto, ça rapporte grosse renommée et ceinture dorée, le beurre et l’argent du beurre, capital et coupons, intérêt et principal, etc. Tous les gagnants ont tenté la chance. A la fortune du pot. 95% (ou plus) des électeurs noirs vont voter Obama, qui est, de toute évidence, le meilleur homme qui soit au monde, alors que les électeurs blancs se partagent à peu près équitablement entre les deux candidats. Imaginons la situation inverse : 95% des électeurs blancs se prononcent pour le candidat de leur race, alors que les électeurs noirs n’expriment aucune préférence raciale. Qu’auraient dit les phares des media ? Que le candidat blanc est raciste, qu’il est porté par le vote raciste, qu’il est soutenu par les racistes avérés, et avinés bien entendu, tous de gros beaufs puants et sales, et que, à l’opposé, le candidat noir est le vertueux candidat de l’antiracisme. Etrangement, Obama n’est pas soupçonné, en dépit de l’énormité des faits, d’être le candidat du racisme. Il rend muets les intellos dont le discours attendu reste enfoui dans les tréfonds de leur conscience blanche et pure.

Les intellos de l’intellecture gogochiste vomissent l’argent : non pas le leur, auquel ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, mais celui des autres. Pour payer les frais qu’il a engagés dans sa campagne, Obama a amassé deux fois plus d’argent que son rival. C’est le plus fabuleux trésor qu’un candidat ait jamais eu à dépenser pour sa propagande : des centaines de millions de millions de dollars, autant qu'Ali Baba, dix ou cent fois plus que Coca Cola, grâce à quoi il achète les espaces publicitaires de tous les medias. Si Obama avait été blanc et qu’il se fût appelé Mac Cain, nos intellos l’auraient accusé de fausser les élections, d’acheter les citoyens ou de rafler, comme un vulgaire mafieux, les suffrages. Très étrangement, Obama est innocent par nature : il est blanc et pur, de toute éternité.

Les intellos bobochards éprouvent une sainte horreur pour le capitalisme financier, qui est, comme la peste, la source de tous les maux de la terre. Les bailleurs de fonds d’Obama sont Lehman Brothers, Goldmann and Sachs, Salomon, les grandes banques d’affaires de Wall Street, celles qui ont fait s’effondrer, par rapacité, cupidité, avarice, le crédit et l’économie. Il n’est pas un intello qui s’interroge sur ces faits, lesquels, pourtant, sont établis, ou qui les ait examinés, sans aigreur ni ressentiment. C’est silence dans les rangs : omerta et bouche cousue, on se tait, on ne dit rien, on abaisse les herses du mensonge sur le minuscule filet de vérité qui aurait pu suinter de la forteresse, on fait écran, on se retranche derrière les murailles de la Bêtise crasse et puante.

Les intellos affirment à la cantonade qu’ils sont démocrates, qu’ils tiennent la diversité des opinions pour le nec plus ultra de la démocratie, qu’ils ne croient pas dans le grand manitou et qu’ils ont pour modèle la libre expression des citoyens. Or, s’ils étaient citoyens des Etats-Unis d’Amérique, ils donneraient à Obama plus de 98% de voix et lui offriraient une élection de maréchal soviétique, un plébiscite de tyran à la Ceaucescu ou à la Bokassa, comme dans un vulgaire pays du tiers monde. Même au Zimbabwe, le président dictateur ne s’est pas attribué plus de 60% des suffrages : il ne voulait pas qu’on le prît pour un Mussolini.

 

La campagne électorale qui se déroule aux Etats-Unis est, en France, du papier tournesol. Elle a la propriété – presque chimique - de faire surgir sur la pellicule, en négatif, la sale trogne de l’intellecture : complaisante envers le racisme qu’elle prétend combattre, bienveillante envers l’argent roi, laxiste envers le capitalisme cynique, et, bien sûr, totalitaire de tout cœur.

 

 

 

21 octobre 2008

Charité v politique

 

 

 

Sœur Emmanuelle est la charité du Christ en personne, c’est-à-dire amour, comme Dieu, comme devrait l’être tout homme. Chacun connaît, non pas sa vie, mais les trente-cinq dernières années de sa vie, à partir du moment où elle est devenue le signe de la Charité. Le « bidonville » dans lequel elle s’est installée en 1971 et où elle a vécu jusqu’en 1993 (environ) était en réalité une immense décharge. C’est là, à l’écart de la ville, aux bords du désert, que sont déposées les ordures du Caire et tout ce dont veulent se débarrasser les dix ou quinze ou vingt millions de personnes qui y habitent. Les odeurs de détritus en décomposition y sont pestilentielles. A force d’entassements, les « rues » ou ce qui en tient lieu ont été rehaussées d’un mètre ou deux, de sorte qu’il faut descendre pour entrer dans les baraques de planches, de cartons et de tôles rouillées. C’est là aussi que des chiens errants et des cochons, élevés par les éboueurs (dits zebaline ou, en français euphémique, « chiffonniers »), trouvent de quoi se nourrir, et où des enfants en haillons et pieds nus leur disputent quelques restes. Il faut être une Sainte pour partager la vie de ces malheureux. Sœur Emmanuelle était à tu et à toi avec tout le monde, enfants ou vieillards, hommes ou femmes, Egyptiens ou étrangers. C'était une sorte de Sainte Thérèse des bas-fonds ou de libertaire de Dieu.

Il serait indécent d'émettre une réserve, fût-elle timide, à son encontre. La Charité est l’absolu qui dépasse tout. Pourtant, elle se marie mal avec la politique ou la géopolitique, cet autre absolu de la vie des hommes, moins grand certes que la Charité. Les zebaline du Caire sont chrétiens : ils ne sont pas tous chrétiens, mais ils sont, pour la majorité d’entre eux, chrétiens. C’est à eux, membres d’une tribu fidèle au Christ, qu’un descendant des souverains arabes qui ont conquis par le sabre et le feu l’Egypte a confié la responsabilité de la propreté de la nouvelle ville du Caire, mais à condition qu’ils habitassent à l’écart de la ville, sur les ordures qu'ils ramassent. En Egypte encore, ils sont tenus par les autorités et par la population pour des sous-hommes, sales, pouilleux, puants, plus bornés que leurs ânes qui tirent leurs carrioles, vivant au milieu des animaux (chiens, rats, cochons, etc.). Jamais sœur Emmanuelle n’a rappelé ces vérités. Jamais elle n'a émis la moindre réserve à l’encontre des autorités islamiques qui ont laissé, en toute bonne conscience, des milliers de chrétiens vivre dans les ordures des autres et dans leurs propres ordures. Ainsi, les canalisations d’eau et d’égout s’arrêtaient à quelques kilomètres du bidonville. Il n’aurait guère été coûteux de financer quelques travaux pour les prolonger, afin que ces chrétiens disposent d'un point d'eau potable chez eux.

En revanche, soeur Emmanuelle a raconté à plusieurs reprises comment lui est venu le dégoût des riches. Alors qu’elle enseignait la littérature et la philosophie au Collège de la Mère de Dieu d’Alexandrie, dont on dit qu’il était « huppé », parce qu’il était fréquenté surtout par les filles des quelques familles chrétiennes qui ont été dépouillées d’une grande partie de leurs biens et qui n’ont pas voulu s’exiler entre 1952 et 1961 pour conserver le peu qui leur restait, elle a demandé à ses élèves de se cotiser pour offrir des cadeaux aux pauvres du quartier à l'occasion de l’anniversaire du prophète ou mouled. La quête n'a quasiment rien donné. Sœur Emmanuelle en a été ulcérée et a reproché à ses élèves d'avoir le coeur dur. Ce qu’elle n’a pas compris, elle qui était étrangère, c’est que ces jeunes filles, toutes autochtones et authentiquement égyptiennes, étaient méprisées de ces prétendus pauvres, qui étaient les enfants chéris de la propagande socialiste nationale de Nasser, et qu’elles étaient victimes de discriminations incessantes, parce qu'elles étaient chrétiennes. Elles ne pouvaient pas s’abaisser et renier ce qu’elles étaient jusqu'à tendre l'autre joue à ceux qui les haïssaient et les tenaient pour des sous-chiennes. Sainte, Soeur Emmanuelle voulait ignorer les réalités politiques ou géopolitiques ou mêmes sociales du pays qui l'accueillait. La Charité est admirable, même quand elle rend aveugles les élus du Christ.

 

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15 octobre 2008

Le français qui s'écrit en hauts lieux

 

 

 

 

 

 

En 2004, la revue Le Débat a publié des tests subis par des d’élèves de classe de 6e. Ce ne sont que phrases inintelligibles, mots déformés, réponses aberrantes, comme si, pour ces élèves, le français était fait d’hiéroglyphes. Les autorités s’évertuent à nier ces faits. Il est vrai qu’ils sont si effrayants qu’on comprend que la connaissance en soit réservée à quelques happy few. Pour mesurer la profondeur du gouffre dans lequel s’abîment l’école de France et la langue que l’on y parle ou que l’on y enseigne, il faut aller aux causes premières, id est à ceux qui forment les maîtres ou qui ont conçu leur formation. Ils sont professeurs des Universités ou directeurs de recherche au CNRS. Certains d’entre eux exercent des fonctions officielles, telles la présidence de la commission nationale des programmes ou l’évaluation des recherches faites à l’Université ou le jury de l’agrégation des lettres modernes. Soit quatre documents, que la nécessité a obligé Arouet à lire. Ce sont : a) un « avis » de la Direction de la recherche du Ministère de l’Education nationale, daté de 2003 ; b) la « tribune libre » rédigée par un professeur de littérature de la Sorbonne qui a présidé la CNP (commission nationale des programmes) et publiée dans le quotidien Le Monde en 2001 (elle est intitulée « le français, discipline cruciale ») ; c) la profession de foi d’un professeur des Universités qui a été candidat en 1999 à un conseil national du CNRS ; d) un texte publié sur le site « éducation » du gouvernement français, émanant du jury de l’agrégation de lettres modernes et exposant les aménagements de l’épreuve de « français moderne » de l’agrégation. Leurs auteurs traitent de questions relatives aux savoirs. Ils ne font pas avancer la connaissance, mais ils l’évoquent ou ils définissent les conditions propres à la faire éclore. Ils s’adressent à des chercheurs (avis a) ou à des professeurs (profession de foi c) ou au public cultivé que forment les lecteurs du Monde (tribune libre b) ou à de futurs agrégés. Le contenu est anodin, les formes verbales, en revanche, ne le sont pas : ce sont des tissus d’erreurs de langue qui attestent clairement le désastre. Il faut les analyser comme on le ferait de n’importe quel objet d’étude. Pour que la démonstration soit convaincante, on ne tiendra pas compte des lapsus, fautes d’orthographe ou autres broutilles, tel le fait d’écrire en chiffres les déterminants du nom nommés aussi adjectifs numéraux cardinaux.

