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15 mai 2014

Qu'un sang impur abreuve nos sillons

 

 

Les Bonobos (ou « bourgeois no bohèmes ») ne se contentent pas d’être socialos : il faut qu’ils éructent leur rage en toute occasion, de préférence contre les symboles de la France. Mais que ne mettent-ils pas leurs actes en accord avec leurs haines ? Qu’ils aillent vivre en Arabie, qu’ils prennent la nationalité soudanaise, qu’ils se convertissent à la religion des Patagons ! Wilson, le fils de son père, est de ceux-là : plus bonobo que lui, tu meurs. Tout lui est prétexte pour bien penser (penser est un trop gros mot pour lui être prédiqué, péter conviendrait mieux). Il marche sur les brisées de Taubira, de Trierweiler, de toute la chausse pisse aussi (féminin de show biz), de feu la femme Mitterrand… 

            La malheureuse Marseillaise, ce chant qu’entonnaient les résistants devant le peloton d’exécution, est la cible de leur ire. Se seraient-ils accommodés de « Maréchal, nous voilà », dont aucun mot ne les heurte apparemment ? Pourquoi ce tintouin ? C’est, entre autres, l’injonction « qu’un sang impur abreuve nos sillons » qu’ils ne supportent pas d’entendre. Il ne leur est pas demandé de la chanter, ni même de l’écouter, mais ils veulent la changer, sous le prétexte qu’elle serait raciste, xénophobe, haineuse. Ah bon, que signifie raciste dans les quelques pois chiches qui, dans leur pauvre cervelle, tiennent lieu de neurones ? « Qui est d’une sale race » ? « Qui est d’une race inférieure » ? « Qui est à exterminer » ? On est en droit d’en juger ainsi.

Que les paroles de La Marseillaise soient de la très mauvaise poésie et de la piètre littérature, n’importe qui peut en convenir. Que la musique soit martiale et qu’elle soit à la musique ce que les tags sont à Raphaël, voilà qui est sans conteste. Mais cela ne suffit pas à en faire un chant raciste, sauf à donner à raciste le sens dans lequel l’emploient les antiracistes de profession et subventionnés, c’est-à-dire « d’une sale race ».

            Tout ce pastis a pour source les deux mots sang impur. A la fin du XVIIIe siècle, quand La Marseillaise a été composée, que désignait-on par ces deux mots ? Il suffit d’ouvrir les dictionnaires pour mettre un peu de lumière dans cette prétendue obscurité qui suscite les éructations des racistes à la Wilson et Taubira, qui croient appartenir à une race, religion, éthique, etc. supérieure…  En 1762 et en 1798, dans le Dictionnaire de l’Académie française, il est indiqué ceci : « On dit figurément et poétiquement qu’un homme est né d’un sang impur pour dire qu’il est né de parents notés », notés, c’est-à-dire ayant mauvaise réputation. Dans les éditions ultérieures (1835, 1879, 1932-35), l’adjectif notés est remplacés par flétris (« Figurément : être né d’un sang impur, être né de parents flétris, connus pour de malhonnêtes gens », 1835, 1879, 1935). Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) reprend cette définition : « Être né d’un sang impur, être né de parents malhonnêtes, déshonorés ». 

            Il n’y a aucun racisme, aucune xénophobie, aucune haine dans sang impur ou, si racisme il y a, il est seulement dans la tête de ceux qui éructent leur haine raciste à l’encontre de la France.

C’est Furetière qui, dans son Dictionnaire universel (1690), établit le sens « social » de sang impur et des mots sang pur, dont ils sont l’antonyme. Ce sens, pour le comprendre, est propre à la division de la « société » d’Ancien Régime en trois ordres ou états : noblesse, clergé, tiers-état, et aux vanités que cette division faisait naître chez ceux qui appartenaient à la noblesse. « On dit aussi, pour vanter une ancienne noblesse qui ne s'est point mésalliée, qu’il n’est point entré de sang impur dans cette maison » : autrement dit, aucun membre de cette lignée noble n’a eu d’enfant ou n’a fait d’enfant avec un homme ou une femme du tiers-état, qui, eux, sont d’un sang impur. C’est la définition que reprend Barré en 1842 dans le Complément au Dictionnaire de l’Académie française : « Sang impur s’est dit par opposition à Sang noble ». L’exemple qui illustre ce sens est extrait du dictionnaire de Furetière : « Il n’est jamais entré de sang impur dans cette maison », Furetière et Barré étant l’un et l’autre de sang impur. Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), ce sens est exposé à l’entrée pur : « On dit qu’un prince est sorti du plus pur sang du monde pour dire du sang le plus noble et le plus illustre ». De même Littré : « La pureté du sang se dit d’une famille de haute extraction dans laquelle il n’y a point eu mésalliance ».

Les choses étant ce qu’elles sont, c’est-à-dire tout à l’opposé de ce que croient les bonobos, il est possible d’établir le sens de l’injonction honnie « que le sang du peuple (du tiers-état, des sans grade, des non nobles, etc.) abreuve nos sillons ». L’injonction consiste à appeler le peuple à verser son sang (son propre sang, jugé impur) pour défendre la France envahie par les armées ennemies. C’est un équivalent de « verser son sang pour la patrie » - non pas le sang des envahisseurs, mais celui des défenseurs de la patrie attaquée. Si cette injonction est raciste et xénophobe, alors il faut considérer les combattants de la France libre et de la Résistance comme des racistes et des xénophobes, et en retour les nazis (boches, chleuhs, frisés, etc.) pour des humanistes qui auraient été la cible de la haine rance de franchouillards avinés et drogués.

Conclusion : non seulement les bonobos à la Wilson sont racistes, mais en plus ils sont plus ignares que des buses.

 

09 mai 2014

Retournement

 

 

Voilà un très vieux mot de la langue française auquel M. de Hollande vient de rendre un peu de jeunesse. Il est attesté (le mot, pas son auteur) à la fin du XIIe siècle, à une époque où aucun habitant de la France d’alors n’aurait imaginé qu’un jour un cantonnier de Tulle, village sis sur les bords de la rivière Corrèze, pût devenir chef de l’Etat. Les voies de Dieu sont impénétrables, aurait-on dit il y a quelques siècles.

Retournement a le sens du verbe retourner dont il dérive et désigne l’action de retourner à l’endroit d’où l’on était parti. Apparemment, il n’est pas dans l’intention de M. de Hollande de retourner à Tulle. Son retournement n’est pas imminent. Il se fera un jour peut-être. Qui sait ? En 2017.

Le nom n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de 1935 (huitième édition) avec un sens à peine esquissé (« action de retourner ou résultat de cette action »), mais illustré de cet exemple : « le retournement d’une situation ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est un peu plus explicite. Le retournement ne consiste pas à revenir au point de départ, mais à « tourner en un autre sens ». Le mot est d’un emploi plus fréquent dans les vocabulaires spécialisés : celui de la géométrie, de la balistique (« tendance qu’a une balle conique, lancée par une arme à feu, à se retourner, c’est-à-dire à arriver au but par son gros bout au lieu d’y arriver par son petit bout »), des chemins de fer (« action de retourner un rail fabriqué de telle façon qu’il puisse servir des deux côtés »), de l’astronomie.

Dans la langue moderne se développent des emplois figurés ou propres, dont ceux-ci, qui pourraient s’appliquer en partie à M. de Hollande : « Fait de retourner quelqu’un, de le faire changer de camp ; changement complet d’attitude, d’opinion » (pour les séides, le retournement, c’est pour bientôt) et « mouvement qui consiste à se retourner sur soi-même » ou, pour ce qui est des tendances, des chiffres, des statistiques, des représentations graphiques, des « courbes » (tout ce dont M. de Hollande est féru), « inversion du sens d’une tendance, d’un rapport de force ». Le retournement ne serait donc qu’une autre formulation de la célèbre « inversion » de courbe. On sait ce qu’il est advenu de cette courbe, laquelle, hélas, ne chôme pas et va sans cesse de l’avant ; on peut craindre qu’il n’en aille pas différemment du retournement claironné par les Trompettes médiatiques.  

 

07 mai 2014

Fleuron

 

 

Fleuron, dérivé de fleur, est attesté au début du XIVe siècle et en sept siècles, il n’a pas changé de sens : « ornement en forme de fleur » (1302), « espèce de représentation de fleur servant d’ornement » (Académie, 1694, 1762, 1798, 1835), « ornement en forme de fleur » (Littré, 1872-77 ; Académie, 1762, 1878, 1935, édition en cours de publication). On trouve ces représentations ou ornements sur les couronnes, les pages de garde de beaux livres, les étoffes luxueuses, les moulures des palais, etc.

Le mot est employé à compter du XVIIIe siècle dans un sens figuré : « On dit figurément d’une des plus grandes prérogatives qu’ait un Prince, d’un de ses plus grands revenus, d’une de ses meilleures provinces, que c’est un des plus beaux fleurons de sa couronne, le plus beau fleuron de sa couronne » (Académie, 1762). Littré ajoute : « Il se dit aussi de ce qu’il y a de plus avantageux pour une personne », mais, dans cet emploi, fleuron est suivi du complément de sa couronne : « Il a perdu le plus beau fleuron de sa couronne » (exemple cité aussi par les académiciens en 1935 : « La mesure qui lui enlève cette place lui fait perdre le plus beau fleuron de sa couronne »). Ce sens figuré est glosé ainsi dans le Trésor de la Langue française (1971-1994) : « Bien (concret ou abstrait), qualité morale, les plus précieux pour quelqu’un ».

Depuis quelques mois, la métaphore du fleuron revient dans les media et comme "élément de langage" des politiciens, non plus à propos des couronnes, des souverains, des grands de ce monde, mais de l’économie, celle de la France évidemment, dont les « fleurons » - c’est-à-dire les entreprises ou les institutions ou les grandes œuvres - le plus beau ou les plus beaux de son industrie, de son économie, de son agriculture, de son architecture, de son patrimoine,  etc. sont rachetés à vil prix par des financiers étrangers, quand ce ne sont pas les Etats pétroliers islamiques.

Il est bon de constater que ce vieux mot qui fleure l’Ancien Régime, la monarchie, la couronne, l’ornementation inutile, etc. ressuscite soudain dans des lamentations républicaines et laïques. Et chacun de s’indigner. C’est même à qui s’indignera le plus. Ceux qui s’indignent de voir les fleurons de la France disparaître les uns après les autres sont ceux aussi qui ont tout fait pour que cela advienne. Tartufe leur a appris ces singeries ; ils ont retenu la leçon.

 

 

 

22 avril 2014

Morelle

 

 

Morelle, plante vénéneuse.

 

Dictionnaire de l’Académie française (1835, 1878, 1935) : « Plante vénéneuse de la famille des solanées ».

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française (1872-77) : « La morelle noire (solanum nigrum), plante vénéneuse ».

 

21 avril 2014

Socialisme

 

 

 

Le nom socialisme, dérivé de l’adjectif social auquel a été ajouté le suffixe isme, n’existe pas dans l’ancienne langue française, laquelle, pourtant, ne manque pas de monstres. Il est donc moderne, étant enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de la septième édition (1878).

Selon Littré (1863-77), c’est un « système qui, subordonnant les réformes politiques, offre un plan de réformes sociales ». A ce sens, Littré en ajoute celui de socialisme de la chaire (en allemand Katheder Socialism) : « doctrines socialistes soutenues par des professeurs d’économie politique ». Le socialisme français est aussi un socialisme de professeur. Vacher de Lapouge, « professeur socialiste » (du Parti Ouvrier et de la SFIO), a été, chargeons sa barque – et celle du socialisme – sans vergogne, le principal théoricien du racisme (ceci – le racisme – expliquant cela – le socialisme de la chaire). Pour les académiciens (1932-35), c’est une « doctrine qui préconise un plan d’organisation sociale et économique subordonnant les intérêts de l’individu à ceux de l’État ». Appliquée au socialisme réel, celui de M. de Hollande et de ses séides, cette définition semble assez juste.

En un siècle, le socialisme réel s’est étendu à tous les pays du monde. Les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-1994) prennent acte de ce triomphe. En politique, c’est « l’ensemble de doctrines inspirées par des sentiments humanitaires, fondées sur une analyse critique des mécanismes économiques et parfois du statut politique de l'État, ayant pour objectif la transformation de la société dans un sens plus égalitaire ». Aussi distinguent-ils un « socialisme chrétien » d’un « socialisme scientifique » et ce dernier d’un « socialisme utopique » et tous ces socialismes du « socialisme industriel » ou de celui que Marx définit comme la « phase de transition entre le capitalisme et le communisme ». Tous ces socialismes forment le « socialisme réel » dans les pays où le marxisme est appliqué ; ailleurs, c’est un « socialisme à visage humain » ou le « socialisme non bureaucratique » (purement fictif, comme la licorne) ou le « socialisme à la scandinave ». A ces socialismes répertoriés, il faudrait ajouter ceux qui sont oubliés des auteurs de ce Trésor : le socialisme arabe, cubain, africain, chinois, asiatique, le socialisme national allemand, etc. Il n’est pas de tyrannie qui n’ait engendré son socialisme ou inversement.

Socialisme est attesté en français en 1831 au sens de « doctrine qui sacrifie l’individu à la société ». La définition est assez conforme à la réalité, si sacrifier est entendu dans un des sens que Littré y donne : « faire périr » un ou des homme(s), comme dans l’exemple « on a sacrifié les meilleures troupes pour une attaque inutile ». Il est attesté en italien en 1803, trente ans avant que les Français ne l’adoptent. En italien, il désigne « un conservatisme bienveillant et éclairé ». Cette définition n’est-elle pas meilleure, à condition de remplacer les adjectifs « bienveillant » et « éclairé » par leurs antonymes « malveillant » et « obscurantiste », quand on connaît le socialisme réel dans les pays de l’Est, que toutes les définitions qu’on peut lire dans les dictionnaires modernes ?

Selon Proudhon, qui est souvent lucide, le socialisme bouleverse l’ordre métaphysique. Il n’assigne pas l’origine ou la cause du Mal à l’homme, mais à la société, l’homme étant bon par nature. Le péché originel est transféré à la société. Proudhon écrit : « l’immense majorité du socialisme, Saint-Simon, Owen, Fourier, et leurs disciples, les communistes, les démocrates, les progressistes de toute espèce, ont solennellement répudié le mythe chrétien de la chute pour y substituer le système d’une aberration de la société ». Certes, mais quelque quatre-vingt dix millions de malheureux ont été sacrifiés sur l’autel. Ont-ils été tués par un système naturellement bon ou intrinsèquement mauvais ? Et pourquoi ont-ils été sacrifiés ? Pourquoi les a-t-on fait périr, quel que soit leur âge ou leur sexe, qu’ils soient femmes, enfants ou vieillards ? Avant le socialisme, le baptême ou le repentir effaçait le péché. Le socialisme triomphant ne s’embarrasse pas de ces filandreuses considérations. Il tue, il sacrifie, il fait périr les coupables – tous ceux qui ne sont pas élus par Marx ou ses disciples, tous ceux qui continuent à être jugés mauvais et qui, pour cela, paient de leur vie ce péché. Le socialisme n’est que la énième ruse de la raison grâce à laquelle les hommes accomplissent sans vergogne et sans retenue ce qu’ils se targuent d’abolir.

 

 

16 avril 2014

Réaction et réactionnaires

 

 

 

Dans le latin des universités du Moyen Age était en usage le terme scientifique, reactio, qui n’est pas attesté en latin classique, ni en bas latin. Dérivé du nom du latin classique actio, il a donné en anglais reaction et en français réaction.

Ce terme de physique est attesté pour la première fois en 1616. Furetière l’enregistre (Dictionnaire universel) en 1690 : « action du corps qui pâtit contre le corps qui agit ». Les académiciens le relèvent dans leur Dictionnaire à compter de 1740 : « Terme de physique, résistance du corps frappé à l’action du corps qui le frappe ». Dans L’Encyclopédie (1751-1772, d’Alembert et Diderot éditeurs), le sens physique est clairement exposé : « (pour les péripatéticiens) la réaction est l’impression que fait un corps sur celui qui l’a affecté, impression qu’il exerce sur la partie même de l’agent qui l’a affecté, et dans le temps que l’agent l’affecte ; comme fait l’eau jetée sur du feu, qui en même temps qu’elle s’y échauffe, éteint le feu. C’était un axiome dans les écoles qu’il n’y a point d’action sans réaction […]. Mais on ignorait que la réaction est toujours égale à l’action. C’est M. Newton qui a fait le premier cette remarque, et qui nous a appris que les actions de deux corps qui se heurtent l’un l’autre, sent exactement égales, mais s’exercent en sens contraire ; ou, ce qui est la même chose, que l’action et la réaction de deux corps l’un sur l’autre produisent des changements égaux sur tous les deux ; et que ces changements sont dirigés en sens contraires ».

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1740 et 1762) et chez Furetière, la définition de réaction est expédiée en une phrase courte et sommaire. Dans la huitième édition (1932-35), les académiciens distinguent neuf sens ou emplois : en chimie, en physique, en physiologie, en équitation, dans le langage courant (« émotion que provoque un reproche, une menace, une nouvelle heureuse ou fâcheuse, etc. »), en science sociale, en politique. A partir du XIXe siècle, siècle de la bêtise et du scientisme aveugle, réaction (cf. Trésor de la Langue française, 1971-1994) s’étend à toutes les sciences, qu’elles soient dures ou molles, exactes ou humaines : chimie (« action d’un corps agissant sur un autre corps et pouvant entraîner une ou des transformations chimiques » ; réaction en chaîne, réactions photochimiques »), en cybernétique, électronique  (« retour sur un circuit précédent d’une partie de l’énergie plus ou moins en phase »), en mécanique (« action qu’un corps exerce en retour sur un autre corps », barre de réaction, réaction d'appui, propulsion à ou par réaction, avion ou moteur à réaction »), en médecine et en pathologie (« modification de l’organisme sous l’effet d'un agent étranger, faire une réaction; réactions neurovégétatives, organiques, inflammatoires, thermiques ;  résultat de toute méthode visant à un diagnostic ; la méthode elle-même, réaction immunitaire, réaction de dégénérescence, réactions tuberculiniques, cuti-réaction, réaction négative, positive »), en physiologie (« réponse à un stimulus »), en psychologie (« comportement qui répond à une excitation »), en psychanalyse (« réaction thérapeutique négative : forme de résistance à l’analyse qui se traduit par une aggravation, là où on attendrait une amélioration, et qui semble liée à un sentiment de culpabilité inconscient du sujet »), en physique nucléaire (« phénomène provoquant la modification d’un ou de plusieurs noyaux, réaction en chaîne, réaction nucléaire, réaction thermonucléaire »).

C’est dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que l’extension triomphale de réaction commence, alors que ce mot était circonscrit à la physique. Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) en témoigne : « ces mots (réaction et d’autres termes de science), d’abord employés en physique seulement, sont devenus à la mode, et sont employés dans des écrits sur toutes sorte de matières. La plupart des écrits modernes ne sont remplis que de sommes, de masse, de calculs, de combinaisons et de réactions ». Le phénomène est illustré de cet exemple : « la Pologne a souvent éprouvé les pertes qu’elle essuie aujourd’hui, et autant de fois elle a recouvré tout, en réagissant avec courage contre la violence étrangère ».

Pendant la Révolution, le mot colonise le vocabulaire politique (Dictionnaire de l’Académie française, 1798, 1835) : « réaction se dit figurément d’un parti opprimé qui se venge et agit à son tour ». Ce terme de physique, devenu terme de société, était « neutre », au sens où une action déclenche une réaction opposée, mais d’égale force. Il avait une valeur explicative, la société étant régie (ou supposée l’être) par les mêmes lois que la nature, comme chez Mirabeau en 1790 : « la réaction est un mouvement d’opinion qui agit dans le sens opposé au mouvement d’opinion qui a précédé ». Aucun jugement moral n’était porté sur ce « mouvement » : il n’est ni bien, ni mal, il est. Littré, qui était progressiste et engagé, l’applique aux partis qui ne sont pas tenus pour progressistes : « après la chute de Robespierre, la réaction royaliste fut très violente dans le midi de la France ». Il couronne le sens neutre d’un jugement de valeur : « plus particulièrement », la réaction est « le parti conservateur considéré comme s’opposant à l’action de la révolution ». La réaction n’est plus une force naturelle, transposée dans la société des hommes, c’est un principe a priori maléfique, parce qu’il s’oppose en fait à la nouvelle religion sociale. Le sens engagé de réaction justifie la Terreur, les procès politiques, les nettoyages ethniques, les génocides, les camps de concentration ou de la mort, les crimes d’opinion, et toutes les horreurs sans nom de la modernité : il suffit d’accuser de réaction ceux dont on tranche la tête. C’est le mot le plus réactionnaire, le plus conservateur, le plus archaïque qui soit.

Dans le Trésor de la langue française est rappelée la religion idéologique, qui donne à ce mot son sens moderne : « courant d’idées hostiles aux principes libéraux issus de la Révolution française de 1789 » (si les auteurs de ce dictionnaire très progressiste emploient libéral dans un sens positif, c’est pour diaboliser la réaction) et « mouvement politique ayant pour but de rétablir l'état politique et social existant avant 1789 ». Parmi les écrivains et idéologues qui ont fait en sorte que le sens idéologique sature l’éventail sémantique de réaction, il y a Hugo, qui faisait tourner les tables : « Soyez le journal acceptant pleinement la Révolution (…), combattant la réaction littéraire comme la réaction politique » (1868), et Clemenceau, qui a fait tirer par l’armée sur des mineurs en grève : « les partis de réaction ont de trop puissantes racines dans ce que l’ancien régime nous a laissé d’oligarchies cléricales et militaires pour s’accommoder sans de vives résistances au triomphe de l’impartiale justice sur la violence et sur l’arbitraire » (1899). On ne saurait mieux dire que réaction est l’autre nom du Mal ou du Diable ou de Satan ou du Malin.

Dérivé du nom réaction, entendu, non pas dans son sens scientifique ancien, mais dans son sens politique apparu en 1790, l’adjectif et nom réactionnaire est attesté pour la première fois en 1794 au sens de « partisan de la politique de réaction » (c’est-à-dire de l’arrêt de la Révolution). Il est, selon Littré (1863-77), un néologisme. Comme adjectif, il qualifie, dans son sens propre, ce « qui coopère à la réaction contre l’action de la révolution » (« pouvoir réactionnaire ») et, comme nom, il désigne ceux qui s’opposent à la Révolution. Dans le Trésor de la Langue française (1971-94), la définition de réactionnaire, adjectif ou nom, terme de la politique, est précédée de la mention péjoratif, laquelle suppose que les réalités qualifiées de réactionnaires ou les personnes nommés réactionnaires font l’objet de jugements a priori, d’ordre moral ou moralisateur, qui dévaluent les réalités ainsi qualifiées ou les personnes ainsi désignées : elles ne font pas partie de l’Empire du Bien ; elles sont même le Mal en personne ou le Diable. Autrement dit, ce qui donne à réactionnaire ce sens déprécié, c’est la seule idéologie, quelle que soit la réalité évoquée. Est réactionnaire qui est opposé au changement ou qui cherche à restaurer le passé, comme si ce qui est passé pouvait être autre que passé ou révolu ou fini. Ainsi l’idéologie trace un champ (ou un camp) manichéen : d’un côté, les idées, lois, mesures, opinions, livres, journaux, gouvernements, partis réactionnaires ; de l’autre, le Bien.

            Le nom réactionnaire, un peu long, a produit par apocope le très péjoratif réac, entendu dans le sens de ce qui n’est pas moderne ou de celui qui regimbe contre la domination absolue, dans les idées ou dans les mœurs, du nouvel ordre social, si anticonformiste qu’il est devenu la seule conformité tolérée : « la fidélité, en face de la liberté sexuelle, ça sonne anachronique. Et même un peu « réac », comme le militarisme ou l’impérialisme » (Elle, 1970).

En l’espace de quelques décennies, réactionnaire et réac ont désigné ce qui n’est pas conforme au iota près à l’injonction postmoderne, c’est-à-dire ce qui s’écarte de la nouvelle religion, sociale, solidaire, occultiste et qui ne se soumet pas à ses dogmes. En bref, le réactionnaire est révolutionnaire : il rompt avec l’ordre nouveau et avec tous les actionnaires à qui cet ordre verse des dividendes élevés. 

 

 

02 avril 2014

Reniement

 

 


Après "Le chant "je mens", c'est maintenant", voici le nouveau slogan : "le remaniement" ou "le remaniement, c'est maintenant".

Dans le "remaniement", tel que le conçoivent M. de Hollande et ses séides, il y a de toute évidence une syllabe de trop. Ce n'est pas "nie", puisqu'ils sont spécialistes de "négation" et qu'ils passent leur temps à "nier" la réalité. Ce pourrait être "ment", puisqu'ils ne savent que mentir, mais ce "ment" a déjà servi dans "le chant "je mens"".

C'est donc "ma". Il suffit d'ôter ce "ma" qui offusque la réalité, et le vérité sort du mot : le reniement. C'est le reniement pour tout, pour tous et, évidemment, pour toutes. 

31 mars 2014

Débâcle

 

 

 

Gifle, claque, déroute, défaite, dégelée, raclée, etc. : c’est de ces mots (et d’autres) que les commentateurs avisés (mais a-t-on croisé des commentateurs qui ne le fussent pas ?), les experts patentés (mais on ne connaît pas d’experts qui ne le soient pas), les journaleux excités (pléonasme) désignent les résultats des élections, lorsque, malgré l’abondance des sondages, ces résultats sont inattendus, ou lorsqu’ils suscitent chez les hommes politiques que les suffrages contraires des citoyens ont désavoués une hystérie panique. S’ils étaient « normaux » (comme le président évidemment), ces politiciens devraient se réjouir de quitter les marécages du pouvoir pour se remettre à la charrue. Cincinnatus leur a montré l’exemple. N’est pas Cincinnatus qui veut.  

De tous ces mots qui appartiennent en propre aux affidés du complexe médiatique-politique, le plus amusant est débâcle. Le mot dans cet emploi électoral n’est enregistré dans aucun des grands dictionnaires du XXe siècle. L’emploi qui approche le plus de celui de défaite (ou déroute) électorale est l’emploi militaire, lequel date de la fin du XIXe siècle. Dans la neuvième édition (en cours de publication depuis 1994) du Dictionnaire de l’Académie française, cet emploi est glosé ainsi : « (Spécialement) déroute complète d’une armée », sens auquel le roman de Zola, La Débâcle (1892), a donné une sorte de noblesse littéraire. Les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-94) se contentent de faire suivre débâcle de deux synonymes : "débandade" et "déroute d’une armée", citant le titre du roman de Zola et cette phrase des Mémoires d’outre-tombe, à savoir « la débâcle avait commencé à Moscou ; les routes de Kazan étaient couvertes de fugitifs », dans laquelle émerge l’analogie entre un des sens premiers de débâcle et le sens politique.

En effet, débâcle, dérivé du verbe débâcler, peut être qualifié de « moderne », vu l’emploi de moderne par les historiens : l’histoire, dite « moderne », est postérieure au Moyen Âge et s’étend de 1492 à 1789. Le premier sens est celui qu’établit Furetière (Dictionnaire Universel, 1690) : « action par laquelle on débarrasse les ports et on en retire les vaisseaux vides, pour approcher du rivage ceux qui sont chargés » (« débarrassement d’un port, quand on retire les vaisseaux vides pour approcher du rivage ceux qui sont chargés », Académie, 1762). Au XIXe siècle, dans cet emploi, à débâcle, se substitue débâclage ou même débâclement. Un journaliste ayant du goût pour la métaphore forcée pourrait désigner la défaite électorale des socialistes les 23 et 30 mars 2014, non pas de « 21 avril de Hollande », mais de débâclage ou de débâclement : les communes ont été vidées de tout ce qui les encombrait et les vieux éléphants et les sauriens voraces ont été remplacés par des Bousingots ou des Jeunes France.

En fait, le sens le plus important de débâcle, celui qui est attesté dès le XVIIe siècle, se rapporte à la rupture des glaces qui bâclent les fleuves : « Se dit aussi, par extension, de la rupture des glaces qui se fait tout à coup, lorsque les rivières ont été prises longtemps » (Furetière, 1690) ; « Rupture des glaces qui arrive tout à coup après qu’une rivière a été prise longtemps » (Thomas Corneille, 1694) ; « Effet du dégel quand la glace vient à se rompre sur une rivière qui était prise, et que les glaçons sont entraînés par l’eau » (Académie, 1694). La glaciation qui entravait les villes, petites ou grandes, depuis les lois de décentralisation voulues par les socialistes, a tout à coup pris fin : c’est donc la débâcle, dont les courants et les remous entraînent au large les débris du socialisme municipal.

Il est un sens figuré, assez éloquent, qu’enregistrent les académiciens à partir de 1835. C’est « figurément et familièrement, tout changement brusque et inattendu qui amène du désordre, de la confusion ». La débâcle électorale, et ce n’est que la première, fait place à la confusion, au désordre, aux pataquès, au grand pastis, comme le dit assez justement Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77), visionnaire de ce point de vue : « Figurément et familièrement, changement fâcheux qui emporte la fortune d’un particulier, la prospérité d’un gouvernement, les opinions, les mœurs, comme la débâcle emporte les glaces de la rivière ». C’est donc la fin de la prospérité d'un gouvernement qui ne fut guère prospère.

En guise de conclusion, voici un sens, relevé par les académiciens en 1932 : « Débâcle se dit aussi, dans le langage familier, d’une décharge subite du ventre ». C’est sans doute ce qui est arrivé au malheureux Ayrault de Saint-Herblain, chef de la bannière socialiste de Nantes et de Loire-Inférieure, et à ses camarades emportés par la grande frousse précédant la débâcle.

 

 

 

26 mars 2014

Indépendance ? Vous avez dit "indépendance" ? Comme c'est étrange !

 

La justice a été indépendante en France, non pas sous Sarkozy, ni sous Queuille, ni sous Laval, ni sous Léon Blum, etc. mais pendant tout l'Ancien Régime. Les juges, procureurs, avocats, avoués, conseillers de tout ordre, etc. achetaient une charge, qu'ils transmettaient à un de leurs fils ou qu'ils vendaient, s'ils n'avaient pas d'héritier ou qu'ils fussent ruinés, et, membres des Parlements, ils réglaient les conflits en toute indépendance, sans intervention du pouvoir exécutif (le Roi), ni du "pouvoir législatif" (il n'y en avait pas : avaient force de loi les coutumes et les plus anciennes lois des provinces)... 

L'indépendance de la justice d'Ancien Régime présente un bilan exceptionnel : assassinats (il n'y a pas de mot plus juste) de Calas et du chevalier de la Barre, massacre des vaudois du Luberon (près de mille morts, femmes, enfants, vieillards), femmes accusées d'être des sorcières et, en conséquence, brûlées vives, écrivains censurés ou condamnés au bûcher, dont Etienne Dolet, etc. De cela, Montaigne, qui était lucide, concluait que les décisions de justice étaient souvent plus criminelles que les crimes qu'elles étaient censées punir. Ce "bilan" a dissuadé les révolutionnaires de maintenir l'indépendance de la justice, laquelle, composée de fonctionnaires placés sous l'autorité d'un ministre, est devenue une administration de l'Etat. On peut le regretter, évidemment, mais que l'on s'abstienne d'invoquer à tout instant l'indépendance des juges. C'est prendre, surtout quand ces invocations sont le fait des princes, les citoyens pour des grenouilles ou des buses. Les magistrats ne sont pas plus indépendants aujourd'hui qu'ils ne l'étaient sous l'Occupation nazie ou que ne l'étaient les juges soviétiques du temps de l'U.R.S.S. ou que ne le sont les juges et autres magistrats en Corée...

