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        <title>Nouvelle Langue Française - la_lumiere_des_livres</title>
        <description>Dissoudre l'idéologie qui alimente la NLF</description>
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        <lastBuildDate>Mon, 30 Jun 2008 05:45:43 +0200</lastBuildDate>
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                <title>Lumière des livres 17, Jacques Rossi</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Sat, 19 Apr 2008 07:51:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Jacques Rossi, notre Soljenitsyne (1909-2004)&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Garamond&quot;&gt;Jacques Rossi, &lt;i&gt;Le Manuel du Goulag&lt;/i&gt;, dictionnaire historique, traduit du russe, le cherche midi, 1997&amp;nbsp;; &lt;i&gt;Qu’elle était belle cette utopie&lt;/i&gt;, Chroniques du Goulag, le cherche midi, 2000&amp;nbsp;; en collaboration avec Michèle Sarde, &lt;i&gt;Jacques, le Français, pour mémoire du Goulag&lt;/i&gt;, le cherche midi, 2002.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Soljenitsyne est célèbre. Jacques Rossi est méconnu, bien que ses écrits lui vaillent une reconnaissance émue de la part de ceux qui, dans les pays où a sévi le communisme, honorent la mémoire bafouée des millions de malheureux qu’une Sphinge démente a sacrifiés pour satisfaire des lubies. Jacques Rossi compte parmi les meilleurs connaisseurs du système mis en place par Lénine et Trotski après le coup d’Etat d’octobre 1917. En France, l’indignation est à géométrie variable. C’est la race ou la nationalité ou les intentions supposées des bourreaux qui rendent les crimes contre l’humanité ou haïssables ou aimables. Le tort de Jacques Rossi est de témoigner sur les crimes que les bien pensants légitiment. Voilà pourquoi il est ignoré, en dépit de la force de son témoignage, de la rigueur avec laquelle il expose les faits, de la précision de sa mémoire ou du talent littéraire, fait d’ironie et de froideur, dont il fait preuve dans &lt;i&gt;Le Manuel du Goulag&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Qu’elle était belle cette utopie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Comment est-il devenu expert du communisme&amp;nbsp;? Il est né en 1909. Sa mère était issue d’une famille d’artisans de Bourg-en-Bresse&amp;nbsp;; son père, qu’il n’a jamais connu (mort noyé semble-t-il), était italien. Jeune veuve, sa mère a épousé un riche Polonais, grand propriétaire terrien, qui avait fait des études d’architecture en France. Rossi a donc connu, à partir de 1918, dans la Pologne libre, et jusqu’à la mort de sa mère, une enfance dorée dans les châteaux, les hôtels de luxe, les villes cosmopolites parmi les domestiques et les gouvernantes. Effrayé par les inégalités sociales qu’il y a observées, il a adhéré au communisme et comme il estt polyglotte et a appris les bonnes manières, l’Internationale communiste (le Komintern) a fait de lui un agent jusqu’en 1937, année où il a été emporté dans les grandes purges et condamné, lui qui a vendu son âme à la révolution, pour espionnage en faveur de la France et de la Pologne. Il aurait dû rester au Goulag jusqu’en 1971&amp;nbsp;; il en est libéré en 1957, après la mort de Staline, et assigné en résidence à Samarkand, en Ouzbékistan, jusqu’en 1961. Réhabilité, il est autorisé à revenir en Pologne. En 1979, les autorités polonaises lui accordent un visa de sortie pour la France, le pays de sa mère, où il s’est consacré, jusqu’à sa mort, en 2004, à la rédaction de ses livres.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Jacques Rossi n’a pas de ressentiment. A la différence de millions de malheureux morts dans les glaces de Sibérie, lui, il n’est pas une victime. Il a été un agent de la révolution&amp;nbsp;; il a voulu ce qui lui est arrivé. S’il n’avait pas été condamné au Goulag, resté léniniste, il aurait infecté le monde. De ce point de vue, l’expérience lui a dessillé les yeux.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;De son œuvre, se dégage la certitude qu’il existe une nature humaine, dont les bien pensants essaient de nous faire accroire depuis un demi siècle qu’elle est un pur produit de l’idéologie bourgeoise. Qu’est-ce qui caractérise cette nature&amp;nbsp;de l’homme ? D’abord, comme l’ont pensé les moralistes français des XVIIe et XVIIIe siècles, ce qui définit l’homme, c’est la force de l’esprit, force qui, suivant les circonstances et les moments, le porte à l’erreur ou à faire le mal et aux actes purs ou désintéressés. Les illusions, les chimères, l’imagination sont si puissantes que la connaissance des réalités, même les plus criminelles, les plus absurdes, les plus contraires à la justice humaine, n’ont pas convaincu des millions d’hommes à renoncer au communisme. &quot;Moi qui n’avais encore que quelques heures de carrière au Goulag, j’étais toujours aussi stupidement entêté. Quand on persistait à décider que la vérité n’était pas ce qu’elle était, qu’elle n’était que ce qu’on voulait absolument qu’elle soit, alors on s’éloignait de la vérité jusqu'à l’aveuglement, jusqu'à la destruction de soi et des autres&quot; (&lt;i&gt;Jacques, le Français&lt;/i&gt;, p 124). Il lui a fallu du temps - cinq ou six ans de Goulag - pour renoncer à son &quot;idéal&quot; et prendre conscience, en écoutant les témoignages des codétenus paysans et ouvriers, réduits à l’esclavage pour des broutilles, que cet idéal frelaté n’était pas différent de celui que les nazis ont imposé à l’Europe pendant 5 ans.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Son œuvre maîtresse en trois volumes, &lt;i&gt;Le Manuel du Goulag&lt;/i&gt;, qui était quasiment achevée en 1979, a été publiée en russe en 1987 à Londres, rééditée à Moscou en 1991, publiée en anglais en 1989 et en japonais en 1996. C’est en 1997 seulement, dix-huit ans après le retour de Jacques Rossi en France et dix ans après la publication du &lt;i&gt;Manuel du Goulag&lt;/i&gt; en russe, que le livre a été publié en français, et encore dans une version simplifiée, les éditeurs se désistant les uns après les autres, par complaisance envers le communisme ou par crainte du qu’en dira-t-on dans le VIe arrondissement de Paris ou par peur des représailles que les communistes et leurs affidés, très puissants parmi les bien pensants, ne manqueraient pas de leur faire subir. &quot;Le crime impossible à pardonner, écrit-il dans les dernières pages de &lt;i&gt;Jacques, le Français&lt;/i&gt; (p 377), c’est celui des intellectuels des pays libres, capables de s’informer, capables d’apprécier l’ampleur de l’utopie, et qui, pour se faire plaisir, pour étaler leur sagesse ou leur intelligence, ont continué à entraîner les autres dans leur chimère, un chemin qui ne peut aboutir qu’à ce cloaque où j’ai échoué avec tant d’autres (...) Et tous ces intellectuels, soi-disant maîtres à penser, qui continuaient pour leur image et leur confort intellectuel, d’applaudir à ce système scélérat&amp;nbsp;!&quot; Autrement dit, c’est par amour propre, dilection de soi, narcissisme, idolâtrie de sa propre image, que des hommes influents et plus ou moins intelligents ont, pendant près d’un siècle, adhéré à un système criminel. Au XVIIe siècle, La Rochefoucauld jugeait déjà, dans ses &lt;i&gt;Maximes&lt;/i&gt;, que l’amour-propre était le moteur déterminant des actions humaines les plus basses et les plus viles. L’expérience du Goulag en apporte à Rossi la confirmation.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Dans l’avant-propos du &lt;i&gt;Manuel&lt;/i&gt;, il se demande comment le système criminel que Lénine a mis en place a pu durer près de trois-quarts de siècle&amp;nbsp;: &quot;c’est tout d’abord grâce à la terreur mise en oeuvre contre le peuple soviétique lui-même, et aussi grâce au mensonge et au bluff exercés sans limites et sans vergogne à l’égard du monde entier&quot;. &quot;Les sommités intellectuelles occidentales&quot; qui ont usé &quot;de tout le poids de leur notoriété&quot; pour protéger le système l’ont fait perdurer, uniquement pour satisfaire leur petit ego.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Comme Pascal, Jacques Rossi tient l’homme (dans ce qu’il a de naturel et sur quoi la culture, l’éducation, la civilisation n’ont pas de prise) pour un mélange de boue et d’or. De ce point de vue,&amp;nbsp;il se démarque de la leçon que Chalamov, auteur des &lt;i&gt;Récits de Kolyma&lt;/i&gt;, tire des années qu’il a passées au Goulag et selon qui l’expérience concentrationnaire avilit les hommes au point que personne n’en sort indemne. Tout est boue. Tous sont prêts à dénoncer ou à se vendre pour une bouchée de pain. Tous sont veules, lâches, indignes, aussi cruels que des fauves, etc. les gardiens comme les détenus. Au contraire, Jacques Rossi raconte les actes de courage inouï dont il a été le témoin. L’homme est aussi capable de générosité et d’amitié désintéressée&amp;nbsp;: c’est dans les glaces de Sibérie que lui, l’ancien agent du Komintern, formé au mensonge et à la dissimulation, donc à commettre les actes les plus vils au nom d’un idéal de pacotille, a connu les amitiés les plus fortes, en particulier avec des Japonais ou des ressortissants des colonies asiatiques de l’empire soviétique.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les communistes ont manipulé la langue russe pour faire dire aux mots le contraire de ce qu’ils signifiaient. La langue a été pourrie, sapée, pervertie. &quot;Le mensonge, écrit-il dans &lt;i&gt;Jacques, le Français&lt;/i&gt;, c’est comme la circulation du sang. On substitue le mot &lt;i&gt;formulaire&lt;/i&gt; à &lt;i&gt;prisonnier&lt;/i&gt;&amp;nbsp;; on remplace &lt;i&gt;prisonnier politique&lt;/i&gt; par &lt;i&gt;ennemi du peuple&lt;/i&gt;. Le tour est joué. Le tour se joue à tous les niveaux&quot;. Ce mensonge institué est nommé &lt;i&gt;toufta,&lt;/i&gt; acronyme de TFT, les initiales de trois mots russes qui signifient &quot;travail physique pénible&quot;. La &lt;i&gt;toufta&lt;/i&gt; a été instituée quand Staline a déclaré réalisés les idéaux marxistes léninistes&amp;nbsp;: seul le mensonge pouvait rendre conforme la réalité à la déclaration. Dans &lt;i&gt;Le Manuel du Goulag&lt;/i&gt;, il fait porter la responsabilité du mensonge institué sur Lénine&amp;nbsp;: &quot;Les conditions préalables à l’épanouissement de la &lt;i&gt;toufta&lt;/i&gt; sont créées par Lénine, lorsqu’il déclare à la Xe conférence du Parti en 1921&amp;nbsp;: &quot;Si jamais les bolcheviks réussissaient à prouver la supériorité du système économique communiste sur le système capitaliste, nous aurions gagné à l’échelle mondiale une fois pour toutes&quot;. Bien que ce soit une utopie évidente, les disciples de Lénine décident d’agir comme si c’était la réalité, ce qui engendre inévitablement la &lt;i&gt;toufta&lt;/i&gt;, le mensonge et la terreur d’Etat&quot;. En bref, c’est la méthode Coué appliquée à la politique. Seule l’ironie permet de rétablir le vrai sens des mots. Il suffit de les entendre dans le sens contraire à celui que les autorités leur donnent. Feues les républiques démocratiques et populaires étaient tout ce que l’on veut, des tyrannies, des oligarchies, des bureaucraties, sauf des républiques et bien entendu, elles étaient autant impopulaires qu’antidémocratiques.