 

1. Et moi, et moi, et moi

L’enfant que les sciences de l’éducation ont placé au centre du système scolaire tient du client roi du commerce de proximité et du roi soleil de la monarchie absolue. Nouveau roi de l’école, tout gravite autour de lui, aussi bien les programmes que les évaluations, l’institution que les maîtres mués en courtisans, mal gré qu’ils en aient. De l’école où il trône, l’enfant a pénétré dans l’université. Après l’avoir investie, il a fini par l’envahir. De ce point de vue, les formes sont plus éloquentes que les discours. Elles montrent que des professeurs des universités, titulaires de chaires prestigieuses, qui président des commissions nationales, sont candidats à un conseil du CNRS, évaluent les activités de centres de recherche, écrivent enfantin. Les sujets qu’ils abordent sont savants, puisqu’ils traitent de questions inaccessibles aux enfants, mais les formes qu’ils donnent à leur langue sont puériles.

L’enfant ramène le monde à ce qu’il est ou croit être. Il répète « et moi, et moi, et moi », comme si le seul fait de dire « moi » épuisait ce qui peut en être dit. Ainsi la profession de foi (document c), est centrée, comme les discours infantiles, sur le « moi ». Citons-en un extrait : « J’ai également une licence d’anglais, une licence et une maîtrise de français, j’ai étudié l’allemand pendant huit ans, un peu de néerlandais et d’hébreu à l’université et plus ou moins d’autres langues, chose que je ne regrette nullement même si cela prend un peu de temps car cela permet en tant que linguiste d’avoir des points de comparaison sur le fonctionnement des langues. Les recherches (...) que je mène avec mes chercheurs doctorants portent sur des langues éloignées ou non (japonais, chinois, coréen, arabe, polonais, allemand, anglais, espagnol, etc.) en comparaison avec le français entre autres pour des applications dans le domaine du Traitement Automatique des Langues ». Les phrases commencent par « je » ou contiennent un « je » : « j’ai », « j’ai étudié », « je ne regrette pas », « je mène », « mes chercheurs ». Le professeur se place au centre du système universitaire, comme s’il était l’enfant roi du système scolaire. Il s’approprie aussi les étudiants. Dans « mes chercheurs », « mes » est abusif. Il est mis pour les « étudiants dont je dirige les recherches ». Voici un autre extrait : « Je dirai en quelques lignes qui je suis et comment je vois la linguistique en général et plus particulièrement le Traitement Automatique des Langues qui est l’axe dans lequel je fais mes recherches actuellement ».

 

 

2. S’exprimer sans entrave

Ce qui caractérise le parler enfantin, c’est la libre expression. L’enfant s’exprime pour s’exprimer, id est pour sortir de lui-même, sans tenir compte des formes instituées par lesquelles les adultes, du moins ceux qui ont appris à maîtriser l’expression et qui, de ce fait, ne sont plus des enfants, s’expriment. Il tient pour nuls l’autre, les règles, les contraintes, les formes. De ce point de vue, la profession de foi c) est une caricature involontaire de parler enfantin. Ainsi dans « j’ai également une licence d’anglais, une licence et une maîtrise de français, « avoir » est employé de façon abusive à la place de « je suis titulaire » ou « j’ai obtenu ». Dans « j’ai étudié (...) plus ou moins d’autres langues, chose que je ne regrette nullement même si cela prend un peu de temps car cela permet en tant que linguiste d’avoir des points de comparaison sur le fonctionnement des langues », « plus ou moins », pour ce qui est de la connaissance du français, ce n’est pas « plus », c’est « moins ». Que reprend « chose » dans « chose que je ne regrette pas » ? « J’ai étudié » ? « Etudier » réfère à un phénomène, pas à une chose. La phrase « même si cela... car cela » a une syntaxe bizarre. Que reprend « cela » ? « Chose », « étudier », n’importe quoi ? La phrase « cela permet en tant que linguiste » viole les normes. « Permettre » se construit avec deux compléments indirects : permettre à quelqu’un de faire quelque chose. L’enseignant chercheur qui est aussi linguiste aurait dû écrire « cela permet aux linguistes de comparer des langues ». Quoi qu’il en soit de la syntaxe du verbe, il n’aurait pas dû employer permettre qui signifie « autoriser ».

Les puérilités se lisent à livre ouvert dans cette profession de foi : « De formation linguistique depuis la licence jusqu’au doctorat d’état en passant par une maîtrise, un DEA et une thèse de troisième cycle, mon opinion est qu’il ne peut y avoir d’application sérieuse sans études théoriques l’accompagnant ». La phrase « de formation linguistique... mon opinion » est incorrecte. C’est « je », et non pas l’opinion, comme cela est écrit, qui a reçu une formation. Formée de la préposition de suivie d’un nom et d’un adjectif dit « de relation » (comme dans « de religion chrétienne » ou « d’origine étrangère »), la construction prédique une qualité constante à un individu, pas un accident (ce qu’est une formation). Il aurait fallu écrire : « ayant suivi (ou reçu) une formation en linguistique ». S’il n’avait pas été un enfant, cet enseignant chercheur aurait dû écrire : « ayant reçu une formation en linguistique,... je suis convaincue (ou j’ai acquis le conviction que) que ... ». Application sérieuse signifie « appliquer son esprit de façon sérieuse à quelque chose », alors qu’il est fait allusion à l’application de théories à un champ d’étude. Le pluriel dans « sans études théoriques » ne s’imposait pas. De toute façon, ce n’est pas étude qu’il aurait fallu dire, mais réflexion. Dans « l’accompagnant », le pronom l représente-t-il « opinion » ou « application » ? Au choix ? Plus bas, l’auteur conclut : « c’est ainsi que je pense qu’il faudrait défendre notre langue ». Ainsi ne porte pas sur « je pense que » mais sur « défendre » le français. Il aurait dû écrire : je pense qu’il faudrait défendre ainsi notre langue. En réalité, chacun a compris que cet éminent linguiste ne défend pas notre langue, mais qu’il la saborde, comme si les formes qui y donnent une charpente ou un corps étaient mortes.

 

3. Au hasard des mots

Ces puérilités formelles font apparaître une réalité : Alma Mater s’est muée en Al Maternité. Elle est une pouponnière où des adultes infantilisés continuent à être allaités à on ne sait quel sein. Ce qui, en théorie, distingue les adultes des enfants, c’est que, pour les adultes, le réel existe et que la langue est un ordre symbolique grâce auquel le réel peut être nommé, puis analysé et compris. Elle ne se ramène pas à une libre expression. Elle a une réalité faite de règles, de codes, de normes, de contraintes, de rituel. Un enfant peut s’en affranchir, pas un adulte et encore moins un clerc.

Dans l’avis a) de la direction de la recherche, est exprimé, à propos des activités d’un centre de recherche, ce jugement : elles sont « en qualité et en quantité très notables ». La formation de l’adjectif « notable » (verbe + suffixe able) et son sens « qui peut être noté » interdisent qu’il varie en degré et qu’il soit modifié par l’adverbe « très ». « En qualité et en quantité notables » est correct du point de vue grammatical ; « très notables » ne l’est pas. Le plus inquiétant est que l’avis a) est laudatif. Que signifie l’éloge, quand il s’exprime dans des formes aussi puériles ? Rien.

Soit la tribune libre b) du professeur de littérature de Paris. Il faut ne jamais avoir consulté les dictionnaires pour affirmer, comme il le fait, qu’ils « perpétuent une norme de la langue calquée sur un modèle écrit littéraire » et il faut n’avoir lu aucun livre publié de nos jours pour y lire ce qui ne s’y trouve pas, à savoir un « modèle écrit littéraire ». Si ce professeur de littérature de la Sorbonne nouvelle consultait un dictionnaire, il apprendrait que « vingt ans », ce n’est pas le « rythme » (comme il l’écrit), mais la « durée » d’une kermesse, que la croissance n’est pas « à proportion de l’échec scolaire », mais « proportionnelle à l’échec scolaire ». Au lieu de disserter sur la « discipline cruciale » qu’est le français, le président des programmes ferait mieux d’inscrire au programme des classes de 6e de la grammaire. Il ne crucifierait pas le français. Dans « leur conséquence est claire », le possessif leur est abusif. Il aurait fallu écrire « la conséquence en est claire » (il s’agit de la conséquence de faits).

 

 

4. L’impropriété reine

Les impropriétés consistent à employer, par ignorance ou inattention, un mot dit impropre à la place du mot propre. Elles sont courantes dans le parler enfantin ou dans la conversation ordinaire, où il arrive qu’allocation soit confondu avec allocution, éruption avec irruption, éminent avec imminent, ou inversement. Les grammairiens épinglent volontiers les termes impropres. Ce n’est pas ce point de vue qui prévaut ici. L’histoire de la langue nous apprend à relativiser la gravité des impropriétés, lesquelles, au fil de siècles, ont contribué au bon usage actuel. Ainsi, De Gaulle a donné à quarteron (de généraux en retraite) un nouveau sens, celui de « quatuor ». Chez les clercs, surtout à l’écrit, elles sont inquiétantes. Un des fondements de l’activité intellectuelle, sans lequel il est impossible d’élaborer la moindre connaissance, est, comme Platon le fait dire à Socrate dans le dialogue intitulé Cratyle, « la justesse des dénominations ». Il ne peut y avoir de science digne de ce nom si n’importe quel mot remplace n’importe quel autre mot, si un concept est désigné au hasard par tel terme ou par tel autre, si tout se vaut en matière de formes.