Est-ce à dire que l'indépendance est impossible ? Non, évidemment. Il suffit de revenir, pour s'en convaincre, à Montesquieu. Celui-ci distinguait trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Dans un régime "démocratique", deux conditions doivent être réunies : que ces pouvoirs soient séparés et même étanches; qu'ils émanent de la volonté du peuple, autrement dit que les citoyens qui exercent ces pouvoirs soient élus pour une durée déterminée (quatre ou cinq ans). Cela implique l'élection par le peuple souverain, non pas des techniciens du droit, mais des responsables de tribunaux ou des responsables de la justice dans chaque département et dans chaque région ou dans chaque circonscription judiciaire. La conséquence de cela serait la suppression des juges d'instruction (les inquisiteurs modernes); les enquêtes seraient confiées aux procureurs et à la police (l'instruction serait publique); et lors des procès, placés sous la responsabilité d'un juge élu, la décision finale reviendrait à 12 jurés citoyens, tirés au sort, et sans intervention de magistrats.

   

 

 

     

 

 

23 mars 2014

Dictature ?

 

 

Je n'ai pas entendu un seul journaliste, un seul intello, un seul homme politique, un seul élu du peuple, un seul publiciste, etc. rappeler à M. de Hollande, chef de la bannière de Tulle, que l'Allemagne de l'Est a été de 1945 à 1989 une république démocratique et que ce qui l'inspirait était le socialisme. Cette république qui était démocratique et socialiste n'était pas une "dictature". Même Mitterrand se serait indigné que l'on osât qualifier de "dictature" cette république démocratique. Il est vrai que M. de Hollande est persuadé qu'il existe un pays nommé Macédonie, que Japonais et Chinois, c'est du pareil au même, que les Tunisiens peuvent être confondus avec les Egyptiens, et qu'un catholique, à partir du moment où le patronyme qu'il porte ne sonne pas "français de France", doit être tenu pour un musulman. En huit ans de mandat, M. Bush junior a fait moins de bourdes et moins de bourdes grossières que M. de Hollande en deux ans. On n'a pas fini d'en entendre, et de plus belles encore.

 

16 mars 2014

Stéréotype et stéréotypes

 

 

De plus en plus de pauvres, de plus en plus de sans-abri, de plus en plus de chômeurs, de précaires, d’illettrés, de victimes, d’affamés, de désespérés, de dominés, d’exclus… Face au désastre, que font les socialos ? Ils combattent les stéréotypes, ils luttent contre les stéréotypes, ils se battent contre les stéréotypes. « Mort aux stéréotypes, heraus, ouste, pas de ça chez nous, pas de stéréotypes à l’école, nulle part des stéréotypes ! ».

Il est plaisant de voir les principaux et même seuls pourvoyeurs de stéréotypes en toute chose, dans tout domaine, où que ce soit, à savoir les socialos, les cocos, les écolos, les gauchos, faire la chasse aux stéréotypes. Ils ne se rendent même pas compte qu’ils sont eux-mêmes la cible et la seule cible de leur combat.

Voilà qui justifie que l’on s’attarde sur ce mot récent et moderne, révolutionnaire évidemment, attesté en 1796. Cet enfant des socialos est un terme d’imprimerie et d’abord un adjectif : « adjectif des deux genres » (donc parfaitement socialo) et « terme d’imprimerie », est-il écrit dans le Dictionnaire de l'Académie française (1835), qui « se dit des ouvrages imprimés avec des pages ou planches dont les caractères ne sont pas mobiles (comme les socialos, dirait un humoriste) et que l'on conserve pour de nouveaux tirages ». Longtemps, stéréotype n’a eu d’emploi qu’en imprimerie : « Il se dit des ouvrages imprimés avec des pages ou planches dont les caractères ne sont pas mobiles, et que l'on conserve pour de nouveaux tirages » (Littré, 1863-1877) et « qui est imprimé avec des caractères stéréotypés » (Académie, 1935).

Dans la seconde moitié du XXe siècle, ce nom, qui était déjà « dans le vent » ou « à la mode », mais limité à l’imprimerie, devient vraiment moderne, à partir du moment où les gros consciencieux du social, psychologues et sociologues, se l’ont approprié. C’est devenu une « opinion toute faite » ou une « formule figée » : « Idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir » (Trésor de la langue française, 1971-74). Il n’est pas de définition qui s’ajuste mieux aux « éléments de langage » de Hollande et de sa bande ou aux « discours socialistes ». Ces politiciens sont des stéréotypes ambulants : ça parle en eux, le ça étant l’immonde stéréotype qui sort en reptations lentes de leur bouche.

12 mars 2014

Bon sang ne saurait mentir

 

Police politique, surveillance des opposants, écoutes téléphoniques

 

Ce qu'il y a de bien avec les socialistes (socialauds et socialopes ?), quand ils sont au pouvoir, c'est qu'ils font exactement ce qu'ils sont programmés à faire : c'est dans leur sang, leur culture, leur ADN. Il y a un siècle, on aurait dit : "c'est la race qui parle en eux".

Un socialiste élu ? Et hop  aussitôt, il se croit chef de la STASI et s'empresse de transformer la France en pays de l'Est - une sorte de Corée de l'Ouest extrême.

Un Espagnol ministre de la police ? Et voilà Franco ressuscité : arrestation de manifestants, surveillance d'opposants, écoutes pour tous : il lâche ses chiens, et ces chiens mordent.

Une descendante d'Africains à la justice ? Et les Français ébahis (mais ils ont tort : en votant, ils se doutaient de la catastrophe qu'ils préparaient) découvrent que, place Vendôme, trône un des dignes successeurs d'Idi Amin Dada, des tontons macoutes, de Bokassa, de Mobutu, etc.

Les socialistes au pouvoir, c'est la fin de toute surprise.        

27 février 2014

Métissage

 

 

 

 

Métissage est moderne et même ultra moderne, tellement ultra qu’il en est « post ». Dérivé du nom et adjectif métis, lequel désigne dès le XIVe siècle un animal « engendré de deux espèces » et qui était entendu au XIXe siècle au sens de « qui est engendré par deux êtres d’espèce différente, en parlant des animaux » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77), métissage est attesté en 1837 dans le Dictionnaire de l'industrie manufacturière, commerciale et agricole (tome 6) de Baudrimont, qui l’emploie à propos des haras et au sens de « croisement des races ».

Littré l’enregistre. Voici comment il le définit : « action de croiser une race avec une autre pour améliorer celle qui a moins de valeur ». Il précise aussi que ce mot « est réservé généralement pour les croisements pratiqués dans l’espèce ovine » et que, « pour les autres cas, on emploie de préférence le mot croisement ». Dans le Supplément publié en 1877, Littré ajoute quatre extraits du Bulletin de la Société d’Agriculture de France, dans lequel un dénommé Gayot use de ce nom : « en un sens particulier, croisement par métis ; ce qui procure la création de races » ; « j’arrive au métissage, c’est-à-dire au croisement arrêté à la première ou à la deuxième génération en vue de créer une race intermédiaire » ; « à mesure que le métissage continue, la nouvelle race s’améliore ». Le métissage ne s’applique qu’aux animaux, comme le confirment les académiciens dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35) : « croisement de races », illustrant ce seul sens de l’exemple suivant : « le métissage se pratique avec succès sur l’espèce ovine ».

C’est dans la seconde moitié du XXe siècle que ce nom, tout en continuant à s’appliquer aux animaux ou aux plantes (terme de botanique et de zoologie : « croisement d’animaux, de plantes appartenant à des races ou à des variétés différentes, généralement dans le but d’améliorer celles-ci », Trésor de la langue française, 1971-94), s’étend aux êtres humains, et cela, bien que ce terme soit objectivement sinon raciste, du moins racial (cf. Littré : « action de croiser une race avec une autre pour améliorer celle qui a moins de valeur ») et bien que l’histoire tragique du XXe siècle ait montré dans quels abîmes de barbarie pouvait sombrer l’humanité quand elle s’abandonnait au racisme. Dans le Trésor de la langue française, il est défini ainsi : « croisement entre individus appartenant à des races différentes » et illustré par cet extrait sinistre : « l’esclavage, la guerre, l’Islam ont donné lieu à des métissages dont Nachtigal note les degrés entre Arabes et gens du Bornou » (Vidal de la Blache, Principes de géographie humaine, 1921).

Dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, les deux emplois sont distingués nettement : « dans l’espèce humaine, croisement, mélange de races différentes » (exemples : « le métissage d’une population » et « par extension, métissage culturel ») ; et en biologie : « croisement entre deux races d’animaux ou deux variétés de végétaux de même espèce, par lequel on crée une race ou une variété nouvelle ».

 

Les choses étant ce qu’elles sont, il est effarant que ce terme issu de la biologie ou de la zoologie ait été transporté aux relations entre les hommes et même à l’organisation sociale et que, objectivement racial à l’origine – et même raciste -, il ait pu devenir l’oriflamme du progressisme et même la panacée censée limiter, réduire, combattre ou annihiler le racisme. Effarant ? Pas tant que ça ! Il n’est rien de plus semblable au racisme que l’antiracisme. Lutter contre un racisme qui a disparu par le racisme, et un racisme vigoureux, sans scrupule, totalitaire, c’est ouvrir la boîte de Pandore, d’où il sort le racisme pour tous, à tout instant et éternellement.

23 février 2014

Contreparties

 

 

 

Les mots socialos ne sont pas très nombreux, mais ils sont aussi cocasses ou pittoresques que des épouvantails ou des leurres, comme si la fonction qui y était assignée en haut et bas lieu était de cacher la réalité ou de noyer la réalité sinistre ou tragique dans une avalanche verbale sur l’écume de laquelle surfent responsabilité, attractivité, compétitivité, choc, pacte, clarification, simplification, territoire, pédagogie, transparence, inclusion, valeurs républicaines, « résistance », etc. 

Contrepartie est de ces grigris verbaux de l’ère socialo. Ce mot composé est ancien ; il est attesté au début du XIIIe siècle pour désigner le « double » d’un document, comme le définissent Littré (Dictionnaire de la langue française) en 1872 : « double d’un registre, sur lequel toutes les parties du compte sont enregistrées ». Pour les académiciens, c’est un terme de comptabilité : « dans une comptabilité en partie double, chacun des comptes où s'inscrivent les opérations, en crédit d’une part, en débit d’autre part » (neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française) et « par extension, double d’un registre où sont inscrites les parties d’un compte ».

Lorsque M. de Hollande et les membres de sa bannière socialiste exigent des entreprises des « contreparties », ce n’est pas dans ce sens comptable qu’ils entendent ce mot, ni dans celui "d’opinion ou de sentiment contraire" (Académie, 1835). Ce n’est pas non plus dans le sens que contrepartie a eu en musique et qu’enregistrent les académiciens dès 1762 : « terme de musique, qui se dit d’une partie de musique opposée à une autre » et « il se dit plus ordinairement de la partie qui sert de second dessus » (Littré : « Terme de musique, partie de composition opposée à l’autre, comme la basse au dessus »).

Le sens de contrepartie dans les discours des socialistes est tout autre (ce qui est dans l’ordre de leurs choses, puisqu’ils sont « différents ») et tout moderne, puisque, comme chacun sait, le socialisme, ce n’est ni la ringardise, ni l’archaïsme. Ce sens n’est enregistré dans les dictionnaires qu’à compter de la seconde moitié du XXe siècle. Il est défini ainsi dans le Trésor de la Langue française (1971-94) : « ce qui, dans un arrangement, un accord, est donné en échange d'autre chose ». C’est un ersatz de la vieille règle un peu mafieuse du donnant donnant. Le don, croit-on, est gratuit (cf. Marcel Mauss, qui en a fait la théorie). Mais pas chez les socialos. D’ailleurs, ils ne donnent jamais rien, ils prennent, ils saisissent, ils empochent, ils font main basse sur. Qui veut échapper aux rapines doit payer. Voilà ce que sont les contreparties.

Selon les académiciens (neuvième édition de leur Dictionnaire, en cours de publication), ce sens « moderne » de « compensation » ou de « dédommagement » s’est développé dans la langue actuelle, au point de devenir « usuel », à partir d’un sens technique dans la langue des boursicoteurs et autres agioteurs, la contrepartie étant « l’opération de celui qui se porte vendeur ou acheteur contre son propre client, au lieu d’exécuter ses ordres comme intermédiaire ». Ces contreparties exigées sans cesse sont aussi pour M. de Hollande et ses camarades de bannière l’occasion de dévoiler « le lieu d’où ils parlent », à savoir l’univers gris et interlope des requins demi-mafieux du boursicotage.    

 

 

 

 

18 février 2014

Compatible

 

 

 

            Les académiciens, dans les éditions, publiées entre 1694 et 1878, de leur Dictionnaire, s’abusent sur la définition de l’adjectif compatible, que vient de rendre célèbre M. de Hollande, quand il a déclaré, mais à Tunis, devant de bons et vrais musulmans qui musulmanisent tout, jusqu’à la garde-robe et même dans la garde-robe, que l’islam était compatible avec la démocratie. Dans l’esprit des académiciens donc, le sens de cet adjectif est ou serait étroitement dépendant du verbe compatir, qui a pour sens « être touché, attendri des maux d’autrui » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). L’islam s’attendrirait-il sur les maux de la démocratie ? M. de Hollande, seriez-vous le lapin d’Alice au pays des merveilles ? Vos rêves sont nos cauchemars. Réveillez-vous, s’il vous plaît.

Voici comment les académiciens définissent compatible : « qui peut compatir avec un autre » (1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1878). Certes, ce sont les humeurs ou les charges ou les bénéfices, etc. qui sont susceptibles de recevoir la qualification de compatibles, c’est-à-dire des réalités dont le nombre est égal ou supérieur à 2. En fait, compatible dérive, non pas du verbe français compatir, mais du verbe latin compati, d’emploi fréquent dans le latin médiéval au sens de « être compatible avec » et d’après pati, « permettre, admettre ».  Même Littré (1863-77) maintient dans la définition de cet adjectif le lien supposé avec le verbe compatir : « qui peut compatir, s’accorder avec un autre (personne ou chose) », même si l’emploi de compatir est corrigé ou redressé par celui de s’accorder. Littré précise que « compatible ne se dit qu’au pluriel ou, au singulier, avec quelque mot qui ait un sens collectif », ce qui, semble-t-il, incite les innombrables consciencieux en islam, qu’ils soient petits ou gros, à employer islams au pluriel. Si M. de Hollande avait été informé de ces subtilités, il aurait dû déclarer que les islams sont compatibles avec les démocraties.

Dans la huitième et la neuvième éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1935 et depuis 1994), l’erreur des définitions antérieures est quelque peu redressée et il n’est plus fait référence à compatir pour définir le sens de compatible : « qui peut exister, s’accorder avec quelqu’un ou quelque chose ». Il en va de même dans le Trésor de la langue française (1971-94), dans lequel la définition, « qui est susceptible de s’accorder avec », a le mérite de rappeler que, dans le sens compatible, se loge du potentiel ou des potentialités. Ce n’est pas qui s’accorde avec quelque chose d’autre, mais ce qui est susceptible de le faire, et qui ne le fait nécessairement pas. Le chômage est susceptible de baisser dans les mois qui viennent, mais cela ne signifie pas qu’il va baisser, comme l’a démontré pendant toute l’année 2013 M. de Hollande. L’islam est susceptible de s’accorder avec la démocratie évidemment, mais à plusieurs conditions : que la démocratie soit la démocratie (et non l’ersatz ou la caricature que nous fourguent les socialos), que l’islam cesse d’être l’islam, que l’islam renonce à la loi islamique, que l’islam supprime dans le Coran tous les versets qui appellent à tuer ou à faire la guerre et ceux qui contiennent des appels au meurtre raciste, que l’islam cesse de se tenir pour l’alpha et l’oméga en tout, que l’islam introduise un peu d’égalité en droit, là où il n’y a que des inégalités, que l’islam cesse de mépriser ou de maltraiter ceux qui ne sont pas musulmans, etc. etc. etc.

En bref, il y aura un peu de compatibilité entre l’islam et la démocratie quand les poules auront des dents. C’est ce qu’aurait dû déclarer M. de Hollande et en tirer toutes les conséquences logiques. Mais, pour cela, il aurait fallu qu’il cessât de se prendre pour son homonyme de prénom, Pignon, ou pour Cheval, l’ami de Pignon, les personnages principaux du Dîner de cons.  

   

 

15 février 2014

Nauséabond et nauséabonderies

Nauséabond

 

S’il fallait choisir parmi les mots qui forment le vocabulaire de base des organes médiatiques et politiques celui qui en exprime l’essence et qui, en même temps, dévoile la réalité de ces organes (ce qu’ils sont réellement, tels qu’en eux-mêmes l’éternité ne les changera pas, ce qui fait leur « nature »), c’est sur l’adjectif nauséabond que devrait porter le choix. Ce mot est à la fois moderne, puisqu’il est attesté en français dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, et ancien, puisque, emprunté au latin, il est une sorte de calque de nauseabundus, adjectif qui se traduit par « qui éprouve le mal de mer, qui a des nausées ». Nauséabond est du latin d’instruits : le mot est donc savant.

Les auteurs de dictionnaires l’enregistrent dans les éditions de leurs ouvrages publiées au XIXe siècle : sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française en 1835 et Dictionnaire de la Langue française (Littré, 1863-77). Il y est donné deux significations : « qui cause des nausées » (aliment, remède, odeur, saveur nauséabonds) et, au figuré, « qui déplaît en excitant le dégoût ». De cet emploi figuré, les académiciens, en 1835, précisent qu’il se rapporte aux « ouvrages littéraires qui déplaisent, rebutent, excitent le dégoût ». Auquel cas, ce sont des discours, des ouvrages, des propos, une certaine littérature, etc. qui peuvent être qualifiés de nauséabonds. Les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-94), qui sont des hommes de progrès hygiénique et ont donc l’odorat aiguisé, enchérissent sur les académiciens dans l’expression du dégoût : « Au figuré, qui inspire une profonde répugnance dans l’ordre intellectuel ou moral ». Les synonymes en sont dégoûtant, écoeurant, immonde, rebutant, repoussant, répugnant. Dans l’édition en cours de publication de leur dictionnaire, les académiciens se mettent au diapason. Est nauséabond, selon eux et dans un sens figuré, ce « qui est vil, bas, excite le dégoût ».

La raison d’être de cet emploi figuré, très moralisant, c’est-à-dire saturé, non pas en morale, mais en moraline, et très vertuiste, c’est-à-dire saturé de vertu affectée, à l’instar de ce qu’affectait M. Tartuffe, est l’existence d’un code entièrement binaire de postures, toutes subjectives, et qui se répartissent à gauche et à droite de l’axe qui sépare le Bien du Mal. A gauche, le Bien, érigé en Empire absolu de la moraline ; à droite, le Mal, celui de Satan, du Diable, d’Iblis, de l’Autre… L’adjectif nauséabond trace la ligne, jaune évidemment, à ne pas franchir. Les gens de Bien (tous honnêtes, vertueux, bien pensants, bons, très comme il faut) ne l’emploient que pour rejeter dans le camp du Mal ce qui leur déplait. Autrement dit, nauséabond stigmatise, pointe du doigt, montre le Mal ou ce qui est susceptible d’être le Mal, tout en valorisant, bénissant, couvrant d’éloges les hommes de Bien qui l’emploient à satiété et à en donner la nausée à ceux qui, parce qu’ils sont pauvres, sont condamnés à les entendre.

Ce n’est pas tout. Le dégoût précède l’élimination, la disparition, l’extermination. Grâce à des produits chimiques, les odeurs nauséabondes s’éliminent : pschitt, et elles s’évanouissent. Un bel autodafé, et les livres nauséabonds sont réduits en cendres. Une balle dans la tête, et les discours nauséabonds disparaissent. La stigmatisation est le prodrome de bûchers, de meurtres, d’élimination de masse.  Pour le moment, les inquisiteurs, les commissaires politiques, les scienceux en nauséabonderies s’en tiennent aux mots. Quelque chose les retient encore (la peur du gendarme ?) de passer à l’acte.

Un des premiers écrivains à employer nauséabond dans un sens figuré et à propos des idées est Madame Aurore Dupin, baronne Dudevant, qui s’est fait connaître sous le nom de plume de George Sand, écrivain prolifique, confus, persuadé de sortir des cuisses du Bien et dont Nietzsche, qui se connaissait en moraline, disait qu’elle écrivait comme une grosse vache laitière : jugement nauséabond évidemment. Les idées politiques de Mme Sand sont une mixture d’occultisme et de socialisme, de tables tournantes et de paysannes que l’on engrosse, d’insolence et de fermages à encaisser à date fixe. Très vite, la mixture a tourné au vinaigre. Quand les électeurs n’ont pas renouvelé leur confiance à son cher fils Maurice en 1849 et en 1871, quand l’armée de la République a été mobilisée pour en finir avec les communards, elle a applaudi aux massacres.  « La politique, écrit-elle en 1855, dans Histoire de ma vie, me devenait nauséabonde, Nohant n’était plus aussi recueilli et aussi intime que par le passé ». La bonobo (bourgeoise no bohème) avant l’heure avait son domaine, ses terres, ses biens, ses fermages, sa richesse.

 

08 février 2014

Incompatible

 

 

Que l'islam soit compatible avec la démocratie, comme le déclare M. de Hollande, ou que l'islam soit incompatible avec la démocratie, et avec tout le reste, comme le montrent les faits, est sans importance. L'essentiel est que la démocratie est incompatible avec l'islam. Mais M. de Hollande ne le sait pas et il ne pouvait donc pas le déclarer devant ses amis tunisiens, car il n'a d'amis que tunisiens. Peut-être va-t-il finir par se réfugier en Tunisie comme l'a fait avant lui le socialiste Craxi ? D'ailleurs, tout cela importe peu, puisque M. de Hollande n'est compatible avec rien, sauf avec le canton de Tulle.

 

07 février 2014

Le chant "je mens", c'est maintenant

 

 

Les slogans politiques sont faits pour duper, tromper, abuser, mentir. Pourtant, il en est un qui échappe à cette grande loi. C'est "le changement, c'est maintenant", qui dit, dans l'inconscient de la langue : "Le chant "je mens", c'est maintenant". 

04 février 2014

Territoire et pédagogie

 

 

Les deux mamelles des socialos

 

 

Du temps du « bon Roi » Henri IV et de son ministre Sully, la France avait deux mamelles : le labourage et le pâturage. Aujourd’hui, la France a remplacé ses anciennes mamelles, un peu fatiguées, par des prothèses : le robinet grand ouvert des dépenses publiques et de l’Etat Providence, les portes grandes ouvertes à tous ceux qui rêvent de vivre – et bien – sans travailler et n’ont qu’un minuscule bras de mer à traverser, les bras grands ouverts aux racistes, xénophobes, fascistes, qu’ils soient verts ou musulmans, etc. Quant à ceux qui la gouvernent ou qui la représentent, qu’ils soient ministres, sénateurs, députés, présidents de conseils régionaux, etc. ils ont répudié le labourage et le pâturage et ont fait occuper la place vacante par le territoire et la pédagogie. Ecoutez-les : ils n'ont plus que ces deux mots à la bouche. Un département n’est plus un département, c’est un territoire ; une commune n’est plus une commune, c’est un territoire ; une région n’est plus une région, c’est un territoire ; la France n’est plus la France, c’est un territoire – pas encore totalement occupé, mais cela viendra – ou mieux une mosaïque de territoires, changeants, divers, variés. Pour les socialos, tout est territoire et le territoire est tout, et cela bien que territoire (le mot, le concept, la notion) soit le mot clé des idéologies animales. Un animal a un territoire, qu’il défend bec et ongles et est même prêt à tuer pour le défendre. Le truand ou le caïd fait de même. Les limites en sont l’urine qu’il dépose un peu partout ou les doses de drogue qu’il cache dans les poubelles. Le territoire, c’est le degré zéro de la politique. Il annonce le retour des forces obscures de l’instinct ; c’est le triomphe de la nature sur la culture. Voilà ce que des ministres et politiques socialos – supposés « de gauche » ou « progressistes » - proclament haut et fort, dès qu’ils prennent la parole.

La pédagogie est la seconde mamelle des socialos – l’alter ego du territoire. Le territoire est la face sombre – le revers – du socialisme ; la pédagogie en est la face lumineuse – l’avers. De l’un à l’autre, on passe de l’obscurité à la lumière. Tous les ministres font de la pédagogie et, quand ils n’en font pas ou oublient d’en faire, ils sont incités par le pion de service, M. de Hollande ou M. Ayrault de Saint-Herblain, à faire de la pédagogie – c’est–à-dire à bourrer les crânes de leur propagande.

Le territoire, c’est ce qui définit l’animalité ; la pédagogie, ce qui définit la puérilité. La pédagogie est l’art de conduire les enfants à l’école, même pas l’art d’instruire, mais le sinistre travail d’assistance maternelle. Faire de la pédagogie, quand on est ministre ou député, c’est tenir les citoyens pour des enfants « que l’on prend par la main » pour les conduire on ne sait où : à l’abattage ? Ou à l’école devenue centre d’abattage ? Penser la France comme un territoire, c’est la transformer en jungle. L'utopie socialiste, ce sont les enfants condamnés à vivre dans la jungle.

 

29 janvier 2014

La théorie du genre fait mauvais genre

 

 

 

 On n’en finit pas avec genre. En veux-tu en voilà : syndicats bien pensants, enseignants du premier et du second degrés, magistrats, policiers, inspecteurs du fisc, gendarmes, tout le monde est obligé de s’y mettre, sous peine de sanction ou de réprimande par les matons que sont Mmes Taubira, Belkacem, Bertinotti ou MM Peillon, Ayrault, Delanoë, etc.

Les célébrissimes « gender studies », qui renouvellent les disputes sur le sexe des anges, lesquels sont, comme chacun le sait, « non gendrés », n’ayant pas encore décidé de leur genre, sont au programme des classes de première des lycées français. Ce mot gender se traduit ou est transposé dans le sabir des sciencieux et des cultureux par genre. Il faut dire les « études de genre », en employant genre sans déterminant, et non pas « étude du genre » des mots, masculin ou féminin, comme à l’école de jadis, ce qui ferait ringard et bien sûr dépassé, archaïque, mis dans le formol, passéiste, conservateur, moyenâgeux ou inutilement insolent. En anglais, gender a deux sens. C’est, si l’on se réfère à l’Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English : « 1. grammatical grouping of words, nouns and pronouns, into classes (masculine, feminine and neuter). 2 sex (being male ou female) ». La moins mauvaise traduction de ces gender studies (ou theory) pourrait être « études (ou théorie) de sexe », ce mot étant entendu dans le sens de « sexuation » ou de « devenir sexuel ».

Pourtant, la difficulté n’est pas là, mais dans l’origine lointainement identique de genre ou en anglais gender, au sens « d’ensemble d’êtres ou d’objets ayant la même origine ou liés par la similitude d’un ou de plusieurs caractères » (Trésor de la langue française, 1971-94) et de gendre, au sens de « celui qui a épousé la fille de quelqu’un, et à qui l’on donne ce nom par rapport au père et à la mère de la fille » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762). Ces deux mots, qui se ressemblent, ont le même étymon latin ou indo-européen, l’un et l’autre ayant un rapport avec la génération. Gendre se dit en latin gener (génitif generi) ; genre, genus (génitif generis). Le mot latin genus a pour sens « origine, naissance, lignée, famille, race, souche, extraction, sang » ou « peuple, nation » et par extension « espèce, genre, sorte, manière » ou « rejeton, fils, enfant », tandis que le gener (ou gendre) est celui qui, à la suite d’une alliance matrimoniale, donne des descendants à la lignée et fait se maintenir la famille, la race, la souche.

Dans l’histoire de la langue française, il est arrivé que genre se soit dit gendre. Au début du XIIe siècle, le gendre, dans l’ancien français d’alors, n’était pas l’époux de la fille de la famille, mais avait pour sens « sorte » ou « type ». Ou encore, ce même mot a signifié aussi au XIIIe siècle « sexe », comme en anglais. Littré, dans la définition qu’il donne du « terme de grammaire » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), s’abuse quand il renvoie le genre (grammatical) au sexe : « propriété qu’ont les noms de représenter les sexes, et, dans certaines langues, l’absence de sexe », proposition qui n’a de validité que pour les noms désignant des êtres vivants. Elle ne se vérifie pas toujours chez les êtres humains : recrue et sentinelle désignent des êtres humains de sexe masculin, et les noms de fonction ont toujours été « neutres » pour ce qui est du sexe, en dépit de M. Jospin et de Mme Trautmann, qui ne fut jamais ministresse. La remarque de M. Littré est exacte pour ce qui est du fait « les langues romanes ont supprimé le genre neutre qui appartenait au latin », mais aventurée pour ce qui est des causes : « qui en effet ne répondait plus à aucune distinction effective entre mâle et femelle ».

Gendre, terme de parenté, ne présente guère d’ambiguïté sémantique. Il en va différemment de genre. C’est un terme de taxinomie ou de classement qui consiste, non pas le mot bien entendu, mais l’opération intellectuelle à laquelle il réfère, à distinguer, séparer, discriminer, établir des classes et des hiérarchies et à y confiner des êtres humains. Le mot désigne aussi des distinctions que l’on fait dans les arts : « genre signifie encore la manière, le goût particulier dans lequel travaille un peintre, un sculpteur ; il se prend aussi pour le style et la manière d’écrire ; la rhétorique divise le discours oratoire en trois genres, le démonstratif, le délibératif et le judiciaire ; la grammaire latine divise les noms en trois genres, le masculin, le féminin et le neutre » (Dictionnaire de l'Académie française, 1762). Le genre, c’est de la discrimination et des classements selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « caractère commun à diverses espèces ; ce qui comprend plusieurs espèces » ; « sous le genre être vivant, il y a deux espèces comprises, l’animal et le végétal ; genre supérieur, celui qui a plus d’extension qu’un autre ; genre suprême, celui qui ne peut plus devenir espèce relativement à un genre supérieur ». Ou encore : « terme d’histoire naturelle, assemblage de corps organiques ou inorganiques qui constituent des espèces, et qui se ressemblent par quelques caractères communs » (« dans le système de Linné, les classes se divisent en ordres, les ordres en genres et les genres en espèces et toute plante a deux noms, celui du genre et celui de l’espèce »). La consultation de l’article genre du Trésor de la langue française donne des résultats encore plus convaincants pour ce qui est de la fonction taxinomique de genre. C’est « l’idée générale ou la classe d’êtres ou d'objets qui possèdent un ou plusieurs caractères communs » et, en taxinomie, biologie animale et végétale, le « niveau de la classification des êtres vivants, placé sous la famille au-dessus des espèces ». Les locuteurs ont assimilé le principe classificateur qui est à l’œuvre dans genre, puisqu’ils emploient dans la langue courante d’innombrables locutions qui réfèrent à ce principe : être le genre de quelqu’un, du même genre, de tous (les) genres, de tout genre, en tout genre, en tous genres, dans tous les genres, dans le genre, dans, en + possessif + genre, dans le genre de, etc.

