11 février 2011
Racines
Ce mot est employé dès le début du XIIe siècle aussi bien dans ses sens propres (« la partie par où les arbres et les autres plantes tirent leur nourriture de la terre », Dictionnaire de l’Académie française, 1694 et éditions suivantes jusqu’en 1935) que dans son sens figuré principal, attesté en 1155 : « principe, source, cause », comme dans cet exemple : « convoitise [...] est racine de péché ». Entendu dans ce sens-là, il est relevé dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française dès 1694 : « Racine se dit aussi figurément des principes, des commencements d’une chose », comme dans ces exemples : La vertu a jeté de profondes racines dans son cœur ; il faut couper la racine de ce mal avant qu’il augmente ; ce remède pallie le mal, mais il faut aller à la racine ; couper la racine à l’hérésie ». En 1694, les académiciens précisent que, dans ce sens figuré, « il se dit plus souvent en mal », remarque qui n’est guère pertinente, puisqu’elle disparaît des éditions suivantes. Mais la définition reste inchangée, à quelques détails près : « il se dit figurément des principes, des commencements de certaines choses, ou morales ou physiques » (1762, 1798, 1835) ; « il se dit figurément du principe, du commencement de certaines choses » (1935). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) la reprend, avec quelques modifications : « Figuré, principe, origine de certaines choses », illustrant de sens de nombreux extraits de grands écrivains des XVIIe et XVIIIe siècles, lesquels se rapportent tous ou quasiment à des « choses » morales ou intellectuelles, le doute (« Comme si l’on pouvait couper la racine des doutes d’où naissent les procès », Pascal), le mensonge (« toutes ces dispositions au mensonge et au déguisement, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans le cœur de l’homme », Pascal), le bien, l’esprit, la modération, les passions, la postérité, les abus… Dans le Trésor de la langue française (1971-94), le même sens figuré « origine, principe » est relevé à l’entrée racine.
Au vu de cela, on est en droit de se demander si les hommes politiques qui sont intarissables sur les racines de la France connaissent le sens de ce mot ou ont jamais ouvert, ne serait-ce que par curiosité, un dictionnaire. En tout cas, un fait est sûr : ils ne comprennent pas ce qu’ils disent ou ce que leur font dire leurs conseillers, et surtout ceux qui rédigent leurs discours. Pour M. Chirac, il y a quelques années, l’Europe a ou aurait (avec les déclarations de ces gens, il vaut mieux employer le conditionnel) des racines islamiques ou musulmanes ; la France aussi, a-t-il renchéri dans un autre discours. Récemment, ce fut au tour de M. Sarkozy de se prononcer sur les « racines de la France » ; elles sont « juives », a-t-il déclaré. Certes, il s’adressait à des juifs et l’on comprend qu’il ait voulu se concilier les bonnes grâces des électeurs présents dans la salle, en disant que le judaïsme était à l’origine de la France, un principe de la France, au commencement de la France. C’est vrai d'Israël, mais, historiquement, pour ce qui de la France, c’est totalement faux. Ce n’est qu’un pur fantasme pour attraper des suffrages. Mais si les électeurs à qui sont assénés de si pieux mensonges ont un sens aigu de leur propre dignité, ils tiendront pour mépris à leur encontre de telles momeries. Il en va de même des racines islamiques de la France ou de l’Europe. A l’origine, il n’y a pas l’islam, ni d’islam. L’islam n’est pas au commencement de l’Europe ou de la France. Il n’est pas le principe qui les régit - heureusement pour nous. Ces assertions sur les racines islamiques ou juives de la France n’ont aucune validité, ni morale, ni intellectuelle, ni historique. C’est du mensonge cynique ou de la basse flatterie.
Cela signifie-t-il que les mensonges sont les racines de la politique, action et discours confondus ? ALJ n’est pas loin de le penser.
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10 février 2011
Heidegger, penseur français ?
A propos de Dominique Janicaud, Heidegger en France, 2 vol., « récit » et « entretiens », Albin Michel, 2001.
Voilà un ouvrage savant. L’auteur a lu tout ce qui est consacré à Heidegger de 1930 à aujourd’hui, tous les écrits de ce philosophe, toutes les traductions qui en ont été faites, pour établir l’histoire de la réception de Heidegger en France. De cet ouvrage, on était en droit d’attendre le pire. On a le meilleur. Pour notre bonheur, Janicaud n’écrit pas comme Heidegger. L’Allemand est obscur, le Français, clair et limpide, met la pensée de Heidegger à la portée des lecteurs non spécialistes.
La France est le théâtre d’un étrange événement. Dès 1930, Heidegger est devenu un philosophe français. Les Français l’ont annexé et se réfèrent avec admiration à son oeuvre, alors que les Allemands l’ignorent ou essaient de l’oublier, à la fois à cause de son obscurité et des engagements de son auteur, membre du Parti Socialiste National des Travailleurs Allemands de 1933 à 1945 et qui, en 1945, a perdu sa chaire, quand l’Université allemande a été dénazifiée. De ce fait, des intellectuels ressortissants d’un des pays vainqueurs de la guerre de 1939-45 se prosternent devant une pensée ambiguë, inquiétante, confuse (laquelle ne manque pas de fulgurances, en particulier quand Heidegger critique le délire technicien), mais une pensée totalitaire, au sens où, comme celle de Hegel et de Marx, elle prétend refonder toute la philosophie, et venue d’un pays qui a envahi et occupé la France à trois reprises, de 1870 à 1945, pour y causer des destructions majeures. Cette pensée est située à l’opposé exact de tous les principes et valeurs que la France incarne, défend, propage depuis des siècles : la clarté de l’expression, la confiance dans l’homme, la volonté d’assumer le processus de civilisation, la défense du droit, etc. Or, ce ne sont pas des intellectuels de droite négateurs, rescapés de la collaboration ou antisémites, confits dans le ressentiment, qui béent d’admiration devant Heidegger, mais des intellectuels prétendument progressistes, vigilants, sourcilleux, prêts à pétitionner contre tout projet de loi, opinion, discours, etc. que, des hauteurs éthérées où ils trônent, ils jugeraient répressifs, attentatoires au droit, etc. De la même manière, ces mêmes intellectuels vénèrent, à un degré moindre certes, Nietzsche, un Nietzsche gauchi ou gauchiste, dit « de gauche » certes, mais qui fut le théoricien du « surhomme », de l’énergie qui prime sur tout, de la volonté de puissance, de l’homme qui prend la place de Dieu et qui s’autorise des actes que Dieu n’aurait sans doute jamais osé accomplir.
Ce que révèlent cette très étrange réception et la béatitude nigaude avec laquelle elle s’est manifestée et se manifeste toujours, en particulier dans les traductions hilarantes qui ont été faites des œuvres de Heidegger, traductions si obscures qu’il faudrait les retraduire en français, c’est la nature véritable de notre « intelligentsia ». Elle se proclame « éclairée », elle se prétend « progressiste », elle se dit mue par la seule « justice » ou par le « droit », elle déclare qu’elle prend le parti des opprimés. En réalité, elle est surtout hantée par la négation, fascinée par le nihilisme, minée par la haine de soi, obsédée par le néant. Voilà pourquoi elle a trouvé en Heidegger un maître et a fait de cet Allemand si profondément allemand un docteur ès baumes de l’âme.
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08 février 2011
Transparence
Dans toutes les éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française (1694-1935), la définition de transparence est expédiée en une courte et même phrase « qualité de ce qui est transparent », laquelle ne fait que gloser la formation de ce mot dérivé de l’adjectif transparent (« diaphane, au travers de quoi l’on voit les objets », DAF 1694-1935), et elle est illustrée du même exemple « la transparence de l’eau, du verre ». L’adjectif transparent, dont est dérivé le nom, a, il est vrai, un sens « transparent ». Il a été composé en latin du Moyen Age de la préposition trans, qui signifie « à travers », et du participe du verbe parere, « apparaître ». Même Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1877), répète cette définition, qu’il illustre de quatre citations d’écrivains classiques. A cet emploi, il ajoute celui de demi transparence : « état de certains corps qui ne laissent passer qu’une quantité de rayons lumineux insuffisante pour permettre d’apercevoir nettement les objets à travers leur substance », et un emploi figuré : « la transparence se dit d’un teint qui semble laisser pénétrer le regard dans la peau ».
L’article que Jean-François Féraud y consacre, dans son Dictionnaire critique de la Langue française (1788), est plus long et plus complet que celui du Dictionnaire de l’Académie française. La transparence est non seulement la « qualité de ce qui est transparent » (exemples : la transparence de l’eau, du verre), c’est aussi un emploi figuré de l’adjectif : « les hommes étaient transparents à ses yeux » et surtout « ce qui doit inspirer plus de terreur aux Anglais, c’est de voir leur administration ainsi devenue transparente, et ses mystères ainsi dévoilés aux étrangers ». Ces deux exemples annoncent les emplois modernes du nom et de l’adjectif.
Au XXe siècle, le nom transparence s’étend à d’innombrables réalités, comme l’atteste le Trésor de la Langue française (1971-1994). Dans la dernière édition publiée (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, l’article transparence s’étend sur moins trois lignes ; dans le Trésor de la Langue française (1971-1994), il fait près de deux pages de grand format et quatre colonnes. D’un coup, le mot est devenu moderne. Les sens techniques relevés sont plus nombreux. C’est non seulement la « propriété qu’a un corps, un milieu, de laisser passer les rayons lumineux, de laisser voir ce qui se trouve derrière » et par analogie, le « caractère quasi immatériel, évanescent d’une forme », mais aussi la « luminosité, la clarté de l’atmosphère » et le sens technique en peinture (« couleur, motif, etc. vu(e) à travers une seconde couche transparente » et « impression de luminosité, d’immatérialité que produit l’application de couches transparentes »), en optique, au cinéma (« procédé consistant à projeter par derrière sur un écran transparent un plan qui sert de décor et à filmer une scène jouée devant cet écran »).
Pourtant, ce qui fait la modernité de transparence, ce n'est pas la technique, c'est la morale : ce sont les emplois figurés, étendus aux êtres, aux institutions, à la presse, à la politique, à la société. La transparence est l’idéal d’une société qui n’a plus ni secret, ni zone d’ombre, ni refuge, ni asile, idéal qui ne tient pas de la démocratie, quoi qu’on en dise, sinon dans les discours, mais d’une organisation totalitaire. C’est la « qualité d’une personne dont les pensées et les sentiments sont faciles à comprendre, à deviner » et surtout la « qualité d’une institution qui informe complètement sur son fonctionnement, ses pratiques », comme dans et exemple : « au niveau de l’entreprise de presse, l’esprit a été de concevoir, dès 1936, une réglementation par laquelle serait obtenue la « transparence » (connaître le véritable responsable et les véritables ressources), condition de la loyauté ». Non seulement les êtres et les institutions doivent être transparents, bien entendu aux yeux des inquisiteurs qui fourrent leur nez partout, mais aussi le style et les discours ont pour qualité la transparence : c’est la « qualité de ce qui est facilement compréhensible, intelligible ». La transparence n’est plus une propriété physique, c’est une affaire de morale. Les revenus et les impôts sont aussi touchés par la nouvelle exigence : la transparence fiscale est un « régime fiscal particulier de certaines sociétés qui ne sont pas assujetties à l’impôt sur les bénéfices, mais dont on impose les activités comme si elles étaient directement le fait des associés ».
Pendant trois siècles, du XVIIe au XXe siècle, transparence ne se disait que de la matière, verre ou eau. Le nom est resté transparent et sans prétention, jusqu’à ce que la modernité se l’approprie pour en faire une exigence de morale privée et publique. D’un coup, il s’est opacifié. Il est devenu trouble, obscur, inquiétant, à l’opposé du sens dont il a été longtemps porteur. D’ailleurs les exhortateurs à la transparence, eux, ne s’y trompent pas, qui refusent de s’y plier. Leur « terreur », comme l’écrit ci-dessus Féraud à propos des Anglais, « est de voir leur administration devenir transparente et ses mystères dévoilés aux étrangers ». Ils ne se laissent pas abuser par les mots d’ordre qu’ils lancent à l’encontre des élus et se gardent prudemment d’appliquer à eux-mêmes ce qu’ils exigent des autres, exigeant que leurs sources soient protégées, évoquant la déontologie, parlant de secret – de leurs secrets enfermés derrière les hautes murailles de la forteresse des rédactions, etc. En bref, la transparence ressemble à l’ample manteau de Dom Juan qui couvre tous les vices.
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06 février 2011
Associateur
Depuis 1408, date de sa première attestation, le nom association a un sens clair et sans ambiguïté. C’est le « fait d’être associé, d’être uni à quelqu’un ». Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), le définit comme la « réunion de plusieurs personnes pour un but commun ». Il existe des associations religieuses, commerciales, littéraires ; les ouvriers forment des associations pour se secourir ou pour améliorer leur sort ; même les malfaiteurs se réunissent pour réaliser des objectifs communs. Bien entendu, le mot s’est étendu aux mots et aux idées. Le verbe associer sert de base à association, associatif, associationnisme, associé. Depuis quelques années, il est entré dans la langue française un nouveau dérivé, qui n’est pas encore relevé dans les dictionnaires : associateur. En même temps, association et associer, dont associateur dérive, se sont chargés d’un nouveau sens.
Ce nouveau sens et ce nouveau mot viennent du Coran, plus exactement des traductions françaises de ce livre. Associateurs désigne les disciples du Christ. Les chrétiens sont dits ainsi, parce que, dans la Trinité, ils associent à Dieu, qui, dans le monothéisme pur et dur, est unique, d’autres entités, qui, selon Mahomet (mais il est le seul à en décider ainsi), ne méritent pas d’être « associées » à Allah, à savoir un homme : le Christ, et un principe dont on ne sait s’il est un être humain ou s’il est un simple souffle : le Saint Esprit. Ainsi, il est dit dans le verset 73 de la sourate V : « Ce sont certes des mécréants ceux qui disent : « En vérité, Allah est le troisième de trois ». Alors qu’il n’y a de divinité qu’Une Divinité Unique ! » ; ou dans le verset 72 : « Ce sont, certes, des mécréants ceux qui disent : « En vérité, Allah, c’est le Messie, fils de Marie ». Alors que le Messie (le Christ) a dit : « O enfants d’Israël, adorez Allah (non pas Allah, mais Dieu), mon Seigneur et votre Seigneur ». Quiconque associe à Allah (d’autres divinités) Allah lui interdit le Paradis ; et son refuge sera le Feu. Et pour les injustes, pas de secoureurs!»
Le sort promis aux associateurs est la mort : ainsi, entre autres versets, dans le verset 73 de la sourate V : « Et s’ils ne cessent de le dire (associer à Allah d’autres dieux ou qu’Allah, c’est le fils de Marie), certes, un châtiment douloureux touchera les mécréants d’entre eux » ; ou dans le verset 77 de la même sourate : « Dis : « ô gens du Livre, n’exagérez pas en votre religion, s’opposant à la vérité. Ne suivez pas les passions des gens qui se sont égarés avant cela, qui ont égaré beaucoup de monde et qui se sont égarés du chemin droit ». Le verset 39 de la sourate VIII est explicite : « Et combattez-les (les mécréants) jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah ». Le début de la sourate IX est catégorique. Verset 1 : « Désaveu de la part d’Allah et de Son messager à l’égard des associateurs avec qui vous avez conclu un pacte ». Verset 3 : « Et proclamation aux gens, de la part d’Allah et de Son messager, au jour du Grand Pèlerinage, qu’Allah et Son messager, désavouent les associateurs. Si vous vous repentez, ce sera mieux pour vous. Mais si vous vous détournez, sachez que vous ne réduirez pas Allah à l'impuissance. Et annonce un châtiment douloureux à ceux qui ne croient pas ». Verset 4 : « A l’exception des associateurs avec lesquels vous avez conclu un pacte, puis ils ne vous ont manqué en rien, et n’ont soutenu personne (à lutter) contre vous : respectez pleinement le pacte conclu avec eux jusqu’au terme convenu. Allah aime les pieux ». Verset 5 : « Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre ». Verset 14 : « Combattez-les. Allah, par vos mains, les châtiera, les couvrira d’ignominie, vous donnera la victoire sur eux ».
C’est ainsi, comme disent les bien pensants et les experts en manipulations verbales, que la langue française s’enrichit de « différences » « brassées » « ailleurs », même si c’est pour inciter au crime ou promettre à autrui les pires avanies.
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05 février 2011
Dictateur
Le mot est emprunté au latin et, pendant plusieurs siècles, du XIIIe au XVIIIe siècle, il n’a été qu’un terme d’Antiquité romaine, désignant le magistrat qui exerçait, conformément aux lois, une fonction provisoire : « Magistrat unique et souverain qu’on nommait extraordinairement à Rome, du temps de la République, en certaines occasions importantes, et seulement pour un certain temps » (Dictionnaire de l’Académie française de la première édition, 1694, à la neuvième édition, en cours de publication). Le fait que ce terme soit propre à l’Antiquité, c’est-à-dire à une période révolue de l’histoire, plus exactement à la République romaine qui a duré un peu plus de quatre siècles, explique son exceptionnelle stabilité sémantique et de désignation. Les exemples cités se rapportent d’ailleurs à cette époque-là : Fabius fut fait dictateur dans la guerre contre Hannibal ; Jules César fut fait dictateur perpétuel. La définition qu’en donne Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est un peu plus complète (« magistrat souverain qu’on nommait à Rome, en certaines circonstances critiques ; son pouvoir était absolu, et fixé à une durée légale de six mois ; mais d’ordinaire le dictateur abdiquait avant ce terme quand le danger était passé ») et illustrée de cet bel exemple de Saint-Evremond : « Les dictateurs se tiraient quelquefois de la charrue, qu’ils reprenaient quand l’expédition était achevée ».
Il est possible mutatis mutandis de rapprocher cette fonction – qui s’inscrit dans un cadre légal et démocratique, au sens où il est voulu par le peuple -, et uniquement dans un but pédagogique, de l’article 16 de la Constitution de la Ve République : « Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacées d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier Ministre, des Présidents des assemblées ainsi que du Conseil Constitutionnel. Il en informe la Nation par un message. Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le Conseil Constitutionnel est consulté à leur sujet. Le Parlement se réunit de plein droit. L’Assemblée Nationale ne peut être dissoute pendant l’exercice des pouvoirs exceptionnels ». Les pleins pouvoirs sont conférés à ce magistrat français qu’est le Président de la République dans des circonstances exceptionnelles et pendant un temps limité.
C’est à partir de la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française, publiée en 1798, pendant la tourmente révolutionnaire, qu’est enregistré, pour la première fois, un emploi de dictateur en dehors du contexte de la République romaine : « On dit figurément et familièrement d’un homme qui a un ton tranchant, absolu, qu’il prend un ton de dictateur ». Entre 1792 et 1795, les Français qui ont été coupés en deux ou emprisonnés pour un oui ou pour un non ou obligés de se réfugier dans des pays accueillants ont fait l’amère expérience de ce « ton de dictateur ». Cet emploi marque le début de l’extension de ce mot hors de quelque contexte romain : « il se dit, par extension, dans le style élevé, de tout magistrat investi, temporairement ou à perpétuité, d’une autorité souveraine et absolue » (DAF, 1835, 1879, 1932-35) ; « dans les temps modernes, nom donné à quelques chefs qui réunissent temporairement tous les pouvoirs en leurs mains » (Littré, DLF, 1863-77).
Ce qui caractérise l’évolution sémantique de ce mot, c’est son extension croissante. On en comprend les raisons. Les dictateurs sont de plus en plus antipathiques, surtout à notre époque hypermoderne, où tout le monde, il est sympa, gentil, ouvert, tolérant, accueillant. Le mot se charge d’un sens désagréable, si bien que, par réflexe, tout chef d’Etat, un peu autoritaire ou qui ne plaisante pas avec quelques principes constitutionnels, est aussitôt taxé d’infâme dictateur, surtout dans les médias, lesquels sont, comme chaque sait, aussi purs que l’agneau qui vient de naître et n’exercent bien entendu aucune dictature, de quelque nature qu’elle soit, sur les esprits : « Par extension, courant, celui qui, investi légalement ou non du pouvoir politique, l’exerce de façon autoritaire, voire tyrannique, sans avoir officiellement, en général, le titre correspondant » (TLF, 1971-94) et surtout « par extension, aujourd’hui, chef d’État ou de gouvernement qui, parvenu au pouvoir légalement ou par la force, jouit d’une autorité s’exerçant sans contrôle, ni opposition exprimée » (DAF, neuvième édition, en cours).
En bref, il y a un demi-siècle ou plus, il ne serait jamais venu à l’esprit des journalistes et experts ou commentateurs avisés d’alors de qualifier Ben Ali et Moubarak de dictateurs. L’Egypte est un pays bordélique, d’anarchie militante, de joyeuse pagaille : les dirigeants d’un tel pays méritent sans doute d’innombrables qualificatifs, tels que peu compétents, bravaches, tartarins, irresponsables, etc., mais pas celui de dictateurs, sauf à donner à ce terme un sens si étendu qu’il ne veut plus rien dire. C'est l'habituelle reduction ad Hitlerum. Tout le monde est Hitler, comme si Hitler avait gagné la guerre. Ben Ali est l’héritier de Bourguiba, homme de gauche, socialisant, proche de FO et qui a établi une république laïque. Quand les journaleux et commentateurs de gauche le traitent de dictateur, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Moubarak est l’héritier de Sadate, Sadate celui de Nasser, l’homme de gauche vénéré par l’intelloterie française : le traiter de « dictateur », c’est faire remonter jusqu’à Nasser, le fondateur du régime, l’accusation. Ainsi donc Daniel et ses potes belles âmes auraient léché les bottes d’un dictateur ? De ces deux généraux, pour lesquels, mais cela va mieux en le disant, ALJ n’éprouve aucune sympathie, on ne peut rien attendre, sinon qu’ils exigent de leurs subordonnés un ordre apparent (l’ordre avant la justice), une discipline individuelle et collective de montre, une obéissance formelle. Dans les années 1930-60, ont sévi ici ou là de vrais dictateurs, dont Staline et Mao, qui avaient un pouvoir de vie ou de mort sur leurs sujets, et cela au nom de la si bien dite « dictature du prolétariat ». Si, par hasard, des Soviétiques et des Chinois avaient été assez fous pour se regrouper sur la Place Rouge ou la Place Tien An Men pour exiger le départ des dictateurs et la démocratie, ils auraient été immédiatement écrasés par les chars et les survivants fusillés sur le champ. En comparaison (mais comparaison n'est pas raison), Ben Ali et Moubarak sont des toutous. Or, les deux premiers n’ont jamais été accusés d’être des dictateurs ; seuls les seconds le sont, et par des intellos de tout niveau qui, il y a un demi-siècle ou plus, se prosternaient aux babouches des deux Staline et Mao susdits.
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03 février 2011
Récidive
C’est en médecine et dans le domaine de la morale que ce mot, emprunté du latin médiéval recidiva (du verbe latin recidere « retomber »), est employé à compter du XVIe siècle : par exemple chez le chirurgien Paré (« autrement la plaie ne se pourrait jamais reprendre, mais récidiverait ») ou dans une chronique des Médicis (« plusieurs récidiveront au dit mal par deux et trois fois ») et dans une Ordonnance de 1517 : « s’ils étaient incorrigibles et obstinés et récidivaient ».
Dans le Dictionnaire de l’Académie française où il est enregistré dès 1694, c’est un terme de morale à fortes connotations religieuses (« rechute dans une faute ») et aussi, semble-t-il, de droit, ce qui apparaît surtout dans les exemples : On ne pardonne guère les récidives ; à la première récidive il sera puni (1694, 1718, 1740, 1762, 1798) ; La récidive entraîne une peine plus forte que celle à laquelle on a été condamné précédemment (1835, même définition, mêmes exemples). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est le premier lexicographe, semble-t-il, qui le définisse comme un terme de médecine : « réapparition d’une maladie après le rétablissement complet de la santé, au bout d’un laps de temps indéfini qui quelquefois se compte par années » et comme terme de morale (faute) et de droit (délit et crime), les deux domaines étant étroitement mêlés : « action de retomber en la même faute, le même délit, le même crime », définition que l’on peut lire quelques années plus tard dans l’édition de 1879 du DAF et dans celle de 1932-35 : « il signifie, en termes de médecine, réapparition d’une maladie après une guérison en apparence complète, et au bout d’un laps de temps quelquefois fort long ».
Dans le Trésor de la langue française (1971-94), les deux domaines sémantiques, celui de la morale et celui du droit, sont nettement distingués : « courant, fait de retomber dans la même faute, la même erreur » ; « par extension, fait de faire de nouveau ce qu’on a déjà fait » ; et « droit pénal, fait de commettre, après une condamnation définitive, une nouvelle infraction ; état d’un délinquant qui a commis une nouvelle infraction » ; « récidive criminelle qui consiste, pour un individu ayant encouru déjà une condamnation à une peine criminelle, à commettre une nouvelle infraction pour laquelle il encourt encore une peine criminelle ».
Les extraits cités dans le TLF pour illustrer le sens de récidive et surtout celui de récidivisme (« tendance à la récidive ») montrent que les policiers, les juristes, les magistrats, même les philosophes sont conscients du danger que font courir aux innocents les criminels pervers et les potentiels récidivistes : le récidivisme (...) pose le problème de la persistance dans l’adoption d’un comportement antisocial (...) et celui de l'inefficacité des mesures prises lors de la première infraction et les perversions rayonnent toujours autour de l'inadaptabilité sociale, greffée sur l’anarchie des instincts. L’irréductibilité des tendances perverses se traduit par le récidivisme incessant de la faute, l’incorrigibilité en apparence absolue. Le premier extrait date de 1970, le second de 1946. De ce point de vue, ils expriment un jugement qui est en germe dans le DAF, de 1694 à 1935 : on ne pardonne guère les récidives. Autrement dit, longtemps, personne ne s’est bercé d’illusions sur les récidivistes et certains criminels qui sont de potentiels récidivistes et jusqu’au milieu du XXe siècle, la récidive était impitoyablement sanctionnée et tout était fait pour qu’elle ne se produise pas, quitte à ôter la vie aux pervers. Tout a changé aujourd’hui. Depuis quand ? 1981 ? Qui est à l’origine de cette complaisance extrême vis-à-vis de la récidive et qui fait que les élus et les bien pensants ferment pieusement les yeux sur le phénomène ou qu’ils s’en accommodent sans état d’âme, du moins tant que ce ne sont leurs propres enfants qui en sont les victimes ? Foucault ? Les théoriciens de l’antipsychiatrie ? Les rédacteurs en 1980 du programme du Parti socialiste ? Les trotskistes et les maos ? Peu importe d’ailleurs. Longtemps les progressistes ont été prométhéens, hostiles à la prédestination, aux Dieux qui persécutent les hommes. Il semble qu’ils ne le soient plus et que leur complaisance vis-à-vis des délinquants et des criminels ait eu pour effet de réintroduire la hideuse tragédie, l’aveugle destin, la noire fatalité dans la vie des enfants, femmes, jeunes filles, vieillards, qui sont sacrifiés, comme chez les Incas, parce que, désormais, les récidivistes ont le champ libre ou sont assurés d’une quasi-impunité.
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31 janvier 2011
"Révolution arabe" : l'hénaurme blague
Une même et unique rumeur bruit dans les media depuis trois semaines et met en transe les journaleux : la Révolution. Nihil novi sub sole. Il y a trente-deux ans déjà, en 1979, les mêmes journaleux, dans les mêmes media, saluaient le fait que l’ayatollah Khomeiny avait posé ses grosses fesses sur le trône de Perse comme un grand bond en avant, celui de l’humanité se libérant de ses chaînes. En fait de chaînes brisées, c’est dans un cul de basse fosse que Khomeiny et ses séides laissent croupir les Iraniens. L’histoire n’échaude même pas les media. De cela, on peut tirer deux maximes : il n’y a pas d’eau assez bouillante qui puisse échauder un journaleux ou tout journaleux échaudé en redemande. Ils concluent leurs « papiers » d’un « vive la Révolution arabe » martial, mais ce n’est pas par prudence, car ils ignorent que le subjonctif « vive » signifie le souhait et relève de l’exorcisme. On souhaite que cette révolution vive, parce qu’elle ne va pas durer ou qu’elle est tout ce que l’on veut, sauf une révolution, à moins d’entendre révolution dans son vrai sens, le sens que le mot a en astronomie, à savoir « retour à son point de départ ».
En effet, depuis quatorze siècles, l’histoire (ou la prétendue histoire) de ce que l’on nomme les pays arabes, et qui sont, à l’exception des pays de la péninsule arabique, des pays arabisés de force et par la terreur, est une non-histoire. A partir de 642-643, ces pays qui, tels la Mésopotamie, la Syrie, la Perse, l’Egypte, étaient les berceaux et les phares de la civilisation ont été envahis, conquis, colonisés, razziés, exploités, régis par des soudards arabes islamisés qui se sont « ouvert » ces pays riches et prospères pour les soumettre au sabre d’Allah, liquidant toutes les élites qui leur résistaient.
Le résultat est qu’il n’y a que deux forces politiques dans ces pays : l’armée ou l’islam ou l’armée et l’islam, l’armée secondée par l’islam ou l’islam appuyé par l’armée. C’est ce qui se passe au Soudan, en Egypte, en Jordanie, en Algérie, au Maroc, en Libye, en Turquie, etc. C’est un invariant, qui n’a pas changé d’un kasra depuis quatorze siècles. Parfois, l’armée essaie de mener une politique autonome en y soumettant l’islam, comme l’a fait Mustapha Kemal en Turquie pendant trente ans ; aujourd’hui, c’est Erdogan qui soumet l’armée turque à la loi de l’islam. Ben Ali et Moubarak étaient l’un et l’autre généraux ; Sadate était militaire, comme Nasser, les mamelouks, Salah el din, les Soliman et autres Mehmet, sultans ottomans, etc.
Deux pays ont échappé à ce destin : le Liban, qui n’en a plus pour longtemps, et l’Egypte, de 1860 à 1950, mais le colonel Nasser et ses soudards, admirateurs du cheikh Abdou, ont remis l’Egypte dans le droit chemin en chassant les élites juives et chrétiennes qui constituaient un embryon de société civile et avaient contribué à faire de l’Egypte un Etat de droit. Bien entendu, en 1952, l’intelloterie française, en transe, a applaudi ce coup d’Etat, qui a été tenu alors pour une révolution arabe – en fait, une simple « révolution de palais » qui a remis l’Egypte sur la juste voie, tracée en 643.
Les choses étant ce qu’elles sont, on ne peut attendre de ces révolutions qu’un rappel de la règle millénaire : l’islam ou l’armée, ou l’armée et l’islam. Tant que ces pays arabisés n’auront pas brisé le sabre d’Allah pour se libérer enfin de la double occupation qu’il impose depuis quatorze siècles, ils resteront ce qu’ils sont, conformes à ce qui leur a été imposé par la force et la terreur.
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29 janvier 2011
De la mondialisation à la globalisation
De la mondialisation à la globalisation
Globalisation et mondialisation, ainsi que les verbes globaliser et mondialiser dont ils dérivent sont modernes – et même hypermodernes, de la modernité dernier cri, de la nouvelle NLF, la langue française deux fois nouvelle et toute fraîche. Alors que les académiciens consacrent dans la neuvième édition de leur Dictionnaire (en cours de publication) une timide entrée à mondialiser (« étendre à l’ensemble du monde ») et à mondialisation (« le fait de se répandre dans le monde entier, de concerner toute l’humanité ; et absolument, la mondialisation, nouveau concept désignant la généralisation des relations internationales dans les domaines politique, économique et culturel »), ils ignorent globaliser et globalisation. Quant aux auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), ils citent les deux noms globalisation (« philosophie, psychologie, fait de percevoir, de concevoir quelque chose ou quelqu’un comme un tout ») et mondialisation (« action, fait de donner une dimension mondiale à quelque chose ») certes, attestés le premier en 1946, le second en 1964, mais dans les entrées consacrées aux deux verbes.
Les mots sont récents, mais les phénomènes qu’ils désignent – et surtout l’intensification des échanges entre les continents – sont anciens. Si, au cours des siècles passés, il n’y avait pas eu une ou plusieurs mondialisation(s) des échanges, nous ne boirions pas de thé, ni de café, nous ne fumerions pas de tabac, ni d’opium ou de ses dérivés, nous ne mangerions pas de chocolat, de pommes de terre, de tomates, nous ne relèverions pas nos plats de poivre ou de coriandre, etc. etc. etc., les Chinois ou les Argentins ne boiraient pas de vin français, personne d’autre que les Français ne mangerait de baguette à la française et les Polynésiens ne parleraient pas français. Ces échanges existent depuis que le monde est organisé en Etats et en villes : l’empire romain, la Méditerranée au XVIe siècle, la ligue hanséatique, etc. Un des agents méconnus de la mondialisation aux XIVe et XVe siècles a été la dynastie Ming sous l’égide de laquelle un des plus célèbres navigateurs qui soient au monde, Zheng He, a mené ses flottes de plusieurs dizaines de grands navires dans tout l’Océan indien et jusqu’à la pointe extrême de l’Afrique. Les historiens ont eu conscience de la réalité de ces phénomènes, bien avant qu’ils n’émergent dans l’opinion publique et qu’ils ne fassent l’actualité des médias. Ainsi, Fernand Braudel, l’historien de la Méditerranée au XVIe siècle, a forgé, pour en rendre compte dans les années 1960, le concept d’économie-monde et, aujourd’hui, des historiens traitent de ce qu’ils nomment « l’histoire-monde » (cf. Histoire du Monde au XVe siècle, Fayard, 2009).
Du XVIIe à la première moitié du XXe siècle, pendant quatre siècles, le monde a été façonné par l’expansion des pays d’Europe, expansion à laquelle notre pays a contribué autant, sinon plus, que le Royaume-Uni ou l’Espagne. De cette longue mondialisation, la France a conservé quelques vestiges : une ZEE ou zone d’exclusivité économique (une bande de mer large d’un peu plus de 350 Km au-delà des rivages) qui est, après celle des Etats-Unis d’Amérique, la plus vaste au monde : plus de onze millions de Km2, soit 20 fois la superficie de la métropole ; un réseau d’écoles, d’instituts et de centres culturels qui fait de la France et de son Etat la première multinationale culturelle et linguistique au monde. Cette mondialisation a été du ressort des Etats, tel l’Etat chinois au XVe siècle ou l’Etat portugais aux XVe et XVIe siècles, ou de « compagnies » qui étaient contrôlées par les Etats européens, telles les diverses Compagnies des Indes, orientales ou occidentales, française, anglaise, néerlandaise. Le commerce des épices qui a été pendant deux ou trois siècles la pointe émergée d’une vaste mondialisation était contrôlée par les mamelouks circassiens d’Egypte qui tiraient l’essentiel de leurs ressources des taxes prélevées sur ces épices et par la République de Venise qui disposait du quasi monopole de la distribution en Europe, ce qui a incité le Portugal et la République de Gênes à chercher une autre route vers l’Inde, en contournant l’Afrique par le Sud ou en se dirigeant vers l’Ouest. La mondialisation par les Etats a eu ses inconvénients. Celle dont la France a été l’agent entre 1830 et 1962 a coûté très cher aux contribuables français qui ont financé les infrastructures (routes, ports, barrages, écoles, aéroports, etc.) rendues nécessaires par la multiplication des échanges.
Dans les années 1980, la mondialisation a changé de degré et de nature : de degré, parce que les échanges se sont intensifiés et ont été multipliés quasiment à l’infini, touchant les marchandises, même les plus fragiles, les symboles culturels et la vie de l’esprit, les personnes (jamais les flux migratoires n’ont été aussi forts dans l’histoire du monde) ; de nature, parce que la mondialisation n’est plus l’affaire des Etats et qu’elle se fait, sauf cas exceptionnels (Chine, Inde, Arabie saoudite et quelques émirats pétroliers), contre les Etats et même contre la politique. En bref, c’est à une mondialisation d’un nouveau type et d’un type inédit et même inouï que nous sommes confrontés. Elle est l’affaire de grands groupes multinationaux, dont certains sont d’origine française, de banques d’affaires, dont certaines sont d’origine française, de puissances financières. On connaît quelques noms ou quelques visages, dans lesquels elle s’incarne : Soros, Gates, Jobs, Koons… Les intérêts privés font la mondialisation, parce que, d’après ces intérêts ou ceux qui les représentent, la politique, les Etats, le Bien public n’offrent plus ou n’offriraient plus de perspective à l’humanité pour ce qui est de la production de biens et de services et pour ce qui est de son bonheur. Ces intérêts se sont substitués aux Etats, tout en les reléguant ceux-ci dans des tâches subalternes, telles la solidarité sociale. Les revendications en faveur d’une meilleure « gouvernance » (et non d’un gouvernement) « mondiale » (évidemment) ou d’une « gouvernance » « effective » sont l’expression de ces changements qui affectent le pouvoir des Etats et la souveraineté des peuples.