Soit l’avis a) émanant la Direction de la recherche, sise rue Descartes, Paris Ve. L’auteur énumère les domaines de recherche d’une équipe d’accueil (ou EA) habilitée dans une université de province. Il est « crucial » que les différents domaines du savoir soient désignés par des termes justes, précis, reçus ou propres. Si un spécialiste de physique quantique apprenait que, dans un rapport officiel, il était biologiste, il émettrait des doutes sur les connaissances de celui qui le désigne ainsi. Or, l’auteur de l’avis a) ne respecte même pas ce principe élémentaire. Ainsi l’EA « évaluée » serait composée « d’antiquisants », « de spécialistes de la Renaissance et du classicisme », de « modernistes ». Un antiquisant est un artiste qui s’inspire de modèles antiques. L’EA dont il est question ne comprend ni peintre, ni sculpteur ; seulement des spécialistes des littératures latine et grecque de l’Antiquité. Faut-il rappeler que les modernistes sont partisans d’une Eglise ou d’une foi modernes et que cette EA n’en comprend aucun, du moins ès qualités, mais des spécialistes de littérature moderne ? Comment qualifier un expert qui confond l’Eglise et la littérature ? La langue française n’a pas de mot pour cela, parce qu’il n’est jamais venu à l’idée de nos ancêtres ou prédécesseurs que de tels experts, même à l’époque où Rabelais et Molière se moquaient des faux maîtres et autres Diafoirus, pussent exercer dans l’Université. Dans la même phrase, les compléments du nom spécialistes, à savoir « de la Renaissance » et « du classicisme » n’appartiennent pas au même ordre d’entités. La Renaissance, avec un R majuscule, est une époque, alors que le classicisme est la « doctrine classique ». L’EA ne compte pas de spécialiste de la doctrine classique, mais des spécialistes de la littérature classique ou de l’époque classique, ce qui n’est pas la même chose. L’auteur de l’avis constate que l’EA a noué des liens avec des « scientifiques » espagnols. Ces liens existent, mais ils n’unissent pas des Français à des physiciens espagnols, mais à des spécialistes espagnols de langue et littérature françaises.

L’auteur de l’avis a) a pris soin de dénombrer les colloques que cette EA a organisés en huit ans, ainsi que les ouvrages qu’elle a publiés durant la même période. « On dénote, écrit-il, 17 colloques et 34 publications ». Il a écrit « dénote » et non pas « dénombre ». Or, ces deux verbes réfèrent à des opérations qui n’ont rien en commun. La dénotation consiste à nommer une réalité du monde, le dénombrement à compter les choses (colloques, navets, carottes, etc.), quelles que soient ces choses, incluses dans un ensemble, limité ou non. Qu’un éboueur les confonde ne porte guère à conséquence. Si la confusion est le fait d’un clerc chargé d’évaluer les activités d’autres clercs, elle est d’un tout autre ordre. Ce n’est plus une erreur de langue, c’est une forme qui jette le discrédit sur le système, d’autant plus que l’évaluateur officiel a sans doute atteint le sommet de la carrière. Qu’est-ce qu’une Direction de la Recherche où l’on tient les philologues pour des peintres et les spécialistes de Genet pour des mangeurs d’hostie, et qui fait du dénombrement une dénotation ?

 

5. La pensée interdite

Quand le réel ne peut plus être nommé, il n’existe plus. Dans l’Al Maternité, la pensée a déserté. Il ne reste que les puérilités. L’auteur de la profession de foi c) est un petit Poucet qui sème la doxa sur le papier. Voici un autre extrait : « L’ouverture vers les autres pays et les autres langues : Si l’on regarde la discipline linguistique dans le contexte actuel de mondialisation, il faudrait essayer de profiter des apports des autres pays. Le TAL fait partie des disciplines qui doivent plus particulièrement ne pas hésiter à s’ouvrir vers l’extérieur. L’ouverture mondiale est-elle un bien ou un mal ? Peu importe, les langues doivent rester vivantes et ne pas disparaître. Il est important que chaque pays se soucie d’analyser sa langue (ses langues) en fonction des autres langues pour ne pas la voir disparaître (...) Il serait probablement intéressant d’exporter le plus d’informations possibles sur la langue française pour qu’elles soient utilisables non pas uniquement en France mais également dans les autres pays afin que ces derniers, en cas de besoin (pour raisons économiques, culturelles, pour la recherche ou autres), n’hésitent pas à puiser dans nos analyses, nos formations pour toutes sortes de recherches ou applications. C’est ainsi que je pense qu’il faudrait défendre notre langue. Ce n’est pas en refusant les autres langues que l’on impose une langue mais en exportant nos modèles d’analyses pour d’éventuels emplois pour ou avec d’autres langues ». On imagine mal un professeur préconiser la « fermeture » de son université aux autres universités du monde. « Il faudrait essayer de profiter ». Entre le conditionnel (éventuel) et la nécessité (falloir), entre l’injonction (il faudrait) et l’atténuation timide exprimée par « essayer », les modalités sont divergentes. Profiter de et tirer profit de n’ont pas le même sens. On profite d’une occasion, d’une situation, d’un rapport de forces ; on tire profit de quelque chose que l’on vous donne ou vous apporte, d’une leçon, de résultats publiés, d’un enseignement. L’adjectif mondial à la place de « du monde » est impropre. « L’ouverture mondiale » (ce qui est dit) n’est pas « l’ouverture au monde » (ce qui est signifié, semble-t-il). « Les langues doivent rester vivantes » : il n’y a aucune relation de quelque nature qu’elle soit, de finalité, comme c’est dit dans ce texte, ou autre, entre l’analyse que l’on peut faire d’une langue et sa disparition ou sa non disparition. Pendant des siècles, on n’a pas cessé d’analyser une langue morte ou à demi morte (le latin). « Pour ne pas » est incorrect : il aurait fallu écrire « de peur de ». Quel est le sens d’intéressant dans « il serait intéressant d’exporter des informations » ? Profitable, utile, d’un grand intérêt ? « Exporter des informations » est impropre. Le verbe propre est « diffuser ». Les informations dont il est question ne sont pas des nouvelles mais des résultats de recherches. « Exporter » suppose que ces résultats soient diffusés hors de France. La phrase contient des finalités en cascade (pour qu’elles soient utilisables..., afin que ces pays ..., pour des raisons.., pour la recherche..., pour toutes sortes de recherches...) qui finissent par obscurcir le sens (si tant est qu’il y en ait un). La pensée évaporée ou rendue impossible, seule surnage l’idéologie. Les éponges absorbent les mots d’ordre les plus sots qui soient. « Ce n’est pas en refusant les autres langues que l’on impose une langue ». Cette assertion puérile atteste surtout une ignorance totale de la politique linguistique de la France (ou de tout autre pays), laquelle ne consiste pas à « imposer une langue » (même dans les colonies, cela ne s’est pas fait), ni, bien entendu, à « refuser » les autres langues.

L’auteur du document b) « français discipline cruciale » exhibe titres (professeur de littérature) et fonctions (président d’une commission des programmes). Un lecteur naïf, les lisant, en conclut qu’il pense. Il n’en est rien. Contrairement à ce qui est affirmé, Jules Ferry n’a pas « mis en place l’école », pour la seule raison que l’école existe depuis plus de deux millénaires. Il a seulement institué, en faisant voter une loi qui porte son nom, l’instruction publique, qu’il a rendue obligatoire aux garçons et aux filles âgés de six à treize ans. De plus, cette loi est caduque. En 1934, à l’instar de ce que les fascistes italiens avaient décidé en 1923, des politiciens qui se sont couverts de gloire à Vichy, ont remplacé « instruction publique » par « éducation nationale », toujours en vigueur. La loi Haby votée en 1975 a mis fin à la loi Jules Ferry et Jospin en faisant voter en 1989 la loi qui porte son nom a rendu impossible tout essai de ressusciter l’instruction publique, telle qu’elle a été conçue en 1882. Malgré cela, Jules Ferry est rendu responsable des malheurs des collégiens et des lycéens d’aujourd’hui. Lui intenter un procès est aussi vain que d’accuser Satan, les juifs, les noirs, etc. quand les choses vont mal. La loi qu’il a fait voter ne porte ni sur les collèges, ni sur les lycées, ni sur le latin, ni sur les études classiques, et encore moins sur l’université. La réforme de l’université a été imposée sans vote, ni délibération, par l’empereur  Napoléon Premier dans deux « décrets » qu’il a édictés en 1806 et 1808.

