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<title>Nouvelle Langue Française - dictionnaire_critique_de_la_nlf</title>
<description>Dissoudre l'idéologie qui alimente la NLF</description>
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<lastBuildDate>Mon, 04 Jan 2010 08:59:43 +0100</lastBuildDate>
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<title>Acclimater</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Arouet le Jeune)</author>
<category>Dictionnaire critique de la NLF</category>
<pubDate>Mon, 04 Jan 2010 08:59:43 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77), c'est l'abbé Raynal (1713-96), abbé philosophe et des Lumières, qui, le premier, aurait employé&amp;nbsp;» &lt;i&gt;acclimater&lt;/i&gt;, que «&amp;nbsp;l'Académie n'a reconnu que dans son édition de 1798&amp;nbsp;», et qui se substitue au vieux verbe &lt;i&gt;empayser&lt;/i&gt;, encore en usage au XVIe siècle et jusqu'au milieu du XVIIe siècle, comme dans cet extrait&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;le laurier se laisse aussi &lt;i&gt;empayser&lt;/i&gt; en toutes régions&amp;nbsp;». En fait, ce verbe, dérivé du nom &lt;i&gt;climat&lt;/i&gt;, a été formé par Buffon en 1775, dans son &lt;i&gt;Histoire naturelle&lt;/i&gt;, à propos des oiseaux exotiques, tels les bengalis&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;ces oiseaux se transportent assez difficilement et ne s'accoutument qu'avec peine à un autre climat&amp;nbsp;; mais une fois acclimatés, ils vivent jusqu'à six ou sept ans&amp;nbsp;». Dans ce contexte, &lt;i&gt;acclimater&lt;/i&gt; a pour sens «&amp;nbsp;accoutumer à un nouveau climat&amp;nbsp;», le climat n'étant pas défini par la température, mais par la position du lieu sur le globe terrestre (cf. la note consacrée à &lt;i&gt;climat&lt;/i&gt;, décembre 2009). Le sens de &lt;i&gt;climat&lt;/i&gt; évoluant, le verbe &lt;i&gt;acclimater&lt;/i&gt; prend le sens «&amp;nbsp;d'accoutumer à la température d'un nouveau climat&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt;, 1798, cinquième édition, laquelle a été plus prompte (à peine plus de vingt ans) que ne le pense Littré à reconnaître ce verbe, dont le sens est illustré par &lt;i&gt;il faut du temps pour acclimater une plante étrangère&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette même édition, comme dans la suivante (1832-35), les académiciens relèvent l'emploi au verbe à la forme pronominale et à propos des êtres humains&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;on dit aussi, avec le pronom personnel, &lt;i&gt;s'acclimater&lt;/i&gt; pour dire se faire à un nouveau climat&amp;nbsp;». L'exemple &lt;i&gt;les habitants de l'Europe s'acclimatent difficilement dans les Antilles&lt;/i&gt; &lt;a name=&quot;ACAD1835&quot; id=&quot;ACAD1835&quot;&gt;&lt;/a&gt;réfère à une réalité qui paraît aujourd'hui totalement fantasmée. D'ailleurs, Littré (&lt;i&gt;op. Cit.&lt;/i&gt;) remplace &lt;i&gt;Antilles&lt;/i&gt; par &lt;i&gt;Indes&lt;/i&gt; &lt;a name=&quot;LITTRE1872&quot; id=&quot;LITTRE1872&quot;&gt;&lt;/a&gt;pour illustrer les difficultés des Européens à s'acclimater sous les tropiques&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;les Européens s'acclimatent difficilement dans les Indes&amp;nbsp;», même s'il conserve l'exemple des Antilles pour illustrer le verbe &lt;i&gt;acclimater&lt;/i&gt;, au sens «&amp;nbsp;d'habituer à un nouveau climat, tellement qu'on n'en ressente plus aucune mauvaise influence&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;la mortalité est grande aux Antilles parmi les Européens qui ne sont pas encore acclimatés&amp;nbsp;»). Il fallait que la vie dans ces Antilles (aujourd'hui, destination touristique célèbre pour ses plages, ses cocotiers, son farniente) fût pénible ou dure au XIXe siècle pour que ces îles servent à illustrer les difficultés d'acclimatation, dont étaient exempts les créoles, c'est-à-dire les Européens nés aux Antilles et qui, pour cela, étaient dits &lt;i&gt;acclimatés de naissance&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'acclimatation (nom relevé pour la première fois par Littré, &lt;i&gt;op. Cit.&lt;/i&gt;), qui touche les hommes, les animaux (oiseaux, chevaux, chiens, etc.) et les plantes, se fait dans les deux sens, des pays exotiques vers l'Europe ou de l'Europe vers les pays exotiques, comme l'attestent ces exemples&amp;nbsp;: de Littré, «&amp;nbsp;&lt;i&gt;société d'acclimatation&lt;/i&gt;, société qui a pour objet d'acclimater en France des animaux et des plantes exotiques&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; (huitième édition, 1932-53)&amp;nbsp;: &lt;i&gt;jardin d'acclimatation&amp;nbsp;; société d'acclimatation&amp;nbsp;; cette plante a peine à s'acclimater dans nos régions&lt;/i&gt; ; de ce même dictionnaire, neuvième édition (en cours de publication)&amp;nbsp;: &lt;i&gt;on a acclimaté le vison en France&amp;nbsp;;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;le tabac, la pomme de terre et la tomate se sont bien acclimatés en Europe&lt;/i&gt;. Elle se fait même à l'intérieur de l'Europe, du sud vers le nord, comme dans cet exemple de la septième édition (1878-79) du &lt;i&gt;DAF&lt;/i&gt; : «&amp;nbsp;ce n'est qu'à force de soins qu'on acclimate dans le nord de l'Europe les races de brebis espagnoles&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le phénomène désigné par ces deux mots est lié à la mondialisation des échanges, qui n'est pas récente, mais date du XVIe siècle, et à l'expansion commerciale et militaire de l'Europe dans le monde. Il a, de toute évidence, frappé les esprits, au point de s'étendre, par analogie (métaphore), à des réalités «&amp;nbsp;abstraites&amp;nbsp;», idées, mœurs, coutumes, etc., comme l'atteste, avec retard, le &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; en 1932-35&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;figuré, en parlant des choses morales&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;au XVIIIe siècle, beaucoup d'idées venues de l'étranger se sont acclimatées en France&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces deux mots sont modernes aussi bien par l'époque à laquelle ils ont été formés que par l'idéologie qui les sous-tend, comme en témoigne l'article qui est consacré à &lt;i&gt;acclimater&lt;/i&gt; dans le &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94). C'est un terme de biologie&amp;nbsp;(«&amp;nbsp;accoutumer un organisme vivant, animal ou végétal, à un nouveau milieu biologique&amp;nbsp;») qui, de la science, s'étend à la société&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;accoutumer des hommes à de nouvelles conditions de vie, d'activité, de pensée&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;adapter des activités, une fonction, des œuvres à une situation nouvelle&amp;nbsp;», comme dans cet exemple de Durkheim (1893)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il faut s'ingénier pour trouver des moyens de soutenir la lutte, pour créer des spécialités nouvelles, pour les acclimater, etc. D'une manière générale, plus le milieu est sujet au changement, plus la part de l'intelligence dans la vie devient grande&amp;nbsp;; car elle seule peut retrouver les conditions nouvelles d'un équilibre qui se rompt sans cesse, et le restaurer&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, il ne semble pas que le phénomène d'acclimatation (des hommes, des plantes, des animaux, des idées, etc.) suscite aujourd'hui les difficultés de jadis. La mondialisation a effacé les différences et aboli les climats, au point que l'acclimatation n'a plus de raison d'être. N'importe quelle espèce animale ou végétale s'acclimate n'importe où. Il n'y a plus de société d'acclimatation, l'ancienne société d'acclimatation s'étant transformée en Société de Protection de la Nature, tandis que le jardin d'acclimatation, du Bois de Boulogne, a perdu ce qui faisait sa raison d'être. N'importe qui s'acclimate n'importe où ou à n'importe quoi ou acclimate n'importe quoi n'importe où. Il n'est pas nécessaire à un Malien (ou un Algérien, un Turc, un Chinois, etc.) de s'acclimater en France, où il est chez lui, alors que la réciprocité serait tenue pour du colonialisme. Le processus décrit à la fin du XVIIIe siècle par des hommes des Lumières semble être, comme les Lumières elles-mêmes, à bout de souffle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Galvaniser</title>
<link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2010/01/03/galvaniser.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Arouet le Jeune)</author>
<category>Dictionnaire critique de la NLF</category>
<pubDate>Sun, 03 Jan 2010 09:23:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Galvaniser, galvanisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces deux mots sont récents : &lt;i&gt;galvanisme&lt;/i&gt;, dérivé du nom du physicien italien, Luigi Galvani, qui a découvert, dans les années 1780, l'effet de l'électricité sur des grenouilles disséquées, date de 1797 ; &lt;i&gt;galvaniser&lt;/i&gt;, qui en est dérivé et qui a pour sens « faire contracter par l'électricité des muscles inertes », de 1799. C'est le physicien Volta, ami de Galvani et inventeur de la pile, où un courant électrique est produit par une réaction chimique, qui, le premier, a nommé &lt;i&gt;galvanisme&lt;/i&gt; ce phénomène, lequel a mis en branle les imaginations, au point de laisser accroire, même à des savants, qu'il suffirait, pour ressusciter les morts, de faire passer de l'électricité dans leur cerveau. C'est sans doute pour cette raison que les académiciens, qui habituellement se défient des mots nouveaux, qu'ils soient ou non de la science, enregistrent &lt;i&gt;galvanisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;galvanique&lt;/i&gt; dès 1832-35 (&lt;i&gt;DAF&lt;/i&gt;, sixième édition) et y consacrent une assez longue explication, qui relève, non des dictionnaires de mots, mais des dictionnaires de choses ou encyclopédies : « (terme de physique), nom donné à une classe de phénomènes électriques, qui consistent en des excitations musculaires produites, dans les substances animales, par le contact mutuel des muscles et des nerfs, ou par l'électricité qui se développe quand on met ces substances en communication, soit avec des métaux, soit entre elles, au moyen de conducteurs métalliques » (le galvanisme fut découvert par Galvani (sic) ; les applications du galvanisme ont été fort étendues par Volta), alors que la définition de &lt;i&gt;galvanique&lt;/i&gt; est sommaire : « (terme de physique) qui