La mondialisation actuelle n’est plus à proprement parler une mondialisation, mais une globalisation, comme disent les Américains. C’est le mot qu’employait Giscard d’Estaing dans les années 1970, alors que l’on commençait à prendre conscience de ce phénomène. En français, global a pour sens « en bloc ». La globalisation, c’est la constitution d’un seul bloc, dont la formation a été rendue possible par la disparition des blocs et la fin de leur affrontement. Ce bloc uniforme, massif, uni est fait d’un seul et même marché, d’un marché unique, qui est aussi un unique marché, ce qui signifie qu’il n’existe rien d’autre en dehors du marché et que cet unique marché non seulement s’étend à tous les biens et tous les services, mais encore régit toutes les décisions politiques, sociales ou économiques. Il faut prendre conscience de l’ampleur des bouleversements, non seulement dans la marche du monde et dans l’ordre des choses, mais même dans notre rapport, à nous êtres humains, au monde et aux choses. Le marché, nous savons par expérience que c’est un lieu et un moment. Le lieu, c’est la place, du marché ou de l’église, ou la grand-rue de la ville ou du quartier où nous demeurons ; le moment, c’est le mercredi ou le samedi ou tout autre jour, de sept heures du matin à une heure de l’après-midi. Le lieu est délimité, borné, circonscrit ; il a des limites et des « frontières ». Le temps, lui aussi, est limité. C’est dans ce lieu et pendant ce temps que s’échangent biens, nourriture, services. Aujourd’hui, dans la nouvelle mondialisation, le marché est partout et il dure 24 heures sur 24. Ce marché n’a plus de lieu propre grâce à la numérisation, l’automatisation des fonctions et la connexion généralisée. Il est sur l’écran de ces ordinateurs reliés à tous les ordinateurs du monde et allumés sans arrêt. Il est vrai aussi que la dématérialisation des titres et la titrisation des valeurs, c’est-à-dire la valeur affranchie de tout ancrage dans un lieu et un moment, vont de pair avec ce marché unique et global, qu’elles renforcent et étendent à tout. Il faudrait adopter un autre mot pour désigner ce marché d’un nouveau type : par exemple hyper-market ou pan-market.
Dans cette globalisation d’un type inédit, ce n’est même pas l’économie qui prime sur le reste. En grec, le mot oikos ou eikos sur lequel est formé économie signifie « maison » : l’économie, c’est la gestion de la maison ou le ménage, comme on disait dans la vieille langue française, c’est-à-dire la gestion de la maisnie (le manoir), des terres, du domaine. L’économie suppose l’existence d’un lieu ou d’un territoire sur lequel elle peut s’exercer. Le pan-market n’a plus de territoire. Il est hors-sol et hors du temps. Dans ce cadre, le politique devient caduc, puisque ce terme, grec lui aussi, a pour sens gestion de la « cité » ; il y est substitué la gouvernance du bloc global par ces organes financiers qui en sont les créateurs. L’Etat et la nation ont besoin d’un lieu et d’un temps pour être : le pan-market les abolit ou les rend caducs. Quand le politique est maintenu, comme en France depuis plus de vingt ans, c’est comme un vestige ou un oripeau à la remorque de la gouvernance mondiale, c’est-à-dire des organes de direction de la nouvelle mondialisation, et de ces suppôts que sont l’UE et l’OMC. La globalisation a aussi sa langue, le globish, une langue en grande partie factice et artificielle, mais qui est parfaitement adaptée pour régler la communication dans le pan-market. Certes, elle n’a aucune des autres fonctions d’une langue, telles que dire l’être, s’inscrire dans l’histoire, exprimer une symbolique qui lie les hommes, permettre une vie de l’esprit, faire s’épanouir la culture, etc. Cette langue n’est même pas l’anglais, même si elle est mâtinée d’anglais ou d’anglo-américain, et elle a ses propres codes (en dire le moins possible), ses agents, le moins de règles possible et que parlent tous les « acteurs » du marché global ou du monde « bloc » unique, qu’ils soient Chinois, Indiens, Français, Suédois, Brésiliens.
On comprend que la globalisation soit plébiscitée par les puissants, les élites, les dirigeants, qui n’y trouvent que des avantages, et par les médias, qui en chantent l’éloge sur tous les tons. Elle est plébiscitée, mais sans le suffrage des peuples, lesquels sont condamnés au néant.
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28 janvier 2011
Euthanasie
Le mot a été fabriqué à partir de deux mots grecs (« doux, agréable » et « mort ») en 1605 par un écrivain, philosophe et homme politique anglais, Francis Bacon. L’objectif de la médecine, explique-t-il, n’est pas seulement de rétablir la santé des malades, mais de leur offrir, lorsqu’il n’y a plus d’espoir de guérison, une « mort douce et paisible »… Les moyens par lesquels cette mort douce pourrait survenir ne sont pas dévoilés, Francis Bacon ne se prononçant que sur la nécessité et la justesse d’une mort sans souffrance. Les auteurs, tous ou quasiment tous jésuites, du Dictionnaire universel français et latin, dit de Trévoux, enregistrent euthanasie dans l’édition de 1771 (volume 5) en y donnant le sens de « mort paisible », sans autre commentaire.
Le mot appartient à la philosophie et aussi à la médecine. Barré le fait entrer comme « terme de philosophie » dans le Complément de 1842 au Dictionnaire de l’Académie française : « art de rendre la mort douce » et en commente ainsi l’origine : « nom par lequel François Bacon désigne une science qui lui paraissait à créer », et aussi comme terme de médecine signifiant « mort douce, sans douleur, sans agonie », définition que reprennent Pierre Larousse dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle (médecine : « mort douce, sans souffrance » ; philosophie : « art de rendre la mort douce selon F. Bacon ») et Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « bonne mort, mort douce et sans souffrance ». Au XIXe siècle, Renan a essayé de développer cet art ou cette science qu’est l’euthanasie : « les recherches que j’ai commencées, écrit-il en 1878, sur une science qui s’appellera euthanasie mettront l’homme au-dessus de la plus triste servitude, la servitude de la mort. L’homme ne sera jamais immortel ; mais finir n’est rien, quand on est sûr que l’œuvre à laquelle on s’est dévoué sera continuée ; ce qui est honteux, c’est la souffrance, la laideur, l’affaiblissement successif, la lâcheté qui fait disputer à la mort des bouts de chandelle quand on a été flambeau. Je trouverai un moyen pour que la mort soit accompagnée de volupté ». Il semble que les recherches de Renan n’aient pas abouti, puisque euthanasie, terme de philosophe entendu dans le sens de « science de rendre la mort douce », est tenu pour vieux dans le Trésor de la langue française (1971-94) : sur ce terrain, la philosophie a été supplantée par la médecine et par la pharmacologie qui connaissent les molécules qui tuent un homme en quelques instants, sans qu’il en ait conscience et sans qu’il souffre.
Apparemment, aussi bien chez Littré que chez Barré, l’euthanasie est une mort naturelle et elle ne résulte pas d’une prescription médicale. Du moins, ces deux lexicographes se gardent bien de poser le dilemme qui touche les consciences, lesquelles, pour nombre d’entre elles, refusent que la mort soit donnée par un médecin ou qu’elle résulte de l’absorption d’un médicament prescrit. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), qui sont des modernes, n’ont pas ces scrupules. Ils envisagent les deux sortes de mort douce, naturelle et artificielle : « mort douce, de laquelle la souffrance est absente, soit naturellement, soit par l'effet d'une thérapeutique dans un sommeil provoqué ».
De toute évidence, l’euthanasie est sortie de la langue ; elle est devenue depuis la fin du XXe siècle une question dite de « société » ou « sociétale », c’est-à-dire une image ou un miroir de la modernité, comme son condensé, là où la modernité apparaît dans sa nature véritable, avec sa haine de la mort, son obsession d’utiliser toutes les ressources de la médecine pour dominer la nature, sa volonté de pureté en cachant tout ce que la condition humaine a de vil ou de tragique. Les académiciens ont ignoré euthanasie dans les huit éditions publiées de leur Dictionnaire de 1694 à 1935 ; en revanche, dans la neuvième édition, en cours de publication, ils y consacrent un article relativement long et distinguent trois sens : « mort, douce et sans douleur, survenant de façon spontanée, sans autre intervention éventuelle que l’administration d’analgésiques » ; « action destinée à donner la mort à un malade incurable qui demande ou a demandé que l’on abrège ses souffrances ou sa déchéance physiologique » (« euthanasie active, administration de substances hâtant par elles-mêmes le décès ; euthanasie passive, suspension du traitement ou de la réanimation ») ; et enfin, « abusivement », indiquent prudemment les académiciens, en « politique », « élimination des individus ou groupes humains considérés comme tarés » (Platon préconisait l’euthanasie pour l’équilibre de sa République). Ce qui est déterminant, c’est que le mot euthanasie n’est plus seulement un terme de médecine ou de philosophie : il est entré dans le vocabulaire courant : « usuel », écrivent les auteurs du TLF, et, dans ces emplois-là, il désigne le « fait de donner délibérément la mort à un malade (généralement incurable ou qui souffre atrocement) ». De fait, le mot s’est chargé de sens divers et situés à l’opposé l’un de l’autre : le refus de maintenir en vie par tous les moyens un mourant, les soins intensifs et le fait de donner délibérément la mort à un malade, sans parler de l’usage qu’en ont fait les partisans de l’eugénisme pour « supprimer les sujets tarés afin de satisfaire des exigences de nature collective » et qu’elle a été sociale et eugénique, le mot étant contaminé par l’analogie fâcheuse que les deux dernières syllabes (nazi) établissent avec un régime qui a usé et abusé de l’euthanasie à l’encontre, non pas des mourants, mais d’hommes, de femmes, d’enfants en excellente santé.
09:35 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : euthanasie, société, christianisme
25 janvier 2011
Dogmatique
Dans la langue actuelle, l’adjectif dogmatique est péjoratif quand il qualifie une personne ou son comportement : « qui affirme avec autorité, à la manière du magistère ecclésiastique » (Trésor de la langue française, 1971-94 ; dans ces emplois, il a pour synonymes doctoral, impérieux, tranchant, péremptoire) ; « par extension, qui exprime ses opinions d’une manière impérieuse et tranchante » (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication). Dans la langue classique, cet adjectif, employé parfois comme nom, n’était pas l’objet de jugements méprisants.
Emprunté du latin dogmaticus, « relatif aux dogmes » et chez les chrétiens, « qui concerne la foi », il est attesté chez le médecin de la Renaissance Jean Canappe (1537). Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) y donne le sens « d’instructif », sens que Furetière (Dictionnaire universel, 1690) glose ainsi : « qui appartient à quelque opinion ou à quelque science », précisant qu’on « le dit dans toutes les sciences ». Les académiciens, dans les trois premières éditions du DAF (1694, 1718, 1740), font de dogmatique un terme de science : « qui regarde les dogmes de quelque science » et « on appelle philosophe dogmatique celui qui établit des dogmes dans une science » (les philosophes dogmatiques sont opposés aux sceptiques). Certes, Richelet (1680) note que le verbe dogmatiser ou le nom dérivé dogmatiseur « se prend en mauvaise part ou se dit en riant », mais dogmatique fait l’objet d’appréciations flatteuses, les dogmes étant des « maxime, axiome ou principe ou propositions en quoi consistent les sciences » (DAF, première version, 1687).
C’est dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-64) que dogmatique est exclu de la science pour être relégué dans la religion, plus exactement dans la Grammaire et la Théologie. C’est « ce qui appartient au dogme, ce qui concerne le dogme… On dit fait dogmatique pour dire un fait qui a rapport au dogme : par exemple, de savoir quel est le véritable sens de tel ou tel auteur ecclésiastique ». Cependant, dogmatique survit en médecine, où il désigne « la méthode d’enseigner et d’exercer l’art de guérir les maladies du corps humain, fondée sur la raison et l’expérience ». Les encyclopédistes poursuivent en ces termes : « Hippocrate est regardé comme l’auteur de la médecine dogmatique ou rationnelle, parce qu’il a le premier réuni ces deux fondements, dont il a fait une doctrine particulière qui n’était point connue avant lui ; car parmi les médecins de son temps, les uns s’arrêtaient à la seule expérience, sans raisonner, et c’était le plus grand nombre, et les autres au seul raisonnement sans aucune expérience ».
A partir de 1762, les académiciens suivent les leçons des encyclopédistes et bornent dogmatique à la seule religion : « qui regarde les dogmes de la religion », séparant de fait et nettement la science de la religion. Dès lors, ce qui est dogmatique est considéré comme peu scientifique ou pas du tout scientifique, souvent en rapport avec l’école et les enseignements qui y sont dispensés (« plus ordinairement, par extension, qui est consacré, usité dans l’école », DAF 1835, 1879, 1932-35), tandis que dogmatique commence à être pris en mauvaise part : « il signifie aussi qui dogmatise, qui exprime ses opinions d’une manière impérieuse et tranchante » (DAF, 1835, 1879), prélude à une lente descente vers l’enfer de la péjoration, dans laquelle s’abîment peu à peu les mots qui, de près ou de loin, se rapportent à la religion ou à la théologie, péjoration qui affecte au XIXe siècle toute philosophie idéaliste, même celle de Platon : « qui attache de la certitude à un certain nombre d’opinions, particulièrement d’opinions philosophiques » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77, illustre ce sens de cet exemple : « Platon est un philosophe dogmatique »), Littré traitant dans la même rubrique la « théologie dogmatique » ou « exposition des croyances chrétiennes » et « la philosophie dogmatique », qui « se dit, par opposition à philosophie sceptique, de celle qui établit des dogmes ». Le discrédit de la religion chrétienne (la seule qui ait perdu tout crédit) a affecté le sens de dogmatique certes, mais la religion et la théologie ont entraîné dans leur descente aux Enfers la philosophie idéaliste et tous les systèmes qu’elle a conçus.
11:14 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, société, culture
24 janvier 2011
Immolation
Emprunté au latin, immolatio et le verbe immolare étant dérivés de mola, cette farine sacrée dont était couverte la tête d’une victime avant qu’elle ne soit sacrifiée, ce mot est attesté au XIIe siècle et il est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française dès la première édition (1694). Furetière (Dictionnaire universel, 1690) le définit comme le « sacrifice sanglant d’une victime », l’illustrant de l’exemple d’Iphigénie, immolée pour que les armées grecques, près de combattre Troie, bénéficient de vents favorables. Il est le seul lexicographe qui qualifie de sanglant le sacrifice, les académiciens de 1694 à l’actuelle édition, en cours de publication, limitant l’immolation à la seule « action d’immoler », c’est-à-dire de « sacrifier » ou « offrir une chose vivante (animal ou personne) en sacrifice ». Dans aucun dictionnaire, il n’est établi que l’immolation puisse se faire par le feu ; auquel cas, elle serait un holocauste.
En revanche, les lexicographes citent le sacrifice volontaire qu’a fait le Christ de sa vie, pour le salut des hommes, dit-on. L’exemple « l’immolation de Christ » qui apparaît dès le XVe siècle est dans le Dictionnaire de l’ancienne langue française de Frédéric Godefroy (1880-1902) et dans la neuvième édition, en cours de publication, du DAF (« l’immolation du Christ, son sacrifice consenti pour le salut des hommes »), ainsi que, sous une forme légèrement différente, à l’entrée immoler (DAF, 1694 : l’hostie qui a été immolée pour le salut des hommes) ou dans ces extraits de Saci (« le commencement de la bonne vie est de faire Justice ; et elle est plus agréable à Dieu que l’immolation des hosties ») et de Bossuet (« le propre corps et le propre sang, dont l’immolation et l’effusion nous ont sauvés sur la croix », in Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Les sacrifices humains ayant disparu d’Occident assez tôt, le mot immolation s’est donc spécialisé dans des emplois étendus ou dans des emplois figurés, comme l’indiquent les académiciens dans la huitième édition du DAF (1932-35 : « il se dit aussi, en termes de théologie, de l’action de s’immoler soi-même, de consentir au sacrifice de soi-même ; l’immolation de Jésus ») et les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94 : « Théologie, sacrifice du Christ sur la croix ou sur l’autel »). Certes, les académiciens, dans les cinquième et sixième éditions du DAF (1798 et 1835), ont cru bon d’indiquer, mais à tort, que immolation « ne se dit qu’au propre ». En 1872, Littré relève un sens étendu : « par extension, mise à mort des hommes » (« l’immolation des hommes sur les champs de bataille ») ; et à partir de 1879, les académiciens l’imitent : « il se dit, par extension, de la mise à mort d’un grand nombre d’hommes ; les immolations de la Terreur ; les vastes immolations de la guerre » et « il se dit, par analogie, de la mise à mort d’un grand nombre d’hommes » (1932-35, la guerre de 1914-18 est encore dans tous les esprits : les grandes immolations de la guerre »), de même que les auteurs du TLF : « par extension, littéraire, synonymes carnage, hécatombe, massacre, tuerie », comme dans cet extrait des Mémoires de Mauriac (« Le grand Meaulnes, tournant le dos à tout ce qui est sordide, bruyant, souillé, s’en est allé vers l’immolation de 1914, à travers un laborieux enchantement », 1959).
Ce nom des religions de l’Antiquité et de la théologie chrétienne a connu au cours des dernières semaines un beau succès dans les media et dans la bouche d’experts, de commentateurs et de consciencieux du social, à propos des événements de Tunisie et ailleurs dans le monde musulman, dit « arabe ». Des jeunes gens (une dizaine) se sont suicidés en dépit du « tabou anthropologique » : euphémisme pour désigner l’interdiction par l’islam du suicide. La vie appartenant à Allah, c’est à lui seul de disposer à son gré de ce qu’il a donné. Les meurtres, assassinats, massacres de masse sont prescrits, pour exterminer infidèles, mécréants, associateurs, juifs, etc., mais le suicide est proscrit. Va comprendre, Charles. En réalité, le mot immolation n’est guère adéquat pour désigner ces suicides, qui tiennent plus de l’holocauste que du sacrifice sanglant à la manière de celui d’Iphigénie ou que, horresco referens, celui du Christ. Les commentateurs ont beau être très savants, ils n’ont pas conscience qu’ils parlent des pays musulmans avec les mots du christianisme - réduction dont les musulmans ont horreur et qui doit les indigner, à juste titre. Il est vrai que, les commentateurs ne comprenant plus le sens de ces mots, il leur est aisé de faire des Bouaziz suicidés des messies annonçant un ordre nouveau.
13:27 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, société, politique
20 janvier 2011
Sécessions
Soudan et Côte d'Ivoire
Il n’est nul besoin d’être devin pour affirmer que, de toute évidence, Ouattara a remporté l'élection présidentielle. Il suffit de faire un peu d’arithmétique. En Côte d'Ivoire, le vote est et a été ethnique; autrement dit, les électeurs ont accordé leur suffrage à celui des candidats qui représentait leur ethnie ou leur "race". Au premier tour, trois groupes ethniques ont obtenu plus de 10% des suffrages : celui du Sud (Bétés, Krus et autres lagunaires) 37%; celui du Nord (Dioulas, Malinkés, Sénoufos, Lobis) 32 %; celui du centre (Baoulés et Agnis) 25 %. Les deux derniers groupes ethniques, Nord et Centre, étant alliés contre celui du Sud, arithmétiquement le candidat de l'alliance dioulas-malinkés-sénoufous-baoulés dépassait, en capital de voix potentielles, la majorité absolue : de fait, il a obtenu 54 ou 55 % des voix et 100 % des voix dans de nombreux bureaux de vote du Nord.
L'arithmétique a donc désigné Ouattara comme président de la République de Côte d'Ivoire, mais l'arithmétique ne fait pas la démocratie. Pour qu’il y ait démocratie, il faut qu’il y ait un « démos », c’est-à-dire un peuple. Or, en Côte d’Ivoire, il y a au moins trois peuples. Même si Ouattara accède au pouvoir, il n’administrera que son peuple…
Ouattara est un nom célèbre dans l'histoire, non pas de la Côte d'Ivoire, mais des peuples dioulas ou malinkés et de leurs alliés de Haute-Volta et du Nord de la Côte d'Ivoire. Le candidat actuel descend d'une dynastie qui a établi un empire autour de la ville de Kong située dans le nord de la Côte d'Ivoire actuelle, connu sous le nom d'Empire Kong ou d'Empire Ouattara. Cet empire religieux fanatique, qui a duré jusqu'à la fin du XIXe siècle, avait pour ressources principales, entre autres, l'esclavage et le commerce des esclaves. En effet, pendant plus de trois siècles, les Ouattaras du Nord ont razzié dans la région forestière du Sud de la Côte d'Ivoire un grand nombre d'esclaves, qu'ils ont fait travailler à leur service ou qu'ils ont vendus aux marchands arabes venus du Nord : entre musulmans, on s'est vendu de la chair de non-musulmans.
Mettez-vous à la place des hommes et des femmes du Sud, dont les ancêtres ont survécu difficilement, et dans la forêt, aux razzias organisées par l'Empire Ouattara et qui seraient obligés soudain un siècle et demi plus tard de revivre le cauchemar de leurs ancêtres, lequel, même atténué, même symbolique, reste à leurs yeux un cauchemar. Bien entendu, aucun des bien pensants qui contrôlent les médias n'a osé expliquer sereinement, sans haine, objectivement, cette situation, préférant faire passer Ouattara pour un "libéral" et Gbagbo pour un nationaliste haineux et raciste.
La situation de la Côte d'Ivoire n’est pas différente de celle du Sud Soudan. Pendant le dernier demi-siècle, les habitants de cette région ont dû subir les exactions, les massacres, l'esclavage des gens du Nord, arabes et musulmans. Pour faire cesser ce martyre, la communauté internationale a opté pour un référendum au terme duquel le peuple du Sud Soudan a choisi l'indépendance : pour lui, c'en est fini de la menace que les esclavagistes du Nord ont fait peser sur le Sud du Soudan et sur les pays d’Afrique noire pendant quatorze siècles. Il s'en suivra la partition de ce pays, dont les frontières ont été tracées par les puissances coloniales.
Pourquoi ce qui est bon pour le Soudan ne le serait-il pas pour la Côte d'Ivoire ? Que vaut-il mieux ? Un Etat issu de la colonisation qui rassemble des peuples que tout oppose ou que rien ne réunit et qui va ou peut sombrer dans une guerre sans fin ou dans une ruine totale ou être livré à l'anarchie ? Ou bien deux Etats aux frontières reconnues internationalement et dont les peuples vivent chacun leur destin, indépendamment l'un de l'autre ? Ce n'est sans doute pas l'idéal, mais c'est préférable à l'apocalypse qui se prépare et dont les prodromes ont déjà fait des milliers de morts.
09:40 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, histoire
19 janvier 2011
Acculturation et déculturation
Dans la langue anglaise en usage en Amérique du Nord, acculturation, attesté en 1880, a pour sens « adoption et assimilation d’une culture étrangère ». C'est ce mot que les consciencieux du social, ethnologues, sociologues et autres ont emprunté dans la seconde moitié du XXe siècle. Il ne figure ni dans le Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) ni dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35). Selon les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), il a deux sens qui varient suivant la « science sociale » dans laquelle il est en usage : en ethnologie, il désigne les « modifications qui se produisent dans un groupe culturel, concernant la manière d’agir, de percevoir, de juger, de travailler, de penser, de parler, par suite du (sans doute pour « à la suite du ») contact permanent avec un groupe (généralement plus large) appartenant à une autre culture » ; en sociologie, c’est le « processus par lequel un individu apprend les modes de comportements, les modèles et les normes d’un groupe de façon à être accepté dans ce groupe et à y participer sans conflit ».
Lire les consciencieux du social, toujours en très grande diagonale, bien entendu, occasionne de franches rigolades. Les rédacteurs du Traité de sociologie publié en 1968, l’année de tous les délires, écrivent, comme s’ils étaient les Bouvard et Pécuchet de la grande ère de la Bêtise, à propos de l’acculturation, ceci : c’est « l’ensemble des phénomènes qui résultent de ce que des groupes d’individus de cultures différentes entrent en contact, continu et direct, avec les changements qui surviennent dans les patrons culturels originaux de l’un ou des deux groupes... Selon cette définition, l’acculturation doit être distinguée du changement culturel, dont elle n’est qu’un des aspects, et de l'assimilation, qui n’en est qu’une des phases. Elle doit être également différenciée de la diffusion qui, bien que se produisant dans tous les cas d’acculturation, peut non seulement se produire sans qu’il y ait contact de groupes, mais encore qui ne constitue qu’un des aspects du processus de l’acculturation». Conclusion : « l’acculturation résulte donc d’une multiplicité de microprocessus, d’invention, d’imitation, d’apprentissage ou d’adaptation chez des milliers d’individus et des groupes en interaction, dont l’anthropologie ne fait que constater les effets statistiques ».
Heureusement, la définition du Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication) est moins imprégnée de jargon socialo-socialisant que celle du Trésor de la langue française : plus humble et moins arrogante donc. C’est, très prosaïquement, « l’adoption progressive par un groupe humain de la culture et des valeurs d’un autre groupe humain qui se trouve, relativement à lui, en position dominante » et « par extension, l’adaptation d’un individu à une culture étrangère ». Il a été écrit, ci-dessus, « moins imprégnée de jargon ». Hélas, il en reste, serait-ce cette « position dominante » qu’occuperait un groupe humain. De cela, on peut soupçonner que le groupe humain que forment les académiciens n’est plus, en matière de langue, dans une « position dominante », puisque ses membres empruntent à un groupe supérieur, plus puissant, plus nombreux, celui que forment les consciencieux du social, une partie de leur vocabulaire.
Les consciencieux du social ne se contentent pas de distinguer l’acculturation du changement culturel, de l’assimilation ou de la diffusion ; ils sont persuadés que l’acculturation se fait suivant des processus variés, de sorte qu’il convient de distinguer l’acculturation de l’enculturation (ne riez pas : c’est « l’apprentissage par un individu de connaissances possédées par son propre groupe »), de « l’endoculturation (transmission du savoir par les anciens ou la famille), de la transculturation (les changements se produisent sous l’effet de facteurs internes), de la contre-acculturation (sentiment de rejet, voire d’hostilité, envers la culture qui cherche à dominer), de la reculturation (mouvement de retour aux sources, de recherche et de reconstruction d’un patrimoine perdu).
Le nom déculturation et le verbe déculturer ne sont définis ni dans le Trésor de la langue française (1971-94), ni dans l’édition actuelle du Dictionnaire de l’Académie française. Pourtant, ils sont d’un usage courant dans les ouvrages dits de « sciences humaines et sociales ». Ce sont les ressortissants des pays du tiers monde, ou des anciennes possessions de l’Empire français qui ont été arrachés, à la suite d’une grande violence symbolique, à leur culture d’origine : du moins leurs descendants s’en plaignent-ils ; du moins les consciencieux du social accusent-ils la France d’avoir commis un génocide culturel, en apprenant la langue française aux populations qui dépendaient d’elle, en les initiant à une culture qui n’était pas la leur, en les obligeant à adopter les mœurs venues des lointaines contrées du Nord, etc. Or, de tous ces mots de consciencieux, déculturation est le seul qui pourrait désigner avec justesse des phénomènes propres à la France actuelle. C’est, comme l’exprime le préfixe dé, « la perte de toutes les valeurs de référence, sans assimilation en contrepartie de celles des autres ». Que l’on lise de Renaud Camus La grande déculturation (Fayard, 2008). Les Français, que les anthropologues accusent d’avoir déculturé au cours des deux ou trois derniers siècles les peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et même d’Amérique, processus auquel seuls les Luniens et les Soleilins ont échappé, sont désormais les victimes innocentes de la déculturation, pour expier sur on ne sait quel autel des péchés originels, dont le principal est de ne pas être noirs ou arabe. Le processus ne touche pas les sociétés qui sont « en contact brutal avec la culture occidentale », mais les pays occidentaux, vulnérables, submergés par des vagues de colons cupides. Désormais, ce ne sont plus les comanches, les sioux, les lapons, les tchouvaches, les nambikwaras, les bororos, les papous, les aborigènes d’Australie, les maoris, etc. qui sont déculturés, mais les Français. Le processus touche les arrière petits-enfants de ceux qui ont ou qui auraient jadis déculturé les baoulés, les bétés, les diolas, les touaregs, les berbères, les arabes, etc. Un pays vieux de plus de quinze siècles, qui a inventé une des cultures les plus fécondes de l’humanité, laquelle, à la différence de toutes les autres, s’est crue universelle, se détruit lentement sous nos yeux. Le fait le plus sinistre est que les auteurs de ce processus sont ceux-là mêmes qui le dénoncent, mais en Afrique, en Asie ou en Amérique seulement et qui, en conséquence, mettent en œuvre ici ou chez eux ce dont ils ont horreur ailleurs ou chez les autres, et cela au nom de valeurs qu’ils haïssent ou prétendent haïr : progressisme, économie, argent, cupidité, ou de valeurs qu’ils piétinent, tels le social, le respect d’autrui ou l’accueil de l’Autre. Ainsi, ils marchent sur les brisées de ceux qui, il y a un siècle et demi, parcouraient le monde pour arracher les races inférieures à leur état sauvage. Ils ne labourent plus les espaces du tiers monde sacré, mais les campagnes, les banlieues et les villes de France. L’objectif est d’arracher des millions de jeunes Français à leur culture, à toute culture, de leur en interdire définitivement l’accès, c’est-à-dire de leur faire subir les vexations qui ont détruit les bororos, les sioux ou les papous. On comprend que les consciencieux du social, ou leur porte-plume des media, ferment les yeux pour ne pas voir tout ça et surtout se cousent les lèvres de peur que le juste mot de déculturation sorte de leur bouche.
10:27 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, culture
13 janvier 2011
Elémentaire, mon cher BHL
Dans le journal Le Point, Monsieur Lévy, plus connu par ses initiales BHL, se pose la question, Comment sauver les chrétiens d'Orient ?, mais dans des termes si angoissés, presque métaphysiques, et avec tant de contorsions de vocabulaire imposées par sa soumission à la bien pensance que les seules réponses qui lui viennent à l'esprit sont s'indigner (ça, c'est bon pour l'intelloterie) ou prier (ça, c'est pour ceux qui croient dans la charité du Christ).
Imagine-t-on dans quel discrédit a posteriori serait tombé l'intello qui par hasard se serait demandé en 1943 "Comment sauver les juifs allemands ?" (mais, pas de panique, aucun d'eux ne s'est posé la question alors) et répondre "par l'indignation" et "par la prière" ?
Pourtant, à cette question, il existe une réponse élémentaire - c'est celle qu'ont donnée les Alliés et la France libre, puis la France combattante, à partir de 1940. D'abord nommer les bourreaux, tueurs, massacreurs par le nom qu'eux-mêmes ils se donnent. Ensuite désigner par son nom l'idéologie, fût-elle religieuse, qui les inspire et le texte où cette idéologie est consignée. Enfin rappeler qu'entre 1940 et 1944, si quelques dizaines de milliers de juifs ont échappé à la mort promise, c'est parce qu'une guerre à outrance et sans merci a été menée sans compromis, sans répit, jusqu'à la capitulation de l'Allemagne, par les Alliés.
En 1995, Monsieur Lévy appelait à la guerre sainte pour sauver quelques milliers de musulmans bosniaques. Quinze ans plus tard, le va-t-en guerre s'est mué en petit toutou docile.
11:44 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, christianisme
11 janvier 2011
Epuration
Dérivé du verbe épurer, ce nom est attesté au début du XVIIe siècle, mais il n’est enregistré dans les dictionnaires qu’au XIXe siècle. Il signifie « action d’épurer » et longtemps il ne s’est appliqué qu’en médecine (l’épuration du sang, in Dictionnaire de l’Académie française, 1835 ; « épuration extra-rénale, extra-hépatique, élimination des déchets toxiques d’un organe défectueux selon une technique, à l’aide d’un appareil approprié », Trésor de la langue française, 1971-94) ou dans des domaines techniques : « l’épuration des métaux » (DAF, 1835), « l’épuration des huiles » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77), « les produits d’épuration du gaz d’éclairage ; une station d’épuration des eaux usées » (TLF, 1971-94). Dans la langue moderne, ce nom est souvent employé dans des sens figurés. « Il se dit aussi au sens moral », écrivent les académiciens en 1835, citant comme cibles de l’épuration « les mœurs, la langue, le théâtre », auxquels Littré (DLF, 1863-77) ajoute le « goût » et un « texte fautif », ce que les auteurs du TLF définissent ainsi : « domaine moral, élimination des éléments trop libres ou choquants dans les mœurs ou dans une production littéraire » (1971-94).
C’est en 1791 que les Jacobins étendent ce nom à la politique. L’épuration, entendue ainsi, est glosée par Littré : « épuration d’une compagnie ou un corps, exclusion donnée à quelques-uns de ses membres jugés indignes d’en faire partie », qui couronne ce sens de cet exemple : « épurations politiques, exclusions dictées par des motifs politiques » ; et par les auteurs du TLF : « domaine sociopolitique, élimination d’un corps social des membres jugés indignes d’en faire partie ou considérés comme indésirables » (épuration d’un corps politique, d’un personnel administratif, des cadres) et « en particulier, mesures prises en France, après la Libération, contre des personnes ayant collaboré avec les autorités d’occupation ». De toute évidence, c’est ce sens politique qui prédomine dans la langue du XXe siècle, comme l’atteste l’article épuration de la neuvième édition du DAF (en cours de publication), dans lequel le sens politique occupe près des deux-tiers de l’espace consacré à ce mot : « action d’expulser d’une organisation, d’une administration, d’une entreprise, d’une profession, etc., une catégorie d’adhérents ou d’agents jugés indésirables ou indignes ; résultat de cette action. L’Épuration, en France et dans d’autres pays d’Europe, nom donné, au terme de la Seconde Guerre mondiale, à l’ensemble des mesures prises pour sanctionner des actes de collaboration avec l’ennemi, commis pendant la période de l’occupation allemande » (un comité d’épuration ; les tribunaux d’épuration).
Récemment, M. Sarkozy, président de la République, a qualifié les attentats dont sont victimes les Coptes en Egypte d’épuration religieuse : « Nous ne pouvons pas non plus admettre et donc faciliter ce qui ressemble de plus en plus à un plan particulièrement pervers d’épuration religieuse du Moyen-Orient ». Personne ne se fait d’illusion sur ces déclarations. La France admet cette « épuration » depuis au moins trente ans ; pis même, elle ne cesse de faire des courbettes à ceux qui inspirent ces meurtres, attentats, assassinats, massacres… D’ailleurs, même si elle ne les admettait pas, que ferait-elle pour les empêcher ? La guerre ? Elle est incapable de désigner de façon claire les auteurs de ces attentats et l’idéologie qui les inspire ; elle n’est donc pas près d’empêcher les criminels de nuire et leur idéologie de prospérer. La vraie question est ailleurs : de toute évidence, ce qui se passe en Egypte, en Irak, au Nigéria, aux Philippines, etc. et ce qui s’est passé pendant un demi-siècle au Sud-Soudan et ailleurs dans le monde n’est pas une épuration, ni ne ressemble de près ou de loin à un plan d’épuration religieuse. L’épuration est une exclusion, pas une extermination ; même en 1944-45, elle s’est faite dans les tribunaux, et non par des égorgements de masse. C’est que le terme épuration, appliqué à ce que subissent les Coptes et tous les chrétiens d’Orient, est un euphémisme, c’est-à-dire un mot au sens adouci, qui sert à masquer la réalité : l’extermination lente de populations entières. Il ne viendrait pas à l’idée d’un homme politique français responsable de qualifier la Shoah d’épuration.
14:34 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, politique, société
10 janvier 2011
Déverrouiller
Verrou, verrouiller, déverrouiller : hommage à M. Valls, député
Dérivé du verbe verrouiller (le préfixe dé – inversant le procès du verbe), lui-même dérivé du nom verrou (pièce de fer fixée sur une porte et qui, poussée dans une gâchette, empêche de l’ouvrir), le verbe déverrouiller est ancien : il est attesté à la fin du XIIe siècle, presque à l’origine de notre langue, mais il n’est enregistré dans les dictionnaires qu’au XIXe siècle, à la différence de verrouiller qui est dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française de 1694 à 1935 avec le sens de « fermer au verrou » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « fermer au verrou » et « par extension, verrouiller quelqu’un, l’enfermer en prison ou ailleurs » ; Trésor de la langue française, 1971-94 : « fermer au moyen d’un verrou » ; « au figuré ou par métaphore, fermer, bloquer, rendre impénétrable » ; « emprisonner, enfermer »). Déverrouiller apparaît d’abord chez Littré avec le sens « ôter les verrous » et dans la huitième édition du DAF (1932-35, où il est enregistré pour la première fois) : « faire qu’une porte, une clôture, etc., ne soit plus verrouillée ».
Dans le Trésor de la langue française (1971-94) comme dans la neuvième édition du DAF, les emplois de ce verbe relèvent des domaines de la technique : « par extension, le complément d’objet désigne un mécanisme, enlever le dispositif qui en maintenait les parties immobiles » (déverrouiller les manettes, un aiguillage, le train d'atterrissage d’un avion.) ; « spécialement, le complément d’objet désigne une arme à feu, dégager la culasse » (déverrouiller une arme à feu). Seuls les auteurs du TLF relèvent des emplois métaphoriques de déverrouiller chez Saint-Exupéry (cette âme n’était point de celles qu’un vent de paroles déverrouille) et Jankélévitch (si la conscience unilatérale déverrouille ce blocus). Il semble donc que les emplois de ce verbe en dehors de la technique soient rares. De fait, on est en droit de tenir l’exhortation lancée par M. Valls à « déverrouiller les 35 heures » pour une formulation assez neuve et presque inventive – « poétique », diraient d’autres – sur le plan verbal du moins, car, pour ce qui est de la réalité des choses, les 35 heures, ayant été « détricotées » (la belle métaphore !), n’existent plus, sinon comme un fardeau pour le budget en ruine de l’Etat français.