Le président des programmes veut une « formation citoyenne ». La citoyenneté a fait l’objet d’une formation en URSS, en Chine, dans le Cambodge des Khmers rouges, à Cuba, dans l’Allemagne du socialisme national, dans Afghanistan des talibans, etc. où des présidents de commission ont dressé des millions de malheureux à obéir à la « rhétorique générale » des tyrans marxistes, nazis, musulmans. En revanche, il faut tout ignorer de ce qu’a été la rhétorique pendant vingt-cinq siècles, à savoir persuader autrui même de l’erreur, embellir, orner, abuser, tromper, aveugler, pour croire qu’elle peut former quiconque à la citoyenneté. Ou alors, l’objectif est de dresser les citoyens à bêler les slogans du régime en place. On peut s’étonner aussi qu’un président des programmes ignore les rudiments de l’histoire de l’école. Le collège « pour tous » ou collège unique a été institué après la loi (et non avant cette loi) qui a porté de quatorze à seize ans la scolarisation (et non pas « l’instruction »). « Une école de la réussite pour tous, écrit-il, exige des crédits massifs ». En douze ans, les crédits ont quasiment doublé, alors que les élèves sont de moins en moins nombreux. Les dépenses d’éducation (budget de l’Etat, budget des collectivités locales, dépenses des familles, etc.) dépassent 600 milliards de francs, plus d’un tiers des recettes fiscales de l’Etat. S’il avait été un esprit libre, le président des programmes aurait écrit que « l’école de l’échec pour tous est un tonneau des Danaïdes ». Dans sa conclusion, il révèle involontairement ce qu’est pour lui Alma Mater : « La difficulté majeure niche (sic) dans les routines de pensée (au lieu de « de la pensée ») et quelques fantasmes ». Une pensée routinière est tout ce que l’on veut, routière, tourière, rouée, niaise, etc. sauf de la pensée. Il aurait fallu écrire les « scléroses du discours ». Pour cela, une condition est nécessaire : penser. Hélas, dans le système, ce n’est plus dans les cordes du très bourdivin président des programmes. Dernière tératologie. L’auteur du document c) conclut ainsi sa profession de foi : « Je terminerai avec ma définition d’un bon chercheur : c’est est une personne de bonne culture générale dans la discipline au moins et capable de mener une recherche de pointe. Il serait peut-être intéressant en tant que CNRS de partir à la recherche de ceux qui travaillent sans faire de bruit ». Cette hénaurmité de pouponnière ne mérite pas d’autre commentaire qu’un hénaurme éclat de rire.

Les auteurs de ces documents occupent des postes en vue, ils sont introduits dans le sérail, ils côtoient le pouvoir, ils prescrivent le Bien, le Juste, l’Exact, le Correct. Les choses étant ce qu’elles sont au sommet du système, on ne s’étonnera plus que, pour des élèves de 6e, le français soit une langue étrangère. Leurs connaissances réelles sont l’ombre portée de la pyramide.

 

6. Le sommet

Mais de ces documents, c’est le d) qui mérite le pompon. Il suffit de lire attentivement ce texte de « grammairien » pour y relever de très nombreuses erreurs de langue et de style.

Dans « (la question) pourra conserver sa forme actuelle, en proposant aux candidats quatre mots (avec un barème d’un point par mot) », l’emploi du gérondif n’est pas conforme à la règle. Ce qu’enseignent les grammairiens, c’est que le « sujet » du verbe au gérondif doit être le même que celui du verbe conjugué et que la construction présente le procès du gérondif comme concomitant de celui du verbe conjugué. C’est peut-être la question qui « conserve », mais elle ne « propose » rien : c’est le jury ou le rédacteur des questions qui propose aux candidats d’étudier (verbe qui a été oublié) quatre mots. De plus, il n’existe pas en bonne logique de relation de simultanéité entre « conserver » et « proposer ». Que peut signifier « conserver en proposant » ? Il aurait fallu écrire : « la question pourra être formulée comme elle l’est depuis quarante ans (environ) » et « on proposera aux candidats quatre mots à étudier ».

Dans « étude d’une séquence d’ampleur variable dans laquelle les candidats sont invités à faire toutes les remarques de morphosyntaxe qu’ils jugent nécessaires », l’auteur ministériel semble avoir oublié les règles qui régissent l’emploi des pronoms relatifs. Ceux-ci doivent se trouver immédiatement à la suite de leur antécédent. Le pronom relatif « laquelle » reprend « une séquence » (mot qui ne veut rien dire : il aurait mieux valu écrire « suite de mots » ou, plus simplement, « phrase ») alors que, en bonne logique, il représente « étude ». Les candidats ne sont pas invités à faire des remarques dans la séquence, mais dans l’étude.

Les erreurs de langue les plus communes viennent de mots qui sont employés dans un sens qu’ils n’ont pas. Il en est ainsi de « précédemment ». « Les candidats auront à étudier séparément deux mots (sur deux points) et à présenter une étude synthétique d’ampleur plus restreinte qu’avec les consignes précédemment citées ». Ces « consignes » n’ont pas été citées antérieurement : deux ou trois ans auparavant par exemple, ou plus, ou moins, mais dans deux ou trois lignes plus haut. Il aurait fallu écrire « citées ci-dessus ».

Le futur simple situe le procès du verbe dans un moment postérieur au moment de l’énonciation. Dans « l’épreuve écrite de français moderne (portant sur un texte postérieur à 1500) sera soumise à quelques aménagements à partir de la session de 2005 », le futur « sera » est impropre, puisque la décision d’aménager l’épreuve a été prise avant que la notification officielle en ait été faite aux candidats. En revanche, ces aménagements seront effectifs en 2005, soit huit ou neuf mois après que la décision a été prise. Il aurait fallu écrire : « L’épreuve (…) est soumise à quelques aménagements qui seront effectifs à la session de 2005 ». De même, dans « ils concerneront à la fois la répartition des points entre les différentes questions qui composent le sujet, et l’orientation de certaines questions », le futur n’est pas approprié : il aurait fallu « ils (les aménagements) concernent »…

« Orientation » signifie, entre autres acceptions, « direction prise par une activité, une action » : une enquête policière par exemple. Entendu ainsi, ce nom est impropre dans l’emploi qui en est fait. Les « questions » ne sont pas une « activité », ni une « enquête policière ». En fait, le jury a décidé de modifier l’intitulé de certaines questions. Il aurait fallu écrire « les aménagements sont relatifs à la formulation de certaines questions ». A moins que, hypothèse possible, « orientation » ne soit entendu dans le sens de « tendance politique ou idéologique ». Auquel cas, on aimerait savoir quelles tendances idéologiques le jury exige des candidats. L’aménagement de l’épreuve ne porte pas sur la répartition (comme cela est écrit) des points entre les questions. En fait, le changement porte sur le barème, c’est-à-dire la décision d’affecter (ou d’attribuer) x points à telle ou telle question, de 6 à 8 points à l’étude de style, alors que, jusqu’alors, cette question était notée sur 8 ou sur 10.

Dans « le sujet se présentera comme suit : études de lexicologie : 4 points », le pluriel « études » est impropre. « Etude », quand il est employé au singulier, signifie « examen approfondi » ou « analyse ». Faire une analyse lexicologique, c’est ce qui est demandé aux candidats. Au pluriel, « études » désigne un cursus, comme dans « suivre des études de lettres ». Il aurait fallu écrire ou continuer à écrire « étude de lexicologie » ou « étude (et non « études ») de morphosyntaxe ». Dans le titre, le nom « aménagement » est employé de façon adéquate. Aménager un texte de loi, c’est l’adapter à une situation nouvelle. En revanche, le pluriel ne se justifie guère. Ce qu’annonce ce texte, c’est un aménagement de l’épreuve.

« Cette question (de lexicologie) pourra désormais se présenter sous différentes formes ». La forme sous laquelle se présente cette question ne change pas : c’est toujours une question (étudiez tel ou tel mot) qui se présente sous une forme écrite. Ce qui change, c’est la formulation de la question, comme l’exprime clairement l’auteur de ce texte.

L’adverbe « précisément » est employé trois fois dans le texte. Dans « étude (…) à partir d’une catégorie ou d’une notion précisément définie », « précisément » a le sens de « avec précision » : la « notion » est définie « de façon précise » (du moins, c’est ce que les candidats sont en droit d’espérer). Cet emploi correspond exactement au sens de « précisément » en français. Mais dans « elle pourra, plus précisément, conserver sa forme actuelle, en proposant aux candidats quatre mots (avec un barème d’un point par mot) », « précisément » est un adverbe d’énonciation qui ne porte pas sur le procès du verbe « conserver », mais sur la manière d’énoncer ce qui est dit. Il aurait fallu écrire « pour dire les choses précisément, la question pourra conserver sa formulation actuelle » (en fait, sa formulation habituelle). « Avec » dans « avec un barème d’un point par mot » ne peut pas exprimer l’accompagnement. Il aurait fallu mettre un point final à la phrase qui précède et écrire : « Le barème sera d’un point par mot ».

Les emplois approximatifs sont presque aussi nombreux que les impropriétés. Les grammairiens, qui ne prennent pas un mot pour un autre, parce que, selon eux, tous les mots ne se valent pas, tentent de fixer l’emploi des verbes et locutions verbales « concerner », « se rapporter à », « avoir trait à », « être relatif à »… Ils jugent pertinent de réserver « concerner » aux humains : « en ce qui concerne Flaubert, le président de la République, l’auteur de ces lignes » ou « les aménagements concernent les étudiants de lettres » et d’employer, à propos des choses, les autres verbes ou locutions verbales. Il aurait fallu écrire : « ils se rapportent ou ils sont relatifs à la répartition ».

« Perspective » est employé trois ou quatre fois dans ce texte et chaque fois, sans doute, de façon abusive. Dans « (la question de vocabulaire) pourra adopter une perspective synthétique, avec des consignes du type : étudiez, dans le texte, les mots composés ». Affirmer d’une question qu’elle « adopte une perspective » n’a pas de sens. La « perspective » (c’est-à-dire de « l’aspect sous lequel on envisage une question ») relève de la décision du candidat. Quant à la synthèse, elle n’a rien à faire dans une analyse. Il n’est pas demandé aux candidats de réunir dans un tout cohérent des connaissances diverses, mais d’étudier un fait de langue – très exactement : de vocabulaire : les mots composés par exemple – qui est attesté dans le texte par plusieurs occurrences. Dans « les candidats, dans ce cas, auront à étudier séparément deux mots et à présenter une étude synthétique (?) d’ampleur plus restreinte qu’avec les consignes précédemment citées », il aurait fallu écrire, pour éviter l’oxymore « ampleur restreinte », « portée plus restreinte » : mais peut-on concilier ce qui est antinomique, « synthétique » et « restreinte » ? Dans « elle pourra aussi porter, selon (suivant) les spécificités du texte proposé (les particularités du texte), sur deux notions mises en perspective », l’invocation de la perspective n’a pas sa place : ce texte ne traite pas de peinture, ni d’architecture. Il aurait fallu écrire « deux notions étudiées conjointement ». On conçoit que les lecteurs exaspérés par tant de perspectives en viennent à regretter les bas-reliefs égyptiens qui en sont dépourvus, d’autant plus que les « notions » dont il est fait état dans ce texte officiel ne sont pas des notions : ni la narration, ni la description ne sont des « notions ». L’énonciation est peut-être une notion, mais la prose, qu’elle soit « poétique, comique et pathétique » n’en est pas une.