appartient, qui a rapport au galvanisme » (fluide, expériences, appareil, pile, galvaniques). Le verbe qui en est dérivé n'est pas enregistré dans cette sixième édition, mais dans le &lt;i&gt;Complément&lt;/i&gt; (au &lt;i&gt;DAF&lt;/i&gt;) de Barré (1842) : « il se dit quelquefois de l'action d'électriser au moyen de la pile galvanique ou voltaïque » et « il s'est dit surtout de l'opération qui consiste à imprimer des mouvements convulsifs à un cadavre, au moyen du galvanisme ». En 1861, ce verbe de science s'étend aux techniques industrielles : « recouvrir (du fer, par exemple) d'une couche de zinc », emploi qui est relevé dans la huitième édition (1932-35) du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; : « &lt;i&gt;galvaniser le fer&lt;/i&gt;, le plonger dans un bain de zinc fondu pour le recouvrir d'une couche de ce métal et le préserver de l'oxydation ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les deux mots désignent des phénomènes naturels, observés par des savants et qui, pour certains d'entre eux, tiennent de la magie ou du surnaturel. De fait, dans une France qui, dès la fin du XVIIIe siècle, s'imprègne d'idéologie occulto-socialiste, mixte des sciences occultes et de sciences sociales propagé par des voyants et des prophètes, ces deux mots sortent de la science pour désigner des phénomènes psychologiques, collectifs et sociaux. En 1831, le poète Barthélemy l'emploie dans &lt;i&gt;Némésis&lt;/i&gt; au sens de « donner une énergie soudaine et passagère », sens que Barré (1842) glose ainsi : « il s'est employé figurément dans le sens de donner une vie factice et momentanée » (galvaniser une société morte). Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77), qui est positiviste, semble se défier (cf. « vie factice ») de cette extension du verbe galvaniser à la psychologie sociale : « figuré, donner une vie factice et momentanée », défiance qui apparaît moins nettement dans la septième édition (1878-79) du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; : « figuré, donner une vie apparente et momentanée à une chose inerte ou qui a cessé de vivre ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Dans l'édition suivante (la huitième, 1932-35), est enregistré le sens actuel, dans lequel se cristallise la modernité ou mixte d'occultisme et de socialisme : « il signifie figurément donner à une société, à un groupe une animation, une vie momentanée et factice », l'illustrant d'un exemple qui fleure bon les décennies totalitaires : « les grands tribuns galvanisent les foules », tribuns parmi lesquels on comptait dans les années 1920-1930 Lénine, Trotski, Hitler, Mussolini, etc., belle brochette de tyrans modernes. De ce sens moderne, les rédacteurs du &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94), qui sont progressistes, donnent une définition moins tranchée : « le complément d'objet direct désigne une personne, un ensemble de personnes ou une qualité attachée à la personne) donner une impulsion nouvelle, communiquer une exaltation vive quoique passagère » (galvaniser les courages, les énergies, une foule), alors que les académiciens dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur dictionnaire, l'ère des totalitarismes meurtriers étant passée (peut-être est-ce une illusion), en proposent une définition plus apaisée qu'en 1932-35 : « (figuré) animer d'un enthousiasme soudain, d'une ardeur collective ». L'exemple ne fait plus allusion aux grands tribuns mais aux simples orateurs : cet orateur galvanise les foules.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Dans ce seul et même verbe galvaniser, se condense l'essence de la modernité scientiste et socialo-occultiste.&lt;/p&gt;
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<title>Retoquer</title>
<link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2009/12/30/retoquer.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Arouet le Jeune)</author>
<category>Dictionnaire critique de la NLF</category>
<pubDate>Wed, 30 Dec 2009 08:37:11 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dérivé du verbe &lt;i&gt;toquer&lt;/i&gt; («&amp;nbsp;toucher&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;frapper&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;offenser&amp;nbsp;», comme dans le proverbe «&amp;nbsp;qui toque l'un, toque l'autre&amp;nbsp;»), le verbe &lt;i&gt;retoquer&lt;/i&gt; est attesté en 1807 comme un terme du français régional, parlé en Lorraine et ayant le sens, quand il est employé au passif, «&amp;nbsp;d'être refusé&amp;nbsp;». Dans le français parlé en Normandie, il a pour sens, quand il est transitif («&amp;nbsp;retoquer quelqu'un&amp;nbsp;»), « accueillir quelqu'un en l'accablant de reproches&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est dans aucune des éditions publiées du &lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;. Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77) l'enregistre comme un «&amp;nbsp;terme familier&amp;nbsp;» qui est employé dans le contexte scolaire, où il signifie «&amp;nbsp;refuser à un examen&amp;nbsp;», sens qu'il illustre de cette phrase «&amp;nbsp;il se présentait à Saint-Cyr&amp;nbsp;; mais il a été retoqué&amp;nbsp;». L'auteur d'un dictionnaire d'argot moderne le tient lui pour «&amp;nbsp;argotique&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; ainsi dans ces exemples «&amp;nbsp;être retoqué au baccalauréat&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;le retoqué des dernières élections&amp;nbsp;». Les rédacteurs du &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94), qui le mentionnent comme «&amp;nbsp;argotique&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;populaire&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;vieilli&amp;nbsp;» (cela fait beaucoup pour un seul verbe), y donnent le même sens que Littré&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;refuser à un examen&amp;nbsp;» (synonymes &lt;i&gt;coller, recaler&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce dernier dictionnaire est récent et quasiment exhaustif&amp;nbsp;; pourtant, il n'enregistre pas l'emploi moderne de &lt;i&gt;retoquer&lt;/i&gt; dans le vocabulaire de la politique, en parlant non pas d'une personne, mais d'un projet de loi, et plus particulièrement d'un projet de loi refusé par le Conseil constitutionnel (mais c'était fort rare il y a vingt ans) ou d'un projet de loi repoussé par l'Assemblée nationale ou le Sénat. Quoi qu'il en soit, les journalistes semblent jubiler quand ils annoncent qu'un projet de loi, voté par les représentants du peuple français, a été refusé par neuf individus que personne n'a élus, comme s'ils jouissaient de voir les gouvernants de la France et les élus du peuple humiliés comme des potaches qui échouent à un examen auquel personne n'échoue plus. C'est, sans doute pour eux, une façon de signaler que le vrai pouvoir, le pouvoir symbolique, le pouvoir de séparer le bien du mal, etc. n'est pas à Matignon, ni au Palais Bourbon, mais dans les rédactions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Panthéon</title>
<link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2009/12/29/pantheon.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Arouet le Jeune)</author>
<category>Dictionnaire critique de la NLF</category>
<pubDate>Tue, 29 Dec 2009 10:45:06 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mot est emprunté au latin &lt;i&gt;pantheum&lt;/i&gt;, «&amp;nbsp;temple consacré à tous les dieux&amp;nbsp;», lui-même emprunté au grec &lt;i&gt;pantheion&lt;/i&gt;, forme neutre de l'adjectif &lt;i&gt;pantheios&lt;/i&gt;, ayant le sens de «&amp;nbsp;commun à tous les dieux&amp;nbsp;» (cf. &lt;i&gt;panthée&lt;/i&gt;). Il est attesté en français en 1488, comme un nom propre, pour désigner le temple consacré à tous les dieux dans la Rome antique. Dans &lt;i&gt;L'Encyclopédie&lt;/i&gt; (éditée par d'Alembert et Diderot, 1751-64), voici ce qui est dit de ce temple&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;(&lt;i&gt;Antiquité rom&lt;/i&gt;&lt;i&gt;aine&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;temple&lt;/i&gt; en l'honneur de tous les dieux&amp;nbsp;; le plus fameux &lt;i&gt;panthéon&lt;/i&gt; des Romains fut celui qu'éleva M. Agrippa gendre d'Auguste, et qui subsiste encore à présent sous le nom de la &lt;i&gt;Rotonde&lt;/i&gt;. Ce superbe édifice faisait un des plus grands ornements de Rome&amp;nbsp;; et la description qu'en ont donnée grand nombre d'auteurs anciens et modernes sert encore d'embellissement à leurs ouvrages...&amp;nbsp;» Le panthéon de Rome a été transformé en église&amp;nbsp;et «&amp;nbsp;consacré par les pontifes romains en l'honneur de la Vierge et des martyrs. Il mérite assurément l'admiration des connaisseurs&amp;nbsp;: ceux qui l'ont vu n'ont qu'à réfléchir sur l'état où leur esprit s'est trouvé la première fois qu'ils y sont entrés&amp;nbsp;; et sans doute, ils se souviendront qu'ils ont été frappés de quelque chose de grand et de majestueux, au lieu que la vue d'une église gothique, cinq ou six fois plus vaste que le &lt;i&gt;panthéon&lt;/i&gt;, ne frappe personne&amp;nbsp;». Il a existé, toujours selon les rédacteurs de &lt;i&gt;L'Encyclopédie&lt;/i&gt;, un panthéon à Athènes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;les chrétiens grecs en firent ensuite une église consacrée à la Vierge sous le nom de &lt;i&gt;Panegia&lt;/i&gt;. Enfin, les Turcs ont changé cette église en mosquée : les chevaux de la main de Praxitèle, très gâtés malheureusement par l'injure des temps, s'y voient encore&amp;nbsp;». L'histoire du Panthéon de Rome est résumée ainsi dans la quatrième édition du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; (1762, 1798)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;on donnait ce nom aux temples consacrés à tous les dieux à la fois. Le plus célèbre est celui de Rome, bâti par Agrippa, et qui subsiste encore. Quand on dit simplement, &lt;i&gt;le Panthéon,&lt;/i&gt; c'est de cet édifice qu'on parle. C'est aujourd'hui l'Église nommée &lt;i&gt;La Rotonde&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est par le décret du 4 avril 1791 que l'église, qui venait d'être achevée et n'avait pas encore été consacrée à Sainte Geneviève, a été transformée en panthéon français, qui n'a été consacré à aucun dieu, mais est devenu une nécropole des grands hommes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;édifice où sont déposés les restes des hommes illustres&amp;nbsp;». Ce décret ouvre aussi, pour ce qui est de cet imposant bâtiment de style néo-classique, une