Alors que la métaphore de M. Valls n’a pas de pertinence pour ce qui est de sa conformité au réel, en revanche, elle est éloquente pour ce qu’elle désigne indirectement, à savoir les membres du parti de M. Valls qui semblent tous, mal gré qu’ils en aient (déjà résonnent au loin les cris d’orfraie des indignés), enfermés à double tour de verrou (évidemment) dans leurs cellules moisies de certitudes mortes qui leur tiennent lieu de pensée et de réel à la fois. A condition de la rapporter à ce qu’elle désigne vraiment, la métaphore de M. Valls est lumineuse. Non seulement elle est inventive, mais encore elle fait voir les choses en acte, comme dirait Aristote, ou elle est le levier, comme dirait Hegel, grâce auquel le sarcophage pourra être ouvert et la pensée libérée, si tant est qu’il y ait encore à l’intérieur un peu de pensée.
09:03 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
09 janvier 2011
Comment le journal Le Monde relatait en avril 2006 les exactions que subissent les Coptes en Egypte
Staline, dit-on, crevait les yeux des popes, afin qu’ils fussent moins distraits en lisant leur bréviaire. C’est ainsi que l’idéologie en use, si bien que presque tout le monde est aveugle là où ce monstre règne. On a deux yeux depuis quinze ans en Pologne, en Hongrie, en Russie ; les Français ne sont pas près d’ouvrir un œil, car en France, il est des gens en place au Monde et ailleurs qui ne veulent même pas que l’on soit borgne.
En Egypte, depuis trente ans ou plus, il ne se passe pas de semaine sans que des coptes soient agressés, pas de mois sans que des coptes soient assassinés, pas d’année sans qu’une église soit vandalisée ou incendiée. Le Monde, daté du 18 avril 2006, en rend compte lumineusement.
Première règle : ne pas appeler les choses par leur nom. Les crimes ne sont jamais nommés crimes, mais « heurts entre coptes et musulmans » ; les pogroms ne sont pas des pogroms, mais des « tensions interconfessionnelles » ; les incendies volontaires d’églises sont le résultat de la « montée des extrémismes coptes et musulmans ». On ne sait pas qui est agressé, sinon qu’il y a eu un copte assassiné et cinq coptes blessés, mais on ne sait pas non plus qui agresse. Victimes et bourreaux sont renvoyés dos à dos, bien que, au cours des trente dernières années, jamais un seul copte n’ait tué un étranger, ni même des musulmans.
Deuxième règle : expliquer tout par des causes fictives. Le Monde ne dit pas qui sont les criminels ; en revanche, il va tout droit aux causes. La cause première est abstraite, très éloignée, presque épurée, mais elle est double : c’est la « structure » et c’est la « crise ». La « structure » incriminée » est la « structure politique du pays » ; la « crise » qui cause tous ces maux est la « crise économique et sociale ». Le Monde tient cette révélation d’une revue littéraire éditée par un parti marxiste. Que vient faire la littérature là-dedans ? Elle est là sans doute pour révéler, mais au deuxième ou au troisième degré, le caractère fictif des causes. En Egypte, il y avait quelques marxistes, quand il y avait des Juifs, c’est-à-dire avant 1952. Ceux qui ne se sont pas réfugiés à l’étranger, comme Curiel, ont rejoint les partis extrémistes de l’islam, comme Mahmoud Hussein. Mais c’est aux marxistes qu’il est fait appel pour piocher, ce qu’ils font depuis un siècle et demi, dans le même éternel réservoir à causes : le pouvoir asservi au capitalisme (la « structure politique ») et le capitalisme lui-même, dont on sait qu’il est entré dans la phase terminale de son existence et que la « crise » qu’il connaît va déboucher sur le Grand Soir.
Troisième règle : faire porter sur les victimes la responsabilité des crimes qu’ils subissent. Un homme est montré du doigt : il vit aux Etats-Unis. Ce n’est pas Bush, c’est un prêtre copte dénommé le « père Zakaria » qui prêcherait la haine de l’islam « sur une télévision satellitaire copte ». Il existe des sites internet coptes, il n’existe pas de télévision copte par satellite. Au Monde, on doit avoir abusé de cocaïne ou de whisky pour prendre les chaînes de télévision islamiques appelant à tuer les chrétiens pour des chaînes de télévision coptes appelant à tuer des musulmans.
Quatrième règle : regretter les temps anciens. Le Monde est un journal de référence, puisqu’il a des références historiques. Les temps anciens évoqués avec nostalgie sont les années 1920, quand le parti Wafd avait pour mot d’ordre « La religion est pour Dieu et la patrie pour tous » et avait dessiné sur ses bannières le croissant et la croix.
Cinquième règle : désigner les vraies victimes. Ce ne sont pas les coptes, mais les artistes. Dans un pays où « la Constitution affirme que l’islam est la religion de l’Etat et la charia la source principale de la législation », « les cheikhs de la mosquée Al-Azhar multiplient les fatwas sur le côté licite du point de vue religieux ou non de toute production intellectuelle, culturelle et artistique ».
Sixième règle : ne jamais replacer les crimes dans la situation ou le contexte où ils sont commis. Depuis plus de trente ans, en Egypte, les coptes sont victimes au mieux de discriminations ouvertes et éhontées, au pis de pogroms et de ratonnades. En juin 1981, pendant trois jours, des groupes armés islamiques ont tué, souvent au hasard, des dizaines de malheureux dans un quartier chrétien du Caire : pendant la décennie qui avait précédé, il ne se passait pas de semaine sans que soit incendiée ou vandalisée une église, agressés des coptes, par ailleurs soumis à la jiziya, tués des malheureux. Pendant près de vingt ans, la Ligue égyptienne des droits de l’homme a protesté contre les émissions de télévision qui, chaque vendredi, présentaient les chrétiens comme des sous-hommes qui ne méritaient pas de vivre. Les pogroms d’Alexandrie en novembre 2005 (églises attaquées, une religieuse assassinée, etc.) et de ce mois-ci (« attaque à l’arme blanche, vendredi 14 avril, de trois églises coptes de la ville », écrit Le Monde daté du 18 avril : les églises ont été attaquées au couteau ?) s’inscrivent dans une longue série de pogroms, de ratonnades, de meurtres gratuits, de crimes racistes. Dans ce journal de référence et incontournable, il n’est fait aucune référence aux événements antérieurs, ni même au rapport de force (favorable à l’islam : neuf musulmans pour un chrétien), ni même aux chartes de l’ONU qui sont censées défendre les minorités, ni même à l’existence en Egypte depuis plus de 80 ans de partis musulmans qui prônent l’islamisation totale de l’Egypte par la violence, ni même aux versets du Coran qui appellent à « tuer » les infidèles. Aucun de ces faits n’existe. La réalité que les lecteurs du Monde sont invités à retenir est exprimée dans le titre en gros caractères : c’est la « montée des extrémismes coptes et musulmans ». Etre une référence signifie aujourd’hui faire la révérence – toujours aux mêmes puissants.
06:27 Publié dans Mythologies intellotes | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, politique, islam
08 janvier 2011
Copte
Le christianisme se développe en Egypte dès le premier siècle de notre ère, et pourtant, il faut attendre la fin du XVIe siècle pour que copte, le nom qui désigne ces chrétiens d’Egypte, soit enfin attesté en français, comme il faudra attendre la fin du troisième millénaire, ca l’an 2999, pour que l’intelloterie française s’inquiète enfin – pardon s’indigne à la Hessel ou à la BHL – des discriminations, exactions, avanies, mauvais traitements, massacres, etc. dont ces malheureux sont victimes depuis le VIIe siècle au vu et au su de tous.
Pour ce qui est de l’origine du nom, deux hypothèses sont ou ont été avancées concurremment : une adaptation du latin coptita, au sens de relatif à la ville de Coptos où était honorée Isis ou un emprunt à l’arabe qibt ou qubt, nom donné par les conquérants arabes islamisés aux indigènes d’Egypte, ceux-ci se nommant eux-mêmes dans leur langue (le copte) kuptios, mot emprunté au grec aigyptios (« égyptien »). Les Coptes sont-ils les Egyptiens, les vrais et authentiques Egyptiens, ou bien seulement les (derniers) fidèles d’un culte rendu à Isis dans la ville de Coptos ? Cette question, on l’a compris, n’est pas neutre, comme toute question se rapportant à l’origine d’un peuple. Les ennemis des Coptes (et ils sont nombreux) font d’eux les desservants d’un culte à l’agonie ou disparu ; ceux qui, par compassion ou par justice, essaient de leur rendre la dignité dont l’islam les a dépouillés les tiennent pour les descendants et successeurs des Egyptiens de l’Antiquité.
Ce que révèle une consultation des dictionnaires, c’est ou bien l’indifférence et l’ignorance dans laquelle les Coptes sont tenus, ou bien le mépris hargneux et haineux dont ils sont accablés, surtout dans l’intelloterie. Le mot n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à partir de la quatrième édition, alors qu’il est absent de la huitième édition (1932-35), sous deux formes et deux prononciations, du moins jusqu’en 1835, copte et cophte (prononcé coft) : « copte ou cophte, nom qu’on donne aux chrétiens originaires d’Égypte et qui sont la secte des jacobites ou eutichéens » (1762, 1798, 1835, 1879 : « on nomme aussi cophte l’ancienne langue égyptienne »). On ne peut pas dire que la définition soit claire ou même précise : jacobites ? Eutychès ? Ce peuple est même ramené à une simple « secte » sans importance. Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) tente en vain de rétablir un peu de vérité sur les Coptes : « Le Père Sicard et plusieurs autres missionnaires qui ont écrit sur les lieux de l’Égypte écrivent Copte. Les différentes étymologies qu’ils attribuent à ce mot prouvent toutes qu’il faut écrire et prononcer copte ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne se démarque pas des académiciens (« nom des chrétiens d’Égypte ; les coptes sont de la secte des Jacobites ou Eutychéens. Adjectif, un moine copte »), mais ce qui l’intéresse, c’est la langue copte : « l’idiome de transition qui s’est parlé en Égypte depuis l’introduction du christianisme, qui est éteint maintenant et qui a les plus grandes ressemblances avec l’ancien égyptien », car, grâce à la connaissance de cette langue, Champollion a pu déchiffrer les hiéroglyphes : « c’est cette ressemblance qui a permis de pénétrer dans l’interprétation des textes hiéroglyphiques », écrit Littré, qui cite Champollion : « l’application du principe que le système graphique égyptien employa simultanément des signes d’idées et des signes de sons a pu me conduire à la lecture proprement dite des portions phonétiques, formant en réalité les trois quarts au moins de chaque texte hiéroglyphique ; de là résulte la pleine conviction que la langue égyptienne antique ne différait en rien d’essentiel de la langue vulgairement appelée copte ou cophte ; que les mots égyptiens écrits en caractères hiéroglyphiques sur les monuments les plus antiques de Thèbes et en caractères grecs dans les livres coptes ont une valeur identique et ne diffèrent en général que par l’absence de certaines voyelles médianes, omises, selon la méthode orientale, dans l’orthographe primitive ».
Quant au mépris, il est dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-64) : « ils persistent dans l’erreur qu’il n’y a qu’une nature en Jésus-Christ (…) Le clergé est très méprisable ; il ignore même la langue dans laquelle il prie, ce qui n’empêche pas qu’il ne soit très honoré. L’autorité des évêques est grande. Le patriarche est une espèce de despote. Quoiqu’ils n’entendent pas leur bréviaire, il n’en est pas moins long ». Voilà pour la religion ; voici pour ce qui est de la « société » et de l’immense pauvreté dans laquelle vivent les coptes dans leur propre pays, alors que les envahisseurs et occupants mènent belle vie : « Les Mahométans ont confié la recette des droits publics (comprendre la collecte de l’impôt) en Egypte à des chrétiens cophtes. Excepté ces receveurs, le reste est pauvre et vit durement, n’ayant pour toute consolation que la facilité de changer de femmes par le divorce, qui est fréquent, et par un nouveau mariage dont il peut être suivi ».
Pierre Larousse (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle) va sans doute plus loin que les encyclopédistes dans le mépris des Coptes et la désinformation propre à l’intelloterie. Il rend responsable les Coptes de la conquête de l’Egypte par les arabes : oui, les Coptes auraient été les complices de leurs propres bourreaux ou les collabos de leur servitude ! L’indigné professionnel Hessel ne s’est jamais indigné, ni des accusations infondées portées contre les Coptes, ni des mauvais traitements qui leur sont infligées depuis la seconde moitié du VIIe siècle, depuis 641, quand les arabes ont fait main basse sur l’Egypte. L’ignorance et l’indifférence n’ont pas disparu du Trésor de la langue française (1971-94) : « chrétien d’Égypte et d’Éthiopie, généralement de confession monophysite » et « adjectif, qui concerne la langue, la religion ou la civilisation des coptes ». Seuls les académiciens tentent d’en finir avec l’ignorance dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication) : « adjectif, relatif aux Coptes » et « nom, un, une Copte, une personne appartenant à la communauté chrétienne d’Égypte, qui a conservé comme langue liturgique la langue de l’ancienne Égypte ». Il est vrai que ces académiciens ne sont pas, à l’exception de quelques-uns, de l’intelloterie.
Les choses étant ce qu’elles sont, on ne s’étonnera plus que les discriminations, massacres, avanies, exactions, etc. que subissent les Coptes depuis le VIIe siècle ne suscitent chez les intellos qu’indifférence ou mépris.
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07 janvier 2011
Altérophile
L'altérophile ne soulève pas des haltères; il ne gonfle pas ses muscles, il ne fait pas dans le culturisme, mais dans la culture. Chercheur dans une des innombrables universités du monde, il a choisi comme objet d'étude le même objet d'étude que tout le monde : l'Autre (écrit de préférence avec un A majuscule), l'altérité, la rencontre, la connaissance, la découverte de l'Autre, mais pas "des autres", qui sont l'Enfer comme chacun sait, ni d'autrui, qui fait morale d'école communale ou universel catégorique. Il ne se passe de mois sans que soit annoncée la tenue d'un colloque, d'un symposium, d'une journée d'études, d'un séminaire, etc. sur l'Autre. L'Autre est décliné (ou conjugué) à tous les temps, modes, voix, genres, nombres, personnes, etc. de ce mot : la rencontre de l'Autre dans l'Antiquité méditerranéenne (de dix à quinze siècles d'histoire), dans l'Empire britannique, au XVIe siècle, pendant la colonisation, dans la littérature moderne, pendant le Moyen Age, dans la Méditerranée islamique (cf. le livre de Mme Dakhlia, Lingua franca, Actes Sud, 2009 : lingua franca étant la langue de l'échange, de l'altérité, de la reconnaissance de l'Autre), etc. Historiens des idées, anthropologues, littéraires, linguistes, hispanisants, anglicistes, arabisants, spécialistes de l'Andalousie, tous s'assoient à la même table et mangent la même soupe depuis dix ou quinze ans.
Le sujet est-il si neuf ou si nouveau pour mériter autant de travaux, communications, publications, etc. et faire se réunir autant de savants ? Non, absolument pas. Le livre de M. Ricoeur sur le sujet (Soi-même comme un autre) date du début des années 1990; l'article de Benveniste sur je et tu (moi et l'autre) dans les discours, de 1970; le livre de Jaulin sur le culte rendu à l'Autre (La Mort Sara), du début des années 1960; Tristes Tropiques, où la question de la découverte de l'altérité est posée avec lucidité, du milieu des années 1950; la thèse de Carré (Jean-Marie ?) sur les Voyageurs occidentaux en Orient, du milieu des années 1930; les thèses de littérature comparée sur ce sujet ou des sujets voisins, du début du siècle dernier. Depuis la fin des années 1960, il n'est pas d'éditeur qui ne publie pas de volumineuses anthologies de récits de voyageurs (en Orient, en Amérique, en Asie) ou des collections de récits de voyageurs : même le très savant Institut Français d'Archéologie Orientale du Caire, qui forme des chercheurs en égyptologie, a publié, pendant près de vingt ans, la quasi totalité des récits écrits par des occidentaux ayant voyagé en Egypte entre le XIVe siècle et la fin du XVIIIe siècle. Sans parler des ouvrages d'anthropologie (Mead, Fraser, Malinovski, Leiris, Mauss, etc.) publiés dans presque toutes les langues du monde depuis un siècle ou plus. Il n'est donc pas de sujet mieux connu, plus rebattu, plus profondément labouré que celui de la connaissance, rencontre, découverte de l'autre (variante : étranger, sauvage, primitif, indigène, etc.), à quelque époque de l'histoire (toujours celle de l'Occident) que ce soit, dans quelque lieu du monde que ce soit.
Que signifie le ressassement, depuis vingt ans ou plus, de ce même sujet de recherche ? Que la recherche et la singularité critique ne font pas bon ménage ? Certes. Les habiles s'en doutent quelque peu. Que la recherche dans les sciences humaines et sociales se caractérise surtout par des formes moutonnières et qu'elle n'emprunte (quasiment) jamais les chemins de traverse ? Certes aussi. Que, comme l'écrit Muray, les chercheurs tiennent plus des mutins de Panurge que des découvreurs de continents ? Certes. Que, comme l'écrit Montaigne, nous ne faisons que nous entregloser ? Certes aussi. Or, cet unisson des chercheurs, que l'on entend depuis une ou deux décennies, n'est pas nouveau. Il a été l'hymne officiel d'autres climats, dans les pays de l'Est, en Chine et dans l'ancienne URSS, pendant un demi-siècle, quand le Parti (toujours le même) ou son Comité central décidait d'un thème de propagande ou d'agit prop et obligeait tous les fonctionnaires du Parti et de l'Etat, tous les universitaires, tous les chercheurs, etc. à dévider jusqu'à plus soif (souvent contre leur gré) le même fil, pendant dix ou quinze ans, sans s'écarter d'un iota de la ligne ni franchir les bornes imposées. Le problème est que les chercheurs d'Occident ne sont pas placés sous le coupe d'un Parti unique qui impose, menace, censure, décrète, assène, etc. Ils ne sont pas aux ordres, et pourtant ils entonnent le même hymne ou ils jouent le même air usé de serinette, comme s'ils avaient fait leurs, de leur plein gré, en toute connaissance de cause, les mots d'ordre, slogans, objectifs de la propagande ou de l'idéologie dominante, celle des médias, des associations culturelles sans autre but que lucratif, des maîtres à penser... Dans les pays de l'Est, la servitude jadis était la loi d'airain dont on ne se libérait que dans les fors intérieurs; dans les universités d'Occident, devenue volontaire, elle est sur le forum.
11:44 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, culture, france
04 janvier 2011
Mythe
Le mot grec muthos (« discours, fiction ») a été emprunté sous la forme mythos en latin, langue dans laquelle il signifie « fable ». C’est donc un mot très ancien qui s’enracine profondément dans l’Antiquité. Pourtant, en français, il est relativement récent et même « moderne », de la première modernité « postchrétienne », n’étant attesté qu’à compter de 1803, où il remplace peu à peu, pour désigner les récits des religions païennes, le nom fable, lequel a pour sens « chose feinte et inventée pour instruire et pour divertir » et « se prend aussi dans un sens collectif pour signifier toutes les fables de l’Antiquité païenne » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798, 1835). Pour les chrétiens, pendant près de deux millénaires, ces récits étaient des fables destinées au divertissement ou à la littérature, mais contraires à l’enseignement de la vérité.
C’est Barré, dans le Complément du DAF de 1842, qui dévoile la signification de cette substitution : « (mythe) s’entend surtout d’un fait, d’une tradition, qui, au premier coup d’œil, ne renferme que des particularités plus ou moins fabuleuses, mais qui, examinée de plus près, laisse voir, sous l’enveloppe de l’allégorie, une grande généralité historique, physique ou philosophique », comme dans les mythes d’Oedipe, des Atrides, de la Tunique de Nessus, de la Caverne, de Prométhée, de Sisyphe, etc. Autrement dit, le mythe, à la différence de la fable, qui n’est que mensonges, est source de vérité ou contient des vérités, qui sont sinon éternelles, du moins inusables et, sans doute, plus fortes que les vérités du christianisme. Barré ajoute, après avoir illustré ce sens de l’exemple la conquête de la Toison d’or est un mythe, que « l’on a beaucoup abusé depuis quelque temps de cette expression et du genre d’interprétation qu’elle exprime », révélant ainsi que dans l’ère postchrétienne qui commence à la fin du XVIIIe siècle et continue jusqu’à ce jour, du moins dans les pays d’Europe, les Européens cherchent des vérités dans ces récits fabuleux que le christianisme, qui peu à peu s’effondre, tenait et tient toujours pour des mensonges.
L’explication de Barré a beau être lumineuse, les autres lexicographes ne la reprennent pas ou, s’ils la reprennent, c’est sur un mode mineur ou atténué, qui consiste à faire coexister le vieux sens de fable (« trait, particularité de la fable, de l’histoire héroïque ou des temps fabuleux ; c’est un mythe commun à toutes les religions de l’Orient ; plusieurs des mythes de l’ancien paganisme se retrouvent dans la religion des Indous », Dictionnaire de l’Académie française, 1835, 1879 ; Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77 ; Pierre Larousse, Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle) avec le sens « moderne » et postchrétien : « particulièrement, récit relatif à des temps ou à des faits que l’histoire n’éclaire pas, et contenant soit un fait réel transformé en notion religieuse, soit l’invention d’un fait à l’aide d’une idée » (Littré, DLF) ou « Tradition qui, sous la figure de l’allégorie, laisse voir une grande généralité historique, physique ou philosophique », selon Pierre Larousse (GDU XIXe siècle), qui cite cet exemple « l’histoire de Prométhée est un mythe », ce que, n’étant plus une fable, elle est devenue, parce que ce récit du héros condamné par les dieux à un sort épouvantable pour avoir enseigné aux hommes l’art du feu, a alimenté toutes les idéologies progressistes des XIXe et XXe siècles. Quant aux lexicographes du XXe siècle, ils tentent de mêler en une seule et même définition les deux sens, « tissu de mensonges » et « fondement d’une vérité », de mythe ; les académiciens en 1932-35 et dans l’édition actuelle du DAF (« récit fabuleux contenant en général un sens allégorique », mélange de fable et de vérité) et les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « récit relatant des faits imaginaires non consignés par l’histoire, transmis par la tradition et mettant en scène des êtres représentant symboliquement des forces physiques, des généralités d’ordre philosophique, métaphysique ou social »).
Le succès de mythe s’accroît au fur et à mesure que l’on avance dans l’ère postchrétienne et ce terme, qui, jusqu’à la fin du XIXe siècle, se limitait aux vérités philosophiques ou morales contenues dans les fables de l’Antiquité, conquiert ou colonise cette grande religion immanente sociale et humanitaire, laquelle s’est substituée à la transcendance judéo-chrétienne. Mythe s’applique à (quasiment) toute réalité sociale et politique, à « des faits ou (…) des personnages ayant une réalité historique, mais transformés par la légende » (TLF, mythe napoléonien, de Don Juan, de Pétain), à une « représentation traditionnelle, idéalisée et parfois fausse, concernant un fait, un homme, une idée, et à laquelle des individus isolés ou des groupes conforment leur manière de penser, leur comportement » (mythe du chef, du héros, de l'argent, du confort, de la minceur, de la vitesse, de la galanterie française, de la grève générale), à une « construction de l’esprit, fruit de l’imagination, n’ayant aucun lien avec la réalité, mais qui donne confiance et incite à l’action » (« l’économie sans rareté et (...) la société sans contrainte, mythes qui exaltent la pensée et l’action de l’Occident ») et même à « une aspiration fondamentale de l’homme » ou à « un besoin métaphysique » (mythe du progrès, de la puissance). La « modernité » produit plus de mythes et des mythes de tout type et de toute espèce que n’en produisait l’Antiquité gréco-romaine et des mythes dans lesquels elle se mire comme Narcisse à la surface d’une eau pure.
Revenons à la substitution de mythe à fable. Celle-ci fait mieux comprendre l’audace de René Girard et le double renversement qu’il opère dans le rapport entre le mythe et la fable et entre le christianisme et les mythologies. Il prend au sérieux les mythes archaïques, en particulier celui du Bouc émissaire, qui est non seulement dans la Bible mais dans tous les mythes, de quelque continent qu’ils viennent, mythes que les chrétiens tiennent ou tenaient pour des fables mensongères dépourvues d’enseignement et seulement propres au divertissement ; et surtout il étudie le christianisme comme un grand mythe chargé de significations éternelles et universelles (cf. entre autres Je vois Satan tomber comme l’éclair, 1999 ; La voix méconnue du réel. Une théorie des mythes archaïques et modernes, Grasset, 2002 ; Les origines de la culture, Desclée de Brouwer, 2004), celui de l’homme qui s’offre lui-même comme bouc émissaire pour arrêter le cycle infernal des rivalités mimétiques.
08:51 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, culture, religion
03 janvier 2011
De vérités qui ne sont pas bonnes à dire, même après les assassinats de chrétiens partout où sont établis des musulmans
Nos bribes de savoir sur l’islam sont assénées par des orientalistes complaisants (Berque), par les gauchistes Kepel et Etienne, qui voient avec plaisir l’islam radical continuer l’entreprise criminelle de Pol Pot, Lénine, Mao, Trotski, Staline, Castro, à laquelle ils ont adhéré, par les turcologues Lewis et Veinstein, experts en négation du double génocide dont les Arméniens ont été les victimes en 1894-96 et 1915-1916, par le mage Roy qui prédit le vendredi au moment de la grande prière l’échec de l’islam politique, ou par des musulmans modérés, Arkoun, Ben Cheikh, Meddeb, etc. L’objectif de ces savants n’est pas d’éclairer, mais de nous laisser mariner dans le jus noir de l’ignorance. Comme de bons compagnons de route, intellos communistes ou partisans du national socialisme, ces savants engagés, dans les livres que publient des éditeurs réputés (Gallimard, Seuil, Minuit), colmatent l’épaisse chape de béton que fissurent parfois des historiens et penseurs, Bat Ye’or (Les Chrétiens d’Orient entre Jihad et Dhimmitude : VIIe - XXe s., Editions du Cerf, 1991 ; Juifs et chrétiens sous l’islam : les dhimmis face au défi intégriste, Berg International, 1994 ; « Comment j’ai découvert la dhimmitude », Les Cahiers de l’Orient, 4e trimestre 1997, n° 48 ; « Juifs et chrétiens sous l’islam », Commentaire, n° 97, printemps 2002), Taslima Nasreen, JP Valognes (Vie et mort des chrétiens d’Orient, 1994, Fayard), les animateurs des sites internet coptes, maronites, assyriens. La connaissance ne peut plus se réduire à un aveuglement volontaire.
1. Méthode
Soyons mécréants, comme tout intellectuel digne de ce nom. Quand on a voulu comprendre le socialisme national, on a commencé par les idées. En vain, jusqu’à ce qu’on regardât les corps. Ce n’est ni le nationalisme, ni le socialisme, ni le mélange, qui disent ce qu’est ce nazisme, ce sont les corps décharnés, hâves, suppliciés, ce sont les cadavres entassés, c’est la chair blessée, brûlée, torturée, souffrante, réduite en cendres. Ce n’est pas ce que disent les hommes qui importe, mais ce qu’ils font. Le communisme n’est pas dans les textes sacrés de Marx, Lénine, Engels, Mao, Trotski, Pol Pot, etc. mais dans les corps décharnés, affamés, suppliciés, relégués derrière des fils de fer barbelés, dans les entassements de cadavres et les chairs congelées de Sibérie. La vérité surgit des prisons, des salles de torture, des goulags et des laogaïs, des camps de la mort, pas de Mein Kampf, ni dans Le Manifeste du Parti Communiste.
Il en va ainsi de l’islam. Ce sont les gorges tranchées de Tibhirine, les corps génocidés de Timor ou du Sud Soudan, les enfants de cette région vendus et réduits à l’esclavage, les débris de chair humaine ramassés à la petite cuillère dans les débris du DC 10 d’UTA ou des wagons du RER, ou des tours de New York ou de Bali ou de Londres ou de Madrid, etc. qui définissent l’islam. Le réel, ce sont les corps suppliciés. Les pays musulmans sont des pays purs, comme le Pakistan, au sens où tous les habitants sont fidèles à l’islam, mais aussi parce que ces pays, sauf, paradoxe, l’Arabie saoudite et les émirats du Golfe persique, ont été purifiés : les impurs, les infidèles, les étrangers ou prétendus tels ont été éliminés ou chassés de ces pays. En 1940, vivaient dans les pays musulmans des juifs, un million environ. Aujourd’hui, ils sont quelques milliers à y survivre. En mai 1948, plusieurs centaines de juifs vivant dans le ghetto du Caire ont été tués lors de pogroms. En janvier 1952, lors de l’incendie du Caire, les immeubles et les magasins qui appartenaient à des familles juives ont été incendiés. Dans les pays musulmans, vivaient des infidèles, qu’ils soient autochtones ou d’origine étrangère ou ressortissants de puissances européennes ou travailleurs immigrés italiens, maltais, grecs. S’il y en a encore, ils se terrent, ils évitent de se faire voir ou de s’exprimer. Les crimes rythment l’islam depuis des siècles. 1860 : massacre des grecs catholiques de Damas à la suite d’un djihad lancé par des autorités musulmanes. 1861 : massacre de chrétiens au Liban sauvés par les armées de Napoléon III. 1894-96, au moment de l’affaire Dreyfus : massacre d’Arméniens dans l’empire ottoman. 1915-16 : génocide des Arméniens de toute la Turquie, conversion forcée des enfants, femmes et fillettes engrossées comme butin de guerre pour fabriquer de vrais musulmans. 1923 : expulsion de tous les Grecs de Turquie (1 million d’expulsés). 1948 : pogroms du Caire. 1952 : incendie des biens juifs du Caire. 1952-1961 : purification de l’Egypte, départ de tous les « étrangers ». 1956 : départ des « étrangers » et des juifs de Tunisie. 1954-1962 : départ des étrangers d’Algérie : la guerre a été un djihad (un moudjahid est un « combattant du djihad »). Années 1960-90 : exode massif des chrétiens du Proche Orient (Liban, Turquie, Syrie, Irak). Fin des années 60 : départ organisé des juifs du Maroc. 1970-80 : la population des étrangers (Italiens, Français, Grecs, Maltais, Espagnols) vivant au Maroc a été divisée par 4 : elle est passée de 400000 à moins de 100000 à la suite de la marocanisation des emplois, des biens et des entreprises. 1978 à aujourd’hui : coptes massacrés dans leur propre pays. 1980-2010 : génocide des chrétiens et des animistes du Soudan (1 million de morts) ; réduction des prisonniers à l’esclavage. 1976-96 : le quart de la population de Timor éliminé par les musulmans. Années 1980-90 à aujourd’hui : massacres de chrétiens en Indonésie, dans le sud des Philippines, au Nigéria. Années 1990 : meurtres d’étrangers, touristes ou résidents, en Algérie, en Egypte, etc. 1990 et années suivantes : pogroms des Chinois, christianisés pour la plupart d’entre eux, d’Indonésie. Etc. etc. etc. Une fois les faits établis, on peut les rapporter à Mein Kampf, au Manifeste, au Coran, pour isoler ce qui, dans ces textes fondateurs, incite les croyants à tuer ceux qui ne partagent pas leur foi. Mein Kampf affirme la supériorité fantasmée d’un peuple. Le Coran est explicite. Il affirme la supériorité de la race élue des vrais croyants, lesquels, au nom de cette supériorité, sont incités à tuer, à égorger, à assassiner, à brutaliser les infidèles, à piller leurs biens, à leur faire payer la jiziya. Les musulmans déclarent : « il y a, dans ce Livre, 123 versets qui appellent à tuer et à faire la guerre », le plus célèbre étant « Tuez les associateurs partout où vous les trouverez ».
2. La civilisation islamique
Les musulmans et leurs affidés nous rebattent les oreilles des beautés de l’architecture islamique, des apports sociaux et intellectuels de l’islam à l’occident ou de la grandeur de la civilisation dont l’islam a été ou aurait été le moteur, etc. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a publié au Caire en 2002 un rapport « sur le développement humain dans le monde arabe » qu’ont rédigé des experts arabes. Dans les pays arabes (280 millions d’habitants répartis dans 22 pays), plus 50% des femmes sont analphabètes. La proportion est moindre chez les hommes, mais elle est supérieure à ce que l’on observe dans les autres pays du monde. La production de biens et de services y est quasiment nulle. 330 livres seulement y ont été traduits en un an, soit trois fois que la seule Grèce. « En mille ans, les arabes ont traduit moins de livres que les Espagnols en une seule année ». Et ces analphabètes fiers de leur ignorance volontaire auraient créé une civilisation ! Soyons sérieux. Les habitants de la péninsule arabique d’où l’islam s’est propagé par la violence étaient des nomades analphabètes regroupés en tribus vivant de razzia. La génération spontanée (dont Pasteur nous a guéris) a expliqué pendant des siècles l’apparition de la vie. En matière de civilisation, c’est-à-dire de textes ou de lois à portée universelle, de morales, d’institutions que les hommes ont établies, de monuments qu’ils ont bâtis et autres faits tangibles de civilisation, les affidés de l’islam veulent tout expliquer par la génération spontanée. Personne n’a jamais appris les mathématiques, l’algèbre, les principes de l’architecture monumentale, la philosophie, la médecine d’un coup de baguette magique. Il faut du temps pour créer cela. Les analphabètes vivant de razzias ne civilisent pas d’un coup des peuples entiers. C’est cette farce que l’on nous sert dans le fast food hallal de la civilisation islamique.
Au Proche Orient, en Irak (l’ancienne Mésopotamie), en Syrie, en Palestine (dans le Croissant fertile de nos vieux livres d’histoire), en Egypte, a existé une civilisation brillante, mais elle ne fut pas islamique. Même inspirés par Allah, les arabes du désert n’auraient rien créé, s’ils ne s’étaient pas emparés par la force d’immenses territoires dans lesquels s’est épanouie la très brillante civilisation des Byzantins, des premiers chrétiens, des Assyriens (qui ne sont pas arabes et n’étaient pas musulmans), des anciens Egyptiens. Les arabes ont plaqué l’adjectif islamique sur ce qu’ils ont accaparé et en partie pillé et que d’autres avaient créé, ou d’employer à leur service les architectes, les savants, les philosophes, les médecins de Byzance, de Damas, d’Alexandrie, de Babylone, de Thèbes. L’algèbre, le calcul, les mathématiques, l’astronomie sont la création des Assyriens, les chiffres dits arabes, dont le zéro, des Hindous, la géométrie et l’architecture des Egyptiens et des Grecs, la science des Grecs et des Byzantins. D’ailleurs, cinq ou six siècles de pillage, de table rase, de destructions opérés par l’islam ont détruit ces civilisations et rendu le Proche Orient dévasté et miséreux semblable à la péninsule arabique des VIIe-VIIIe siècles, d’où les arabes islamisés sont partis à la conquête du monde. Si les armées nationales socialistes n’avaient pas été défaites en 1945 et qu’elles eussent maintenu leur féroce domination sur l’Europe, nos lointains descendants auraient évoqué en l’an 3000 la brillante civilisation nazie, dans laquelle ils auraient englobé le Château de Versailles, la Tour Eiffel, Racine, Hugo, le cinéma, Diderot, l’esprit des Lumières, Pasteur, l’automobile et la découverte de la radioactivité.
Islamique est impropre pour qualifier les apports du Proche Orient à l’histoire de l’humanité.
3. La posture de victimes.
Les musulmans et leurs affidés ressassent que l’islam a été la victime de l’Europe du XIe au XIIIe s (Croisades) et aux XIXe et XXe s. (colonisation). Il n’est pas question de nier la nature perverse de toute colonisation, mais de rappeler que la colonisation des pays musulmans par l’Europe a duré moins longtemps que la colonisation de l’Europe par l’islam et que, de toute évidence, elle a été moins destructrice et moins cruelle. La France a colonisé (à tort) l’Algérie pendant 132 ans ; elle a protégé la Tunisie (à tort) pendant 70 ans et le Maroc pendant moins de 50 ans ; elle a assumé le mandat de la SDN pendant 20 ans en Syrie et au Liban. Que sont ces décennies rapportées aux huit siècles pendant lesquels l’islam a imposé son joug sur l’Espagne, aux trois siècles de colonisation islamique de la Sicile, aux quatre siècles de tyrannie ottomane et islamique qui ont failli rayer de la surface de la terre les Grecs, Albanais, Serbes, Roumains, Bulgares et autres Slaves du Sud. La puissance qui a abusé de la colonisation est l’islam. En ce domaine, l’Europe a été un apprenti.
Il reste la question des croisades. Les marxistes ont fait des croisades l’expression de la cupidité impérialiste des Occidentaux. Bien entendu, il n’en est rien. Aux Xe et XIe siècles, le Proche Orient est tombé sous la coupe des colons seldjoukides, des turcs venus des lointains hauts plateaux d’Asie centrale, pour piller, au bénéfice de l’islam, des régions encore prospères que les arabes conquérants n’étaient plus capables de gérer et pour soumettre des populations encore chrétiennes à un joug plus tyrannique encore. Les croisés ont secouru ces peuples menacés et ont tenté en vain de les libérer d’une occupation étrangère. Ils ont échoué là où les Américains ont réussi, en 1917 et en 1943-45, pour nous rendre nos libertés.
Seuls les mensonges expliquent la faveur dont jouit en Occident le parallèle entre le djihad et la croisade. Les deux phénomènes n’ont rien en commun. Le djihad est consubstantiel de l’islam. Il apparaît dès 622. Sans djihad ou guerre à outrance, l’islam serait resté confiné dans la péninsule arabique. La vision du monde, partagé en eux zones, dar el islam et dar el harb, est commune aux militants musulmans, où qu’ils vivent. La popularité dont jouissent Ben Laden et ses tueurs en est l’expression. A l’opposé, la croisade n’apparaît dans aucun texte fondateur du christianisme ou du judaïsme. Ce phénomène historique a été il y a dix siècles une défense contre le djihad.