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Jacques Rossi connaît le communisme de l’intérieur, à la fois comme militant et détenu, de son adhésion en 1926 jusqu'à son retour en France en 1979, soit pendant 54 ans. En 1961, autorisé à revenir en Pologne, il a été réintégré avec les honneurs, en sa qualité de victime polonaise, dans les rangs du POUP, grâce à quoi il a obtenu un emploi de traducteur et un appartement et a pu commencer ses recherches. Il n’est pas hostile au communisme de façon primaire ou viscérale par amour de la tradition, par intérêt ou par foi religieuse. La critique qu’il en fait est fondée sur les faits&amp;nbsp;: les faits, d’abord les faits, rien que les faits. C’est donc une critique raisonnée, froide, lucide, chirurgicale, rigoureuse, qui établit la nocivité du communisme dans ses fondements et ses effets. C’est pourquoi les autorités soviétiques, redoutant qu’il ne dévoile la vérité, l’ont retenu le plus longtemps possible en URSS. Toute l’URSS était un Goulag ou, comme les poupées russes, un emboîtement de Goulags. Les Soviétiques étaient détenus. Et paradoxe, les détenus étaient plus libres de penser ou de réfléchir, et mieux informés des événements et des réalités du monde que ceux qui vaquaient à leurs occupations de l’autre côté des barbelés et au-delà des miradors. &quot;Le seul espace où le totalitarisme soviétique présentait un visage sans masque, écrit-il dans l’avant-propos du &lt;i&gt;Manuel&lt;/i&gt;, était le Goulag, où l'on était &quot;en famille&quot;, où il n'était plus nécessaire de faire des manières... Pendant soixante-dix ans, le Goulag a servi de laboratoire secret au régime soviétique, qui a pu ainsi y pratiquer des expériences sociopolitiques sur des millions de cobayes humains dans le but de créer une société idéale : garde à vous et pensée unique&quot;. L’essence du communisme, là où il se révèle pour ce qu’il est, là où sa nature apparaît nue, là où il est vrai et sans fard, là où il cesse d’être discours pour se réaliser, c’est le Goulag, c’est-à-dire l’enfermement de tous, la réduction des hommes à leur seule force de travail, l’esclavage rétabli. Au XIXe siècle, les paysans russes ont été pour la plupart d’entre eux les serfs&amp;nbsp;de quelques boyards. Au XXe siècle, la quasi totalité des Soviétiques ont été les serfs de l’Etat communiste.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <guid isPermaLink="true">http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2007/11/28/entretien-d-arouet-le-jeune-avec-raphael-dargent.html</guid>
                <title>Entretien d'Arouet le Jeune avec Raphaël Dargent</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Wed, 28 Nov 2007 08:30:00 +0100</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;Rencontre d'Arouet le Jeune avec Raphaël Dargent&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;site &lt;a href=&quot;http://www.jeune-france.org/&quot;&gt;http://www.jeune-france.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;A propos de &lt;b&gt;&lt;i&gt;De la nouvelle langue française&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, Editions Muychkine, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Raphaël Dargent.&lt;/strong&gt; – Votre ouvrage s’intéresse à un phénomène essentiel que les défenseurs de la France, et au-delà les défenseurs de la liberté de l’esprit, se doivent en effet de mettre au jour et d’analyser&amp;nbsp;: ce phénomène est celui de la perversion de la langue française – vous parlez de NLF, nouvelle langue française. Pour révéler cette dénaturation de la langue, son travestissement, vous comparez les définitions du &lt;i&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/i&gt; d’Emile Littré, rédigé entre 1863 et 1872 et celles du &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; écrit par nos modernes lexicographes et linguistes entre 1972 et 1994. La comparaison est éclairante&amp;nbsp;: le sens commun et populaire de certains mots a considérablement varié, au bénéfice le plus souvent d’une lecture idéologique de ceux-ci. Comment expliquer ce phénomène qui s’établit sur un peu plus d’un siècle, de la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle au début du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Arouet le Jeune&lt;/strong&gt;. - J’ai un double objet d’étude : la langue et les dictionnaires ou, plus exactement, la langue, telle qu’elle peut être saisie ou se donne à voir dans les dictionnaires publiés au cours des quatre derniers siècles&amp;nbsp;: Nicot en 1606, Richelet en 1680, Furetière en 1690, Féraud en 1788, les éditions du &lt;i&gt;Dictionnaire de l’Académie française&lt;/i&gt; de 1694 à aujourd’hui, le &lt;i&gt;Dictionnaire universel&lt;/i&gt; de Trévoux (1704, 1721, 1771), &lt;i&gt;L’Encyclopédie&lt;/i&gt; de d’Alembert et Diderot (1751-65), le &lt;i&gt;Dictionnaire de la Langue française&lt;/i&gt; de Littré (1863-77) et le &lt;i&gt;Trésor de la Langue française&lt;/i&gt; (1972-94). Nos concitoyens ont une confiance aveugle dans les dictionnaires. A mon sens, ils ont tort. Il suffit de comparer la première édition (1694) du &lt;i&gt;Dictionnaire de l’Académie française&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Dictionnaire universel&lt;/i&gt; publié en 1690 (déloyalement, ont jugé les académiciens) par Furetière, membre de l’Académie française (ou bien le &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; de Trévoux et &lt;i&gt;l’Encyclopédie&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: l’un rédigé par des jésuites et des religieux, l’autre par les hommes des Lumières, rationalistes et sourdement hostiles au christianisme), pour prendre conscience que les auteurs de dictionnaires, à cause des choix, conscients ou non, qu’ils font, de la conception qu’ils ont de la langue, de l’idée qu’ils se font d’un dictionnaire, peuvent restituer différemment la même langue, et parfois dans des proportions si divergentes que l’on est en droit de se demander si la langue restituée, décrite, analysée, en dépit du nom qu’elle porte – langue française - est une ou est la même d’un dictionnaire à l’autre ou même si cette langue a une identité. Dans le &lt;i&gt;Dictionnaire de l’Académie française&lt;/i&gt;, de 1694 à 1935, la langue française apparaît relativement stable, en dépit de l’évolution qu’elle subit et que les académiciens notent&amp;nbsp;: en tout cas, elle conserve une identité, elle ne semble pas être devenue une autre langue. Le &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; de Littré date de la seconde moitié du XIXe siècle&amp;nbsp;; le &lt;i&gt;Trésor de la Langue française&lt;/i&gt; de la seconde moitié du XXe siècle. Un peu plus d’un siècle les sépare. C’est peu.&amp;nbsp;En théorie, ils décrivent, le plus objectivement possible (croient-ils), la langue française, mais le résultat est si différent que l’on peut se demander s’ils décrivent la même langue. Certes, leurs moyens matériels ne sont pas comparables&amp;nbsp;: Littré était seul&amp;nbsp;; les linguistes du TLF sont nombreux&amp;nbsp;; Littré travaillait à la plume&amp;nbsp;; les linguistes du TLF bénéficient de dépouillements informatisés de textes innombrables&amp;nbsp;; etc. Certes aussi, la langue française a évolué au XXe siècle dans des proportions d’une ampleur inconnue jusque-là.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Depuis plus d’un siècle, est opposée à une saisie diachronique de la langue, ou historique, à travers le temps, une analyse synchronique&amp;nbsp;: un état de la langue à un moment donné de son histoire. Le &lt;i&gt;Trésor de la Langue française&lt;/i&gt; est un dictionnaire de la langue française du XIXe et du XXe siècle&amp;nbsp;: il est synchronique&amp;nbsp;; certes, les limites fixées (deux siècles) sont larges&amp;nbsp;; certes aussi, l’étude synchronique est complétée par une étude diachronique dans la rubrique &quot;&amp;nbsp;étymologie et histoire&amp;nbsp;&quot; qui termine chaque article. Mais l’ambition est bien synchronique. Littré rédige un dictionnaire panchronique&amp;nbsp;: il saisit la langue française, non pas telle qu’elle évolue avec le temps ou l’histoire, mais telle que les divers siècles l’ont façonnée. Il saisit la langue, hors des &quot;&amp;nbsp;états&amp;nbsp;&quot; qui ont été les siens au cours de l’histoire&amp;nbsp;: certes, c’est surtout la langue des XVIIe, XVIIIe et du début du XIXe siècle qu’il saisit, mais aussi, dans une partie improprement nommée &quot;&amp;nbsp;historique&amp;nbsp;&quot;, les emplois de la langue du XIe au XVIe siècle. C’est cette ambition qui est la mienne&amp;nbsp;: saisir la langue dans tous ses états, en utilisant tous les dictionnaires disponibles, en particulier ceux qui forment une &quot;&amp;nbsp;série&amp;nbsp;&quot; (les neuf éditions du &lt;i&gt;Dictionnaire de l’Académie française&lt;/i&gt;, par exemple), ou, pour dire les choses en termes de géologie, dans toutes ses strates, tout en sachant qu’aucune de ces strates n’est imperméable et que le sens, parti des strates les plus anciennes, traverse les strates historiques pour nourrir, vivifier, informer les strates actuelles.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les linguistes&amp;nbsp;enseignent que la langue est une structure faite d’unités de divers niveaux, emboîtées les unes dans les autres&amp;nbsp;; une structure qui a ses propres lois et des lois propres qui régissent son évolution et qui s’appliquent aveuglément, hors de toute volonté humaine. Les locuteurs ou sujets parlants (en fait les Français) n’ont pas de prise sur cette évolution&amp;nbsp;; en vain, certains essaient de la retarder, en énonçant des règles ou en les enseignant. Or, ce que montrent les dictionnaires, quand ils sont consultés &quot;&amp;nbsp;en série&amp;nbsp;&quot; suivant l’ordre chronologique, disons de 1690 à aujourd’hui, c’est que les hommes – certains hommes&amp;nbsp;: les instruits, les savants, les docteurs, etc. – sont de vrais logothètes&amp;nbsp;(des législateurs de la langue)&amp;nbsp;; ils ont un pouvoir sur la langue, ils fabriquent de nombreux mots, ils &quot;&amp;nbsp;agissent&amp;nbsp;&quot; sur le sens des mots existants. Il serait fait interdiction aux hommes de régir leur propre langue et ceux-là mêmes qui énoncent le tabou sont justement ceux qui s’arrogent le droit de forcer les significations. Prenons l’exemple d’un mot qui nous semble familier et anodin, &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt;. Il est enregistré dans le &lt;i&gt;Dictionnaire de l’Académie française&lt;/i&gt; en 1762 comme un &quot;&amp;nbsp;terme de statique et de dynamique&amp;nbsp;&quot;&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;action, force par laquelle un corps tend à se mouvoir vers un côté, ou à pousser un autre corps qui l’en empêche&amp;nbsp;&quot;. C’est par ce nom qu’on a d’abord désigné la force de gravité ou la loi de la gravitation universelle de Newton. Dans &lt;i&gt;L’Encyclopédie&lt;/i&gt; (1751-65), &lt;i&gt;gravitation&lt;/i&gt; est glosé par &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;&lt;i&gt;gravitation&lt;/i&gt;, en terme de physique, signifie proprement l’&lt;i&gt;effet&lt;/i&gt; de la gravité ou la &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt; qu’un corps a vers un autre par la force de sa gravité&amp;nbsp;&quot;. Qu’observe-t-on&amp;nbsp;au XXe siècle&amp;nbsp;? Le nom &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt; délaisse le domaine de la physique et des sciences exactes pour coloniser les sciences humaines et sociales et pour désigner les forces qui régissent l’homme (tendances psychologiques, inconscientes, politiques, etc.), la société (tendances à l’uniformité, de la mode, etc.), l’économie (tendances du CAC 40), la démographie, etc. Le triomphe de &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt; est dû à deux causes&amp;nbsp;: les spécialistes de &quot;&amp;nbsp;sciences humaines et sociales&amp;nbsp;&quot; pillent les vraies sciences pour faire savant ou se grimer en savants&amp;nbsp;; ils diffusent de l’homme une vision purement déterministe&amp;nbsp;; les lois physiques de la gravitation, qui sont universelles et auxquelles aucun corps n’échappe, régiraient l’esprit, les pulsions, le cœur, l’âme des hommes. Cette conception de l’homme est objectivement &quot;&amp;nbsp;réactionnaire&amp;nbsp;&quot;. Or elle est le fait de prétendus &quot;&amp;nbsp;progressistes&amp;nbsp;&quot;, éclairés ou illuminés (c’est selon…), qui n’exaltent en paroles la liberté que pour la nier en vérité. Voilà ce qu’apprend la NLF&amp;nbsp;: ce n’est pas rien.