De toute évidence, la théorie du « devenir sexuel » des êtres humains a été élaborée (« construite ») par des cervelles progressistes qui, conscientes qu’elles ne feront jamais la révolution sociale, la seule qui vaille, se sont rabattues sur des ersatz, où le risque de se voir défoncer le crâne à coups de piolet est nul et où l’on peut faire la révolution en robe de chambre : les sciences humaines, le langage, la littérature, les arts, la sexualité, etc. Le problème, justement, est que le progressisme affiché (faire table rase, tout se vaut, on ne discrimine pas, pas de distinction, etc.) est contredit par l’inconscient de la langue, à savoir, pour ce qui est de genre et de gendre, le retour à la lignée, la race, à la souche, aux classements, aux hiérarchies, à la distinction et aux distinctions de tout ordre. Cette révolution du « genre » est d’un genre impayable, comme on n’en a jamais vu encore. C’est le retour à l’archaïque. On fait la révolution pour revenir dare-dare là d’où le genre humain est parti. Beau programme de « déconstruction », à dire vrai.

Cette « révolution » dans les concepts se résume à deux ou trois proposition, du type « ce sont les rapports ou les codes sociaux qui déterminent le sexe d’un individu ou les choix sexuels d’un individu » ; en bref, on ne naît pas mâle (ou femelle), on le devient. La même soupe idéologique a été servie il y a une vingtaine d’années dans la revue Social Texts. Elle se ramenait à un brouet du type « les connaissances données par les sciences ne viennent pas des faits ou d’une étude des faits, mais des conditions sociales à un moment donné » ; en bref, c’est la société qui fait la science, ce qui n’est qu’une resucée des thèses de Staline, Lyssenko ou Mao. Il a suffi que deux véritables scientifiques, Sokal et Bricmont, démontrent l’absurdité de ces thèses (Impostures intellectuelles, 1997) pour que, d’un coup, elles apparaissent à tous pour ce qu’elles sont, de la fumée, de la bonne blague, du foutage de gueule, etc. Les gender studies sont de la même farine. Que des aigrefins essaient de les fourguer à l’Educ nat, aux gogos de M. Ayrault, à Mme la baronne T…, aux magistrats du SM, aux journaleux, est dans l’ordre des choses. Ils sont les gendres de la sexuation, c’est-à-dire les beaufs de la science sociale, mais des beaufs instruits, pas des Bac – 15.   

 

 

27 janvier 2014

Répudier

 

 

 

 

« Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler », a déclaré M. Hollande.

Quelques rares Français ont été étonnés, non pas de la fin de ce sinistre vaudeville (il fallait qu’il cessât), mais des mots employés par M. Hollande. La vie de Mme Treierweiler et de M. Hollande étant « commune » ou supposée commune, bien que tout laissât penser que M. Hollande découchait, et « commune » signifiant qu’elle était propre à l’un et à l’autre – ce qu’indique aussi le verbe partager, qui résonne tel un slogan socialaud, comme il faut écrire maintenant -, on attendait que, d’un commun accord, ils convinssent de mettre fin à leur « couple ». Dans un pays civilisé et de haute culture, fortement ancré dans l’histoire du monde, le communiqué aurait contenu les phrases suivantes : « Mme Trierweiler et M. Hollande font savoir que, d’un commun accord, ils mettent fin à la communauté qu’ils formaient » ou « à la vie commune qu’ils partageaient ».

Le communiqué réel est tout différent. C’est M. Hollande qui fait savoir et c’est lui qui met fin au couple qu’il formait avec Mme Trierweiler. De toute évidence, la décision vient de lui et de lui seul. Dans ces conditions, le verbe « mettre fin à » qu’emploie M. Hollande est impropre ; ou bien c’est un euphémisme qui dissimule une réalité brutale, contraire à la loi et à toute morale, cette réalité ayant pour nom en bon français répudiation.

Répudier est attesté en français dès le XIIIe siècle comme verbe et non pas comme phénomène, puisque les auteurs de dictionnaires illustrent le sens de répudier de cet emploi : « la religion chrétienne défend de répudier sa femme ». Il est vrai que M. Hollande n’a que faire de la religion, sauf si cette religion est l’islam, encore moins de ce qui est chrétien, et n’a jamais eu de « femme » (au sens d’épouse). Les définitions des dictionnaires sont sans ambiguïté. Répudier, c’est « renvoyer sa femme, lui déclarer qu’on fait divorce avec elle » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, 1798, 1835). Certes, d’une édition à l’autre, la définition perd de sa brutalité : « suivant les formes légales », ajoutent les académiciens en 1798, 1835, 1932, ou encore Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « Renvoyer sa femme suivant les formes légales ». Dans l’affaire de répudiation que subit la malheureuse France, il y a eu des « formes », impérieuses, brutales, discourtoises, mais pas « de formes légales ». Ce fut au bon plaisir du monarque – mérovingien, faut-il préciser, qui transformait épouses et concubines en jouets de ses caprices.    

Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) distinguent la répudiation du divorce : « dans certaines législations, notamment antiques, renvoyer sa femme par une décision unilatérale selon des formes légales ou coutumières (par opposition au divorce qui suppose une décision de justice) ». Pour que tout soit dit, il faut rappeler l’étymologie, non pas de répudier, qui est emprunté au latin, mais du verbe latin repudiare, formé de « re et de pudere, avoir honte », écrit Littré. Oui, M. Hollande avait honte de Mme Trierweiler. Celle-ci n’a jamais été « la première dame de France », pauvre transposition du first Lady des Américains et statut ou honneur qui n’a pas d’existence dans les lois de la France, mais elle est la première répudiée de France. M. Hollande se tient pour un pacha turc, un cheikh égyptien et un gros musulman bouffi, que la loi islamique autorise à répudier leurs femelles, ce qu’ils ne se privent pas de faire. Il leur suffit de prononcer trois fois en public « je te répudie », ce en quoi M. Hollande ne les a qu’en partie copiés : il s’est contenté d’un seul communiqué.

Mme Trierweiler était un paquet « en souffrance », selon le prof d’hist-géo Falorni. La voilà répudiée. Elle entre dans l’histoire moderne de la France avec le titre de « première répudiée de France ». Les féministes se tiennent coites. Elles tremblent dans leur froc à l’idée d’affronter la Bête immonde. La ministre du droit des femmes et de l’égalité hommes femmes ne moufte pas mot : la répudiation, c’est dans sa culture. Enfin tout ce beau linge est « de gauche » - donc innocent, irresponsable, prétentieux, cupide, etc. Tout lui est naturellement dû, et surtout le « respect ».  Ô la Gauche, que de crimes se dissimulent sous ta probité candide et ton ample manteau blanc !

 

25 janvier 2014

Entrepreneur

 

 

On se souvient peut-être de la saillie d’un président des Etats- Unis d’Amérique qui, voulant discréditer la France (il est vrai que ses gouvernants offrent généreusement les verges pour faire battre le pays qu'ils administrent), s’était écrié que la langue française ignorait jusqu'au mot entrepreneur, persuadé que ce dernier mot était américain. Il croyait démontrer ainsi que la France était un pays placé sous la tyrannie d’un Etat tout puissant – ce qui n’est pas totalement faux. Il y a quelques jours, la correspondante à Paris de Newsweek a repris, dans un article traitant de la « chute de la France », cet argument linguistique, qui n’est pas linguistique et qui n’est pas un argument non plus, plutôt un contre-argument ou un anti-argument, qui s’est retourné contre ceux qui s’en servent, puisque les rieurs ont immédiatement rappelé à cette journaliste, ce qu’ils avaient fait antérieurement à M. Bush (W ou Bush junior), que entrepreneur était un mot français et même formé par des Français, et que les Anglais s’étaient contentés de l’emprunter paresseusement au français.

Ce mot est attesté au XIIIe siècle, à une époque où les Etats-Unis d’Amérique n’avaient pas d’existence et où l’Angleterre était une petite puissance, tout entière confite en dévotion pour la France. Les auteurs de dictionnaires l’enregistrent dès le XVIIe siècle avec un sens qui est toujours en usage dans entrepreneur en maçonnerie, par exemple : « Qui entreprend un bâtiment pour un certain prix » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694) ; « Celui, celle qui entreprend à forfait quelque ouvrage considérable, comme des fortifications, un pont, le pavé d’une ville, la fourniture des vivres, etc. » (idem, 1762). Richelet dans son Dictionnaire des Mots et des Choses (1680) relève l’emploi de ce nom au féminin : une entrepreneuse, nom défini ainsi en 1762 dans le DAF : « Il s’emploie quelquefois au féminin, en parlant d’une femme qui entreprend quelque besogne et qui a plusieurs ouvrières sous elle ». Au XVIIIe siècle, les philosophes des « Lumières » étaient libéraux ; au XXe siècle, les philosophes des ténèbres sont marxistes léninistes maoïstes, etc. Condillac, un de ces philosophes éclairés, explique comment créer des emplois : « Veut-on établir une manufacture ? Un homme riche ou une compagnie fournit les fonds, un entrepreneur la conduit et des ouvriers travaillent sous sa direction ». Cette leçon vaut bien un fromage, mais de Hollande, dirait-on aujourd’hui si l’on n’était pas complaisant envers le pouvoir.

En français ou dans quelque autre langue que ce soit, il n’y a pas de mot qui se conforme aussi bien qu’entrepreneur et entrepreneuse au libéralisme, dont M. Bush et la journaliste de Newsweek sont les chantres, au point de donner des leçons de libéralisme aux Français, qui en ont sans doute besoin – mais là est un autre sujet. Le principal théoricien de l’entreprise est français : il se nomme Jean-Baptiste Say et vivait dans la première moitié du XIXe siècle. En 1841, il écrit : un entrepreneur est « celui qui dirige pour son compte une exploitation industrielle et qui emploie les ouvriers » ou encore « c’est l’agriculteur, le manufacturier, le commerçant, ou, pour les désigner par une dénomination commune à tous les trois, c’est l'entrepreneur d’industrie, celui qui entreprend de créer pour son compte, à son profit et à ses risques, un produit quelconque ».  
Tout était dit en 1841. Si la journaliste de Newsweek avait été cultivée (mais elle réside en France depuis dix ans : comment pourrait-elle l’être, cultivée évidemment, dans l'antre de l’obscurantisme, dont elle n'est que l'ombre portée ?), elle aurait rappelé, pour arguer en faveur de « la chute de la France », que, si la France est tombée si bas (ce qui n’est sans doute pas terminé), c’est d’abord parce qu’elle a renié ce qu’elle a inventé et appris au monde, de la fin du Moyen-âge au XIXe siècle, à savoir l’entreprise, l’activité d’entrepreneur, la pensée libérale qui refuse de considérer les hommes comme des esclaves, le fussent-ils de l’Etat ou d’un parti ou d’un ordre ou d’une corporation, et que, pour sortir de l’abîme où elle risque de disparaître, elle ferait mieux de défroquer, en jetant aux orties le fardeau socialiste et obscurantiste qu’elle a emprunté par aveuglement aux Allemands, aux Russes et aux Chinois, et cela pour renouer dare-dare avec son passé des Lumières.

 

 

22 janvier 2014

Madame Trierweiller est en souffrance

 

 

 

            La souffrance, terme de commerce, est « tout retard préjudiciable dans le retrait d’une marchandise » (Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) et Trésor de la langue française (CNRS, 1971-94)). Etre ou rester en souffrance se dit de toute chose (colis, lettre, paquet, ballot, etc.) envoyée ou expédiée et qui est « en attente de parvenir à son destinataire ou d’être retiré(e) par lui ». L’expression se dit aussi d’emprunts ou de crédits qui restent en souffrance (d’utilisation).

 

M. Falorni, député socialiste ou affidé, a déclaré à propos de sa chère amie Mme Trierweiller : « Elle est en souffrance ».

Ces quatre mots sont le papier tournesol de la modernité. Ils révèlent ce qu’elle est vraiment, sa nature ou son essence, c’est-à-dire ce qu’elle cache d’elle-même aux hommes. Il n’y a pas de plus éloquent condensé de notre époque que ces quatre mots. Voici pourquoi.

  

Le dénommé Falorni, avant de faire le député, ce qu’il fait depuis 2012, était prof. Ceci explique sans doute cela, en particulier qu’il ignore tout de « notre » langue, comme dit le sieur Ayrault de Saint-Herblain, prof lui aussi. Falorni était prof d’hist-géo, ce qui aggrave son cas : il est évidemment meilleur en habillage idéologique qu’en savoir et comme tous ses collègues « profs », il est incapable de comprendre ce qu’il dit.

 

Non seulement il parle mal, mais il révèle aussi la conception que les socialos, son pote Hollande, ses ministres, lui-même, ses collègues députés et tous les élus ou militants, se font d’un être humain. Pour tous ces petits messieurs, Mme Trierweiller n’est plus un être humain, encore moins une femme : c’est un objet, un colis, un paquet, "en souffrance", attendant que quelqu’un – un destinataire anonyme - en vienne prendre livraison. Et où est-elle en souffrance ? Je vous le donne en mille. A la lanterne, là où les sans-culottes accrochent les ci-devant.  

                

 

14 janvier 2014

Humoriste

 

 

 

Dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, du Dictionnaire de l’Académie française, ce n’est pas la définition du nom humoriste (« personne qui a le don de l’humour et qui l’exerce dans différents domaines ») qui attire l’attention, même si l’extension de cette dénomination à des individus comme Bedos, Aram ou Dieudonné, qui n’ont aucun don en matière d’humour, est sans doute un solécisme, ni même l’exemple qui l’illustre (« Alphonse Allais, Tristan Bernard sont de célèbres humoristes »), mais le fait que, dans ce dictionnaire, l’entrée humoriste soit précédée d’un astérisque, lequel signale que le mot est enregistré pour la première fois dans cette édition-là du dictionnaire. Or, humoriste figure dans des éditions antérieures : la quatrième (1762), la cinquième (1798), la sixième (1835), alors qu’il disparaît de la septième et de la huitième éditions (1878 et 1932-35). Ce que signale l’astérisque en réalité, c’est que le sens dans lequel humoriste est enregistré dans la neuvième édition est tout nouveau ou tout récent et qu’il est emprunté de l’anglais. Il est donc, dans l’esprit des académiciens, un néologisme sémantique, mais un néologisme illusoire, puisque le mot est attesté dans le sens d’amuseur public dans la seconde moitié du XIXe siècle, période de l’histoire qui est marquée, avec les pétomanes et autres comiques troupiers, par le triomphe du rire, non pas le rire qui libère, mais le rire des certitudes grasses qui enferme les rieurs dans leurs préjugés morbides. Le rire n’est pas le propre de l’homme, mais ce qu’il y a de sale en lui.

L’histoire des anciens sens du mot humoriste, nom ou adjectif, révèle tout cela. Attesté à la fin du XVIe siècle comme adjectif, il se dit « dans le style familier », précisent les académiciens, « d’un homme qui a de l’humeur, avec lequel il est difficile de vivre » (DAF, 1762, 1798, 1835). Selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1872-77), ce sens-là (« difficile à vivre ») tend à sortir de l’usage. Des humoristes des siècles classiques, on peut légitimement affirmer, sans verser dans l’anachronisme, qu’ils étaient contre le « vivre-ensemble » et qu’au lieu de cimenter la société autour d’une (belle) idée ou d’une (grande) valeur, ils excellaient à la diviser. C’était des adeptes de la dénégation, comme l’indique cet exemple du poète Delille qui écrit : « Cet humoriste / Dont la hargneuse déraison / Dans la société vient verser son poison ». Selon Delille, l’humoriste est « fou », il est « hargneux » et il empoisonne la société. Il n’est pas de définition d’humoriste mieux ajustée à la situation actuelle.   

Dans les siècles classiques, le nom humoriste désignait aussi des « médecins » appartenant, selon les auteurs de l’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72) à « la secte galénique » : « leur doctrine consistait principalement à attribuer la plupart des maladies aux seuls vices des humeurs, qu’ils faisaient consister dans leur intempérie ou leurs qualités viciées, lorsqu’elles ne se tempèrent pas les unes les autres et qu’il y en a de dominantes ». Les académiciens en 1798 écrivent : « humoriste se prend aussi substantivement pour signifier les médecins galénistes qui attribuent la plupart des maladies au seul vice des humeurs ». Ces humoristes-là croyaient donc, en dépit de toute expérience, dans la justesse de théories fumeuses, manifestement erronées et sans autre fondement que l’autorité d’un médecin de l’Antiquité.

Rien n’a changé de ce point de vue. Les humoristes Dieudonné, Bedos, Aram, Ruquier, Moustapha, Semoun, etc. continuent les médecins de Molière. Ils n’ont aucun don pour l’humour et n’amusent personne, mais, comme les galénistes, ils propagent sur toute chose des thèses fausses ou mensongères et, comme les mauvais coucheurs des siècles passés, ils sont des adeptes de la négation.

 

06 janvier 2014

Vandalisme, musée, patrimoine

 

 

 

Le vol d’œuvres d’art, qu’elles soient publiques ou appartiennent à des personnes privées, et le vol d’objets qui n’ont peut-être pas de grande valeur marchande, mais qui peuvent être tenus pour des fragments du patrimoine national, les objets de culte par exemple, prennent en France et cela depuis des décennies des proportions inquiétantes, au point que l’on peut se demander si, dans l’avenir, hors des musées bien protégés, la notion de « patrimoine » aura encore une réalité pour nos compatriotes. Et si, à ces vols, on ajoute l’exportation autorisée d’œuvres d’art acquises légalement par des étrangers, les chiffres estimés qui sont parfois rendus publics – 250000 œuvres d’art ou du patrimoine quitteraient légalement ou illégalement le territoire national -, c’est un pillage qui se produit, ainsi qu’un transfert du butin vers des pays moins bien lotis peut-être en matière de patrimoine et d’histoire, ou plus prospères et moins affectés par la crise, ou dont le patrimoine est mieux protégé.

Or, ces faits avérés ne suscitent guère d’inquiétude ou de protestations parmi les élus, dans l’élite sociale, dans les médias, chez les intellectuels, pourtant si prompts à réprouver, s’indigner, dénoncer, condamner, etc. à tout propos et à longueur de journée, le pillage d’œuvres d’art dont les nations d’Occident se seraient rendues coupables à l’encontre des pays du tiers-monde. Il est une coïncidence troublante, qui peut expliquer cette indifférence. Le pays où le nom patrimoine a pris son sens figuré moderne, à savoir « ensemble des biens, des richesses matérielles ou immatérielles qui appartiennent à une communauté, une nation et constituent un héritage commun » (Dictionnaire de l’Académie française), et où a été établi en 1797 le premier musée public du monde occidental (le Musée central des Arts au Louvre, devenu « musée royal » en 1815), est aussi celui où a été formé pour la première fois en 1794 le terme de vandalisme pour désigner ce qui nous semble inconcevable aujourd’hui ou digne des seuls talibans afghans ou des gardes rouges surexcités de la prétendue « révolution » « culturelle » chinoise, à savoir la destruction systématique et volontaire d’œuvres d’art, d’églises, de tableaux, d’objets du culte, d’armoiries, etc. Y a-t-il un lien, de quelque nature qu’il soit, entre ces phénomènes ? Ou encore ces phénomènes qui ont été concomitants dans l’histoire de notre pays sont-ils comme l’avers et le revers d’une même médaille ?

 

Vandalisme, patrimoine, musée forment une triade qui semble quasiment éternelle, comme si elle était consubstantielle de notre pays, le vandalisme qui a bouleversé la France de 1792 à 1795 s’étant poursuivi jusqu’à aujourd’hui, et cela en dépit des musées et des incitations à protéger le patrimoine. En 1796, les armées françaises ont fait main basse en Italie sur des tableaux, sculptures, œuvres d’art, qu’elles ont transportés en France, et cela pour enrichir le musée du Louvre, à peine fondé. Ainsi, les individus qui, à Paris, ont saccagé des statues de cathédrales ou des châteaux historiques ou des archives vieilles de plusieurs siècles ont-ils pu, à peine deux ou trois ans plus tard, s’ils étaient soldats dans l’armée d’Italie, s’emparer des biens culturels d’un autre peuple pour enrichir les collections du musée de leur propre nation. Moins d’un siècle après la Terreur, le vandalisme a repris lors de la Commune : incendie du Palais des Tuileries et de sa bibliothèque qui contenait des milliers de livres rares et de manuscrits de très grand prix, destruction de la colonne Vendôme, etc. Le même phénomène a failli se produire lors des « événements » de mai 1968, quand des enragés maoïstes, qui avaient pour mot d’ordre « brûler les livres », ont voulu mettre le feu à la bibliothèque de l’Ecole Normale Supérieure.

Et si le vandalisme était un mal français ? Dans deux lettres qu’il a adressées du lazaret de Toulon le 26 décembre 1829, où il était retenu en quarantaine, au Baron de la Bouillerie, Intendant général de la Maison du Roi Charles X, et au Vicomte de La Rochefoucauld, directeur du département des Beaux Arts de la Maison du Roi, Champollion  rend compte des résultats de la mission scientifique et archéologique en Egypte de juillet 1828 à décembre 1829 : « Sous le rapport des recherches scientifiques qui en étaient l’objet principal, mes espérances ont été pour ainsi dire surpassées : la richesse de mes portefeuilles ne laisse rien à désirer (…) ». Champollion, alors que son bateau avait fait escale à Thèbes, où il est resté six mois, s’est livré à ce que l’on qualifierait aujourd’hui de vandalisme ou de pillage : « C’était un devoir pour moi d’enrichir la division égyptienne du Musée Royal de divers genres de monuments qui lui manquent et de ceux qui peuvent compléter les belles séries qu’il renferme déjà (…). J’ai fait scier à grand peine et tirer, du fond d’une des catacombes royales de Thèbes, un très grand bas-relief conservant encore presque toute sa peinture antique. Ce superbe morceau (...) pourra seul donner une juste idée de la somptuosité et de la magnificence des sépultures pharaoniques ». Quatre jours plus tard, dans une lettre à son ami Dubois, il parle de cet acte en des termes qui prouvent qu’il avait conscience de profaner un patrimoine : « J’ai osé, dans l’intérêt de l’art, porter une scie profane dans le plus frais de tous les tombeaux royaux de Thèbes. J’ai détaché de la muraille, avec assez de bonheur, ce fameux bas-relief... ». Or, dans le même temps, Champollion a soumis au maître de l’Egypte d’alors, Mehemet Ali, un programme de protection du patrimoine (« note remise au vice-roi pour la conservation des monuments de l’Egypte », datée de novembre 1829). Dans cette note, il propose des mesures : « Dans ce but désirable, Son Altesse pourrait ordonner ...  1° Qu’on n’enlevât, sous aucun prétexte, aucune pierre ou brique, soit ornée de sculptures, soit non sculptée, dans les constructions et monuments antiques existant encore dans les lieux suivants » (suit une énumération de quarante trois lieux visités par Champollion) ; 2° Les monuments antiques creusés et taillés dans les montagnes sont tout aussi importants à conserver que ceux qui sont construits en pierres tirées de ces mêmes montagnes ». Bien que Champollion soit conservateur des salles égyptiennes du Musée Royal de Paris (le Louvre), il ne suggère pas à Mehemet Ali de créer une administration qui aurait pour but de conserver ces monuments ou de créer un musée. Il faudra attendre plusieurs décennies, 1857 exactement, pour que l’égyptologue Mariette fonde au Caire le Musée des Antiquités égyptiennes. La logique patrimoniale n’apparaît pas non plus dans la note. Certes, il y est question de conserver, mais pour qui et pourquoi faut-il conserver ces monuments ? La réponse de Champollion est sans ambiguïté. Il faut les conserver pour la science et pour les Européens : « le séjour prolongé (des voyageurs visitant ces monuments) tourne à la fois au profit de la science qu’ils enrichissent de leurs observations et à celui du pays lui-même, par leurs dépenses personnelles, soit pour les travaux qu’ils font exécuter, soit pour satisfaire leur active curiosité, soit même pour l’acquisition de divers produits de l’art antique ». Champollion a le désir naturel de faire avancer la science qu’il a fondée en déchiffrant les hiéroglyphes. Or cette science a besoin de documents, de faits, de réalités : « L’intérêt bien entendu de la science exige non que les fouilles soient interrompues, puisque la science acquiert chaque jour, par ces travaux, de nouvelles certitudes et des lumières inespérées, mais qu’on soumette les fouilles à un règlement tel que la conservation des monuments découverts aujourd’hui et à l’avenir soit pleinement assurée et bien garantie contre les atteintes de l’ignorance et d’une aveugle cupidité ». A son ami Mimaut, nommé en 1829 consul à Alexandrie, il conseille, bien que cet ami ne soit qu’un amateur, de demander au Pacha un permis de fouiller et de s’adonner moins à une activité scientifique qu’au plaisir de constituer une collection d’objets rares et précieux à moindre coût. Les objectifs de Champollion apparaissent quand il évoque le bénéfice politique que Mehemet Ali retirera de l’adoption de ces mesures : « L’Europe entière sera reconnaissante des mesures actives que Sa Majesté voudra bien prendre pour assurer la conservation des temples, des palais, des tombeaux ».

 

Les relations entre le vandalisme, le patrimoine et les musées ne sont pas aussi simples qu’il ne semble. Le musée du Louvre aurait été fondé, a-t-on prétendu, pour « exorciser le vandalisme » dans le peuple français. Or, non seulement les musées n’empêchent pas le vandalisme, mais encore ils sont la cible d’une forme insidieuse de vandalisme. Dans la Grèce antique, le musée était le nom de la petite colline d’Athènes où était érigé le temple des Muses ; à Alexandrie, sous les Ptolémée, un lieu consacré aux arts qu’inspiraient les Muses, à la fois une académie, une bibliothèque, un musée. Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-1877), après avoir rappelé le sens historique de musée (« anciennement et proprement, temple des Muses » et « par extension, édifice où l’on se livre à l’art, à la poésie, à l’érudition, etc. » et « particulièrement, le grand établissement fondé par les Ptolémées à Alexandrie pour la culture des lettres et des sciences »), énonce le sens moderne : « aujourd'hui, lieu destiné soit à l’étude, soit à rassembler les monuments des beaux-arts et des sciences, les objets antiques, etc. » (musée du Louvre, musée britannique, musée du Vatican). Or, aujourd’hui, le concept de musée s’étend quasiment à l’infini à toute sorte de réalités. Tout est musée : les objets de la vie courante, la vie d’autrefois, des meubles, des maisons, une ville, un quartier, une usine désaffectée, une mine, un pont tournant, un vieux navire, les herbes, les simples, les plantes, les fruits et légumes anciens, les costumes, les horreurs, etc. Il y a des rues musées, des églises musées, des palais musées, des villes musées, des écomusées, etc. censés attirer les touristes oisifs et avides de pittoresque. Quand un pays ne produit plus rien, il n’a plus qu’à vendre ses paysages, ses plages, ses villages, ses rues, son patrimoine et à se transformer en Disneyland ou en parc d’attractions pour élites mondialisées. Les auteurs du Trésor de la Langue française reprennent la conception que les académiciens se font du musée : « établissement ouvert au public où sont conservés, répertoriés, classés des objets, des documents, des collections d’intérêt artistique, scientifique ou technique ». Aux finalités de savoir, sciences, arts, ils ajoutent, comme il fallait s’y attendre, un but social. Ce n’est plus seulement pour approfondir la connaissance des arts et des sciences que l’on établit un musée, c’est aussi, et de plus en plus souvent, pour divertir les oisifs, combler les flux touristiques, offrir à tous des loisirs, satisfaire les RTT obligatoires : « dans un but socioculturel, scientifique et pédagogique », est-il écrit dans le Trésor de la Langue française.

Dans ce contexte, le concept de « musée » comme lieu d’étude et de connaissance ne peut pas résister au règne de la marchandise et du tourisme. Les musées, qui étaient consacrés à la connaissance, tels les musées de l’Homme, des Arts et Traditions populaires, des Arts d’Asie et d’Océanie, sont devenus, en vingt-cinq années d’agit-prop post-moderne, ringards, démodés, sans intérêt. Même le Louvre est touché. Pour faire, comme Lang, dans l’agit-prop, ses conservateurs montrent les collections et le savoir-faire français dans une vaste zone commerciale de luxe, et toute climatisée, établie en plein désert. Les chameliers repus et drogués au kat qui y habitent n’ont que faire des Noces de Cana, mais ils ont du fric à ne savoir qu’en faire. Le musée n’a plus d’autre raison d’être que de le leur prendre. Il est vrai que fric mal acquis ne profite jamais.

 

 

Le nom vandalisme, dérivé de vandale, a été formé en 1794, en pleine tourmente révolutionnaire, alors que les églises, les monastères, les cathédrales, les palais, les châteaux, etc. étaient pillés ou détruits ou brûlés ou transformés en grange, en caserne, en prison ou en poudrière, des livres et manuscrits anciens dérobés ou déchirés, des tableaux volés ou saccagés, etc. et que toutes les traces de l'histoire de France risquaient de disparaître, par un révolutionnaire éclairé, l’abbé Grégoire, celui-là même qui avait exprimé l’intention dans un proposition de loi, présenté à la Convention, « d’anéantir les patois de France », sans même avoir conscience que, s’il avait réalisé cet objectif, il aurait fait œuvre de vandale. Dans ses Mémoires (édition posthume de 1837), l’abbé Grégoire, qui était devenu évêque, affirme qu’il « a créé le mot vandalisme pour tuer la chose ». Bien entendu, le nom n’a rien tué, même pas le vandalisme, qui prospère depuis deux siècles, le journal Le Figaro informant ses lecteurs en 1952 que « des actes de vandalisme ont été commis l’autre nuit dans la basilique de Saint-Denis et dans l’église Saint-Denis de l’Estrées ».

En 1798, dans le Dictionnaire de l’Académie française, le vandalisme est défini comme un système : « système, régime destructif des sciences et des arts, par allusion aux Vandales ». Ce que les académiciens ont compris, c’est que ces destructions « des sciences et des arts » (et pas seulement des œuvres ou des monuments) ne sont pas un phénomène anodin : c’est quelque chose de pensé et de voulu, les destructions appelant d’autres destructions. Celles-ci ne sont pas arbitraires, ni dues au hasard, ni l’effet de la seule cupidité. Formant un « système », elles émanent d’une volonté de faire table rase, à savoir détruire tout ce qui a été légué par les générations antérieures, afin de préparer l’avènement d’un monde meilleur, politique que résume assez bien ce vers de l’Internationale : « Du passé faisons table rase ». Le Pays d’Aigues, qui s’étend au sud de la chaîne du Luberon, semble être béni des Dieux. Il jouit en abondance d’eau, de soleil, de terres fertiles, de beaux vergers, de vignes. Là pourtant le vandalisme a été féroce. Peu de choses ont échappé à la fureur des vandales. A Pertuis, l’église qui seule subsiste du couvent des Grands Carmes, datant de 1521, a été vendue comme bien national en 1793, transformée en théâtre et, à la fin du XIXe siècle, en magasin de quincaillerie ; la Chapelle Saint-Eloi, datant de la seconde moitié du XVIIe siècle, a été vendue en 1793 pour être détruite et sur le terrain ainsi libéré, a été construite une maison. A La Tour d’Aigues, un splendide château, avec un donjon de la fin du XIIIe siècle, et d’apparence Renaissance, a été incendié en 1792. Depuis la fin du XIXe siècle, il appartient au Conseil général du Vaucluse. Il n’a plus de toiture, plus de planchers, plus d’huisseries. Il ne reste que des murs nus de belles pierres encore blanches qui se dressent vers le ciel comme des fantômes du passé, au milieu du bourg. Les chapelles aussi ont souffert : la chapelle Notre-Dame de Piété, a été vendue en 1794, puis transformée en maison ; la chapelle de Pénitents blancs, désaffectée en 1795, a été détruite ; la chapelle Saint-Christophe a été privatisée à la Révolution et la façade dénaturée dans les années 1970 ; l’église paroissiale Notre-Dame de Romegas (XIIIe siècle) a été acquise par la commune en 1791 et transformée en mairie ; etc. 