4. L’humiliation
Les musulmans et leurs affidés justifient ces crimes et ces violences par l’humiliation. Ils se sentent humiliés dans leur être et dans leur fierté de musulmans par la prospérité (fragile) de l’Occident et par tout ce que les Occidentaux ont créé, conçu, inventé, fabriqué depuis des siècles. Nous serions responsables des arriérations dont ils s’exonèrent. Il est vrai que quand, en un millénaire, on traduit moins de livres que l’Espagne en un an, il y a des raisons objectives pour se sentir honteux. Si tant est que les musulmans ressentent ce sentiment, l’humiliation est volontaire. Outre la haine des femmes, des étrangers, des infidèles, etc. cette religion méprise l’homme, qui n’est rien, et adore Allah à qui il se soumet (islam signifie « soumission ») qui est tout. Qu’il y ait humiliation est possible, mais elle est d’islam. De plus, l’humiliation est une force psychique inépuisable et terrible. A des hommes que l’on humilie du berceau au tombeau et dont l’humiliation devient ainsi la nature, on peut faire commettre des meurtres en série et accomplir des prodiges de cruauté, ne serait-ce que pour leur donner l’impression d’être quelqu’un. L’humilié se venge d’abord sur sa femme et ses filles, puis s’il est armé, sur ceux qui n’ont pas d’armes et refusent la guerre qui leur est faite : c’est ainsi qu’au Proche Orient, des peuples qui avaient atteint un haut degré de civilisation ont sombré dans le néant.
5. La guerre
L’islam serait une religion de paix. Les musulmans et leurs affidés arguent qu’en arabe, le nom salam qui signifie « paix » est dérivé d’islam (id est « soumission » à Allah). Ils sont formés sur la même racine SLM. En fait, pour l’islam, il n’y a de paix qu’entre les musulmans si bien que, hors des pays d’islam, les musulmans doivent faire la guerre aux non musulmans et à ceux qui refusent de se soumettre à Allah. C’est la thèse de l’obligation absente (le sixième pilier de l’islam) que soutiennent des théologiens admirés, dont l’Egyptien Qotb, mort il y a deux ou trois décennies. En effet, depuis le VIIIe s., le monde est divisé en deux zones, dar el islam (« maison de l’islam ») et dar el harb (ou « maison de la guerre »). Les « gens du Livre », juifs ou chrétiens, se répartissent en dhimmis, quand ils vivent dans le dar el islam et acceptent la domination de l’islam, et en harbis quand ils vivent dans la zone de guerre. Entre le dar el islam et le dar el harb, une troisième zone est distinguée : celle des pays de la trêve ou guerre interrompue, sachant que la trêve est provisoire et qu’elle ne peut pas durer plus de dix ans. Le monde, selon les théologiens de l’islam, est façonné par le djihad : cet « effort » que doivent d’imposer les musulmans pour islamiser le monde, faire entrer tous les pays dans le dar el islam et soumettre l’humanité à la loi d’Allah.
En arabe, harbi dérive du nom harb (« guerre »). Il est employé comme nom pour désigner des hommes à qui la guerre est faite et qui sont définis par la guerre qu’on leur fait. Il n’existe pas en français d’équivalent de harbi. Le concept est étranger à notre pensée. Pour nous, il n’est pas concevable que des hommes soient réduits à l’être de harbi. Seule l’injonction « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », que Simon de Montfort aurait adressée à ses soudards lors de la guerre contre les Albigeois, peut illustrer le statut de harbis. Le mot ennemi traduit mal harbi. On peut avoir des ennemis sans leur faire la guerre et ces ennemis, après une guerre, peuvent devenir des alliés. Harbi n’est pas une qualité provisoire ou éphémère, mais un être, une nature qui ne cesse qu’avec l’extermination de ceux à qui la qualité est assignée. Le harbi est à ceux qui leur font la guerre ce que les juifs étaient aux nationaux socialistes de 1933 à 1945, et dans les pays que les armées nationales socialistes ont occupés de 1939 à 1945. Seule l’expression à exterminer donne une idée satisfaisante de ce qu’est un harbi. Pour l’islam, les peuples qui ne sont pas musulmans sont à exterminer. La férocité des attentats aveugles n’a pas d’autre justification.
6. La tolérance.
L’islam est tolérant, disent encore les musulmans et leurs affidés. Bien entendu, tout dément cette affirmation. En arabe, dhimmi équivaut à toléré. Un dhimmi est un juif ou un chrétien, dont l’islam est censé tolérer la présence dans les territoires conquis. « Les lois édictées par la charia concernant les dhimmis sont nombreuses, écrit Bat Ye’or ». Ils sont soumis à des impôts particuliers. Il leur est interdit de construire, agrandir ou restaurer leurs lieux de culte (églises ou synagogues) ; leur culte n’est pas interdit, mais il doit rester discret (les cloches ne sonnent pas) ; leur témoignage contre un musulman n’est pas recevable ; ils sont condamnés à mort s’ils épousent une musulmane ou s’ils font du prosélytisme ; ils ne peuvent pas accéder à des postes honorifiques ; il leur est fait obligation de pourvoir au djihad pour conquérir de nouveaux territoires. Leur terre est dite fey ; c’est un butin de guerre. C’est l’islam victorieux qui décide des « droits » qu’il abandonne aux dhimmis : la négociation est impossible. Le dhimmi est un ancien harbi qui a accepté la victoire de l’islam. Dès lors, il est protégé des lois du djihad qui autorisent l’esclavage, les massacres, les pillages, le partage du butin. De la protection, les affidés ont inféré la tolérance de l’islam. Si le dhimmi se rebiffe et se rebelle, il redevient harbi et les lois du djihad lui sont appliquées.
La dhimmitude - la soumission à l’ordre le plus injuste qui ait jamais existé dans le monde - se répand partout en Occident, chez les lettrés, dans les milieux dirigeants, chez ceux qui conseillent les princes du monde, dans les rappels de la tolérance islamique, dans la tentation des chrétiens de rompre avec le judaïsme, dans leur ralliement aux thèses du Hamas, du Djihad, du Fattah qui n’expriment rien d’autre que les thèses islamiques millénaires, et dans leur aveuglement à faire du rabbin Ieschoua de Nazareth, non un juif hétérodoxe, mais un Palestinien ou « Philistin » (les deux mots sont identiques) ou le premier des militants palestiniens. Déjà, au IIe siècle de notre ère, un évêque du Proche Orient dénommé Marcion avait incité les chrétiens à rejeter l’Ancien Testament, à rompre la continuité entre le judaïsme et le christianisme, à enlever le trait d’union entre juif et chrétien. Sa doctrine, dite « marcionisme », a connu une grande faveur parmi les chrétiens d’Allemagne aux XIXe et XXe siècles, préparant de fait les esprits à accepter que cette rupture théologique se transforme peu à peu en une négation ethnique.
7. L’échange inégal
L’islam, disent les musulmans et leurs affidés, pâtit de l’échange inégal avec l’Occident. Examinons cette fable. L’islam dispose de ressources naturelles, dont l’Occident est dépourvu, en particulier le pétrole et le gaz naturel. Le coût d’exploitation du pétrole est d’environ 3 $ US le baril, de 5 $ au maximum, si l’on prend en compte les amortissements, les investissements nécessaires, les taxes, etc. Or, il est vendu de 80 à 100 $ US, à un prix qui est le vingtuple du coût réel. L’Occident ne vend pas le blé, les voitures, la viande de mouton, etc. aux musulmans à un prix dix fois supérieur au prix de revient, même augmenté d’un bénéfice de 30% pour rémunérer les actionnaires.
L’Occident commerce avec l’islam, accueille des dizaines de millions de musulmans, leur offre asile, travail, avantages sociaux, études et libertés. En retour, l’islam n’offre rien. Les musulmans acceptent sur leur sol mille fois moins d’étrangers ou d’infidèles que les Occidentaux n’accueillent de musulmans. Ceux qui résident en terre d’islam n’ont accès à aucun des avantages (loyers HLM, soins gratuits, etc.) prodigués aux musulmans. De ce point de vue, l’Occident est victime d’un échange inégal – mais personne ne s’interroge pas sur cette inégalité ni sur ce qu’elle signifie. Cette politique réelle, tangible, vérifiable est à l’opposé de l’hostilité que l’islam et les musulmans manifestent à l’endroit des chrétiens, des Européens et des harbis.
Les mensonges dont la fonction est de nous tromper sur la nature de l’islam, les inégalités de traitement dont les musulmans jouissent dans tous les domaines (culture, idées, commerce, histoire, production et échanges) et à tous les niveaux, du plus bas au plus élevé, sont les signes tangibles de l’état d’ignorance aveugle dans lequel on nous relègue et des périls qui menacent l’Europe, sa civilisation, ses libertés.
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02 janvier 2011
Défavoriser
De défavoriser et des défavorisés
Ce verbe, dérivé de favoriser, est attesté à la fin du XVe siècle. Dans les dictionnaires de l’ancienne langue française, il est enregistré au sens de « ne pas favoriser, ôter sa faveur à » (Frédéric Godefroy, 1880-1902 : « le roi François premier le défavorisa fort de ses bonnes grâces »), « nuire », « être hostile à » (Godefroy, Huguet), « disgracier, nuire, ôter ou faire perdre les bonnes grâces » (La Curne de Sainte Palaye, qui cite Brantôme : « C’est le naturel d’un défavorisé de dire toujours mal des favoris » - ce qui définit les défavorisés, c’est qu’ils médisent de ceux qui ne sont pas comme eux), « priver de faveur, refuser sa faveur à » (Edmond Huguet, Dictionnaire de la langue française du XVIe siècle : « Que le ciel défavorise / Le fainéant qui en fêtardise / Traîne oisif son âge aux tisons », Baïf ; « Ainsi la fortune joue son jeu avec aucuns bien, avec d’autres mal, comme il lui plaît favoriser et défavoriser ses gens », Brantôme), Huguet relevant à défavorisé le sens prémonitoire de « réussissant mal ».
A partir du XVIIe siècle et pendant plusieurs siècles, ce verbe, qui semble peu à peu sorti de l’usage, puisqu’il n’est enregistré dans aucune des huit éditions du Dictionnaire de l’Académie française publiées entre 1694 et 1935, n’a plus pour sens que « mettre en défaveur » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ou « priver de sa faveur » (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle de Pierre Larousse), la « faveur » dont il est question dans ces définitions étant celle du souverain, de sa Cour ou de ses ministres dispensateurs de prébendes, avantages, positions, offices… Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) jugent que ce sens-là, qu’ils glosent ainsi : « cesser d’accorder sa faveur à quelqu’un » et qu’ils illustrent de l’exemple forgé par Larousse : Un roi, un prince favorise et défavorise ses courtisans au gré de ses caprices, est désormais, la France étant une République une, indivisible et laïque, « vieilli » ; mais le mot ne disparaît pas pourtant. Au contraire. La société, ses « injustices », vraies ou imaginaires, et tous les ressentiments qu’elle nourrit, lui offrent une seconde carrière, plus brillante que la première. Les privilèges abolis, il aborde au social, nouvel eldorado, comme l’atteste ce premier sens étendu : « priver quelqu’un d’un avantage matériel ou moral auquel il pouvait s’attendre » (défavoriser qqn dans un partage), le sens important étant « auquel il pouvait s’attendre ». Autrement dit, le défavorisé estime que tout lui est dû ou qu’il ne lui est pas revenu la grosse part du gâteau à laquelle il prétendait : « emploi adjectival, en parlant d’une personne ou d’un groupe de personnes, qui est privé d’un avantage matériel ou moral auquel, par comparaison avec le niveau considéré comme normal, il pouvait s’attendre » (être défavorisé par rapport à quelqu’un ; milieu culturellement défavorisé ; groupes économiquement défavorisés) et « spécialement dans le domaine économique, classes, catégories sociales défavorisées ; régions, nations défavorisées ; département défavorisé, synonymes, pauvre, sous-développé) et « emploi substantif, un défavorisé, défense des défavorisés, mécontentement des défavorisés », ces exemples extraits de l’ineffable Traité de sociologie publié en 1968 constituant le fondement du grand catéchisme humanitaire.
Plusieurs études démentent ce catéchisme, ne serait-ce que les données fournies par le Ministère des Finances relatives au revenu fiscal moyen des foyers suivant les communes et les départements. Les 10 à 15 % de foyers français qui sont les moins bien lotis et qui devraient être dits défavorisés, dans le sens social et moderne de ce terme, vivent dans des départements ruraux, Ardèche, Ardennes, Ariège, Hautes-Alpes, Basses-Alpes, Cantal, Aveyron, Lozère, Haute-Loire, Creuse, etc. et, dans ces départements, dans des zones à l’agonie, dans lesquelles le revenu fiscal par foyer est de l’ordre de 6000 à 7000 euros par an. Or, ces foyers français ne sont pas tenus officiellement pour défavorisées, les communes dans lesquelles ils vivent ne recevant quasiment pas d’aides, de crédits, de subventions. Non seulement ils sont défavorisés, mais encore ils sont délaissés ou abandonnés à une mort lente dans le silence et la misère.
C’est que, dans la France actuelle, les défavorisés n’existent en tant que tels que s’ils sont adoubés par les sciencieux du social, sociologues, psychosociologues, militants LCR, NPA, SFIC, PS, PC, LO, CNT, en bref par le clergé socialo-humanitaire, etc. lequel, comme les duchesses du XVIIIe siècle, a ses prétendus défavorisés, à qui l’Etat doit faire la charité, quel que soit l’état de leur fortune, et même s’ils possèdent des biens à ne pas savoir qu’en faire sous un prête-nom ou « au pays ». Baptisés défavorisés, ils le restent jusqu’à la mort et transmettent ce privilège à leurs enfants, à leurs petits-enfants, et même à toute la parentèle restée au pays. En fait, le sens moderne de défavoriser est attesté au XVIe siècle : c’est « nuire » ou « être hostile ». Ce qui définit les prétendus défavorisés, c’est leur aptitude à nuire à autrui, surtout si cet autrui n’est pas de leur communauté. Ils se reconnaissent aux voitures (qu’ils brûlent), aux écoles, gymnases et bibliothèques (qu’ils incendient), aux pompiers (qu’ils lapident), aux policiers (qu’ils interdisent de séjour dans leur territoire), aux professeurs (qu’ils insultent), aux citoyens (qu’ils agressent et tuent gratuitement), etc. etc. etc. La destruction du bien d’autrui ou de tout ce qui appartient à tous est, comme chez les barbares à Fofana, le signe de la défaveur dans laquelle ils se guindent et le moteur du chantage auquel ils soumettent les pouvoirs publics : de nouveaux privilèges, sinon c’est le quartier d’en face qui est mis à feu et à sac.
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01 janvier 2011
Voeux
ALJ souhaite à ses lecteurs tout ce qu'il est de règle de souhaiter un premier janvier : réussite, bonheur, santé, plaisir, etc.
En 2007, ce "blog" a eu 47850 lecteurs et 101986 pages ont été lues;
En 2008, ces chiffres ont été respectivement de 63788 et de 126418,
En 2009, de 91444 et de 235194;
En 2010, de 105081 et de 288658.
Au cours des trois derniers mois de 2010, les visites ont été supérieures à 10000 : soit 10788, 12878 et 12147; et les pages lues supérieures à 30000, 37116 en décembre.
11:58 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, société, france
30 décembre 2010
Ne vous indignez jamais, laissez cela aux vertuistes, genre Hessel ou BHL
Ou de l'indignation et des indignés
En latin comme en français, dès le XIIe siècle, ce mot (indignatio en latin) a le même sens, lequel n’a guère changé en huit siècles, comme en témoignent les articles du Dictionnaire de l’Académie française, de la première édition en 1694 (« colère que donne une chose injuste et indigne ») à la sixième en 1835 (« sentiment de colère et de mépris, qu’excite un outrage, une injustice criante, une action honteuse, etc. ») et à la neuvième (en cours de publication depuis 1994 : « sentiment de colère qui peut être mêlé de mépris, qu’excite une injustice criante, une action honteuse ou injurieuse, un spectacle ou un propos révoltant ») ; du Dictionnaire critique de la langue française (Féraud, 1788 : « l’ indignation est une colère que donne une chose indigne, injuste, contraire à la raison, à la vertu ») ; du Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77 : « sentiment de colère et de mépris qu’excite une personne ou une chose indigne ») ; du Trésor de la langue française (1971-94 : « sentiment de colère et de révolte suscité par tout ce qui peut provoquer la réprobation et porter plus ou moins atteinte à la dignité de l’homme »), dans lequel apparaît une nouvelle notion, « dignité de l’homme », aussi vague qu’indigne ou indignité mais chargée de plus de moraline bonne nuit les petits suintant le progressisme progressiste.
C’est dans les anciens dictionnaires qu’est dévoilée la véritable nature de l’indignation. Qu’est-ce qu’une chose ou une personne indigne, sinon la chose ou la personne que l’indigné juge indigne, c’est-à-dire différente de lui ou de sa caste ou de sa classe sociale ou de sa race ? Pour qu’il y ait de l’indignation, il faut d’abord que soit distinguée une chose ou une personne, qu’elle soit isolée d’un ensemble, parce qu’elle est contraire ou hostile à tout ce que croit l’indigné ; ensuite celui-ci peut dénier à ce qu’il a étiqueté comme indigne le droit d’être ou d’exister ou de continuer à vivre ; en bref, le moteur de l’indignation ou ce qui en est le préalable, c’est, comme disent les consciencieux du social, gros ou petits, la stigmatisation. Le barrage ayant cédé, les flots d’indignation peuvent alors s’écouler.
Ce que fait l’indigné, c’est un départ entre le Mal (la chose ou la personne qu’il étiquette comme indigne) et le Bien, c’est-à-dire lui-même, ses valeurs ou ce qu’il croit être des valeurs, son clan, sa caste, sa race. L’indigné par excellence, c’est Savonarole, Khomeiny, Goebbels, Trotski, Lénine, Souslov, Mao, Pol Pot, Buffet, Besancenot, Royal… Il définit le Bien, il est le Bien, il commande l’armée du Bien. Furetière (Dictionnaire universel, 1690) dit explicitement que l’indignation est l’affaire des « gens de bien », mot qu’il écrit sans majuscule à l’initiale : « colère qu’ont les gens de bien contre l’injustice et les méchantes actions ». Mais de tous les anciens lexicographes, le plus lucide est Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) : « déplaisir qu’on ressent lorsqu’il arrive du bonheur à celui qui ne le mérite point ». Autrement dit, la source de l’indignation, c’est l’envie, le désir non satisfait, la jalousie ; en bref, les pires des sentiments humains.
Les spécialistes de rhétorique, qui connaissent les ressorts cachés du cœur humain, comme on disait au XVIIe siècle, et qui étaient spécialistes de la « posture », du masque, des vices cachés, de l’hypocrisie, etc. l’ont compris, qui ont isolé une « figure » du « discours », qu’ils nomment indignation et qu’ils définissent ainsi : « figure de rhétorique, par laquelle un orateur invective et s’écrie contre quelque action ou quelque personne indigne » (Furetière, op. cit.) et surtout : « les rhétoriciens appellent indignation une figure de rhétorique par laquelle l’orateur témoigne la colère qu’il a de quelque chose, exagère l’indignité de quelque chose » (Académie française, 1694), comme un cabotin de théâtre de boulevard, ajouterai-je.
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29 décembre 2010
Phimosis
C’est l’actualité - plus particulièrement les vicissitudes qui accablent la Sécurité sociale et la font se rapprocher chaque jour un peu plus de la faillite complète - qui a récemment offert à d’innombrables Français l’occasion de découvrir ce mot, lequel est pourtant relativement ancien (il est attesté en 1570) et enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française depuis la quatrième édition (1762). Phimosis, en grec (il s’écrit sans u grec), est le « rétrécissement du prépuce ». Ambroise Paré l’emploie en 1575, l’écrivant (à tort) avec un y, et le définit ainsi : « quand le gland est couvert du prépuce, et qu’on ne le peut retirer contremont et découvrir ». Thomas Corneille est le premier lexicographe à le relever (Dictionnaire des Arts et des Sciences, 1694) : « on le dit d’une maladie du prépuce quand il est si fort serré que l’on ne peut découvrir le gland sans faire une incision ». Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-64), un assez long article est consacré à ce terme de « chirurgie » : « maladie de la verge, dans laquelle le prépuce est collé et fortement resserré sur le gland, de manière qu’on ne peut pas le tirer en arrière pour découvrir le gland ». Suit une longue description des deux espèces de phimosis, naturel et accidentel, et des opérations pour y remédier, dont celle-ci : « La perfection de l’opération du phimosis consiste à couper également la peau et la membrane interne du prépuce ».
La définition du Dictionnaire de l’Académie française est assez réaliste dans les éditions de 1762 et 1798 : « Maladie du prépuce, qui est si resserré qu’il ne peut se renverser pour découvrir le gland » ; puis, dans les éditions de 1835, 1879, 1932-35, elle se fait vague, presque pudique, réduite à « terme de médecine, maladie du prépuce », alors que dans la neuvième édition (en cours de publication), les académiciens reviennent à une définition moins allusive : « pathologie, étroitesse de l’orifice du prépuce, qui empêche de découvrir le gland », à la suite de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « Terme de chirurgie, étroitesse naturelle ou resserrement accidentel qui empêche le prépuce d’être retiré en arrière ») et du Trésor de la langue française (1971-94 : « Pathologie, étroitesse de l’orifice du prépuce empêchant de découvrir le gland »), dictionnaire dans lequel est relevée une autre forme de phimosis, la phimosis des paupières ou blépharo-phimosis : « étroitesse de la fente palpébrale, congénitale ou consécutive à des lésions traumatiques ou inflammatoires des paupières », que Furetière (Dictionnaire universel, 1690) définit ainsi : « quand les paupières tiennent tellement ensemble que l’œil ne se puisse ouvrir, on l’appelle phimosis, c’est-à-dire clôture des choses qui doivent être naturellement ouvertes ».
Un exemple cité dans le Trésor de la langue française explique le succès de ce terme de chirurgie. C’est : il convient d'intervenir chirurgicalement, en cas de phimosis serré, pour éviter l'étranglement éventuel du gland. Le phimosis donne lieu à une opération, qui coûte, selon les spécialistes, près de mille euros, mais qui est remboursée à 100% par la Sécurité sociale. Allah yebarek fih ! Soit, en français, qu’Allah la bénisse (sous-entendu, bien qu’elle soit une invention d’infidèles). La France est le pays où est enregistré le plus grand nombre de phimosis au monde - en chiffres absolus, plus que les Etats-Unis dont la population est cinq fois supérieure à celle de notre pays, plus que l’Inde (population vingt fois supérieure) et plus que le Chine (vingt-deux ou vingt-trois fois supérieure). Les Français seraient-ils les champions du monde des malformations génitales ? Que nenni. L’opération du phimosis, acte médical ou acte chirurgical, cache en réalité, grâce à des chirurgiens complices ou irresponsables, des actes religieux, à savoir des circoncisions. Les mahométans se font circoncire à l’hôpital gratos sous couvert de phimosis. Pourquoi se gêneraient-ils, puisque les infidèles paient ? Les employés de la Sécurité sociale sont alors subitement atteints de phimosis (provisoire) des paupières (ils ferment pieusement les yeux) pour imputer aux assurés sociaux et aux contribuables ces actes religieux. Quant aux politiciens, c’est à qui se coudra le plus hermétiquement les lèvres : phimosis volontaire ou infibulation ou omerta, comme on voudra les nommer. Tout le monde sait, personne ne dit rien. Un médecin de la 5, Michel Cymes, a révélé l’ampleur des dépenses occasionnées par cette complaisance religieuse. La France est laïque, on ne le répète pas assez : c’est là le hic.
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28 décembre 2010
Peine et double peine
Les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-1994) relèvent à l’article peine, au sens de « sanction » infligée par un tribunal à un individu ayant contrevenu aux lois, les « syntagmes » peine sévère, correctionnelle, criminelle, accessoire, complémentaire, principale, afflictive, infamante, capitale, d’emprisonnement, mort, de travaux forcés, commutation, exécution, prescription d’une peine, remise de peine, durée d'une peine, peine légère, lourde, rigoureuse, juste. Il existe même un juge d’application des peines. Il faut que le « système » judiciaire soit délabré pour que le législateur ait cru bon d’ajouter au juge qui sanctionne un juge qui applique les peines prononcées, comme si l’application de la peine n’allait plus de soi ou qu’elle dût être modulée, atténuée, interrompue par un juge. En revanche, dans ce dictionnaire en seize volumes que l’on présente comme un thesaurus, il n’est pas mentionné de double peine. De toute évidence, c’est un mot de la modernité la plus moderne qui soit, c’est-à-dire un produit de la plus grossière des propagandes.
Un Français qui commet un crime peut, dans telle ou telle circonstance, être sanctionné d’une peine de prison et d’une déchéance de ses droits civiques. Si un élu du peuple est condamné à deux ans de prison avec sursis ou non, il peut être déclaré inéligible pendant deux ou trois ans ou plus. Tout le monde juge normal qu’un homme politique qui a détourné de l’argent public soit enfermé en prison et qu’à sa sortie, il soit déclaré inéligible. Il n’est plus digne d’être citoyen. Des Français sont donc condamnés pour un même délit ou crime à deux peines. Personne ne conteste le bien fondé de la loi. Même les spécialistes de l’indignation ne s’en indignent pas. Si le condamné est étranger, comme, n’étant pas citoyen, il ne peut pas être déchu de ses droits civiques, il est renvoyé dans son pays, qui a ainsi la chance de bénéficier de ses talents ou de tirer profit, s’il est en voie de développement et manque de cadres, de ce que ce ressortissant a appris en France, pays qui, comme chacun sait, a le meilleur système scolaire du monde. Cet étranger est placé sur le même pied d’égalité qu’un Français, ce qui est conforme aux principes qui régissent la République. Ainsi la loi est la même pour tous. Français ou étrangers, tous sont égaux devant elle.
La déchéance des droits civiques prononcée contre un Français en sus d’une peine de prison n’est pas nommée double peine. Il n’y a donc pas de raison, sinon l’idéologie, qui n’est pas une raison, mais une bête, pour que le terme double peine s’applique aux seuls étrangers criminels. Si ce terme a été inventé, c’est pour criminaliser les innocents ou les victimes : la France, les lois de la République, les Français. Grâce à ce tour de passe-passe, les étrangers criminels passent pour les victimes innocentes d’un système barbare qui condamnerait deux fois un individu, uniquement parce qu’il est étranger.
En effet, le mot peine est riche de sens ambigus. Le mot latin poena, emprunté au grec poine, a deux sens situés à l’opposé l’un de l’autre : un premier sens juridique, poena signifiant « réparation, expiation, punition, châtiment », et, dans le latin de l’empire romain, un sens victimaire de « souffrance, tourment, affliction ». Autrement dit, au sens juridique, s’est ajouté un sens visant à susciter la pitié. Le subjectif vient recouvrir l’objectif. Dans l’histoire de la langue française, le premier sens attesté de peine est le sens subjectif ou victimaire : dans la seconde moitié du Xe siècle, le nom est employé au sens de « souffrances infligées à quelqu’un », puis, au XIe siècle, de « mal que l’on se donne pour atteindre un but » ; et au XVe siècle de « travail, tâche ». Ce n’est qu’au XIIe siècle que se développe le sens objectif de « sanction » : d’abord dans un contexte religieux, ce sont les « souffrances infligées en enfer en châtiment du péché » ; puis dans un cadre judiciaire, c’est la « punition infligée par la justice humaine ». Le sens de « souffrance morale » et de « profonde affliction » est à peu près contemporain du sens judiciaire, de même que celui de « difficulté, souffrances ou obstacles s’opposant à la réalisation de quelque chose ». De fait, ce qui est nommé improprement double peine par les propagandistes du sans (sans papiers, sans frontières, sans domicile, sans devoirs, etc.) n’est qu’une fiction de cyniques. Ce n’est pas seulement une sanction prononcée en vertu de lois démocratiquement adoptées, ce serait aussi un tourment, une affliction, une souffrance infligés à des étrangers par un Etat sadique ou intolérant qui ne serait animé que par la volonté de nuire à autrui.
Ce qui est nommé double peine est le renvoi dans leur propre pays d’étrangers qui ont commis de multiples délits et crimes en France et contre des Français. On ne voit pas en quoi retourner dans son propre pays est un tourment. Viure al païs, hurlaient les gauchistes il y a trente ans. Pour eux, c’était le bonheur suprême. En apparence, ils ne jugent pas que les étrangers soient dignes de connaître ce bonheur. L’Algérie, le Maroc, le Mali, la Turquie, etc. ne sont pas des enfers habités par des monstres ou des sous-hommes. Ce sont de beaux et grands pays, où vivent des hommes et des femmes à la fois dignes et honorables et qui méritent toute notre estime et qui ont besoin, pour se développer, de citoyens instruits et bien formés, comme le sont ceux que l’école de la République a généreusement éduqués. Si retourner en Algérie, quand on est algérien et fier de l’être, est un tourment, une affliction, une peine, alors cela signifie que l’Algérie est un pays inférieur et méprisable habités par des sous-hommes sans valeur. Ce que dissimule l’invention de double peine et son application aux seuls étrangers, c’est le mépris sans bornes pour tous les pays de la terre autres que la France et l’arrogance des franchouillards du « sans » qui croient que leur propre pays est supérieur à tous les autres. Pour eux, c’est Frankreich über alles. De fait, ce qu’introduit dans le droit la suppression de la dite double peine pour les seuls étrangers, alors qu’elle est maintenue pour les Français, c’est le rétablissement de privilèges dont ne jouit qu’une fraction de la population et c’est la réintroduction dans la loi de la discrimination ou de l’inégalité devant la loi, et cela au seul profit d’étrangers ou, comme on voudra, au détriment des Français.
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27 décembre 2010
La célébration de la mort
Récemment, le dénommé Negri, prénommé Toni comme un vulgaire mafieux, ancien maître à "penser" des Brigades rouges italiennes et "réfugié" en France, a lancé un appel aux Barbares, qu'il a exhortés à détruire la civilisation dont la France est le coeur.
Au début de l'année 2002, était organisée, à Beaubourg, sous l'égide du Ministre de la Culture du gouvernement Jospin, une exposition à la gloire de la revue La Révolution surréaliste. ALJ a lu les douze numéros de cette revue, ainsi que ceux de la revue qui l'a continuée : Le Suréalisme au service de la Révolution.
L’état de la culture, l’idée que l’on s’en fait, le rôle que l’on entend y faire jouer dans l’Etat, la France elle-même, puisque, d’une certaine façon, la France est une culture, se jugent moins à ce qui y est créé qu’à ce qui y est commémoré. Création et commémoration ne se situent pas sur le même plan. La création relève de la seule responsabilité des individus, pas de l’Etat ni des institutions de la France. Commémorer est de la responsabilité des institutions publiques. Les commémorations, hommages, éloges, expositions nationales, etc. sont décidés par des élus et mis en oeuvre par des fonctionnaires. Chaque année, on pourrait rendre hommage à des dizaines de milliers d’écrivains, de peintres, de penseurs, tant le patrimoine de la France est riche, foisonnant et encore vivant (du moins, nous l’espérons). Il en va des commémorations comme des béatifications ou des canonisations. Des choix sont faits, qui enfoncent des milliers d’écrivains dans un quasi oubli définitif. Seuls quelques bienheureux échappent à la mort. De ce fait, il n’y a pas de commémoration neutre, innocente, blanche : tout choix suppose une prise de position, engage une responsabilité, révèle une vision du monde, implique une certaine idée de la France.
L’idée que nos élites se font de la France est effrayante, surtout si l’on se fonde sur ce qu’elles décident de commémorer. Ainsi, le Centre Pompidou organise une exposition à la gloire de la « Révolution surréaliste ». Les media applaudissent frénétiquement. Télérama y consacre un numéro spécial, tout ça sans examen ni retenue, sur le seul mode du dithyrambe aveugle.
Puisque l’esprit d’examen a déserté les media et que l’esprit critique est devenu le zombie des séances spirites, lisons ce qui est écrit dans La Révolution surréaliste, revue littéraire, dont 12 numéros ont été publiés de 1924 (le n° 1 en décembre 1924) à 1929 (le n° 12 en décembre 1929) et qui s’est transformée dans les années 1930 en Le Surréalisme au service de la révolution (comprendre « au service de la révolution communiste »). Les n° 1 et 2 ont pour directeurs Pierre Naville et Benjamin Péret. A partir du n° 3, c’est André Breton qui dirige la revue. Elle contient des récits anodins de rêves (dont on se demande en quoi ils sont « révolutionnaires »), des « textes surréalistes » absurdes, sans queue ni tête, des photos floues et mal cadrées, des dessins qui tiennent plus du gribouillis que du dessin, des apologies de la voyance et de toute superstition, dont les « succubes », des faits divers racontant des suicides ou des tentatives de suicide, des « poèmes » dont beaucoup font pouffer de rire les poètes, des « chroniques », dont certaines sont de simples appels au meurtre, des aphorismes dérisoires, du type « l’espace ne conspire plus » ou « la pourpre est à l’aube de l’homme ». Si la Révolution surréaliste n’avait publié que ces textes sans pensée ni style, dignes de rosières, de chaisières ou de grenouilles de bénitier, elle n’aurait pas plus d’importance que le bulletin aléatoire d’un diocèse de France dans les années 1860.
Pourquoi donc des « élus du peuple français » et des fonctionnaires au service de l’Etat ont-ils décidé de rendre hommage à cette revue ? Outre ces textes benêts, la Révolution surréaliste contient des écrits que Naville, Péret, Breton, etc. tenaient pour des « brûlots », parce que les auteurs appellent au meurtre massif de populations innocentes, qu’ils diffusent dans chaque ligne la haine de soi et la détestation universelle du genre humain, qu’ils souhaitent ouvertement la disparition de la France et de « l’Occident », qu’ils incitent à la guerre civile et à la terreur, qu’ils préfèrent la barbarie à la civilisation. Aujourd’hui non seulement les cendres de ces brûlots sont froides, mais encore réfrigérantes, glaciales, glaçantes. Seuls des gauchistes convaincus de l’inutilité de la France peuvent songer à rendre hommage à ce qui a été écrit entre 1924 et 1929 et dont, si nous étions des Allemands convaincus de la supériorité de la démocratie sur la tyrannie, nous aurions éternellement honte.
La couverture du n° 2 illustre cela. On voit, planté dans un champ, un épouvantail fait de deux bâtons croisés, un manteau en loques enfilé sur la croix, un vieux chapeau fiché au sommet. Le titre en est « Art français début du XXe siècle ». La couverture du n° 6 a pour titre « La France ». Sur un fond noir, elle représente des draps blancs sous lesquels se cachent ou évoluent des fantômes. C’est une façon de dire que notre pays n’a plus d’existence. Une enquête intitulée « le suicide est-il une solution ? » diffuse une « morale » de désespérés. On se réjouit du suicide des humbles, des anonymes, mais on se garde, bien entendu, de passer à l’acte. Le suicide n’est bon que pour les autres. Dans les prises de position du type « Ouvrez les prisons Licenciez l’armée », on justifie les meurtres : « ne redoutons pas d’avouer que nous attendons, que nous appelons la catastrophe » ; « il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté. Nous ne serons pas les complices des geôliers » ; « la liberté maintenant se nomme la Révolution perpétuelle » ; « Il n’y a pas de crimes de droit commun ». Une « Lettre aux médecins chefs des asiles de fous » occulte les souffrances effrayantes de la folie pour ne célébrer que le « caractère parfaitement génial des manifestations de certains fous » et transformer « les fous » en « victimes individuelles de la dictature sociale ». Une « Lettre aux recteurs des universités européennes » en appelle à la mort des savoirs. « Vous êtes la plaie d’un monde, messieurs, et c’est tant mieux pour ce monde, mais qu’il se pense un peu moins à la tête de l’humanité ». En regard d’une « adresse » injurieuse « au Pape » est disposée une « adresse » élogieuse « au Dalaï-lama ».
De certains textes émanent des remugles nauséabonds. Dans « Un pamphlet contre Jérusalem », Desnos écrit : « Parmi les races d’Orient, la race juive semble avoir reçu mission spéciale. Déléguée chez les ennemis, ne sont-ils pas, consciemment ou non, les serviteurs de l’esprit primitif. Race étrange. C’est un de ses individus que la chrétienté adore, crucifiés par ses compatriotes »... Ou encore : « Il faut que les Israélites restent en exil tant que la cause occidentale ne sera pas perdue, tant que ne sera pas écrasé cet esprit latin, grec, anglo-saxon, allemand, qui est la plus terrible menace contre l’esprit ». Dans un autre texte faisant l’apologie de « la révolution, c’est-à-dire la terreur », le même Desnos rêve de procéder ou de faire procéder à « l’épuration méthodique de la population » par l’élimination de catégories sociales entières (ce qu’ont réalisé tous les tyrans du sinistre XXe siècle, cette « justice » que Lénine nommait « extermination sociale »), après avoir réduit « le matériel des musées et des bibliothèques, mesure accessoire où le plus radical sera le mieux ». On élimine le plus d’hommes possible et, pour qu’il ne reste plus de traces d’eux, on détruit la mémoire de leur pays. Le génocide réalisé en 1975 par Pol Pot est programmé dès 1925. Aragon est sans doute celui qui exprime le plus clairement les objectifs de La Révolution surréaliste quand, s’adressant aux Français, il s’écrie : « Riez bien. Nous sommes ceux-là qui donneront toujours la main à l’ennemi » et qu’il souhaite « affamer le peuple » pour qu’il se révolte ou encore ceci, qui est devenu notre réalité : « Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique croule de ses buildings blancs... ». Une pétition « La révolution d’abord et toujours ! » résume la logique de guerre civile qui sous-tend l’entreprise : « Nous sommes certainement des Barbares puisqu’une certaine forme de civilisation nous écoeure » ; « Nous sommes la révolte de l’esprit ; nous considérons la Révolution sanglante comme la vengeance inéluctable de l’esprit humilié par vos oeuvres ».