histoire tumultueuse, dont les dictionnaires portent la trace, parfois avec quelques années de retard. Ainsi, l'existence de ce Panthéon n'est pas mentionnée dans la cinquième édition du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt;, publiée en 1798, soit six ans après la transformation de l'église en crypte mortuaire. A la Restauration, de 1821 à 1830, le Panthéon cesse d'être une nécropole et est rendu au culte catholique, mais Louis-Philippe, à peine monté sur le trône, décide de le rendre à sa vocation seconde de nécropole et en fait le Temple de la Gloire française - ce dont les académiciens, en 1832-35, dans la sixième édition de leur dictionnaire, font état&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;nom donné, en France, au monument national où l'on dépose les restes de ceux qui ont rendu de grands services à la patrie, qui l'ont illustrée&amp;nbsp;» (exemples&amp;nbsp;: &lt;i&gt;le Panthéon est un des plus beaux monuments de Paris&amp;nbsp;; le dôme du Panthéon&amp;nbsp;; il fut mis, porté au Panthéon&amp;nbsp;; le Panthéon porte cette inscription : Aux grands hommes la patrie reconnaissante&lt;/i&gt;). Napoléon III, devenu Empereur des Français, le restitue à l'Eglise&amp;nbsp;de France ; l'inscription frontale est effacée&amp;nbsp;; le culte y est célébré. Dans son &lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt; (1863-77), commencé en 1863 et publié en 1872, Littré, contrairement aux académiciens en 1835, préfère ne pas trancher&amp;nbsp;: le Panthéon est à la fois une nécropole et une église, si bien qu'il en esquisse l'histoire mouvementée&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;monument national où l'on dépose les restes de ceux qui ont illustré la patrie. L'église de Sainte-Geneviève à Paris fut, au commencement de la Révolution, déclarée panthéon ; la frise porte cette inscription : Aux grands hommes la patrie reconnaissante ; elle est redevenue église Sainte-Geneviève&amp;nbsp;». On sait que c'est à partir des funérailles nationales de Hugo, en 1885 (&lt;i&gt;subito santo&lt;/i&gt; - directement au Panthéon), que cette église est redevenue une nécropole des grands hommes. Au moment où est publiée la septième édition du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt;, en 1879, la troisième République est à peu près stable et le sort futur de cette église n'est pas encore tranché, mais les académiciens ne se font guère d'illusion, comme l'atteste ce qu'ils écrivent&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Panthéon est le nom donné, en France, à l'église Sainte-Geneviève lorsqu'on en fit un monument national où l'on devait déposer les restes de ceux qui ont rendu de grands services à la patrie, qui l'ont illustrée&amp;nbsp;», se contentant d'illustrer ce sens des exemples de la sixième édition. Quoi qu'il est soit, en 1932-35, dans la huitième édition, plus aucune allusion n'est faite à l'ancienne destination de la nécropole nationale&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;on appelle &lt;i&gt;Panthéon&lt;/i&gt;, par allusion, un monument consacré à l'inhumation ou au culte des grands hommes&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les rédacteurs du &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94) se contentent d'un exposé impartial et détaché, aussi bien pour ce qui est du Panthéon de Rome («&amp;nbsp;temple dédié par les Anciens, notamment les Grecs et les Romains, à l'ensemble de leurs dieux&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;&lt;i&gt;le Panthéon de Rome,&lt;/i&gt; temple circulaire et surmonté d'un dôme, bâti par Agrippa&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;Oswald et Corinne allèrent d'abord au Panthéon, qu'on appelle aujourd'hui &lt;i&gt;Ste-Marie de la Rotonde.&lt;/i&gt; Partout en Italie le catholicisme a hérité du paganisme&amp;nbsp;; mais le Panthéon est le seul temple antique à Rome qui soit conservé tout entier, le seul où l'on puisse remarquer dans son ensemble la beauté de l'architecture des anciens, et le caractère particulier de leur culte&amp;nbsp;», 1807, Mme de Staël) que de celui de Paris («&amp;nbsp;&lt;i&gt;par analogie,&lt;/i&gt; dans certains pays, monument destiné à recevoir les restes des hommes illustres&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;&lt;i&gt;le Panthéon de Paris,&lt;/i&gt; monument à dôme et à colonnade, primitivement église catholique dédiée à sainte Geneviève&amp;nbsp;»). A l'opposé, par prudence ou par volonté de gommer l'histoire, les académiciens, dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur dictionnaire ne font plus aucune allusion à l'histoire tumultueuse de ces bâtiments, que ce soit celui de Rome ou celui de Paris&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;temple consacré par les Grecs et les Romains à tous les dieux&amp;nbsp;; &lt;i&gt;le Panthéon de Rome&lt;/i&gt;, temple circulaire surmonté d'un dôme, élevé par Agrippa au milieu du Champ de Mars&amp;nbsp;» (aucune allusion à sa transformation en église)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;monument destiné à honorer la mémoire des grands hommes d'une nation&amp;nbsp;; &lt;i&gt;le Panthéon de Paris&lt;/i&gt; ou, simplement, &lt;i&gt;le Panthéon&lt;/i&gt; (aucune allusion à la première destination de ce bâtiment). En fait, cette objectivité est asymétrique&amp;nbsp;: les académiciens mentionnent la première destination du Panthéon de Rome, mais ils ne mentionnent pas la première destination du Panthéon de Paris. Dans les deux cas, ce qui est effacé, c'est la destination chrétienne&amp;nbsp;: seconde dans le premier cas, première dans le second. Les académiciens sont souvent traités de ringards&amp;nbsp;; dans ces exemples, ils sont caricaturalement modernes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Emission</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Arouet le Jeune)</author>
<category>Dictionnaire critique de la NLF</category>
<pubDate>Sun, 27 Dec 2009 10:30:32 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il suffit de comparer l'article &lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; de la première édition du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; (1694) à celui de la neuvième édition (en cours de publication) pour prendre conscience que le scientisme, lequel est consécutif à l'importance de plus en plus grande prise par les sciences et les techniques, définit, mieux que tout autre trait spécifique, la NLF. Les modernes sont scientistes&amp;nbsp;: c'est ce à quoi ils se reconnaissent et c'est la marque qu'ils impriment dans leur langue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1694, émission est un «&amp;nbsp;terme dogmatique&amp;nbsp;» (comprendre&amp;nbsp;: un terme savant) emprunté au latin &lt;i&gt;emissio&lt;/i&gt; («&amp;nbsp;action de lancer&amp;nbsp;») et qui n'a qu'un seul sens&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;action par laquelle on pousse quelque chose au dehors&amp;nbsp;», les académiciens précisant qu'il «&amp;nbsp;se dit principalement des rayons de lumière&amp;nbsp;» (exemples&amp;nbsp;: &lt;i&gt;L'émission des rayons du soleil&amp;nbsp;; quelques-uns ont cru que l'action de la vue se faisait par l'émission des rayons visuels&lt;/i&gt;). Aujourd'hui, les académiciens distinguent les cinq sens&amp;nbsp;que voici : «&amp;nbsp;action d'émettre, de projeter, de répandre un liquide&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;émission d'urine, sanguine, d'un liquide&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;action de produire un son&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;émission de voix, d'un son, des vœux&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;(en physique) le fait d'émettre une substance, des particules, des radiations&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;émission de particules radioactives&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;(finances) création et mise en circulation d'un titre de paiement, d'une monnaie&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;émission de chèques, d'effets, d'actions, d'obligations, de billets de banque, de timbres poste&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;télécommunications) production et diffusion, au moyen d'ondes électromagnétiques, de signaux, de sons, d'images&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;antenne d'émission radiophonique, station d'émission de télévision&lt;/i&gt;) et «&amp;nbsp;par métonymie, programme radiodiffusé ou télévisé&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;émission littéraire, en direct, en différé, enregistrée en studio&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier emploi de ce nom se rapporte à la physiologie&amp;nbsp;: c'est l'émission de semence, comme dans cet exemple du XIVe siècle&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ainsi (Vulcain) épandit son germe en terre&amp;nbsp;; un enfant que l'on clame (appelle) Erichtonios naquit de cette &lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; », ce qui explique sans doute l'exemple cité par Furetière (1690, &lt;i&gt;Dictionnaire universel&lt;/i&gt; : «&amp;nbsp;l'&lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; involontaire de la semence n'est point criminelle&amp;nbsp;»), lequel fait aussi allusion à la vieille croyance dans une analogie entre l'œil humain et le soleil pour expliquer la vue&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;les anciens croyaient que l'action de la vue se faisait par l'&lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; des rayons visuels&amp;nbsp;», thèse de physiologie pittoresque qui est clairement exposée, pour être infirmée évidemment, dans &lt;i&gt;L'Encyclopédie&lt;/i&gt; (d'Alembert et Diderot, 1751-64)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;les platoniciens se servent de ce terme pour exprimer l'action par laquelle ils prétendaient qu'il sort de l'objet et de l'œil certains écoulements, qui se rencontrent et s'embrassent les uns les autres à mi chemin, d'où ils retournent ensuite dans l'œil, et portent par là dans notre âme l'idée des objets&amp;nbsp;». A la différence des académiciens, Furetière relève aussi l'emploi d'&lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; dans le domaine de la religion, emploi jugé vieilli par les lexicographes actuels, ce qui, vu l'état de la religion, n'est guère étonnant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; se dit figurément en choses spirituelles&amp;nbsp;: ce novice n'a pas fait encore l'émission de ses vœux&amp;nbsp;», emploi qui est défini avec rigueur dans &lt;i&gt;L'Encyclopédie&lt;/i&gt; : «&amp;nbsp;(&lt;i&gt;jurisprudence&lt;/i&gt;) profession que fait le novice et engagement qu'il contracte solennellement d'observer la règle de l'ordre régulier dans lequel il entre&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;la mort civile du religieux profès se compte du jour de l'émission de ses vœux&amp;nbsp;»). L'emploi d'&lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; dans le domaine des finances publiques est attesté pour la première fois en 1789&amp;nbsp;: c'est l'action de «&amp;nbsp;mettre en circulation du papier monnaie », que les académiciens définissent ainsi en 1832-35 (sixième édition)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;action d'émettre de la monnaie, etc.