L’abbé Grégoire a été ou aurait été le premier à isoler le beau concept de patrimoine national, mais dans la réalité des faits, il semble bien que les changements de régimes politiques que la France a connus au cours des deux derniers siècles, changements avérés par le nombre de constitutions (près de 20), aient été l’occasion pour les tenants des nouveaux régimes d’effacer ce que le régime précédent a accumulé et légué, œuvres d’art, manuscrits, monuments, statues, cénotaphes, etc. Laissons de côté le vandalisme dû à la cupidité. Aujourd’hui, les édifices religieux sont vandalisés dans l’indifférence générale, mais le patrimoine issu de la Révolution ou tenu pour révolutionnaire ou républicain est sacré. Ce serait un crime que de le profaner. Voilà sans doute pourquoi l’intelligentsia incroyante se lave les mains du vol d’objets du culte ou d’œuvres religieuses.

02 janvier 2014

Le mythe de la crise

 

 

 

A partir du milieu du XIXe siècle, quand l’économie est devenue la science majeure de la modernité, le concept de crise s’est appliqué à toute réalité, quelle qu’elle soit, même la plus insignifiante, au point qu’il n’est rien au monde qui ne soit pas affecté par la crise. Les nerfs le sont, mais aussi le foie, la foi, les vers, les valeurs, le théâtre, les affaires, la production, le roman, la république, le PS, les IIIe et IVe Internationales, l’agriculture, les finances, le capitalisme, etc. Dans ces cas et dans d’autres, la crise est accouplée à des événements graves, qu’elle est censée expliquer : « heures sombres » de l’Histoire, « tragédie », « malheur », « catastrophe », « désordre », suicides, « no future », chômage de masse, émeutes, pillages, « révolutions », délinquance, etc.

Il n’en est pas toujours allé ainsi. Dans la France d’avant, la crise, limitée à la santé, n’avait pas le sens nécessairement négatif qui est obligatoirement le sien aujourd’hui. Ce pouvait être un phénomène positif, comme l’exprime clairement Richelet dans son Dictionnaire français des mots et des choses (1680) : « parmi les médecins, on le prend pour un changement soudain qui arrive dans les maladies, et même on le prend d’ordinaire en bonne part, et alors on peut dire que la crise n’est qu’un prompt et salutaire effort de la nature contre la maladie, suivi de quelque évacuation favorable ». La positivité de la crise n’est pas propre à la médecine. Il est des économistes actuels, à dire vrai plutôt ou même très « libéraux », qui tiennent toute crise pour une bénédiction, puisqu’elle fait disparaître les entreprises mal gérées ou les services inutiles, laissant ainsi le champ libre aux entreprises viables et bien gérées. C’est pourquoi il est éclairant d’interpréter les événements actuels à la lumière de ce concept positif de crise, non pas pour le plaisir facile d’aller à contre-courant, mais pour essayer de savoir à qui profite la crise ou pour qui, institutions, organismes, ensemble de pays, elle est positive, d’en analyser les enjeux « géopolitiques » et de comprendre ce qui se passe.

            Un des symptômes, pour employer un terme médical, ou un des signes de la crise – les faits tangibles par lesquels elle se manifeste et en lesquels nous sommes incités à reconnaître la crise – est la baisse des valeurs mobilières, en France du moins. Cette baisse résulte du déséquilibre entre l’offre et la demande, l’offre d’actions à vendre étant supérieure à la demande d’actions à acheter. Cela annonce-t-il des malheurs futurs ? Rien n’est moins sûr, car les actions mises en vente, c’est-à-dire les parts de capital des entreprises cotées, trouvent preneurs. Il y a des acheteurs qui font de très bonnes affaires. Ils peuvent augmenter leur participation dans le capital de telle ou telle banque ou compagnie d’assurances et un jour, peut-être plus proche qu’on ne le croit, décider des stratégies à court, moyen et long terme et faire main basse sur les actifs de ces banques ou compagnies d’assurances, lesquelles, quand elles sont cotées à Paris, comptent parmi les plus belles affaires qui soient au monde. La baisse des cours est donc une aubaine pour des financiers avisés, dont il est interdit de dévoiler l’identité mais que l’on peut entrevoir si l’on se souvient qu’en une décennie de baisses des cours (2000, 2008, 2011) suivies d’une vive reprise, des fonds « souverains » (chinois, saoudiens, qataris, norvégiens, koweitis, etc.) ou des fonds de pension anglo-américains ou des groupes financiers internationaux sont entrés massivement, et à peu de frais, dans le capital de multinationales françaises, et cela sans que le peuple français en soit conscient.

            Le second symptôme est ce que certains nomment la « spéculation », terme qui désigne habituellement un exercice intellectuel, philosophique ou mathématique, ambitieux et de haute tenue. Quand les philosophes s’y adonnent, la spéculation est jugée « bonne » ; quand ce sont des « financiers », elle est prise pour Satan ou ses innombrables équivalents. « Spéculent » tous ceux qui sont susceptibles d’acheter des obligations qu’émettent les Etats pour financer leurs dépenses courantes (traitement des fonctionnaires, frais de fonctionnement, paiement des retraites et des déficits sociaux) ou leurs investissements. La dette grecque a été, semble-t-il, rentable. Avant la crise, l’Etat grec empruntait à 3% ; après la crise, ces taux d’intérêt sont montés à 12 ou 13%. Quand on a un milliard d’euros à placer, 10% de plus par an font gagner en moins de dix ans un nouveau milliard. C’est la réalisation du rêve dénoncé naguère par Mitterrand : s’enrichir en dormant. Au cours des dernières années, ce gisement colossal de profits a été étendu au Portugal, à l’Eire, à l’Espagne, à l’Italie ; il le sera bientôt à la France, qui va être dans les années à venir le plus gros émetteur d’obligations d’Europe. Si les taux d’intérêt passaient de 2 à 6% en quelques mois, la dette française serait, pour les financiers, un eldorado pendant vingt ans ou plus – et avec un risque nul ou quasiment nul.

Appliqué à ces deux événements, le concept de crise, entendu dans son sens catastrophique, obscurcit l’entendement. En revanche, s’il est entendu dans le sens qu’il avait dans la médecine des siècles classiques, il éclaire les événements. Les changements que l’on observe depuis une décennie sont les signes de la belle santé des « spéculateurs » ou des financiers du monde entier. Il est un « paradoxe », qui n’en est un que pour les esprits légers, qui montre que la crise, même en économie, n’est en rien synonyme de calamités ou de malheurs. Les deux derniers siècles, et surtout le XXe siècle, auraient été scandés, selon les historiens ou les économistes, par une succession de crises, toutes plus graves les unes que les autres, et dont certaines auraient débouché sur des guerres mondiales. Or, pour ne prendre que l’exemple de la France, en un peu plus d’un siècle, le revenu par habitant a été multiplié par 10, tandis que le patrimoine moyen des Français d’aujourd’hui équivaut en monnaie constante au patrimoine moyen des 10% des Français les plus riches de la Restauration (1814-1830). De fait, ce qu’avèrent les chiffres, c’est l’enrichissement régulier des Français malgré – ou grâce à - ces crises répétées. Certes, en trente ans, la France en paix a accumulé plus de dettes qu’entre 1914 et 1944 ou 1962, si la période commençant en 1914 est continuée jusqu’en 1962, avec deux guerres mondiales et deux ou trois guerres coloniales ou de décolonisation. Ces montagnes de dettes n’ont pas empêché le patrimoine moyen des Français de croître depuis 1981 : elles ont maintenu la prospérité, dopé l’enrichissement collectif, accru les revenus, etc. En 1918 et en 1945, la reconstruction d’une grande partie de la France (ponts, villes, ports, usines, routes, hôpitaux, etc.) a englouti les emprunts, que les Français ont fini par rembourser en se « retroussant les manches » ou en se privant du superflu et en travaillant plus que d’habitude, par la « sueur » et par les « larmes ». Là est la grande différence avec les décennies actuelles. Au cours des trente dernières années, les Français, sinon tous les Français, du moins une grande partie d’entre eux, n’ont aspiré qu’à la retraite, aux congés payés, aux RTT, aux loisirs, au farniente, etc. – en bref, à sortir de l’histoire. Pendant deux siècles, ils se sont enrichis par le travail ; depuis trente ans, ils dilapident leur capital en faisant payer à leurs enfants ou leurs petits-enfants les avantages de toute sorte qu’ils s’accordent. Cela pourrait réussir éventuellement, si la part de la France et de l’Europe dans la population du globe et dans les richesses produites ne cessait pas de baisser depuis trente ans. L’axe du monde a basculé du Nord au Sud. Au début du XXe siècle, les Européens ou les Français qui voyageaient en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, en Océanie, constatant la pauvreté de ces continents, pauvreté relative comparée à la prospérité de l’Europe, en cherchaient les causes dans l’indolence naturelles des peuples ou dans l’émollience des climats tropicaux, quand ce n’était pas dans l’aspiration aux seules jouissances immédiates. Aujourd’hui, des Chinois ou des Indiens ou des Brésiliens, voyageant en France, attribuent la pauvreté croissante qu’ils constatent en France à la brièveté du temps de travail. C’est là un renversement total. Ce qui était nommé naguère le « tiers monde », les zones sous-développées, les pays émergents ou le « Sud » prend sa revanche sur le Nord – une revanche historique, qui, pour notre pays et pour les pays d’Europe, sonne le glas de l’Histoire. En l’espace de trente ans, la production de richesses s’est délocalisée : elle est à Shanghai, Bombay, Brasilia, Singapour ; les capitaux ne sont plus à Paris, sinon pour contrôler les entreprises françaises ou souscrire aux obligations d’Etat, mais au Qatar, à Abu Dhabi, au Koweit, à Singapour, en Chine, en Inde, dans les paradis fiscaux. Au Sud, les populations sont jeunes ; au Nord, vieillissantes et fatiguées, elles attendent la fin de l’Histoire.

Les investissements industriels se faisant ailleurs, les Occidentaux, après quatre siècles de travail incessant, se contentent de gérer ou de faire gérer leur épargne : d’où la croissance délirante des marchés financiers, du MATIF, de la spéculation, de la spéculation sur les indices, l’argent n’étant plus investi dans la production de biens matériels, mais dans la spéculation immatérielle. C’est le seul gisement de richesses de l’Europe, et il attire naturellement les financiers du monde entier. Pour eux, ce que nous tenons pour une « crise », entendue dans un sens catastrophique, est une manne. Grâce à elle, sous peu, ils ne se contenteront plus des palaces, du PSG, des sacs Vuitton : ils feront main basse sur les richesses nationales, les vraies, les banques, les assurances, les contructeurs automobiles, les fabricants d’avions. Ils auraient tort de s’en priver. Dans le partage du monde qui s’opère sous nos yeux, comme dans tout échange inégal, il y a des gagnants et des perdants. On ne sait pas encore qui sont les gagnants, même si on peut deviner leur identité. En revanche, les perdants sont connus : ce sont les cigales d’Europe et leur descendance, si tant est que les cigales fassent encore des enfants.

 

 

   

01 janvier 2014

Voeux

 

 

En 2007, ce « blog » a eu 47.850 lecteurs et 101.986 pages ont été lues ; en 2008, les chiffres ont été respectivement 63.788 et 126.418 ; en 2009, 91.444 et 235.194 ; en 2010, 105.081 et 288.658 ; en 2011, 147.154 et 439.229 ; en 2012, 157.902 et 490.182 pages.

En 2013, 195.312 lecteurs ont consulté 525.401 pages.  

 

Bonne et heureuse année 2014 à tous.

 

28 décembre 2013

Inversion

 

Encore un mot de M. de Hollande et de ses porte-serviette.

Inversion, emprunté du latin, est attesté dans la langue française ca 1530. Pendant plus de quatre siècles, il a conservé le même sens, celui qu’il avait en latin, à savoir le sens familier à ceux qui ont quelques lumières en grammaire : la célèbre « inversion du sujet », le sujet du verbe évidemment, pas celui du cogito cartésien. C’est le seul sens que les auteurs de dictionnaires enregistrent jusqu’au milieu du XIXe siècle : « (terme de grammaire) transposition, changement de l’ordre dans lequel les mots ont accoutumé d’être rangés dans le discours ordinaire » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694). D’une édition à l’autre de ce dictionnaire, la définition se répète quasiment inchangée : « Modification de l’ordre habituel des mots dans une proposition, une phrase » (neuvième édition, en cours de publication).

Dans les emplois qu’en fait M. de Hollande, l’inversion ne se rapporte pas au sujet du verbe, mais à la « courbe » du chômage, c’est-à-dire à une ligne continue définie par une abscisse et une ordonnée et qui est censée représenter l’évolution du chômage. Le chômage ne cessant de croître depuis 1981, M. de Hollande espère l’obliger à décroître. C’est ce à quoi il s’évertue, bien qu’il n’ait ni autre sésame ouvre-toi, ni autre formule magique que ceux de ses prédécesseurs socialistes, à savoir augmenter quasiment à l’infini le nombre des ayants-droit. En la matière, c’est un expert. Pendant plus de trente ans, de 1981 à 2012, il a suivi cette antique loi des parasites : vivre sur le pays ou prospérer sans jamais travailler grâce au travail des autres. S’il échoue, ce qui ne manquera pas d’arriver, sauf à tuer le pays, il lui restera quelques expédients : tronquer les chiffres, ne compter comme chômeurs que ceux qui se font inscrire dans les registres de chômage et, en dernier recours, présenter les graphiques tête-bêche, le bas en haut et inversement… Ainsi, l’inversion de la courbe sera effective.

Cette inversion attendue, espérée, souhaitée, annoncée, différée, etc. n’est que propagande dont l’écume est rapidement dissipée par un examen de la langue elle-même. Ce que nous apprennent les auteurs de dictionnaires, c’est que le vrai sens d’inversion n’est pas celui de la vieille grammaire, mais celui de la médecine. Les académiciens l’indiquent clairement dans la huitième édition de leur dictionnaire (1932-35) : « (médecine) anomalie consistant en ce fait qu’un ou plusieurs organes se trouvent du côté du corps opposé à celui qu’ils occupent normalement » (l’utérus par exemple) et « anomalie qui fait qu’un être du sexe masculin a des instincts sexuels féminins ou inversement ». Ce sens est confirmé dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « anomalie selon laquelle un organe est situé du côté opposé à celui où il devrait se trouver » ; « mutation expérimentale du sexe au moyen d’hormones » ; « anomalie qui consiste à éprouver l’attrait sexuel pour une personne du même sexe ».

L’inversion est une anomalie qui dénote de profondes perturbations de l’être. Après le mariage pour tous, l’inversion pour tous (et toutes, évidemment). Pour un programme, ça, c’est un programme, qui va faire entrer MM. de Hollande, Ayrault de Saint-Herblain, Sapin et la baronne Taubira du Moroni à l’Académie Vermot, celle de bonne blague. Pour l’éternité et à la meilleure place sur la tribune.  

22 décembre 2013

Programme

 

 

Ce fut aux XVIIe et XVIIIe siècles un mot de collège et de collégien. Richelet (1680) et Furetière (1690) le définissent respectivement ainsi : « Mot qui vient du grec et qui se dit en parlant des actions publiques des collèges : c’est un écrit qu’on affiche quelquefois et qu’on distribue d’ordinaire, et qui contient le sujet de l’action, les noms de ceux qui la représentent, etc. » et « terme de collège : c’est un billet ou mémoire qu’on affiche, qu’on donne à la main, qui invite à quelque harangue ou cérémonie de collège, et qui en contient à peu prés le sujet, ou ce qui est nécessaire pour l’entendre » (exemple : « les gens de collège envoient des programmes pour assister à leurs déclamations et à leurs tragédies »).

En bref, ce qui demeure de ce premier sens, c’est l’emploi que l’on peut faire de programme au théâtre, au cinéma, au concert ou à l’opéra : titre de la pièce ou du film ou de la symphonie qui vont être joués dans la salle idoine ; nom de l’auteur ; distribution ; etc. Entendu ainsi, un programme annonce avec des phrases ce qui va avoir une réalité sensible sur une scène ou un écran et entre les mots et les choses, il n’y a pas de « jeu » : les mots sont adéquats aux choses et le programme se réalise comme prévu.

 

Deux siècles plus tard, programme a quitté l’école pour envahir la politique. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est le premier lexicographe qui note cette extension de domaine ou ce débordement de sens : « Écrit qu’on affiche et qu’on distribue pour exposer le détail d’une fête publique, les conditions d’un concours, etc. ; il se dit aussi de l’annonce qui contient le sommaire d’un cours » et « (au figuré) indication générale d’une politique, d’une doctrine ». Dans le premier emploi, les mots sont ajustés aux choses ; dans le second, ils sont devenus nomades, comme des électrons libres, de sorte que la politique réellement menée n’a plus de rapport avec le programme qui l’annonçait. En passant des collèges à la politique, les programmes se sont faits des vecteurs de mensonge ou de tromperie. Mais comme dirait l’autre, les programmes n’engagent que les gogos qui les lisent.

Comme l’école en France a été absorbée par la politique, dont elle n’est plus qu’un appendice, les célèbres programmes scolaires sont à l’image de leurs aînés et de leurs modèles, les programmes politiques : trompeurs, faux (en partie ou en totalité), destinés à abuser plutôt qu’à émanciper ou à abêtir plutôt qu’à éclairer.

 

 

23 novembre 2013

Gamme, bas de gamme, entrée de gamme

 

 

 

 

Attesté au milieu du XIIe siècle comme terme de musique, le mot gamme a eu pendant près de huit siècles une seule et même signification, que relèvent les académiciens en 1694 (« table contenant les noms des notes de musique, disposées par ordre »), en 1762 (« table contenant les notes de musique disposées selon l’ordre des tons naturels »), en 1932-35 (« la suite des sept notes principales de la musique, disposées selon leur ordre naturel, dans l'intervalle d'une octave ») et dans la neuvième édition en cours de publication depuis 1994 (« suite de sons de l’échelle musicale, couvrant une octave, disposés selon des intervalles définis par un mode donné ». La définition du Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) ne s’écarte en rien de celle des académiciens : « les sept notes principales de la musique disposées selon leur ordre naturel dans l’intervalle d’une octave », non plus que celle du Trésor de la langue française (1971-94) : « suite des notes d'un système musical donné (mode), comprises dans les limites d'une octave, séparées par des intervalles déterminés et disposées dans l'ordre des fréquences croissantes ou décroissantes ».

La seule nuance qui a été apportée au XIXe siècle, c’est l’emploi métaphorique de gamme pour désigner des couleurs, si bien qu’en peinture une gamme de tons est une « succession de couleurs qui s'harmonisent ».

 

Tout ce bel édifice sémantique, parfaitement cohérent, a été bouleversé dans la seconde moitié du XXe siècle, pendant laquelle les commerçants, les marchands, les commerciaux, les publicitaires, tous ceux qui ont pour seul horizon le fric, ont commencé à employer gamme pour désigner autre chose que des sons ou des couleurs, phénomène que les auteurs du Trésor de la langue française remarquent : « emploi très vivant actuellement dans le domaine du commerce et des services ». Et de citer les gammes de spots publicitaires, de services, de voitures, d’hôtels, ce que confirment les académiciens dans la neuvième édition de leur dictionnaire : « dans le langage du commerce et de la publicité, [gamme] désigne un ensemble d'articles, de produits, classés en fonction de leurs caractéristiques et de leur prix ».

 

C’est dans cet emploi et dans ce sens que les « économistes », commentateurs et autres journalistes, tous savants et bien sachant, ont employé à propos des produits agricoles bretons, non pas gamme, mais le très condescendant bas de gamme ou l’assez méprisant entrée de gamme, faisant porter sur ces produits la responsabilité des difficultés économiques de la région, euphémisme pour désigner les innombrables fermetures d’entreprises (abattoirs, volaillers, marchands de viande, éleveurs de porcs, etc.) qui sont annoncées quotidiennement, socialistibus regnantibus. Les Allemands produisent du plus bas de gamme en matière de charcuterie industrielle que les Bretons ; et pourtant les Allemands sont tenus pour des modèles en tout et ils arrivent à écouler sans difficulté leur production agroalimentaire bas de gamme ou d’entrée de gamme partout en Europe et jusqu’en France. Mais ce sont les Bretons et les Français qui sont « stigmatisés ».

Peut-être pourrait-on rappeler qu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, la France n’était pas autosuffisante en matière alimentaire et qu’elle devait importer chaque année d’importantes quantités de blé, de viandes, de fruits, de légumes, de poissons pour nourrir sa population. Les paysans bretons ont pensé qu’ils devaient mettre un terme à cela, et ils l’ont fait. Il est vrai qu’ils ont été aidés dans cette entreprise par tous ceux qui, les socialistes en premier, ont décidé qu’il serait indécent d’augmenter les salaires, mais que, pour maintenir le niveau de vie des travailleurs à un niveau constant, il fallait faire baisser les prix des produits agricoles – ce qui a été réalisé, grâce à des importations massives de Nouvelle-Zélande, Australie, Brésil, Etats-Unis, Maroc, Turquie, etc. et grâce au « bas de gamme ». Grâce à ces produits, les pauvres, les précaires, les chômeurs, les travailleurs peuvent se nourrir et nourrir leur famille – ce qui déplaît fortement aux distingués « économistes », experts, politiciens et autres journalistes, qui aimeraient sans doute condamner à la disette les populations pauvres, ne serait-ce que pour qu’elles acceptent d’être payés comme des Bengalais ou des Roumains.

C’est que ces savants en économie connaissent leur gamme.

 

 

19 novembre 2013

Islamophobie : suite et fin

 

 

 

 

Phobie, du grec phobia, « peur morbide », a d’abord été employé au XIXe siècle par les psychologues, psychiatres et autres spécialistes de psychopathologie (ou maladie de l’esprit) pour composer des mots savants ou plus ou moins savants qui désignent des désordres mentaux ou des peurs maladives. On peut se demander si ces désordres mentaux ont une réalité ou s’ils sont seulement la conséquence nécessaire, presque arithmétique, de la multiplication des psys de tout type, genre, sexe, ethnie, nationalité, depuis un siècle et demi, psys qui ont dû inventer des désordres mentaux, ne serait-ce que pour justifier leur propre existence. Jadis, il y avait des fous ; naguère, des aliénés ou des malades mentaux ; aujourd’hui, des agoraphobes ou des éreuthophobes…, les anciens mots folie ou aliénation étant rendus désuets par des mots en – phobie

C’est à partir de 1897 que les psychologues et psychopathologues français, à l’instar de leurs homologues anglais, commencent à employer phobie comme mot autonome, et non plus comme élément servant à former des noms composés. Phobie est enregistré dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) : « Peur morbide de certains actes ou de certains objets » (avoir la phobie de la parole publique, la phobie de l'automobile ; il a des phobies étranges). La définition n’est contaminée par le jargon psy, bien que la peur soit qualifiée de « morbide ». En revanche, les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) en rédigent une version psy : « (Psychopathologie) Symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée », définie qui est illustrée de cet extrait psy d’un psy : « Parmi les anomalies mentales, l’une des plus curieuses est celle qu’on nomme la phobie. Les analystes définissent, en général, la phobie comme une peur excessive qui a son origine dans une série complexe de situations et de rapports, et qui conduit à l’hostilité, à une agressivité refoulée ou à un sentiment de culpabilité très intense ». La modernité étant furieusement psy, le mot sort des cabinets de psy et des asiles d’aliénés pour désigner une « aversion très vive, irraisonnée ou une peur instinctive » (phobie de l’automobile, du mariage, des moustiques, de la poussière, du tabac, l’incendie). Le même phénomène d’extension de sens est noté par les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication) : « Réaction irraisonnée d’angoisse et de répulsion, suscitée de façon persistante et injustifiée par un être vivant, un objet ou une situation » et, « par affaiblissement », « aversion, répugnance instinctive pour un être, une chose, une situation ».

La liste des phobies est interminable, qu’elles soient exprimées par des mots composés (aérophobie, agoraphobie, hydrophobie, claustrophobie, gallophobie, germanophobie, héliophobie, hydrophobie, androphobie, anthropophobie, francophobie, théophobie, acrophobie, aquaphobie, bélénophobie, cancérophobie, dysmorphophobie, éreuthophobie, nosophobie, photophobie, sitiophobie, téléphonophobie, topophobie, etc.) ou par des syntagmes, du type phobie de l’automobile, le complément de phobie pouvant être n’importe quel nom du dictionnaire, au singulier ou au pluriel : maladie, christianisme, églises, femmes, enfants, arbres, fougères, insectes, éléphants, dinosaures, mammouths, etc. Voilà qui donne à cette énumération l’apparence d’un inventaire à la Prévert. La multiplication des psys a multiplié les phobies et la multiplication des phobies a multiplié les précautions à prendre pour se protéger des phobies, quasiment toutes imaginaires, ce dont les hommes politiques ont inféré la nécessité d’un « principe de précaution », qu’ils sont même allés jusqu’à faire inscrire dans la Constitution. Faut-il en rire ou en pleurer ? C’est au cœur de ces momeries bouffonnes qu’ont été fabriquées deux nouvelles phobies, qui n’ont pas plus de réalité que la phobie des dinosaures ou celle des cirons, à savoir l’homophobie et l’islamophobie, mais qui sont, comme le principe de précaution, éminemment politiques.

Au cours des trois dernières décennies, on a pensé que le mot islamophobie avait été fabriqué en 1980 par un « ministre » de Khomeiny. Il n’en est rien. Le mot islamophobie ne vient pas de Téhéran, mais de Paris. Le mot est français, et bien français, d’origine française 100% pure et garantie, française de souche, comme d’autres monstres tels vandalisme, nationalisme, terrorisme. La date de fabrication est connue : c’est 1910. L’islamophobie est donc centenaire et pour une centenaire, elle se porte de mieux en mieux, puisqu’elle est devenue la stigmatisation absolue, sans parade, terroriste des temples obscurantistes que sont les universités ou des bases guerrières que sont les mosquées. Le fabricant se nomme Quellien et se prénomme Alain. C’est un lettré. N’est-il pas docteur ? Diafoirus et Ballordus l’étaient. Pourquoi pas Quellien ? Le lieu où l’islamophobie a été fabriquée est un livre intitulé La politique musulmane de la France dans l’Afrique occidentale française qu’a publié l’éditeur orientaliste Larose en 1910. C’est là qu’est définie l’islamophobie : « Préjugé contre l’islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne » (p 133). La thèse de Quellien est résumée ainsi : « Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’Européen, l’islamisme (id est l’islam, conformément au sens que ce mot avait en français jusqu’en 1985) est la négation de la civilisation et la barbarie, la mauvaise foi, la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mahométans » (p 133).

Ce qui nourrit ou nourrirait, selon Quellien, ce préjugé, c’est la guerre sainte (le djihad), l’esclavage, la polygamie, le fatalisme. Un préjugé étant un jugement énoncé avant toute expérience ou toute connaissance de la réalité, il est évident que l’islamophobie, telle qu’elle est définie par Quellien, n’est plus un préjugé. Les dizaines ou centaines de millions de Merah, de talibans, d’Atta, de tueurs, de Ben Laden, d’ayatollahs, d’emprisonneurs de femmes, d’imams, de Qotb, de manieurs de sabre, de Moussaoui, de poseurs d’explosifs dans la foule, de Qaradaoui, de lapidateurs, de Morsi, de Ramadan, etc. etc. etc. en ont fait un jugement fondé en raison. La réalité a validé ce qui aurait pu apparaître en 1910 pour une erreur.

Quoi qu’il en soit, l’objectif de Quellien, en fabriquant le mot islamophobie, est de combattre le préjugé ainsi désigné et d’y opposer un éloge raisonné de l’islam : le musulman n’est pas un ennemi, l’islam est de la civilisation et il est juste d’attendre de ses adeptes de la civilité, de l’honnêteté et de la douceur. L’important est de savoir « de quel lieu » Quellien parle ou encore de comprendre quels sont ses présupposés et dans quel but il a attribué aux Français le préjugé d’islamophobie, qui est devenu aujourd’hui un crime encore plus monstrueux que ceux de Merah, Atta, Omar, Mohammed, etc. Quellien est breveté de l’Ecole coloniale et, au moment où il a écrit son livre, il exerçait au Ministère des Colonies les fonctions de rédacteur. C’est un affreux colonialiste, un colonialiste de la pire espèce, un penseur du colonialisme qui tient les noirs pour des « nègres » et écrit un péan à la gloire de l’empire que la France a conquis en Afrique occidentale. Elle a fait main basse sur le Sénégal, le Mali, la Mauritanie, la Guinée, la Haute-Volta, le Niger, etc. Quellien pense qu’elle doit conserver, quoi qu’il en coûte au peuple français, ce butin. Les populations de cet empire sont musulmanes et l’islam y est le principal, sinon le seul, facteur d’ordre. Grâce à l’islam, l’esclavage perdure, les femmes vivent cloîtrées, le commerce est prospère, les « nègres » restent des « nègres », etc. S’attaquer à l’islam revient à détruire ce bel ordre social. Ceux qui sont établis dans l’empire, fonctionnaires coloniaux ou officiers de la coloniale, sont irresponsables quand ils médisent de l’islam : ce faisant, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Voilà pourquoi Quellien fait de l’islamophobie un préjugé contraire aux intérêts, non pas de la France, mais de l’empire colonial.

Cette généalogie en dit long sur la transformation de ce « préjugé » (qui n’en est pas un) en racisme - plus long encore que la paternité de la chose longtemps attribuée aux sbires de Khomeiny. En 1910, l’islamophobie était contraire à l’intérêt impérial. Un siècle plus tard, elle est contraire aux intérêts des socialos, écolos, gauchos, cocos. En 1910, les colonialistes tablaient sur l’islam pour consolider l’empire. En 2012, les socialos se sont appuyés sur l’islam pour accéder au pouvoir. L’islam leur fournit hommes de main et électeurs à profusion. Ils ont donc la phobie de l’islamophobie, dont ils ont fait le crime raciste par excellence. Comme les colonialistes dans l’empire, ils vivent sur le pays et ils ont besoin de l’islam, de ses voix, de son ordre dans les « quartiers » pour continuer sur leur erre. Sans doute pas pour très longtemps, car ils s’effondreront plus vite que ne s’est dissipé l’empire.

 

10 novembre 2013

Suspension et rétropédalage

 

 

 

            On ne dira jamais assez à quel point la langue française est redevable, pour ce qui est de son « enrichissement », à M. de Hollande, ses conseillers, les ministres de son « gouvernement », les camarades de sa bannière… Bénis soient-ils ! On a eu droit à minable, normal, inacceptable (et équivalents innombrables), inversion de courbe, dérapage, pour tous, Madame de Maintenant, etc. Ces inoubliables contributions sont à la hauteur de leur rapacité de fonctionnaires à vie, vivant du berceau au tombeau de l’argent public qu’ils détournent à leur seul profit ou à celui de leur clientèle.

Aujourd’hui, c’est rétropédalage et suspension. Ces deux là sont dans un pédalo. Le premier tombe dans la mare. Que se passe-t-il ? Le second lui enfonce la tête sous l’eau. 