Flaubert a bien amusé ceux qui l’ont lu attentivement avec « le char de l’Etat qui navigue sur un volcan ». Les métaphores de ce texte l’auraient fait hurler de rire. La métaphore lexicalisée de « soumettre » dans « soumettre une épreuve à des aménagements », au sens de « aménager – c’est-à-dire adapter - une épreuve » est indigne de quelqu’un dont l’activité est de commenter les grandes œuvres du patrimoine littéraire de la France. Qu’un didacticien ou un scribe en use est dans l’ordre des choses. Une consigne est « instruction formelle » donnée aux militaires. Faire d’une « question de vocabulaire », du type « étudiez tel ou tel mot », une « consigne » est, à proprement parler, un abus de langage. Ce n’est pas parce que les didacticiens occupent une position dominante dans l’EducNat que les grammairiens doivent accréditer leurs usages. « Cette rubrique, comportera, comme par le passé, une étude approfondie d’un ensemble de données livrées par le texte à partir d’une catégorie ou d’une notion précisément définie ». Que veut dire « le texte livre des données » ? Seul Monsieur Homais s’exprime ainsi. « Cette étude, quand la consigne le précisera, pourra inclure une perspective d’histoire de la langue » : les haïssables consigne et perspective devraient être proscrits de quelque texte que ce soit.

« Etude de style : 6 à 8 points. Il ne sera plus demandé (en réalité, il n’est plus demandé) aux candidats de conduire une étude de style complète du texte proposé, mais de présenter, sous une forme rédigée, l’étude stylistique d’un phénomène précisément identifié par la consigne ». « Conduire une étude », qu’est-ce que ça veut dire ? Existe-t-il un « code » pour cela ? « La consigne identifie précisément le phénomène » est la phrase qui résume le mieux la façon haïssable dont on écrit désormais à l’Université. On croirait lire un cadavre exquis. Pourquoi pas « l’épreuve épuise l’approche » ?

Le dernier paragraphe concentre en trois lignes tous les types de fautes relevées ci-dessus. « Dans tous les cas (il fallait écrire « en tout cas » ou « quelle que soit la question »), le candidat devra prendre en compte les deux pôles de l’approche (néologisme sémantique pour « démarche ») stylistique : analyse précise des formes concernées (par quoi le sont-elles ? avec quoi sont-elles mises en relation) et interprétation des observations (pour faits observés ou analysés) rendant compte d’une convergence des effets. « Prendre en compte » n’est relevé ni dans le Trésor de la langue française ni par Littré dans son Dictionnaire de la langue française. « Tenir compte de » est attesté au sens de « prendre en considération », « se rendre compte de » et « rendre compte de » au sens de « s’apercevoir » et « expliquer ». Sont attestés encore « prendre à son compte quelque chose » au sens de « s’attribuer la responsabilité de » et même « prendre compte de » au sens de « tenir compte de ». Le sens de « prendre en compte les deux pôles de l’approche » est d’autant plus obscur que nul ne sait ce que sont dans la réalité les « deux pôles » d’une « approche » et si une « approche » est pourvue ou non d’un pôle, de deux pôles (comme la terre ou comme une borne électrique) ou de plus de deux pôles.

 

Pendant un siècle ou plus, les professeurs ont défendu et illustré la langue française, non pas par un souci élitiste de distinction sociale (comme dirait Bourdieu), mais parce qu’ils savaient que le « haut langage » est une des formes dans lesquelles la culture se manifeste, même chez les peuples primitifs, et que les expériences humaines les plus émouvantes sont dites dans une belle langue, ou elles ne sont rien. De fait, ils ont résisté à l’affadissement de la langue et de l’expression, ils ont refusé les facilités démagogiques de l’expression orale et écrite, ils ont cultivé l’immémoriale filiation des langues pour que vivent dans l’esprit de ceux qu’ils formaient les grandes œuvres du patrimoine de l’humanité. Pour eux, c’est aussi une affaire de déontologie : commenter Montaigne, Corneille, Pascal, Racine, Hugo, Baudelaire, Mallarmé, Aragon, qui sont des maîtres ès lettres françaises, c’est aussi s’efforcer par la qualité de la langue que l’on parle ou que l’on écrit de s’approcher de la langue de ces maîtres. Leur être fidèle, c’est aussi les imiter dans leur art. La littérature fournit des modèles d’expression, une langue vivante, des modèles pour tous. Un commentaire qui consiste à plaquer sur leurs œuvres du charabia n’a plus de validité. Il vaudrait mieux oublier nos grands écrivains plutôt que les martyriser. Qu’ils reposent en paix. Un jour peut-être, des générations les ressusciteront.

 

08 avril 2008

Signes 25 : leur avant-guerre

 

 

 

 

A propos de Robert Brasillach, Notre avant-guerre, 1940, réédité en 1998, Godefroy de Bouillon.

 

 

On sait ce qu’il advint de Robert Brasillach. Poursuivi à la Libération pour intelligence avec l’ennemi, il a été condamné à mort et exécuté. Il n'a pas été gracié. On sait pourquoi. De Gaulle considérait comme tout aussi grave de collaborer avec l’ennemi par la plume que par les armes. La résistance, ce n’était pas seulement la poursuite de la guerre, malgré la perte de la bataille de France en mai et juin 1940, c’était aussi les lettres, la pensée, les écrivains qui disaient "non" et maintenaient, en France ou à Londres ou dans tous les territoires que les Allemands n’occupaient pas, la flamme française.

Arouet le Jeune, est-il besoin de le préciser, n’éprouve aucune sympathie pour Brasillach. Il a lu de Brasillach, et très récemment, presque par hasard, Notre avant-guerre, écrit en 1939, après la déclaration de guerre, alors que Brasillach, âgé d’un peu plus de trente ans, avait rejoint son unité au front, et publié en mai 1940, avant la défaite des armées françaises. "Notre" avant-guerre, c’est aussi le pendant de l’expérience qui a été faite par la génération précédente, entre 1900 et 1914. Elle commence en 1925, date à laquelle, âgé de 18 ans, Brasillach s’installe à Paris, où il est élève à Louis le Grand, avant d’intégrer l’Ecole Normale supérieure, et elle s’achève en septembre 1939, date à laquelle il redevient soldat.

L’impression qui se dégage de ce récit de quatorze années de vie intellectuelle, à la fois intense et prenante, est étrange. Brasillach est passionné par l’art, les idées, la littérature, le théâtre, la vie intellectuelle et surtout le cinéma, dont il a écrit une Histoire, publiée en 1935. Il admire aussi bien les films muets que les premiers films parlants, le cinéma français que le nouveau cinéma américain, le cinéma expressionniste allemand que le cinéma japonais, dont Ozu. Il est l’un des premiers clercs qui ait compris l’importance de ce nouvel art, à la fois populaire et inventif pour ce qui est des formes nouvelles. Il n’est ni cupide, ni intéressé ; il n’est pas conservateur ; il se prononce en faveur du progrès social et économique, de l’invention, de la culture, de l’art ; il aime les milieux populaires et ouvriers. C’est un lecteur de Bainville et des thèses qu’il défend : le traité de Versailles porte en lui les germes d’une nouvelle guerre, inéluctable, et d’une explosion impérialiste en Allemagne.

Les goûts qui le caractérisent sont modernes. Il aime les voyages, le camping, le caravaning, la vie au grand air, la montagne, la découverte des pays d’Europe, les peuples latins d’Espagne et d’Italie, la poésie et l’esprit de solidarité générationnelle, ce qu’il nomme la camaraderie, à laquelle il a peut-être sacrifié sa carrière, ses intérêts, sa vie. Il a pour amis son beau-frère, Maurice Bardèche, ainsi que Claude Roy et Roger Vaillant. Le premier a basculé dans la résistance armée ; le second, après la guerre, dans le communisme. Ils étaient l’un et l’autre proches de l’Action française. Peu de choses le distinguent de Sartre, plus âgé que lui de quatre ans et qui l’a précédé à l’Ecole Normale Supérieure, ou de Beauvoir. Que l’on relise de Mme de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée (1958) et La Force de l’âge (1960, Gallimard) : on y verra qu’entre 1925 et 1940, les jeunes gens cultivés, normaliens ou agrégés, étaient étrangement semblables : antibourgeois, hostiles aux conservateurs, méprisant l’argent. Brasillach a partagé avec Sartre et Beauvoir les mêmes références culturelles et le même mode de vie bohème, que l’on tient aujourd’hui pour être "de gauche". Brasillach, s’il avait suivi Claude Roy ou Roger Vaillant, aurait pu être après la deuxième guerre mondiale une des têtes pensantes de l’intelligentsia.