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Raphaël Dargent&lt;/strong&gt;. – Modifier la langue, la contourner, la retourner, la dénaturer parfois intégralement, c’est, on le sait, le propre de toutes les entreprises totalitaires. Pour justifier votre propre démarche, vous faites d’ailleurs explicitement référence dans votre préface aux travaux de Victor Klemperer quand il décryptait la LTI (&lt;i&gt;Lingua Tertii Impérii&lt;/i&gt; ou Langue du III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Reich) ou à ceux de Jacques Rossi quand, dans son &lt;i&gt;Manuel du Goulag&lt;/i&gt;, il qualifiait la langue soviétique de TFT ou toufta, sigle de trois mots russes signifiant &quot;&amp;nbsp;travail physique pénible&amp;nbsp;&quot;. Allemagne nazie, Russie soviétique, la situation de la langue en France aujourd’hui est-elle comparable&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Arouet le Jeune.&lt;/strong&gt; - Oui et non. Non, parce que les situations concrètes ne sont pas comparables. Il n’y a pas en France une police de la pensée comparable à celle qui a sévi en Allemagne ou en URSS (ou ailleurs), pas de censure, pas d’inquisition, pas de parti unique (encore que), pas de media uniques (encore que..), pas de terreur, comparables à ceux ou celles qui ont opprimé les Allemands, les Russes, les Polonais, les Chinois, etc.&amp;nbsp;: il n’est fait obligation à personne d’employer les mots du pouvoir, même si l’emploi de tel ou tel mot, jugé impur ou déclaré tabou, peut valoir force ennuis à quelques imprudents ou à des naïfs qui n’ont pas compris la nouvelle &quot;&amp;nbsp;règle du jeu&amp;nbsp;&quot;. Nous ne sommes pas encore dans la situation décrite par Kravchenko dans &lt;i&gt;J’ai choisi la liberté&lt;/i&gt;&amp;nbsp;(1947) : &quot;&amp;nbsp;Nous autres, Communistes, dans les milieux du Parti, avions toujours grand soin d’éluder &quot;&amp;nbsp;l’horrible tragédie des régions agricoles&amp;nbsp;&quot; d’Ukraine ou de la tourner adroitement, à grand renfort d’euphémismes ronflants empruntés au sabir du Parti&amp;nbsp;: nous parlions du &quot;&amp;nbsp;front paysan&amp;nbsp;&quot;, de la &quot;&amp;nbsp;menace koulak&amp;nbsp;&quot;, du &quot;&amp;nbsp;socialisme de village&amp;nbsp;&quot; ou de la &quot;&amp;nbsp;lutte des classes&amp;nbsp;&quot;... Pour n’avoir pas à nous désavouer nous-mêmes, il nous fallait bien cacher la réalité sous un camouflage de mots&amp;nbsp;&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Je suis très frappé par l’universalité du marxisme léninisme. Où qu’il se soit établi dans le monde (en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique), toujours contre la volonté des citoyens, il a transformé le pays dont il s’est emparé en vaste prison&amp;nbsp;: terreur, haine religieuse, camps de concentration ou d’extermination, meurtres de masse, déplacements de population (quand le peuple dit &quot;&amp;nbsp;non&amp;nbsp;&quot;, on change de peuple), corruption, censure, bêtise, gabegie, famine, langue pervertie, etc. Partout la même cause produit les mêmes effets, quels que soient le climat, les croyances, les peuples, les substrats ethniques, etc. On peut dire ironiquement que le marxisme est bien la science qu’il a prétendu être et qu’aucune idéologie n’a atteint un tel degré de scientificité. Il n’y a donc pas de raison pour que la France soit épargnée et que les mêmes effets – mensonges institués, langue de bois, perversion du sens, dénégation du réel, idéologie officielle assénée, etc. - n’affectent pas la langue, les idées, la pensée, là où (sciences sociales, militants, associations lucratives sans but, milieux socioculturels, etc. ) cette idéologie est dominante, ayant parfois éliminé toute pensée. C’est, entre autres leçons, ce qu’apprennent les phénomènes verbaux désignés par le sigle NLF. Les faits avérés, à savoir l’emprise croissante des &quot;&amp;nbsp;sciences&amp;nbsp;humaines et sociales&amp;nbsp;&quot;, des media de masse, des marchands, sur la langue, sur les significations inouïes, sur les emplois nouveaux de mots anciens, résultent de l’émergence au XIXe siècle d’une nouvelle religion, sociale, solidaire, immanente, occultiste, qui triomphe au XXe siècle. Cette religion a besoin d’un vocabulaire qu’elle emprunte (en les pillant) à la théologie catholique, aux sciences dures, au droit. De fait, les &quot;&amp;nbsp;sciences&amp;nbsp;sociales et humaines&amp;nbsp;&quot; sont un ersatz de théologie&amp;nbsp;: une théologie dégradée, sans transcendance, ni révélation. Elles sont chargées de diffuser cette nouvelle religion, grâce à d’innombrables &quot;&amp;nbsp;chercheurs&amp;nbsp;&quot;, experts, éducateurs en tout genre, agitateurs, militants ou acteurs, qui forment un clergé, nouveau et nombreux, rémunéré par l’Etat ou les collectivités publiques et entièrement à la charge des citoyens.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Raphaël Dargent&lt;/strong&gt;. – Une de vos entrées s’intitule &quot;&amp;nbsp; &lt;i&gt;Ce pays&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: nommer la France&amp;nbsp;&quot;. Depuis plusieurs années, j’ai noté moi aussi cette façon étrange qu’ont adoptée certains politiques ou adeptes des sciences humaines ou sociales d’éluder jusqu’au nom de notre nation. Les Besancenot, Laguiller, Buffet et consorts ont bien du mal en effet à simplement dire&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;&lt;i&gt;la France&lt;/i&gt;&amp;nbsp;&quot;. Avec &quot;&amp;nbsp;&lt;i&gt;ce pays&lt;/i&gt;&amp;nbsp;&quot;, ils réduisent la France à une surface géographique, une étendue de sol – d’autres depuis longtemps parlent d’&amp;nbsp;&quot;&amp;nbsp;hexagone&amp;nbsp;&quot; quand certains géographes préfèrent le terme d’&amp;nbsp;&quot;&amp;nbsp;espace&amp;nbsp;&quot; à celui de &quot;&amp;nbsp;territoire&amp;nbsp;&quot;. Somme toute, à les entendre, &lt;i&gt;ce pays&lt;/i&gt; pourrait être n’importe quel pays, l’enracinement, l’origine, la culture et l’histoire nationales ne comptant pour rien pour nos &quot;&amp;nbsp;sans frontières–sans limites&amp;nbsp;&quot; qui exècrent le patriotisme. Cette NLF n’est-elle pas en réalité une NLAF, une &lt;i&gt;nouvelle langue anti-française&lt;/i&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Arouet le Jeune.&lt;/strong&gt; - Je crois que la volonté ou l’incapacité (je ne sais si le phénomène relève du vouloir ou du pouvoir) de ne plus appeler les choses par leur nom, comme La Fontaine le dit à propos du &quot;&amp;nbsp;mal qui répand la terreur&amp;nbsp;&quot; dans &lt;i&gt;Les animaux malades de la peste&lt;/i&gt;, ou de ne plus nommer un pays de son nom propre résulte d’un tabou en cours de formation qui annonce la perspective proche d’une liquidation du pays. Quant à &quot;&amp;nbsp;anti-française&amp;nbsp;&quot;, tout dépend du sens que vous donnez au préfixe &quot;&amp;nbsp;anti&amp;nbsp;&quot;. Si vous y donnez un sens négatif ou privatif ou le sens d’hostilité, alors, non, la NLF n’est pas anti-française - du moins en tant que langue. Si &quot;&amp;nbsp;anti&amp;nbsp;&quot; a pour sens &quot;&amp;nbsp;qui empêche la langue d’être ce qu’elle est&amp;nbsp;&quot; ou de &quot;&amp;nbsp;remplir ses fonctions symboliques&amp;nbsp;&quot;, alors, oui, dans ce sens, mais dans ce sens seulement, on peut dire que cette langue est &quot;&amp;nbsp;anti-française&amp;nbsp;&quot;&amp;nbsp;: je dirais plutôt que c’est une anti-langue. Elle va à l’encontre de ce qu’a été la langue française, du moins chez les écrivains et parmi les gens du peuple.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Raphaël Dargent&lt;/strong&gt;. – Je me suis souvent demandé à lire votre ouvrage si cette NLF n’était pas aussi d’une certaine façon une NLO, une &lt;i&gt;nouvelle langue occidentale&lt;/i&gt;, ou au moins une NLE, une &lt;i&gt;nouvelle langue européenne&lt;/i&gt;. Car on retrouve, au moins en partie, dans d’autres pays les mêmes perversions du vocabulaire. Le sentimentalisme bien-pensant, le gauchisme rampant, le droit-de-l’hommisme triomphant investissent les langues et toute la pensée occidentale, au moins européenne. La Charte des Droits fondamentaux et autres textes institutionnels européens sont pleins de cette soupe linguistique. Y a-t-il réellement une particularité française en la matière, une intensité proprement française d’un phénomène occidental, ou au moins européen&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Arouet le Jeune&lt;/strong&gt;. - Vous avez raison pour ce qui est de la &quot;&amp;nbsp;soupe linguistique&amp;nbsp;&quot;, encore que j’éprouve quelques réserves à reprendre cette métaphore – eu égard à l’excellence de ce mets qu’est la soupe et au rôle qu’il a joué dans l’histoire des Français&amp;nbsp;: un &quot;&amp;nbsp;brouet verbal&amp;nbsp;&quot;, dirons-nous. Chacun a lu les documents pondus par les services de l’Union européenne (charte des droits fondamentaux de l’Union - de l’Union, mais pas des hommes, Constitution de 2005, nouveau traité, etc.). Notre réaction, quand nous essayons de les lire, est&amp;nbsp;: dans quelle langue est-ce écrit&amp;nbsp;? On ne reconnaît pas le français, comme les citoyens des autres pays d’Europe ne reconnaissent pas dans les documents qu’ils reçoivent (et, ne nous abusons pas, que personne ne lit – et surtout pas les députés ou les ministres) la langue qui est la leur. La solution est de traduire en français ces textes qui ont pourtant été déjà traduits en français (de l’anglais en français). Il faudrait des logiciels de traduction automatique français – français ou anglais – anglais, allemand – allemand… Il est possible de ramener ces documents à quelques propositions intelligibles et écrites dans un français naturel. Le phénomène nommé NLF est distinct de ce jargon. La langue dans laquelle sont écrits les documents européens est du français comme le soviétique était du russe&amp;nbsp;: une langue artificielle, purement conceptuelle, juridique, qui ne réfère à rien, sinon à des principes, à de bonnes intentions, à des professions de foi, à des velléités. En fait, ces textes tentent de construire avec les seuls mots un ensemble politique &quot;&amp;nbsp;de papier&amp;nbsp;&quot;, qui n’est pas viable, dont les peuples ne veulent pas et qui s’effondrera un jour, de lui-même, comme l’URSS.