 

Rétropédalage est apparu à peu près en même temps que les premières techniques de bicyclette. Les cyclistes ont pu freiner ou changer de vitesse en pédalant « en arrière » ou vers l’arrière, c’est-à-dire en inversant le sens de rotation du pédalier et de la chaîne. Cela s’est produit dans les premières décennies du siècle dernier. M. de Hollande devrait commémorer le centenaire du rétropédalage : il conviendrait beaucoup mieux dans ce rôle de troupier drolatique que dans celui du héraut des poilus. Puisque le rétropédalage est devenu désuet dans les techniques de la bicyclette, le mot n’est plus employé que par métaphore pour désigner le « rétro-planning » : on établit le calendrier d’un projet à partir du jour où le projet doit prendre fin et en remontant le temps pour déterminer les diverses étapes qui doivent aboutir à la réalisation. Ou encore, depuis un an, il désigne les reculades du gouvernement de M. de Hollande, sans doute parce que les compétences de ce dernier ne vont pas au-delà de celles d’un « capitaine » de pédalo. Ces reculades ne sont pas des reculades, sinon par métaphore. Ce sont des renoncements, assez lâches d’ailleurs, à appliquer une loi votée par les représentants du peuple français (il est dans de beaux draps le souverain !) ou à faire voter par ces mêmes représentants une loi exigée pour éviter la faillite de l’Etat et des collectivités publiques.

            Il en va différemment de suspension, mot emprunté du latin et qui est attesté dans la langue française depuis le début du XIIe siècle. Aujourd’hui, le mot a d’innombrables emplois dans des domaines variés : électricité, automobile, chimie, musique, rhétorique, biologie, gymnastique, médecine, liturgie, horlogerie, athlétisme, hydrologie, pharmacologie, sports. Ces emplois modernes n’ont pas totalement effacé les emplois anciens du droit, de l’administration ou de la stratégie militaire, les seuls que relèvent les académiciens en 1694, 1762, 1798, 1835 : « surséance », « cessation d’opération pour quelque temps », « cessation d’actes d’hostilité », « action d'interdire un fonctionnaire public de ses fonctions pour un temps ». Or, c’est dans ce sens ancien de « surséance » qu’il faut entendre la célébrissime suspension de l’écotaxe, c’est-à-dire cessation momentanée d’application (comme la suspension des poursuites ou des paiements), du moins jusqu’à son inéluctable suppression.

            Ainsi M. de Hollande et les siens sont capables de remettre au goût du jour un mot fort ancien (suspension) et de mettre en circulation ou à la mode un emploi métaphorique nouveau (rétropédalage). De ce point de vue, ces gens-là sont de vrais magiciens. Il n’y a pas à en douter. N’ont-ils pas, en moins d’un an, transformé leur prédécesseur en homme politique d’exception, le plus lucide, le plus courageux, le plus intelligent, du XXIe siècle, tellement exceptionnel que l’Europe et le monde entier vont nous l’envier pendant un siècle ?      

 

 

 

07 novembre 2013

Antiracisme, vice à la mode

 

 

 

L’antiracisme est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’antiraciste est le meilleur qu’on puisse jouer depuis trente ans et la profession de foi antiraciste a de merveilleux avantages. C’est une imposture toujours respectée. Même découverte, personne n’ose s’élever contre elle. Les autres vices sont exposés à la critique et chacun a la liberté de les attaquer publiquement, mais l’antiracisme fait taire tout le monde et jouit d’une immunité souveraine. A force de grimaces, les antiracistes font de nous leurs otages. Qui en choque un se les jette tous sur le dos, et ceux qui agissent de bonne foi sont toujours dupes. Donnant dans le panneau des grimaciers, ils soutiennent aveuglément les singes. Combien dissimulent ainsi les folies racistes de leur jeunesse ? Combien se sont fait un bouclier du manteau de l’antiracisme et, sous cet habit respecté, ont la permission d'être les plus méchants hommes du monde ? On a beau connaître leurs intrigues, ils ne laissent pas d'être en crédit parmi nos compatriotes. Une tête baissée, un soupir mortifié, deux roulements d'yeux, une verte indignation transforment en or pur le vil plomb de leurs basses oeuvres ; et derrière cet écran, ils font prospérer leurs sales affaires.

 

13 octobre 2013

Sûreté et sécurité

 

 

 

            Dans la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, déclaration qui est devenue un texte constitutionnel, il est énoncé (article 2) quatre droits naturels (c’est-à-dire antérieurs à toute société, quelle qu’elle soit) et imprescriptibles (qu’aucun gouvernement ne peut effacer) de l’homme : ce sont la liberté, la propriété, la sûreté, la résistance à l’oppression. Ces droits sont allègrement violés en France et s’ils sont reconnus (et sans limite) aux romanichels, aux musulmans et aux mahométans, aux arabes, aux noirs, etc. ils sont refusés, en France même, aux Français, sauf si ces Français sont aussi du peuple rom, mahométan, arabe, noir, etc. Car ce que redoutent les dominants, ce sont les effets de la résistance à l’oppression, si les Français opprimés décidaient tout à coup, non seulement de la revendiquer, mais encore de la mettre en œuvre ?  

            De tous ces droits, la sûreté est sans aucun doute le plus clair, le moins contestable, le plus facile à comprendre, même si aujourd’hui ce droit que l’on nommait sûreté est appelé sécurité. Dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française, qu’elles soient publiées avant 1789 ou après 1789, le mot est défini de la même manière. C’est « l’éloignement de tout péril, état de celui qui n’a rien à craindre » (1718, 1740, 1762) ; « l’éloignement de tout péril, état de celui qui n’a rien à craindre » (1798) ; « l’éloignement de tout péril, état de celui qui n'a rien à craindre pour sa personne ou pour sa fortune » (1835) ; « l’éloignement de tout péril, état de celui qui n’a rien à craindre pour sa personne ou pour sa fortune, état de ce qui est à l’abri » (1932-35). Les exemples cités pour illustrer ce sens sont éloquents. C’est dormir en sûreté ; il n'y a pas de sûreté à demeurer là ; il n'y a pas de sûreté en ce lieu-là ; la sûreté publique est bien établie ; violer la sûreté publique ; être en sûreté ; mettre son bien en sûreté ; votre sûreté exige que vous preniez telle précaution. Il n’y a pas un seul lexicographe, un seul écrivain, un seul penseur qui donne un autre sens à sûreté que celui des académiciens. Pour Littré (DLF, 1863-1877), c’est « l’état de celui qui n’a rien à craindre pour sa personne ou pour sa fortune » ; et de citer des extraits de Corneille, Molière, Bossuet, Boileau, Racine, Fénelon, Massignon, Montesquieu, Voltaire, etc. qui illustrent ce sens. Dans l’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-1774), publiée plus de trente ans avant la Déclaration, c’est la « précaution qu’on prend dans les affaires et qui met à l’abri de la tromperie » et c’est « le repos, la tranquillité, qui naissent de la confiance », ce dernier sens étant illustré par les exemples « la sûreté des rues pendant la nuit » et « la sûreté des auberges ». Même les jésuites du Dictionnaire universel, dit de Trévoux (1704-1772) s’accordent sur ce point avec les encyclopédistes : « précaution qu’on prend lorsqu’on négocie ou que l’on contracte » et « repos, tranquillité » (exemple : « les lois sont faites pour la sûreté publique »).

            Aux XVIIIe et XIXe siècles, le mot sécurité avait un tout autre sens que celui qui est le sien aujourd’hui : « confiance intérieure, tranquillité d’esprit bien ou mal fondée dans un temps, dans une occasion où il pourrait y avoir sujet de craindre » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, Féraud 1788, 1798). Peu à peu, le sens moderne se met en place comme dans cette définition des académiciens en 1835 (« confiance, tranquillité d'esprit qui résulte de l'opinion, bien ou mal fondée, qu'on n'a pas à craindre de danger ») ou chez Littré (« sécurité se prend aussi pour indiquer non pas la tranquillité d'un seul homme, mais celle d'un peuple, d'une association, d'une corporation entière »), préfigurant le sens actuel, ce qui a rendu possible que, dans ce sens-là, sécurité se soit substitué à sûreté.

            Tout cela est établi, avéré, confirmé. Mais pas pour tout le monde. Ainsi, sur la chaîne Arte, qui ne vaut pas le sonnet d’Oronte et que personne ne regarde, le jeudi 10 octobre, à 20 heures 40, à la fin de l’émission dite « 28 », où officie une sorcière qui semble avoir été conçue dans les chaudrons du communisme criminel, des spécialistes autoproclamés de « désintoxication » (oui, vous savez, ces commissaires politiques qui prétendent redresser ce qu’ils nomment les erreurs des autres et qui ne font que crever les yeux des quelques malheureux qui sont encore borgnes) ont répété, mais sans rien démontrer, que, dans l’article 2 de la Déclaration de 1789, sûreté ne signifiait pas « sécurité », mais quelque chose comme « état de celui qui est à l’abri de l’arbitraire royal » (et qui ne sera pas enfermé à la Bastille par une lettre de cachet). Jamais sûreté n’a eu ce sens, évidemment, comme le prouvent les extraits de dictionnaires cités ci-dessus. L’un des quatre droits naturels et imprescriptibles de l’homme est bien de ne rien craindre, où qu’il soit, en France ou ailleurs, pour sa personne ou celle de ses proches ou pour ses biens, quels qu’ils soient.

            Pour les commissaires politiques, spécialistes de l’intoxication, de la manipulation, de la désinformation, du bourrage de crâne, donner à sûreté un sens anodin et historiquement clos ne présente que des avantages, dont ceux-ci : infirmer que les droits de l’homme sont violés en France, contrairement à tout ce que les Français voient, constatent, expérimentent, etc. et donner tort à ceux qui prétendent que la sécurité est la première des libertés. Elle n’est pas la première des libertés ; elle est, comme la liberté, un droit naturel et imprescriptible, qui est, hélas, prescrit depuis plus de trente ans. Telle est la réalité que la racaille d’Arte a pour mission de cacher, sans doute au nom de la grandeur du « service public » et de la défense de M. de Hollande et de la baron Taubira.

 

 

09 octobre 2013

Ce n'est pas la République qui est fondée sur des pactes, mais la mafia

 

 

 

 

Il a été récemment affirmé par deux ministres du gouvernement Ayrault de Saint-Herblain, dame Duflot des Verts et sieur Cazeneuve de la Suppléance Cahuzac, qu’il existait un pacte républicain. On a beau consulter les registres, feuilleter les programmes, ouvrir les regestes, on ne trouve nulle part de trace d’un pacte républicain. Le République, c’est une constitution, et non un pacte ; ce sont des institutions, et non des pactes ; ce sont des lois, des principes, des « valeurs », une devise, et non quelque pacte que ce soit, secret ou public, passé entre on ne sait qui. En latin, un pacte est un « traité », un « accommodement », une « convention ». En français aussi : une « convention », est-il écrit dans le Dictionnaire de l’Académie française, 1694 et 1762). En 1835, le mot s’enrichit en 1835 de cet emploi : « pacte de famille ou accord fait entre les membres d’une famille souveraine occupant des trônes différents », que Littré (1872) explicite ainsi : « traité conclu en 1761 entre la France et l’Espagne, par lequel toutes les branches de la maison de Bourbon s'obligeaient à se soutenir mutuellement » (« il y a pacte entre eux »). Dans l’édition de 1935 du Dictionnaire de l’Académie française, le mot n’est plus défini par convention, mais par la description : « convention qui est, en général, accompagnée d’actes publics qui lui donnent un caractère d’une importance particulière ».

De ce point de vue, rien n’est plus étranger à la République qu’un ou des pacte(s), qu’il soit « de famine » (« accord qui aurait été conclu entre des financiers au XVIIIe siècle pour s’assurer le monopole des grains », Trésor de la langue française, 1971-94) ou colonial (« système élaboré pour régler les relations douanières entre les colonies et les puissances européennes, par lequel le marché colonial est réservé à la métropole et le monopole du pavillon est réservé à la marine métropolitaine »). Mais, que sait dame Duflot de la République ? Rien, sinon que ce sont des caisses où, quand on est politicien, on peut puiser des billets de 500 € à pleines brassées ?

Ce que les académiciens notent à partir de 1694, ainsi que dans les éditions suivantes, c’est l’emploi de pacte dans un contexte de diableries, cet emploi étant attesté (entrer en pacte avec le diable) au début du XVIIe siècle. Le XVIIe siècle n’a pas été seulement le siècle du classicisme, de la raison, de la mesure, de l’ordre ; il a été aussi celui de l’omniprésence du diable, de l’usage abusif des poisons, du recours à la magie et des croyances superstitieuses.

Furetière, dans son Dictionnaire universel (1690), s’étend sur ce sens sulfureux de pacte, mot qui « se dit particulièrement des consentements qu’on donne aux impostures et sortilèges de ceux qui prétendent faire des choses merveilleuses par la puissance ou le ministère du Diable : et en ce cas, on distingue un pacte exprès, quand on donne un consentement formel à ces impostures ; et un pacte tacite, quand on pratique leurs enseignements ou cérémonies sans faire une renonciation expresse à tout commerce avec les puissances infernales ». Voilà une définition de pacte à laquelle se réfère peut-être dame Duflot. A-t-elle fondé sa République sur un pacte exprès ou sur un pacte tacite ? Le Diable seul le sait et, en matière de diableries, cette ministre de la verdure et des végétations est experte. A moins qu’elle ne se réfère aux pactes de sang que passent entre elles les familles de la mafia ou de la camorra ou de la ndranghetta ou des triades chinoises (coréennes, japonaises, maghrébines, etc.) pour se partager à l’amiable les activités criminelles ? Voilà un sens (peu républicain) qui serait assez conforme aux accords passés sous la houlette de M. de Hollande entre les verts, les rouges et les roses.

 

 

01 octobre 2013

Balzac et une Nouvelle Langue Française

 

 

 

 

Au début des Illusions perdues, roman publié entre 1837 et 1843, Balzac fait le portrait de Mme de Bargeton, née Marie-Louise Anaïs de Nègrepelisse, qui, en 1805, a épousé M. de Bargeton, de vingt-deux ans son aîné, et qui a fait de Lucien Chardon, dit de Rubempré, son amant éphémère. A Angoulême, où elle est établie, elle est dans les salons l’impératrice des modes, de la distinction et du bon goût : « elle avait le défaut d’employer de ces immenses phrases bardées de mots emphatiques, si ingénieusement nommées des tartines dans l’argot du journalisme qui tous les matins en taille à ses abonnés de fort peu digérables, et que néanmoins ils avalent ». La charge se poursuit ainsi : « Elle prodiguait démesurément des superlatifs qui chargeaient sa conversation où les moindres choses prenaient des proportions gigantesques. Dès cette époque, elle commençait à tout typiser, individualiser, synthétiser, dramatiser, supérioriser, analyser, poétiser, prosaïser, colossifier, angéliser, néologiser et tragiquer ». A la liste de ces néologismes, Balzac ajoute en guise d’explication, comme pour s’excuser d’avoir employé des mots nouveaux qui lui paraissent ridicules ou inutiles : « car il faut violer pour un moment la langue, afin de peindre des travers nouveaux que partagent quelques femmes ».

 

Il faut comprendre que celui qui « viole la langue » n’est pas Mme de Bargeton, qui n’en peut mais, puisqu’elle n’a d’existence que dans la fiction, mais Balzac. La première partie de la phrase (« elle commençait à tout typiser…. ») est faite de mots supposés avoir été énoncés par Mme de Bargeton ; la seconde (« car il faut violer… ») est une remarque de Balzac qui porte non pas sur le réel, mais sur la langue. Dans la même phrase, celui qui énonce change : c’est d’abord le personnage, puis l’écrivain, qui justifie ces néologismes par la volonté de « faire vrai » ou de peindre, dans leur vérité, des travers sociaux, ce qui est aussi, de la part de Balzac, une façon de s’exonérer de toute responsabilité dans leur emploi.

Il ne faut pas croire, comme le laisse entendre Balzac, dans un premier temps du moins, que ces néologismes sont des effets de mode qui n’exprimeraient que la volonté de se démarquer, en employant, par souci de distinction ou par snobisme, des mots que les autres ignorent ou ne comprennent pas. Les néologismes de Mme Bargeton, qui est, rappelons-le, un personnage et non une personne, ou que Balzac attribue à ce personnage de roman, sont, à l’exception de tragiquer, des verbes formés à partir d’adjectifs se terminant dans la plupart des cas par le suffixe – ique, sauf individuel et supérieur, ou de noms, colosse, analyse et néologie,  et auxquels ont été ajoutés le suffixe – iser et, pour l’un d’entre eux, colosse, le suffixe – ifier, deux suffixes qui ont pour sens « faire changer d’état », « entamer un processus », « transformer », « faire devenir ». Or, Mme de Bargeton s’ennuie dans son ménage et dans sa bonne ville d’Angoulême, où elle a le sentiment que rien ne change, n’a changé, ni ne changera. Elle aimerait, elle, être prise dans le grand mouvement de l’histoire. Elle rêve de Paris et de toutes les belles choses nouvelles qui s’y voient. Ces désirs sont clairement exprimés par les néologismes inouïs qui représentent des actions et, plus précisément, des actions qui sont elles-mêmes des processus, des changements d’état, du « devenir ». Une homologie est établie entre le personnage et la langue qu’il parle, la seconde étant le miroir ou le reflet du premier.

La langue de Mme de Bargeton est aussi caractérisée par la syntaxe et le vocabulaire (les « immenses phrases bardées de mots emphatiques »), la grammaire (les « superlatifs » qu’elle « prodigue démesurément »), sa façon de converser (sa « conversation » « chargée »). Ces faits de langue sont liés à la façon dont elle conçoit le monde. Les « proportions gigantesques » qu’elle donne à toutes choses sont exprimées dans les mots qu’elle emploie ou dans les phrases qu’elle dit. Le portrait de ce personnage est sous-tendu par une hypothèse, que bien des écrivains actuels ou « modernes » pourraient faire leur, à savoir qu’un personnage, comme Mme de Bargeton ou Françoise, la bonne de la tante du narrateur d’A la recherche du temps perdu, ou Matamore, le personnage de L’Illusion comique de Corneille, etc. et, si l’on sort de la fiction, qu’une personne, quelle qu’elle soit, vous ou moi, se révèle ou révèle ce qu’elle est, son origine géographique, la classe sociale dans laquelle elle s’inclut, son rapport au monde, sa Weltanschauung ou, dit plus prosaïquement, sa « vision » des choses, dans les mots dont elle use, dans la syntaxe des phrases qu’elle dit, dans la langue qu’elle s’est forgée ; ou encore que la langue, prononciation, grammaire, vocabulaire, fautes et cuirs, etc. est un révélateur de la personne, dans sa totalité pourrait-on dire.

Cette langue aussi un révélateur de la « société » où elle est en usage ou de l’époque où elle a émergé. Balzac décrit un phénomène qui ne tient pas de la fiction, bien qu’il apparaisse dans un roman, mais qui est avéré dans la réalité. En effet, dans les dernières années du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, la langue française, et pas seulement celle de Mme de Bargeton ou celle de Balzac, la langue française dans sa totalité a été bouleversée par la formation incessante de mots nouveaux, qui, à peine fabriqués, sont employés dans les conversations et dans les écrits, et se diffusent sinon dans toute la société, du moins dans certaines des classes qui la composent. Ces néologismes ont été, pour une partie d’entre eux, quand ils ont été formés pendant la Révolution, recensés par Louis-Sébastien Mercier, en 1801, dans son ouvrage en deux tomes, intitulé justement Néologie. Ils ne forment que la partie visible du phénomène, à propos duquel il n’est pas faux de recourir, ne serait que pour en donner la mesure, à la métaphore du séisme. La langue a subi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et pendant le XIXe siècle une série d’ébranlements, de secousses, de perturbations, dont les néologismes, mais aussi les changements de sens ou les extensions de mots à de nouveaux domaines ou la formation de langues des sciences, dures ou molles, humaines, sociales ou exactes, qui ont produit une langue nouvelle ou inédite ou inouïe, celle-là même qui fait l’objet de ce livre. L’extrait des Illusions perdues cité ci-dessus contient des hypothèses d’ordre explicatif. C’est là son intérêt. Pour Balzac, en effet, les néologismes prêtés à Mme de Bargeton, tout arbitraires qu’ils sont ou paraissent, sont justifiés par le caractère ou la nature du personnage, mais aussi par des raisons « sociales » ou historiques. De la connaissance de son époque, à savoir les années romantiques, de 1830 à 1850, Balzac tire la certitude que les écrivains et les jeunes gens sont impatients de voir leur vie et leur pays évoluer, changer, se transformer – en bref qu’ils aspirent à vivre de grands événements historiques ou à faire l’histoire, et ces grandes aspirations sont exprimées indirectement dans la nouvelle langue française. Les séismes verbaux, néologismes, façons de parler, syntaxe boursouflée, etc. sont en relation avec des séismes sociaux ou politiques de grande ampleur. La relation en question n’est pas de cause à effet ; c’est plutôt un miroir ou mieux un papier de tournesol. Les séismes qui ébranlent la langue, sans la détruire, mais en produisant une langue nouvelle, révèlent l’ampleur des changements qui les ont sans doute causés et qui n’affectent pas seulement les réalités tangibles du droit, des institutions politiques, de la science, de l’urbanisation croissante, de la technicisation du réel, puisque ce qui est touché, c’est l’impensé ou l’inconscient d’une époque, d’un temps, des temps modernes, de ce que l’on va nommer, dans les pages qui suivent, la modernité.

 

 

 

28 septembre 2013

Islamophobie, encore et toujours !

 

 

 

Islamophobie est récent. Ce terme n’est enregistré ni dans le Trésor de la langue française (1971-94), ni dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). Il est dans Le Petit Robert depuis sept ou huit ans et défini comme le définissent les musulmans, les militants de l’islam politique, les salafistes et tous ceux qui se prosternent devant les barbus de Téhéran, et qui tentent, en usant de ce mot frelaté, d’imputer du racisme à tous ceux qui osent (mais ils ne sont pas nombreux) émettre la moindre critique à leur encontre ou tous ceux qui n’aiment ni l’islam, ni les musulmans. La présence d’islamophobie dans ce « dictionnaire » est tout à fait dans l’ordre des choses qu’impose son éditeur, célèbre pour son esprit collabo.

Le préfixe anti sert à former des milliers de mots. D’un individu ou d’un groupe d’individus, d’une pensée, d’un pays, d’une organisation, qui, entre 1930 et 1945, ont rejeté ou critiqué le socialisme national ou s’y sont opposés, on dit qu’ils sont antinazis. Les jésuites de Lyon qui, en 1941, ont fondé Témoignage catholique devenu, par souci d’œcuménisme, Témoignage chrétien, et qui, dans une belle et émouvante prosopopée, ont exhorté la France « à ne pas perdre son âme », ce qu’elle faisait en collaborant avec les armées d’occupation, sont antinazis. Ceux qui critiquent le fascisme ou s’y opposent sont antifascistes. Ceux qui critiquent le christianisme sont antichrétiens. Voltaire qui critiquait la Révélation, dont il jugeait qu’elle était source d’abus, était anti-judaïque et antichrétien. Comme il déteste les despotes cruels, il a composé une tragédie, Mahomet, dans laquelle le prophète a les traits d’un tyran barbare. Voltaire peut être dit anti-musulman. Selon les auteurs du Trésor de la Langue Française, « anti- est toujours en expansion ». Ceux qu’horripilent les cyclistes, les camions, la dépression nerveuse, les fusées, la lune, sont ou peuvent être dits anticyclistes, anticamions, antilune, antifusées, antidépression. Il n’y a pas de limite à la formation de mots suivant ce modèle. En usant du mot ainsi forgé, le sujet parlant fait savoir qu’il est contre la notion, la chose, la personne désignée par le mot qui suit anti. C’est clair, simple, efficace, sans ambiguïté. Pourtant, anti ne suffit pas. Les réserves, même timides, sur les homosexuels ou leurs mœurs, valent à ceux qui les expriment d’être taxés d’homophobie. S’il est question d’islam, toute critique de cette religion et des musulmans, même bénigne, parfaitement légitime en France, puisqu’elle est reconnue par le droit de « libre communication des opinions et des pensées » (in Déclaration des droits de l’Homme, 1789), est islamophobie.

 

Phobie n’est pas neutre. En effet, la phobie n’est pas une répugnance ou une peur ordinaire : c’est un « symptôme névrotique », qui se caractérise par « une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée ». Classée parmi les « anomalies mentales », cette « peur excessive (...) conduit à une agressivité refoulée ou à un sentiment de culpabilité intense » « s’exprimant sous la forme d’une peur en apparence irrationnelle des lieux clos ou élevés, des chats, des orages ou de quelque autre parmi la quasi infinité des objets possibles de phobie » (Cerminara, 1982). Chaque fois qu’un citoyen ose dire ce qu’il est interdit de dire ou ose penser ce qu’il est interdit de penser, c’est-à-dire chaque fois qu’il fait usage de sa liberté, que lui garantit la déclaration des droits de l’homme, une maladie mentale est diagnostiquée et une place lui est réservée à l’hôpital psychiatrique. L’objectif n’est pas seulement de faire taire, il est aussi de faire honte. Se livrer à un examen critique de l’islam et de l’Islam, comme on le fait, sans la moindre retenue, du christianisme ou de la Chrétienté (abolie depuis des siècles), est ramenée à une folie.

La critique de l’islam en tant que religion (avec un i minuscule) ou de l’Islam (avec un I majuscule) en tant que civilisation, à partir du moment où elle est qualifiée d’islamophobie, devient taboue. Si, malgré l’interdit, elle se fait entendre, celui qui ose l’exprimer est un dérangé mental. Un libre penseur qui critique les chrétiens et le christianisme n’est pas christianophobe. Là où la critique raisonnée des dogmes est une phobie, la liberté d’examen est abolie. Dans les tyrannies, quelles qu’elles soient, modernes ou archaïques, communistes ou fascistes ou musulmanes, la liberté d’examen est impossible. C’est ce qui menace en France où il est fait obligation de renoncer à l’exercice du libre examen devant les forteresses islam et Islam. La stigmatisation islamophobe est le prodrome de futurs bûchers.

La relation existant entre les deux « mots », islam et phobie, qui composent islamophobie est ambiguë, islam étant complément du nom phobie : c’est, mot à mot, la phobie de l’islam. Or, les exemples de grammaire célèbres comme la « crainte » ou « la peur des ennemis » prouvent que ces constructions « nom (désignant un sentiment) + de + nom (désignant des personnes, une religion ou une entité composée d'êtres humains) » portent en elles deux sens opposés suivant que les personnes (les ennemis dans l'exemple ci-dessus) éprouvent de la haine ou en sont la cible. De la même manière, l'islamophobie peut désigner la haine vouée à l'islam et aux sectateurs de cette religion ou bien la haine phobique et même rabique que l'islam et les musulmans vouent aux juifs, aux païens, aux koufars et aux « associateurs » des traductions du Coran, c'est-à-dire aux chrétiens.

La première de ces haines est avérée dans de nombreux pays au monde : en Inde, en Afrique australe, en Arménie, en Europe du Sud-est et elle est justifiée par les innombrables crimes contre l'humanité, dont les musulmans se sont rendus coupables au cours de l'histoire, et jusqu'à aujourd'hui. Mais elle n'est guère avérée en France, sinon dans les discours des musulmans et affidés. Ce qui est attesté, c'est le contraire, l'islamophilie, l’amour de l’islam, la complaisance envers l’islam, l’impunité totale dont jouissent l’islam et les musulmans.

La seconde de ces haines, à savoir la haine que les musulmans vouent à ce qui n’est pas islam, est avérée depuis plus de quatorze siècles dans les faits, les événements, les textes fondateurs, le Coran, les hadiths, la Sunna, les textes de loi et les règlements en vigueur dans les pays musulmans. De fait, c’est l’islam qui nourrit une islamophobie délirante et ce sont les musulmans qui accablent d’une haine sans limite et sans fin leurs voisins, les étrangers, les autochtones, tous ceux qui n’ont pas prononcé la chouhada. Le racisme, le vrai, le racisme brut, primaire, le racisme des bas instincts et des tripes, le racisme pulsionnel, est là, consubstantiel à l’islam et à l’islamophobie qui nourrit les musulmans.

 

17 septembre 2013

Mots et maux de l'islam

 

 

 

Pendant des siècles, les Bororos et les Nambikwaras, qui sont les meilleurs hommes qui soient au monde, ont été décrits comme des sauvages, parce que nos ancêtres les ont jugés à partir des normes de l’Occident. En 1956, année où la maison Plon a publié de Cl. Lévi-Strauss Tristes Tropiques, tout a changé. Etudiés en eux-mêmes et pour eux-mêmes par un observateur détaché, froid, impartial, qui a su se départir des oripeaux de sa culture, ils nous paraissent cultivés, ils forment une société juste, ils mènent une existence adaptée au milieu dans lequel ils vivent, etc. Ce livre nous a appris à respecter l’Autre, c’est-à-dire à ne pas le réduire à ce que nous sommes ou que nous croyons être, à lui rendre sa dignité d’homme. Il nous a enseigné en outre que la plus détestable (et la plus trompeuse, fausse, abusive, etc.) des attitudes intellectuelles est l’ethnocentrisme ou ses variantes en - centrisme, tels européocentrisme ou occidentalocentrisme, parce qu’elle consiste à juger autrui à partir de valeurs qui ne sont pas les siennes. En bref l’ethnocentrisme n’est rien d’autre que du colonialisme intellectuel.

Ce qui est bon pour les Bororos et des Nambikwaras l’est aussi pour les Arabes et les musulmans. Il y a une trentaine d’années, le célèbre islamologue Jacques Berque publiait un livre intitulé Les langages des Arabes dans lequel il utilisait pour étudier les Arabes leur propre langue et restituait la façon dont eux-mêmes ils se percevaient. Il leur rendait ce dont ils avaient été dépossédés. A la même époque, un autre islamologue célèbre, Louis Gardet, dans Les Hommes de l’islam, nous enjoignait à ne pas étudier l’islam avec les concepts occidentaux, trompeurs, inadaptés, hostiles ou impurs, mais uniquement avec les concepts islamiques   

Soit islamisme. Un peu de science est nécessaire. Islamisme est un nom formé « par dérivation » à partir d’une base nominale (le nom islam emprunté à l’arabe, qui signifie « soumission »), à laquelle a été ajouté le suffixe - isme, emprunté au latin, lequel l’a emprunté au grec. Ce suffixe, très productif, sert à former, d’abord en latin scolastique, puis en français, des noms qui désignent une doctrine, une croyance, un système, un mode vie et de pensée, etc. C’est un nom français et de formation française. Il n’est pas emprunté à l’arabe. Il n’existe pas en arabe. En français, il est « bien » formé, au sens où les règles qui régissent la formation des noms exprimant une croyance (etc.) sont appliquées. Il est attesté dans notre langue pour la première fois en 1697 dans la Bibliothèque orientale de d’Herbelot. On sait pourquoi ce savant a forgé ce nom. En français, les noms qui désignent une croyance sont tous terminés par - isme : christianisme, protestantisme, bouddhisme, catholicisme, shintoïsme, animisme, paganisme, etc. Seul (ou quasiment seul), islam échappe à cette règle morphologique. Par analogie et pour le franciser ou pour le naturaliser, pour en faire un mot français qui soit un pendant à christianisme, le suffixe - isme a été ajouté à islam, sans que cette adjonction ajoute quoi que ce soit au sens de ce nom.