On se demande, en lisant ce que Brasillach écrit en 1939, un an avant de basculer dans la collaboration, comment et pourquoi il est devenu une "figure" du Satan moderne. Il est patriote, il n’aime guère l’Allemagne, il y préfère les pays latins, Italie et Espagne, il n’est pas fasciste - anticommuniste seulement, ce qui est tout à son honneur. Son malheur est d’avoir échoué au concours de l’agrégation des lettres et de ne pas s’y être présenté une seconde fois. S’il avait été fonctionnaire de l’Instruction publique, comme Sartre et Mme de Beauvoir, il aurait vécu de son traitement et n’aurait pas été contraint de chercher des piges ou de placer des articles dans la presse ou dans les revues des années 1930. Nommé à Perpignan ou à Périgueux, il n’aurait pas intégré la rédaction de Je suis partout. Il serait devenu un prof, "de droite" sans doute, mais pas nécessairement (en 1945, il aurait pu se retrouver à gauche, là où sa culture l’appelait), amoureux de la Grèce et de l’Italie ou de l’Espagne, anticommuniste, passionné de théâtre et de cinéma, peut-être homo. La peine capitale lui a forgé un destin.

 

 

 

 

01 janvier 2008

Signes 24 : chiffres 2007 et voeux 2008

 

Chiffres

 

En 2007, ce blog a reçu 47850 visiteurs; 101986 pages ont été lues.

 

Voeux

Meilleurs voeux à tous les lecteurs.   

 

13 mai 2007

Signes 23 : nous sommes tous des enfants d'immigrés

 

 

 

Sommes-nous vraiment tous des enfants d’immigrés ?

 

 

 

 

Les historiens, dans un siècle, s’interrogeront sur ce fait : pendant vingt ans, les militants de gauche et gauchistes ont entonné "nous sommes tous des enfants d’immigrés, première, deuxième, troisième génération". Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse une chaleur torride ou un froid glacial, que ce soit dans une procession ou au cours d’une grande messe, des milliers de gorges déployées ont martelé la nouvelle identité de la France (c’est un pays d’immigration) et des Français (les Français sont des enfants d’immigrés, donc tous les immigrés, même les immigrés en puissance, sont Français).

Le dimanche 6 mai 2007, le disque a soudain changé. A 20 heures 01, ils ont cessé d’être des enfants d’immigrés et, en conséquence, les enfants d’immigrés n’ont plus été des Français, mais des fascistes, des SS, des nazillons, des fachos et, bien entendu, de fieffés racistes. "Rentrez vite chez vous", ont crié les militants à ceux dont ils vous assuraient une minute auparavant qu’ils étaient tous français. Pour faire comprendre aux Français que la vieille chanson était jetée aux poubelles, ils ont incendié des écoles, mis le feu à des bâtiments publics, brûlé des voitures, lapidé des flics. Jamais dans l’histoire du monde, un tel revirement n’a été observé, sauf en 1939, quand l’URSS, après avoir combattu le nazisme, prétendait-elle, s’est alliée à lui.

Pour expliquer cette volte-face, il suffira aux historiens du XXIIe siècle de consulter les annales de la République. Ils y liront que, le 6 mai 2007, les Français ont élu président de la République un vrai enfant d’immigré, première génération, dont l’épouse est aussi une vraie enfant d’immigré, première génération. Des quatre parents du couple présidentiel, un seul est Français ; de leurs huit grands-parents, un seul est Français. Cela ne s’est jamais vu dans l’histoire. Pour la première fois depuis un millénaire et demi, le chef de l’Etat et son épouse n’ont pas d’ancêtres français : un sur huit, c’était vrai de Clovis ou de Mérovée, alors que la France n’existait pas encore.

 

La tartufferie est le miel dont se délectent les militants de gauche et gauchistes (leurs candidats, eux, sont Français pur sucre et leurs ancêtres ont le sang pur depuis la nuit des temps), de sorte qu’ils devraient, s'ils voulaient parler vrai, hurler de conserve "nous sommes tous des enfants de Français, première, deuxième, troisième génération". Ils veulent bien des immigrés, mais à condition que ceux-ci ramassent leurs papiers gras, balaient leurs rues, enlèvent leurs ordures, construisent leurs maisons, nettoient leurs chiottes, torchent leurs enfants, cueillent leurs fruits ; en bref, à condition qu’ils restent à leur place. Si ces immigrés ou leurs enfants s’avisent de devenir quelqu’un, président ou chef de l’Etat, le chapelet à injures racistes est égrené. Les enfants d’immigrés ne sont plus Français, mais "fachos, nazis, racistes, SS, tyrans, dictateurs, etc.". Ils ne viennent plus manger leur pain ou voler leur emploi, ils sont le nouvel Hitler qui les humilie et les réduit à l’esclavage. 

 

C'est à hurler de rire.

 

 

 

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25 mars 2007

Signes 22 : joyeusetés de la campagne

 

Les joyeusetés de l’escadron en campagne 

 

 

Etre de gauche

"Je suis de gauche" : c’est ce que répètent les notoires des media publics et Ruquier, arguant qu’ils paient beaucoup d’impôts et qu’ils sont disposés à en payer davantage. Ces opinions, quand elles sont assénés sur les chaînes du service public, supposées neutres, pendant une campagne électorale, ne cessent de creuser l’abîme sans fond dans lequel sombre la gauche. Ces professions de foi sont d’abord des professions de soi : elles se vendent bien. Les notoires tirent la plus grande partie de leurs revenus (substantiels, sans aucun doute, tant mieux pour eux) de la redevance qui fait prospérer la 2 ou la 3. Ce sont 15 millions de chèques de cent euros (ou plus) signés par les citoyens, qu’ils regardent ou non la télévision, qu’ils soient ou non des fidèles de la 2, de la 3, de la 5, qui enrichissent Ruquier et les notoires. Ce n’est pas du Capital qu’ils tirent leurs revenus, cachets et autres subventions, mais du travail des plus pauvres de nos compatriotes ou de la classe moyenne, et cela avec la complicité aveugle des hauts fonctionnaires et du pouvoir d’Etat qui dirigent ces chaînes. Il y a un siècle et demi, Marx tenait l’Etat pour la superstructure chargée de défendre ceux qui accumulaient le capital. Il était contre l'Etat ou tout ce qui y ressemblait. Lui au moins, il avait le courage de prendre le parti des exploités. S’il entendait ces notoires déclarer qu’ils sont "de gauche", illico, de sa tombe, il ferait savoir à la terre entière que, lui, Karl Marx, n’est pas de gauche.

 

Coalition antilibérale

En latin, liberalis, auquel a été emprunté libéral, signifie "propre aux hommes libres" par opposition à ce qui était propre aux esclaves ou servile. "Il se disait à Rome, écrit Furetière dans son Dictionnaire Universel (1690), des personnes qui n’étaient point esclaves et dont par conséquent la volonté n’était point contrainte par le commandement d’un maître". Libéral a pour contraires servile et antilibéral. Ces deux adjectifs, ayant le même contraire, sont équivalents. La coalition dite antilibérale est évidemment servile. Elle réunit ces maîtres qui ont en horreur l’existence d’hommes libres et qui rêvent de les réduire à l’esclavage. Elle se nourrit d’idées qui ont fait des centaines de millions d’esclaves partout où elles ont inspiré ceux qui exerçaient un pouvoir. Antilibéraux, ces maîtres sont en quête de nouveaux esclaves : ainsi, ils sont fidèles à leur nature.

 

Ils sont de gauche

Les communistes, les gauchistes, les trotskistes, les maos, les écolos, les socialistes font savoir qu’eux aussi, ils sont de gauche. Ils sont "de gauche" comme le démocrate Lénine, comme l’humaniste Staline, comme Trotski, le généreux envers les moujiks qu'il faisait massacrer, comme l’éclairé Pol Pot, comme le multiculturel Mussolini, comme l’antiraciste Hitler, comme Castro, Kim Il Sung, Ho Chi Minh, Boumedienne, Touré, etc.

 

La campagne électorale n'a que du bon : elle est une occasion de franches rigolades et surtout elle révèle le monde. Dans l’idéologie, la règle du mensonge ne souffre aucune exception. Dans l'idéologie folle qui bat la campagne, il arrive parfois que quelques mots, tels "de gauche" ou "antilibéral", dévoilent la vérité nue du réel. Saluons ce miracle.

 

 

06:05 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, société, culture

15 février 2007

Signes 21 : obscurantisme

 

 

Le rugby mérite mieux qu’un mauvais dictionnaire

 

A propos de Daniel Herrero, Dictionnaire amoureux du rugby, Plon, 2003

 

Daniel Herrero a été un excellent joueur de rugby, comme ses frères, dont André, le grand troisième ligne qui fut capitaine de l’Equipe de France. Il se fait remarquer par son look, moitié baba cool, moitié indien de western spaghetti - barbe fleurie, cheveux longs et bandeau rouge lui ceignant le front -, et par son verbe haut, prolixe et coloré, à l’emporte-pièce ou au décrochez-moi ça, dont il charme les auditeurs de Sud Radio et dont il amuse les lecteurs du Journal du Dimanche. Il est célèbre pour l’amour immodéré qu’il porte au Rugby Club Toulonnais, le club "rouge et noir" (deux mots dont il écrit les initiales avec des majuscules), arsenal et grand port militaire (et "qui entend le rester"), qui est, dans une Provence vouée au pastis et à la pétanque, une des forteresses du rugby tricolore, comme on dit dans la langue de ce jeu. C’est aussi un "meneur d’hommes" : il a entraîné dans les années 1980 ce RCT, qui est devenu, sous sa "houlette" (comme on dit aussi en rugby), champion de France en 1987.