Aujourd’hui, alors qu’ont été dénombrés plus de cent millions d’innocents sacrifiés sur l’autel des « révolutions », qu’elles soient socialistes nationales, communistes, islamiques, etc., commémorer ces appels aux massacres, à la guerre civile, à la mort, c’est justifier les bilans effrayants du XXe siècle. L’hommage rendu à la Bête immonde par les autorités en dit plus long que n’importe quelle analyse savante sur ce qui tient lieu de politique culturelle en France.
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26 décembre 2010
Le tabou de Noël
Noël, le mot, pas la chose (encore que…), tend à disparaître, non pas de la langue française (le mot est toujours dans les dictionnaires), mais des usages publics qui en sont faits, surtout de la part des autorités.
La sinistre Education Nationale, sinistre parce qu’elle est l’éducastration de la Nation, a imposé le tabou il y a une vingtaine d’années ou plus, socialistibus regnantibus. Ce qui a toujours été nommé vacances de Noël (par toujours, il faut comprendre depuis l’origine de la langue ou depuis que des écoles sont établies en Gaule romaine) est désigné désormais par « vacances d’hiver », comme si le début d’une saison pouvait justifier des vacances. Il est vrai que Big Mother, la Grosse Bureaucratie Enseignante, nomme aussi vacances de printemps les anciennes vacances de Pâques et vacances d’été, celles qui étaient naguère dites vacances tout simplement et qui ont effectivement lieu en été, alors que, dans les siècles classiques, XVIIe, XVIIIe siècles et une grande partie du XIXe siècle, elles étaient fixées en septembre et en octobre, c’est-à-dire à l’automne.
Le tabou a fini par se généraliser, sous l’influence des innombrables élus locaux, qui sont souvent des fonctionnaires de Big Mother. Il n’est plus aucun maire, député, sénateur, ministre, plus aucun président de Conseils général ou régional, ou de comité des fêtes ou d’office de tourisme ou d’université qui ose souhaiter aux administrés ou aux citoyens un Joyeux Noël ou de joyeuses ou bonnes fêtes de Noël. Ces « élus » se contentent de « joyeuses fêtes », retranchant volontairement, et non par paresse ou économie d’encre, de leurs formules de souhait le mot Noël, comme si ce mot, qui est pourtant bien français, trop français sans doute, faisait tache et qu’il dût ne plus franchir la barrière des lèvres ou celle des doigts et ne plus être prononcé ou écrit nulle part.
Bien entendu, les imbéciles, qui sont légion, invoquent la laïcité, mais justement la laïcité n’a rien à voir là-dedans. Souhaiter Joyeux Noël à des citoyens, libres, souverains, autonomes, ce n’est en rien confondre l’Eglise et l’Etat, ni même tenter de rétablir ou d’établir (si tant est qu’il l’ait jamais été) le catholicisme comme religion officielle de la France. D’ailleurs, ces scrupules n’empêchent pas ces élus qui ont rayé Noël de leur langue française de souhaiter, le moment venu, et avec une componction de dévots, un bon ramadan ou un joyeux aïd ou un gai mouloud aux musulmans, comme si la laïcité était à géométrie variable et devait être imposée, mais à contretemps et de façon tout arbitraire, aux seuls Français.
Nos ancêtres ne connaissaient pas ce tabou. Noël était non seulement le « cri de réjouissance » qu’ils poussaient pour saluer « la naissance du Sauveur », mais encore, par extension, le cri qu’ils poussaient « à l’occasion d’un événement qu’il considéraient comme heureux, à la naissance d’un prince, au mariage ou à l’arrivée d’un souverain, etc. » (Littré et DAF). Pour les anciens lexicographes, Noël est la « fête de la nativité de Notre Seigneur » (Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935 ; Féraud, 1788 : oui, ils osent employer Notre devant Seigneur, bravant les interdits des bien pensants d’aujourd’hui), nativité étant le synonyme noble de naissance, ou la « fête de la nativité de Jésus-Christ » (Littré, 1863-77, et DAF neuvième édition, en cours de publication). Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), monument engagé de la lexicographie bureaucratique, CNRS et Educ Nat, sont les premiers (sans doute) à atténuer l’universalité de cette fête, en faisant suivre le nom fête de l’adjectif chrétienne, prédication assez peu pertinente d’un point de vue lexicographique, puisque, dans la seconde moitié du XXe siècle, Noël se transforme en fête des enfants, que leur famille comble de cadeaux et à qui elle passe tous les caprices, cessant de fait d’être une fête spécifiquement religieuse pour devenir une foire du commerce – ce qui explique sans doute, outre le prétexte laïque, que ce moment ne soit plus désigné que par fêtes, étant l’acmé de la festivisation généralisée de la France et du triomphe d’Homo Festivus.
11:14 Publié dans Mythologies intellotes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, christianisme, politique
21 décembre 2010
L'école n'est pas un service public
Et revoilà trente ans après Savary, surgie des profondeurs de l’échec et des renonciations à tout, la thèse du « service public d’éducation ». Cette résurrection serait risible, si l’école publique n’en était pas la vraie cible. En écho, les syndicats de la dite « gauche » et leurs satellites parendélèvistes exigent, eux aussi, une école qui soit un « grand service public ». Il est même des crétins qui rêvent de transformer l’université dans laquelle ils exercent en « service public de proximité », comme si elle était un bureau de La Poste.
L’école a été instituée pour instruire des élèves et former des citoyens libres. Institution, l’école publique, c’est-à-dire ouverte à tous sans exclusive, n’est pas un service, non plus que le suffrage universel, la justice, l’armée, les droits de l’homme ne sont des services.
Elle a été pensée comme une institution entre 1789 et 1880. Alors, ce que l’on appelle aujourd’hui services publics n’existait pas. Il n’y avait ni SNCF, ni EDF, ni France-télécoms, lesquels services publics ne peuvent pas servir de modèles à l’école. Les services, même quand ils sont publics, relèvent de l’économie. Des collectivités, des entreprises ou des individus les proposent à des usagers ou à des consommateurs. Aucun service n’est gratuit, fût-il ou non public. Consommateurs et usagers paient le service qui leur est fourni. L’école de la République est gratuite. Ce n’est pas une activité de service, ni une activité marchande. Elle relève de la politique, et non de l’économie. La loi n’oblige personne à prendre le train, ni à s’abonner au téléphone. Un consommateur peut préférer s’éclairer à la bougie ou à la lampe à pétrole plutôt qu’à l’électricité, et de ce fait, refuser le service que lui offre l’EDF. Inversement, la loi interdit aux services publics d’établir des discriminations entre les usagers. Chacun peut prendre le train, quel que soit son âge. Il suffit d’acheter un billet. Même un enfant de trois ans peut faire acheminer une lettre par la Poste, à condition que celle-ci soit affranchie. A l’opposé, l’école, qui n’est pas un service, est à la fois obligatoire et discriminatoire. Aucun enfant n’échappe à l’école ou à l’instruction. C’est une contrainte qui s’impose à tous et qui a été décidée par le peuple souverain. L’école discrimine. Elle n’est obligatoire que pour les enfants âgés de cinq à seize ans. En-deçà et au-delà, l’obligation scolaire est abolie.
Réduire l’école (et toute institution) au rang d’un service n’est pas innocent. Si l’école est un service, elle n’est pas différente des autres activités de service : restauration, assurances, banque, tourisme. Elle devient un gisement de profits, encore inexploité, mais pas pour longtemps. Dès lors, l’institution est pervertie. Y sont introduites des finalités qui y sont étrangères et qui excluent la liberté de l’esprit qui est la seule fin de l’école. Service, l’école est transformée en libre-service, souq, marché ou supermarché. C’est un lieu où se vendent des savoir-faire, des recettes, des diplômes, des options, des modules. Les enfants ne sont plus des élèves : des petits d’hommes que des maîtres aident à s’élever au-dessus d’eux-mêmes et de leur condition. Ils vont au souq choisir des matières à option. Diverses, ils ont le choix, celui d’un consommateur devant les étals qui regorgent de marchandises dans les supermarchés. Puis, ils en sortent, repus, saouls, la tête vide, mais l’estomac plein. Ils seront de bons consommateurs. L’école a pour fin la connaissance. Si elle est un service, elle transforme les élèves en consommateurs ou en usagers. Elle se nie elle-même.
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20 décembre 2010
laïcisation
Laïcité et laïcisation
Le nom laïcité est vieux d’à peine plus d’un siècle. Il est quelque peu étonnant qu’un mot aussi récent et désignant un concept politique aussi nouveau ait pu s’acclimater aussi rapidement et connaître de tels succès, à moins que – et c’est l’hypothèse pour laquelle penche ALJ – les innombrables accrocs au principe de laïcité que l’on constate tous les jours, accrocs qui s’élargissent chaque jour au point qu’il ne reste presque plus rien du tissu initial, n’attestent le caractère illusoire et fantasmatique de la laïcité.
Dérivé de l’adjectif laïc, lui-même emprunté au latin laïcus, lequel est emprunté du grec, laïcité est attesté le 11 novembre 1871 dans le journal La Patrie au sujet d’un vote du Conseil général de la Seine qui a repoussé « une proposition de laïcité » qui lui était soumise. Pierre Larousse l’enregistre dans le tome X, publié en 1873, de son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, dans lequel il le définit sommairement : « caractère de ce qui est laïque, d’une personne laïque », illustrant ce sens des deux exemples suivants, le premier relativement « neutre » : « la laïcité de l’enseignement » (laquelle, faut-il le préciser, n’était pas acquise alors et ne le sera qu’après les lois, dites lois Ferry, de 1881 et 1882, qui rendent laïque, non pas « l’enseignement », mais « l’instruction publique », ce qui n’est pas la même chose, une instruction publique laïque pouvant être dispensée dans des écoles confessionnelles) ; le second, engagé et partial : « il fut un temps où la laïcité était comme un note d’infamie », ce qu’elle est devenue aujourd’hui dans les quartiers « populaires » (comprendre : islamisés) de notre « belle » République une, indivisible, laïque, c’est-à-dire multiple, divisible, islamisée ou islamisable. Dans ce même tome X, Larousse, militant laïque et républicain, très éclairé et même un peu illuminé, relève les mots laïcisme (en 1873, c’est la « doctrine de certains théologiens anglais du XVIe siècle qui attribuaient aux laïques (il aurait fallu écrire laïcs, mais Larousse ne fait pas de différence entre laïc et laïque) le gouvernement de l’Eglise ») et laïque, adjectif et nom auquel il donne le sens de laïc ; et dans le tome XVII (c’est le Supplément 2 du Grand Dictionnaire), publié en 1890 (Larousse est mort depuis plus de quinze ans et les lois Jules Ferry sont appliquées), laïcité, dont le sens ne change pas par rapport à la définition du tome X, est complété par le verbe laïciser (« remplacer un personnel religieux par un personnel laïque ») et le nom laïcisation ou « remplacement d’un personnel religieux par un personnel laïque », les activités dans lesquelles s’effectue la laïcisation étant les écoles communales (pas les collèges jésuites), les hôpitaux, l’Assistance publique). Ce processus est illustré de cet extrait : « on vient de créer un mot nouveau, peu euphonique : laïcisation. Quant à la chose, elle a, selon les cas, des avantages qu’on ne saurait nier (lesquels ? Cela n’est pas dit, et pour cause) ; mais encore faudrait-il appliquer sagement cette laïcisation, et non en user à tort et à travers ». En 1890, la laïcisation n’en est qu’à ses débuts et déjà, elle suscite autant de rejets que d’adhésions. Plus d’un siècle plus tard, les descendants de ces républicains qui ont tout laïcisé pactisent désormais avec les musulmans qui ont entrepris de tout islamiser. La laïcisation parvenue à son terme, c’est l’islamisation qui la continue. On ne remplace plus de personnel religieux par du personnel laïque, on remplace les lois laïques par les lois de l’islam, sans que les autorités de la « république » s’en inquiètent.
Après Larousse, Littré relève laïcité dans le Supplément (1877) de son Dictionnaire de la langue française (1863-77). Il le définit a minima, comme Larousse d’ailleurs, se contentant de « caractère laïque », sans cerner la notion de laïcité, comme si justement ce mot ne désignait aucune notion. Le seul indice laissé par Littré est l’orthographe de l’adjectif laïque : il n’écrit pas caractère laïc, ce qui est une façon de placer la laïcité hors du giron de l’Eglise et d’en faire un mot du vocabulaire civil. Les académiciens l’enregistrent pour la première fois dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire en y donnant un sens plus précis et presque conforme à ce qu’est la laïcité institutionnelle, en théorie du moins : « caractère de neutralité religieuse d’un établissement d’instruction ou d’assistance, d’une loi, d’une institution », employant quatre mots, instruction, assistance, loi, institution, qui délimitent le champ d’application de la neutralité religieuse : écoles, hôpitaux, législation, institutions publiques. La définition est conforme à la loi de 1905 qui garantit la liberté de conscience (mais de laquelle garantie il ne reste pas aujourd’hui grand-chose), assure le libre exercice des cultes (liberté qui en théorie devrait être suspendue en cas de troubles à l’ordre public, mais ne l’est pas quand, lors de l’exercice d’un culte, il est lancé des appels, inscrits dans le Livre Saint, au meurtre, des incitations à la haine et du racisme pur jus – tous facteurs de désordres publics gravissimes) et interdit que l’argent public finance quelque culte que ce soit (sauf quant il s’agit de « mosquées » - pardon d’annexes culturelles de lieux cultuels islamiques) ou rémunère les ministres d’un culte quel qu’il soit (sauf si ces ministres sont des imams, comme c’est le cas à Toulouse et à Avignon).
Dans la seconde moitié du XXe siècle, la laïcité qui était un principe de droit devient une arme idéologique. Pour les académiciens, en 1932-35, la laïcité caractérise les seuls écoles, hôpitaux, lois, institutions. En revanche, pour les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), qui sont des idéologues, elle est un « caractère » et un « principe » et elle n’a pas tout à fait le même sens suivant qu’elle est un « caractère » ou un « principe ». En faire un principe, c’est l’étendre ou tenter de le faire à des domaines qui en étaient préservés. La définition comme « principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse » (in Trésor de la langue française) appelle plusieurs commentaires. La loi de 1905 n’a pas séparé l’Eglise de l’Etat, pour la seule et bonne raison que ceux-ci n’ont jamais été confondus et que, pendant un millénaire et demi, depuis Clovis, ils ont été distincts. La « société civile » et la « société religieuse » (si tant est que la « société religieuse » ait quelque existence que ce soit, ce dont Arouet le Jeune doute avec raison, et que ce ne soit pas un fantôme inventé par des lexicographes en perdition) sont hors de l’Etat ; elles ne sont pas « dans l’Etat », elles en sont exclues par définition. L’exemple tiré d’un ouvrage sur la pédagogie et censé illustrer le principe laïque est de la même farine : « la laïcité est un des grands principes sur lesquels repose, avec l’obligation et la gratuité, l’enseignement public français » (1972). Ce n’est pas l’enseignement public qui est fondé sur la laïcité, mais l’instruction publique. Il y a un abîme entre l’instruction publique et les établissements d’enseignement, fussent-ils publics. Si un établissement privé instruit les élèves, il est laïque ; si, dans une école communale ou un CES ou un lycée, les élèves ne reçoivent aucune instruction publique, ces établissements, tout laïques qu’ils s’affichent, ne sont plus laïques. L’idéologie a perverti la laïcité. Ce principe, vague et flou, peut être opposé par les idéologues à tous ceux qui leur déplaisent, fût-ce pour les « stigmatiser », et il peut disparaître des écoles, des hôpitaux, des institutions publiques, tout laïques qu’ils sont.
Dans le Trésor de la langue française, la laïcité est l’objet de déformations : « caractère des institutions, publiques ou privées, qui, selon ce principe, sont indépendantes du clergé et des Églises » et « impartialité, neutralité de l’État à l’égard des Églises et de toute confession religieuse ». Il suffit de comparer cette définition ou celle, presque contemporaine, de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication : « caractère de neutralité religieuse, d’indépendance à l’égard de toutes Églises et confessions ») à celle de la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35, citée ci-dessus : « caractère de neutralité religieuse d’un établissement d’instruction ou d’assistance, d’une loi, d’une institution ») pour prendre conscience que la laïcité, qui est d’application restreinte, s’est chargée d’intentions militantes et a pu s’étendre à d’innombrables domaines. Ainsi, aucun des auteurs de dictionnaires actuels ne s’interroge sur la réalité de « l’indépendance » proclamée des « institutions publiques », auxquelles sont ajoutées les « institutions privées », ce qui n’est pas prévu par la loi, à l’égard « du clergé et des Eglises » ou de « toutes confessions ». On sait que la République a créé son propre clergé d’éducateurs, de médiateurs, d’agitateurs stipendiés ou subventionnés, d’illuminés des « sciences de l’éducation » ou de la LFE, de faux enseignants qui sont de vrais inquisiteurs, etc., qu’elle rémunère ou finance, en contradiction avec la loi de 1905 ; on sait aussi qu’elle impose sa propre religion sociale, humanitaire et vaguement occultiste à tous les citoyens, violant ainsi le caractère laïque, c’est-à-dire la neutralité religieuse, qui, en théorie, la définit. Rien de cela n’est évoqué dans les articles de dictionnaires, ni dans les définitions, ni dans les exemples. Dans les dictionnaires, le mot occupe une place minime, même si, dans le Trésor de la langue française, la notion est déformée. Or, dans la société, il en va tout autrement. Google signale près de deux millions de pages qui traitent de la laïcité. Une notion minuscule, non pas au sens où elle est insignifiante (au contraire), mais au sens où elle a un champ d’application étroit (l’instruction publique, les institutions publiques), a fini, en devenant un principe fondamental, par s’étendre à tout : même à la vie privée des personnes, s’autodétruisant de fait.
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19 décembre 2010
Chromosome
Le mot a à peine plus d’un siècle. Il n’est pas « grec » à proprement parler, bien que les deux éléments qui le composent le soient, mais allemand, du fait de la nationalité de son inventeur, qui était professeur d’Université à la fin du XIXe siècle, à une époque où l’Université allemande était tenue pour un modèle dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis, mais aussi, en dépit de la nécessité de la revanche, en France. Il a été fabriqué, à partir du terme grec chromo (« couleur ») et du suffixe some (« corpuscule », de soma « corps ») en 1888 par un anatomiste allemand, Waldeyer, qui a aussi fabriqué le terme de neurone. Il est attesté en français trois ans plus tard, comme cela est établi dans un article de l’Année biologique de 1897, et il n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de la neuvième édition (en cours de publication depuis 1994). La définition se présente ainsi : « (biologie) élément présent dans le noyau des cellules, formé d’acide désoxyribonucléique », ce qui n’est guère explicite. Heureusement, les exemples éclairent la définition et expliquent sans doute l’immense succès de ce terme si neuf : les chromosomes renferment les gènes, support essentiel de l’hérédité ; l’être humain a vingt-trois paires de chromosomes.
La définition du Trésor de la langue française (1971-94) est un peu plus ample : « (biologie) élément du noyau cellulaire, de forme caractéristique et en nombre constant pour une espèce donnée, et considéré comme le support des facteurs héréditaires ». Témoignent du succès de ce terme les emplois variés qui en sont faits et qui l’ont fait sortir du domaine de la biologie : chromosome géant, surnuméraire ; la réduction du nombre des chromosomes ; des mutations de chromosomes ; chromosome sexuel (x, y) ; etc., ainsi que les nombreux adjectifs qui en sont dérivés : chromosomial, chromosomien, chromosomique, chromoclasique, extrachromosomique.
10:11 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, société, langue française
18 décembre 2010
Paradis
Ce mot, emprunté au latin chrétien, lequel l’a emprunté au grec, lequel l’a emprunté à la langue des Chaldéens, est attesté à partir de la fin du Xe siècle dans deux sens : (Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française, 10 vol., 1880-1902) « jardin délicieux où Dieu plaça le premier homme » et « séjour de la béatitude céleste ». Lacurne de Sainte-Palaye (Dictionnaire historique de l’ancien langage français, à partir de 1769) glose le mot dans ces termes : « jardin où Dieu plaça Adam, dès qu’il l’eut créé » et « lieu où résident les âmes des justes et les anges, jouissant d’un bonheur éternel ». Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) et les académiciens (1694) le définissent de la même manière, mais plus succinctement : « lieu où sont les bien heureux » et « paradis terrestre, lieu délicieux où Moïse raconte que Dieu avait mis Adam et Eve » (Richelet) ; « jardin délicieux » et « séjour des Bienheureux qui jouissent de la vision de Dieu » (Académie de 1694 à 1798).
Le paradis a subi deux épreuves : celle de la géographie et plus particulièrement de l’exploration de la Terre et celle de l’astronomie ou exploration du Ciel. Les conséquences de ces deux épreuves sont exposées dès la fin du XVIIe siècle par Furetière dans son Dictionnaire universel (1690) et par les auteurs de L’Encyclopédie (1751-64, d’Alembert et Diderot éditeurs). Ce « jardin de délices » était censé se trouver « à l’orient d’Eden en Mésopotamie » : à l’Est d’Eden en somme, comme au cinéma, ou « dans l’Arménie aux sources du Tigre, de l’Euphrate, de l’Araxe et du Phani, que (les savants) croient être les quatre fleuves désignés par Moïse » (L’Encyclopédie). Mais les voyageurs n’ont rien vu de tel en Mésopotamie (l’Irak actuel). De fait, le paradis a été déplacé. La liste des lieux où il a été situé est interminable : « il n’y a presque aucune partie du monde, dit dom Calmet, où l’on ne l’ait été chercher, dans l’Asie, dans l’Afrique, dans l’Europe, dans l’Amérique, sur les bords du Gange, dans les Indes, dans la Chine, dans l’île de Ceylan, dans l’Ethiopie où sont les montagnes de la lune, etc. » (L’Encyclopédie, op. cit.) et même sous le pôle arctique.
Quant au « séjour des anges et des saints qui jouissent de la présence de Dieu » (Furetière) ou « lieu de délices, où les âmes des justes voient Dieu et jouissent d’un bonheur éternel » (L’Encyclopédie) et que l’on situait dans le Ciel, il est devenu source de doutes après les observations de Copernic et de Galilée, comme l’expliquent les encyclopédistes : « Le système de Copernic et de Descartes a non seulement renversé l’ancienne hypothèse de Ptolémée sur l’ordre et sur la structure de ce monde ; mais il a encore mis dans la nécessité de proposer ailleurs un endroit propre à placer le séjour des bienheureux, qu’on nomme vulgairement paradis (…) Car enfin depuis que les cieux sont fluides, que la terre et les planètes roulent dans les airs autour du soleil, et que les étoiles que nous voyons sont autant de soleils qui sont chacune le centre d’un tourbillon, il a fallu que l’empyrée disparût, ou du moins qu’il s’en allât bien loin d’où il était ». De fait, c’est le concept de paradis qui a changé : « ce n’est pas le lieu qui fait le paradis, mais le bonheur dont on jouit par la vue de Dieu, qui étant partout, peut aussi se montrer et faire partout des bienheureux ». La conclusion des encyclopédistes est ferme : « le paradis n’est pas un lieu, mais un changement d’état ».
La délocalisation du paradis (que les lecteurs pardonnent cette métaphore hardie) n’a pas tué l’idée de paradis, au contraire ; elle favorisé la prolifération des paradis terrestres de substitution – des ersatz donc -, soit, à partir de Thomas More, sous la forme d’utopies, soit sous la forme de grandes théodicées sans Dieu qui se sont réalisées hic et nunc à Moscou, à Cuba, à Berlin (le paradis nazi), à Pékin, à La Havane, au Caire, à Alger, à Bucarest, à Varsovie, etc. Jamais il n’y a eu autant de paradis terrestres qu’au XXe siècle ou, pour dire les choses plus exactement, tout ce qui tombait sous l’emprise communiste devenait ipso facto paradis et, en conséquence, lieu de pèlerinage pour penseurs définitifs, intellectuels critiques, philosophes fumeux, écrivains engagés, artistes au service du peuple, etc. Au Xe siècle, de malheureux paysans analphabètes croyaient dur comme fer à l’existence d’un jardin de délices quelque part dans le monde. Au XXe siècle, cette même croyance un peu crétine a nourri des millions de Bac + 4 ou + 5, de philosophes, de diplômés en histoire ou en sociologie, de docteurs de l’université, etc. et leur a fait pondre des tonnes et des tonnes d’ouvrages, qui, si on devait les lire aujourd’hui, feraient s’esclaffer même les Abyssins, qui sont pourtant réputés sérieux. Tout cela confirme l’aphorisme de Gomez Davila : « l’intelligence n’aspire pas à se libérer, mais à se soumettre ».
Les mahométans sont moins bêtes ou plus bestiaux, comme on voudra. Ils se font du paradis une idée qu’expriment sans ambages les auteurs de dictionnaires. En un mot, c’est un gigantesque bordel régi par la loi soixante-huitarde « aimez-vous les uns sur les autres ». « Le paradis de Mahomet est un lieu qu’il a feint et imaginé à sa mode, où il fait espérer tous les plaisirs sensuels et brutaux à ceux qui suivront sa loi » (Furetière) ; « les mahométans admettent aussi un paradis, dont toute la félicité ne consiste que dans les voluptés corporelles » (L’Encyclopédie) ; « le paradis de Mahomet » est le « lieu où Mahomet a fait espérer aux sectateurs de sa loi qu’après leur mort ils jouiront de tous les plaisirs des sens » (Académie, 1835) et « paradis de Mahomet, du prophète, d’Allah, lieu de délices promis aux musulmans après leur mort en récompense de leurs mérites, et où ils jouiront de tous les plaisirs des sens » avec « les houris du paradis » (Trésor de la langue française, 1971-94).
09:07 Publié dans Mythologies intellotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, religion, islam
Codicille (à occupation)
La mosquée qui, chaque vendredi qu'Allah fait, organise l'occupation de la rue Myrha à Paris a pour nom "AL FATH" - écrit en capitales, vertes évidemment, au-dessus de l'entrée. En arabe, al fatah (au sens propre "ouverture") désigne à partir de 635, quand les armées arabes, vindicatives et furieuses, ont envahi tout le Proche Orient, puis l'Afrique du Nord et une partie de l'Europe du Sud, la conquête de très vastes territoires qui s'en est suivie. C'est LE moment glorieux de l'histoire arabe et une catastrophe pour les peuples vivant dans les territoires conquis et soumis par la force à la loi islamique.
Les musulmans disent ce qu'ils font et ils font ce qu'ils disent, mais en arabe seulement. Quand ils s'expriment en français, c'est dans le seul registre de la takya ou du double ou même triple langage. Ecoutons-les en arabe. Pour eux, l'occupation des rues n'est pas l'Occupation que les Français ont subies de 1940 à 1944, mais une fatah, rien d'autre. L'analogie de l'islam avec le national-socialisme obscurcit, sur ce point précis, plus qu'elle n'éclaire. C'est dans l'histoire de l'islam qu'il faut chercher la lumière, pas dans celle de la France, fût-elle tragique.
Les médias, l'université, l'administration, la télévision, le CNRS, etc. rémunèrent des docteurs, tous très savantasses, qui n'ignorent rien de la fatah, non plus que de l'histoire tragique des peuples vaincus. Pourtant, sur ce point, ces doctes docteurs se terrent dans l'omerta.
07:38 Publié dans Mythologies intellotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, histoire, politique
15 décembre 2010
Occupation
Les auteurs de dictionnaires latin-français traduisent le mot occupatio (dont occupation est emprunté) par « action de prendre possession, action de s’emparer, prise de possession », « affaire, embarras, soin, préoccupation ». Ce nom est dérivé du verbe occupare, traduit dans ces mêmes dictionnaires par « s’emparer, prendre possession, se saisir de », « occuper (un espace), tenir, remplir », « occuper (l’esprit), employer (le temps), placer (de l’argent) », « prendre le premier, prévenir, devancer, prendre les devants, prendre l'initiative, faire le premier, dire le premier ».
C’est dans deux de ces sens latins que, à partir du XIIe siècle, le nom occupation est attesté : « ce à quoi on consacre son activité, son temps » (1175) et « action de s’emparer d’un bien » (1360), comme chez Frédéric Godefroy (Dictionnaire de l’ancienne langue française, 1880-1902) : « action d’occuper un lieu, de s’y établir » et « affaire, pratique, emploi qui prend, qui occupe le temps » ou comme chez Furetière (Dictionnaire universel, 1690 : « occupation se dit de l’action de s’emparer, de se saisir de quelques postes avantageux » (« l’occupation des passages, des avenues, des cols de montagnes est une chose très importante à la guerre ») et « il signifie plus ordinaire ce à quoi on s’applique, à quoi on passe, on emploie son temps » (« La plupart des hommes n’ont d’autre occupation que le jeu, le divertissement ; un homme qui s’applique à l’étude ne manque jamais d’occupation ; ce commis a tant d’occupation qu’il n’a pas le loisir de se moucher »). A l’opposé de Furetière, les académiciens ne relèvent qu’un seul sens, non pas le sens militaire, mais le sens civil et paisible : « Emploi, affaire à laquelle on est occupé » (1694, 1718, 1740, 1762, 1798). Ce n’est que dans la sixième édition, celle de 1835, qu’ils y ajoutent le sens militaire, glosé ainsi : « Occupation signifie, en termes de guerre, l’action de s’emparer, de se rendre maître d’un pays, d’une place, d’en prendre possession militairement » et illustré, entre autres emplois, par celui-ci : « armée d’occupation, armée destinée à contenir un pays nouvellement conquis ou envahi ».
Le la est donné, occupation est un terme de droit (c’est l’action de s’emparer d’un lieu illégalement), mais aussi un terme de guerre. Les lexicographes postérieurs le confirment, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « 1. Action d’occuper, de s’emparer d’un lieu, d’un bien (exemple : « l’occupation a précédé la propriété »). 2. Terme de guerre. Action de se rendre maître d’un pays, d’une place. Armée d’occupation, armée destinée à contenir un pays vaincu. On nomme aussi armée d’occupation, celle qui, agissant dans l’intérêt d’une puissance amie ou alliée, occupe militairement ses provinces pour les garantir d’une surprise, d’une invasion, d’une insurrection ») ; les académiciens (1932-35 : « Action d’occuper militairement un pays, une région » (armée d’occupation) » ; « il désigne aussi l’action de s’établir, de se saisir de » (l’occupation a précédé la propriété) ; le Trésor de la langue française (1971-94 : « Action d’occuper (un lieu, un espace, une surface) ; résultat de cette action ; action d’occuper (un lieu, un espace) sans autorisation ou par la force ; résultat de cette action » et « dans un contexte militaire, action pour un État belligérant vainqueur d’installer une force armée, souvent une administration sur le territoire d’un État vaincu ; résultat de cette action ; temps que dure cet état de fait ») ; les académiciens (neuvième édition, en cours de publication : « action d’occuper un lieu, de s’y installer » et « action de s’emparer, de se rendre maître d’une ville, d’un territoire, d’un pays, d’en prendre possession militairement », les académiciens et les lexicographes du TLF distinguant avec soin et par l’orthographe l’occupation (avec un o minuscule) dans ce dernier sens (à savoir « action de s’emparer, de se rendre maître d’une ville, d’un territoire, d’un pays, d’en prendre possession militairement ») de l’Occupation, avec un O majuscule, à savoir « la période durant laquelle, de 1940 à 1944, la France fut partiellement, puis entièrement occupée ».
Les rues qui sont barrées et interdites à toute circulation chaque vendredi à midi dans certaines villes de France, comme cela est de règle en Egypte, en Algérie, au Maroc, etc. en dépit des mosquées construites à la pelle dans ces pays, sont bien au sens propre de ce terme, mais dans le premier sens, juridique, et non pas militaire, une occupation illégale de lieux publics, à savoir une « action d’occuper (un lieu, un espace, une surface) sans autorisation ou par la force » et le « résultat de cette action ». La difficulté n’est pas là, on l’a bien compris, mais dans le saut du premier sens juridique au second, lequel est militaire : terme de droit ou terme de guerre ? Tout dépend de l’analyse qui est faite de l’islam. Est-ce une simple religion ou une religion simple, pour ne pas dire simpliste ? Ou bien une idéologie politico-juridique, totalitaire, haineuse, raciste, qui se répand dans le monde par le djihad, lequel peut être ouvert et violent ou caché et s’attaquant d’abord à des symboles avant de s’en prendre aux personnes ? De toute évidence, les journaleux, les associateux, les politiciens ne sont pas en mesure de trancher.
10:03 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
13 décembre 2010
Caillasser, caillasseur, caillassage
Aucun de ces trois mots n’est enregistré dans les grands dictionnaires : Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77), Dictionnaire de l’Académie française (huitième et neuvième éditions, 1932-35 et en cours de publication), Trésor de la langue française (1971-94) ; seul y figure caillasse. Comme caillasser, caillasseur et caillassage sont d’un emploi courant, leur présence massive et entêtante dans la NLF des media et de leur âme damnée, les sciences du social, soulève une difficulté.
Caillasse est un mot récent, formé du suffixe asse qui a été substitué à la terminaison ou de caillou. Attesté en 1846, il est vieux d’à peine un siècle et demi, ce qui est fort jeune pour un mot. C’est un terme de géologie : « Couche fragile dans une carrière ; marne caillouteuse », écrit Littré ; « Couche de marne caillouteuse que l’on trouve dans les carrières de pierres » (Académie, 1932-35) ; « Formation de calcaire grossier mêlé de marne, d’argile ou de sable » (Académie, en cours) ; « Bancs discontinus de calcaire grossier des environs de Paris, intercalés dans les marnes du Lutétien supérieur » (Trésor de la langue française, 1971-94). Ce n’est que dans ce dernier dictionnaire qu’est relevé un autre sens que celui de la géologie, sens que l’on pourrait rapporter aux travaux publics : « Pierre concassée pour l’empierrement des chaussées » (TLF, op. cit.) et « (Collectif) pierres concassées employées pour l’empierrement des chemins » (DAF, neuvième édition), édition dans laquelle est relevé aussi ce sens : « Gros cailloux, pierraille » (exemple : se tordre les pieds dans la caillasse).
Caillasser, qui est dérivé de caillasse, devrait avoir pour sens « empierrer un chemin avec des pierres concassées » ou, dans quelques emplois très modernes, « marcher difficilement dans de gros cailloux » ; le caillassage devrait être l’empierrement des chemins et les caillasseurs ceux qui empierrent les chemins. Or, chacun sait qu’il n’en est rien et que ce qui devrait être n’est pas. C’est que la NLF est aussi la propriété privée et bien close des faiseurs d’euphémismes et autres policiers de la pensée, bref de tous ces puissants qui refusent que les faits les plus déplaisants soient nommés de termes justes et adéquats, afin que, justement, grâce à cette mal-nomination, personne ne prenne connaissance de ces faits. Ce qui est dit avec des mots impropres est vite oublié ou n’est même pas perçu. Ces faits déplaisants se résument en un mot : lapidation. Celle-ci est la forme supérieure et évoluée de la justice en terre d’islam, que cette justice soit d’institution, ou qu’elle soit l’expression de la colère des masses islamiques, lesquelles attaquent à coups de pierres ceux ou celles qui ne se plient pas aux lois de l’islam. Ainsi des « jeunes » - comprendre des musulmans – constituent régulièrement des réserves de grosses pierres dans tel ou tel endroit de « leur » cité, pour, le moment venu, apprendre aux infidèles ou autres mécréants – comprendre les pompiers ou les policiers – ce qu’est la loi de l’islam. Lapider, lapidation, lapidateurs étant des mots tabous, ils ne doivent jamais franchir la barrière des lèvres, mais leur interdiction laisse le champ libre à caillasser, caillassage, caillasseurs, qui trouvent là, en leur qualité d’euphémismes, de quoi faire une belle carrière. Le tour est joué : il n’y a de lapidation qu’en Iran ou en Arabie. Surtout pas en France, où les victimes des lapidateurs attendent en vain que se constitue pour les défendre un comité anti-lapidation.
08:45 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, france, politique
12 décembre 2010
Emigrer et immigrer
L’immigration, disent les sciencieux du social, qui tous pensent très bien et même mieux que très bien, est consubstantielle de la France. Ah bon ! La France existe depuis quinze siècles ; l’immigration a à peine un siècle. Si elle est consubstantielle de la France, c’est que le temps des sciences sociales est celui des ères géologiques, dont l’unité est le million ou la dizaine de millions d’années. De toute façon, il y a un million d’années, la France n’existait pas et rien n'en était donc consubstantiel.