En effet, islamisme est relevé dans les dictionnaires comme un synonyme d’islam. Dans le Dictionnaire de la Langue française d’Emile Littré, publié dans la deuxième moitié du XIXe s, islamisme est suivi des deux acceptions « 1° la religion de Mahomet. 2° L’ensemble des pays où règne cette religion, dans le même sens que chrétienté par rapport aux pays chrétiens ». Islam a aussi deux acceptions « religion des mahométans » et « pays musulmans ». Comparons les significations. Il suffit de les lire pour constater qu’elles sont identiques. Le Trésor de la Langue Française, 16 volumes, œuvre des meilleurs linguistes de France, monument de la science lexicographique française, publié par les Editions du CNRS, relève dans son volume 10, publié en 1983, islamisme, suivi de la seule acception suivante : « Religion des musulmans. Synonyme : islam ». Il est donc faux

1° d’employer le nom français islamisme pour désigner des réalités du monde arabe et du monde musulman ; en arabe, on dit islam, la langue arabe ignore islamisme ;

2° d’employer islamisme dans un autre sens qu’islam, comme les bons apôtres qui plaquent sur les réalités de l’islam des mots qui y sont étrangers nous enjoignent de le faire.

On objectera sans doute que le sens des mots évolue, qu’il n’est pas établi ad vitam aeternam et que les hommes donnent aux mots des significations qui peuvent changer en fonction des événements. De fait, dans l’édition de 1992 du Petit Larousse (en grand format), islamisme signifie :

« 1. Vieilli. Religion musulmane, islam ». 

« 2. Mouvement politico-religieux préconisant l’islamisation complète, radicale, du droit, des institutions, du gouvernement dans les pays islamiques ».

On est en droit de juger étrange que les lexicographes de Larousse aient décidé de leur propre chef que le sens « islam » d’islamisme, sens établi neuf ans auparavant dans ce monument de la lexicographie du CNRS qu’est le Trésor de la Langue française, était « vieilli ». En général, dans un dictionnaire, une acception est considérée comme « vieillie » (d’autres adjectifs sont utilisés : « vieux », désuet ») quand elle n’est plus attestée depuis un siècle. Un sens qui « vieillit » en moins de dix ans, cela ne s’est jamais vu dans aucune entreprise lexicographique du monde, sur quelque langue qu’elle porte. Le « vieilli » du Petit Larousse (je le dis sans ironie) mériterait de figurer dans le Guiness des records !

Attardons-nous un instant sur la nouvelle définition d’islamisme qui figure dans le Petit Larousse. C’est un « mouvement politico-religieux préconisant l’islamisation complète, radicale, du droit, des institutions, du gouvernement dans les pays islamiques ». Qu’en est-il de cette définition ? Eh bien, c’est la définition exacte de l’islam, non pas comme foi, mais comme système politique, social et juridique, totalitaire par nature et par essence. Ce que, selon les lexicographes du Petit Larousse, « préconise l’islamisme » n’est rien d’autre que le dogme islamique, à savoir que l’islam soit l’islam et soit conforme tel quel, à un iota près, à ce qu’il a été pendant des siècles, jusqu’au début du XXe s. En effet, l’islam impose l’islamisation complète du droit, des institutions, du gouvernement dans les pays islamiques et même dans tout pays où vit un musulman. Le Coran l’exige. Mahomet l’a institué. En islam, tout est musulman, les hommes, les choses, les lois, les institutions, les gouvernements.

De fait, la mention vieilli qui apparaît dans cette définition est sujette à caution. On connaît les engagements idéologiques de la maison Larousse. On y est « progressiste » à souhait, bien pensant, très politiquement très correct. Tout ce qui pourrait ébrécher la statue parfaite de l’islam est gommé ou minimisé et la synonymie  islamisme = islam - qui pourrait porter tort, vu les événements, à l’islam, alors qu’elle en est consubstantielle - est renvoyée à un état de langue antérieur et révolu et jeté « dans les poubelles de l’histoire », diraient les marxistes. Autrement dit, le Petit Larousse, édition de 1992, n’est pas seulement une œuvre lexicographique, mais aussi une oeuvre idéologique, ce que l’on sait depuis longtemps. La séparation nette entre islam et islamisme, qui n’a pas de fondement conceptuel, le prouve. Ce faisant, les auteurs de ce dictionnaires se soumettent volens nolens à ceux qui, musulmans ou non, nous enjoignent de ne plus confondre islam et islamisme, bien que les Français, pendant plus de trois siècles, aient tenu ces deux noms pour des synonymes parfaits et qu’ils fussent fondés en droit et en fait à le faire.

Pourtant, dans les media, nous n’entendons plus que ce nom et l’adjectif islamiste qui en dérive. Le paradoxe consiste en ceci : pour désigner des réalités de l’islam, des gens bien intentionnés qui assènent qu’il faut respecter l’Autre n’hésitent pas à user de mots qui n’existent pas dans la langue de l’Autre et qui, tous, véhiculent une histoire et contiennent des points de vue étrangers à cette religion.

 

Soit l’expression mouvance islamiste que l’on entend dans les media et que l’on lit dans les journaux dans la bouche ou sous la plume de spécialistes. Elle soulève une double difficulté, qui est due à l’adjectif et au nom. Le Trésor de la langue française, dans son volume 10 de 1983, ne consacre pas d’entrée à islamiste (adjectif, au sens de relatif à l’islamisme), non plus qu’à l’emploi de cet adjectif comme nom désignant les personnes qui se réclament de l’islamisme. Quand je tape islamiste sur le clavier de mon PC, Windows 95, le mot apparaît sur l’écran souligné en rouge, parce que la fonction orthographique du logiciel de traitement de texte Word 97 (très récent) ignore cet adjectif et nom. Il n’est pas recensé dans les dictionnaires. D’ailleurs, il n’existe pas en arabe. Existe en français islamique (au sens de relatif à l’islam et qui correspond à l’adjectif arabe ISLAMIYYA, dérivé de islam), comme dans GIA, acronyme de Groupes Islamiques Armés. Islamiste, qui est un néologisme ou une invention (très récente) du français et du seul français, ne devrait pas être utilisé pour désigner des réalités de l’islam.

En revanche, mouvance existe bel et bien en français. Il est relevé aussi bien par Emile Littré dans son Dictionnaire de la langue française que par les lexicographes du Trésor de la langue française (volume 11, 1985). C’est un très vieux nom français, attesté pour la première fois en 1516 dans le Nouveau Coutumier Général. Ce nom est bien formé. Il est dérivé du verbe mouvoir, comme le participe présent et adjectif mouvant, par adjonction à la base verbale mouv - du suffixe -ance, longtemps tombé en désuétude, mais très productif au XXe s. surtout dans le vocabulaire de la science (cf. impédance, etc.). En français, c’est un terme de droit féodal dont le sens très précis est « dépendance d’un fief à l’égard d’un autre », l’adjectif mouvant, en jurisprudence féodale, signifiant « qui dépend de ». Dans la langue moderne, le nom est sorti du domaine très spécialisé qui était le sien et a pris le sens de « zone d’influence ». En 1967, Belorgey, dans Gouvernement et Administration française, l’emploie dans ce sens en parlant de l’information diffusée par la radio et la télévision, laquelle, avant le démantèlement de l’ORTF et la vente par l’Etat de ses participations dans des radios privées, est « un service public de fait » et le seul qui « s’appuie sur un organisme placé dans la mouvance de l’Etat ». De fait, cet organisme dépendait - quasi féodalement - de l’Etat et du ministre qui assumait au gouvernement la charge de l’Information.

L’expression mouvance islamiste est impropre et étrange, pour ne pas dire surréaliste. Pourquoi ? Elle désigne (employons un vocabulaire correct, au sens de « précis » ou de « propre », pas de « politiquement ou idéologiquement correct ») des organisations musulmanes ou islamiques (les adjectifs sont équivalents, musulmanes au sens où elles sont formées de musulmans ou de vrais croyants qui se réfèrent aux dogmes de l’islam), dont l’objectif affiché, répété, martelé, ressassé, etc. est d’islamiser par la force et la guerre la planète ou de conquérir le monde au nom de l’islam, et d’imiter la geste de Mahomet et de ses califes (ou « successeurs ») qui ont conquis et islamisé aux VIIe et VIIIe siècles la péninsule arabique, puis le Proche Orient, l’Asie Mineure, toute l’Afrique du Nord, une grande partie de la péninsule ibérique, la Sicile, etc. 

J’ignore la jurisprudence islamique ou le droit islamique. Pourtant, je doute que le concept, spécifiquement occidental et historiquement daté, puisqu’il a disparu de notre droit, de « dépendance dans lequel un fief existe par rapport à un autre », ait existé et existe dans l’islam et qu’il puisse justifier l’emploi de mouvance islamiste. Les spécialistes français de l’islam vitupèrent les Occidentaux supposés racistes et méprisants et les accusent sans cesse d’occidentalocentrisme ou d’européocentrisme : id est ils leur reprochent d’ignorer le langage de l’islam ou, pour parler comme Berque, les « langages des Arabes » : en bref, de parler de l’islam avec leurs concepts, de ne pas tenir compte des différences et de réduire cette religion à ce qu’ils sont. Or ce sont justement les « spécialistes » de l’islam qui emploient sans cesse islamisme et mouvance islamiste. Ils sont assez vigilants et même chatouilleux pour condamner le vocabulaire impur des autres, mais ils ne font pas preuve de la même vigilance pour juger le leur.

Il n’est pas très élégant et il est encore moins fondé de renvoyer des organisations authentiquement islamiques, qui utilisent les techniques de l’informatique, aux temps obscurs et obscurantistes de l’Occident féodal ! Mouvance islamiste est censé désigner des groupes qui se revendiquent de l’islam. Or, nous l’avons vu à propos d’islamisme, l’islamisme est un synonyme d’islam et il n’existe pas en tant que tel. C’est une pure invention, et très récente, des seuls Français. Il faudrait s’interroger sur la fonction pragmatique que ses inventeurs font jouer à ce terme. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas en bonne rigueur user d’un terme réducteur, faux, erroné et qui désigne, si l’on se fonde sur le sens des mots, des réalités qui n’ont aucune existence.

 

Ouvrons un dictionnaire étymologique ou bien consultons à l’entrée assassin du Trésor de la Langue française l’article intitulé « histoire et étymologie ». Dans le Dictionnaire étymologique de la langue française d’Oscar Bloch et Walther Von Wartburg (1975, 6e édition, PUF), il est précisé que ce mot, attesté en français pour la première fois en 1560, est emprunté à l’italien assassino et que ce mot italien est la transcription d’un mot arabe hachichiya, dérivé de hachich (« herbe » et par extension « cannabis »), et dont le sens exact serait « buveur de hachisch » : en fait  « fumeur de hachisch », parce que, en arabe, le verbe boire est utilisé pour dire fumer et que l’on « boit une cigarette ». Suit dans l’article un court développement sur la secte dont les membres tuaient à l’arme blanche les autorités civiles qui leur déplaisaient. « On attribuait leur férocité à l’influence du hachisch qu’ils buvaient » (en fait, qu’ils fumaient). Telle est la « fable » que racontent dans tous les médias les journalistes et même les spécialistes de l’islam. Cette étymologie « fantaisiste » de assassin a été suggérée en 1809 par Silvestre de Sacy, un orientaliste distingué certes et friand de pittoresque, mais qui ignorait tout des lois de la linguistique historique.

Ouvrons le Trésor de la Langue française, volume 3, 1974. L’article « étymologie et histoire » qui suit l’entrée assassin est assez développé. Il est précisé que le pluriel *hachichiyyin n’est pas attesté en arabe. L’astérisque signale sa non attestation. Il existe bien un singulier hacchichiyya, mais pas de pluriel qui aurait pu justifier la terminaison italienne en - ino. De même, le passage du ch arabe à s italien n’est pas expliqué. Normalement, le mot italien et français aurait dû être hachachin ou hachichin. L’étymologie proposée est-elle exacte ? Les auteurs du Dictionnaire Historique de la langue française (Le Robert, 1992) font état des doutes exprimés par des spécialistes de la langue arabe. « Très critiquée par certains orientalistes, cette origine pourrait céder la place au substantif ‘asas « patrouille » et ‘asaas « gardien » (pluriel ‘asaasin) », l’apostrophe devant asas transcrivant la consonne arabe aïn ». Il existe en effet une racine ‘as « faire le guet » dont est dérivé le nom ‘asass « gardien », « surveillant », « veilleur de nuit ». Les auteurs ajoutent : « quoi qu’il en soit, c’est bien comme « fumeurs de haschich » que la secte a été connue en Occident »

En arabe, il existe une autre racine, AS, dont est dérivé le nom ASSASS, dont le pluriel est OUSSOUSS et qui signifie « base » ou « fondement ». L’adjectif qui en est dérivé et dont le sens est « fondamental » ou « essentiel » est ASSASSI. En arabe, loi organique ou institution se dit QANOUN ASSASSIYA. Ce que fait apparaître sûrement l’étymologie rétablie de assassin, c’est que ces doctrinaires de l’islam, les ASSASSIYIN, qui recouraient de façon systématique au meurtre comme un moyen d’éliminer ceux qui ne pensaient pas comme eux, et d’abord les chrétiens, ne tuaient pas parce qu’ils étaient sous l’emprise de la drogue, mais parce qu’ils se référaient aux fondements des textes religieux, dont ils se considéraient les seuls gardiens, comme si assassin et fondamentaliste étaient un même mot.

              

En français, les mots immigré et émigré sont neutres. Formés à partir d’une base latine (le verbe migrare), à laquelle sont ajoutés les préfixes - in et - ex ou - é, ils désignent deux procès ou actions inverses, celui d’entrer dans un pays et celui d’en sortir. Ils supposent un déplacement dans l’espace et le franchissement de frontières. Ce sont des termes réciproques, qui se répondent en quelque sorte : un émigré est aussi un immigré, et vice versa.

Qu’en est-il en arabe ? Pour l’islam, l’immigré à proprement parler n’existe pas. D’ailleurs, il y en a très peu dans les pays musulmans. Quand il y en a, ils sont souvent maltraités, soit qu’ils soient considérés comme des esclaves ou des bêtes de sommes, soit qu’ils soient des ennemis à éliminer, sauf si ce sont des expatriés européens ou américains protégés par des accords politiques, comme en Arabie saoudite. Ces hommes que nous désignons par le terme émigrés sont nommés en arabe mouhajiroun, c’est-à-dire, mot à mot, des « hommes de l’hégire », qui font ou refont l’hégire. L’hégire, an 622 de l’ère chrétienne, est le premier jour du comput islamique. Selon les musulmans, c’est le jour où commence leur histoire. Les musulmans qui émigrent sont censés répéter Mahomet, qui fut le premier mouhajir de l’islam, qui, en fuyant La Mecque pour se réfugier à Medine, a fondé l’islam. Pour l’islam, émigrer, ce n’est pas seulement se déplacer, c’est répandre la « vraie croyance », c’est islamiser de nouveaux territoires. D’ailleurs, les musulmans le disent, l’affirment, le ressassent. Une des nombreuses organisations islamiques qui, de Londres, justifient, légitiment, préparent des attentats un peu partout dans le monde, se nomme justement mouhajiroun. Or, personne ne les écoute. Les slogans qui résonnent dans de nombreuses mosquées aménagées en Europe et en France relèvent de cette logique fondatrice de l’émigration, vieille de quatorze siècles, aussi ancienne que l’islam. C’est « la loi d’Allah prime sur toutes les lois françaises », « là où vit un musulman, la loi d’Allah doit être appliquée » et « mort aux chrétiens et aux juifs » (ou aux infidèles et aux mécréants, comme on voudra).

En arabe, moudjahid signifie « celui qui fait le djihad », c’est-à-dire la guerre sainte, que le Coran légitime et sanctifie. Le mot désigne les soldats ou les combattants du djihad. En France, ils sont désignés d’un terme spécifiquement français, donc faux et trompeur, celui de terroristes, qui ne fait que masquer ou occulter ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Terroristes est à prohiber. Pour les musulmans, il y a identité entre le mouhajir et le moudjahid, entre l’émigré et le combattant de l’islam, entre celui qui se met en route pour soumettre les infidèles à la loi d’Allah et le soldat qui brandit le sayf Allah (le sabre qui tranche les têtes libertines et les mains coupables).

 

En français, colonie signifie ou « établissement fondé par une nation dans un pays étranger » ou « réunion d’individus qui ont quitté un pays pour en peupler un autre ». Le verbe coloniser qui en dérive signifie « peupler par une colonie ». Le phénomène historique et universel de la colonisation désigne à la fois ce processus de peuplement et le résultat de ce processus. L’émigration massive de musulmans qui ont décidé de s’installer définitivement en Europe et en France est, au sens propre de ce terme, une colonisation. En Palestine, vivent des juifs. Ils ont eux aussi quitté leur pays, Israël, pour s’installer dans un pays voisin. Ils ont émigré. Or, de tous les émigrants du monde, ils sont les seuls à être qualifiés de « colons » et pis encore de « colons juifs ». Est-ce parce qu’ils sont juifs et pas musulmans ? Si l’inverse se produisait, on ne parlerait pas de colons musulmans. En France, vivent des colons islamiques. En France, se sont constituées depuis 20 ans des colonies islamiques. Or, ces mouhajiroun ne sont jamais désignés ni par les mots de leur langue, ni par des mots propres au français. Toujours, on use d’euphémismes. Des Marocains qui ont fomenté des émeutes à Thonon les Bains ont été qualifiés de Français originaires de Thonon : jamais de moudjahidoun. Leur vraie nature est apparue soudain, lorsque les corps de trois d’entre eux, tués dans un accident de la route, ont été rapatriés au Maroc pour y être inhumés.

         

Les spécialistes de l’islam jugent sacrilège d’étudier l’islam avec les concepts occidentaux, qui sont, comme chacun sait, impurs, impies et infidèles, donc à prohiber. Ce ne sont que d'horribles préjugés racistes d'Occidentaux dégénérés, dixit Gardet, in Les hommes de l'islam. Pourtant, dès qu'ils étudient les colonies islamiques qui sont établies en France et en Europe, le tabou est violé. Les concepts infidèles deviennent heuristiques. Ce qui est hachouma en islam devient sacré en terre infidèle. La belle tartuferie ! L’Autre étant autre, autant ne pas le considérer comme un semblable, afin de préserver son irréductible altérité et de respecter sa différence. La clarté, comme la vérité, sortent du vocabulaire juste et précis.  

 

 

 

11 septembre 2013

De l'islamisation de la France

 

 


La liberté de conscience est sacrée. C’est une des valeurs qui fondent notre civilisation : elle nous vient de Socrate, du Christ, de nos plus grands écrivains. De même que nous refusons que l’on nous impose ce que nous devons penser ou croire, de même nous ne pouvons pas empêcher qui que ce soit de croire au loup garou, au grand horloger, au grand ou au petit manitou, à la matière, à Allah. L’islam est un ordre politique totalitaire, au sens propre de cet adjectif : c’est un tout dans lequel ce qui n’est pas islamique est interdit ou combattu. Ce sont des croyances avec des obligations (chouhada, pèlerinage, prières, aumône donnée aux seuls fidèles, inversion des activités pendant le mois lunaire de ramadan : on mange la nuit, on dort le jour), mais c’est aussi un ensemble de lois (charia), de tabous (licite et illicite), de principes politiques. Notre devoir, si nous tenons à la démocratie et à la liberté, est de combattre l’ordre politique menaçant que répand partout l’islam sous la forme de régimes tyranniques, de crimes de masse et contre l’humanité, de haine vouée aux minorités, aux Juifs, aux chrétiens, etc.

Cet ordre politique se caractérise, entre autres, par trois principes : la souveraineté vient d’Allah, les non musulmans ne sont pas des citoyens normaux, l’obligation de djihad.

L’article 3 de la Déclaration de 1789 porte « le principe de souveraineté réside essentiellement dans la nation ». Les citoyens, à savoir les Français majeurs et jouissant de leurs droits civiques, sont les seuls détenteurs de la souveraineté : c’est d’eux et d’eux seuls, après en avoir délibéré, que la loi émane. Pour l’islam, ce principe est impie. En islam, les seules lois en vigueur sont celles qu’Allah a dictées à Mahomet. La souveraineté est d’Allah, pas des nations, encore moins des hommes, surtout si ces hommes sont des femmes. De fait, excluant la souveraineté, l’islam exclut la démocratie : alors que la démocratie s’étend dans le monde, elle n’a pas progressé d’un pouce dans les pays musulmans. Elle a même régressé dans certains pays, tels le Liban ou l’Egypte.

Cet ordre politique est totalitaire par le mépris qu’il voue aux non musulmans, aussi bien dans les pays musulmans que dans les quartiers islamisés des villes d’Europe. Les Juifs et les chrétiens sont dits dhimmis. Les païens, athées, hindouistes, sont condamnés. Dhimmi se traduit par « protégé », ce qui laisse entendre, à tort, que des lois protègent les chrétiens et les Juifs. La traduction la moins inexacte serait « tolérés ». Ils sont tolérés, comme sont tolérés des animaux ou des sous-hommes ou des citoyens de second ordre, méprisés, niés dans leur être, humiliés, barrés dans leur carrière, souvent victimes de pogroms ou d’exactions collectives. C’est que, dans l’islam, qui est censé achever la Révélation, ils n’ont plus de raison d’exister.

Cet ordre politique est régi enfin par l’obligation de djihad. Au VIIIe siècle, les théologiens ont transformé les crimes de guerre de la conquête islamique en normes juridiques. Le monde a été divisé en deux zones : « dar el islam » et « dar el harb » ou « maison de l’islam » et « maison de la guerre ». Dans le « dar el harb » (maison de la guerre), les chrétiens, les Juifs, les païens, les athées sont « harbis », combattus, tués ou réduits en esclavage. Dans le « dar el islam », les chrétiens et les Juifs, qui acceptent les lois discriminatoires de l’islam, sont « tolérés », au sens où les lois du djihad ne leur sont pas appliquées, du moins tant qu’ils se soumettent. C’est ainsi que les chrétiens d’Orient et les Juifs ont été victimes de massacres en 1860, 1861, 1894-96, 1909, 1915-16, 1920-23, 1927-28, 1948, 1952-56, dans les années 1960, comme ils l’ont été récemment à New York, Bali, Madrid, Londres, Paris, etc.

Le 6 novembre 2005, l’UOIF a édicté une fatwa pour interdire aux musulmans de participer de façon « aveugle » aux émeutes et a fait référence à des versets dans lesquels Allah condamne les semeurs de désordre et les transgresseurs. Or, dans le Coran, les semeurs de désordre sont désignés : ce sont les Juifs, et les transgresseurs sont les infidèles. En France, une organisation reconnue par l’Etat et à laquelle certains font des risettes peut se référer à des versets qui suintent la haine des Juifs ou à des versets appelant au djihad, sans que les autorités de la République émettent la moindre protestation.

Si l’islam n’était qu’une foi, il ne soulèverait pas de difficulté en France ou dans le monde. Ce n’est pas le cas, hélas. Il serait suicidaire que de s’aveugler, par naïveté ou ignorance, sur la dimension politique totalitaire et impitoyable de l’islam.

 

 

L’islamisation de la France n’est pas due au hasard. Elle résulte de mesures, de décisions, de lois, de règlements : en bref d’une volonté politique, qui s’est manifestée pour la première fois en 1976, quand les immigrés, qu’ils aient ou non un travail, ont été autorisés à faire venir en France leur famille. L’immigration de travail s’est muée en immigration de peuplement. Or, alors que des fractions de peuples ont pu s’installer légalement en France, les mêmes gouvernants ont institué dans les écoles, collèges et lycées des enseignements de langues et cultures d’origine (ELCO) réservés aux enfants du regroupement familial et assurés par des maîtres étrangers, rémunérés par les pays d’origine. Ces immigrés étaient autorisés à faire souche en France et, en même temps, ils étaient préparés à un hypothétique retour, qui n’a jamais eu lieu. Ils étaient appelés à devenir français et, en même temps, il leur a été refusé d’être des Français comme les autres. Ces lois schizophrènes ont été complétées en 1980 par un arrêt du Conseil d’Etat qui autorisait la polygamie à ces seuls étrangers et par des accords entre la France et le Maroc, au terme desquels la France reconnaissait la légalité de la répudiation, quand elle était prononcée au Maroc.

L’islamisation de la France s’est accélérée à partir de 1981. Au pouvoir, les socialistes ont abrogé la loi qui interdisait aux étrangers d’avoir des activités politiques sur le sol français. Le décret d’application était à peine publié qu’un Tunisien et un Irakien, poursuivis dans leur pays pour complot contre l’Etat, ont fondé l’UOIF, émanation des Frères musulmans, organisation fondée en 1928 pour détruire la démocratie impie, pour éliminer les Juifs et pour réislamiser les pays arabes. Puis ce fut le tour d’organisations du même acabit, la FNMF, le PMF, etc. En 1982, à force d’emprunts sans objet et de dépenses délirantes, la banqueroute menaçait. Mitterrand a dû trouver d’urgence plusieurs dizaines de milliards de francs pour payer les traitements de la clientèle socialiste. Le roi d’Arabie et sa famille ont accepté de prélever vingt ou trente milliards de francs sur leur fortune pour les prêter à 18% ou plus. En échange, ils ont obtenu que les musulmans qui vivaient en France (ils étaient alors un million et demi) ou qui viendraient à s’y installer (ils sont cinq millions aujourd’hui) soient formés, organisés, contrôlés par les religieux wahhabites. Un statut préférentiel a été accordé à la Ligue islamique mondiale et autres organisations contrôlées par les Saoudiens, ce qui leur a permis de distribuer des fonds colossaux sans contrôle. Des Marocains formés en Arabie à ce qu’il y a de pire dans l’islam (l’intégrisme) ont été envoyés en France pour y ré-islamiser les musulmans, dont certains avaient été naturalisés. Au pouvoir, les socialistes ont favorisé les ELCO, imposant même aux Kabyles et aux Berbères, au nom d’une conception frelatée de l’origine, d’apprendre, non pas leur langue ou leur culture, mais l’arabe et l’islam. En 1990, l’inspecteur général Bruno Halff a remis à Jospin, son ministre, un rapport resté secret, dans lequel il révélait que l’enseignement de l’arabe en ELCO était un enseignement religieux et que, dans les écoles, collèges, lycées publics, des imams, déguisés en enseignants, propageaient l’islam aux frais des citoyens français et au détriment de la République. Bien entendu, Jospin, dont le père était collabo et qui a été formaté dans une organisation trotskiste faisant l’apologie des crimes commis partout où les partisans de Lénine et Trotski ont accédé au pouvoir, n’a pris aucune mesure pour mettre fin au détournement de la loi. Pis, alors que les élèves d’origine étrangère jouissaient du droit de connaître leur langue et leur culture ou leur religion, Jospin a dénié ce même droit aux jeunes Français, à qui l’accès au patrimoine de leur propre pays a été quasiment refusé. Dans la loi Jospin du 14 juillet 1989, l’article 10 autorise les élèves, en violation de la laïcité, à afficher leurs préférences culturelles dans l’enceinte des écoles : ils reçoivent même des crédits pour cela. Deux mois plus tard, ont commencé les affaires de voile islamique. Au lieu de rétablir la laïcité, Jospin a sanctionné le directeur de collège qui interdisait l’oriflamme de conquête qu’est le voile islamique. En 1992, Jean-Claude Barreau a publié un livre qui a déplu aux puissances islamiques. Les ambassadeurs saoudiens, iraniens et autres ont fait pression sur le ministre Bianco, qui a suspendu M. Barreau des fonctions qu’il exerçait à l’OMI (Organisation des Migrations internationales). En 1995, M. Pasqua, Ministre de l’Intérieur, a interdit au dénommé Ramadan, le théoricien du djihad, l’accès du territoire français. Deux ans plus tard, Jospin a levé cette interdiction et fait du raciste Ramadan le porte-parole des banlieues islamisées.

 

Comme l’islamisation de la France n’est pas un hasard de l’histoire, mais le résultat de la politique menée par les socialistes, le processus n’est pas irréversible : ce qui a été fait par la loi peut être défait par la loi. Le regroupement familial peut être arrêté ou rendu plus difficile, les étrangers peuvent être interdits de créer des associations politiques, les ELCO peuvent être supprimés, les transferts de fonds en provenance d’organisations wahhabites ou prônant le djihad peuvent être interdits, la loi Jospin peut être abrogée, les associations racistes ou appelant au djihad peuvent être interdites et leurs militants renvoyés chez eux, etc. L’arsenal juridique existe pour stopper le processus dans un premier temps et, dans un second temps, l’inverser.     

07 septembre 2013

Il n'y a pas de religion plus privilégiée que l'islam

 

 

 

 

            Imaginons que la Turquie ait été ou soit restée « chrétienne ». L’hypothèse n’est pas absurde, puisque c’est en Cappadoce, en Arménie, à Smyrne, Chalcédoine, Constantinople, Nicée, que le christianisme s’est épanoui, avant que les Turcs, immigrés d’Asie centrale, ne conquièrent l’Asie mineure grecque ou arménienne et ne l’islamisent totalement par le sabre. Eh bien, nous pouvons être certains que les pays démocratiques d’Europe, sans en excepter un seul, et les autres pays démocratiques du monde refuseraient d’entretenir des relations politiques avec la Turquie. Tout ce qui a été objecté à la Grèce des colonels, au Chili de Pinochet, à l’Espagne de Franco, au Portugal de Salazar, à l’Allemagne d’Hitler (fascisme, racisme, violation des droits de l’homme, haine de la démocratie, mépris des femmes, etc.) nous serait seriné à longueur d’antenne pour que la Turquie soit maintenue hors de la sphère des pays civilisés. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec les pays qui font l’apologie des crimes contre l’humanité et que négocier avec ces pays, ce serait nier ce que l’on est. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec les pays qui ont été purifiés, ethniquement et religieusement, par la violence et que négocier avec ces pays, c’est se faire complice du racisme. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec un pays qui occupe, militairement et en violation de toutes les lois humaines, l’île de Chypre, que son appartenance à l’Onu et à l’Union européenne n’a pas préservée de malheurs que l’on croyait propres aux époques barbares, et que négocier avec ce pays, c’est faire prévaloir la force sur le droit. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec un gouvernement d’obédience wahhabite qui cherche à instaurer la charia et prône l’islamisation de la planète, et que négocier avec ce pays, c’est s’humilier. Même si la Turquie chrétienne s’était trouvée en Europe, il aurait été jugé obscène ou inconvenant ou insultant pour ses millions de victimes que des démocraties envisagent la possibilité d’ouvrir des négociations pour qu’elle adhère un jour, non pas dans quinze ou vingt ans, mais dans un siècle ou deux, à une construction politique, laquelle se flatte, dans son projet de constitution, d’être fondée sur la « dignité humaine », les droits de l’homme, les libertés, la solidarité, etc. et dont la valeur suprême est, prétend-elle, le respect de la « personne humaine ».