&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;émission de nouvelles pièces de monnaie, de papier-monnaie, de billets de banque&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Celui qui a fait d'&lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; un terme de science, c'est encore Newton (on ne célèbrera jamais assez Newton pour avoir été l'un de ceux qui ont forgé la langue française des sciences) ou, pour dire les choses plus exactement, celui qui, en 1720, nommé Coste, a traduit le &lt;i&gt;Traité d'optique&lt;/i&gt; de Newton. C'est le fait, pour des corps, de projeter au dehors des particules, des radiations. Bien entendu, dans &lt;i&gt;L'Encyclopédie&lt;/i&gt;, un très long article est consacré à &lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; : «&amp;nbsp;on appelle ainsi, &lt;i&gt;en physique&lt;/i&gt;, l'action par laquelle un corps lance ou fait sortir hors de lui des corpuscules. C'est une grande question que de savoir si la lumière se fait par &lt;i&gt;pression&lt;/i&gt; ou par &lt;i&gt;émission&lt;/i&gt;, c'est-à-dire si elle se communique à nos yeux par l'action du corps lumineux sur un fluide environnant, ou par des corpuscules qui s'élancent du corps lumineux jusqu'à l'organe&amp;nbsp;». Peu à peu,&amp;nbsp;les lexicographes intègrent les connaissances apportées par Newton non pas dans les définitions, mais dans les exemples qui illustrent ces définitions&amp;nbsp;: ainsi &lt;i&gt;l'odeur est l'impression que fait sur nous l'émission des corpuscules émanés des corps odorants&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;DAF&lt;/i&gt;, 1762, 1798, 1832-35, Féraud 1788). Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77) fait état de «&amp;nbsp;débats&amp;nbsp;» sur la lumière qui agitent les milieux scientifiques de son temps, mais il se garde bien de prendre parti&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;(l'émission) est un «&amp;nbsp;système dans lequel on suppose que le soleil lance des corpuscules lumineux, par opposition au système de l'ondulation qui attribue la lumière à des ondes dans un milieu nommé &lt;i&gt;éther&lt;/i&gt; ». Quant à l'emploi d'&lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; dans le domaine de la radio, il est attesté en 1928 chez Malraux (&lt;i&gt;Les Conquérants&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En dépit de cela, les académiciens, dans la huitième édition de leur dictionnaire (1932-35), ne se montrent pas très empressés à enregistrer l'extension du nom &lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; aux nouvelles réalités établies par la science&amp;nbsp;: c'est un «&amp;nbsp;terme didactique&amp;nbsp;» qui signifie «&amp;nbsp;action d'émettre ou résultat de cette action&amp;nbsp;». Dans les exemples, prudents et limités, se lisent à livre ouvert les réserves que les académiciens éprouvent vis-à-vis de la modernité, si bien que les suspicions dont ils sont l'objet («&amp;nbsp;ringards&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;dépassés&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;traditionnalistes&amp;nbsp;», conservateurs&amp;nbsp;», etc.) peuvent sembler légitimes. Ce sont les mêmes exemples qui illustrent la définition d'&lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; depuis au moins un siècle et demi, comme si, pour les académiciens, rien n'avait changé dans le monde en ce laps de temps&amp;nbsp;: &lt;i&gt;l'odeur est l'impression que fait sur nous l'émission des&lt;/i&gt; &lt;i&gt;corpuscules émanés de certains corps&amp;nbsp;; émission de voix&amp;nbsp;; émission de nouvelles pièces de monnaie, d'un emprunt, de billets de banque, de timbres poste, d'obligations, de valeurs&lt;/i&gt;. A l'opposé, les rédacteurs du &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94) recensent tous les emplois, scientifiques ou techniques d'&lt;i&gt;émission&lt;/i&gt; : en phonétique et en musique (&lt;i&gt;émission de la voix, d'un son&lt;/i&gt; (par un instrument, etc.)&amp;nbsp;; en médecine («&amp;nbsp;fait d'émettre (une humeur)&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; &lt;i&gt;émission séminale, de sang&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; en physique («&amp;nbsp;fait d'émettre (une radiation, une substance, un rayonnement)&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; &lt;i&gt;émission de neutrons, d'énergie, électronique, lumineuse, photoélectrique, de gaz et de vapeurs, de photons&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; en anatomie et en botanique (&lt;i&gt;la greffe Richter (...) sert à fendre l'écorce des porte-greffes au moyen des dentures de façon à faciliter l'émission des racines&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; dans les télécommunications («&amp;nbsp;action de transmettre au moyen d'ondes électromagnétiques&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; &lt;i&gt;antenne, poste, station d'émission&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;production d'un message selon un code spécifique&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;partie d'un programme radiodiffusé ou télévisé&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; dans les finances et la philatélie (&lt;i&gt;émission d'actions, de billets, de chèques, de timbres poste&lt;/i&gt;). Dans ce dictionnaire se lit à livre ouvert la modernité triomphante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Costume</title>
<link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2009/12/24/costume.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Arouet le Jeune)</author>
<category>Dictionnaire critique de la NLF</category>
<pubDate>Thu, 24 Dec 2009 09:48:51 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux noms, &lt;i&gt;costume&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;coutume&lt;/i&gt;, ont le même étymon latin, &lt;i&gt;consuetudo&lt;/i&gt;, «&amp;nbsp;habitude, coutume, usage&amp;nbsp;». Dans l'ancienne langue française, jusqu'au milieu du XVIIe siècle, &lt;i&gt;costume&lt;/i&gt;, qui n'existait pas à proprement parler comme mot de la langue, était l'une des formes du mot &lt;i&gt;coutume&lt;/i&gt;, comme l'indique Barré (1842, &lt;i&gt;Complément&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il se disait autrefois pour &lt;i&gt;coutume&lt;/i&gt; ». &lt;i&gt;Costume&lt;/i&gt; est emprunté à l'italien &lt;i&gt;costume,&lt;/i&gt; attesté d'abord au sens de «&amp;nbsp;coutume »&amp;nbsp;: c'est un terme de peintre, ayant le sens de «&amp;nbsp;manière de marquer les différences d'âge, de condition, d'époque des personnages » (dans un tableau), qu'emploie pour la première fois en français Nicolas Poussin en 1641. Le lexicographe du XIXe siècle, La Curne de Saint-Palaye, le relève comme un «&amp;nbsp;terme de peinture (...) emprunté des Italiens&amp;nbsp;», et il en attribue l'emprunt à l'architecte et critique d'art Félibien (1619-95) qui en a fait usage dans les &lt;i&gt;Entretiens&lt;/i&gt; (1666)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il paraît, écrit La Curne, que Félibien est un des premiers qui en a introduit l'usage, puisqu'il en donne l'explication. (Voyez son &lt;i&gt;Entretien&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;». Ménage, dans son &lt;i&gt;Dictionnaire étymologique de la langue française&lt;/i&gt; (1650 et 1694), en établit l'origine&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;de l'italien &lt;a name=&quot;jmp_scroll_61-2006-10281994&quot; id=&quot;jmp_scroll_61-2006-10281994&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;costume,&lt;/i&gt; dont les Espagnols ont aussi fait &lt;i&gt;costombre.&lt;/i&gt; L'italien &lt;a name=&quot;jmp_scroll_61-2006-10282003&quot; id=&quot;jmp_scroll_61-2006-10282003&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;costume&lt;/i&gt; a été fait de &lt;i&gt;consuetudine,&lt;/i&gt; ablatif de &lt;i&gt;consuetudo,&lt;/i&gt; comme le français &lt;i&gt;enclume, d'incudine&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Costume&lt;/i&gt; entre dans la troisième édition du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; en 1740 sous la forme &lt;i&gt;costumé&lt;/i&gt;, conformément à la prononciation italienne de ce mot&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;(On prononce &lt;i&gt;costoumé&lt;/i&gt;), mot pris de l'italien et qui signifie les usages des différents temps, des différents lieux auxquels le peintre est obligé de se conformer&amp;nbsp;» (exemples&amp;nbsp;: &lt;i&gt;garder, observer, négliger le &lt;a name=&quot;jmp_scroll_67-4547-10360850&quot; id=&quot;jmp_scroll_67-4547-10360850&quot;&gt;&lt;/a&gt;costumé&amp;nbsp;; pécher contre le &lt;a name=&quot;jmp_scroll_67-4547-10360854&quot; id=&quot;jmp_scroll_67-4547-10360854&quot;&gt;&lt;/a&gt;costumé&amp;nbsp;; l'Ecole romaine a mieux observé le &lt;a name=&quot;jmp_scroll_67-4547-10360861&quot; id=&quot;jmp_scroll_67-4547-10360861&quot;&gt;&lt;/a&gt;costumé que l'Ecole de Lombardie&lt;/i&gt;). On comprend, à ces exemples, pourquoi le nom &lt;i&gt;anachronisme&lt;/i&gt;, qui a pour sens premier «&amp;nbsp;erreur de chronologie&amp;nbsp;», a fini par s'étendre au début du XIXe siècle aux beaux arts pour désigner les erreurs de costume et d'usages dans les tableaux et dans les pièces de théâtre. En 1762 (quatrième édition), les académiciens renoncent à l'orthographe &lt;i&gt;costumé&lt;/i&gt; et même, semble-t-il, à la prononciation italienne, comme le précise Féraud (&lt;i&gt;Dictionnaire critique de la langue française&lt;/i&gt;, 1788)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;on a dit longtemps &lt;i&gt;costumé&lt;/i&gt;, en conservant la prononciation italienne. Aujourd'hui que ce mot est naturalisé en France et qu'il est fort à la mode, on écrit et l'on prononce &lt;i&gt;costume&lt;/i&gt; »&amp;nbsp;; et ils notent que le mot s'étend hors du domaine de la peinture et touche tous les beaux arts&amp;nbsp;: « il se dit aussi en parlant des poèmes, des pièces dramatiques, des fictions, des histoires, etc.