La consultation des dictionnaires, comme cela a été montré à propos d’immigration, confirme que l’immigration n’est pas consubstantielle de la France, ce qui n’est pas bien difficile à démontrer, évidemment, le contraire étant plus facile encore à démontrer, puisqu’il suffit de l’énoncer sans le moindre début d’esquisse de preuve pour qu’il soit définitivement établi dans le cerveau malade des ressentimentaineux. Emigrer est attesté à la fin du XVIIIe siècle. En 1781, Turgot l’emploie au sens de « quitter son pays pour aller s’établir dans un autre », tandis que le participe présent émigrant, attesté comme nom en 1770, désigne en 1791 ceux qui quittaient la France alors, de peur de se faire couper en deux, comme émigré, attesté comme nom la même année. Le nom est emprunté du latin emigrare, qui ne se rapporte pas au changement de pays, mais au changement de « demeure », lequel pouvait se faire dans la même ville ou la même région. Immigrer date à peu près à la même époque : en 1769 sous la forme du nom immigré, puis en 1787 sous celle d’immigrant, tandis qu’immigrer n’est attesté qu’en 1840, alors que la France existe depuis la fin du Ve siècle. Il y a donc entre la France et l’immigration au moins treize siècles d’écart.
Emigrer est enregistré dans la cinquième édition (1798) du Dictionnaire de l’Académie française ; immigrer dans la septième édition, près d’un siècle plus tard, en 1879. La définition en est toute sommaire. Emigrer, c’est « quitter son pays pour aller s’établir dans un autre » (1798, 1835, 1879, 1932-35, Trésor de la langue française, 1971-94), tandis que, pour Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), c’est « quitter sa patrie pour aller ailleurs, soit résider momentanément, soit s’établir ». Immigrer, c’est « venir dans un pays pour s’y établir » (Barré, 1842 ; Littré, op. cit.) ; « venir dans un pays étranger pour s’y établir » (Académie, 1879, 1932-35, Trésor de la langue française, 1971-94). Dans les exemples qui illustrent ces définitions, ce sont les Irlandais ou les Polonais qui immigrent, les premiers en Amérique, les seconds dans le nord de la France.
Dans ces deux concepts, il n’y a rien, aucun sème, aucun germe de sens, aucun fragment sémantique, qui puisse justifier que l’on tienne les immigrés, dits aussi immigrants ou, mieux encore, migrants, pour les messies d’un ordre nouveau ou, si ordre nouveau il doit y avoir, cet ordre nouveau tient plus de l’ordine nuovo fasciste, raciste, totalitaire, etc. que de tout autre utopie, sansfrontiériste, avecculotiste et sans papiériste, et dont le fondement est l’endophobie – la haine sans limites vouée aux autochtones. Bien que émigrer et immigrer soient neutres et ne soient pas sous-tendus par un système axiologique, dont les deux pôles seraient le Bien (l’immigration) et le Mal (la non-immigration), ils sont jugés suspects par les sciencieux du sansfrontiérisme, qui y préfèrent migrants, migrants tout court, sans in, ni ex. Formés à partir du verbe migrare, qui signifie en latin « partir, changer de séjour », auquel ont été ajoutés les préfixes - in (« dans ») et – ex (« hors de »), émigrer et immigrer désignent des actions à la fois inverses et réciproques. Ils impliquent un franchissement de frontières, ce qui est contraire à l’idéologie sanspapiériste.
Ces termes se répondent : un émigré est aussi un immigré, et vice versa. En arabe, il en va autrement. Les émigrés sont nommés mouhajiroun, c’est-à-dire, mot à mot, ceux qui font ou refont l’hégire. Il n’existe pas, à proprement parler, d’action inverse ou réciproque. D’ailleurs il n’y a que très peu d’immigrés en terre d’islam ou, s’il y en a, ils sont nommés colons. L’hégire qui a eu lieu en 622 est le début du comput islamique. Les musulmans qui sont nommés immigrés sont censés imiter Mahomet, le premier mouhajir de l’islam, qui, en fuyant La Mecque pour s’établir à Médine, a fondé l’islam. Pour l’islam, immigrer, ce n’est pas changer de pays, mais répandre la vraie croyance et agréger de nouveaux pays au dar el islam. De ce point de vue, ce que montre la langue, c’est l’existence d’un échange inégal ou sans réciprocité entre deux civilisations.
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11 décembre 2010
Ecrivain mis à l'index
En un demi siècle, Daniel-Rops (1901-1965) a écrit une oeuvre ample, de qualité, qui lui a valu d’être élu à l’Académie française en 1955. Après avoir connu une célébrité relative grâce à un essai, Notre Inquiétude (Perrin, 1926), il exprime son angoisse dans un roman L’Ame obscure (Plon, 1929) et analyse la crise de la civilisation dans Le Monde sans âme (Plon, 1931). Revenu à la foi catholique, il se fait dans Mort, où est ta victoire ? (Plon) le romancier du mal et dans L’Epée de feu (Plon, 1939), il raconte le désarroi de la grande bourgeoisie républicaine et dreyfusarde qui hésite entre le communisme, le surréalisme et le catholicisme. Après la guerre, Daniel-Rops se consacre à l’histoire religieuse, publiant chez Fayard en 1945 et 1946 une Histoire sainte en deux volumes (Le Peuple de la Bible et Jésus en son Temps), puis, toujours chez Fayard, une Histoire de l’Eglise de France en neuf volumes.
Dans cette œuvre, je retiendrai le roman publié en 1939, L’Epée de feu et le volume V de l’Histoire de l’Eglise de France qui porte comme sous-titre Le Grand siècle des âmes.
L’Epée de feu (530 pages, écrit d’avril 1934 à février 1939) porte en exergue ce verset de la Genèse (III, 24) : « Il chassa donc l’homme et, à l’Orient du jardin d’Eden, il mit un chérubin, tenant l’épée de feu, pour garder le chemin qui mène à l’arbre de vie ». Ce roman, ne nous le cachons pas, présente beaucoup de défauts : trop long, les analyses psychologiques y sont trop nombreuses, le narrateur se croyant obligé de représenter la vie intérieure de chaque personnage (il y en a une dizaine) à tout moment de la journée. Il fouille les âmes. Bref, L’Epée de feu a vieilli, comme une partie de la littérature romanesque de la première moitié du XXe siècle. On ne lit guère volontiers ces romans-là. Pourtant, les lecteurs qui iront jusqu’au bout seront récompensés de leur patience, car ils liront, malgré les longueurs, d’admirables choses. En effet, L’Epée de feu est le témoignage le plus juste, le plus précis, le plus complet, le plus intelligent, le plus pertinent que l’on puisse lire sur la crise morale et intellectuelle qui a touché la France dans les années 1930 et qui aurait débouché sur sa disparition programmée, sans les hommes et les femmes qui, entre le 17 juin et le 11 novembre 1940, ont refusé cet inéluctable. A qui lit L’Epée de feu en 2010, il apparaît évident a posteriori que la gangrène minait une France à bout de souffle et préparait l’effondrement de juin 1940 et la politique de collaboration imposée en juillet 1940 par des élites épuisées. En effet, Daniel-Rops montre et analyse la crise morale qui touche les élites de la IIIe République, banquiers, industriels, grands bourgeois (la famille du héros vit dans un hôtel particulier sis rue Vaneau), républicains ratiocineurs, de gauche donc, dreyfusards, qui continuent l’œuvre de Jules Ferry, froids, efficaces, sans âme. C’est ce défaut que Charles Péguy percevait dans la gauche du début du siècle (cf. Notre jeunesse). La crise se manifeste par une inquiétude sans raison, une angoisse profonde : chacun est désorienté, les besoins spirituels sont niés, etc. L’âme de la France se délite. Les familles éclatent. Les épouses insatisfaites et oisives délaissent leur mari avec qui elles s’ennuient à en mourir et quittent leur confort. Les enfants généreux ou idéalistes fuient la vie dorée et dérogent en se faisant travailleurs ou en adhérant, soit au surréalisme nihiliste, soit au communisme, dont ils connaissent dès 1934 la nature policière et criminelle. Comme chez Péguy, les humbles, les pauvres, les petits, les croyants tiennent debout et ne s’abandonnent pas au courant qui conduit la France à l’abîme.
Dans l’Histoire de l’Eglise de France, Daniel-Rops montre que, pendant des siècles, l’histoire de l’Eglise s’est confondue avec l’histoire de la France. Je laisse de côté la dimension de foi religieuse, bien que je sache - et Daniel Rops le fait comprendre de façon lumineuse - qu’un pays ne se ramène pas aux seuls PIB, PNB, taux d’épargne, budget de l’Etat, démographie, mais qu’il est aussi une « idée » et qu’il a ce qu’on peut appeler, faute d’un terme meilleur, une « âme ». L'intérêt de ce Grand Siècle des âmes, admirablement bien écrit (prose claire, aisée, dans la grande tradition française, de Saint Simon à Chateaubriand) est d’analyser comment la France - son âme - s'est forgée et façonnée, et comment elle est devenue ce qu'elle est encore partiellement (et de moins en moins) aujourd'hui. L’action de quelques Saints a été déterminante, dont celle de Vincent de Paul, fils de paysans pauvres des Landes, qui a lui-même conduit les porcs de son père à la glandée et qui, entré dans l’église, a créé des écoles, des petits séminaires et des grands séminaires, participé à la formation intellectuelle et spirituelle de la petite bourgeoisie urbaine (on dirait aujourd’hui les « classes moyennes »), créé des institutions sociales : les dames de la Charité, les Filles de la Charité, les Enfants trouvés. Autrement dit, Vincent a instruit, formé, secouru (les filles de la Charité se sont engagées dans l'aide humanitaire aux forçats, aux soldats blessés au front, aux mendiants, aux malades, aux galériens...). Pour forger à la France une âme, a aussi été déterminante l’action d’écrivains et d’intellectuels mystiques : Bérulle, Grignon de Montfort, Bossuet, Fénelon entre autres, sans parler des Jansénistes ou des Jésuites. Bien entendu, les apparences de la France contemporaine ont changé, mais pas totalement cette âme-là. De nos jours, d'autres hommes, avec les religieux ou les laïcs croyants, se chargent de ces missions. Au XVIIe s, les catholiques ont assumé avec ferveur le destin de la France et lui ont donné sa force, parce qu’ils éprouvaient une foi patriotique dans leur pays. Ayant compris que la France ne s’appartenait pas totalement, ils ont créé les fameuses Missions, afin de diffuser la langue et la culture françaises à l'étranger. Leur France n’est ni moisie ni rassise. Elle prenait en charge le destin du monde. Elle était généreuse, charitable, secourable aux siens et au monde entier et elle apprenait à ses enfants à répondre à la question : à quoi bon vivre sur cette terre, si on ne fait rien pour les autres ?
Outre ce souci du monde, l’âme de la France éternelle a été forgée par le gallicanisme, c’est-à-dire la volonté de l’Eglise de ne plus être dépendante des décisions d’un pouvoir temporel étranger (celui du Pape). Mais cette volonté marque une étape décisive dans soumission de l’Eglise au pouvoir politique, Louis XIV, après 1680, nommant certains évêques, tranchant dans les conflits de dîmes, s’arrogeant les régales, bref soumettant au pouvoir temporel l’institution qui exerçait encore une réelle influence sur les esprits. L’analyse que Daniel-Rops fait du jansénisme est lumineuse. Le jansénisme ne se réduit pas à la querelle entre les partisans de la grâce efficace et ceux de la grâce suffisante, c’est aussi la lutte contre les Jésuites, liés au pape. Après 1680, les jansénistes ont milité pour l’autonomie des chrétiens de France et, au XVIIIe siècle, en accroissant leur influence dans les Parlements, ils ont été les principaux contestataires du pouvoir absolu de droit divin. Par leur rationalisme critique, ils ont ouvert la voie à d’autres questions, politiques celles-là, et, de la cause de Dieu, ils ont basculé dans la cause de la nation.
Enfin, dans cet ouvrage, Daniel-Rops expose en termes clairs l’origine de l’Europe géopolitique moderne, qui naît avec le traité de Westphalie (1648). Ce traité a mis fin à l’ancienne chrétienté et fragmenté l’Europe en divers Etats, avec pour conséquences, le développement du sentiment national dans chacun de ces Etats et l’apparition d’une question qui sera récurrente jusqu’en 1960 et au-delà, celle de l’équilibre entre les grandes puissances et de la nécessité de nouer des alliances.
En dépit de ses limites, de ses faiblesses ou de ses manques, Daniel-Rops nous apprend plus de choses sur la France, son être, son âme, son essence, ce qu’elle s’obstine à être malgré le temps qui passe, que les écrivains chéris et honorés de l’intelligentsia, tels Sollers, le chantre de la France moisie, le formaliste Simon, prix Nobel, le prix Goncourt Duras, laquelle, avant de se mettre au service du communisme en 1945, travailla pour la propagande de l’Allemagne nazie, etc. Or, son œuvre, admirable pour quelques-unes des raisons que j’ai indiquées ci-dessus, a sombré dans un oubli total. Son nom ne figure plus dans les pages noms propres de l’édition récente du Petit Larousse Illustré. Ce n’est pas pour des raisons objectives. Daniel-Rops aime sa langue, qu’il manie avec aisance. Il possède un vrai talent, formé par les modèles fournis par les grands écrivains, Chateaubriand, Bossuet, Mauriac. Il a le sens du portrait et une maîtrise parfaite de la narration, avec une prose à la fois souple et nerveuse. S’il est oublié, ce n’est pas seulement parce que, après avoir été incroyant et proche des Surréalistes, il est revenu au catholicisme romain, c’est à cause de l’amour qu’il voue à la France. En effet, depuis un demi siècle, notre mémoire collective est façonnée par la pensée dominante, marxiste et sociologique, eurolâtre et favorable à la disparition de la France soit par haine de la nation, soit par intérêt. Car, comme il existe de nouveaux philosophes, un nouveau roman, une nouvelle cuisine, il existe aussi pour les livres un nouvel enfer, régenté par de nouveaux inquisiteurs à l’âme moisie à la Sollers, qui exercent le pouvoir effectif dans les domaines du goût, de la sensibilité, des arts, de l’édition, de la culture et qui ont fait de la haine de la France leur fonds de commerce. Ils haïssent plus que tout leurs propres compatriotes, surtout si ces compatriotes sont pauvres ou qu’ils sont le peuple, et tous ceux qui ont fait la France. Restés fidèles au marxisme et à ses variantes - en dépit des catastrophes avérées produites par ces idéologies de mort -, ces nouveaux inquisiteurs qui font notre mémoire littéraire envoient finir dans les chaudrons de l’oubli tous les écrivains qui, à l’instar de ce malheureux Daniel-Rops, se font de la France « une certaine idée ». L’index est rétabli.
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07 décembre 2010
Lumière des livres 35
A propos de Michel de Saint Pierre, Les Nouveaux Prêtres, 1964, La Table ronde.
A qui s’interroge sur la France, sur ce qu’elle devient peu à peu, mal gré que nous en ayons, à savoir une simple province rabougrie, sans âme, ni visage, honteuse de son passé, se repentant d’avoir été la lumière des nations, désireuse de se fondre le plus vite possible pour s’y dissoudre dans un vaste territoire sans frontières, marchand, multiculturel, bigarré, qui ne soit plus qu’un espace dépourvu d’histoire et où la culture serait réduite au folklore, à qui veut comprendre pourquoi la France a été ainsi bouleversée au point de ne plus ressembler à rien, qui a voulu qu’elle ne soit plus elle-même après mai 1968, je conseille de lire Les nouveaux prêtres de Michel de Saint Pierre, roman qui a été achevé en mai 1964, et publié à l’automne de la même année aux éditions de la Table ronde, à Paris. Ce n’est pas de la grande littérature au sens où, dans ce roman, la précision du document prime sur l’humanité de la fiction et où les idées que l’auteur prête aux personnages sont plus importantes que les personnages eux-mêmes, réduits au statut de « porte-parole » chargés d’exprimer des thèses ou des idéologies opposées. Mais le document témoigne d’une admirable lucidité de la part de Michel de Saint Pierre, qui annonce au tout début des années 1960, alors que De Gaulle semble avoir rendu la France à elle-même, les quarante années noires que connaît notre pays depuis 1968. Il est vrai que cet auteur, injustement oublié aujourd’hui, dont les romans et les essais ont connu un succès d’estime dans les années 1950-60, né en 1916, a vécu « six années de prolétariat » avant de combattre courageusement dans les rangs de la Résistance. C’est un intellectuel qui a partagé les deux expériences fondatrices du monde ouvrier de l’entre-deux guerres et du combat pour la liberté de la France. Rares sont les intellectuels du XXe s. qui peuvent parler en connaissance de cause du peuple de France et de la liberté de la France. A la différence de Michel de Saint Pierre, ils étaient quasiment tous de bons bourgeois, « de gauche » peut-être, mais « gauche caviar » déjà, qui se sont résignés à la collaboration, comme si collaborer était un tropisme naturel dans leur milieu.
Comme le titre l’indique, les personnages du roman sont des « nouveaux » prêtres, dont la plupart sont « progressistes » (comme ils se qualifiaient eux-mêmes à cette époque), exerçant dans la paroisse Saint Marc d’une ville importante de la banlieue ouvrière et rouge de Paris, nommée ironiquement Villedieu (en fait, elle est la Ville sans Dieu), 80000 habitants, gérée par les communistes et où les chrétiens forment une minorité. Dans ce contexte, les prêtres progressistes, dont quelques PO (prêtres ouvriers), au lieu d’évangéliser leur troupeau et d’annoncer le message d’amour du Christ, se contentent d’abonder dans l’amertume et dans le ressentiment haineux des communistes, répétant le message ouvriériste des syndicats marxistes, message de pure démagogie hostile aux patrons, aux bourgeois, à l’Eglise, à la nation, à la France, au catholicisme, aux malheureux pieds-noirs et favorable à l’URSS, à la « paix » qu’imposait l’URSS dans les pays qu’elle colonisait, aux immigrés, aux « combattants » du tiers monde qui préparaient, selon ces syndicats, un ordre nouveau juste et pur. Bien entendu, les croyants se détournent de cette église et les banlieues ouvrières se muent peu à peu en vaste désert spirituel, où la seule raison d’être des hommes et des femmes est la bouffe, la bagnole, la consommation de sexe, de biens et de pseudo services « publics ».
Michel de Saint Pierre cite en exergue l’archevêque de Milan, Mgr Montini, le futur Paul VI, qui, en 1956, analysait ainsi la démission des catholiques et leur refus d’assumer l’histoire des différents pays où ils vivent : « Au lieu d’affirmer ses idées en face de celles des autres, on prend celles des autres. On ne convertit pas, on se laisse convertir. Nous avons le phénomène inverse de l’apostolat. On ne conquiert pas, on se rend. La capitulation est voilée par tout un langage, par toute une phraséologie. Les vieux amis qui sont restés sur la voie droite sont regardés comme des réactionnaires, des traîtres. On ne considère comme vrais catholiques que ceux qui sont capables de toutes les faiblesses et de toutes les compromissions ».
C’est ainsi que la France se vide de sa substance, de ce qu’elle a été pendant des siècles, et que l’histoire qui l’a faite est chassée peu à peu de son territoire. Elle n’est plus qu’un alignement d’HLM ou de sinistres HBM ou « habitations bon marché », de bidonvilles, de caves obscures, d’avenues Karl Marx ou de maisons de la « culture » où la propagande et l’agit-prop tiennent lieu de vie avec la pensée et avec l’esprit. Tout notre sinistre présent est décrit dans ce roman. Après mai 1968, l’inépuisable réservoir de haine de soi qu’étaient les banlieues rouges s’est étendu à presque toute la France, avec l’assentiment et la complicité des nouveaux prêtres.
Paul Delance, un jeune prêtre, dont le père était ouvrier dans une cimenterie et la mère femme de ménage, qui a été lui-même ouvrier pendant deux ans dans la cimenterie de son père, refuse de collaborer à l’entreprise destructrice que mettent en œuvre les communistes et les nouveaux prêtres. Il résiste. Il s’en tient à la charité, à l’amour du prochain, à la foi, au message de l’Eglise éternelle. Il sait, comme Charles Péguy avant lui, que le message de haine sociale du marxisme n’a pour finalité que de transformer en esclaves les pauvres. Lui, il annonce que le communisme est destiné à périr, que, sous peu, il ne restera rien des croyances mortifères qu’il a répandues en France et que l’Eglise, en se rangeant derrière la bannière de la lutte des classes, risque de sombrer avec ceux qu’elle idolâtre. C’est ce dont nous sommes aujourd’hui les témoins ébahis, pétrifiés, silencieux et stupéfaits.
La lecture de ce document romancé fait comprendre pourquoi les anciennes banlieues rouges, désertées par les usines, ruinées par les délocalisations, fuies par les ouvriers (ceux qui sont restés sont condamnés au chômage, parce que, dans les usines qui subsistent, les machines ont remplacé les hommes), se sont islamisées au cours des trente dernières années et pourquoi, face à la démission de l’Eglise, l’islam a rempli le vide abyssal creusé par les communistes haineux. De ce point de vue, la littérature française, même quand elle de qualité moyenne, a le pouvoir de dire ce qu’est le monde réel et d’assumer le double rôle, qu’elle a hélas abandonné aujourd’hui, de Cassandre et de vigie – c’est-à-dire d’éveilleur des esprits et d’aiguillon à l’action.
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05 décembre 2010
Maraude
Ce nom, déverbal du verbe marauder, dérivé de maraud, est différent de la forme féminine de cet adjectif et nom. Maraud, maraude, écrit Furetière (Dictionnaire universel, 1690), sont des « termes injurieux » qui se disent « des gueux, des coquins qui n’ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés ». Le nom féminin maraude, désignant l’action de marauder, comme drague de draguer, décharge de décharger, tchatche de tchatcher, frime de frimer, etc. est attesté en 1679 et il est enregistré par Furetière (op. cit.) : « On appelle à la guerre maraude la petite guerre qui se fait par des soldats qui se dérobent du camp, et qui vont sans ordre et sans chef piller le paysan », Furetière ajoutant, sans doute pour ne pas donner le sentiment qu’il approuve ces actes de « guerre » contre les populations civiles, que « l’on punit les soldats qui vont à la maraude ». Puisque il l'écrit, il faut le croire. Cette définition est reprise dans les diverses éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835 : « Terme de guerre, qui n’est guère en usage que dans cette phrase aller en maraude, ce qui se dit des soldats qui vont en parti sans la permission de leur commandant » (1694) et « Terme de guerre, vol commis par les gens de guerre dans les environs du camp ou en s’écartant de l’armée » (1798) ou « Terme de guerre, vol commis par des gens de guerre dans les environs du camp ou en s’écartant de l’armée » (1835, exemples : Il va en maraude, à la maraude ; la maraude est défendue »). Thomas Corneille, en 1694 (Dictionnaire des Arts et des Sciences) tient aussi maraude pour un « terme de guerre » qui se rapporte à des soldats : « On dit des soldats qu'ils vont à la maraude pour dire qu’ils se dérobent du camp, pour aller à la petite guerre, c’est-à-dire pour aller piller le paysan sans ordre et sans chef, ce qui ne se fait que par des misérables ». C’est dans L’Encyclopédie (1751-64, d’Alembert et Diderot éditeurs) que l’on peut lire la définition la plus complète de la maraude, ainsi que la condamnation la plus ferme de l’ancienne habitude prise par des armées de vivre sur le pays où elles cantonnent ou font étape : « (Art militaire – la précision est délicieuse) c’est à la guerre le pillage que les soldats qui sortent du camp sans ordre vont faire dans les villages des environs. La maraude est entièrement préjudiciable dans les armées, elle empêche les paysans des environs du camp d’apporter leurs denrées par la crainte d’être pillés en y allant ; elle fait aussi périr beaucoup de braves soldats qui sont assommés par les paysans. Lorsque les maraudeurs sont pris par le prévôt de l’armée, il les fait pendre sur le champ ». Les encyclopédistes, eux, savent comment s’y prendre pour empêcher la maraude : « On pourrait apporter quelque remède à la maraude, si on chargeait les colonels des désordres de leurs soldats et si on punissait l’officier particulier, quand on trouverait son soldat hors du camp. En établissant cette police, on ne serait pas longtemps à s’apercevoir du changement qu’un tel ordre apporterait dans une armée. Mais de faire pendre simplement un malheureux qui a été pris sur le fait, comme il est d’usage de le faire, c’est un faible remède. Le prévôt n’attrape ordinairement que les sots, cela ne va pas à la source du mal, et c’est ne rien faire d’important pour l’arrêter ».
Pour ce qui est de la France, les impôts grâce auxquels les armées peuvent se nourrir et s’habiller sans avoir besoin de piller les bourgs ou villages voisins ont rendu la maraude caduque, si bien que le terme s’est appliqué à des écoliers qui vont voler des pommes dans le verger des voisins : « il se dit, par extension, en parlant des écoliers qui vont à la picorée ». Ainsi les académiciens (huitième édition, 1932-35) mettent en parallèle les deux emplois : « Larcin commis par des soldats, de fruits, de légumes, de volailles, etc., dans les environs d’un campement ou en s’écartant de l’armée » et « Il se dit, par extension, en parlant de larcins analogues commis dans les jardins et les champs par d’autres personnes que des soldats » (cet écolier a été pris en maraude).
Pourtant, le plus étonnant dans l’extension de ce nom est celui qui s’observe dans la langue humanitaire de tous ceux qui viennent en aide ou cherchent à venir en aide, dès que les grands froids commencent, aux clochards et aux vagabonds – ces malheureux Français, dits SDF, que les innombrables préférences dont ils sont exclus ont jetés dans les rues des villes. Partir en maraude aujourd’hui, quand on milite à la Croix Rouge ou au Secours Catholique ou à l’Armée du Salut, ce n’est pas faire la petite guerre contre des civils, c’est, le soir venu et quand il fait – 5 degrés au-dessous de zéro, parcourir une ville pour venir en aide aux sans abri et leur proposer couvertures, soupe chaude et éventuellement un hébergement.
Ce sens, en fait, n’est que l’extension de l’extension d’un sens de maraude, lequel, à la fin du XIXe siècle, s’est dit des cochers : « Fiacre en maraude, fiacre qui cherche à charger un client en revenant d’une course pour éviter le contrôle de stationnement » et, plus tard, des taxis : « Taxi en maraude, taxi qui circule lentement à vide à la recherche d’un éventuel client » (in TLF, op. cit.). Les académiciens (neuvième édition, en cours de publication depuis 1994) citent ces emplois étendus : « Par analogie, être en maraude, rôder en quête d’un profit, d’une occasion favorable. Un fiacre, un taxi en maraude, qui, contrevenant au règlement, circule à vide à la recherche d’un client ». A la différence de ces cochers de fiacre ou de ces conducteurs de taxi, les humanitaires qui, par temps froid, partent en maraude, ne sont à la recherche d’aucun profit – sinon moral ou qui atténuerait leur mauvaise conscience. Ils font cela gratuitement. God bless them, diraient les Anglais.
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04 décembre 2010
Immigration
On connaît le petit air de serinette qu’entonnent chaque jour les gros consciencieux du social et autres compagnons de route : la France pays d’immigration, c’est l’immigration qui a fait la France, sans immigration la France ne serait rien, la population de la France est formée d’immigrés depuis vingt ou trente ou cinquante générations, etc. De dénégations identiques, nous fûmes abreuvés jadis. La France pays d’immigration depuis la nuit des temps, ce slogan est de la même farine sale qu’il n’y a pas de camp de concentration en Union soviétique, Chine, Cuba, Corée, etc. ou que dans les chambres à gaz n’ont été tués que des poux, ou qu’islam signifie paix.
Si la France avait été façonnée par l’immigration, alors les mots immigration, immigrer, immigrés auraient été en usage depuis la nuit des temps. Bien entendu, il n’en est rien. Immigration est attesté dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Selon les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94), il est formé à partir du verbe latin immigrare sur le modèle du nom émigration, attesté antérieurement (en 1752). Il est enregistré un siècle plus tard dans la septième édition du Dictionnaire de l’Académie française, où il est défini ainsi : « Action de venir s’établir dans un pays étranger ». Si l’immigration avait été un phénomène de masse alors, les académiciens auraient sans aucun doute illustré cette définition d’un exemple référant à l’installation de peuples entiers ou de fragments de peuples entiers, Africains du Nord, Russes, Noirs d’Afrique, Turcs, Tamouls, etc. dans tel ou tel département français. Bien entendu, il n’en est rien. Et s’il n’en est rien, c’est que le phénomène n’existait pas ou ne touchait que quelques centaines de personnes. L’exemple qui en 1879 illustre l’immigration, c’est « l’immigration des Européens en Amérique », c’est-à-dire en fait leur émigration : « l’immigration des Européens est une des principales causes de l’accroissement de la population en Amérique ».
Le premier lexicographe qui ait enregistré ce mot est Barré, en 1842, dans le Complément (au Dictionnaire de la l’Académie française) : « Établissement d’étrangers dans un pays », définition qui pourrait tout aussi bien s’appliquer à toute invasion ou toute colonisation, si bien que, pour éviter ce recouvrement de sens, les académiciens, dans la huitième édition du DAF (1932-35), se contentent d’un prudent « action d’immigrer ». Barré ajoute que c’est « l’opposé d’émigration » et que « le mot a été employé par Destutt de Tracy », célèbre idéologue, mot qu’il a justement inventé en même temps qu’idéologie. Littré ne s’embarrasse pas, il reprend la définition de Barré : « Établissement d’étrangers dans un pays, l’opposé d’émigration » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77).
En revanche, dans les dictionnaires publiés dans le dernier tiers du XXe siècle, comme il fallait s’y attendre, non seulement la définition du mot immigration s’amplifie, de toute évidence en relation avec la croissance du phénomène que le mot désigne, mais encore elle se fait plus précise. Ce n’est pas seulement « l’action de venir s’établir dans un pays étranger » ou « l’établissement d’étrangers dans un pays », c’est « l’action de venir s’installer et travailler dans un pays étranger, définitivement ou pour une longue durée » (TLF, op. cit.). Le phénomène prend une telle ampleur que le mot ne désigne pas seulement une « action » ou un phénomène, mais aussi « par métonymie » l’ensemble des immigrés qui se sont établis dans telle ville ou dans tel pays (TLF) ou, selon les académiciens, « la population immigrée » (neuvième édition, en cours de publication depuis 1994), mais sans que ces emplois soient illustrés d’un exemple éloquent. Car, les auteurs de ces dictionnaires sont très prudents. Ils font référence aux Polonais (l’immigration polonaise dans le Nord de la France), aux Chinois (l’immigration chinoise est regroupée dans ce quartier de la ville), aux Irlandais (l’immigration des Irlandais aux États-Unis), aux provinciaux (« l’immigration provinciale », « l’immigration interne ou régionale »), aux populations sibériennes venues de très loin pour s’établir en Mandchourie ou en Mongolie, à la main d’œuvre ou aux travailleurs de force, mais jamais aux villages ou aux bourgs entiers du Rif ou de l’Atlas ou de la brousse sahélienne ou des plateaux d’Anatolie ou des montagnes kurdes qui viennent s’établir en France, avec femmes, enfants, vieillards, moutons, imams, viande et commerces hallal, mosquées, racisme, voiles, niqabs, etc. etc. etc. De cette immigration-là, les dictionnaires, même ceux qui ont été récemment publiés, même les plus savants, même les plus au fait des sciences du social, ne disent mot : c’est motus et bouche cousue. On s’infibule les lèvres. C’est qu’il ne faut pas que l'air de serinette « France terre d’immigration » soit retourné, tant il est faux, en sa vérité « France terre d’invasion ».
Il est dans le Trésor de la langue française quelques perles, non pas dans les définitions, mais dans les exemples, en particulier cet extrait daté de 1970, d’un dénommé Georges, sans doute l’un des innombrables géographes du PCF, extrait censé donner un peu de réalité à l’expression politique d’immigration, au sens de « lois restreignant et contrôlant l’immigration ». Le voici : « La plupart des grands pays d’immigration (…) pratiquent aujourd’hui (en 1970) une politique restrictive (...) et en tout cas sélective, au bénéfice des immigrants pourvus d’une instruction élevée apportant au pays d’accueil le concours d’une compétence professionnelle. Exceptionnellement, les États industriels de l’Europe occidentale font appel, à titre temporaire plus qu’à titre définitif, à des travailleurs de force pour l’exécution des travaux ingrats ou dangereux qui sont délaissés par leurs nationaux (Nord-Africains...). Toutefois les menaces de récession rendent ces pays très prudents dans leur politique d’immigration ». Tout dans cet extrait est écrit à l’encre rouge de l’idéologie : « politique restrictive » (plus de deux cent mille immigrés par an, sans compter les clandestins), « politique sélective » (la plupart des immigrés sont analphabètes ou quasiment analphabètes et n’ont aucune compétence professionnelle), « les travaux ingrats ou dangereux » sont effectués par des machines ou des robots, la récession et le chômage de masse n’ont pas arrêté l’immigration de masse.
La consultation des anciens dictionnaires est source de lumière pour ce qui est de la réalité, purement fantasmatique, de l’immigration. En revanche, le phénomène devenant massif depuis une trentaine d’années, au point de s’apparenter à ce que la Gaule romanisée a subi du Ve au Xe siècle, il n’a plus qu’une réalité ombreuse, conforme à ce que les bien pensants exigent que l’on en sache.
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02 décembre 2010
Pitié pour la France
Célèbre, polyglotte, invité à s’exprimer partout sur les cinq continents, Milan Kundera est un écrivain qui, devenu français, fait l’expérience de la francophobie (in La Revue des Deux Mondes, nov. 1994). Tchèque, cette haine ne le touchait pas. Peut-être il ne la remarquait pas. Pourtant elle est plus commune que ne le pense Kundera. Elle prend des formes diverses, comme l’effacement du nom France. On ne le dit qu’avec réserve et à regret. De fait, la réalité politique, culturelle, spirituelle et historique qu’est la France ne se dit plus. Muette, comme si elle avait épuisé ses forces ou que son message fût tari, elle ne signale plus sa présence, ne serait-ce que pour affirmer au monde qu’elle n’est pas morte. Ecoutons les hommes politiques ou les intellectuels ou les journalistes ou les écrivains à la mode. Soyons sensibles non aux discours convenus qu’ils ressassent, mais à ce qu’ils taisent. Ecoutons leur silence. La France est la peste de la fable, comme si elle n’avait plus de nom ou qu’elle fût « ce mal qui répand la terreur ». Elle ne se dit que dans des ersatz, tels république, société, nation, ce pays, qui s’étagent dans une hiérarchie politique, du plus honorable au plus méprisant.
République, au sens propre, signifie « chose publique ». Longtemps, le mot a désigné l’Etat, même sous les rois. Depuis 1792, le mot désigne un régime, c’est-à-dire un accident. La république n’est pas la France, elle n’en est qu’une partie. La France est l’Etre, la république l’attribut. La première est éternelle, même si nos contemporains se résignent à en voir l’existence abrégée ; la seconde est provisoire, même si ce provisoire est appelé à durer longtemps.
La France est aussi désignée par société, ersatz plus ambigu encore. La république existe. Des textes l’attestent. Des lois en règlent la marche. Où sont les textes qui ont fondé la société ? Quelles sont les lois ? Qui en a décidé, si elles existent ? Personne n’a apposé sa signature au bas du « contrat social ». Nous savons ce que sont les SARL, la SNCF ou la Société générale. Nous les voyons, nous les touchons, nous entrons éventuellement dans une agence ou une gare, etc. La société n’a pas de réalité sensible, ni tout autre réalité qui serait ou non accessible à nos sens. Autour de nous, des individus vont et viennent, qui travaillent ou chôment, qui exercent ou non leurs droits de citoyen, qui s’ignorent les uns les autres et ne se saluent pas quand ils se croisent. On ne peut pas contester qu’ils existent. A l’opposé, la société qu’ils seraient supposés former est un fantôme. Si tant est qu’elle ait une existence, elle existe dans les seuls livres de sociologie. Le positiviste Comte, l’inventeur du mot et de la chose, rêvait d’une société régie et contrôlée par un clergé de sociocrates. Son rêve est réalité. La société est une construction que les sociocrates n’invoquent que pour condamner les opinions de leurs contemporains, pour infléchir, redresser, interdire, réprouver. Bourdieu postulait une société fictive, au nom de laquelle il jugeait les hommes, leurs goûts, leurs opinions, ils les classait, il les discriminait, il les répartissait en bons ou en mauvais, en aimables ou en haïssables.
Nation est un mot dérivé du verbe naître. C’est le produit du temps et de l’espace. Chacun est né de l’union d’un homme et d’une femme et dans un lieu donné. Notre identité est une date et un lieu. Nous nous inscrivons dans une lignée et dans un espace, déterminés en partie par le sang et le sol, par la transmission et par l’ancrage dans une terre. A la nation, chacun de nous peut s’identifier - au sens où nous y trouvons une partie de ce que nous sommes. Or nation est honni, autant que France, mais en France, car la nation est à discrédit variable. Elle n’est pas haïssable en soi. Tout dépend de qui l’invoque. En France, elle signifie racisme, xénophobie, tuerie, guerres civiles, massacres ou génocides. Dans les pays arabes ou musulmans, en Bosnie ou en Palestine, c’est le contraire. La nation n’y est pas Satan. Au contraire, elle est magnifiée, exaltée, louée. C’est l’absolu politique. En France, elle est le diable, sauf sous la forme national et à condition que cet adjectif soit épithète d’éducation, intérêt, libération et qu’il combatte la privatisation des entreprises d’Etat.