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;A la fin des années 1950, René Etiemble, qui a connu un bref moment de célébrité, en 1964, lors de la publication de son livre (admirable) &lt;i&gt;Parlez-vous franglais&amp;nbsp;?&lt;/i&gt;, avait alors pour objet d’étude (entre autres objets) ce qu’il nommait le babélien&amp;nbsp;: une langue mondiale, formée pour moitié de mots anglo-américains et, suivant les pays, de français, d’allemand, d’italien, d’espagnol, si bien que les langues ainsi formées avaient des caractéristiques communes&amp;nbsp;: le denglish en Allemagne, le franglais en France, l’italglese en Italie, le Spanglish en Espagne, etc. Le phénomène, en partie mondial, se caractérise par le même abus de mots empruntés à langue des affaires, de la finance, de l’industrie, de l’économie, du marketing, de la technique, du sport, de la mode, du management, de la publicité. La NLF n’est pas le résultat d’un métissage de langues, comme le franglais. C’est un phénomène différent, et plus inquiétant aussi, qui affecte la pensée, les concepts, la science, le droit, la vision de l’homme et du monde, etc.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Soit l’exemple de &lt;i&gt;populisme&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;populiste&lt;/i&gt;. Voilà deux mots qui, à Sciences-Po ou chez les commentateurs distingués ou dans les thèses, servent à disqualifier ou à diaboliser des idées, une pensée ou un programme politique. Ils ne désignent rien, ils sont purement évaluatifs – en l’occurrence toujours en mal. Cela n’a pas toujours été ainsi. Il a existé dans les années 1900-1930 des écrivains &lt;i&gt;populistes&lt;/i&gt;, qui situaient l’action de leurs romans, non dans les salons de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie d’affaires, mais dans les faubourgs, parmi les artisans et les ouvriers&amp;nbsp;; Sartre a même obtenu le Prix du roman populiste pour &lt;i&gt;La Nausée&lt;/i&gt;. Les noms &lt;i&gt;populiste&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;populisme&lt;/i&gt; ont d’abord désigné dans les années 1880 les jeunes Russes (et les idées qu’ils exprimaient), souvent instruits, parfois issus de l’aristocratie, qui désiraient rendre aux moujiks leur dignité, en leur apprenant à lire et à écrire, en adoptant leur costume, en défendant leurs droits, en les éduquant. De nombreux personnages des romans de Tolstoï sont des populistes, tous honorables, un peu idéalistes peut-être, mais généreux, ouverts aux autres, attachants, etc. C’est Lénine et les léninistes qui, une fois parvenus au pouvoir, ont exterminé par les moyens connus (prison, balle dans la tête, camp de travail, censure, terreur, etc.) les populistes et fait du populisme un crime contre l’Etat et contre l’idéologie soviétique. &quot;&amp;nbsp;L’aliénation&amp;nbsp;&quot; (au sens marxiste du terme) intellectuelle et verbale est si générale en France que même des libéraux ou des commentateurs qui ne sont pas suspects de complaisance vis-à-vis du marxisme léninisme se plient, de façon irréfléchie, comme des perroquets ou comme s’ils avaient subi un lavage de cerveau, aux oukases des léninistes, en dénigrant à leur tour le populisme.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Soit encore l’exemple de &lt;i&gt;purisme&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;puriste&lt;/i&gt;. Ce nom a été formé en 1586 pour désigner celui qui jugeait sa foi, sa croyance, sa vision du monde plus pures que celle des autres, s’arrogeant le droit d’égorger les impurs. Les guerres de religion&amp;nbsp;alors faisaient rage. Dans les années 1620-1650, des écrivains, des grammairiens, des femmes (les &quot;&amp;nbsp;précieuses&amp;nbsp;&quot;), Malherbe, Vaugelas, Balzac, etc., désireux d’éviter le retour des guerres de religion, ont établi des règles en matière de politesse, de savoir-vivre, de langue. Ils ont évacué de la langue les grossièretés, les expressions de haine, les incorrections. Ils ont été nommés &lt;i&gt;puristes&lt;/i&gt;, improprement, puisqu’ils entendaient éviter tout retour du purisme religieux. Leur entreprise n’a guère été comprise. Les académiciens, dans toutes les éditions de leur Dictionnaire, de 1694 à aujourd’hui, expriment leur défiance vis-à-vis des puristes (ce sont les pédants, les professeurs, les grammairiens qui sont puristes, pas les écrivains) et du purisme&amp;nbsp;: le &quot;&amp;nbsp;défaut de celui qui affecte trop la pureté du langage&amp;nbsp;&quot;. Or, aujourd’hui, c’est contre les académiciens (et tous ceux qui expriment leur attachement à la langue) qu’est retournée l’accusation de purisme, toujours par les mêmes pédants, docteurs en Sorbonne, savants, etc. et sans que le crime qui leur est reproché, à savoir &quot;&amp;nbsp;la pureté de la langue&amp;nbsp;&quot;, soit défini. Au XVIIe s., la pureté de la langue était un rempart contre les folies meurtrières engendrées par la foi. Au XXe siècle, le pureté de la foi n’a plus de réalité, sauf dans l’islam&amp;nbsp;; la pureté de la langue évoque la pureté de la race, la pureté de sang, la purification ethnique, et autres manifestations de &quot;&amp;nbsp;racisme&amp;nbsp;&quot;. Le piège des mots se referme sur ceux qui, justement, ne veulent pas que les mots soient utilisés comme des armes et ce sont les vrais puristes – ceux de la foi religieuse convertis dans l’idéologie&amp;nbsp;(ils ont basculé d’une religion à une autre) – qui retournent cyniquement le crime de pureté contre ceux que leur pureté idéologique indispose.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Raphaël Dargent&lt;/strong&gt;. – Pour qualifier cette langue pervertie, vous parlez de NLF, nouvelle langue française. Un certain Eric Hazan, selon le même principe que vous, mais en adoptant un point de vue contraire, un point de vue gauchiste, dénonce lui la LQR, &lt;i&gt;Lingua Quintae Respublicae&lt;/i&gt;, langue de la V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; République. Cet auteur ne dit d’ailleurs pas que des bêtises même s’il en dit beaucoup et même si son présupposé – la responsabilité de la V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; république dans la perversion de la langue – est fallacieux. Pour simplifier, disons que vous dénoncez dans votre ouvrage une perversion &quot;&amp;nbsp;de gauche&amp;nbsp;&quot; de la langue&amp;nbsp;quand Hazan dénonce une perversion &quot;&amp;nbsp;de droite&amp;nbsp;&quot;. Je me demande si sur ce point vous n’avez pas raison tous les deux, si vous ne détenez pas chacun une partie de la vérité. Ne croyez-vous pas que ce phénomène de perversion de la langue est également voulu par tous les idéologues qu’ils soient ultralibéraux ou gauchistes&amp;nbsp;? Que si ces deux perversions, de gauche et de droite, apparaissent certes comme différentes, et même opposées, elles constituent en réalité la même perversion, une perversion double en quelque sorte, qui comporterait deux volets, un volet gauchiste, à la fois droits-de-l’hommiste, égalitariste, immigrationniste, et un volet ultralibéral, fait de dérégulation, déréglementation, désétatisation, dénationalisation, le tout au service d’un totalitarisme mou, qu’il faudrait qualifier moins grossièrement que &quot;&amp;nbsp;libéral-libertaire&amp;nbsp;&quot;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Arouet le Jeune&lt;/strong&gt;. - Un écrivain et philologue, assez talentueux, Charles Nodier, a, dans la première moitié du XIXe siècle, observé un phénomène qu’il a nommé &quot;&amp;nbsp;nouvelle langue française&amp;nbsp;&quot; - langue qui, selon lui, était faite de solécismes (ou constructions syntaxiques incorrectes), de barbarismes (mots mal formés), d’emprunts à l’anglais (&lt;i&gt;dandy&lt;/i&gt; par exemple) et d’abus de nouveaux termes scientifiques&amp;nbsp;: ceux de la chimie (la terminologie de Lavoisier), de la botanique (la classification de Linné) ou de la médecine. Nodier a observé que des mots nouveaux (et en partie artificiels) étaient en usage depuis la fin du XVIIIe siècle. Il aurait pu (ou même dû) conclure à l’enrichissement de la langue – objectivement, c’est ce qu’a fait Lavoisier, en créant une nouvelle langue de la chimie et en abandonnant la vieille langue (peut-être pittoresque) de l’alchimie. De même, la décision de nommer les espèces de plantes ou d’animaux par deux noms latins a rationalisé la nomenclature, elle n’a pas perturbé la langue. La NLF affecte le sens, les significations, tout ce qui est d’ordre symbolique et ce qui rend possible la vie de l’esprit – donc notre liberté (de conscience, d’expression, de pensée, d’examen).&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Hazan, dans ce qu’il appelle LQR, étudie la langue française sous la Ve République et non de la langue de la Ve République. Il est facile de se gausser de la droite française&amp;nbsp;: elle ne pense pas ou elle ne pense plus, elle ne fait que répéter les mots d’ordre des financiers et des affairistes&amp;nbsp;: elle verse dans l’économique (et mal)&amp;nbsp;; elle rêve argent, finances, réussite matérielle, même si quelques-uns n’empruntent pas cette voie unique, mais des chemins de traverse, qui, pour le moment, ne mènent nulle part, mais pourraient un jour trouver un passage. Personne n’est dupe de la langue des affairistes&amp;nbsp;ou des économistes ; tout le monde s’en défie&amp;nbsp;; chacun reste sur son quant à soi. Le danger qu’elle représente est largement surévalué.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Je ne voudrais pas non plus abonder dans la caricature qui est faite de la pensée libérale ou du libéralisme. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, &lt;i&gt;libéral&lt;/i&gt; a eu deux sens&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;qui est propre à l’homme libre&amp;nbsp;&quot; (il n’est pas esclave) et &quot;&amp;nbsp;généreux&amp;nbsp;&quot;&amp;nbsp;; appliqué au domaine de la politique, le mot a désigné les institutions et le mode de gouvernement que l’on nomme aujourd’hui &lt;i&gt;démocratiques&lt;/i&gt;. C’est le marxisme qui a rendu haïssables les mots &lt;i&gt;libéralisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;libéral&lt;/i&gt;. Montesquieu, Diderot, Condorcet, Constant, Tocqueville étaient des libéraux&amp;nbsp;: il n’y a rien dans leur pensée qui soit à marquer du fer rouge de la honte.