&amp;nbsp;» (1762, 1798)&lt;a name=&quot;FERAUD1787&quot; id=&quot;FERAUD1787&quot;&gt;&lt;/a&gt;, comme le précise encore Féraud&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;on l'a étendu ensuite aux poètes, aux historiens, romanciers, etc.&amp;nbsp;», qui ajoute que «&amp;nbsp;&lt;i&gt;costume&lt;/i&gt; est fort en usage pour l'habillement des acteurs&amp;nbsp;». Le théâtre romantique, avec son goût pour la «&amp;nbsp;couleur locale&amp;nbsp;», fait, avant le cinéma (film à costumes), un triomphe aux costumes, triomphe qui est préparé, en 1747, par l'emploi, dans un ouvrage sur &lt;i&gt;Le Comédien&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;costume&lt;/i&gt; au sens de « manière de se vêtir conforme à la condition sociale, à l'époque ». En 1777, Linguet l'emploie au sens «&amp;nbsp;d'habillement spécial&amp;nbsp;», ce dont les académiciens prennent acte en 1798, le notant comme un néologisme sémantique&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;habillement, signes distinctifs des différents pouvoirs, que portent les fonctionnaires publics dans l'exercice de leurs fonctions&amp;nbsp;». L'usage de ce costume se maintient dans la police («&amp;nbsp;en tenue&amp;nbsp;») et chez les préfets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une édition à l'autre du &lt;a name=&quot;ACAD1835&quot; id=&quot;ACAD1835&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt;, les définitions se font plus amples. En 1835 (sixième édition), cinq acceptions sont distinguées&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;les usages, les mœurs, les préjugés d'un pays et d'une époque, considérés par rapport au soin que doit avoir l'historien, le poète, etc., de les retracer fidèlement ou de ne rien dire qui n'y soit conforme&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;c'est la fidélité au costume qui fait le mérite des compositions de ce romancier, de ce poète)&amp;nbsp;;&lt;/i&gt; «&amp;nbsp;il se dit particulièrement, en termes de peinture, des usages relatifs aux édifices, aux meubles, aux armes, et surtout à l'habillement, dans les différents temps et chez les différents peuples&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;pécher contre le costume&amp;nbsp;; l'école romaine a mieux observé le costume que l'école lombarde&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;il signifie aussi la manière de se vêtir&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;le costume des femmes de ce pays est assez pittoresque&amp;nbsp;; le costume romain, grec, français&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;il se dit souvent de l'habillement même, surtout en parlant des habits dont on se sert au théâtre, ou pour se déguiser dans un bal, une mascarade&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;costume de bal, de sénateur romain, de théâtre&amp;nbsp;; la pièce est montée avec beaucoup de soin, les décorations et les costumes y sont d'une grande magnificence&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;il se dit encore, dans un sens particulier, de l'habillement et des insignes qui distinguent les personnes constituées en dignité, ou chargées de quelque fonction publique&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;le costume de pair de France, de député, de préfet, de maire, de juge, etc.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1835, les sens sont en place et ils n'évoluent guère. Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77) n'y ajoute rien, sinon cette remarque d'ordre historique&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;i&gt;costume&lt;/i&gt; n'est dans le &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie&lt;/i&gt; qu'à partir de l'édition de 1740, avec la note qu'il se prononce &lt;i&gt;costumé&lt;/i&gt;, c'est-à-dire à l'italienne, note qui a disparu dans l'édition de 1762&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; et «&amp;nbsp;ce mot, emprunté aux Italiens, ne paraît pas avoir été employé en France avant le règne de Louis XIII ; et c'est au sens italien d'usage, coutume, que Félibien et son ami Poussin s'en sont d'abord servis&amp;nbsp;», ce en quoi Littré s'abuse&amp;nbsp;: Poussin et Félibien l'emploient au sens que les peintres italiens y donnent alors, à savoir la manière de marquer dans un tableau les usages et les coutumes d'une époque et d'un pays par les vêtements des personnages. Il est à noter une petite différence dans l'ordre dans lequel les divers sens sont définis. A partir de la septième édition du &lt;i&gt;DAF&lt;/i&gt; (1879), ce n'est plus le sens pictural qui est relevé le premier, mais le sens devenu courant, celui d'habillement ou de «&amp;nbsp;manière de se vêtir&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il se dit souvent de l'habillement même, surtout en parlant des habits dont on se sert au théâtre, ou pour se déguiser dans un bal, une mascarade&amp;nbsp;». &lt;a name=&quot;jmp_scroll_77-7203-10644973&quot; id=&quot;jmp_scroll_77-7203-10644973&quot;&gt;&lt;/a&gt;Le sens premier, pictural et littéraire, à savoir «&amp;nbsp;les usages, les mœurs, les préjugés d'un pays et d'une époque, considérés par rapport au soin que doit avoir l'historien, le poète, etc., de les retracer fidèlement, ou de ne rien dire qui n'y soit conforme&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;en termes de peinture, usages relatifs aux édifices, aux meubles, aux armes, et surtout à l'habillement, dans les différents temps et chez les différents peuples&amp;nbsp;», est cité le dernier, comme si l'usage qui en était fait régressait par rapport au sens social. De fait, c'est ce que l'on observe au XXe siècle dans le &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94) qui cite ce sens de «&amp;nbsp;costume&amp;nbsp;» en premier et le mentionne comme &lt;i&gt;vieux&lt;/i&gt; : «&amp;nbsp;ensemble des caractéristiques d'une époque, d'un groupe social, d'un genre, le plus souvent immédiatement perceptibles ou relatives à l'aspect (cf. &lt;i&gt;coutume&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;&lt;i&gt;par métonymie&lt;/i&gt;, dans les arts d'imitation, reproduction de ces caractéristiques, en particulier de celles qui concernent la manière d'être habillé (cf. &lt;i&gt;couleur locale&lt;/i&gt;). Le sens usuel est «&amp;nbsp;manière d'être habillé&amp;nbsp;», et «&amp;nbsp;&lt;i&gt;par métonymie,&lt;/i&gt; ensemble des vêtements que porte une personne&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;costume militaire (cf. uniforme), professionnel, religieux, de paysan&amp;nbsp;; national&amp;nbsp;; de bain (cf. maillot de bain), de cérémonie, de chasse, de ville, de voyage, d'Adam&lt;/i&gt;). Il est un sens usuel qui est propre au XXe siècle&amp;nbsp;: c'est le «&amp;nbsp;vêtement d'homme formé d'une veste, d'un pantalon, parfois d'un gilet, taillés dans le même tissu (cf. &lt;i&gt;complet&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;», sens que les académiciens dans la neuvième édition de leur dictionnaire (en cours de publication) glosent ainsi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;vêtement de ville masculin, comportant veston, pantalon et, souvent, gilet d'un même tissu&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;un costume deux pièces, trois pièces, de confection, sur mesure, à la mode&lt;/i&gt;) et «&amp;nbsp;vêtement féminin, &lt;i&gt;un costume tailleur&lt;/i&gt; (vieilli) ou, elliptiquement, &lt;i&gt;un tailleur,&lt;/i&gt; composé d'une veste de ligne généralement sobre et d'une jupe&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est de bon ton chez les modernes, hypermodernes ou postmodernes, de se gausser du costume et des costumes, au nom du «&amp;nbsp;naturel&amp;nbsp;», de la décontraction, de la volonté d'être soi et uniquement soi, de paraître ce que l'on est (ou croit être) ou d'être ce que l'on paraît, ou d'être contemporain à soi-même sans écart ni détour ni recul ni distance ; en un mot d'être libéré. En fait, ces modernes ne se libèrent d'une mise à distance que pour mieux s'aliéner à leur temps. Ils portent sur eux, sans même en avoir conscience, ce qui fait l'essence de la modernité, à savoir la fin de l'histoire et la fin de l'art (cf. les thèses de Muray, Belting, Danto), ce que, depuis quatre ou cinq siècles, ou plus, les hommes, et plus particulièrement les artistes, ont voulu éviter, l'histoire et l'art, les coutumes et le costume, étant pour eux le moyen d'assumer le grand processus de civilisation des mœurs, par lequel l'humanité se fait enfin humanité.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Inertie</title>
<link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2009/12/23/inertie.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Arouet le Jeune)</author>
<category>Dictionnaire critique de la NLF</category>