De tous les grands joueurs et amoureux du rugby, il était le mieux placé pour écrire, dans la belle collection des Dictionnaires amoureux chez l’éditeur Plon, un éditeur sérieux, qui est celui de toutes les œuvres du général De Gaulle et de Claude Lévi-Strauss, ce Dictionnaire du rugby : peu importe d’ailleurs qu’il soit ou non amoureux. De fait, de nombreux articles sont excellents, quand ils traitent de technique ou de jeu : ailier, aplatir, arrière, etc. Il n’en va pas de même des autres, plus nombreux, mais qui traitent de l’esprit du jeu ou de faits historiques : en un mot, de "culture". Hélas pour le rugby, Daniel Herrero fait partie de la corporation de ces innombrables profs de gauche, plus enseignants que professeurs et plus "de gauche" que français, qui, depuis une trentaine d’années, exercent une influence de plus en plus forte et malheureuse dans le rugby, qu’ils contaminent de leur charabia et de leur morale à deux sous. On comprend d’ailleurs pourquoi : le rugby se pratique surtout dans le grand Sud, agricole ou rural, que l’industrie n’a guère touché et qui doit sa prospérité relative au tourisme. Admettons que vous soyez originaires de Corrèze ou du Gers. Dans les années 1960, vous étiez jeunes, vous jouiez au rugby, vous ne pouviez plus faire le paysan comme votre père et votre grand père, ni l’ouvrier chez un artisan désargenté ; il restait la fonction publique d’Etat ou territoriale, EDF, les PTT et surtout l’Educ-nat qui recrutait alors à tour de bras. Villepreux, Skrela, Novès, Broncan, etc. ont connu ce destin. Herrero écrit comme un prof, c’est-à-dire comme un pied, et, comme, en plus il est "de gauche", il pense comme on pense à gauche, en idéologue, c’est-à-dire bien en toute circonstance. L’idée usinée et formatée qu’il se fait de la réalité est plus importante que la réalité elle-même, laquelle disparaît sous un fatras idéologique.

Le la est donné dans le premier article adversaire, qu’il serait dommage de pas citer, tant il est dans le vent : "L’idéal du rugby affirme que "se mesurer à l’autre fait grandir". L’autre (…) est un "partenaire" avec qui l’on se construit sans l’affrontement". Tout Herrero est dans ce charabia, à la fois mystique et tout idéologique, mais bien dans l’air du temps, et qui est comme la signature de la "modernité" hâbleuse. Se construire ensemble serait même l’idéal maçonnique – du moins aux dires de Herrero, qui tresse des lauriers à sir Thomas Arnold "proviseur du collège de Rugby de 1828 à 1842, et franc-maçon au grand rayonnement. Sous son impulsion, la morale humaniste (pourtant, le mot humaniste, avec le sens de "dont la fin ultime est l’homme", n’est attesté en français qu’à la fin du XIXe siècle, longtemps après que le rugby a été inventé et codifié) imprégna fortement (…) le rugby. (…) Le ferment franc-maçon servit de limon nourricier aux pratiquants, insufflant un esprit nouveau à ce sport d’équipe unique". La conclusion est lumineuse : "Dès sa naissance, le rugby s’est confondu avec les valeurs franc-maçonnes de fraternité, liberté et union entre les hommes, aussi différents soient-ils". Il suffit de comparer cette représentation du rugby avec le rugby réel pour en montrer la bouffonnerie. Quand on sait la véritable arrogance sociale qui servait de ferment identitaire aux public schools (en fait privées, Rugby, Oxford, Cambridge) de l’Angleterre victorienne, où le rugby a été inventé, on ne peut entendre valeurs franc-maçonnes de fraternité, liberté et union entre les hommes que comme des antiphrases ; et encore plus "union entre les hommes, aussi différents soient-ils". Longtemps, le rugby a été le sport national et identitaire de l’Afrique du Sud de l’apartheid – c’est-à-dire de la séparation légale des hommes en fonction de la couleur de leur peau. Il est devenu le sport national et identitaire de la Nouvelle-Zélande, à partir du moment où la relégation dans des régions reculées des populations maories autochtones a presque entièrement blanchi ce pays. Il en va de même en Australie et, à un degré moindre, en Argentine. "Le choix de quinze joueurs, écrit Herrero dans l’article XV, ne fut jamais véritablement expliqué ou justifié ; certains voient dans ce nombre impair et triangulaire (sic ?) un clin d’œil de la pensée franc-maçonne (encore !) très influente en Angleterre à la fin du XIXe siècle". L’article XV aurait pu être l’occasion de rappeler qu’il existe deux rugbys : que le premier se joue à quinze joueurs et que le second se joue à treize joueurs. Le rugby à XIII (ou jeu à treize, comme il fallu dire officiellement longtemps en France) existe aussi. Herrero n’y consacre aucun article dans son Dictionnaire. Il n’y fait allusion nulle part. Pourtant, ce rugby a eu son heure de gloire en France grâce à un joueur d’exception, Puig-Aubert, dit Pipette, et si la France n’a jamais remporté de titre de champion du monde de rugby à XV, elle a été dans les années 1950 championne du monde de rugby à XIII, ayant battu les Australiens, les meilleurs au monde dans ce sport, en Australie. A leur retour en France, les treizistes ont reçu un accueil digne de celui que la Rome antique faisait à ses légions victorieuses. Le fait que Herrero n’ait pas dit un seul mot du XIII est à la fois étonnant de la part d’un "prof de gauche" (en contradiction avec l’idéologie portée en bandoulière dans toutes les lignes) et révélateur du caractère trompeur de ce Dictionnaire du rugby. En effet, en France, le conflit entre le rugby à XV et le rugby à XIII a été politique dans la France occupée de 1940 à 1944. Le rugby à XIII est enraciné dans des départements de grande tradition républicaine et laïque : Aude, Pyrénées orientales, Vaucluse, Lot et Garonne. Le régime de Vichy a essayé de le proscrire, comme il l’a fait des Juifs et des francs-maçons, à la demande, disent les mauvaises langues, des dirigeants du rugby à XV d’alors, qui croyaient voir dans le XIII des "ferments" (comme dit Herrero) de républicanisme rouge, laïcard et franc-maçon. L’article Basques est de même eau. "Le Pays basque, écrit-il, est une terre sciée en deux par une frontière malencontreuse". La frontière est ce qu’elle est, mais elle n’est pas malencontreuse, puisqu’elle a eu, pour principal mérite, de préserver les Français vivant dans le Pays basque (du Nord, comme on dit dans les milieux basques) de la folie furieuse, ethnique, raciste et purificatrice de l’ETA et autres organisations mafieuses. Au Nord, en France donc, les Basques jouent au rugby avec talent et passion ; au Sud, en Espagne, ils ne font rien de cela : ils posent des bombes ou ils meurent d’une balle dans le dos. "Si le rugby est très populaire du côté français, il n’a jamais curieusement franchi la frontière espagnole (…) C’est étrange, les Espagnols ont pourtant eux aussi le sens du combat, de l’orgueil (bel exemple de préjugé ethnique stupide)". Le franc-maçon Herrero, qui ne sait pas que le franc-maçonnerie française est différente de l’anglaise, avance une explication : "Peut-être est-ce la faute des curés, très influents en Espagne (pas plus que les francs-maçons), et qui n’ont jamais porté le rugby dans leur cœur, un sport trop rude où les corps se touchent de trop près ? Qui sait…". Le rugby est l’occasion d’égrener le chapelet idéologique. Le Pays basque français a été façonné par l’Eglise et ses curés, bien plus que l’Espagne. Dans le Pays basque, comme dans le grand Sud, les curés n’ont jamais interdit le rugby : ils y ont joué ; ils y ont fait jouer les enfants dans les collèges catholiques et dans les patronages du jeudi ; ils ont fondé des clubs dans les villages. Tout cet article est faux, comme beaucoup d’autres, marqués au fer rouge de la bien pensance. Le Marocain Benazzi a été un joueur de rugby de talent, à la fois puissant et rapide, mais qui avait un sens tactique limité. Grâce à sa puissance, il perforait la défense adverse, mais comme souvent il le faisait seul, il lui arrivait de perdre le ballon, de gâcher des occasions d’essai (dont une en demi-finale de la Coupe du Monde de 1995, que la France, la meilleure équipe du tournoi, aurait dû gagner) ou de mettre son équipe en difficulté. Si Benazzi s’était appelé Marcel Dupont, Herrero ne lui aurait pas consacré d’article, comme il n’en a pas consacré à Crauste, Domenech, Maso, Gachassin, Villepreux, qui ont plus marqué l’histoire du rugby en France que Benazzi.

La question la plus importante, qui n’est jamais traitée dans ce Dictionnaire, n’est pas la franc-maçonnerie, ni les valeurs morales ou idéologiques, fluctuantes, fragiles ou dérisoires, dont le rugby serait porteur, mais le fait étrange (aberrant même) que le rugby, sport plein de morgue et aristocratique de public schools anglaises, soit devenu un sport régional, limité au grand Sud, un sport de villages, pratiqué par des gens rudes et un peu frustes : paysans, vignerons, lutteurs de foire, et par des étudiants (avec des clubs universitaires jadis prestigieux : PUC, BEC, TOEC) et de petits notables de province, médecins ou dentistes. Le miracle est là. En traversant la Manche, le rugby s’est métamorphosé. Il est devenu un sport rugueux, viril, brutal parfois, mais convivial et insolent. Il y a une raison de fond à cela : tout le monde peut jouer au rugby, les grands, les petits, les gros, les minces, les forts et maladroits, les agiles et les adroits, les trop lourds et les trop légers. Il y a un poste ou un rôle pour chacun. Voilà qui explique la convivialité propre au rugby et le fait qu’il se soit développé là où il n’aurait jamais dû, vu ses origines aristocratiques, prendre racine, dans le grand Sud, pays de petits propriétaires ruraux faisant de la polyculture vivrière. Là, il est devenu un antidote à l’affaiblissement ou à la disparition des anciennes solidarités, entretenues par l’Eglise et par la noblesse, et un contrepoids à l’influence grandissante des nouveaux notables, républicains et socialistes, de la technocratie d’Etat, la seule qui soit autorisée à faire un usage légal de la violence, réelle ou symbolique, laquelle a trouvé dans le rugby une expression possible et codifiée, à la fois dans les gestes (coups de poing, de pieds, de dents, contacts à rentre-dedans, fourchettes, etc.), qui sont parfois de vrais délits, et dans les mots grossiers ou injurieux, comme si le rugby était la continuation par d’autres moyens de la guerre de clochers.