            En vérité, ce que montre l’adhésion annoncée, c’est que la Turquie jouit de traitements hors du commun et qu’elle bénéficie, avant même d’intégrer l’Europe, de privilèges inouïs. Les dirigeants de l’Union européenne sont même prêts à piétiner sans scrupule, sans hésitation, sans état d’âme, sans remords, tous les beaux principes, toutes les bonnes intentions, toutes les admirables professions de foi dont ils se gargarisent, et ce, pour intégrer un pays d’Asie à l’Etat politique qu’ils ambitionnent d’établir en Europe. Sont-ils devenus fous ? La raison politique leur fait-elle perdre la raison ? Ou bien est-ce parce que la Turquie est islamique qu’il faut qu’elle devienne européenne ? Est-ce l’islam qui la sanctifie ? Est-ce que l’islam est tabou ? Ou bien est-ce parce que le sabre de l’islam terrorise les dirigeants de l’Europe que, ceux-ci, par lâcheté ou veulerie, se préparent, comme Daladier et Chamberlain, à la servitude ?

 

            L’aveuglement est d’autant plus incompréhensible qu’il rompt avec une lucidité ancienne. Il fut un temps – hélas révolu – où les élites de France et d’Europe n’hésitaient pas à tenir sur la Turquie et sur l’islam un discours sans fard.  Voici, entre autres exemples, dans quels termes insolents Victor Hugo, dans La Légende des Siècles (Partie III l’Islam), décrit Mahomet le prophète.

« Le divin Mahomet enfourchait tour à tour / Son mulet Daïdol et son âne Yafour ; / Car le sage lui-même a, selon l’occurrence, / Son jour d’entêtement et son jour d’ignorance. »

Voici encore le poème intitulé « 1453 » qu’il consacre, dans la partie VI de la Légende des siècles, au siège de Constantinople et dans lequel il prédit (ce en quoi il s’est bien trompé) que la France libèrera les territoires byzantins que Mehmet (Mahomet en turc) a conquis cette année-là :

« Les Turcs, devant Constantinople, / Virent un géant chevalier / A l’écu d’or et de sinople, / Suivi d’un lion familier. / Mahomet Deux, sous les murailles, / Lui cria : « Qu’es-tu ? » Le géant / Dit : « Je m’appelle Funérailles, / Et toi, tu t’appelles Néant. / Mon nom sous le soleil est France. / Je reviendrai dans la clarté, / J’apporterai la délivrance, /J’amènerai la liberté »…

            Ce dont on est sûr, c’est que cette prédiction ne sera jamais réalisée et que ni Fabius, ni Moscovici, ni Mamère, ni Guigou, ni Hollande, ni Cohn-Bendit « n’amèneront la liberté » et qu’eux aussi, comme les collabos, ils préfèreront la servitude à la « délivrance ».

Quand ils étaient « grands », cultivés, épris de vérité, soucieux d’histoire, les écrivains de France savaient qui étaient les Turcs. Voici les crimes que Victor Hugo, dans La Légende des siècles, attribue à l’un des innombrables conquérants turcs, le Sultan Mourad :

« Dans son sérail veillaient les lions accroupis ; / Et Mourad en couvrit de meurtres les tapis ; / On y voyait blanchir des os entre les dalles ; / Un long fleuve de sang de dessous ses sandales / Sortait, et s’épandait sur la terre, inondant / L’Orient, et fumant dans l’ombre en Occident. »

Le recueil poétique Les Orientales, publié en 1829, est un inventaire des crimes contre l’humanité commis par les Turcs, au début du XIXe siècle, dans les territoires grecs qu’ils ont colonisés pendant quatre siècles. Les « massacres de Chio » sont un événement historique que Victor Hugo, en poésie, et Delacroix, en peinture, ont rendu célèbre. Le poème intitulé « L’enfant » commence ainsi : « Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil » ; et se il termine par ces deux vers : « Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus, / Je veux de la poudre et des balles ». Deux siècles plus tard, ce sont des montagnes d’euros dont les dirigeants de l’Union vont dépouiller les citoyens d’Europe et qu’ils offriront aux Turcs. Ce ne sont plus des aides qu’ils versent, c’est l’impôt de dhimmitude ou jiziya dont ils s’acquittent.

Victor Hugo n’est pas le seul, ni le premier à avoir dit sans fard la vérité sur les Turcs et sur l’islam. Dans le Discours sur les sciences et les arts (1750), Jean-Jacques Rousseau, qui pensait bien en toute occasion et dont le Contrat social a sans doute inspiré Chirac, Guigou, Moscovici, Cohn-Bendit et la clique turcophile, expose les facteurs qui ont produit, à la fin du XVe s., la Renaissance des arts et des lettres en Europe. C’est la stupidité turque qui a suscité la Renaissance de l’Europe.

« L’Europe était retombée dans la barbarie des premiers âges. Les peuples de cette partie du monde aujourd'hui si éclairée vivaient, il y a quelques siècles (comprendre : au Moyen Age), dans un état pire que l'ignorance. Je ne sais quel jargon scientifique, encore plus méprisable que l’ignorance, avait usurpé le nom du savoir, et opposait à son retour un obstacle presque invincible. Il fallait une révolution pour rame­ner les hommes au sens commun ; elle vint enfin du côté d’où on l’aurait le moins attendue. Ce fut le stupide Musulman, ce fut l’éternel fléau des lettres qui les fit renaître parmi nous. La chute du trône de Constantin (id est la prise de Constantinople en 1453) porta dans l’Italie les débris de l’ancienne Grèce. La France s’enrichit à son tour de ces précieuses dépouilles. Bientôt les sciences suivirent les lettres ; à l’art d’écrire se joignit l’art de penser ; gradation qui paraît étrange et qui n’est peut-être que trop naturelle ; et l’on commença à sentir le principal avantage du commerce des Muses, celui de rendre les hommes plus sociables en leur inspirant le désir de se plaire les uns aux autres par des ouvrages dignes de leur approbation mutuelle. »

Les écrivains européens n’ont pas été en reste avec Rousseau ou Hugo. Parmi tous ceux qui ont résisté, il convient de rendre hommage au Bulgare Ivan Vazov, auteur de « Sous le joug » (paru en 1889), un roman admirable qui raconte les crimes abominables que les Turcs ont commis pour maintenir sous leur sabre sanglant les courageux habitants de Bulgarie. C’est un roman dont la lecture devrait être rendue obligatoire à l’ENA, à l’Assemblée nationale, au Parlement européen, à la Commission de Bruxelles et dans toutes les institutions de l’Europe. Il éclairerait peut-être Guigou, Cohn-Bendit, Chirac, Moscovici et alii, mais il n’est pas certain que les aveugles veuillent recouvrer la vue. Vivre dans les ténèbres repose, comme vivre couché.

            Malgré tout, essayons de braquer un faisceau de lumière sur quelques faits, dont les puissants du jour ont décidé qu’ils allaient rester dans l’ombre.  En 1920, un traité de paix a été signé à Sèvres entre les puissances victorieuses de la guerre de 1914-1918, dont la France et l’Angleterre, et l’Empire ottoman, qui avait été l’allié fidèle de deux Reich : l’Allemagne et l’Autriche. C’est un traité admirable qui prévoyait la création dans la partie orientale de la Turquie actuelle d’un Etat arménien, libre, souverain et indépendant, avec des frontières reconnues par la communauté internationale et garanties par le président des Etats-Unis d’Amérique, et où les survivants du grand massacre de 1896, des massacres d’Hadana en 1909 et du génocide des années 1915-1916 auraient dû trouver refuge. Il prévoyait aussi la création dans la partie méridionale de la Turquie d’un Etat kurde, libre, souverain et indépendant. Si les Kurdes en avaient bénéficié, ils n’auraient pas subi les massacres de masse que leurs voisins leur infligent depuis près de trois-quarts de siècle. Il prévoyait enfin la restitution aux Grecs de la façade maritime de la partie occidentale de la Turquie. Il prévoyait que les 7 ou 8 millions de Turcs d’alors conserveraient la moitié du territoire de la Turquie actuelle, ce qui équivalait à la superficie de l’Italie. Or, et cela ne s’est jamais vu dans l’histoire de l’humanité, les Turcs ont rejeté la signature de leurs propres autorités et, sous la direction d’officiers allemands, ils ont mené une guerre sans merci pour annuler le traité de Sèvres, qui ne leur convenait pas. Ce fut la première capitulation des puissances européennes. 

La « laïcité » prend trois formes dans le monde, là où elle existe, loin des théocraties que sont l’Arabie saoudite, l’Iran, la Mauritanie, le Soudan et quelques autres pays méprisables : la séparation de l’Etat et de la religion, la sécularisation, le contrôle de la religion par l’Etat.  Lorsque la religion est séparée de l’Etat, comme c’est le cas en France, l’Etat ne construit ni église, ni mosquée, ni synagogue, ni temple, ni cimetières privés, il ne rémunère pas les ministres du culte. La contrepartie est qu’il lui est interdit d’intervenir dans les affaires religieuses et de contrôler le clergé, qui retrouve ainsi, bien qu’il soit appauvri, une liberté presque totale. Le phénomène de sécularisation que l’on observe en Europe et en Occident depuis un demi siècle (ou plus) se caractérise par des mutations qui touchent le christianisme et le judaïsme. Alors que ces religions sont censées s’occuper en priorité des relations avec le Ciel, peu à peu, elles se « sécularisent ». Le christianisme qui, en théorie, est une religion du salut se tourne de plus en plus souvent vers des activités sociales. Le judaïsme perd peu à peu sa vocation juridique, en acceptant les lois des pays dans lesquels les Juifs vivent. Le terme « laïcité » sert aussi à désigner le contrôle de la religion par l’Etat. C’est la solution détestable qu’ont adoptée les régimes communistes, quand ils se sont lassés de persécuter les chrétiens. Ce sont ces formes que prend la laïcité dans quelques pays arabes et musulmans, tels que l’Algérie (du temps de Boumedienne), de l’Irak sous Hussein, de l’Egypte de Nasser, de la Syrie sous Assad et surtout de la Turquie de Mustapha Kemal, dit Atatürk, et d’Ismet Inonü, entre 1923 et 1950. La laïcité à la turque dont on nous rebat les oreilles est la forme totalitaire et haïssable que prend la laïcité. En réalité, c’est une pseudo laïcité. Il vaudrait mieux dire, pour désigner cet état de choses, « soumission de la religion à l’ordre politique ».

Or, en Turquie, même cette pseudo laïcité est morte, comme elle est morte en Egypte ou en Irak. En effet, pendant dix ans, entre 1950 et 1960, la Turquie a été gouvernée par un parti islamique, dont la politique a consisté à annuler la plupart des lois, dites à tort laïques, de Mustapha Kemal. Les confréries qui ont islamisé les Turcs et l’Asie mineure ont été à nouveau autorisées, l’enseignement de la seule religion islamique a été rétabli dans les écoles publiques, et il a été imposé aux non musulmans, l’Etat a créé des écoles de formation d’imams et de prédicateurs, dont le premier ministre actuel, Erdogan, a été l’élève assidu, les chrétiens et les juifs qui ont survécu aux massacres ont été contraints de se taire et ils se sont terrés dans leur coin, victimes de discriminations immondes. Evoquer la laïcité à propos de la Turquie, c’est croire que la démocratie a existé en URSS, c’est invoquer le dahu ou le zombie, c’est tromper les Européens en leur faisant croire aux fantômes.

 

Malgré les attentats, les massacres de masse, les crimes contre l’humanité qui se produisent chaque jour dans les pays musulmans ou dans les pays qui ne sont pas dans la sphère d’influence de l’islam, les démocraties croient qu’elles vont « garder leur âme », en négociant ou en collaborant avec l’islam qui inspire, provoque ou organise ces attentats, massacres, crimes contre l’humanité. Que cet islam soit politique, frère musulman, wahhabite, salafiste, de prédication ou autre, peu importe. Les tragédies du XXe siècle nous ont appris que ceux qui composaient avec la Bête immonde, non seulement perdaient leur âme, mais aussi se suicidaient. Le parti qui gouverne la Turquie et qui contrôle tous les organes du pouvoir n’est pas celui de Mustapha Kemal, il n’est pas non plus le parti social démocrate d’Ecevit, c’est un parti wahabite, financé par les Saoudiens, c’est le parti du sabre et des mosquées, des turbans et des voiles,  de la haine des femmes, des étrangers, des chrétiens, qui professe les mêmes croyances que Ben Laden et ses acolytes et dont il ne se distingue que par la stratégie. L’islam politique a deux objectifs. Le premier est la ré-islamisation sur le modèle saoudien des pays musulmans et de tous les musulmans, où qu’ils vivent. Le second est l’islamisation de la planète – c’est-à-dire l’imposition à toute l’humanité de la « loi » islamique. Le Turc Erdogan, qui est l’âme damnée des Saoudiens, pense atteindre le second objectif, quand le premier aura été réalisé ; Ben Laden pensait parvenir aux deux objectifs en même temps : voilà ce qui les sépare. C’est de l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. 

 

05 septembre 2013

Faillite des sciences sociales

 

 

 

 

Dans les années 1960, l’orientaliste Berque, du Collège de France, présentait le coup d’Etat qui, en 1952, a fait basculer l’Egypte dans l’abîme des défaites militaires et de la régression sociale, comme l’aube d’un jour nouveau et il se réjouissait que les putschistes aient mis fin à la seule expérience démocratique qu’un pays arabe ait connue entre 1920 et 1952. Les islamologues ont menti sur Khomeiny, sur le réveil de l’Iran annoncé tous les matins depuis dix ans et repoussé tous les soirs aux lendemains qui chantent, sur l’échec de l’islam politique, sur le FLN qui n’éclairait le tiers monde opprimé que pour mieux enfouir le peuple algérien dans la nuit de l’obscurantisme et de la xénophobie. Ils ont menti sur la possibilité de concilier islam et démocratie, sur le néocolonialisme, sur la prétendue libération des peuples du Proche Orient qui n'est qu'un énième asservissement et dont la seule utilité a été de cacher la politique de purification ethnique et religieuse qui a chassé des pays du Sud de la Méditerranée les infidèles, mécréants, impurs, étrangers, sur les forces « palestino-progressistes » dont le progressisme a consisté à faire main basse sur le Liban, sur les raïs « progressistes » qui ne sont rien d’autre que des chefs mafieux, etc. 

Voilà cinquante ans que les orientalistes vendent leurs blagues pour de la vérité. S'ils n'étaient que des militants de ces ineffables partis marxistes léninistes révolutionnaires polpotiens staliniens trotskistes maoïstes, cela ne prêterait pas à conséquence. Le problème est qu’ils sont tous docteurs ès sciences sociales. Ils sont MCF ou PR ou DR au CNRS. Ils dirigent des équipes, les ministres les consultent, on leur prodigue crédits et avantages divers. Ils vont à Bagdad, au Caire, à Damas, à Fès, à Alger, à Islamabad, Samarkand, etc. Leurs thèses trouvent des échos favorables dans les ministères, les ambassades, les journaux, les revues. Au début des années 1960, ils ont même esquissé les grandes lignes de la « politique arabe », dont l’objectif était de restaurer au Proche Orient et en Afrique du Nord l’influence séculaire que la France y exerçait mais que l’expédition de Suez et l’interminable guerre d’Algérie lui avaient fait perdre.

Cette constance à produire de l’erreur sur le monde arabo-islamique, mais aussi sur les jeunes, sur les incivilités de l’école, sur le racisme des populations de banlieue, discrédite leur « science » et les institutions, Université et CNRS, qui leur offrent une tribune. Les docteurs n’ont jamais fait preuve de courage. Leur camp, c’est Cauchon. La sorcière qu’ils font brûler, c’est la vérité. Dans la Résistance, ils se comptaient sur les doigts d’une main. De fait, ils restent fidèles à ce qu’ils sont. Au Proche Orient, ils se prosternent aux pieds de « notre ami le Roi » ou raïs ou président à vie ou puissant du moment. Les marxistes ont baptisé science l’idéologie. Les experts en Orient imitent leurs maîtres. Des gogos les croient. L’Université avait pour raison d’être l’étude et le savoir. Elle ne se nourrit plus qu'aux deux mamelles de l’imposture et de l'ignorance.

 

02 septembre 2013

El hamdou lHollande

 

 

 

 

Jamais la France n’a autant ri et jamais nos ancêtres, proches ou éloignés, n’ont eu autant d’occasions de rigolade que celles que nous prodiguent généreusement M. Hollande, ses ministres, ses députés, ses sénateurs, ses élus provinciaux ou locaux, les journaleux à leur botte et tous leurs partisans. Oui, qu’ils soient éternellement loués ! El hamdou lhollande !

Bienheureux les Français qui, chaque jour, sont régalés d’une énième projection avec variantes et inédits du Dîner de cons et à qui sont offertes à toutes les heures qu’Allah fait des occasions de se marrer, de ricaner, de se poiler, de se bidonner, d’être pliés en quatre… En 1981, les Français auraient pu avoir Coluche pour président ; depuis 2012, ils ont Hollande, qui vaut cent Coluche. Et cela gratuitement. Quelle générosité ! Ce n’est pas seulement Coluche, ce sont les Branquignols, les Charlots, les Bronzés, François Pignon, Monsieur Glandu, Marius et Olive, Toto, tous réunis en une seule escadrille de gouvernants qui publient chaque jour une édition du Hérisson… Ainsi, les Français assistent, du matin au soir et du crépuscule à l’aube, à un Petit déjeuner de cons, à un Casse-croûte de cons, à un Déjeuner de cons, à un Goûter de cons, à une Collation de cons, à un Dîner de cons, à un Souper de cons, et même, puisque la production est généreuse, à un Lunch de cons, à un Breakfast de cons, à un Brunch de cons, à un Buffet républicain de cons, à un Couscous de cons, à un Méchoui de cons, etc. Depuis quelque temps, Hollande et son gouvernement ne se séparent plus de leur boite à outils, qui est devenue presque aussi célèbre que le schmilblick. On en connaît le contenu, non pas un tournevis sans manche, ni tête, mais des millions de boîtes d’allumettes et des centaines de tubes de colle, tout ce qui est nécessaire pour édifier un palais du facteur Cheval miniature.

Toutes les heures, c’est couacs sur couacs, bévues sur bévues, algarades sur algarades, insultes sur insultes, des plus méprisantes (cantonnier de Corrèze, conseiller municipal de Saint-Herblain) aux plus viles (« salopards », « tu nous fais chier »). Le programme des écrans français, c’est, en continu, du comique troupier. L’espérance moyenne de vie à la naissance augmente en France depuis 1810. Il y a deux siècles, elle était inférieure à 30 ans ; aujourd’hui, elle dépasse 80 ans. En deux siècles, elle a presque été multipliée par 3. Or, soudain MM Hollande, Ayrault, Emmanuelli, usw, découvrent une réalité dont avaient déjà conscience, il y a deux cents ans, le comte Français de Nantes, le baron Ladoucette ou le duc de Richelieu : on vit aujourd’hui plus vieux que sous l’Ancien Régime. Ils annoncent donc, ce qu’ils ont toujours refusé de reconnaître avant mai 2012, que, les diktats de la biologie étant supérieurs aux décisions des hommes (ce qui est fort de café, quand on est « de gauche »), les Français vont devoir travailler plus longtemps pour jouir de droits à la retraite de plus en plus minces. Bientôt, Hollande et ses potes vont annoncer ébahis, au 20 heures de France 2, que le sexe des femmes est différent de celui des hommes ou inversement, et que deux hommes, même s’ils besognent l’un dans l’autre pendant des millénaires, ne donneront jamais naissance à un nouveau Saint-Laurent, ni à une Tour Eiffel, ni à une Taubira verte.

Submergés par les mauvaises nouvelles, M. de Hollande et les siens se réfugient dans la voyance. En 2025, ils prédisent que plus personne n’aura de difficulté à se loger, que la France connaîtra alors une ère de plein emploi, que la production industrielle sera repartie de plus belle, que la police sera 3.0., qu’il n’y aura plus de pauvres, que tous les étudiants seront titulaires d’un Master de Sociologie, etc. Sans doute prennent-ils les Français pour des bougnoules…

Avec eux, tout commence par la rigolade et tout finit en rigolade. Avant le 6 mai 2012, la crise n’existait pas ; depuis, rien n’existe, fors la crise. On invoque la morale publique, mais aux banquiers ou affairistes, comme la banque Lazard, fusions et acquisitions, et Pigasse ou autres, on fourgue des marchés juteux, parce que ce sont des camarades. On vilipende les retraites chapeaux, mais on absout celles qui sont distribuées aux camarades. On assigne la mission sacrée de persécuter les riches à un ministre du Budget qui a planqué son magot en Helvétie et à Singapour. 600000 euros, ce n’est pas grand-chose ; et les autres, en particulier ceux qui prétendent détester les riches, combien de millions ont-ils planqués à l’étranger ? On se prétend exemplaire, mais on héberge, on nourrit, on entretient, on divertit sous les ors du Château, et aux frais de ceux qui rigolent jaune, la favorite, Mme de Maintenant. Etc. etc. etc.

Les camarades des media, qui, pendant cinq ans ou plus, ont savonné la planche du concurrent Sarkozy, traité de « sale mec », injurié comme « salopard », nommé d’un « L’Autre » méprisant, parce qu’il n’avait pas l’heur d’être d’une race pure, sont sidérés par ce spectacle. Au lieu de s’en réjouir, ils s’en indignent : on voulait seulement débarrasser la France d’un métèque, protestent-ils. Les camarades qui ont porté Hollande et les socialos au pouvoir n’en reviennent pas : nous, on veut de nouveaux privilèges, pas d’un autre François Pignon ! Dans de furieux accès de transparence, les camarades se montrent tels qu’ils sont : un hiérarque du Parti de Gauche et ancien permanent du Parti socialiste, plus socialo que lui, tu meurs, a traité de salopard, un ministre de la République, parce que ce ministre serait, ce qui est sans fondement, un salarié de la finance internationale. Ce ministre est le fils d’un Juif roumain qui a survécu par miracle aux exterminations nazies et s’est réfugié en France en 1949, protégé par l’OFPRA, pour échapper aux griffes des communistes qui avaient fait main basse sur son pays. Cet insulteur socialo est aussi un des marmitons de la Sauce raciste. Ces éructations, applaudies par Mélenchon, révèlent soudain la véritable nature du pseudo antiracisme organique : c’est du racisme primaire. Les stipendiés à Désir et à Sopo n’ont plus droit à cet ample manteau d’hypocrisie : les voilà tout nus. Quant à ceux sur qui ces tartuffes éructent à longueur de journées, ils ont de quoi se marrer pendant tout le siècle. 

La France est donc secouée par les fous rires. Pourvou que ça doure, du moins jusqu’en 2017. Prions le Ciel que la colère du peuple n’interrompe pas la momerie, car il vaut mieux rire de ces choses plutôt que d’être obligé d’en pleurer.

En 2012, Hollande, quand il a été élu, avait accumulé trente et un ans d’expérience politique et de gestion au plus haut niveau, non pas comme conseiller de la commune de Salerans, Hautes-Alpes, 41 habitants, mais comme conseiller à l’Elysée, directeur de cabinet de quelques ministres, disciple chéri du président de la Commission européenne, député, conseiller général, maire, président de conseil général, chef pendant dix ans d’un parti de gouvernement, vice-président de l’Internationale socialiste, etc. Il a couronné ses expériences locales d’expériences régionales, nationales, européennes, internationales et même mondiales, sans parler des années qu’il a passées sur les bancs des écoles du pouvoir. Qu’a-t-il appris en trente et un ans ? Rien. A quoi ont servi les millions d’euros qui lui ont été versés en guise de traitement pendant ces trois décennies ? A rien. Quinze mois plus tard, les Français constatent, ébahis, que ce président ne sait pas ce qu’est un budget, qu’il ne sait pas ce qu’est une dette, qu’il ne sait pas ce qu’est un impôt (sans doute n’en paie-t-il pas – du moins pas d’impôt en rapport avec ses revenus et ses biens immobiliers), qu’il ne sait pas ce qu’est un emploi (sans doute n’a-t-il jamais dû gagner sa vie, ayant toujours tiré ses revenus de la manne publique). Il combat au Mali des soldats de l’islam avec lesquels il s’allie en Syrie. Il se prend pour Matamore et est près de mettre la planète à feu et à sang pour punir deux ou trois méchants. Il croit même qu’il suffit d’invoquer la générosité bienveillante des camarades des collectivités publiques, des assoces gavées de subventions, du secteur coopératif pour que décroisse le nombre de chômeurs. Oui, il en est encore à croire aux vertus des Ateliers nationaux de 1848.

La fin de partie n’est pas très loin. Marrons-nous en attendant la catastrophe.  

 

15 août 2013

Bis repetita

 

 

 

Révolution arabe : l’hénaurme blague

 

 

 

Arouet le Jeune ne résiste pas au plaisir de republier une note écrite en février 2011, au moment où les journaleux d'Occident entonnaient des dithyrambes à la gloire de ce que ces crétins et abrutis nommaient le "printemps arabe" ou les "révolutions démocratiques du monde arabe".

 

 

Une même et unique rumeur bruit dans les media depuis trois semaines et met en transe les journaleux : la Révolution. Nihil novi sub sole. Il y a trente-deux ans déjà, en 1979, les mêmes journaleux, dans les mêmes media, saluaient le fait que l’ayatollah Khomeiny avait posé ses grosses fesses sur le trône de Perse comme un grand bond en avant, celui de l’humanité se libérant de ses chaînes. En fait de chaînes brisées, c’est dans un cul de basse fosse que Khomeiny et ses séides laissent croupir les Iraniens. L’histoire n’échaude même pas les media. De cela, on peut tirer deux maximes : il n’y a pas d’eau assez bouillante qui puisse échauder un journaleux ou tout journaleux échaudé en redemande. Ils concluent leurs « papiers » d’un « vive la Révolution arabe » martial, mais ce n’est pas par prudence, car ils ignorent que le subjonctif « vive » signifie le souhait et relève de l’exorcisme. On souhaite que cette révolution vive, parce qu’elle ne va pas durer ou qu’elle est tout ce que l’on veut, sauf une révolution, à moins d’entendre révolution dans son vrai sens, le sens que le mot a en astronomie, à savoir « retour à son point de départ ».

En effet, depuis quatorze siècles, l’histoire (ou la prétendue histoire) de ce que l’on nomme les pays arabes, et qui sont, à l’exception des pays de la péninsule arabique, des pays arabisés de force et par la terreur, est une non-histoire. A partir de 642-643, ces pays qui, tels la Mésopotamie, la Syrie, la Perse, l’Egypte, étaient les berceaux et les phares de la civilisation ont été envahis, conquis, colonisés, razziés, exploités, régis par des soudards arabes islamisés qui se sont « ouvert » ces pays riches et prospères pour les soumettre au sabre d’Allah, liquidant toutes les élites qui leur résistaient.

Le résultat est qu’il n’y a que deux forces politiques dans ces pays : l’armée ou l’islam ou l’armée et l’islam, l’armée secondée par l’islam ou l’islam appuyé par l’armée. C’est ce qui se passe au Soudan, en Egypte, en Jordanie, en Algérie, au Maroc, en Libye, en Turquie, etc. C’est un invariant, qui n’a pas changé d’un kasra depuis quatorze siècles. Parfois, l’armée essaie de mener une politique autonome en y soumettant l’islam, comme l’a fait Mustapha Kemal en Turquie pendant trente ans ; aujourd’hui, c’est Erdogan qui soumet l’armée turque à la loi de l’islam. Ben Ali et Moubarak étaient l’un et l’autre généraux ; Sadate était militaire, comme Nasser, les mamelouks, Salah el din, les Soliman et autres Mehmet, sultans ottomans, etc.

Deux pays ont échappé à ce destin : le Liban, qui n’en a plus pour longtemps, et l’Egypte, de 1860 à 1950, mais le colonel Nasser et ses soudards, admirateurs du cheikh Abdou, ont remis l’Egypte dans le droit chemin en chassant les élites juives et chrétiennes qui constituaient un embryon de société civile et avaient contribué à faire de l’Egypte un Etat de droit. Bien entendu, en 1952, l’intelloterie française, en transe, a applaudi ce coup d’Etat, qui a été tenu alors pour une révolution arabe – en fait, une simple « révolution de palais » qui a remis l’Egypte sur la juste voie, tracée en 643.

Les choses étant ce qu’elles sont, on ne peut attendre de ces révolutions qu’un rappel de la règle millénaire : l’islam ou l’armée, ou l’armée et l’islam. Tant que ces pays arabisés n’auront pas brisé le sabre d’Allah pour se libérer enfin de la double occupation qu’il impose depuis quatorze siècles, ils resteront ce qu’ils sont, conformes à ce qui leur a été imposé par la force et la terreur.  

 

 

 

24 juillet 2013

Décryptage des discours de ministre

 

 

 Inacceptable, intolérable, insupportable, etc.

 

 

Si l'on devait résumer par un mot la « pensée » politique de M. de Hollande et de ses ministres (pas de panique : c'est le degré zéro de la pensée, zéro ou en-dessous de zéro, et même jusqu'au zéro absolu), ce serait inacceptable, intolérable, insupportable, etc. ou tout autre adjectif formé à partir du même schéma : préfixe « in » de sens négatif + verbe transitif + suffixe – able (ou – ible), ce dernier signifiant à la fois la potentialité (ou la capacité) et le passif. Inacceptable, c'est ce « qui ne peut pas pas être accepté », intolérable « qui ne peut pas être toléré », insupportable « qui ne peut pas être supporté (au sens d'enduré) ».

Ces adjectifs sont les oriflammes du Socialisme, restauré le 6 mai 2012 avec son cortège habituel de langue de béton armé, de falsification des faits, de désinformation, de petites blagues, de répression sauvage, de censure, de bêtise immonde, de saloperies mafieuses, de vol d'argent public, etc. Le monstre pense par formes négatives. Il est « in », non pas au sens où il est dans le vent ou tendance, mais dans le sens négatif du préfixe : il nie et comme tout négation est une dénégation, il dénie. Le Socialisme restauré, c'est le déni de réel, le négationnisme, la négation de ce qui est et qui revient à affirmer que ce qui est n'est pas, que nous voyons ce que nous ne devrions pas voir et que le réel est invisible ou qu'il n'est visible que par quelques grands prêtres assermentés par l'Elysée.

Accepter, c'est dire oui et dire oui à quelque chose d'agréable : un cadeau, une invitation,. Tolérer ou être tolérant, c'est le summum du vertuisme. Supporter au sens d'endurer, c'est une preuve de grandeur d'âme. Ces sens positifs sont contraires au « in » négatif. La négation est à la fois un oxymore et un paroxysme. Entre le sens négatif du préfixe et le sens positif des verbes se creuse un abîme, qui ne sera jamais franchi ni comblé. D'un ministre, on attend qu'il dise « non » et non pas qu'il se répande dans les médias pour affirmer qu'il est impossible de dire oui. De dire non à dire que l'on ne peut pas opiner, s'étendent les sables mouvants de l'inconscient et les marais putrides de la mauvaise conscience. Les grands principes interdisent aux ministres d'opiner au racisme et au nazisme islamiques; d'ailleurs tout les en protège (privilèges, avantages exorbitants, argent qui coule à flots dans leurs comptes, beaux quartiers où ils résident, les policiers à leur service, etc.), mais les citoyens lambda ou « de souche » sont contraints, par des rapports de force en leur défaveur, à tout accepter, à tout tolérer, à tout endurer, lapidations, vols, blessés détroussés, policiers, pompiers, ambulanciers attaqués, etc.

Inacceptable se traduit donc ainsi : certes, les citoyens vivent dans l'enfer, mais qu'ils ne comptent pas sur M. de Hollande et ses ministres pour faire cesser cet enfer.