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;J’ai aussi quelques réserves à traiter de la question en termes de droite ou de gauche, lesquels sont vides de toute signification. Voilà plus de 40 ans que j’exerce mes activités professionnelles avec des gens qui sont à 90 % de gauche ou d’extrême gauche ou dans des institutions qu’ils contrôlent en totalité. Je ne vois pas ce qui dans leur pensée (si tant est qu’ils en aient une), dans leurs actes, dans leurs écrits, dans leurs façons de faire les distingue des prétendus conservateurs&amp;nbsp;: ils pensent et ils parlent comme tout le monde&amp;nbsp;; leur discours (toujours plus de moyens et nos dîmes, nos dîmes, nos dîmes) est le trottoir des Grands Magasins la veille de Noël&amp;nbsp;; etc. Si la gauche rompait avec le communisme et le socialisme, qui n’ont jamais été de gauche, mais qui tiennent, le premier du crime contre l’humanité, le second de la Bêtise ou d’ailleurs (d’Allemagne), et qu’elle renouât avec la nation ou le peuple ou l’histoire ou la Loi ou la République ou la laïcité ou la France ou les Lumières, rien ne me retiendrait de me dire &quot;&amp;nbsp;de gauche&amp;nbsp;&quot;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Raphaël Dargent&lt;/strong&gt;. – Au bout du compte, y a-t-il lieu de s’étonner&amp;nbsp;de cette perversion de la langue&amp;nbsp;? Celle-ci n’est-elle pas dans l’ordre des choses? La langue n’est-elle pas, comme l’Histoire, un instrument politique&amp;nbsp;? N’est-ce pas naïf de croire que dans &quot;la&amp;nbsp;démocratie avancée&amp;nbsp;&quot; la langue ne serait pas un outil au service du pouvoir, de l’idéologie dominante&amp;nbsp;? L’histoire, quoiqu’on en dise, est celle du vainqueur&amp;nbsp;; elle peut être réécrite et elle l’est. Elle peut être instrumentalisée&amp;nbsp;et elle l’est. Regardez cette récente &quot;&amp;nbsp;affaire&amp;nbsp;&quot; Guy Môquet. Regardez, comme la droite au pouvoir, elle-même, reprend les mêmes lieux communs, les mêmes formules creuses, les mêmes euphémismes, oxymores, pour mieux se conformer à l’idéologie ambiante et mieux manipuler, décerveler et modeler les esprits. La langue aussi est réécrite, comme l’Histoire ou l’Ecole sont instrumentalisées. Sans victoire politique, la liberté de l’esprit n’est-elle pas condamnée à n’être qu’une petite voix, un mince filet qui, s’il maintient l’espoir, ne peut rien face au tintamarre de la NLF&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Arouet le Jeune.&lt;/strong&gt; - Sans doute. Dans l’affaire de Guy Môquet, les historiens ne sont pas dupes. Ils savent que ce jeune homme a été arrêté en octobre 40, qu’il était membre des Jeunesses communistes et qu’il propageait la politique du PCF&amp;nbsp;: défense du pacte germano-soviétique, Pologne libérée par les chars soviétiques, fraternisation avec les prolétaires allemands présents sur le sol de la France, un seul ennemi&amp;nbsp;: la bourgeoisie française. C’était classe contre classe. Dans ce cas, il suffit d’établir les faits&amp;nbsp;: ce savoir modeste libère et peut protéger des manipulations. Pourtant des millions de citoyens et d’innombrables journalistes gobent le mensonge du résistant communiste Môquet. Or, le domaine de la NLF est l’en deçà des faits, pourrait-on dire&amp;nbsp;; elle les précède&amp;nbsp;; même en établissant les faits, on ne fait pas disparaître les manipulations qui ont été inscrites dans la langue. Il ne sert à rien d’établir les faits rigoureusement si, ensuite, ces faits sont désignés avec des mots faux ou frelatés. Auquel cas, le savoir ne sert à rien. L’étude de la NLF n’est pas d’ordre politique ou idéologique (sinon accessoirement), mais épistémologique&amp;nbsp;: elle se rapporte à la constitution de savoirs et aux reconstructions &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; de la société, de la langue, des faits sociaux, que diffusent savants, instruits, professeurs, chercheurs, diplômés, Bac + 8 ou plus. Le pseudonyme d’Arouet est un hommage à Voltaire, bien que je ne sois pas voltairien, qui a eu la lucidité, à son époque, de comprendre que les temples consacrés au savoir pouvaient être aussi des antres de l’erreur et de l’obscurantisme et que le jargon des docteurs était, toujours ou presque toujours, l’ample manteau cachant l’hypocrisie ou la déformation du réel ou la soumission à l’ordre des puissants.&lt;/p&gt;
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                <title>Dialogue d'Arouet le Jeune et de son éditeur</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Mon, 29 Oct 2007 07:40:00 +0100</pubDate>
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                    &lt;p&gt;Les éditions Muychkine ont publié d'Arouet le Jeune &lt;em&gt;De la nouvelle langue française&lt;/em&gt;. L'ouvrage est disponible auprès des éditions Muychkine. Consulter le blog de cet éditeur : &lt;a href=&quot;http://muychkine.hautetfort.com/&quot;&gt;http://www.muychkine.hautetfort.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Editeur : Qui êtes vous ? Quel est votre métier ? Sur quoi portent vos ouvrages précédents ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arouet le Jeune. Le goût des humanités m’est venu à l’âge de 14 ans, quand je suis entré en classe de seconde. J’y ai sacrifié le sport et les sciences. Depuis, la passion de l’étude ne m’a jamais quitté – que ce soit les belles-lettres, les langues, l’histoire et ce que je n’ose plus nommer la philosophie&amp;nbsp;: disons le monde des concepts et des idées.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis professeur. Depuis 1975, j’enseigne la langue et la littérature française ou la linguistique française dans diverses universités&amp;nbsp;: en Afrique, en Europe, en France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De moi, ont été publiés un roman, un ouvrage universitaire et près de deux cents articles dans des revues savantes, dont certaines de renommée internationale, en France ou à l’étranger (Italie, Espagne, Allemagne, Proche Orient, Maroc, Etats Unis) ou dans des publications &quot;intellectuelles&quot; destinées au public cultivé (Le Débat, Commentaire, par exemple) sur des sujets dont je suis spécialiste&amp;nbsp;: théorie des écritures, langue, francophonie, poétique des formes…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Editeur :Comment est né le blog de la NLF ? Quelle est la logique qui anime vos contributions sur divers sites Internet ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arouet le Jeune. Ce blog a commencé en décembre 2005. J’estimais que les mots qui désignent des réalités de l’islam (martyr, Allah, prophète, islamisme, terrorisme,&amp;nbsp;islamiste, intégrisme, activisme, assassin, fondamentalisme, mouvance, etc.) étaient ou bien impropres, ou bien objectivement faux, ou bien résultant de traductions au mieux bienveillantes, au pis hagiographiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il se trouve que j’éprouve beaucoup d’estime pour Raphaël Dargent (responsable de la revue Libres et du site &quot;Jeune France&quot;) et pour Paul-Marie Coûteaux (Cahiers de l’Indépendance), ainsi que pour les projets intellectuels et culturels convergents dont ils sont porteurs&amp;nbsp;: renouer avec la pensée de ceux qui, entre juin et décembre 1940, ont dit &quot;non&quot; à l’armistice, à la collaboration, à une France soumise, à une Europe placée sous la coupe du Reich allemand. C’étaient de remarquables intellectuels&amp;nbsp;: De Gaulle bien sûr, mais aussi et, entre autres penseurs, François Jacob, Raymond Aron, Henri de Lubac, le père Fessard. C’est leur pensée oubliée, méconnue, cachée, méprisée et celle de ceux qui se réclament d’eux ou de leur exemple que j’essaie de faire connaître dans ces sites ou ces revues. Ainsi, il est incompréhensible, sauf à l’expliquer par l’action délétère de l’idéologie, que l’un des plus grands penseurs français du XXe siècle – à savoir Henri de Lubac – soit totalement ignoré des professeurs et de leurs élèves et étudiants. C’est le sort que connaissent Péguy, Claudel et Muray. Le même sort a failli arriver à Aron. A la place de ces penseurs, pendant un demi siècle, les malheureux étudiants ont ingurgité des volumes entiers de Sartre, ce Bourget des années 1950-80, dont l’œuvre, si elle était lue à haute voix aujourd’hui sur une scène, provoquerait un grand éclat de rire. Aujourd’hui, ils ingurgitent du Bourdieu à haute dose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui m’a décidé à écrire dans des revues (Libres, Cahiers de l’Indépendance, etc.) ou dans des sites (entre autres&amp;nbsp;: Jeune France), c’est l’accession de Jospin au pouvoir en 1997. Sa loi (14 juillet 1989) a voulu, planifié, organisé la destruction de l’école et le démantèlement des institutions consacrées au savoir, au point que, non seulement dans le vocabulaire (&quot;communauté&quot;, &quot;équipe&quot;, &quot;esprit d’équipe&quot;, etc.), mais dans les faits (l’instruction publique a été mise à mort sous nos yeux), nous sommes plusieurs à penser que Jospin (Jospétain) a fait triompher de façon posthume le pétainisme - sans parler de ses vingt années de militantisme dans le trotskisme imbécile ou que son père ait été déjà pétainiste – par pacifisme obtus certes. Qu’un individu de cet acabit ait pu devenir chef d’un gouvernement français dit plus long que tout discours l’abaissement de la France. Aucun être moral ne pouvait y être insensible&amp;nbsp;: c’est le sens des positions que je prends dans ces revues et sites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Editeur : Vous partez du constat qu'il existe une nouvelle langue française qui escamote le réel. Mais la langue peut-elle jamais atteindre le réel ? Ne peut-elle le toucher que comme étant déjà une interprétation ? Est-ce que, par exemple, une langue qui correspond à une politique dont le but est la modification du réel, doit forcément tomber dans le piège de cette infantilisation généralisée qui nous fait détourner les yeux du monde et prendre les moulins à vent pour des ogres et les outres de vins percées pour une armée blessée ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arouet le Jeune : Tout dépend du sens qui est donné à &quot;atteindre le réel&quot;. La langue ne sera jamais le réel et jamais une langue, quelle qu’elle soit, n’épuisera le réel. En revanche, si les hommes disposent de la faculté de parole, c’est pour parler du réel, pour référer aux choses du monde, pour désigner les objets qui les entourent ou ceux, idéels ou intellectuels, qui sont dans leur esprit. Il n’est pas demandé à la langue de saisir le réel, mais il n’est pas exigé d’elle non plus qu’elle n’en parle jamais ou qu’elle n’en traite que de façon mensongère ou déformée. Autrement dit, ce que j’attends de la langue, ce n’est pas qu’elle contienne le réel (ce qui est impossible), mais qu’elle n’en élude rien et que les hommes, en parlant, puissent référer au monde sans redouter quelque sanction que ce soit et en disant les choses, telles qu’elles sont, sans interdit ni tabou – en bref, qu’elle soit ajustée au réel, et non pas désajustée. La métaphore de l’ajustage (au sens technique de ce terme) me paraît désigner de façon à peu près adéquate la conception que je me fais de la langue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L’infantilisation