L’article que Herrero a consacré au Racing Club de France, là où le rugby est encore à l’image de ce qu’il est dans les public schools anglaises, aurait pu être l’occasion de cerner la grandeur de ce sport, qui reste encore un jeu, pour beaucoup de joueurs amateurs. Le fait s’est produit lors de la finale du championnat de France entre Agen et le Racing. L’arbitre, qui n’était pas très bien placé, a accordé aux Agenais un drop-goal imaginaire (trois points), alors que le ballon était manifestement passé sous la barre. Les caméras de la télévision l’ont montré clairement. Un joueur du Racing, l’arrière Jean-Baptiste Lafond, qui était tout à côté des perches (ou poteaux de but), a vu que le drop-goal validé était imaginaire. Il ne s’est pas précipité sur l’arbitre pour l’agonir d’injures, comme cela se fait tous les jours dans le foot, ce bizness de milliardaires arrogants et stupides. Il n’a même pas protesté. A la fin du match, il a expliqué que cela n’aurait servi à rien, qu’il aurait été indigne de lui d’invectiver l’arbitre, que celui-ci avait aussi le droit de se tromper, etc. La grandeur du rugby est là. Il arrive, et même souvent, que les arbitres sanctionnent des fautes imaginaires ou qu’ils ne sanctionnent pas des fautes grossières : les joueurs, quels qu’ils soient, ne protestent pas. L’arbitre peut être fantasque, comme le ballon ovale. Il ne sert à rien de s’en prendre à l’ovalitude du ballon. C’est une des lois du jeu.

 

Le rugby mérite mieux que ce Dictionnaire mal écrit et bien pensant : c’est un jeu et un sport où l’esthétique, le beau geste, l’action inspirée comptent autant que le reste et c’est aussi un sport ouvert : on y respire de grandes bouffées d’air pur ; par principe (et le principe est excellent), on y emmerde les cons ; on y pense mal. Mal écrit et bien pensant, ce Dictionnaire est digne du foot show-biz et des milliards d’€ que des joueurs frustes et obtus y gagnent, mais tout à l’opposé du rugby.

 

 

 

05:50 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Culture, sports, société

02 février 2007

Signes 20 : doryphore

 

 

 

Doryphore

 

 

 

Ce mot, familier aux écoliers de jadis, aux paysans qui tenaient autant à leurs récoltes de pommes de terre qu’à la prunelle de leurs yeux et aux férus d’insectes, est ignoré du Dictionnaire de l’Académie française (1694-1935). Ce n’est que dans la neuvième édition, en cours de publication, que le mot est relevé avec trois sens : soldat de la Grèce antique armé d’une lance, coléoptère aux élytres verts rayés de noir parasite de la pomme de terre et terme de mépris désignant les soldats allemands occupant la France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le premier sens est attesté en 1752 dans le Dictionnaire dit de Trévoux (celui des Jésuites). Ce mot grec signifie "qui porte une lance" et désigne le garde d’un prince. Le français l’a emprunté au grec par le biais du latin doryphorus. Le deuxième sens est attesté en 1817 chez Cuvier. Il semble que ce soit un emprunt, non pas au grec, mais au latin savant en usage au Moyen Age doryphora. Cuvier décrit cette espèce ainsi : "les chrysomèles, dont l’arrière sternum s’avance en forme de corne, composent le genre doryphore (doruphora) d’Illiger et d’Olivier". Le troisième emploi s’est généralisé dans la France occupée : on en comprend les raisons. Les caractéristiques physiques des doryphores étant familiers aux paysans (élytres verts rayés de noir), ainsi que leurs habitudes alimentaires (parasites de la pomme de terre), ceux-ci ont par analogie nommé doryphores les soldats de la Wehrmacht : ils portaient un uniforme vert-de-gris et ils étaient réputés vivre sur le pays. La métaphore est assez juste.

Dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872), Littré ne recense, et pour cause, que les deux premiers sens : "nom que les Grecs du Bas-Empire donnaient aux soldats de la garde impériale, qui étaient armés d’une demi-pique" et "genre de coléoptères renfermant de grands et beaux insectes originaires d’Amérique, et dont la poitrine est armée d’une longue pointe dirigée en avant". Littré complète cette description d’un exposé encyclopédique : "Ce destructeur, de petite taille, connu sous le nom d’insecte du Colorado, s’attaque, comme on le sait, aux pommes de terre" et "le doryphora n’attaque pas seulement les pommes de terre, il dévore également les feuilles de tomates, d’aubergines, etc. en un mot, les fanes de la plupart des plantes de la famille des solanées". Il est nommé aussi colorado, du nom de l’Etat des Etats-Unis d’Amérique d’où il provient.

Les auteurs du Trésor de la Langue française complètent les définitions exposées dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française d’exemples pris chez les écrivains ou tirés de l’histoire de l’art. Ainsi, doryphore est aussi un nom propre quand il désigne la célèbre statue de Polyclète qui est supposée représenter l’idéal des proportions humaines : "Polyclète avait composé un traité sur les proportions du corps humain. La statue qu’il modela pour expliquer son écrit représentait un garde du roi de Perse, armé d’une lance : un doryphore" (1876). Les synonymes du nom doryphore au sens de "coléoptère s’attaquant aux feuilles de différentes plantes" sont bête à patate ou mouche à patate. Bazin écrit : "les perdreaux sont souvent empoisonnés par les bouillies arséniatées employées contre le doryphore" (1948). Si ces insectes sont nommés ainsi, c’est à cause de leur "poitrine armée d’une longue pointe dirigée en avant" et si les soldats allemands ont été nommés entre 1940 et 1945 doryphores, c’est, est-il écrit dans le Trésor de la Langue française, "en raison de leur nombre". L’explication paraît courte. S’ils étaient des doryphores, c’est parce que les vert-de-gris se nourrissaient sur la bête, comme les insectes du même nom et aux élytres de couleur voisine. "Il ne venait pas souvent, écrit Vialar (1959) au cirque d’uniformes verts. Mais lorsqu’on signalait une telle présence les clowns étaient moins drôles et avec eux, Eugène, qui se croyait obligé d'introduire dans ses répliques des transparentes allusions aux doryphores ou aux vert-de-gris".

La crise de la France est si profonde que, dans certains villages, les gens du patelin, indigènes ou non, autochtones de longue date ou récents, nomment par mépris doryphores les propriétaires de villas d’agrément, les campeurs, les touristes, comme si ceux-ci étaient des vert-de-gris qui occupaient indûment leur pays ou l’avaient envahi.

 

 

 

28 janvier 2007

Signes 19 : le triomphe de Tartuffe

 

 

 

 

Le triomphe de Tartuffe

 

 

 

 

Tartuffe est de retour : il préside la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité ou Halde. Il a du fric à ne savoir qu’en faire : malgré sa richesse insolente, il continue à aspirer voracement l’argent public, celui des pauvres, pour accomplir ses bonnes oeuvres. Il est si charitable qu’il pioche dans la poche des autres, jamais dans la sienne.

Tartuffe a eu son heure de gloire entre 1984 et 1986, quand il a été le directeur de cabinet de Fabius, alors premier ministre de Mitterrand, le plus jeune premier ministre que la France ait jamais eu. Ces honneurs précoces n’ont pas porté chance à Fabius, qui est le plus vieux dinosaure du monde. En revanche, d’avoir été directeur de cabinet de Fabius a porté chance à Tartuffe : il s’est retrouvé miraculeusement PDG de Renault. En 1986, Renault employait un millier d’ingénieurs et de cadres financiers ou de gestion de très haut niveau, qui, tous et légitimement, aspiraient à exercer la fonction de PDG de leur entreprise. Ils étaient compétents, ils avaient de l’expérience ; certains avaient même sacrifié à leur entreprise leur vie de famille pendant trente ans ou plus. Or, ce poste leur est passé sous le nez, comme il a échappé à d’autres capitaines d’industrie. Ils ont été victimes des pires discriminations qui soient. C’est le favorisé Tartuffe qui en a bénéficié. Avait-il les compétences d’un PDG ? Cirer les bottes d’un premier ministre est un excellent training pour cirer d’autres bottes, pas pour gérer une entreprise. Le fait est que Tartuffe a joui d’une préférence discriminatoire et qu’il a accédé à un poste auquel d’autres, plus qualifiés, ont été interdits par discrimination. Il s’y connaît donc en bénéficiaires de discriminations, pas en victimes, qu’il a dû humilier, quand il était chez Renault, tout son saoul. Ce favori de la Déesse Discrimination entend lutter contre les discriminations. A quand Hitler ressuscité pour défendre les Juifs ? Mais, bon Dieu, qu’il restitue d’abord à l’entreprise qu’il a dirigée par discrimination l’argent qu’il a indûment perçu !

On apprend aussi incidemment que Tartuffe a vécu aux Etats-Unis de 1947 à 1953 et que, là-bas, il a été horrifié par les discriminations qui frappaient les noirs et les premiers occupants de ce pays. Pourtant, il n’a rien fait, ni lui ni sa famille, il n’a pas levé le petit doigt pour protester contre cet état de choses et pour le faire changer. De même, quand il était directeur de cabinet de Fabius, il n’a pas levé le petit doigt quand le SIDA a été criminellement injecté à des enfants hémophiles ou quand le Ministère de la Justice organisait des collectes de sang dans les prisons, milieux où se trouvaient des individus (drogués et homosexuels) qui, d’un point de vue statistique, risquaient d’être porteurs du SIDA. La discrimination a joué à plein contre les enfants hémophiles : ils en sont morts. Tartuffe jouissant de la clause des individus les plus privilégiés, aucune action en justice n’a été intentée contre lui.

C’est donc l’homme qui a bénéficié toute sa vie de discriminations attentatoires au principe d’égalité qui dirige la lutte contre les discriminations et pour l’égalité. Il y applique les bons principes dont il a bénéficié toute sa vie pour donner de la légalité aux discriminations qui sont illégales en France et qui n’y existent nulle part.