 

 

19 juillet 2013

Reprise

 

 

 

            Ce mot, qui est le participe passé du verbe reprendre employé comme nom de genre féminin, est attesté au début du XIIIe siècle au sens d’action de reprendre ou d’action de continuer ce qui a été ininterrompu. Fort ancien, il a connu au fil des siècles d’innombrables emplois, techniques ou non, dans des domaines divers, tels que l’équitation, le théâtre, la couture et le ravaudage, la comptabilité, le droit, la musique, la mécanique (les fameuses reprises des moteurs d’automobiles nerveuses ou puissantes), la botanique, la marine, le tennis (le commandement reprise se substitue en France au time anglais pour annoncer la fin de la minute et demie de repos), certains jeux de carte, l’art de peindre, la maçonnerie, l’escrime, etc.

            Lorsque M. de Hollande a benoîtement déclaré « la reprise est là », ce n’est pas dans ces sens anciens qu’il a employé reprise, mais dans un sens tout moderne, car, bien que M. de Hollande soit l’homme de la Restauration socialiste et que le socialisme ne soit plus qu’un cadavre en décomposition, dont on cherche, en haut lieu, à se débarrasser dare-dare, il emploie des mots de la dernière modernité ou de vieux mots, mais dans un sens hypermoderne. Ce sens est ignoré de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) et il est relevé pour la première fois par les académiciens dans la huitième édition du DAF (1932-35) et dans un emploi qui convient assez bien aux socialistes quand ceux-ci se convertissent, mal ou en partie, aux dures réalités du monde : « La reprise des affaires, le recommencement des transactions commerciales, des entreprises industrielles qui avaient éprouvé du ralentissement ». Le restaurateur du socialisme se réjouit que les pires de ses ennemis de classe, à savoir les financiers, ceux dont il a voulu ou a annoncé la mort, reprennent du poil de la bête et retrouvent un peu de leur splendeur d’antan. Il est difficile de faire mieux en matière de retournement ou de retour en arrière.     

Il faut attendre la publication du Trésor de la langue française (1971-94) pour lire une définition « moderne » de reprise qui éclaire l’emploi qu’en fait M. de Hollande : « (en économie) fait de s’accroître, pour une économie ou un secteur économique, et de retrouver un cours normal après une période de déprime ». Il reste évidemment à examiner si ce sens-là peut s’appliquer à l’état de l’économie française en juillet 2013, au moment où M. de Hollande a déclaré « la reprise est là » - , c’est-à-dire sous nos yeux, qu’il suffit d’ouvrir grands pour voir les manifestations ou les effets de la reprise dans la réalité des choses. Ce président n’est pas très intelligent ; il n’est pas non plus réputé avoir une vue perçante, étant bigleux. Sa déclaration n’a aucun sens, à moins qu’il n’ait voulu employer l’adjectif las, féminin lasse, et qu’il ait oublié d’accorder l’adjectif avec le nom. « La reprise est lasse » - fatiguée comme l’économie, les affaires, la croissance, au point de ne jamais plus advenir, le socialisme restauré étant un obstacle à toute prospérité.

 

 

14 juillet 2013

Nationalisme, nationaliste

 

 

 

Nationalisme et nationaliste sont devenus, comme populisme et populiste, des insultes, du moins dans le discours des instruits et bien sachant du complexe médiatico-politique.

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne consacre aucun article à nationalisme, bien que ce mot soit attesté pour la première fois en 1798, près de trois-quarts de siècle avant qu’il ait publié son dictionnaire. Dans le Trésor de la Langue française (1971-1994), le nationalisme est entendu dans un sens qui varie suivant les lieux et les moments, tantôt favorable, tantôt défavorable. En 1798, l’abbé Barruel, qui était hostile à la Révolution, le définit comme « l’exaltation du sentiment national ». Ce mot péjoratif a le sens de « chauvinisme » ou de « xénophobie ». C’est à peu de chose près le sens qu’il prend aujourd’hui, non plus chez les héritiers de la Contre Révolution, mais chez les encenseurs de la Révolution, comme si, deux siècles plus tard, les idéologies opposées avaient échangé leurs paradigmes. En 1834, nationalisme est attesté chez Lamartine dans un sens positif. Ce n’est plus une opinion criminelle, mais une vertu de la République impériale. En 1865, il est défini dans le Grand Dictionnaire du 19e siècle, ce dictionnaire militant, progressiste, anticlérical, républicain, franc-maçon, etc. du pédago Pierre Larousse (qui s’incarne aujourd’hui en MM. Jospin, Hollande, Mélenchon, Besancenot et tutti quanti), dans le sens élogieux et très positif « d’aspiration à l’indépendance politique et économique d’une nation opprimée »

Nationalisme est donc problématique, dans la mesure où le lien étroit avec l’article 3 de la Déclaration de 1789 (« le principe de souveraineté réside essentiellement dans la nation », la nation étant le seul souverain) fait l’objet de jugements opposés. Ainsi, la même « exaltation du sentiment national » est tantôt un crime, tantôt une noble inspiration.

En dépit de leur objectivité apparente, les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-94) prennent parti. Il n’est pas d’autre jugement que tranché et binaire, le moyen terme est inconcevable. Ou bien le nationalisme est le « courant de pensée, après la Révolution française, fondé sur la sauvegarde des intérêts nationaux et l’exaltation de certaines valeurs nationales » ; ou bien il « exalte les caractères propres, les valeurs traditionnelles d’une nation considérée comme supérieure aux autres et qui s’accompagne de xénophobie et/ou de racisme et d’une volonté d’isolement économique et culturel ». C’est le progrès ou la régression, la marche en avant ou le retour en arrière, le moderne ou l’archaïque, le jacobinisme ou l’extrême droite. Les citations qui illustrent ces acceptions sont tirées d’ouvrages écrits par des marxistes qui, s’ils avaient été soviétiques, auraient envoyé sans hésiter les résistants polonais, baltes, ouzbeks, ukrainiens, etc. au Goulag. L’ouvrage intitulé La Nation (Editions sociales, 1979 : comprendre les éditions de la SFIC, dite PCF) est cité deux fois. L’auteur, un dénommé Martelli, est un écrivaillon qui s’est spécialisé dans les brouets idéologiques. Idéologue attitré, en sa qualité « d’agrégé », du Parti communiste, il a toujours nié que des millions d’innocents aient été envoyés à la mort dans les glaces de Sibérie et que des millions d’autres innocents aient été exterminés. Ce pedigree explique les jugements exprimés : « dans son premier sens le nationalisme est (...) marqué dans un sens révolutionnaire et se confond avec la conscience nationale révolutionnaire (encore convient-il de noter que la référence nationale sert de justificatif dans la phase d'expansion territoriale et de conquête, pendant la Révolution elle-même) » et « le nationalisme organisé en partis politiques tend (...) à exprimer des politiques de droite, à justifier la remise en cause des acquis républicains (...) et, plus largement, à justifier idéologiquement la politique d’expansion de l’impérialisme français (le nationalisme s’articule alors aux idéologies élaborées dans le cadre de la politique d’État) ». De même, sont cités le marxisant Jaurès (« la nation demande son salut aux conceptions les plus rétrogrades, à la politique la plus détestable et au plus stérile et avilissant nationalisme »), le progressiste Durkheim (« tout retour d’un nationalisme étroit a toujours pour conséquence un développement de l’esprit protectionniste, c’est-à-dire une tendance des peuples à s’isoler, économiquement et moralement, les uns des autres »), Roger Martin du Gard qui, par pacifisme, s’est rapproché des communistes  (« la presse est à la solde des nationalismes (…) ; pour masquer leurs convoitises, tous les gouvernements ont besoin d'une presse mensongère qui persuade à leurs peuples qu'en se massacrant les uns les autres, chacun d’eux se sacrifie héroïquement à une cause sainte, à la défense sacrée du sol »). Le seul nationalisme qui trouve grâce aux yeux des auteurs du Trésor de la langue française est celui des pays du tiers-monde, bien que, dans ces pays, la prise du pouvoir par les nationalistes se fût accompagnée d’une épuration ethnique, de haines racistes inexpiables et de l’expulsion, par la menace ou violemment, de ceux qui n’étaient pas de la bonne race ou religion.

La partialité atteint son acmé dans cet extrait : « Acceptation d’un déterminisme, ce nationalisme exalte (...) la volonté de combattre tous ceux qui s’opposent au salut de l’État... Il ne se présente pas comme une opinion, mais comme l’évidence d’une condition que seuls nient les imbéciles et les criminels ; d’où son fanatisme, caractéristique des doctrines qui énoncent une fatalité de l’histoire ».  Rien n’est dit de l’élimination par l’URSS de centaines de milliers de Polonais, Ukrainiens, Lettons, Estoniens, Lithuaniens, Ouzbeks, Tchétchènes, Japonais. Il n’a servi à rien que les dissidents soviétiques aient mis en lumière que l’accusation de nationalisme servait de prétexte pour éliminer les opposants ou les peuples jugés inférieurs, ni que, lors de la Deuxième Guerre Mondiale, les nationalistes, anglais, français, polonais, serbes, etc. combattaient à Londres ou de Londres un Reich, c’est-à-dire un Empire, qui a exterminé autant d’innocents que l’Empire soviétique, chéri des nationalismophobes actuels. Il est vrai que ceux-ci n’ont pas fait ce séjour dans des camps soviétiques ou nazis qui leur eût peut-être ouvert les yeux.

 

 

Jacques Rossi, ce Français polyglotte qui fut un agent actif de l’Internationale communiste pendant une dizaine d’années, a été condamné en 1937 à cinq années de Goulag, puis à vingt années supplémentaires, pour avoir « espionné » sa patrie soviétique au profit de la France et de la Pologne. Il n’a pu quitter l’URSS pour la Pologne qu’en 1961 et il a retrouvé son pays, la France, à la fin des années 1980. De son expérience, il a tiré un ouvrage admirable, Le Manuel du Goulag, écrit en russe, traduit d’abord en anglais, et dont une version française réduite a été publiée en 1997 au Cherche Midi. Dans cet ouvrage, qu’il présente sous la forme d’un dictionnaire encyclopédique, Rossi examine les mots, les idées, les faits du communisme. Il n’est pas de mensonge qui résiste à l’examen. En voici l’article nationalisme (ou nationaliste) bourgeois : « Dès le lendemain du coup d’Etat bolchevique de 1917, on trouve dans les prisons et dans les camps des gens condamnés pour « nationalisme bourgeois ». Si au début il y a parmi les coupables des Russes de « race pure », à partir du début des années 1920, on ne rencontre plus parmi eux que des non russes. L’auteur, qui a connu des dizaines d’établissements pénitentiaires soviétiques de 1937 à 1958, n’a jamais rencontré de Russe avec ce chef d’accusation. En revanche, le nombre de nationalistes bourgeois non russes n’a cessé d’augmenter ». Après 1945, même des Japonais, qui résistaient à la tyrannie, ont été condamnés en URSS aux travaux forcés. Sous l’inculpation de nationalisme, se cache le racisme : le nationaliste, c’est l’autre. Ce n’est pas le bourreau, c’est la victime. Les nationalistes sont des hommes et des femmes qui résistent, par la désobéissance ou en faisant preuve de mauvaise volonté, aux armées qui ont envahi leur pays. Avant d’être condamnés ou exécutés, ils ont été étiquetés ennemi du peuple, bourreau de l’humanité, nationaliste bourgeois ou Finlandais blanc. Ce dernier terme, précise Rossi, « apparaît lors de la tentative d’annexion de la Finlande par l’URSS en 1917-1918, et réapparaît en 1939, au moment de l’agression de la Finlande par les Soviétiques ». L’accusation « nationalisme » est le prétexte qui a déclenché une vaste purification ethnique. 

 

07 juillet 2013

Justice

 

 

La justice est la grande affaire des Ans I et II de la Restauration socialiste. M. de Hollande, chef de la bannière socialiste du canton de Tulle, n’a que justice en bouche et M. Ayrault de Saint-Herblain, porteur des bannières de Bretagne et de Basse-Loire, prétend rétablir la justice partout où il passe, et même là où il n’ira jamais.  Leur justice n’est pas celle de la baronne Bitaura, qui se contente de garder les sceaux de l’Etat : ils sont à l’abri dans des salles mieux protégées que des coffres-forts blindés.

Dans le Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935, la conception de la justice est stable : c’est la « vertu morale qui rend à chacun ce qui lui appartient ». Ce qui est supposé, c’est qu’un individu, sujet, personne ou un groupe ou une communauté ont été spoliés : un bien (argent, immeuble, terre, droit, etc.) leur appartenant leur a été enlevé par la violence ou arbitrairement. La justice consiste à les remettre en possession de ce bien ou à leur permettre de jouir à nouveau de ce ou ces droits. Voilà pourquoi dans les exemples des dictionnaires, la justice est la « reine des vertus » et que « les Etats sans justice sont de grands brigandages ».

Qu’en est-il des décisions prises depuis un an ou plus par les ministres de M. de Hollande, chef des cantonniers de Tulle, et votées par les députés et sénateurs de sa bannière ? Elles relèvent de tout ce que l’on veut, sauf de la justice. En quoi accorder aux camarades de la fonction publique, instituteurs ou agents du trésor, le droit de prendre leur retraite deux ans avant les autres, qui n’ont pas l’heur d’appartenir à la race élue des prébendiers du pouvoir, est-il une mesure de justice, comme l’ont clamé MM de Hollande, Ayrault de Saint-Herblain, Payons de la Boutique et tous leurs perroquets ? Rien de ce qui leur appartenait ne leur a été rendu. D’ailleurs, ils n’ont été privés de rien. Mais un privilège leur a été prodigué, que les travailleurs vont payer. C’est le contraire exact de la justice.

La Sécurité sociale est une d’abord une assurance : se font rembourser leurs soins ceux qui cotisent. En quoi soigner gratuitement des clandestins qui n’ont jamais cotisé et ne cotiseront jamais est-il une mesure de justice ? C’est l’exact contraire. Les victimes de l’injustice sont ceux qui cotisent et qui, en plus, ne se font pas soigner gratuitement.

On pourrait multiplier les exemples, qui prouvent que chaque fois que MM. de Hollande, de la Boutique, de Saint-Herblain, etc. ou Mmes de Touraine, de Bitaura, des Flots et l’émissaire de Sa Majesté M6 emploient le mot « justice », il faut l’entendre au sens d’injustice et mettre un préfixe négatif devant chacun des mots dont ils usent. La vertu, chez ces gens-là, se confond avec le vice, le pire, celui qui non seulement met de l’injustice partout, mais encore tord le sens des mots les plus nobles pour les jeter dans les culs de basse fosse du brigandage.          

 

02 juillet 2013

Discriminer

 

 

 

 

En latin, discriminare a pour sens « séparer » ou « diviser ». D’une route, on disait en latin qu’elle discrimine, c’est-à-dire sépare en deux parties, une région ; ou d’une route éclairée par des torches, qu’elle « discrimine les champs contigus », la lumière des torches séparant nettement la route éclairée des champs obscurs.

En 1876, le verbe discriminer, emprunté au latin, sous la forme du participe présent et adjectif discriminant, est attesté en français comme terme de mathématique (Littré, Supplément au Dictionnaire de la Langue française). Voici la phrase citée que les mathématiciens comprendront : « si on différentie une forme à k variables, le résultant de ces k dérivées prend le nom de discriminant de la forme x (fonctions homogènes à un nombre quelconque d’inconnues). Il n’est pas nécessaire d’avoir l’expression du discriminant pour construire la solutive ». Ce verbe est donc de la dernière modernité. Il n’est relevé dans aucune des huit éditions (1694-1935) du Dictionnaire de l’Académie française. En revanche, à ce verbe, il est consacré un article dans le Trésor de la Langue française (1972-1994). Le sens n’est pas très différent du sens du verbe latin. Discriminer, c’est « différencier en vue d’un traitement séparé, un élément des autres ou plusieurs éléments les uns des autres en (le ou les) identifiant comme distinct(s) », c’est-à-dire s’adonner à une des plus hautes activités de l’esprit. Le verbe a pour synonyme distinguer. Ainsi on discrimine les problèmes, les rhumatismes infectieux, les choses, les sujets normaux des sujets présentant un syndrome mental donné, etc.

 

Le drame est que ce verbe ressemble au verbe anglais to discriminate, attesté en anglais depuis 1638, et qui, lui, a les deux sens que voici : « discriminate ong thing from another, between two things : make, see a difference between » (distinguer une chose d’une d’autre, entre deux choses, faire ou voir une différence entre deux choses) et « discriminate against ; treat differently, make distinctions. Laws which do not discriminate against anyone, treat all people in the same way » (discriminer quelqu’un, le traiter différemment. Lois qui ne discriminent personne, qui traitent tout le monde de la même manière).

Autrement dit, le verbe discriminer, au sens de violer le principe constitutionnel d’égalité des citoyens devant la loi, est un néologisme sémantique. Ce sens est étranger à la France, à son histoire, à sa civilisation. C’est un sens propre à l’anglais, langue dans laquelle to discriminate a désigné les déplaisantes réalités juridiques de la ségrégation raciale spécifique des Etats-Unis d’Amérique ou de l’Afrique du Sud. En France, les discriminations sont interdites depuis deux siècles ou plus. Introduire en français ce sens pour en faire une réalité sociale de la France, c’est une escroquerie. Mais la barrière de l’escroquerie n’arrête pas les sciencieux du social, ni les cultureux et autres journaleux, ni les politiqueux. L’importer pour le plaquer sans vergogne sur les réalités de la France est peut-être conforme aux règles du libre échange ou du commerce international, mais doublement inutile : la langue française est libéralement pourvue en monstres et la discrimination n’a pas de réalité en France, sinon dans les plus hautes activités intellectuelles, quand l’esprit s’efforce de distinguer des propriétés différentes ou de séparer l’une de l’autre des molécules, comme Lavoisier l’a appris à faire aux chimistes modernes.

Employer des mots impropres ou réciter des formules obscures pour faire advenir des réalités qui n’existent pas, c’est de la magie. C’est sans doute aussi ça les sciences sociales et la culture des cultureux.

 

 

24 juin 2013

Privilèges

 

Privilèges de tout type, de toute sorte, de toute espèce, himalaya de privilèges et autres avantages indus mais acquis, etc.

 

 

Dans la langue latine du droit, le nom privilegium désignait une loi (lex, legis) qui concernait un particulier (privus) ou une personne unique, soit que la loi en question ait été hostile à cette personne, soit qu’elle lui ait été favorable. Il est acclimaté en français sous la forme francisée de privilège à la fin du XIIe siècle.

            Dans le Dictionnaire de l’Académie française en 1694, il a le sens de « faculté accordée à un particulier ou à une communauté de faire quelque chose à l’exclusion de tous autres » (1762 : « faculté (…) de faire quelque chose ou de jouir de quelque avantage à l’exclusion des autres ») et aussi « d’acte qui contient la concession du privilège ». Les « sociétés » d’Ancien Régime étaient des sociétés de privilèges, c’est-à-dire de lois spécifiques dont jouissaient les communautés, les corps, les corporations, les jurandes, les familles, même les plus petites et les moins influentes, et, en conséquence, les personnes, même les plus pauvres, qui étaient membres de ces communautés, corps, corporations, familles, etc. Chacun jouissait de privilèges, certes spécifiques et différents les uns des autres, mais, de ce point de vue, il y avait égalité : les privilèges étaient pour tous, chacun avait ses privilèges, dont il excipait volontiers pour défendre ses droits, ses revenus, son niveau de vie ou celui de ses enfants, l’Ancien Régime ignorant l’universalité des lois, règles, règlements, etc. Dans les anciens dictionnaires, cet état de choses, qui nous semble, à nous modernes, incompréhensible, tant nous aspirons au nivellement ou à l’arasement de ce qui dépasse ou à la destruction des différences, est assez bien décrit par cette autre définition (1694, 1762, 1798, 1835), qui confirme l’universalité des privilèges : « privilège se dit de toutes sortes de droits, de prérogatives, d’avantages attachés aux charges, aux emplois, aux conditions, aux états, etc. ». Ainsi le privilège de librairie, d’imprimerie ou d’édition, garantissait à un libraire le droit d’exploiter pendant x années l’ouvrage qu’il avait fait imprimer… Le privilège protégeait aussi les créanciers qui avaient « le droit, établi par la loi, de se faire payer sur certains objets préférablement à tous autres créanciers, à cause de la qualité de leur dette ».

            Les révolutionnaires ont réussi à faire accroire à l’injustice des privilèges, abolis par la porte en 1789 et rétablis par les fenêtres grandes ouvertes, mais sous une autre forme, dès le lendemain. Car, s’il est un pays dans le monde qui étouffe sous des montagnes de privilèges, c’est bien la France et même, comme dirait un idéologue jadis célèbre, la seule France. Evidemment, le nom privilèges est tabou et il est interdit de le prononcer, les privilèges étant habilement dénommés avantages ou hypocritement grimés en mesures de justice ou qui rétablissent une justice longtemps bafouée. Récemment, dix députés (c’est fort peu, à peine 2% des 577 élus de la Nation) ont demandé à ce que soient abolis les privilèges (retraites scandaleusement avantageuses, réserve personnelle, plus de 70000 euros de revenus défiscalisés chaque année, possibilité d’acquérir un bien avec de l’argent public, etc. etc. etc.) dont ils jouissent et dont ils ont honte, alors que les sénateurs et autres politiciens régionaux n’ont pas honte des privilèges encore plus nombreux qui leur sont prodigués.

Il est d’autres privilèges dont jouissent les fonctionnaires et assimilés pour ce qui est des pensions et qui ne sont pas près d’être, non pas supprimés (ne rêvons pas), mais diminués, par exemple par alignement des droits sur le lot commun. L’ineffable M. Ayrault de Saint-Herblain, chef de la bannière socialiste de Bretagne et des Pays de la Loire, a désigné, pour proposer des réformes à son gouvernement, un de ses clients et obligés, dame Moreau, 68 ans, camarade de chez camarade et fonctionnaire de chez fonctionnaire, fonctionnaire camarade ou camarade fonctionnaire. Si dame Moreau, dès son plus jeune âge, ne s’était pas mise au service des politiciens Mitterrand, Chevènement, Jospin, Hollande, etc., elle aurait terminé sa carrière comme administrateur civil au secrétariat aux anciens combattants. Au lieu de quoi, grâce à ses protecteurs, elle a surfé sur tous les sommets de la haute fonction publique, elle et son mari, à près de 20000 euros par mois et autant pour la pension. Ses propositions de réforme sont à l’image de ce qu’elle est (camarade) et de sa carrière (fonctionnaire camarade) : on ne touche pas au moindre iota des nombreux privilèges des fonctionnaires et assimilés (régimes spéciaux et autres), mais on fait payer les entrepreneurs, les seuls qui soient en mesure de faire travailler autrui, mais qui croulent sous les impôts, charges, taxes, etc. Pour eux, la loi qui se prépare va renouer avec ce qu’était un privilège dans le droit latin, c’est-à-dire une loi qui leur est hostile et qui n’est hostile qu’à eux.

 

 

 

20 juin 2013

Islamophobie et autres phobies

 

 

 

 

            Phobie, du grec phobia, « peur morbide », est d’abord employé par les psychologues, psychiatres et autres spécialistes de psychopathologie (ou maladie de l’esprit) pour composer des mots savants ou plus ou moins savants qui désignent des désordres mentaux ou des peurs maladives. On peut se demander si ces désordres mentaux ont une réalité ou s’ils sont seulement la conséquence nécessaire, presque arithmétique, de la multiplication des psys de tout type, genre, sexe, ethnie, nationalité, depuis un siècle et demi, psys qui ont dû inventer d’innombrables désordres mentaux et les nommer, ne serait-ce que pour justifier leur existence. C’est à partir de 1897 que les psychologues et psychopathologues français, à l’instar de leurs homologues anglais, commencent à employer phobie comme mot autonome, et non plus comme élément servant à former des noms composés. Phobie est enregistré dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) : « Peur morbide de certains actes ou de certains objets » (avoir la phobie de la parole publique, la phobie de l'automobile ; il a des phobies étranges). La définition n’est contaminée par le jargon psy, bien que la peur soit qualifiée de « morbide ». En revanche, les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) en rédigent une version psy : « (Psychopathologie) Symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée », définie qui est illustrée de cet extrait psy d’un psy : « Parmi les anomalies mentales, l’une des plus curieuses est celle qu’on nomme la phobie. Les analystes définissent, en général, la phobie comme une peur excessive qui a son origine dans une série complexe de situations et de rapports, et qui conduit à l’hostilité, à une agressivité refoulée ou à un sentiment de culpabilité très intense ». La modernité étant furieusement psy, le mot sort des cabinets de psy et des asiles d’aliénés pour désigner une « aversion très vive, irraisonnée ou une peur instinctive » (phobie de l’automobile, du mariage, des moustiques, de la poussière, du tabac, l’incendie). Le même phénomène d’extension de sens est noté par les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication) : « Réaction irraisonnée d’angoisse et de répulsion, suscitée de façon persistante et injustifiée par un être vivant, un objet ou une situation » et, « par affaiblissement », « aversion, répugnance instinctive pour un être, une chose, une situation ».

Le préfixe anti sert à former des milliers de mots. D’un individu ou d’un groupe d’individus, d’une pensée, d’un pays, d’une organisation, qui, entre 1930 et 1945, ont rejeté ou critiqué le socialisme national ou s’y sont opposés, on dit qu’ils sont antinazis. Les jésuites de Lyon qui, en 1941, ont fondé Témoignage catholique devenu, par souci d’œcuménisme, Témoignage chrétien, et qui, dans une belle et émouvante prosopopée, ont exhorté la France « à ne pas perdre son âme », ce qu’elle faisait en collaborant avec les armées d’occupation, sont antinazis. Ceux qui critiquent le fascisme ou s’y opposent sont antifascistes. Ceux qui critiquent le christianisme sont antichrétiens. Voltaire qui critiquait la Révélation, dont il jugeait qu’elle était source d’abus, était anti-judaïque et antichrétien. Comme il déteste les despotes cruels, il a composé une tragédie, Mahomet, dans laquelle le prophète a les traits d’un tyran barbare. Voltaire peut être dit anti-musulman. Selon les auteurs du Trésor de la Langue Française, « anti- est toujours en expansion ». Ceux qu’horripilent les cyclistes, les camions, la dépression nerveuse, les fusées, la lune, sont ou peuvent être dits anticyclistes, anticamions, antilune, antifusées, antidépression. Il n’y a pas de limite à la formation de mots suivant ce modèle. En usant du mot ainsi forgé, le sujet parlant fait savoir qu’il est contre la notion, la chose, la personne désignée par le mot qui suit anti. C’est clair, simple, efficace, sans ambiguïté. Pourtant, anti ne suffit pas. Les réserves, même timides, sur les homosexuels ou leurs mœurs, valent à ceux qui les expriment d’être taxés d’homophobie. S’il est question d’islam, toute critique de cette religion et des musulmans, même bénigne, parfaitement légitime en France, puisqu’elle est reconnue par le droit de « libre communication des opinions et des pensées » (in Déclaration des droits de l’Homme, 1789), devient de l’islamophobie.

Phobie, terme de psychologie et de psychiatrie attesté à la fin du XIXe siècle, à la grande époque du scientisme triomphant, n’est pas neutre. Ce qu’il désigne n’est pas une répugnance ou une peur ordinaire, c’est un « symptôme névrotique » qui se caractérise par « une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée ». Phobie contient l’essence de la modernité, qui consiste à multiplier des normes imaginaires et à accuser de folie ceux qui ont l’imprudence de se tenir à l’écart de la grande folie totalitaire moderne. Ainsi, chaque fois qu’un citoyen ose dire ce qu’il est interdit de dire ou ose penser ce qu’il est interdit de penser, c’est-à-dire chaque fois qu’il fait usage de sa liberté, que lui garantit la déclaration des droits de l’homme, une maladie mentale, purement imaginaire, lui est imputée et, ce qui n’est pas imaginaire, une place lui est réservée à l’hôpital psychiatrique.

C’est au cœur de ces momeries bouffonnes qu’ont été fabriquées deux nouvelles phobies, qui n’ont pas plus de réalité que la phobie des dinosaures ou celle des cirons, à savoir l’homophobie et l’islamophobie, mais qui sont, comme le principe de précaution, éminemment politiques. L’objectif n’est pas seulement de faire taire, il est aussi de faire honte. Se livrer à un examen critique de l’islam et de l’Islam, comme on le fait, sans la moindre retenue, du christianisme ou de la Chrétienté (abolie depuis des siècles), est ramenée à une folie. La critique de l’islam en tant que religion (avec un i minuscule) ou de l’Islam (avec un I majuscule) en tant que civilisation, à partir du moment où elle est qualifiée d’islamophobie, devient taboue. Si, malgré l’interdit, elle se fait entendre, celui qui ose l’exprimer est un dérangé mental. Un libre penseur qui critique les chrétiens et le christianisme n’est pas christianophobe. Là où la critique raisonnée des dogmes est une phobie, la liberté d’examen est abolie. Dans les tyrannies, qu’elles soient modernes ou archaïques, communistes ou fascistes ou musulmanes, la liberté d’examen est impossible. C’est ce qui menace en France où il est fait obligation de renoncer à l’exercice du libre examen devant les forteresses islam et Islam. La stigmatisation islamophobe est le prodrome de futurs bûchers.

 

La relation existant entre les deux « mots », islam et phobie,  qui composent islamophobie est ambiguë, islam étant complément du nom phobie : c’est, mot à mot, la phobie de l’islam. Or, les exemples de grammaire célèbres comme la « crainte » ou « la peur des ennemis » prouvent que ces constructions « nom (désignant un sentiment) + de + nom (désignant des personnes, une religion ou une entité composée d'êtres humains) » portent en elles deux sens opposés suivant que les personnes (les ennemis dans l'exemple ci-dessus) éprouvent de la haine ou en sont la cible. De la même manière, l'islamophobie peut désigner la haine vouée à l'islam et aux sectateurs de cette religion ou bien la haine phobique et même rabique que l'islam et les musulmans vouent aux juifs, aux païens, aux koufars et aux « associateurs » des traductions du Coran, c'est-à-dire aux chrétiens.

La première de ces haines est avérée dans de nombreux pays au monde : en Inde, en Afrique australe, en Arménie, en Europe du Sud-est et elle est justifiée par les innombrables crimes contre l'humanité, dont les musulmans se sont rendus coupables au cours de l'histoire, et jusqu'à aujourd'hui. Mais elle n'est guère avérée en France, sinon dans les discours des musulmans et affidés. Ce qui est attesté, c'est le contraire, l'islamophilie, l’amour de l’islam, la complaisance envers l’islam, l’impunité totale dont jouissent l’islam et les musulmans.

La seconde de ces haines, à savoir la haine que les musulmans vouent à ce qui n’est pas islam, est avérée depuis plus de quatorze siècles dans les faits, les événements, les textes fondateurs, le Coran, les hadiths, la Sunna, les textes de loi et les règlements en vigueur dans les pays musulmans. De fait, c’est l’islam qui nourrit une islamophobie délirante et ce sont les musulmans qui accablent d’une haine sans limite et sans fin leurs voisins, les étrangers, les autochtones, tous ceux qui n’ont pas prononcé la chouhada. Le racisme, le vrai, le racisme brut, primaire, le racisme des bas instincts et des tripes, le racisme pulsionnel, est là, consubstantiel à l’islam et à l’islamophobie qui nourrit les musulmans.