généralisée, hélas, est un fait. L’expérience du monde – celle des vingt-six dernières années - prouve que, en France même, la langue et les ressources qu’elle offre ont servi à abuser des millions de gens. Le slogan &quot;changer la vie&quot; n’est rien d’autre qu’une énorme blague. Même Flaubert n’aurait pas osé le mettre dans la bouche de ce prince de la Bêtise qu’était Homais. La seule vie qui ait été changée, sur le plan matériel s’entend, a été celle des militants qui avaient le plus d’entregent&amp;nbsp;: à eux, les crédits, les subventions, l’argent public, les promotions, les nominations scandaleuses, les passe droits. Ils ont changé leur vie&amp;nbsp;; ils ont transformé en enfer celle des pauvres. De 1960 à 1980, le pouvoir d’achat du salaire ouvrier moyen a augmenté de 60%. De 1981 à 2002, il a stagné. De même, on nous a seriné &quot;la gauche résistante&quot; pendant trente ans ou plus. Pourquoi&amp;nbsp;? Pour porter au pouvoir suprême un individu, qui a été collabo, pétainiste et, disons les choses sans fioriture, complice de criminels contre l’humanité. Pendant des décennies, on nous a présenté la révocation de l’édit de Nantes (1685) comme la plus grande catastrophe que la France ait connue&amp;nbsp;: plus de deux cent mille protestants ont dû se réfugier à l’étranger. De 1981 à 2002, près de deux millions de Français se sont établis aussi à l’étranger, pour fuir les lois imbéciles qui régissent désormais notre pays et qui équivalent à la révocation d’un pacte national. Pourquoi ceux qui s’indignent de la révocation de 1685 sont-ils ceux-là mêmes qui ont fait partir de France près de deux millions de nos concitoyens, vite remplacés par des illettrés ou des ayants droit venus de tous les pays du monde&amp;nbsp;? Soit les mots &quot;stalinisme&quot;, &quot;stalinien&quot;, &quot;régime stalinien&quot;, etc. répétés à tous les vents du monde, par les trotskistes ou par les bien pensants&amp;nbsp;: à quoi servent-ils&amp;nbsp;? A faire porter le chapeau de la catastrophe du XXe s. à un simulacre et à cacher que les responsables du désastre soviétique et de presque la moitié de l’humanité sont Lénine, Trotski, Marx, etc. Je crois que la langue, les discours, les mots qui avaient cours dans les années 1970-80-90 (et qui ont toujours cours) sont encore plus délirants dans le mensonge ou le déni du réel qu’on ne peut le croire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Editeur : Philippe Muray, dans le &lt;em&gt;XIXème siècle à travers les âges&lt;/em&gt;, révélait le lien historique entre la pensée socialiste et l'occultisme. Il y aurait ce point commun d'une croyance dans le caractère performatif du langage, qu'il suffirait de prononcer un mot pour faire survenir la réalité qui lui correspond. Comment vous situez-vous par rapport à ce constat, pensez-vous que le diagnostic de Muray est encore pertinent pour le monde d'aujourd'hui ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arouet le Jeune. La pensée de Muray&amp;nbsp;ne se ramène pas au lien qu’il établit ou fait apparaître entre le socialisme et l’occultisme. Le cœur de sa pensée se rapporte à la nouvelle religion,&amp;nbsp;immanente, sociale et solidaire, scientiste évidemment, qui émerge, selon lui, à la fin du XVIIIe siècle, du terreau des Lumières, des Illuminés, des croyants dans le magnétisme et l’électricité vitale, etc. L’évolution de la langue française aux XIXe et XXe siècles (emprunt à la science, à la théologie, au droit, d’une partie du vocabulaire de cette nouvelle religion) le confirme. Muray a élaboré ses thèses sur Homo festivus, la fin de l’histoire, le présent éternel, l’indifférenciation généralisée, etc. en lisant tous les jours toute la presse, en prenant des notes, en relevant des expressions ou des formules (formules&amp;nbsp;: comme dans la science ou dans les cérémonies magiques), des façons de parler, des phrases toutes faites, des syntagmes figés, etc., c’est-à-dire aussi en isolant la nouvelle langue de Homo festivus. Le roman &lt;em&gt;On ferme&lt;/em&gt; (injustement méconnu et peu étudié ou jamais cité) est aussi un centon (en franglais&amp;nbsp;: un patchwork ou un manteau d’Arlequin) des phrases, mots, expressions figées, formules, etc. chéris de la modernité festive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Editeur : Quelle est votre définition de l'idéologie ? Est-ce que l'idéologue (entendu comme celui qui étudie l'idéologie, et non pas son incarnation) peut totalement s'affranchir de l'idéologie ? Est-ce que le terme n'est qu'une façon de rejeter la pensée des autres, ou bien existe-t-il un mécanisme propre à l'idéologie que l'on peut décrire ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arouet le Jeune : Bien entendu, je récuse les rengaines que l’on enseigne dans les lycées, les classes préparatoires, les universités depuis quarante ans ou plus et qui forment le &quot;prêt à parler&quot; moderne&amp;nbsp;: deux ou trois générations de jeunes gens ont été formatées à ânonner ce prêt à parler, à savoir la réalité renversée ou déformée, selon Saint Marx&amp;nbsp;; tout le monde a une idéologie&amp;nbsp;;&amp;nbsp;ceux qui nient avoir ou défendre une idéologie sont aussi des idéologues sans le savoir ou des gens &quot;de droite&quot;, etc. Le nom &lt;i&gt;idéologie&lt;/i&gt;&amp;nbsp;est factice&amp;nbsp;: c’est une invention, dans les années 1790, de révolutionnaires sans Révolution ou nostalgiques ou désireux de continuer une révolution impossible. Pour moi, l’idéologie est de la théologie dégradée&amp;nbsp;: c’est la théologie de la nouvelle religion sociale, scientiste, solidaire et occultiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un exemple fera comprendre la conception que je me fais de l’idéologie. Un match de rugby est une réalité sensible pour ceux qui y assistent&amp;nbsp;; il peut devenir une réalité verbale. Il fait parler. On entend trois types de discours&amp;nbsp;: celui des néophytes pleins de bonne volonté (les commentateurs de TF1 par exemple)&amp;nbsp;; celui, passionné, à l’emporte pièce, des supporteurs&amp;nbsp;; celui de quelques connaisseurs ou amateurs éclairés (Lacroix, par exemple, le consultant de TF1). Les deux premiers types de discours semblent si étranges pour un connaisseur, ils sont si éloignés de ce que les connaisseurs ou les amateurs éclairés voient ou ont vu que la réalité du rugby et la réalité tangible, attestée, vérifiable, etc. d’un match de rugby en sont déformées et dénaturées&amp;nbsp;dans un sens totalement délirant. L’idéologie, c’est cela&amp;nbsp;: ce mélange de passion sotte et d’ignorance des faits qui transforme une réalité, quelle qu’elle soit, en épouvantail, en simulacre, en bondieuserie ou en icône pieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, il est possible de prendre ses distances vis-à-vis de toutes les idéologies&amp;nbsp;: il suffit de se reporter aux faits, aux choses, aux réalités. Heidegger&amp;nbsp;ne m’inspire aucune sympathie. Pourtant, il a prononcé en 1938 une conférence lumineuse&amp;nbsp;: &quot;l’époque des conceptions du monde&quot; (recueillie dans &lt;em&gt;Chemins qui ne mènent nulle part&lt;/em&gt;, Tel, Gallimard). Selon lui, les Anciens (Grecs et Romains de l’Antiquité) essayaient de saisir ou d’appréhender (ces deux verbes sont à entendre dans leur sens tangible) la réalité, le réel, le monde physique, sans jamais plaquer sur ces réalités des idées a priori, des idées préalables ou toutes faites, des présupposés, etc. Le monde réel&amp;nbsp;est pour eux plus important que l’idée&amp;nbsp;: il est, il n’est pas une idée. Selon Heidegger, ce sont les modernes qui, à compter du XVIe siècle, se sont donné une &quot;conception du monde&quot;. Les Anciens ne concevaient pas le monde&amp;nbsp;; ils en prenaient connaissance par les sens. Presque physiquement. Les Modernes jugent plus important l’idée du monde que le monde réel. C’est cela aussi l’idéologie. Contrairement à ce que serinent les bien pensants, il est aisé de se libérer (et ce verbe doit être entendu dans un sens fort) de ces représentations a priori du monde&amp;nbsp;: il suffit de regarder le réel sans prévention ni préjugé, non pas pour le nier, mais pour le restituer, le moins infidèlement possible, dans les discours. Voilà pourquoi aussi on a besoin pour parler ou écrire de mots ajustés aux réalités.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &quot;fin des idéologies&quot; est une invention de sociologues ou de diffuseurs du prêt à parler, c’est-à-dire des plus idéologisés de tous les universitaires, que reprennent comme des perroquets les journalistes, qui sont les vecteurs les plus perfides d’idéologies pétrifiées. Pour échapper à l’idéologie, trois attitudes sont possibles&amp;nbsp;: ou bien, à la manière de Flaubert, l’ironie, la distance, le détachement&amp;nbsp;– en particulier vis-à-vis de la nouvelle religion sociale et de ses théologiens que sont les spécialistes de sciences sociales ; ou bien, à la manière de quelques écrivains contemporains (dont Renaud Camus, Richard Millet), une langue singulière, semelfactive, pure ou épurée, au sens où elle est débarrassée de tout débris idéologique&amp;nbsp;; ou bien, le réel, la réalité, la restitution verbale la plus fidèle possible de ce qui est au monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Editeur : A propos de la LTI et de la TOUFTA, ce qui les caractérise est leur subordination directe à un ordre politique organisé qui cherche à répandre sa propagande dans tous les médias qui s'offrent à lui. Dans le cas de la NLF, les choses semblent plus floues: sont-ce de simples âneries qui flottent dans l'air, indépendantes les unes des autres, de telle sorte qu'en parler s'apparenterait plus à composer un nouveau dictionnaires des idées reçues, ou bien cette langue compose-t-elle un véritable corps, correspond-t-elle à une idéologie unique ? Dans ce cas, ne serait-elle pas d'autant plus dangereuse qu'elle ne se comprend pas comme telle, percluse dans la bonne croyance en la fin des idéologies ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arouet le Jeune : L’idée de la NLF s’est imposée à moi après avoir lu il y a une dizaine d’années les ouvrages de Victor Klemperer sur la LTI (la langue du troisième Reich) et de Jacques Rossi (Manuel du Goulag). La vie intellectuelle et culturelle en France étouffe et se flétrit, depuis plus d’un demi siècle, sous la férule de l’idéologie, dite &quot;marxiste léniniste&quot; - comme en URSS, dans les pays de l’Est et en Chine. Dans tous ces pays, des milliers de témoins, souvent des dissidents attestent l’existence d’une nouvelle langue, nommée tantôt novlangue, tantôt toufta, tantôt langue de bois, entièrement formatée, usinée, polie, façonnée par l’idéologie. Le phénomène est universel&amp;nbsp;: partout où l’idéologie marxiste léniniste sévit ou a sévi, elle place ou elle a placé sous sa coupe la langue&amp;nbsp;; elle l’a canalisée&amp;nbsp;; elle l’a châtrée&amp;nbsp;; elle l’a amputée&amp;nbsp;; elle y a interdit de dire quoi que ce soit de vrai&amp;nbsp;; elle a institué le mensonge en vérité officielle. Mon sentiment est que la France et la langue française