<pubDate>Wed, 23 Dec 2009 10:56:59 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Emprunté au latin &lt;i&gt;inertia&lt;/i&gt;, qui signifie « inaction, indolence », et proprement, si l'on se fonde sur la formation du mot, « ignorance de tout art, incapacité », &lt;i&gt;inertie&lt;/i&gt; est attesté chez le grand penseur Nicole Oresme (seconde moitié du XIVe siècle) dans le sens «&amp;nbsp;d'absence de mouvement&amp;nbsp;», pour traduire le mot grec &lt;i&gt;atonie&lt;/i&gt;. A peine fabriqué, il tombe en désuétude ou, pour dire les choses avec plus d'exactitude, il n'entre jamais dans l'usage, puisqu'on ne dénombre qu'une occurrence en 1648 dans une lettre de Descartes. De fait, il n'est pas dans les dictionnaires du XVIIe siècle, ceux de Nicot, Richelet, Furetière, Thomas Corneille, de l'Académie française, et il n'entre dans le &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; qu'à partir de la quatrième édition (1762)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;(le T se prononce comme S), terme didactique (qui) n'a guère d'usage que dans cette phrase (ce syntagme) &lt;i&gt;force d'inertie,&lt;/i&gt; pour signifier la propriété qu'ont les corps de rester d'eux-mêmes dans leur état de repos ou de mouvement, jusqu'à ce qu'une cause étrangère les en tire&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La résurrection d'&lt;i&gt;inertie&lt;/i&gt; et son transfert du domaine de la morale ou de la psychologie («&amp;nbsp;indolence&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;inaction&amp;nbsp;») à celui de la physique sont dus, comme de nombreux autres termes scientifiques du XVIIIe siècle, à Newton ou, plus exactement, aux traductions en français des œuvres que M. Newton écrivait en latin ou en anglais. C'est en 1720 qu'est attesté le mot &lt;i&gt;force d'inertie&lt;/i&gt; dans la traduction du &lt;i&gt;Traité d'optique&lt;/i&gt;. D'Alembert y consacre un très long article dans &lt;i&gt;L'Encyclopédie&lt;/i&gt; (1751-64)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;propriété qui est commune à tous les corps de rester dans leur état, soit de repos ou de mouvement, à moins que quelque cause étrangère ne les en fasse changer. Les corps ne manifestent cette &lt;i&gt;force&lt;/i&gt; que lorsqu'on veut changer leur état&amp;nbsp;; et on lui donne alors le nom de &lt;i&gt;résistance&lt;/i&gt; ou d'&lt;i&gt;action&lt;/i&gt;, suivant l'aspect sous lequel on la considère&amp;nbsp;». Les preuves de cette force sont énumérées&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;un corps ne peut se donner le mouvement à lui-même... De là il s'ensuit que si un corps reçoit du mouvement par quelque cause que ce puisse être, il ne pourra de lui-même accélérer ni retarder ce mouvement. On appelle en général &lt;i&gt;puissance&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;cause motrice&lt;/i&gt; tout ce qui oblige un corps à se mouvoir&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;un corps mis en mouvement par une cause quelconque, doit y persister toujours uniformément et en ligne droite, tant qu'une nouvelle cause différente de celle qui l'a mis en mouvement n'agira pas sur lui&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;nous nous sommes un peu étendus sur la preuve de cette seconde loi, parce qu'il y a eu et qu'il y a peut-être encore quelques philosophes qui prétendent que le mouvement d'un corps doit de lui-même se ralentir peu à peu, comme il semble que l'expérience le prouve&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;nous sommes fort enclins à croire qu'il y a dans un corps en mouvement un effort ou énergie, qui n'est point dans un corps en repos. La raison pour laquelle nous avons tant de peine à nous détacher de cette idée, c'est que nous sommes toujours portés à transférer aux corps inanimés les choses que nous observons dans notre propre corps&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;le principe de la &lt;i&gt;force d'inertie&lt;/i&gt; peut se prouver aussi par l'expérience. Nous voyons &lt;i&gt;que les corps en repos y demeurent tant que rien ne les en tire&lt;/i&gt; ; et si quelquefois il arrive qu'un corps soit mû sans que nous connaissions la cause qui le meut, nous sommes en droit de juger (...) que cette cause, quoique non apparente, n'en est pas moins réelle. Quoiqu'il n'y ait point de corps qui conserve éternellement son mouvement, parce qu'il y a toujours des causes qui le ralentissent, comme le frottement et la résistance de l'air&amp;nbsp;; cependant nous voyons qu'un corps en mouvement y persiste d'autant plus longtemps que les causes qui retardent ce mouvement sont moindres : d'où nous pouvons conclure que &lt;i&gt;le mouvement ne finirait point, si les forces retardatrices étaient nulles&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Conséquence ou non du succès des thèses de Newton, le mot &lt;i&gt;inertie&lt;/i&gt; retrouve au XVIIIe siècle son sens premier, comme l'atteste Féraud (&lt;i&gt;Dictionnaire critique de la langue française&lt;/i&gt;, 1788)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;indolence, inaction&amp;nbsp;; ce mot a passé de la physique dans le langage commun&amp;nbsp;», alors qu'en réalité, c'est l'inverse qui s'est produit&amp;nbsp;: d'abord le «&amp;nbsp;langage commun&amp;nbsp;», chez Oresme, mais vite oublié)&amp;nbsp;; ensuite un nouvel emprunt de ce mot au latin par M. Newton pour désigner la propriété qu'ont les corps de rester dans leur état de repos ou de mouvement. Les académiciens (cinquième, sixième, septième, huitième éditions, 1798, 1832-35, 1878-79, 1932-35) sont victimes de la même illusion que Féraud&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;on dit moralement et figurément &lt;i&gt;vivre dans un état d'indifférence et d'inertie&amp;nbsp;; tomber, languir dans l'inertie&lt;/i&gt;&lt;a name=&quot;ACAD1835&quot; id=&quot;ACAD1835&quot;&gt;&lt;/a&gt; »&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;&lt;i&gt;inertie&lt;/i&gt; se dit figurément, au sens moral, du manque absolu d'activité ou d'énergie&amp;nbsp;; &lt;i&gt;rester dans une complète inertie&amp;nbsp;; être plongé dans une profonde inertie&lt;/i&gt;&lt;a name=&quot;LITTRE1872&quot; id=&quot;LITTRE1872&quot;&gt;&lt;/a&gt; », alors que Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77), même s'il expose d'abord le sens physique de ce terme («&amp;nbsp;terme scientifique&amp;nbsp;; état de ce qui est inerte ; défaut d'aptitude à changer spontanément d'état&amp;nbsp;; terme de physique, propriété qu'ont les corps de ne pouvoir modifier d'eux-mêmes l'état de mouvement ou de repos dans lequel ils sont&amp;nbsp;»), qu'il illustre de cette citation de Voltaire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;tout corps, étant indifférent de lui-même au repos et au mouvement, et ayant cette inertie qui est un attribut de la matière, suit nécessairement la ligne dans laquelle il est mû&amp;nbsp;», ne fait pas du sens moral historiquement premier («&amp;nbsp;manque d'activité intellectuelle ou morale&amp;nbsp;») une métaphore du sens physique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui caractérise &lt;i&gt;inertie&lt;/i&gt; dans la langue moderne, c'est son extension à d'innombrables sciences et techniques&amp;nbsp;: mécanique et physique évidemment, d'où il est parti, mais aussi chimie, électricité, papeterie, physiologie, aéronautique et jusqu'aux sciences humaines et sociales&amp;nbsp;: la psychopathologie (dans une époque moderne et d'activité obligatoire, l'indolence naturelle ou de tempérament est quasiment tenue pour un état morbide) et la politique, domaine dans lequel il signifie «&amp;nbsp;absence de réaction et d'initiative, état d'immobilisme&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;inertie de la démocratie, de la République, du gouvernement&lt;/i&gt;). Alors que la force d'inertie a été pour les physiciens une découverte majeure, en particulier pour comprendre le mouvement des planètes, l'inertie moderne, au sens de manque d'activité, est un vice ou une calamité, surtout quand elle est prédiquée à un gouvernement, la politique étant le domaine de l'agitation permanente, de l'ébullition constante, de l'activité incessante, même vaine ou inutile. On existe parce qu'on n'est jamais en repos et qu'il faut laisser accroire que l'on est mû par quelque force cachée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Climat</title>
<link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2009/12/14/climat.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Arouet le Jeune)</author>
<category>Dictionnaire critique de la NLF</category>
<pubDate>Mon, 14 Dec 2009 09:02:44 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Emprunté au latin &lt;i&gt;clima&lt;/i&gt;, au sens « d'inclinaison du ciel » et de « partie du ciel », puis, par extension, de « région, contrée », lui-même emprunté du grec &lt;i&gt;klima&lt;/i&gt;, « inclinaison du ciel », le mot est attesté à la fin du XIIIe siècle, d'abord au sens de «&amp;nbsp;zone terrestre déterminée par sa situation par rapport aux corps célestes », puis de « région en général » et de « pays », enfin de «&amp;nbsp;zone comprise entre deux parallèles ». Dans le &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; (1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1832-35), il est présenté comme un «&amp;nbsp;terme de géographie&amp;nbsp;», désignant des réalités de la terre, et non des réalités de l'atmosphère&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;une étendue du globe de la terre comprise entre deux parallèles&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;la ligne qui marque sur le globe la division des climats&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;on le prend quelquefois indéterminément pour une région&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;climat chaud, tempéré, doux, agréable, heureux&amp;nbsp;; changer de climat&amp;nbsp;; &amp;nbsp;passer dans un autre climat&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est comme terme de géographie qu'il est défini dans &lt;i&gt;L'Encyclopédie&lt;/i&gt; dont d'Alembert et Diderot ont été les maîtres d'œuvre (1751-64)&amp;nbsp;: «&lt;a name=&quot;ACAD1762&quot; id=&quot;ACAD1762&quot;&gt;&lt;/a&gt; portion ou zone de la surface de la terre, terminée par deux cercles parallèles à l'équateur, et d'une largeur telle que le plus long jour dans le parallèle le plus proche du pôle, surpasse d'une certaine quantité, par exemple d'une demi heure, le plus long jour dans le parallèle le plus proche de l'équateur. Les &lt;i&gt;climats&lt;/i&gt; se prennent donc depuis l'équateur jusqu'aux pôles, et sont comme autant de bandes ou de zones parallèles à l'équateur&amp;nbsp;». D'où la célèbre «&amp;nbsp;théorie des climats&amp;nbsp;» de Montesquieu, qui a été utilisée pour saper le catholicisme ou croyance dans l'universalité chrétienne et que les encyclopédistes exposent ainsi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;l'auteur de &lt;i&gt;L'Esprit des lois&lt;/i&gt; examine dans le &lt;i&gt;XIVe livre&lt;/i&gt; de son excellent ouvrage l'influence du &lt;i&gt;climat&lt;/i&gt; sur les mœurs, le caractère et les lois des peuples (...) La chaleur, dit-il, donne d'un côté un corps faible et de l'autre une imagination vive&amp;nbsp;: voilà pourquoi les Indiens ont, à certains égards, tant de courage et à d'autres tant de faiblesse (...). C'est à la dévotion spéculative des pays chauds qu'on doit la naissance du &lt;i&gt;dervichisme.&lt;/i&gt; L'ivrognerie est un vice des pays froids. La loi de Mahomet en défendant aux Arabes de boire du vin était en cela conforme à leurs coutumes. Les lois contre les maladies qui ne sont pas particulières à un &lt;i&gt;climat,&lt;/i&gt; mais qui y sont transplantées, comme la peste, la lèpre, la vérole etc. ne sauraient être trop sévères (...). Nos pères les anciens Germains qui habitaient un &lt;i&gt;climat&lt;/i&gt; froid, avoient des lois très peu sévères sur la pudeur des femmes. Ce fut autre chose quand ils se virent transportés dans le &lt;i&gt;climat&lt;/i&gt; chaud d'Espagne. Chez un peuple féroce comme les Japonais, les lois ne sauraient être trop dures, et le sont en effet : il en est et il en doit être autrement chez des peuples d'un caractère doux comme les Indiens (...)