Le plus méprisant des ersatz est celui que l’on entend dans les discours de Lang et des socialos gauchistes, à savoir ce pays. Le démonstratif ce a une valeur dépréciative, il montre du doigt. De quelqu’un que nous méprisons, nous disons cet individu, cet imbécile, ce salaud, etc. Ce faisant, nous le stigmatisons. Dire ce pays, c’est refuser de le nommer, et si l’on refuse de le nommer, c’est qu’il ne mérite pas de l’être. Il est la Bête innommable. Le mépris est si fort qu’il est inutile d’ajouter de m... à ce pays. Cela ne signifie pas que France ait disparu. Il reste une étiquette commode inscrit sur les panneaux routiers ou les cartes. En dehors de ces emplois, France est tabou.
Il y a quatre siècles et demi, du Bellay prononçait France sans retenue et s’adressait à elle comme à une nourrice familière et chère. Quand De Gaulle (alors, la France avait des ennemis, ses frontières étaient menacées) était prêt à se sacrifier pour sauver son pays, comme Charles Péguy l’avait fait en 1914 dans l’enthousiasme, la France s’incarnait dans des personnes ou des personnages de son histoire ou de ses arts. Elle avait un corps, une voix ou des voix, une présence. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’une coquille vide. Son nom n’était pas tabou dans la France occupée. Il semble que, cinquante ans plus tard, il soit imprononçable. Tout se passe comme s’il ne devait plus franchir la barrière de nos lèvres et qu’il fût retenu quelque part, même pas au fond de notre gorge comme un sanglot, mais plus bas encore, là où sont reléguées les choses sans importance. Bientôt, les lexicographes feront suivre l’entrée France des mentions vieilli ou désuet ou hors d’usage. Ils en calculeront la fréquence d’emploi et ils y attribueront un indice très bas. Les faits rappelés ci-dessus resteraient anodins, s’ils ne reflétaient que l’état d’esprit de la corporation restreinte des journalistes. Or ils se répètent partout, à tout moment, dans tous les domaines de la vie sociale. Quelques griefs que l’on nourrisse à l’encontre des hommes politiques, force est de reconnaître qu’ils ont du flair. A l’écoute de l’opinion, ils ont senti les vents tourner. Désormais, ces vents soufflent dans les voiles de la francophobie. La haine exprime une perte, un effacement, une disparition de ce qu’est la France, de son être, de son passé, des significations dont elle est porteuse, et pas seulement un manque de confiance dans son avenir. Comment a-t-on pu tomber aussi bas ?
La francophobie noircit les Français, les rabaisse, les discrédite, les dévalorise, les rend coupables de tout, les avilit. Sur quelque objet qu’elle s’applique - que ce soit le peuple actuel ou nos ancêtres - et qui, en fin de compte, résume la France, les Français sont réduits à un tas informe de franchouillards avinés. Le beauf, personnage de la presse gauchiste, du cinéma (Dupont La Joie, M. Rodriguez) ou du showbiz (Glandu de Le Luron ou Gérard ou Papy Mougeot de Coluche) et l’invention du racisme prédiqué à la France et à la seule France ou à ses habitants de souche résument l’entreprise francophobe. Le Beauf existe dans notre passé. Nos ancêtres eux aussi sont des Beaufs. Par quel miracle, étant français, ne seraient-ils pas racistes ? Le gène du beaufisme se transmet de père en fils ou de mère en fille. Les vices les plus vils - fascistes, xénophobes, délateurs, veules - en sont les effets. Fascistes et racistes en même temps, ça fait beaucoup, mais l’époque est à la consommation sans frein. Le caddie de la haine est plein à ras bord, génocides, massacres de masse, camps de concentration, meurtres, déportations, pillages. Les Français ne sont plus hommes comme le sont les Turcs ou les Chinois, ils sont assignés à résidence raciste, tous, sans en excepter un seul, les flics, les concierges, les pêcheurs à la ligne, les coureurs du Tour de France, les chasseurs, les sportifs, les petits commerçants, les artisans, etc. Ouvrez l’annuaire, vous aurez la liste des racistes, à condition d’en ôter ceux qui portent des noms « difficiles à prononcer ». Je ne me souviens pas que les Français aient été racistes et je ne suis pas sûr qu’ils le soient. S’ils le sont (pourquoi pas ? En quoi seraient-ils protégés du racisme ?), ils le sont sans aucun doute moins que les égorgeurs d’étrangers en Algérie ou ailleurs. Or ce sont les Français, pas les Algériens (ils forment un peuple élu), qui sont racistes. Comme Jeanne d’Arc, ils subissent l’inquisition. Leur lot est une nature infamante. Le racisme est l’essence de la France, disent Wievorka, BHL et alii. Le péché originel que les théologiens ont abandonné a été ressuscité pour la seule France. Le racisme est son péché originel. Si, par hasard, quelques-uns de nos ancêtres n’ont pas failli - ainsi Jeanne d’Arc, Louis IX, Gambetta -, on les oublie, on les occulte, on les efface de la mémoire, on les jette dans les mêmes poubelles que ceux qui sont accusés d’avoir failli. Clémenceau est un tueur, Ferry un affameur, De Gaulle un monarchiste raciste. Pour que l’histoire soit révisée, on abolit la chronologie, qui n’est plus enseignée, ce qui rend possible la transformation de nos ancêtres en beaufs puants.
Pourquoi le présent et le passé, les hommes et les choses, tout est-il noir ? Le noircissement répond à un objectif. Il faut faire honte aux Français, qu’ils oublient qui ils sont, qu’ils se détachent de la France et la jettent dans les poubelles de l’histoire. Les générations Nouvel Obs, Monde, Libération, Jospin, Lang, Sollers, Catherine M, Mme Angot, Bourdieu, etc. affichent leur supériorité distinguée sur le peuple et sur les générations laborieuses, modestes, humbles qui ont précédé MM Daniel, Plenel, Colombani, July, Kouchner, Lang, BHL. Leur supériorité est absolue, pas relative. Nos ancêtres et le peuple sont inférieurs en tout à ces belles âmes. Le progressisme a changé de nature. Du social, il a basculé dans la métaphysique. Nos ancêtres se seraient crus (du moins ils en sont accusés) supérieurs aux noirs, aux arabes, aux Indiens. Désormais, les belles âmes s’arrogent cette supériorité et ils assignent aux Beaufs la position inférieure du primitif. Entre eux et le peuple, ils creusent un abîme. Plus les Beaufs seront veules, stupides, bas, ignobles, immondes, laids, et tout ce qu’on voudra d’autre, plus, en comparaison, ils paraîtront hauts, beaux, courageux, intelligents, lucides, vertueux, vigilants. Ils ne rabaissent que pour mieux se guinder. Ils n’avilissent que pour rehausser le piédestal où ils montent. Peu importe que leur famille de pensée ait abandonné la France à Hitler au nom du pacifisme béat « plutôt la servitude que la guerre ». Ils n’accusent nos ancêtres d’avoir collaboré que pour se grimer du fard des résistants. Ils n’ont aucune dette envers eux. Leurs ancêtres, qu’ils ne baptisent pas beaufs, sont enterrés ailleurs. Ils sont d’un autre sang. En un mot, ils sont supérieurs.
Jusqu’en 1960, la France, dont le nom signifie libre, était la patrie des droits de l’homme, la mère des arts et des lois, le phare des Lumières, le guide de l’humanité, le centre du savoir et de la culture, l’héritière d’Athènes et de Rome. A partir de 1960, tout a changé. Elle est devenue la terre des servitudes, la patrie de la violation des droits de l’homme, la mère des barbaries, l’antre de l’obscurantisme moderne, etc. C’est chez Foucault, Derrida, Barthes, Bourdieu, BHL, Wievorka, que s’opère ce renversement. Foucault a écrit Histoire de la folie à l’âge classique, Les mots et les choses, Surveiller et punir, Histoire de la sexualité, qui ont connu un succès incompréhensible, sauf à les replacer dans l’entreprise qui y donne sens. Ses livres servent de réservoirs. Les francophobes y puisent les thèmes de haine, ceux qui instruisent le procès de la France y trouvent des preuves à charge, ceux qui veulent en finir avec le pays de la liberté y cherchent des raisons d’asservir. L’entreprise de Foucault et alii consiste à dénoncer la France. Partout où il y a civilisation, s’impose un ordre injuste, fait de dispositifs serrés, cruels, compacts, destinés à contrôler, sanctionner, normaliser, réprimer, enfermer. Pour plaquer ce maillage sur le corps social, les techniques et les savoirs (médecine, psychiatrie, physique, droit) sont détournés de leurs fins. Jadis on croyait que le savoir émancipait, désormais Foucault annonce qu’il asservit. Les criminels et les fous, de dangereux qu’ils étaient, basculent dans le camp des victimes et leurs victimes deviennent des bourreaux. En France, tout est prison : la caserne et l’école bien sûr, et l’hôpital, l’hospice, tout autre lieu public, de même que les institutions de la famille et du mariage. Non seulement les criminels et les fous, mais aussi les malades mentaux, les soldats, les écoliers, les femmes, les enfants, les marginaux, les vagabonds sont pris dans les filets de l’ordre injuste et cruel, qui ajoute à ces vices l’hypocrisie, puisque, pour broyer les individus, il se masque des droits de l’homme. La folie, disent-ils, est une maladie inventée par la bourgeoisie pour écarter du corps social sain ceux qui le contesteraient ou qui s’en écarteraient. On sait que l’autisme est produit par des désordres génétiques qui touchent le cerveau. On s’en doutait il y a quarante ans, on en est sûr aujourd’hui. Cela n’a pas empêché les disciples de Foucault d’accuser les familles de fabriquer des enfants autistes. Pendant des années, des parents ont été rabaissés, noircis, culpabilisés, comme la France, pour justifier la déconstruction à laquelle se consacraient Foucault et ses disciples, dont les thèses ont produit les revendications « détruire la prison », « à bas les murs de l’asile », « fermons les casernes », « ouvrir les écoles », etc.
Ces thèses nourrissent l’art contemporain. Le cinéma dit « d’auteur » ou « jeune » n’est que la mise en images des thèses de Foucault. Les films glauques, noirs, désespérés qui sortent de ces officines idéologiques relèvent d’une pensée trash (mot US qui signifie « immondices »). Les héros sont des détraqués, des pervers, des asociaux, des fous ou des demi fous, des drogués, des obsédés mus par la seule pulsion de mort. Des sous-hommes, voilà ce que sont les Français. Un pays raciste, voilà la France de ce « cinéma officiel » qui ne vit que de subventions ou des fameuses « aides à la création ». Il en va ainsi des installations, de l’art nouveau, de la peinture aidée. L’Etat achète les croûtes qui chantent l’idéologie mise en musique par Foucault ou ses disciples.
De quel socle épistémologique viennent ces thèses délirantes ? Quel fumier les a nourries ? Comment la thèse de la France totalitaire, liberticide, répressive, hypocrite, broyant enfants et adultes, hommes et femmes, raciste de nature (Wievorka), berceau de la pensée fasciste (BHL), a-t-elle pris forme ?
La France que Foucault voit, représente et décortique dans ses livres est plus répressive et plus liberticide que les pays communistes. A l’Est, les atteintes aux libertés se voyaient. En France, elles sont invisibles. La France serait une geôle et les Français seraient enfermés dans un vrai goulag. Pourquoi cela ? Les crimes dont le communisme est naturellement porteur, comme les nuages l’orage, ont été connus dès 1917. En 1956, ils étaient évidents. Aux Français lucides, le communisme est apparu comme le système le plus sot, le plus stupide, le plus crapuleux, etc. de l’histoire de l’humanité. Si ses victimes, entre 85 et 100 millions d’hommes, au lieu d’être chinois, cambodgiens, vietnamiens, coréens, tibétains, noirs, ukrainiens ou ressortissants des colonies de l’ancienne URSS, avaient été de bons judéo-chrétiens d’Europe de l’Ouest comme l’ont été les victimes du national socialisme, des Nuremberg du communisme auraient été organisés partout. Les « amis du Désastre » et les compagnons de route n’auraient pas eu besoin de noircir la France pour blanchir le système dont ils sont les thuriféraires. Leur complaisance est avérée. On en connaît les raisons. Le communisme est conçu, élaboré, propagé par les intellectuels - docteurs en quelque chose ou, comme Lénine, rats de bibliothèque. En bref, c’est une idéocratie. Plutôt que de faire amende honorable (certains l’ont fait, Leroy-Ladurie, Kriegel) et reconnaître qu’ils se sont engagés en faveur du crime universel, ils ont persévéré dans leur être. La négation n’était pas tenable. Foucault et les siens n’ont pas marché dans les brisées de Faurisson ou de Ramadier. Cela leur aurait valu peut-être une volée de bois vert, encore que... Ils ont trouvé la parade, non chez les escrimeurs, mais chez les judokas, en retournant contre l’adversaire son attaque. Ils ont donc reversé les crimes du communisme sur la France. Le pays le plus répressif, le plus cruel, le plus liberticide, n’est pas l’URSS, ni la Chine, ni l’Iran islamique cher à Foucault, ni le Cambodge, ni l’Ethiopie, ni la Guinée, mais la France elle-même, qui cache sous de beaux discours les pratiques les plus barbares qui soient. Les immondices dont la France est couverte ont sorti l’idéocratie communiste de l’abîme de crimes dans lequel elle s’est discréditée à jamais.
Le dimanche 11 novembre 2001, l’émission Ripostes de la 5 (chaîne publique dite « chaîne du savoir ») traitait, non pas de la signification véritable de la guerre de 1914-1918 (la question aurait pu être : boucherie ou combat pour libérer un pays occupé ?), mais des communautés juive et musulmane. Le titre « juifs et musulmans, comment ça va ? » détonait par rapport aux agressions verbales, anonymes ou publiques (« mort aux juifs ») et aux pogroms dont sont victimes les juifs en France, incendies de synagogues et d’écoles juives. Faussement cool ou zen, il ne laissait rien attendre de bon de ce débat, auquel participait le ministre Mélenchon, trotskiste et antiraciste, mais uniquement quand le racisme est le fait de l’extrême-droite. Mélenchon a parlé de la France, oui de la France. Pour la première fois depuis 1981, un ministre socialiste a dit France, mais à peine prononcé, le nom a été nié : « la France est à construire », « la France est un avenir » ou « la France est notre futur à tous, ici présents », etc. comme si, dans l’esprit de Mélenchon, la France n’avait pas existé avant lui. Exeunt quinze siècles ou plus d’histoire, disparus 50 millions de Français, dont les ancêtres fertilisent la terre de France, finis les Lumières, la langue, la culture, les idées, la Déclaration des droits de l’homme, la Prise de la Bastille, les efforts faits par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui ont sacrifié leur vie pour que nous vivions libres, et tout ça pour satisfaire un ministre qui s’est engagé pendant trente ans ou plus en faveur des crimes contre l’humanité. Les millions de héros anonymes qui ont fait la France, en l’entendant, ont dû se retourner dans leur tombe pour y mourir éternellement.
S’adressant aux musulmans présents sur le plateau, le Ministre a cru bon qu’il devait parler de ses ancêtres. Il est Français de « fraîche date », précisant qu’il n’est ni juif, ni arabe. Il est né à Tanger. Il est fier, non pas que ses ancêtres aient été français et aient fait la France, mais que ses ancêtres ne l’aient pas été. Toute sa fierté lui vient de sa non origine française. Et c’est au nom de son origine, ethnique ou nationale, qu’il dénie aux Français le droit à une culture, à une histoire, à une identité, à un territoire, à une existence, à des droits naturels et imprescriptibles. Il y a un siècle, les imbéciles se vantaient d’être Français depuis la nuit des temps. Aujourd’hui les mêmes imbéciles tirent leur gloire de ce qu’ils ne sont français que depuis la veille et qu’ils ne doivent donc rien à la France. Les saillies de ce ministre montrent que la nécessité d’intégrer des populations toujours plus nombreuses venues d’Asie et d’Afrique accentue la disparition du nom France et l’effacement du pays qui porte ce nom. La France en devient caduque. Pendant des siècles, la France a assimilé des étrangers. Autrement dit, elle a fait d’eux des Français semblables à tous les autres. Elle a accueilli des esclaves, leur a donné la liberté, les a émancipés, élevés au-dessus d’eux-mêmes, fait en sorte qu’ils deviennent citoyens, détenteurs de sa souveraineté et maîtres de son destin. Il n’y a pas au monde de politique plus généreuse. Depuis trente ans, cette ambition est morte. S’installent en France des populations soumises qui prônent des idéologies ou des morales thanatogènes ou de haine, sûres d’elles, racistes, convaincues de la supériorité absolue de leur race ou de leur religion, dominatrices, sans que l’Etat impuissant, la république immobile, la nation honnie et la France désuète osent exiger d’elles qu’elles changent. Rien ne les émancipe. De fait, la France est neutralisée, non comme la Suisse ou la Finlande, mais parce qu’elle est transformée en un espace neutre sans limites, sans frontières, sans âme, sans histoire, sans loi, sans règles, qui n’appartient à personne et qui est donc à tout le monde, simple entité abstraite vidée de son sens, évidée, éviscérée, aplanie, dépouillée de ses attributs, vide, véritable terra incognita. Les populations nouvelles se dispensent de tout devoir. Français se ramène à un coup de tampon sur une feuille blanche, aisément falsifiable et que l’on peut reproduire à des millions d’exemplaires. Tant que l’encre et le papier ne font pas défaut, on fabrique des Français. France ne signifie plus rien, français encore moins. Il faudrait être fou pour dire ces mots trash.
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29 novembre 2010
Du syndrome de Stockholm dans les arts et lettres
A propos de l'Encyclopédie thématique, Les Essentiels, 22 volumes, diffusée par Le Figaro, 2005
Dans les dix volumes de cette encyclopédie, oeuvre des rédacteurs de l'Universalis, traitant de la culture, des connaissances nouvelles sont exposées. Les arts trouvent enfin une place de choix dans le patrimoine culturel de la France. Le parallèle avec l’Italie, la patrie supposée des arts plastiques, ou avec l’Allemagne, la patrie supposée de la musique, qui jusque-là tournait toujours en faveur de l’Italie ou de l’Allemagne et au détriment de la France, n’a plus de raison d’être. La France est aussi la patrie de la peinture, de la musique, de l’urbanisme, de l’architecture.
En dépit de cela, c’est un savoir d’époque et partial qui est exposé. De nombreux articles sont consacrés aux arts mineurs. Que signifient aujourd’hui Arletty, Lancaster, Dean ? Peu de chose. Ils ont connu le succès, des spectateurs se sont identifiés à eux, ils n’ont pas changé le jeu d’acteurs. Un article est consacré à Bécaud et à d’autres chanteurs, mais aucun à Etienne Dolet. Depuis un demi siècle, il est de bon ton de guinder les « arts mineurs », la bande dessinée, la décoration, la chanson, au même niveau que les plus belles inventions de l’esprit humain. Vingt pages sont consacrées au « jazz ». Que le savoir relatif au jazz soit exposé va de soi. En revanche, rien ne justifie l’ampleur de l’article : vingt pages, soit environ cent mille signes. Seule l’origine ethnique de cette musique explique qu’elle soit ainsi célébrée. Le jazz est la musique des Noirs d’Amérique qui sont ou étaient victimes de discrimination. L’Encyclopédie leur rend hommage, non pas parce que leur musique est inoubliable, mais parce qu’ils sont ou ont été méprisés par l’arrogance yankee. Il suffit de comparer ces vingt pages à la page et demie consacrée à la réforme grégorienne ou à l’articulet sur le plain-chant pour mesurer que la culture dans cette Encyclopédie repose sur des valeurs étrangères à la France universelle.
Pourtant, la surévaluation des « arts mineurs » n’est qu’un minuscule îlot dans l’océan de désinformation, comme en témoigne la complaisance en faveur des intellectuels « engagés ». Ainsi, de Simone de Beauvoir (1908-1986), il est dit qu’elle « a découvert l’engagement politique avec la Résistance des intellectuels ». Résistance est écrit avec un R majuscule, comme Dieu ou Etat ou France. Si résistance intellectuelle il y a eu, elle a été en grande partie imaginaire. C’est de la pure rhétorique hâbleuse. Les intellectuels qui ont résisté se comptent sur les doigts des deux mains : Aron, Jacob, Guéhenno et quelques autres. Surtout pas Madame de Beauvoir qui s’est résignée à l’inéluctable entre 1940 et 1944 et a signé en sa qualité de fonctionnaire l’allégeance à la personne du maréchal Pétain, et qui écrivait qu’elle préférait vivre dans « une France nazifiée » plutôt que dans « une France en guerre ». La suite de l’article est de la même farine. « Son évolution politique est inséparable de celle de Sartre : socialiste ou progressiste jusqu’en 1952, compagne de route des communistes jusqu’en 1956 (et même au-delà), engagée avec passion pour l’indépendance de l’Algérie (en s’alignant sur les positions xénophobes du FLN) et vivement hostile au gaullisme (c’est-à-dire hostile aux résistants de 1940), proche des mouvements gauchistes après 1968 (qui sont plus staliniens que les communistes), elle cautionnera de manière plus spécifique les mouvements féministes à partir de 1970 ». Aucune réserve n’est exprimée. Les faits ne sont soumis à aucun examen critique. C’est tout ce que l’on veut, de l’hagiographie, du mensonge, du mythe, sauf de la connaissance. Trois colonnes et demie (dix mille signes) louent la vie de Paul-Louis Courier (1772-1825), homme peu estimable, dont le seul talent est d’avoir écrit des pamphlets féroces contre tout, dans le style des hurluberlus de Hara-Kiri. A l’opposé, Henri de Lubac qui a été un des premiers résistants de France, en fondant avec les pères jésuites de Lyon Témoignage chrétien, et a écrit une centaine d’ouvrages, dont une analyse lucide du Drame de l’humanisme athée et une somme en cinq volumes traitant de L’Exégèse médiévale, est oublié. A ce géant de la culture, aucun article n’est consacré. En revanche, deux colonnes et demie (à peu près sept mille cinq cents signes) font l’apologie de Deleuze (1925-1995), dont le seul mérite est d’avoir contaminé la philosophie par la déconstruction. Voici un monument de bêtise : « A la figure en arbre de la rationalité (comme si la raison se figurait dans des arbres), Deleuze oppose la figure « en rhizome » des « agencements » d’intensités, travaillant le milieu social et travaillés par lui. Mais, en même temps, les singularités ne valent que dans la mesure de leur extension, de leur action, dans le champ social et la réalité physique tout entière ». La supposée pensée de Deleuze tient peut-être d’une « cosmologie politique » (qui le vérifiera ?), l’article qui lui est consacré tient de l’embaumement narcissique.
Ce qui est vrai des arts mineurs l’est aussi de la littérature. Cette Encyclopédie manifeste une complaisance aveugle vis-à-vis des écrivains de troisième ordre, dont le seul mérite est d’avoir été sanctifiés par l’intelligentsia, c’est-à-dire par eux-mêmes. Ainsi, l’article consacré à Barthes (1915-1980) s’étend sur dix colonnes. C’est beaucoup pour un professeur qui a hésité entre la grammaire et la littérature, s’est fourvoyé dans la sémiologie, la photographie, le marxisme, le théâtre engagé, la Chine de Mao, le journalisme, la communication, qui n’a été spécialiste de rien, mais qui a touché à tout, qui a commenté de grands auteurs avec une lourde science linguistique, laquelle, les résultats étant nuls, s’est muée en ressentiment. Discret de 1940 à 1944, quand la France gémissait sous la botte fasciste, il a pourfendu le « fascisme français », dans les années 1960, désignant par ces termes les résistants de 1940. Quinze mille signes environ chantent la gloire d’Eluard, 1895-1952, un poète communiste, qui a soutenu l’instauration dans le monde d’un système tyrannique. Comble de l’ironie, le vers le plus célèbre de ce poète est un hymne à la liberté : « (sur mes cahiers d’écolier, etc.), j’écris ton nom, Liberté ». Quel crédit accorderait-on à un nazi qui prétendrait établir partout le respect d’autrui ? Quand cette Encyclopédie a été conçue il y a une vingtaine d’années, le communisme était mort à l’Est, où même ses thuriféraires ne croyaient plus un seul mot des slogans qu’ils étaient contraints d’ânonner, mais il fleurissait à l’Ouest, surtout en France. La faveur dont jouit Eluard n’est que l’effet de la prégnance de cette idéologie dans la France des années 1950-90.
Pourtant, le pire est atteint par la place démesurée accordée à Bourdieu. C’est Bourdieu qui a été chargé de rédiger quatre pages et demie (plus de vingt cinq mille signes) sur l’art et, plus particulièrement, sur « l’économie des biens culturels », pages qui sont un condensé de bouffonnerie sinistre. La thèse est exprimée dès la première phrase. « Parler de consommation culturelle, c’est dire qu’il y a une économie des biens culturels, mais que cette économie a une logique spécifique (…) ». Le seul à parler de « consommation culturelle » est Bourdieu. Jamais ces mots ne sont définis. Je fais le plein d’essence. Au bout de 800 km, le réservoir est vide : toute l’essence a été consommée. Je lis un livre. Arrivé à la dernière page, le livre n’a été ni mangé, ni brûlé : il est toujours là, devant moi. La lecture n’est pas une ingestion. Je me rends au Louvre. Quand j’en sors, La Joconde, que j’ai admirée, reste à sa place. Le tableau n’a été ni consommé, ni brûlé, ni mangé, ni dévoré – sauf des yeux. Autrement dit, ni la lecture, ni la contemplation d’un tableau, ni l’audition d’une symphonie dans une salle de concert, etc. ne sont de la consommation. L’œuvre lue, regardée, écoutée n’est pas détruite. L’imprimerie, l’édition de livres et de disques, l’organisation de concerts sont des activités économiques, au sens où il faut du travail et du capital pour payer le papier, les salaires, louer les salles. Mais les œuvres, en tant que réalités culturelles - « Le Misanthrope » ou « Les Leçons de ténèbres » de Couperin ou « La Joconde » – ne sont pas des biens économiques. « Le Misanthrope » - l’œuvre, pas le livre - ne se vend pas, pas plus les « Leçons de ténèbres » ou que « La Joconde ». Ce ne sont pas des biens, comme le sont une maison, un vignoble, une terre à blé. N’appartenant à personne, ils sont à la libre disposition de tous. Dire d’œuvres d’art qu’elles sont des « biens », c’est parler pour ne rien dire. Certes, l’économie en question a une « logique spécifique ». Autrement dit, elle n’a rien à voir avec l’économie. Si Bourdieu parle d’économie, c’est qu’il se prend pour Marx. Marchant sur les brisées de Marx, il écrit lui aussi son « Capital ». Pour singer Marx jusqu’au bout des ongles, il faut de l’économie. Alors il en met, partout, même là où il n’y en a pas, surtout là où il n’y en a pas, tout ça pour disqualifier la « culture » ou l’art, en les rabaissant à la fabrication, distribution et vente de chaussures, de voitures ou de berlingots.
L’article « intellectuels » va dans le même sens : cinq pages, trente mille signes environ, chantent sans retenue la gloire des intellectuels. Ce mot, on le sait, a été forgé à la fin du XIXe pour désigner ceux qui ont pris le parti de Dreyfus. Or, au moment où celui-ci était injustement accusé de trahison, près de deux cent mille Arméniens étaient égorgés dans l’Empire ottoman. Les intellectuels ont défendu Dreyfus, ils n’ont pas protesté contre le massacre des Arméniens, sous le prétexte que ces martyrs étaient « commerçants ». Pendant tout le XXe siècle, les intellectuels se sont aveuglés par mauvaise foi ou lâcheté, mais l’Encyclopédie du Figaro présente leurs erreurs comme des éclairs d’intelligence. Cet article se termine sur une pleine page à la gloire de Bourdieu, écrite dans une telle enflure que la seule réaction digne d’un Français est un éclat de rire. « Un siècle après l’affaire Dreyfus, c’est encore un intellectuel français, Pierre Bourdieu (1930-2002) qui, toujours à contre-courant (en réalité, il est LE courant dominant), propose une nouvelle figure du « grand intellectuel » (lisons à haute voix ce charabia : « Bourdieu propose une nouvelle figure ») et de l’engagement, au moment où toute pensée critique est identifiée au marxisme et discréditée ». Le problème avec Bourdieu est qu’il n’y a pas de critique dans sa pensée, toute confite en dévotion marxiste, et qu’il n’y a même pas de pensée dans son œuvre, étant toute récitation des dogmes de l’ultra-gauche marxiste léniniste.
Pourtant, il faut lire l’article « djihad » pour toucher le fond. L’article « djihad » est court. Il est signé de Gardet, célèbre pour sa vénération de l’islam. D’abord, il refuse de traduire djihad par « guerre sainte », parce que ce mot signifie « effort ». Dans l’expression consacrée, le « djihad fi sabil Allah » est « l’effort sur le chemin d’Allah ». « Le djihad n’est pas une « guerre sainte » d’exécration et d’extermination, tel le herem biblique ». La « guerre sainte » est la spécialité, non pas des musulmans, mais des Juifs ou des judéo-chrétiens, puisque « extermination » est un mot biblique ! Tout l’effort, pardon le « djihad », de Gardet consiste à multiplier les euphémismes dans le but d’atténuer l’horreur absolue du djihad ou de cacher que le djihad révèle la nature vraie de l’islam. Ainsi, le but du « djihad » est « de propager et / ou de défendre l’islam ». Comme l’islam s’est étendu par la guerre, toute résistance à la conquête est une agression. Si l’on transposait cette théorie à la France, on finirait par dire que les Français qui ont lutté pour libérer leur pays ont agressé les nazis ! « L’obligation du djihad, écrit Gardet, est une obligation religieuse qui ne cesse jamais », puisque, « pour la communauté musulmane », « il s’agit d’élargir toujours plus, jusqu’à la dimension du monde, la superficie des terres où seront reconnus les droits d’Allah et les droits des musulmans prescrits par Allah ». Cela se fait par la prédication ou, si les infidèles sont rétifs, par la guerre. Dans les territoires conquis, les non-croyants doivent « ou se convertir ou être réduits en esclavage » ou être tués. Quant aux chrétiens et aux juifs, ils sont soumis à la « dhimma », c’est-à-dire aux pires discriminations qui aient jamais germé dans une cervelle humaine. Tout cela est dit sur le ton de la componction dévote.
Le « syndrome de Stockholm » est la complaisance, voire la complicité, que des otages, martyrs, prisonniers manifestent pour leurs bourreaux. Une nouvelle fois, ce syndrome a frappé dans l’art, la pensée, les formes, les idées, le symbolique. Depuis un demi-siècle, la « gauche » a fait main basse sur la culture, allant jusqu’à dénier à ses « ennemis de classe » le droit de penser, inventer, commenter. Elle s’est approprié les symboles communs et, autour de ce qui désormais lui appartient, elle a érigé une muraille. C’est à cela que « Le Figaro » souscrit en proposant à ses lecteurs, pour un prix qui n’est pas modique, cette Encyclopédie. Les citoyens lucides savent que toute encyclopédie suppose que les connaissances sont un agrégat de faits tangibles, durables, fixés impartialement. Illusions que tout cela ! Ce qui a été proposé en 2005 comme la connaissance en matière de culture n’a jamais été aussi nettement daté et aussi fortement empreint d’idéologie fossilisée. En bref, il n’y a rien de plus faux que cette croyance dans l’éternité dépassionnée de la connaissance. Or, s’il est aisé de faire main basse sur la culture, il est plus difficile d’entretenir les richesses culturelles, de les faire prospérer, de leur donner sens, de les transmettre. A quoi sert-il de mettre sous séquestre Versailles ou Notre Dame, si c’est pour les transformer en étable ou en grenier ? La « culture » de « gauche » ou selon la « gauche » est morte. Les thèses les plus éculées de l’intelligentsia ont beau être sanctifiées par l’Université et le CNRS ou le Collège de France, elles n’en sont pas moins momifiées.
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26 novembre 2010
Prolégomènes
Ce mot, emprunté d’une forme, dite participe passé, d’un verbe grec qui signifie « déclarer d’avance », est d’une stabilité sémantique et formelle digne d’être notée, car elle est relativement exceptionnelle dans l’histoire de la langue française, où tout est vite chamboulé, tourneboulé, mis sens dessus dessous, et qui a sans doute été favorisée par le fait que le domaine d’emploi en est limité à la philosophie ou à la théologie et à l’enseignement qui en est dispensé. Il a été introduit en français en 1600 par d’Aubigné.
Dans son Dictionnaire universel (1690), Furetière le définit ainsi : « Discours ou traités préparatifs qui contiennent les choses dont il faut instruire un lecteur, afin qu’il puisse entendre quelque livre ou quelque science pour en faire bien son profit » (exemple : « la plupart des sciences demandent quelques introductions ou prolégomènes ». Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), la définition est différente, mais sur le plan des seuls mots : « Longue et ample préface qu’on met à la tête d’un livre et qui contient les notions les plus nécessaires à l’intelligence des matières qui y sont traitées » (même définition en 1718, 1740, 1762, 1798, 1835), les académiciens ajoutant qu’il « n’est en usage que dans le dogmatique » (comprendre le vocabulaire de l’école ou que c’est un terme didactique). Il en est de même dans le Dictionnaire des arts et des sciences (1694) de Thomas Corneille : « Terme dogmatique, discours préparatif et fort ample qu’on met au devant d’un traité, pour instruire le lecteur des choses qu’il doit savoir pour tirer de l’utilité de ce qu’il va lire » ; Corneille ajoutant que « ce mot est grec ». Pour Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788), le mot se serait dit d’abord de la Bible (« c’est, en parlant de la Bible, une longue et ample préface ») et se serait en ensuite à la philosophie et à la théologie : « Quelques-uns le disent aussi des traités de philosophie, de théologie » (exemples : « Les prolégomènes de la Bible » et « notre professeur n’a encore dicté que les prolégomènes », alors que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne juge pas bon de préciser de quel domaine de connaissance relèvent les prolégomènes, ce qui est une façon d’élargir à tout domaine, ce qui était propre à la théologie ou à la philosophie, de sorte que toute préface ou avant-propos à quelque ouvrage que ce soit peut être dit prolégomènes : « longue et ample préface, avant-propos ».
L’élargissement de ce mot à tout domaine de connaissance rend nécessaire la distinction en germe dans la définition de deux sens : celui de longue préface et celui d’exposé de principes, distinction qu’opèrent les académiciens dans la huitième édition du DAF (1932-35) : « longue et ample préface qu’on met à la tête d’un livre pour donner les notions nécessaires à l’intelligence des matières qui y sont traitées » et « il se dit aussi de l’exposé des principes dont on ne peut dorénavant faire abstraction en abordant l’étude de telle ou telle science », comme dans l’exemple cité Un des ouvrages de Kant est intitulé : Prolégomènes à toute métaphysique future, ou comme dans le titre d’un ouvrage de Breton : Prolégomènes à un troisième Manifeste (1946) où ce mot a pour sens « longue préface » ou « avant-propos ». C’est aussi la leçon que suivent les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94) : « longue introduction placée en tête d’un ouvrage, contenant les notions préliminaires nécessaires à sa compréhension » et « ensemble de notions préliminaires nécessaires à l’étude d’une science, d’une question particulière ».
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25 novembre 2010
Activiste, activisme
Activiste, adjectif et nom, et activisme, tous deux dérivés de l’adjectif actif, sont deux mots récents : le second est attesté en 1906, d’abord en géologie, le premier en 1916. Commençons donc par le plus ancien. L’activisme en géologie est une théorie qui explique l’état actuel des roches par l’activité des molécules chimiques dont elles sont faites. Le mot s’est étendu à la philosophie et à la psychologie, où il désigne « diverses doctrines philosophiques, morales ou spirituelles mettant en relief le rôle primordial de l’action concrète dans la conception de la vérité ou la conduite de la vie » (in Trésor de la langue française, 1971-94) ou une « sorte de pragmatisme donnant la primauté aux exigences de la vie et de l’action » (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication). De là, le mot a débordé sur la politique : « Attitude de ceux qui préconisent l’action directe et la violence pour faire aboutir leurs revendications et imposer leurs idées » (DAF) et « Doctrine ou méthode d’action d’un mouvement politique ou syndicaliste préconisant l’action directe » (TLF). Quant à activiste, il a pour sens, quand il est adjectif, « relatif à l’activisme philosophique ou politique » et « partisan de l’activisme », quand il est substantif.
Dans la Nouvelle Langue Française (ou nova gallica lingua), activiste est surtout employé comme un euphémisme : l’activisme en philosophie s’est effacé et en politique, ce n’est plus qu’un mauvais souvenir laissé en Belgique par les flamingants. Ceux qui en font un usage immodéré, ce sont les spécialistes de l’Islam et de l’islam quand, plutôt que de désigner par les mots criminels ou tueurs les auteurs d’attentats, leurs complices, leurs inspirateurs, ils les qualifient d’activistes ou les nomment ainsi. En 1916, les Flamands ou « flamingants » militaient pour que leur langue ne soit plus tenue pour un patois sans intérêt. Il n’y a rien de commun entre un individu généreux qui défend une langue méprisée et un autre, plein de haine, qui pose des bombes dans le métro pour faire le plus de morts possible. Ils sont aussi différents l’un de l’autre et incompatibles que l’eau et le feu, ce qui n’empêche pas certains de les désigner du même nom.