n’ont pas échappé, du moins dans certains secteurs ou domaines (les sciences sociales, les media, le journalisme, les militants, les associations lucratives sans but, l’idéologie officielle de l’Etat nouveau, etc.) à ce grand laminage ou usinage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Déjà, dans la première moitié du XIXe siècle, des philologues ont eu conscience que les événements qui ont bouleversé la France d’alors avaient aussi bouleversé la langue française. En 1836, dans le &lt;em&gt;Dictionnaire de la conversation&lt;/em&gt;, Charles Nodier avance l’hypothèse d’une nouvelle langue française&amp;nbsp;: ce serait le troisième état de la langue, après le français en usage au Moyen Age et le français classique des XVIIe et XVIIIe siècles. L’intuition est assez juste, mais les notions citées et les exemples analysés ne sont guère probants&amp;nbsp;: des solécismes, des barbarismes, des emprunts, un abus de vocabulaire scientifique. Nodier se gausse de cette NLF (il n’en est pas dupe – ce qui est un progrès, par rapport à Proudhon, Sand, Hugo, etc.), mais il n’avance aucune hypothèse pour en rendre compte&amp;nbsp;; de fait, il cite quelques exemples stupides de NLF, mais il ne l’étudie pas. Or, depuis que Nodier l’a isolé, le phénomène s’est amplifié dans des proportions effrayantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Editeur :Vous n'êtes pas tendre envers la linguistique contemporaine et notamment avec l'idée que le langage ne serait que communication. Pouvez-vous précisez votre position sur ce point ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arouet le Jeune : La linguistique s’est décerné au XXe siècle le statut de science modèle, de science moderne, de science des sciences, suppléant même chez certains idéologues le marxisme. Elle a élaboré des méthodes pour rendre compte d’objets archaïques ou relativement rudimentaires, telles que les langues sans écriture des Indiens d’Amérique, les formes anciennes et non attestées des langues modernes (latin populaire, francique, indo-européen, etc.), les langues des peuples soumis à de grands empires coloniaux (russe, espagnol, français, anglais), et cela, paradoxe étrange, au moment où les écritures occidentales s’enrichissaient d’un nombre inouï de signes (millions de caractères, cartes, écriture de la logique, des mathématiques, de la chimie, de la signalétique, etc.), comme jamais aucune écriture n’en avait connu depuis la fin du néolithique, et qu’elles inventaient d’innombrables processus de signification et de représentation (de réalités conceptuelles ou idéelles et de réalités sensibles), comme jamais l’humanité n’en a bénéficié. Alors que l’écriture, en se généralisant, a fait entrer les peuples européens dans la démocratie, elle a été définie par les anthropologues, dont Lévi-Strauss, comme un instrument d’asservissement ou par les linguistes comme une représentation fausse ou faussée, arbitraire, et même tératologique, de la langue. L’aveuglement est le fondement de la linguistique. Cette science prétendument moderne n’a pas perçu ce qu’il y avait de moderne dans les civilisations européennes, se focalisant sur l’archaïque des langues. Pourtant, elle a servi de modèle à la sémiologie ou aux sciences des signes, c’est-à-dire ce à quoi elle était le plus étranger ou le plus opposé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La réduction de la langue à la communication (ce sont des outils, des moyens, des instruments) est la conséquence de cette pensée. Si la langue est un simple outil (comme le marteau), on peut s’en servir pour mentir, on peut la déformer, on peut la réduire à rien, on peut en chasser toute pensée, on peut y interdire de dire le réel… Elle perd toute dimension symbolique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Editeur : Quels sont les auteurs qui vous ont influencé, non seulement dans votre travail sur la NLF, mais plus généralement ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arouet le Jeune : En général, quand je pense et j’écris, je m’efforce de ne jamais abonder dans le sens des auteurs pour qui j’ai de l’estime&amp;nbsp;; je me défie des influences&amp;nbsp;; je préfère aller à contre courant plutôt que d’être porté par le courant dominant, là où tout le monde se pâme. Je ne cache pas que je lis avec plaisir des auteurs&amp;nbsp;: Diderot et les Encyclopédistes&amp;nbsp;; en général tous les penseurs, de Montaigne à Montesquieu&amp;nbsp;; et chez les Modernes, Jacques Rossi, Klemperer, Benveniste, Henri de Lubac, Muray, Renaud Camus, Rémi Brague&amp;nbsp;; et que je ne peux pas lire les penseurs ou les idéologues des XIXe et XXe siècles (Sand, Hugo, Zola, Proudhon, Breton, Foucault, Sartre, etc.) sans avoir envie d’éclater de rire, tenant leur pensée (leur pensée, je précise&amp;nbsp;: ils peuvent écrire avec talent), comme dirait Flaubert, pour une énorme blague. &amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <title>Lumière des livres 16</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Thu, 17 May 2007 20:05:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/images/medium_Couverture.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/images/medium_Couverture.2.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt; &lt;p&gt;La Presse littéraire, hors-série n° 3, mars avril mai 2007&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Groupe Robert Laffont&lt;br /&gt; 18/24, quai de la Marne&lt;br /&gt; 75164 Paris Cedex 19&lt;br /&gt; tél 01 56 77 57 57&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; site &lt;a rel=&quot;nofollow&quot; target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://www.entreprendre.fr/&quot;&gt;www.entreprendre.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/images/medium_Couverture.3.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/images/medium_Couverture.3.jpg&quot; alt=&quot;medium_Couverture.3.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/images/medium_Dos.2.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/images/medium_Dos.2.jpg&quot; alt=&quot;medium_Dos.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/images/medium_Dos.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Lumière des livres 15</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
                                                <category>La lumière des livres</category>
                                                <pubDate>Fri, 18 Aug 2006 07:48:29 +0200</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;5&quot; face=&quot;Garamond&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Philippe Muray, &lt;i&gt;Le XIXe siècle à travers les âges&lt;/i&gt;, 1984, Denoël&amp;nbsp;; réédition en 1999, Tel, Gallimard&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L’œuvre de Philippe Muray commence à être enfin connue. C’est une excellente nouvelle. Pourtant, dans l’ensemble de son œuvre (romans, essais, pamphlets, poèmes, romans policiers, poèmes), il est un livre qui est moins souvent cité que les autres et qui n’a pas obtenu la notoriété qu’il mérite, bien qu’il ait été réédité en 1999 dans la collection de poche Tel de Gallimard. Il est vrai que le livre est long, qu’il est ardu, qu’il aborde des questions d’esthétique littéraire, de philosophie et d’idéologie et qu’il défend une thèse qui va à rebrousse-poil de tout ce qui est enseigné dans les lycées et les universités depuis un siècle ou plus et de tout ce qui, dans la littérature des XIXe et XXe siècles, est proposé à l’admiration des hommes, qu’ils soient Français ou étrangers. Ce livre, c’est &lt;i&gt;Le XIXe siècle à travers les âges&lt;/i&gt;. Le titre de cet ouvrage de 688 pages exprime la thèse que Muray y défend et que l’on peut formuler de diverses manières : le XXe s continue le XIXe s, ou&amp;nbsp;: nous sommes encore au XIXe s, ou&amp;nbsp;: tout le XXe s se trouve enfermé dans le XIXe s, ou&amp;nbsp;: la matrice, c’est le XIXe s, ou&amp;nbsp;: le XXe s n’est que l’amplification de ce qu’a inventé le XIXe s. Il est vrai qu’au XIXe siècle a été inventé le découpage en siècles de l’histoire, qu’elle soit celle des hommes, des sociétés ou des lettres ou de l’art, ce découpage étant censé rendre compte, mieux que tout autre périodisation, le cours des choses, et qu’il n’est pas injustifié d’en faire la matrice de la conception &lt;em&gt;sécularisée&lt;/em&gt; de l’histoire, dont les invariants se retrouvent tels quels dans tout le XXe siècle. Ainsi, le &lt;em&gt;stupide&lt;/em&gt; XIXe s serait moins stupide qu’on ne le dit, puisqu’il a une féconde postérité en particulier parmi ceux qui, en apparence, le rejettent en paroles ou en discours, se dissimulant à eux-mêmes qu’ils sont les vrais et seuls héritiers du siècle de la Bêtise, ou, s’ils l’ont déclaré &lt;em&gt;stupide&lt;/em&gt;, ce fut surtout pour dissimuler leur propre généalogie de modernes énamourés d’eux-mêmes. De fait, Muray révise totalement l’histoire littéraire des XIXe et XXe s et même de l’histoire de ces deux siècles&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En exergue, Muray cite une phrase de Flaubert&amp;nbsp;qui résume sa thèse : &quot;La Magie croit aux transformations immédiates par la vertu des formules, exactement comme le Socialisme&quot;. C’est au XIXe s que se forme le socialoccultisme, ce mélange détonnant et inouï de socialisme et d’occultisme, et c’est le XXe s qui fait un triomphe éternel à cette idéologie, comme lors de la descente de Mitterrand, à peine élu, une rose au poing, dans la crypte du Panthéon. L’occultisme, c’est le culte des morts, l’Eglise Sainte-Geneviève transformée en Panthéon où sont inhumés les seuls concepteurs du monde nouveau, ce sont les tables tournantes, le dialogue avec les esprits, la nécromancie, la divination, l’astrologie, la sorcellerie, la volonté de tout guérir, fût-ce par le magnétisme ou l’imposition des mains, l’explication de tout événement par le complot, qu’il soit juif, maçonnique, religieux, obscurantiste&amp;nbsp;; le socialisme, qui se marie à cet occultisme, c’est la croyance à la possibilité de créer un ordre social parfait, surtout dans les mots, ordre conforme à l’idéal de progrès et fondé sur le culte des ancêtres, c’est un prophétisme de pacotille annonçant le bonheur de tous, c’est une confiance excessive dans les vertus du Verbe, comme l’exprime si bien le slogan &quot;changer la vie&quot;. Ce socialoccultisme forme une nouvelle religion, admirablement bien exposée par Zola, non pas dans la saga des Rougon-Macquart, mais dans les dernières œuvres&amp;nbsp;: les trois villes et les quatre évangiles, qui forment un nouveau Nouveau Testament parfaitement adapté à la nouvelle Europe, celle qui est partie à la conquête du monde et qui paraît capable de réaliser le vieux rêve prométhéen&amp;nbsp;: unifier l’humanité sous une direction unique et apporter l’harmonie au monde, celle qui célèbre le culte du corps, donne libre cours à ses pulsions, exige le bonheur pour tous, pense les peuples comme des masses qu’il faut mener à la férule. Ces Evangiles nouveaux abolissent les deux Testaments précédents, en particulier celui que Zola nomme &quot;l’évangile sémite de Jésus&quot;. Muray fait commencer cette nouvelle religion en 1786, lorsqu’il a été décidé de fermer le cimetière des Innocents&amp;nbsp;et de transporter la nuit dans des tombereaux lugubres les restes exhumés pour les jeter dans les catacombes, cette exclusion des corps préfigurant les transports de prisonniers jusqu’à la guillotine et de leurs corps partagés en deux jusqu’à la fosse commune.