&amp;nbsp;». Montesquieu et les encyclopédistes sont tenus pour des maîtres de lumière. A lire ce compte rendu, on doute que ces lumières aient éclairé quoi que ce soit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'après les rédacteurs de &lt;i&gt;L'Encyclopédie&lt;/i&gt;, le sens moderne de &lt;i&gt;climat&lt;/i&gt;, celui du réchauffement, changement, bouleversement (&lt;i&gt;and so on&lt;/i&gt;) climatique dont nous sommes abreuvés de Copenhague et du GIEC, se développe dans le contexte de la médecine&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;(&lt;i&gt;médecine&lt;/i&gt;) les médecins ne considèrent les &lt;i&gt;climats&lt;/i&gt; que par la température ou le degré de chaleur qui leur est propre : &lt;i&gt;climat,&lt;/i&gt; dans ce sens, est même exactement synonyme à &lt;i&gt;température.&lt;/i&gt; Ce mot est pris par conséquent dans un sens beaucoup moins vaste que celui de &lt;i&gt;région, pays,&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;contrée,&lt;/i&gt; par lequel les médecins expriment la somme de toutes les causes physiques générales ou communes, qui peuvent agir sur la santé des habitants de chaque pays, à savoir la nature de l'air, celle de l'eau, du sol, des aliments, etc.&amp;nbsp;»&amp;nbsp;En réalité, ce qui passionne les philosophes progressistes d'alors, ce ne sont pas les températures moyennes, ni les écarts de température, mais les effets du climat sur la santé, comme dans cet extrait&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;quant aux liqueurs fortes que les peuples des pays du nord boivent habituellement, il faudrait que la dose journalière moyenne d'un manœuvre ou d'un paysan de ces pays fût bien forte pour être équivalente à quatre ou cinq pintes de vin très violent que tout paysan languedocien ou provençal boit au moins par jour, surtout en été (...) Il n'en est pas moins vrai que les excès de liqueurs fortes sont plus pernicieux dans les &lt;i&gt;climats&lt;/i&gt; chauds que dans les &lt;i&gt;climats&lt;/i&gt; froids&amp;nbsp;; c'est encore un fait. Les crapuleux ne font que s'abrutir dans les pays du nord, au lieu que dans nos colonies de la zone torride, l'abus des liqueurs fortes est une des causes qui fait le plus de ravage parmi les colons nouvellement transplantés&amp;nbsp;». La différence entre les Lumières et l'obscurantisme est si mince qu'il est facile, sans même avoir abusé de la dive bouteille, de basculer de l'un dans l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la cinquième édition du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; (1798), le sens moderne commence à poindre timidement&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;on prend (ce mot) d'ordinaire pour région, pays, principalement eu égard à la température de l'air&amp;nbsp;». Il est vrai que c'est en 1789 dans une lettre que Mme de Staël emploie pour la première fois &lt;i&gt;climat&lt;/i&gt; au sens «&amp;nbsp;d'ensemble des conditions atmosphériques ». Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77) relève le sens géographique (le climat est «&amp;nbsp;l'espace compris, sur la mappemonde et les cartes géographiques, entre deux cercles parallèles à l'équateur terrestre&amp;nbsp;») avant d'exposer un embryon de sens moderne&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;par extension, une étendue de pays dans laquelle la température et les autres conditions de l'atmosphère sont partout à peu près identiques&amp;nbsp;; les climats se divisent, en chauds, de l'équateur au 30e ou 35e degré de latitude ; tempérés, du 30e ou 35e degré au 50e ou 55e ; froids, du 50e ou 55e au pôle&amp;nbsp;».&amp;nbsp;Il faut attendre 1932-35 (huitième édition du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt;) pour que le sens moderne soit relevé le premier et seul, les sens géographiques étant jugés secondaires&amp;nbsp;(le climat est «&amp;nbsp;l'ensemble des conditions atmosphériques et météorologiques d'un pays et, par extension, ce pays lui-même&amp;nbsp;»), les académiciens renversant même l'ordre des sens et tenant pour «&amp;nbsp;étendu&amp;nbsp;» le sens géographique. Terme savant (il est grec, relatif à la géographie, à la médecine, à la météorologie), &lt;i&gt;climat&lt;/i&gt; s'étend, au XIXe siècle, siècle scientiste par excellence, à toutes sortes de réalités qui ne sont pas matérielles ou concrètes, à la morale (le climat d'une époque est « l'ambiance morale&amp;nbsp;» de l'époque) et à la politique (le climat politique de 2010 est à l'écologie), extensions qui sont relevées dans le &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;i&gt;au figuré,&lt;/i&gt; conditions ambiantes (conditions d'existence, de fonctionnement, etc. cadre), en tant qu'elles confèrent une unité, un ton (mode d'être, de penser, etc.)&amp;nbsp;», comme dans les syntagmes&amp;nbsp;: &lt;i&gt;climat d'affirmation, de concorde, de confiance, d'erreurs, d'exaltation, de guerre, de liberté, historique, intellectuel, politique, psychique, social, spirituel&lt;/i&gt;, sens que les académiciens glosent ainsi dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; : «&amp;nbsp;atmosphère morale, ambiance psychologique&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;un climat d'affection, vivre dans un climat d'insécurité&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est des savants qui doutent de la réalité du bouleversement du climat et surtout des causes qui le produiraient. Il est un fait établi dans la langue et que personne ne peut contester&amp;nbsp;: c'est le bouleversement non de la chose, mais du mot et des divers sens que ce mot a eus en trois siècles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Stupéfier, stupéfiant, stupéfait</title>
<link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2009/12/13/stupefier-stupefiant-stupefait.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Arouet le Jeune)</author>
<category>Dictionnaire critique de la NLF</category>
<pubDate>Sun, 13 Dec 2009 08:42:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Emprunté au latin &lt;i&gt;stupefacere&lt;/i&gt;, verbe dont le sens est « étourdir, paralyser », et francisé en stupéfier, ce verbe est attesté, comme terme de médecine à la fin du XVe siècle, dans un sens qui est celui du latin&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;terme dogmatique, engourdir&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt;, 1694&amp;nbsp;: exemple, &lt;i&gt;cette fluxion lui a stupéfié le bras&lt;/i&gt;), le sens figuré, «&amp;nbsp;étonner&amp;nbsp;», étant attesté à la fin du XVIIe siècle, ce que notent les académiciens&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;engourdir, étonner, rendre immobile&amp;nbsp;» (1762, avec cette remarque qui est sans doute inappropriée&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il n'est que du discours familier&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; et 1798&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;engourdir, étonner, rendre immobile&amp;nbsp;», avec cet exemple qui préfigure les emplois futurs du participe présent&amp;nbsp;: &lt;i&gt;le propre de l'opium est de stupéfier&lt;/i&gt;). En 1798 (cinquième édition), les académiciens ajoutent&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il se dit figurément pour causer une grande surprise&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;cette nouvelle l'a stupéfié&amp;nbsp;; ce discours stupéfia toute la compagnie&lt;/i&gt;). Malgré les siècles, ce verbe est resté d'une étonnante stabilité sémantique, les auteurs de dictionnaires continuant à y distinguer deux acceptions, comme Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;terme de médecine, diminuer, suspendre le sentiment&amp;nbsp;; le propre de l'opium est de stupéfier&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;figuré, causer une grande surprise&amp;nbsp;; ce discours stupéfia toute la compagnie&amp;nbsp;» ou comme les rédacteurs du &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;i&gt;médecine, pharmacie&lt;/i&gt;, plonger dans l'engourdissement, l'hébétude par une action sur les centres nerveux&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;remplir d'un étonnement extrême, provoquer une grande surprise&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui justifie sa présence dans ce dictionnaire de la NLF, ce sont les emplois des adjectifs &lt;i&gt;stupéfait&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;stupéfiant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Stupéfiant&lt;/i&gt; est attesté à la fin du XVIe siècle comme terme de médecine, défini ainsi dans la première édition du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; (1694)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;terme dogmatique, qui stupéfie&amp;nbsp;», &lt;i&gt;id est&lt;/i&gt; «&amp;nbsp;qui engourdit&amp;nbsp;» (exemples&amp;nbsp;: &lt;i&gt;remède stupéfiant&amp;nbsp;; eau stupéfiante&lt;/i&gt;) et dans la sixième édition (1835)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;terme de médecine, qui stupéfie&amp;nbsp;» (qui engourdit), illustré par le même emploi &lt;i&gt;remède stupéfiant&lt;/i&gt;, les académiciens ajoutant qu'il «&amp;nbsp;s'emploie aussi substantivement&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;tous les narcotiques sont des stupéfiants&lt;/i&gt;). Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77) est le premier à noter le sens figuré, qu'il ne glose pas&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;figuré, c'est stupéfiant&amp;nbsp;», que les rédacteurs de la huitième édition du &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt; (1932-35) glosent ainsi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il signifie, dans le langage courant, qui cause une grande surprise&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;une nouvelle stupéfiante&lt;/i&gt;). Le sens moderne, attesté à compter de 1913, est exposé ainsi dans le &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;substance toxique qui agit sur le système nerveux en provoquant un effet analgésique, narcotique ou euphorisant dont l'usage répété entraîne une accoutumance et une dépendance&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;généralement &lt;i&gt;au pluriel&lt;/i&gt;, domaine &lt;i&gt;administratif&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;juridique&lt;/i&gt;, produit naturel ou synthétique dont l'usage est sévèrement réglementé tant dans sa prescription médicale que dans son emploi, afin de contrôler et d'interdire le trafic de ces produits et leur usage conduisant à la toxicomanie&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant à &lt;i&gt;stupéfait&lt;/i&gt;, attesté en 1655, il est tenu ou bien pour un adjectif, emprunté au latin &lt;i&gt;stupefactus&lt;/i&gt;, ayant le sens de «&amp;nbsp;que l'étonnement, la surprise met dans l'impossibilité de réagir immédiatement&amp;nbsp;» ou de «&amp;nbsp;qui marque la stupéfaction, la surprise&amp;nbsp;», ou bien, comme en jugent les rédacteurs du &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. Cit.&lt;/i&gt;), pour le participe passé d'un verbe qui serait &lt;i&gt;stupéfaire&lt;/i&gt; et qui ne serait usité qu'aux temps composés et au passif, comme dans ces extraits de Colette&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;la plupart de ces petites filles de paysans avides ou d'ouvrières adroites ont d'ailleurs le don de l'arithmétique à un point qui m'a souvent stupéfaite&amp;nbsp;» (1900) ou de Flaubert&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il fut stupéfait par leur exécrable langage, leurs petitesses, leurs rancunes, leur mauvaise foi&amp;nbsp;» (1869), formes que la plupart des grammairiens tiennent pour des emplois fautifs du verbe &lt;i&gt;stupéfier&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Drogue</title>