Dans le Trésor de la Langue française, le nom activiste reçoit trois acceptions. C’est ou un partisan de l’action directe ou le propagandiste d’un mouvement politique ou syndical ou un extrémiste, notamment en parlant de membres d’organisations d’extrême droite. Aucun de ces sens n’est propre à l’islam ou aux musulmans. L’abîme qui sépare l’adhésion à une doctrine politique et des crimes de masse, de guerre ou contre l’humanité a beau être profond, cela ne dissuade pas certains islamologues de le franchir allègrement. Ainsi ils inscrivent les crimes commis par les musulmans dans l’histoire de l’Europe. Il semble qu’ils soient animés de la volonté d’en faire des crimes spécifiquement européens ou occidentaux et d’en exonérer ainsi l’islam. Ces faits de langue sont récurrents (cf. born again, martyr, jeunes occidentalisés, islamiste, intégrisme, fondamentalisme), ils ne peuvent pas être dus au hasard. Ces manipulations de sens n’ont pas d’autre but que de faire porter la responsabilité de crimes de masse sur les victimes.
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23 novembre 2010
Apartheid
Il n’y a pas d’entrée apartheid dans le Trésor de la langue française (1971-94), dictionnaire en seize volumes et monument de la science lexicographique française, non plus que dans la neuvième édition, en cours de publication (depuis 1994), du Dictionnaire de l’Académie française, et cela, bien que ce mot soit l’un des plus communs qui soient dans les discours modernes, non seulement quand ces discours se rapportent à l’Afrique du Sud, celle d’avant 1991, et celle d’après le démantèlement des lois qui régissaient l’apartheid, mais encore quand il est traité de n’importe quel pays. Selon la horde sociologique et la harde des diversités, il y a de l’apartheid partout en France où il y a des noirs, des musulmans, de l’islam, des arabes, des étrangers.
Le mot est hollandais, langue dans laquelle il a pour sens « système qui sépare les hommes » et qui les fait vivre « à part » les uns des autres. La « racine » est la locution française « à part » : plus exactement la locution empruntée à la langue française et à laquelle a été ajouté le suffixe heid. Cela ne signifie pas que l’apartheid soit français ou qu’il trouve ses racines, comme dirait BHL, dans l’idéologie française. La France n’a rien à voir avec le système que les Hollandais ou leurs descendants (tous protestants, ce qu’il ne faut surtout pas rappeler, les protestants étant par nature le camp du Bien, quoi qu’ils fassent ou aient fait ou pensé) ont établi dans leurs colonies d’Afrique du Sud, là où ils étaient autochtones ou immédiatement autochtones après les Bushmen ou les Hottentots. En Afrique du Sud, les lois d’apartheid avaient beau être inhumaines, elles n’en étaient pas moins rédigées, débattues, votées, appliquées. Ce qui fondait l’apartheid, c’était l’interdiction des mariages mixtes ; la criminalisation des relations sexuelles entre blanc et non blanc ; le classement de la population suivant la race, le Group Areas Act de 1950 assignant aux races des zones d’habitation ; l’obligation pour les noirs âgés de plus de seize ans d’avoir un laissez-passer pour aller dans certains zones ; les toilettes et les fontaines publiques séparées ; les programmes scolaires spécifiques pour les noirs ; l’interdiction du droit de grève aux noirs ; l’interdiction de la résistance passive, le Native resettlement Act de 1954 chassant les populations noires des zones déclarées blanches ; la légalisation de la discrimination raciale dans le monde du travail ; la loi créant les bantoustans administrés par des non blancs ; la loi retirant la citoyenneté sud-africaine aux noirs relevant de bantoustans ; l’afrikaans obligatoire dans l’enseignement des mathématiques, des sciences sociales, de l’histoire et de la géographie du niveau secondaire; etc. Ce système séparant les hommes en fonction de la race à laquelle ils sont assignés à résidence a été démantelé. Il n’existe plus en Afrique du Sud.
En France, aucune loi de ce type n’est en vigueur, ni n’a jamais été en vigueur. L’idée même que ces lois puissent être conçues fait horreur aux Français. Jamais l’esquisse d’un apartheid n’a existé même dans les territoires coloniaux que possédait la France.
En dépit de cela, il est des savants qui prétendent mordicus que l’apartheid existe en France, que la France pratique la discrimination ethnique et qu'elle est gangrenée par le système d’apartheid qu’elle a mis en place ou qu’elle laisse prospérer sous le masque de « liberté, égalité, fraternité ». C’est ce qui est affirmé dans L’Apartheid scolaire, enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges. Ce livre a été publié en 2005 par une maison de commerce, qui a pour raison sociale les Editions du Seuil et qui est sise à Paris, France, qui fut jadis la ville lumière. Vous allez objecter que les auteurs sont fous ou débiles légers ? Eh bien non, ils sont professeurs, ils enseignent la sociologie à l'Université. Le trio qu’ils forment compte un mâle et deux femelles. Les mots du titre n’ont pas de sens clair. Il semble qu’ils signifient « l’apartheid à l’école » ; en réalité, ils veulent dire qu’a été institué dans les collèges un apartheid de fait et en droit. Comme ces collèges sont publics, cela signifie que les pouvoirs publics, sachant ce qui s’y passe, approuvent que soient séparés les élèves en fonction de leur race : dans tel ou tel collège, les noirs et les arabes ; ailleurs, à l’écart, loin de ces damnés, les blancs. Le trio étaye son accusation sur la démographie. Il a compté dans des collèges les élèves noirs, les élèves arabes, les élèves blancs. Il a dénombré dans les quartiers où ces collèges sont établis les populations noires, arabes, blanches. Les résultats ont été comparés. Il y aurait, en pourcentage, plus d’élèves noirs et arabes dans les collèges qu’il n’y a de noirs et d’arabes dans les quartiers où les collèges sont établis. Peut-être ces élèves en surnombre viennent-ils des quartiers voisins ; à moins que le nombre de noirs et d’arabes ne soit sous-évalué dans ces quartiers, où les clandestins, par définition indénombrables, sont nombreux. Ces hypothèses ne sont même pas examinées. Le trio désigne les coupables à la vindicte raciste : c’est l’école, la France ou la République, qui n’ont même pas droit à la présomption d’innocence, que la loi pourtant garantit à tous, Français ou étrangers. Tous racistes et Allah seul reconnaîtra les siens.
Au moment où cette enquête est publiée, on apprend incidemment que sont inscrits dans ces écoles d’apartheid des dizaines de milliers de clandestins venus de tous les continents et établis en France illégalement. Si un début d’apartheid existait, ces clandestins n’auraient pas été scolarisés. On aimerait savoir combien le trio sociologique a dénombré d’élèves clandestins dans les écoles d’Algérie, du Maroc, d’Arabie saoudite, d’Iran, du Mali, de Côte d’Ivoire, de Corée du Nord, de Cuba, tous pays racistes, dans lesquels notre trio n’a même pas commencé l’ombre d’une enquête pour dénoncer la ségrégation ethnique qui y est la règle. On aimerait savoir dans quels collèges sont inscrits les enfants ou les petits-enfants du trio et quand ce même trio enseignera enfin dans ces collèges maudits, ne serait-ce que pour compenser par sa présence la discrimination ethnique qu’il dénonce.
En latin, enquête se disait inquisition. Le trio a enquêté. La loi interdit à juste titre (car distinguer les hommes en fonction de la couleur de leur peau est du racisme) les recensements ethniques. Notre trio de fonctionnaires n’en a cure : il est au-dessus des lois. Les lois, c’est bon pour les autres – surtout les lois qui répriment le racisme. On est sûr que la HALDE n’enquêtera jamais sur les présupposés racistes de ces dénombrements. Jadis, à l’école primaire, on apprenait que les oignons et les chèvres ne s’additionnaient pas. On y apprenait aussi que soustraire huit oignons à deux chèvres était absurde, sauf si les chèvres mangeaient les oignons. C’est à cette magie arithmétique que recourt le trio. Il lui a fallu 233 pages pour arriver à ce résultat. Il est vrai que ce trio enseigne la sociologie et qu’en sociologie, on peut faire copuler des ânes et du papier pour produire un livre. S’il retournait à l’école primaire, peut-être il y apprendrait quelque chose de sensé qu’il pourrait répéter aux étudiants de son université. Le titre Que faire ? de la conclusion est une citation de Lénine. Les intentions du trio s’y révèlent à livre ouvert. L’apartheid n’est ressuscité que pour alimenter la Révolution. Lénine a utilisé les tueurs, les criminels, les prisonniers de droit commun pour trouer la peau des bourgeois ou des prétendus bourgeois et se maintenir au pouvoir – grâce à quoi il a pu instituer le système le plus criminel qui ait jamais existé dans l’histoire de l’humanité. Lénine appartenait par hérédité à la classe nobiliaire russe, le trio appartient par la bêtise qui lui est consubstantielle à la caste cléricale qui réclame sans cesse aux pauvres, aux travailleurs, aux déshérités de nouvelles dîmes pour payer les enquêtes qui la légitiment. Lénine a rétabli en Russie la tyrannie tsariste d’avant Pierre le Grand. En France, les progressistes sont si imbus d’eux-mêmes qu’ils nous font revenir à l’Ancien Régime.
11:40 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, culture, france
21 novembre 2010
Lumière des livres : Michéa
Jean-Claude Michéa, L’Empire du moindre mal, Essai sur la civilisation libérale, Climats, 2007
Jean-Claude Michéa est un admirateur de George Orwell (1903-1950), ce trotskiste qui a milité en vain pour instaurer un socialisme démocratique. C’est tout à son crédit. Il est moins déshonorant d’approfondir la notion de decency chère à Orwell plutôt que de composer des péans à la gloire de Lénine, Staline, Mao, Castro, Boumedienne, etc. comme l’ont fait tant d’intellectuels français. Il semble donc que Michéa se soit éloigné de la grande croyance marxiste léniniste. Ainsi, pour expliquer les origines du libéralisme, il ne met pas en marche la machine déterministe du marxisme, pour lequel l’idéologie, quelle qu’elle soit, et en conséquence le libéralisme, qui en serait une aussi, sont des superstructures produites par les modes et les rapports de production. Le libéralisme est interprété comme une réaction aux horreurs de la guerre civile religieuse qui a déchiré l’Europe aux XVIe et XVIIe siècles, et comme une volonté d’en empêcher tout retour. Il est donc indépendant des modes et rapports de production et même, ce qui serait une hérésie aux yeux des marxistes, s’il en restait, il est antérieur à ces modes et rapports, puisque l’économie de marché est un de ses enfants.
Pourtant, Jean-Claude Michéa reste fidèle aux dogmes du marxisme léninisme trotskisme, etc. Le constat qu’il fait, dans L’enseignement de l’ignorance (Climats, 1999), du désastre dans lequel a sombré le « système éducatif » français, est conforme à la réalité des choses ; mais l’interprétation qu’il en donne tient encore du délire idéologique. Ce n’est pas le capitalisme libéral mondialisé qui a détruit l’instruction publique et exigé que l’école soit transformée en un temple obscurantiste, mais hélas les camarades ou les anciens camarades, qui se nomment Bourdieu, Jospin, Savary, Meyrieu, etc. tous bons léninistes, et non Gates, Arnaud, Willot, Pinault, etc. On a envie de lui crier « encore un effort, camarade » pour que, les œillères ôtées, il regarde enfin le réel. Hélas, tout porte à croire, si on lit attentivement son dernier essai, L’empire du moindre mal, qu’il lui reste des milliers de kilomètres à faire avant de s’affranchir de ses anciennes croyances. En bref, même s’il est tiède ou refroidi, c’est toujours un croyant.
En apparence, la thèse du « moindre mal » ne nie pas la réalité. Il vaut mieux vivre au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Italie, en Espagne plutôt qu’en Corée du Nord, à Cuba, au Vietnam, en Chine. Les sociétés, dites libérales ou capitalistes, ne sont pas des paradis ; mais au moins, elles ne sont pas l’enfer. Ce suffrage universel qu’est « le vote avec les pieds » l’atteste. S’il était aisé de s’établir en France ou aux Etats-Unis ou au Japon, ces pays seraient littéralement envahis par des masses innombrables de réfugiés économiques. On vit et on respire dans les sociétés actuelles d’Occident ; on mourait et on agonisait sous la coupe des deux socialismes, national (nazisme) et international (communisme) ; on meurt et on agonise encore en Corée du Nord ou à Cuba.
Chassez le naturel, il revient avec le stylo. Le titre L’empire du moindre mal est une parodie de la formule polémique, « l’empire du mal », par laquelle Reagan désignait l’URSS, ce « meilleur des mondes » des grandes fables communistes. Mais alors que l’URSS était effectivement un empire qui écrasait sous ses chars des peuples soumis, les différents pays qui ont opté pour l’économie de marché ne sont pas des empires et l’ensemble hétérogène qu’ils pourraient éventuellement former, mais dans une pure spéculation intellectuelle, n’est pas un empire. A moins que le nom empire ne soit employé pour faire entendre pire, ce qui, dans le discours de l’inconscient, annulerait le sens relativement positif de moindre mal. Le sous-titre porte « essai sur la civilisation libérale ». Alors que le nom essai est juste, civilisation libérale ne l’est pas. Le droit et l’économie de marché ne façonnent pas de civilisation. L’Arabie saoudite est fondée sur le droit (islamique certes, mais c’est du droit) et sur l’économie de marché, mais il serait aberrant de la ranger, comme le Qatar, le Koweït, la Malaisie, l’Indonésie, etc. dans la même aire de civilisation que les Etats-Unis ou la France. D’ailleurs, on peut légitimement douter que la France, l’Allemagne, l’Italie, etc. soient façonnées par des idées libérales. Vu l’importance du secteur public et la lourdeur des prélèvements obligatoires, il n’est pas faux de dire que ces pays tiennent autant du socialisme que du libéralisme.
Les analyses de Michéa sont assises sur de nombreuses inexactitudes. Adam Smith, ce philosophe des Lumières qui a isolé les « causes de la richesse des nations » (Smith écrit nations, et non sociétés ou civilisations), possédait une manufacture d’épingles où il employait dix ouvriers. Selon Michéa, si Adam Smith voyait ce qu’est devenue l’économie de marché, il n’y retrouverait pas le libéralisme dont il a posé les fondements. Rien n’est plus arbitraire que cette affirmation. Le tissu industriel de la France, de l’Angleterre, de l’Allemagne et de l’Europe de l’ouest (du moins ce qui en reste) est fait de centaines de milliers de petites et moyennes entreprises, qui emploient de cinq à cinquante salariés, et dont les propriétaires ont exactement les mêmes préoccupations ou les mêmes ambitions que l’industriel Adam Smith deux siècles et demi plus tôt. Soit cette autre affirmation : « le monde sans âme du capitalisme contemporain ». Il est plaisant qu’un athée reproche aux capitalistes de ne pas avoir ce dont il nie l’existence. Le système socialiste avait-il une âme ? Le capitalisme, contrairement au socialisme, multiplie les suppléments d’âme. Il y a des besoins à satisfaire ; un marché existe ; les entrepreneurs s’y engouffrent et vendent du tourisme, des voyages dans le tiers monde, du trekking au Népal, des CD à foison, des milliers de films chaque année, des adhésions à des sectes, etc. Le marché étant colossal, le capitalisme est capable de produire de l’âme pour tous les goûts.
Il est indéniable que Michéa a rompu avec la logorrhée marxiste, mais la rupture porte sur des points obsolètes, tel le déterminisme mécaniciste, qu’un philosophe ne peut pas ressusciter sans se ridiculiser. En fait, Michéa n’a pas quitté la maison du Seigneur. Ainsi, il traite du libéralisme comme s’il s’agissait du léninisme ou d’une quelconque idéocratie : des thèses premières appliquées à la société, la société façonnée par ces thèses, une longue chaîne de fabrication, et les sociétés actuelles d’Occident sont le produit logique de ces thèses. Michéa expose les fondements du libéralisme (ou de ce qu’il croit être ses fondements), qu’il tient pour une idéologie ayant une forte cohérence (le droit et l’économie, pas de morale ; l’administration des choses, et non le gouvernement des hommes) et qui, comme le marxisme, a façonné des sociétés nouvelles et inédites – en bref, une civilisation -, comme le marxisme, à partir du moment où l’URSS, la Chine, les pays de l’Est, etc. sont passés sous sa coupe, a toujours produit les mêmes effets : des modes et des rapports de production qui n’étaient pas aussi singuliers qu’on l’a cru (en fait, une resucée de l’esclavage), la surveillance de tous par quelques-uns, homo sovieticus, la fin de toutes les libertés, la dignité humaine bafouée. Autrement dit, Michéa transfère à l’étude des sociétés libérales la bonne vieille méthode marxiste avec laquelle les experts ont rendu compte pendant un demi-siècle des sociétés régies par le marxisme. Or, le « libéralisme » n’est pas le pendant du marxisme, il n’est pas non plus l’avers du communisme. Les mettre en parallèle est une ruse rhétorique, spécieuse certes, mais éculée. Comme le disait sans cesse Revel, le libéralisme n’est pas idéologie. C’est un mot apparu au XIXe siècle, près d’un siècle après que les penseurs des Lumières aient énoncé quelques-unes de leurs propositions, qui n’étaient pas dogmatiques, mais pragmatiques, et qui n’étaient pas éternelles ou universelles, mais provisoires et variables. Il existe le communisme et des communistes ; le fascisme et des fascistes ; le socialisme et des socialistes ; le national-socialisme et des nationaux-socialistes. Il n’y a pas de libéralistes ; des libéraux tout simplement. Les libéraux n’ont pas de système. Ils constatent les réalités, ils isolent des faits. Rien ne leur est plus étranger que l’esprit de système. Les marxistes croient au tout, à la totalité, aux grandes organisations suscitées par la pensée. Les libéraux tiennent tout cela pour des billevesées. En fait, Michéa est un intellectuel français typique des années 1950. Il fait tourner la grosse machine à produire des discours, que l’on croit être de la « philosophie », parce que c’est ainsi qu’elle se baptise, et qui n’est fondée que sur des idées réunies artificiellement en un système pour cacher le réel.
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20 novembre 2010
Cuba
Les journalistes ont annoncé ce matin que le régime castriste avait décidé, après de longues négociations avec l'Eglise catholique, de libérer les (ou des ?) prisonniers politiques qui croupissent depuis x années dans les geôles et les culs de basse-fosse de Cuba.
C'est ainsi que les citoyens ont appris qu'il y avait des prisonniers politiques à Cuba, donc des bagnes politiques ou même peut-être des camps de concentration ou de travail forcé. Combien sont-ils ? Plusieurs milliers sans doute. Combien sont morts dans ce goulag tropical qui mettait en transe Sartre, Beauvoir, Bourdieu, usw ? Des dizaines de milliers sans doute.
Voilà 50 ans que ce régime emprisonne, torture, réprime, condamne au silence, tue, interdit, enferme, espionne, surveille, etc. - mélange de socialisme national ou de communisme international et de dictature sud-américaine; et les Français n'en savaient rien, en dépit des milliers de vigilants et vigilantes et vigilantissimes (des deux et même trois sexes) des "droits de l'homme" et autres droits, qui bâfrent au grand râtelier des subventions publiques. Ces vigilants vivent aux crochets des contribuables, qu'ils condamnent à ne jamais rien savoir de ce qui se passe dans le monde. Pis, ils en font même la promotion : que sont les millions de ticheurtes à la gloire du tueur Guevara, sinon l'apologie du crime de masse ? La LDH, la femme Mitterrand, BHL, Sauce raciste, RESF, RUSF, etc. seraient-ils stipendiés par les Cubains, les Chinois, les Coréens du Nord, les Saoudiens, les Algériens, etc. pour qu'ils se taisent sur ce qui se passe dans le monde, hors de France et d'Europe ? Les sans frontiéristes respecteraient-ils une frontière, celle qui protège Castro and brother, Cuba et autres paradis socialo gauchistes, l'Arabie saoudite, l'islam et l'Islam ?
09:35 Publié dans Mythologies intellotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, société
19 novembre 2010
Circulation
Emprunté du latin circulatio, terme de science qui désigne « l’orbite » ou « le circuit que décrit un astre », circulation est attesté en 1375 chez Oresme, dans le Livre du ciel et du monde, au sens de « révolution » : « mouvement de ce qui revient à son point de départ ». Au milieu du XVIIe siècle, Pascal l’emploie pour désigner la circulation du sang, dont le médecin anglais Harvey venait de découvrir le principe. Puis, par métaphore, il se dit du commerce et de la finance (la circulation de l’argent) et du phénomène social qui consiste en une diffusion rapide des idées : la circulation des idées. Autrement dit, ce terme scientifique à l’origine, employé par les astronomes et les physiologistes, s’est étendu dès la fin du XVIIe siècle à d’autres réalités que les astres ou le sang et qui tiennent toutes du social. Ce phénomène est courant dans la langue, à compter du XVIIIe siècle (cf. entre autres mots, tendance, influence, pression, pulsion, réaction, agrégat).
De tous les auteurs de dictionnaires antérieurs au XXe siècle, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est le seul qui expose le sens de circulation en astronomie : « mouvement de ce qui chemine par un mouvement circulaire ; la circulation des planètes dans l’espace », qu’il illustre de deux extraits : « les eaux font une circulation dans la terre, comme le sang circule dans le corps humain » (Fénelon) et « Dieu fait tous les mouvements et toutes les circulations dont le temps peut être la mesure » (Bossuet). Ce sens est glosé ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « action de se mouvoir d’une manière continue, circulairement, avec retour au point de départ ; en parlant d’un astre, mouvement circulaire », comme dans cet extrait de Comte : « notre planète, envisagée, quant à sa rotation journalière ou à sa circulation annuelle » (1839-42).
Les académiciens ignorent cet emploi. La circulation est limitée au « mouvement de ce qui circule », puisqu’on « a depuis quelque temps découvert la circulation du sang » ; ou « on dit, au figuré, la circulation de l’argent, pour exprimer le mouvement de l’argent qui passe d’une main à l’autre (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, 1798, 1832-35, 1932-35). En 1762 est relevé cet autre sens : « en chimie, opération par laquelle les vapeurs ou liqueurs que la chaleur a fait monter, sont obligées de retomber perpétuellement sur la substance dont elles ont été dégagées », sens qui disparaît des éditions ultérieures.
En revanche, à compter de 1832-35 (sixième édition de leur Dictionnaire), les académiciens relèvent de nombreux emplois de circulation propres à la société : « il signifie, par extension, la facilité de passer, d’aller et de venir ; dans ce sens, il ne se dit guère qu’en parlant de la voie publique » (« la circulation du public ; gêner la circulation des personnes, des voitures ; on dit quelquefois, dans un sens analogue, la circulation de l’air ») ; « par extension, mettre un écrit en circulation, c’est le répandre, le livrer au public ; on dit aussi arrêter la circulation d’un écrit dangereux, etc. » ; « au figuré, mettre en circulation des idées nouvelles, c’est les répandre dans le public ».
Littré confirme cette extension à toute réalité sociale : « la faculté d’aller et de venir dans les rues ou dans un pays », « le fait de se mouvoir ; le transport » (« circulation des voyageurs et des marchandises ; la circulation s’accroît sur cette route ») ; « droit de circulation, impôt qui se perçoit à l’occasion du transport des boissons » ; « billet de circulation, billet qui, acheté ou accordé, permet d’aller et venir sur un chemin de fer » ; « mouvement, transmission des produits ou valeurs qui vont de main en main, qui passent d’un possesseur à un autre » (« la circulation des monnaies, des capitaux, des effets de commerce, des valeurs ; la monnaie est un agent de circulation ; on retira les assignats de la circulation ; entraver la circulation des immeubles »), les économistes libéraux, dont JB Say, faisant de la circulation un des moteurs de la prospérité : « on entend souvent vanter les avantages d’une active circulation, c’est-à-dire de ventes rapides et multipliées » (1841) ; « on s’imagine que le corps social a d’autant plus de vie et de santé que la circulation des valeurs est plus générale et plus rapide » (1840) ; « toute marchandise qui est offerte pour être vendue est dans la circulation ; elle n’y est plus lorsqu’elle est entre les mains de celui qui l’acquiert pour la consommer » (1841) ; « tout ce qui est mis pour la première fois ou remis en vente, entre ou rentre dans la circulation ». C’est aussi « le mouvement par lequel des écrits, des livres, des nouvelles se répandent dans le public » et « le mouvement qui fait que l’air se renouvelle dans les lieux clos ».
Aussi, d’une édition à l’autre du Dictionnaire de l’Académie française, la définition se fait-elle plus ample. En 1694, elle tenait en trois lignes ; en 1932-35 (huitième édition), elle occupe une demi page et se décline en six acceptions distinctes et, dans la neuvième édition (en cours de publication), en neuf ou dix acceptions. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), elle s’étend sur deux colonnes et demie grand format. Le mot se dit d’un astre, des fluides, des liquides (sève, eaux), des gaz (circulation de l’air) ; il est employé en biologie aussi (« ensemble des transformations que subissent les molécules chimiques qui constituent l’essentiel de la cellule vivante ; la circulation protoplasmique »). Il se dit aussi de personnes, d’animaux, de véhicules terrestres ou autres moyens de locomotion (circulation des voitures, automobile, des trains, aérienne ; agent de la circulation ; accidents de la circulation ; les grandes voies de circulation). L’administration attribue des cartes ou des permis de circulation. Par métonymie, le mot désigne aussi l’ensemble des véhicules qui circulent (« la clameur de la circulation sur la route nationale », Queneau, 1942) et même, à propos d’une personne, le fait qu’elle ne se montre plus dans les lieux qu’elle fréquentait auparavant : « disparaître de la circulation » (La Peste, 1947). Circulation s’emploie en économie politique, à propos de marchandises, valeurs, de monnaie : circulation fiduciaire, du papier-monnaie, des billets de banque, monétaire. Le mouvement s’étend aux personnes, aux savants ou aux spécialistes (« la libre circulation des spécialistes »). Dans la langue courante, ce qui est mis en circulation, ce sont le tabac, le chanvre, les écrits, les idées, les langues, les billets, les timbres.
En quatre siècles, le nom circulation a « voyagé » - ce qui est dans l’ordre des choses pour un mot qui a pour sens « mouvement » et ce qui est en accord avec l’injonction « bougez » ou avec les incitations au changement, à la diffusion, au rayonnement, etc. Tout cela est bel et bon. Il ne faudrait pas trop aller au fond des choses. Pour ce qui est des emplois modernes (la circulation des idées, par exemple), si le nom circulation avait le sens qu’il a en astronomie, les idées seraient comme les astres ; elles bougeraient très vite, mais elles reviendraient encore plus vite à leur point de départ. N’est-ce pas ainsi que les choses se passent ? Tout changer pour que rien ne change, disait le Prince de Salinas.
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16 novembre 2010
Lumière des livres 34 : Zola
Oublions ce que nous savons ou ce que nous croyons savoir de Zola. Oublions le disciple zélé de Taine qui créait des personnages, uniques par définition, en analysant dans le détail la « race » à laquelle il les assignait, en décrivant exhaustivement le milieu où il les faisait naître et travailler, en racontant par le menu le moment où il les faisait vivre. Oublions le scientiste qui a introduit en littérature les croyances du positivisme, prenant naïvement des préventions pour des propositions scientifiques. Oublions l’admirateur des thèses que le Dr Lucas a exprimées sur « l’hérédité naturelle ». Oublions que, pour cet homme dit de gauche, les hommes sont déterminés par leurs gènes, leur sang ou leurs ancêtres, donc qu’ils ne sont ni libres ni maîtres de leur destin, et que les tares, transmises naturellement de père en fils ou de mère en fille, les emprisonnent. Oublions que les biens pensants n’invoquent le journaliste engagé que pour l’enterrer et qu’ils ne le citent que pour se garder de l’imiter. Oublions le théoricien borné du naturalisme qui réduit l’homme à ses pulsions, à sa physiologie, à sa nature animale ou biologique, etc.
Le vrai Zola, le Zola le plus intéressant, le Zola admirable, n’est pas dans ces images d’Epinal sottes et jaunies ni dans ces vieilleries ni dans ces naïvetés qui prêtent à sourire. Les grands écrivains ont des faiblesses, des marottes, des manies, des obsessions. On ne peut pas réduire l’œuvre de Voltaire aux écrasons l’infâme qui terminaient certaines de ses lettres. Lisons les romans, articles, essais de Zola, sans préjugé, sans prévention, sans oeillères, en toute liberté,
Ce dont parle Zola, ce qui est au centre de son oeuvre, ce qu’il décrit, raconte, fait exister, c’est la France du Second Empire et celle des commencements de la République, troisième du nom, à savoir les années 1850-1880. On a glosé des Trente glorieuses (1945-1975) au cours desquelles la France a effacé les effets des années noires, 1920-1940, qui ont suivi la Victoire de 1918 et débouché sur la défaite et l’Occupation. On oublie que la France a connu un siècle plus tôt ses Trente glorieuses de 1850 à 1880, que l’on peut muer en Cinquante ou même en Quatre-vingts glorieuses, de 1840 à 1920. Comme entre 1945 et 1975, pendant plus longtemps, plus profondément aussi, la France de la seconde moitié du XIXe siècle s’est transformée. Une croissance forte, un exode rural incessant, un enrichissement rapide, des investissements colossaux, un développement culturel sans précédent l’ont fait passer de la féodalité agonisante à une modernité triomphante. L’instruction publique a été mise en place, la peinture recréée, le moteur à explosion, l’automobile, l’aviation inventés. L’expansion a produit une projection de la France hors de ses frontières. Les trois quarts des missionnaires qui partaient dans le monde instruire, éduquer, former, étaient français.
La littérature des Trente glorieuses de Sauvy, 1945-1975, est triste, dépressive, sombre, désespérée. Elle se complaît dans l’expérimentation et la recherche formelle (Nouveau Roman et théâtre de l’Absurde) ou elle perd son âme dans les récits engagés (id est après avoir collaboré, on continue, toujours plus à l’Est), ou bien, comme dans les récits de Beckett, elle célèbre la prosternation, les borborygmes, la communication impossible : les personnages ne savent pas parler, ne se parlent plus ou, quand ils parlent, ils éructent. Aucun des écrivains de la seconde moitié du XXe siècle n’a saisi dans son œuvre l’histoire qui se faisait et les transformations qui affectaient en profondeur la France. Pendant les Cinquante glorieuses du XIXe siècle, il en est allé autrement, grâce à Zola. Alors que la France de Flaubert et de Maupassant est rurale ou bourgeoise, stable, fixe, en partie immobile, que celle de Huysmans et des décadents est pâle, blême, blafarde, éthérée, fatiguée, malade, tuberculeuse, la France de Zola est travaillée en profondeur par les forces de l’histoire et du progrès économique, culturel, social. Elle se modernise sous l’effet des industries minières - du charbon surtout (Germinal). Son territoire se rétrécit avec la multiplication des chemins de fer (La Bête humaine) et des machines à vapeur. L’agriculture aussi change, surtout dans les grandes plaines du Bassin parisien (La Terre), de sorte que, chaque nuit, des tonnes de produits de la terre sont apportées dans la capitale pour nourrir une population croissante qui a grand faim (Le Ventre de Paris). Le commerce est touché. L’offre croît pour satisfaire une demande vive et toujours plus forte (Au Bonheur des dames). On construit, on fait du neuf, on aménage, on consomme, on creuse, on perce, on accumule du capital, on veut toujours plus d’énergie, on épargne. Une énergie qui semble inépuisable alimente ces transformations. Zola est l’écrivain de cette énergie, celle que brûlent les machines à vapeur certes, mais aussi celle qui fait vivre les Français. La force qui est en eux et les pousse au bonheur ne se ramène pas aux seules pulsions sexuelles ou physiologiques. Elle est mentale. Grâce à elle, les déshérités et les laissés pour compte, malgré la pauvreté, survivent. Dans tous ses romans, une énergie débordante et foisonnante s’empare des hommes et des femmes (Nana), les a fait aller de l’avant dans le bien comme dans le mal, les pousse à agir pour préserver leur vie ou pour se détruire (L’Assommoir). En bref, le peuple avance, il prend des initiatives, il entreprend, il investit, il travaille. Quand il n’a pas d’argent, il emprunte. Toute la famille se met à la tâche pour produire des biens. Ce peuple travailleur fait l’histoire et comme il se forge un destin, il fait des enfants, de nombreux enfants, qu’il aime.
Surtout, ce en quoi Zola est un grand écrivain, il met toute son énergie créatrice, son énergie d’artiste ou d’écrivain ou de poète, pour représenter l’énergie qui agite la France des Cinquante glorieuses. Aucun romancier ne montre une maîtrise aussi parfaite de la narration. Jamais l’art du récit n’avait atteint ces sommets. Zola mêle la description et la narration. Plus exactement, il fait fusionner narration et description. Il décrit en racontant ou il raconte en décrivant. Il invente une « machine narrative » alimentée par une énergie analogue à celle qui transforme le pays ou qui fait avancer les locomotives. Les rails posés, la machine fait progresser le récit, donne une existence aux personnages, fait surgir l’espace, montre l’histoire en train de se faire. Relisons le début de La Terre : en quelques pages, montrant Jean le paysan parcourant une pièce de terre située dans un paysage d’open field et décrivant le geste auguste du semeur, Zola met en place tous les thèmes qui sont développés dans les quelque quatre cents pages qui suivent.
Ce qui fait la grandeur et la réussite du cycle des Rougon-Macquart n’est pas l’histoire d’une famille dégénérée, mais, sur un mode qui atteint au lyrisme (celui de la chair, de la matière, de l’énergie), et dans le cadre historique de la révolution industrielle, l’épopée de la France qui se fait. Le peuple français, qui sait lire, et les autres peuples du monde ne s’y sont pas trompés : depuis un siècle, ils font un triomphe continu aux romans de Zola. Lire Zola sans prévention permet de comprendre la fascination qu’il a exercée sur les romanciers du XXe siècle, aussi bien en France que dans le monde, où il a été, entre autres écrivains, pour le Brésilien Jorge Amado ou l’Egyptien Naguib Mahfouz, un modèle.
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14 novembre 2010
Vitriol
Il est emprunté dès la fin du XIe siècle, comme pétrole de petroleum (cf. la note « pétrole ») au latin vitriolum en usage dans les sciences du Moyen Age, vitriolum signifiant « huile de verre ». Littré, dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77), en donne une définition assez claire : « Nom vulgaire de divers sels métalliques, qui ont aujourd'hui le nom chimique de sulfates », « particulièrement, le vitriol, le sulfate de cuivre, le vitriol ammoniacal, le sulfate d’ammoniaque, le vitriol blanc ou vitriol de Goulard ou vitriol de zinc, le sulfate de zinc, le vitriol bleu ou vitriol de Chypre ou vitriol de Vénus, le sulfate de cuivre, le vitriol calcaire, le sulfate de chaux, le vitriol de fer, de plomb, etc. sulfate de fer, de plomb, etc., le vitriol vert, vitriol martial, les sulfates de fer » et « l’huile de vitriol, l’acide sulfurique concentré », alors que les académiciens semblent n’avoir aucune idée de ce qu’étaient l’alchimie et la chimie, comme en témoignent les définitions de vitriol : « Espèce de minéral qui est acide » (1694) ou « sel austère et astringent, formé par l’union d’un métal et d'un acide qu’on nomme vitriolique » (1762, Féraud 1788, 1798 : le vitriol blanc est celui qui est fait avec du zinc ; le vitriol bleu est fait avec le cuivre et Le vitriol vert est celui où il entre du fer et que l’on nomme aussi vitriol martial, ou couperose »).
C’est le développement de la chimie, sous l’impulsion de Guyton de Morveau et de Lavoisier, cet homme des Lumières qui a été coupé en deux par les terroristes, qui a rendu caduques ces anciennes dénominations, comme le notent les académiciens (DAF, 1835) : « Nom donné, dans l’ancienne chimie (comprendre l’alchimie), aux sulfates ou sels composés d’oxydes métalliques et d’acide sulfurique ou vitriolique » (« On appelait vitriol blanc celui qui est fait avec du zinc (sulfate de zinc) ; vitriol bleu celui qui est fait avec du cuivre (sulfate de cuivre) ; vitriol vert, vitriol martial celui où il entre du fer et qu’on nomme aussi couperose (sulfate de fer) ; etc. ; huile de vitriol l’acide sulfurique concentré »). Les alchimistes usaient du syntagme « faire le vitriol » pour désigner le processus qui consiste ou consisterait « à séparer le pur et l’impur de la matière philosophale » (in Littré, op. cit.). La quasi-totalité de ces emplois pour désigner des sulfates sont tenus pour vieillis dans la langue française actuelle (cf. Trésor de la langue française, 1971-94, dictionnaire dans lequel sont établis, comme chez Littré, des équivalences entre les termes de l’ancienne chimie et ceux qui sont en usage aujourd’hui dans les sciences).
Littré est le premier lexicographe qui ait noté l’emploi figuré de vitriol, commun dans la langue des critiques, que Littré ne glose pas mais qu’il illustre d’un extrait de Voltaire (in Candide) : « C’est du vitriol, c’est du feu qui coulent dans leurs veines », les académiciens l’ignorant ou ne jugeant pas opportun de le relever dans leur dictionnaire. En revanche, les auteurs du TLF (1971-94) l’enregistrent : « Par métaphore : « la calomnie est un acide qui défigure, c’est un vitriol de l’âme » (La Varende, 1955) et « Locution figurée au vitriol : « en parlant d’un écrit, d’un propos, d’un dessin, etc., caustique, virulent » (synonymes corrosif, mordant). Cette locution a sans doute perdu de sa force en même temps que s’effaçait l’ancienne chimie et que plus personne ne sait ce qu’est le vitriol. En revanche, si, dans « au vitriol », le nom était remplacé par acide sulfurique, peut-être la locution retrouverait de sa vigueur perdue, chacun connaissant par expérience la force du principe corrosif que renferme cet acide.
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