<link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2009/12/12/drogue.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Arouet le Jeune)</author>
<category>Dictionnaire critique de la NLF</category>
<pubDate>Sat, 12 Dec 2009 10:04:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'origine de ce mot n'est pas établie. Les grammairiens du XVIIe siècle le tenaient pour persan&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ménage après Saumaise dérive ce mot de &lt;i&gt;droga&lt;/i&gt;, qui a été fait du persan &lt;i&gt;droa&lt;/i&gt;, signifiant &lt;i&gt;odeur&lt;/i&gt;, parce que les &lt;i&gt;drogues&lt;/i&gt; aromatiques ont beaucoup d'odeur&amp;nbsp;»&amp;nbsp;(Furetière, &lt;i&gt;Dictionnaire universel&lt;/i&gt;, 1690). Selon Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77), «&amp;nbsp;les étymologistes anglais tirent &lt;i&gt;drug&lt;/i&gt; de l'anglo-saxon &lt;i&gt;dryge&lt;/i&gt;, «&amp;nbsp;sec&amp;nbsp;» ; Frisch et Diez tirent le mot roman du hollandais &lt;i&gt;trook&lt;/i&gt;, «&amp;nbsp;sec&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;dryge&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;trook&lt;/i&gt; sont le même mot) ; de sorte que la drogue serait la chose séchée, la plante séchée, etc. pour les usages de la pharmacie. On a, dans le celtique, &lt;i&gt;kimry drwg&lt;/i&gt;, bas-breton &lt;i&gt;droug&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;drouk&lt;/i&gt;, irlandais &lt;i&gt;droch&lt;/i&gt;, qui expriment en général tout ce qui est mauvais, mais qui, rendant compte du sens de chose mauvaise, ne rendent pas compte du sens d'ingrédient. La série des significations paraît être ingrédient, et, comme les ingrédients pharmaceutiques sont souvent fort désagréables, chose mauvaise&amp;nbsp;». Les rédacteurs du &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94) évoquent d'autres pistes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;parmi de nombreuses hypothèses, les plus vraisemblables le font remonter soit au moyen néerlandais &lt;i&gt;droge vate,&lt;/i&gt; « tonneaux secs », d'où, par substantivation, &lt;i&gt;droge&lt;/i&gt; étant pris pour la désignation du contenu, « produits séchés&amp;nbsp;; drogues »&amp;nbsp;; soit à l'arabe &lt;i&gt;durawa&lt;/i&gt;, « balle de blé », cette dernière proposition faisant problème du point de vue phonétique et sémantique&amp;nbsp;». On ne saurait mieux dire. Laissons les étymologistes à leurs étymologies et venons-en aux faits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que le dérivé &lt;i&gt;droguerie&lt;/i&gt; est attesté au XIVe siècle, le nom drogue ne l'est que dans la seconde moitié du XVe siècle, en 1462 exactement, et au sens «&amp;nbsp;d'ingrédient qui sert à la teinture, aux préparations chimiques et pharmaceutiques ». C'est ce sens qui est relevé par Furetière (&lt;i&gt;op. Cit.&lt;/i&gt;, 1690)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;terme général de marchandise, d'épiceries de toute sorte de nature, et surtout des pays éloignés, lesquelles servent à la médecine, aux teintures et aux artisans, comme séné, casse, mastic, borax, alun, brésil, sandaraque, etc.&amp;nbsp;», ce à quoi il ajoute&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;les apothicaires doivent avoir dans leur boutique toute sorte de &lt;i&gt;drogues&lt;/i&gt; ». Au XVIe siècle (1568), le mot prend le sens, souvent péjoratif, de « remède, produit pharmaceutique&amp;nbsp;» - sens qui relève Richelet, dans le &lt;i&gt;Dictionnaire français des mots et des choses&lt;/i&gt; (1680)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;tout ce qui sert à purger&amp;nbsp;», &lt;i&gt;droguer&lt;/i&gt; signifiant «&amp;nbsp;purger avec des drogues&amp;nbsp;» (exemples&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;elle &lt;a name=&quot;jmp_scroll_35-3578-10264191&quot; id=&quot;jmp_scroll_35-3578-10264191&quot;&gt;&lt;/a&gt;drogue ses enfants ;&amp;nbsp;c'est un homme qui se &lt;a name=&quot;jmp_scroll_35-3578-10264199&quot; id=&quot;jmp_scroll_35-3578-10264199&quot;&gt;&lt;/a&gt;drogue continuellement&amp;nbsp;»). En 1668, dans &lt;i&gt;L'Avare&lt;/i&gt; de Molière, est attesté ce sens-ci&amp;nbsp;: « personne, chose dont on fait peu de cas », que Furetière (1690) glose ainsi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;i&gt;drogue&lt;/i&gt; se dit aussi des choses de peu de valeur qu'on veut mettre en commerce&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;le fonds dont ce marchand se veut défaire n'est que du rebut, ce n'est que de la &lt;a name=&quot;jmp_scroll_49-6735-10789792&quot; id=&quot;jmp_scroll_49-6735-10789792&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;drogue&lt;/i&gt; ; on dit proverbialement qu'un homme sait bien faire valoir sa &lt;a name=&quot;jmp_scroll_49-6735-10789824&quot; id=&quot;jmp_scroll_49-6735-10789824&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;drogue&lt;/i&gt;, pour dire qu'il est charlatan, qu'il sait vendre cher de mauvaise marchandise&amp;nbsp;»). Dans le &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Académie française&lt;/i&gt;, de la première édition (1694) à la huitième édition (1935), ces deux sens sont exposés&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;sorte de marchandises que vendent les épiciers et qui sert principalement à la médecine&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;le séné est une drogue qui entre dans la composition de la plupart des remèdes&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;&lt;i&gt;drogue&lt;/i&gt; se dit encore figurément de ce qui est mauvais en son espèce&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;j'ai donné de bon argent, et il ne m'a donné que de méchantes drogues&lt;/i&gt;), de même que les encyclopédistes (1751-64&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;i&gt;terme de commerce&lt;/i&gt; qui se dit généralement des épices, et autres marchandises qui viennent des pays éloignés, et qui servent à la médecine, à la teinture, et aux arts&amp;nbsp;»), Féraud (&lt;i&gt;Dictionnaire critique de la langue française&lt;/i&gt;, 1788&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;nom commun à toute sorte d'épiceries&amp;nbsp;; sorte de marchandise que vendent les épiciers, et dont le plus grande partie sert à la médecine&amp;nbsp;»), Littré (&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt;, 1863-77&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;nom générique des ingrédients propres à la teinture et à la chimie&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;nom générique des matières premières avec lesquelles les pharmaciens préparent les médicaments&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;ce qui est mauvais en son genre&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces sens-là, «&amp;nbsp;ingrédient naturel (organique ou inorganique) employé en chimie, en pharmacie, en teinturerie, en épicerie, dans l'économie domestique&amp;nbsp;», ont disparu. Dans le &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94), ils sont tenus, à l'exception de «&amp;nbsp;remède&amp;nbsp;», pour &lt;i&gt;vieux&lt;/i&gt;. Le sens moderne, à savoir «&amp;nbsp;stupéfiant&amp;nbsp;», est attesté pour la première fois en 1913 chez Colette. Il est glosé ainsi dans le &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; (1971-94) : «&amp;nbsp;produit stupéfiant ou hallucinogène, comme la marijuana, la mescaline, le L.S.D., le haschisch, l'héroïne, l'opium, la cocaïne, dont l'usage peut conduire à l'intoxication, l'accoutumance et la toxicomanie&amp;nbsp;», de même que dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie française (en cours de publication)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;généralement au singulier&amp;nbsp;: &lt;i&gt;la drogue,&lt;/i&gt; nom donné à l'ensemble des substances naturelles ou synthétiques, comme la cocaïne, la morphine, l'héroïne, les dérivés du chanvre indien, les amphétamines, dont certaines sont utilisées en thérapeutique, mais dont l'usage illégal et répété, à la recherche d'une évasion du réel, crée la dépendance et conduit à la toxicomanie&amp;nbsp;». Exemples&amp;nbsp;: &lt;i&gt;les drogues peuvent avoir des effets hallucinogènes ou stupéfiants&amp;nbsp;; drogue dure, drogue douce,&lt;/i&gt; dont les effets immédiats sont plus ou moins graves&amp;nbsp;; &lt;i&gt;l'accoutumance aux drogues douces peut conduire à l'usage de drogues dures&amp;nbsp;; la vente de la drogue est strictement règlementée dans la plupart des pays&amp;nbsp;; les fabricants, les trafiquants de drogue&amp;nbsp;; la douane a saisi une cargaison de drogue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La drogue était un ingrédient d'épicier&amp;nbsp;ou de teinturier ; c'est devenu un poison vendu, et cher, par des trafiquants pour abêtir ou asservir un peuple. C'est du moins ce qu'en pense le grand cinéaste afro-américain, Spike Lee.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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