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L’ouvrage est divisé en deux livres. Le Livre premier&amp;nbsp;a pour titre &quot;le XIXe s est devant nous&quot;, le second &quot;le cimetière des éléphants&quot;. Le Livre premier est formé de deux chapitres&amp;nbsp;intitulés &quot;la dixneuviémité&quot; et&amp;nbsp;&quot;homo dixneuviemis&quot;, dans lesquels Muray établit, comme l’indiquent clairement les mots &lt;i&gt;dixneuviémité&lt;/i&gt; (ce qui fait l’essence du XIXe siècle) et &lt;i&gt;homo dixneuviémis&lt;/i&gt; (type d’homme apparu au XIXe siècle et toujours en vigueur de nos jours) les invariants du XIXe s. &quot;à travers les âges&quot;. Le livre second se compose de trois chapitres&amp;nbsp;: &quot;l’art de la fin&quot;, &quot;l’école nécromantique&quot; et &quot;catabases&quot; (descentes aux Enfers suivies d’une remontée illuminante). Il s’agit bien d’une nouvelle religion, formée de science positiviste, d’illuminisme, de croyance dans le progrès social et moral infini et dans l’harmonie du monde, de culte des morts ou des ancêtres, destinée à remplacer l’ancienne, la judéo-chrétienne et qui a réussi dans les faits à la remplacer, préparant ainsi les grandes catastrophes du XXe siècle qu’ont été le socialisme national, le socialisme réel, le racisme, le communisme. Pour Muray, le texte qui analyse le plus lucidement le XIXe siècle et ce qu’est la dixneuviémité, c’est le &lt;i&gt;Syllabus&lt;/i&gt; ou &quot;résumé renfermant les principales erreurs de notre temps qui sont signalées dans les allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques de Notre Très Saint Père le Pape Pie IX&quot;. Ainsi donc, le Vatican n’a pas eu d’autre rôle tout au long du XIXe siècle et aujourd’hui encore que d’analyser en termes lumineux les délires socialoccultistes, spirites, positivistes, scientistes ou nécromanciens du Siècle, qu’il a déchiffré, comme on peut le faire d’un manuscrit archaïque, dans ses profondeurs, dans sa pensée, dans son idéologie, dans ce qu’il a créé.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;De tous les écrivains du XIXe siècle, il n’en est que cinq ou six qui, plus lucides que les autres, ont pris leurs distances par rapport à la nouvelle religion&amp;nbsp;et qui s’en sont gaussés avec une insolence allègre. Ce sont Musset, Chateaubriand, Balzac, Flaubert, Baudelaire et Bloy… Tous les autres en ont été les adeptes joyeux et conscients&amp;nbsp;: Hugo, Sand, Lamartine, Zola, Comte, Leroux, Quinet, Michelet. Voilà qui bouleverse toute l’histoire, littéraire ou idéologique ou politique, du XIXe siècle et, en conséquence,&amp;nbsp;du XXe siècle, qui n’en est que la suite.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <guid isPermaLink="true">http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2006/07/27/lumiere-des-livres-14.html</guid>
                <title>Lumière des livres 14</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Thu, 27 Jul 2006 08:25:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Frances Amelia Yates, &lt;i&gt;The Art of Memory&lt;/i&gt;, 1966&amp;nbsp;; traduction française par Daniel Arasse, &lt;i&gt;L’Art de la mémoire&lt;/i&gt;, Bibliothèque des Histoires, &lt;i&gt;Nrf&lt;/i&gt;, éditions Gallimard, 1975.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Madame Frances Amelia Yates (1899-1981), spécialiste de la Renaissance européenne, a enseigné à l’Institut Warburg de l’Université de Londres. Outre ses travaux sur la pensée occultiste et le néo-platonisme du XVIe siècle, deux livres l’ont rendue célèbre dans le monde&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Giodarno Bruno et la Tradition hermétique&lt;/i&gt; (1964) et &lt;i&gt;L’Art de la mémoire&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;The Art of Memory&lt;/i&gt;, 1966). Pourquoi relire un ouvrage publié il y a quarante ans, alors que les&amp;nbsp;ouvrages de sciences humaines sont, pour la plupart d’entre eux, obsolètes au bout de deux ans ? C’est que &lt;i&gt;L’Art de la Mémoire&lt;/i&gt; est un livre fondateur, toujours neuf et jeune, comme une eau de source. Mme Yates aborde une question méconnue et qui nous concerne tous, puisque l’instruction que nous avons suivie a été fondée en partie sur la maîtrise de techniques de mémorisation, que ce soit l’apprentissage par cœur, l’acquisition d’une méthode ou la visualisation par des sommaires ou des tables de résumés analytiques de connaissances. L’art de la mémoire n’a jamais formé une discipline&amp;nbsp;propre. Au cours de l’histoire de l’Occident, il a été lié à diverses disciplines&amp;nbsp;: l’éloquence, l’invention littéraire, l’anthropologie, la rhétorique ou la maîtrise de la parole publique, la peinture, l’architecture, la philosophie, la morale, la théologie. Autrement dit, étudier, comme le fait Mme Yates, à la fois les principes de cet art, tels qu’ils ont été établis dans l’Antiquité et, plus particulièrement, dans l’&lt;i&gt;Ad Herennium&lt;/i&gt;, ouvrage anonyme écrit en 80 avant le début de l’ère chrétienne, et longtemps attribué à Cicéron, puis les avatars qu’a subis cet art au Moyen Age et à la Renaissance, c’est aussi étudier ce qui a fondé la pensée, la transmission, l’éducation, l’art – et donc tenter de comprendre à la fois ce que nous sommes ou ce qui fait l’essence de la culture en Occident et, en comparant ce qui fut à ce qui est, de comprendre ce que nous sommes devenus.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les auteurs de l’Antiquité distinguaient à juste titre deux mémoires&amp;nbsp;: la mémoire dite &lt;i&gt;naturelle&lt;/i&gt;, celle qui fait que nous nous souvenons de tel fait passé, de tels mots dits ou entendus, de telles réalités anciennes ou disparues, et la mémoire dite &lt;i&gt;artificielle&lt;/i&gt; – celle qui forme l’art de la mémoire – ou ensemble de techniques grâce auxquelles nous pouvons trouver ou découvrir des idées, des pensées, des choses, des mots, des connaissances, les intégrer à notre présent et nous en souvenir. Mme Yates tient à distinguer l’art de la mémoire de la mnémotechnique, comme la phrase factice &lt;i&gt;mais où est donc Ornicar&amp;nbsp;?&lt;/i&gt; faite des conjonctions de coordination&amp;nbsp;de la grammaire française : &lt;i&gt;mais, ou, et, donc, or, ni, car&lt;/i&gt;. C’est un art qui suppose une pensée, une transmission et aussi une invention ou la possibilité d’inventer des formes visuelles ou verbales. Bien entendu, cet art apparaît en Grèce et à Rome dans des sociétés dont les caractéristiques sont&amp;nbsp;un usage presque exclusif de la parole, le coût élevé des supports de l’écriture, les tablettes de cire sur lesquelles des notes sont graves, difficiles à stocker et qu’il faut effacer. La mémoire (artificielle) est l’une des cinq étapes (&lt;i&gt;inventio, dispositio, élocutio, memoria, acta&lt;/i&gt;) de l’art de persuader, ou rhétorique, auquel étaient initiés ceux qui avaient à prononcer des discours en public, que ce soit&amp;nbsp;dans les procès (judiciaire), dans les assemblées (délibératif) ou lors de cérémonies (épidictique). Ce sont surtout les ouvrages écrits par les Romains et sans doute inspirés par des ouvrages grecs qui ont été conservés&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Ad Herennium&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;De Oratore&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;De Inventione&lt;/i&gt; de Cicéron et &lt;i&gt;L’institution oratoire&lt;/i&gt; de Quintilien, lequel est moins enthousiaste que Cicéron sur les bienfaits de l’art de la mémoire.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L’art de la mémoire, c’est l’art de trouver des lieux adéquats et d’y disposer des images parlantes. Ainsi, pour trouver des arguments propres à persuader et s’en souvenir, il fallait se représenter mentalement un bâtiment, villa ou temple, fait de plusieurs lieux obligés&amp;nbsp;: atrium, péristyle, salle à manger, cuisine, chambres à coucher, etc. Dans chacun de ces lieux, disposés dans un ordre connu, était placée une image parlante, de préférence une image effrayante, qu’il était aisé de se remémorer et qui était en relation avec les faits à évoquer ou avec un argument décisif. On distinguait deux sortes d’images, les images de choses et les images de mots. Lorsqu’il prononçait son discours, l’orateur n’avait plus qu’à se représenter les lieux et les images&amp;nbsp;: il pouvait ainsi, sans hésiter, déployer ses arguments et convaincre son auditoire. Ce qui justifiait cet art fondé sur les lieux et les images, c’était le constat que l’on souvenait plus facilement de ce que l’on avait vu que de ce que l’on avait entendu et que le sens de la vue était plus efficace que les autres sens pour graver dans son esprit les faits, les idées (ce mot vient d’un mot grec qui signifie &quot;&amp;nbsp;voir&amp;nbsp;&quot;), les mots.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Au Moyen Age, cet art survit, mais il se transforme, et cela, pour plusieurs raisons. D’abord, les sociétés ont changé. Ensuite, les textes antiques ont, pour une part importante d’entre eux, disparu&amp;nbsp;; ou ils sont tronqués. &lt;i&gt;Ad Herennium&lt;/i&gt; est connu, mais il y manque des parties. Enfin, l’art de la mémoire est déplacé de la rhétorique (où il prend tout son sens) à l’éthique. Ce sont les Dominicains et leurs inspirateurs, les philosophes scolastiques, Albert le Grand, Saint Thomas d’Aquin, qui font de la mémoire une question d’éthique et remplacent la recherche d’arguments propres à persuader par ce qu’ils nomment les intentions spirituelles. Ils opèrent ce déplacement, en alléguant l’autorité de Cicéron qui classe la mémoire comme une vertu dépendant, avec l’intelligence et la providence, de la prudence. De fait, les lieux et les images de l’art antique de la mémoire, &lt;i&gt;laïque&lt;/i&gt; et indépendant de toute croyance, sont utilisés pour se remémorer le système des vertus chrétiennes et des vices opposés et pour alimenter les représentations du Paradis et de l’Enfer. La peinture des XIIIe et XIVe siècles en est nourrie. Les fresques de l’église Santa Maria Novella à Florence ou celles qu’a peintes Giotto dans la chapelle Arena à Padoue, entre autres, sont pleines d’images de vertus (la Charité) ou de vices (l’Envie) placées bien en vue dans un cadre et dans un lieu donné, comme l’enseignaient les &lt;i&gt;Ars memorativa&lt;/i&gt; de cette époque. &lt;i&gt;La Divine Comédie&lt;/i&gt; de Dante ou &lt;i&gt;Le Roman de la Rose&lt;/i&gt; tiennent en partie ce qu’ils sont de cet art de la mémoire.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;A la Renaissance, les innombrables arts de la mémoire qui sont publiés se débarrassent de l’ambition mystique qui animait les Dominicains. De même les lieux et les images utilisés pour se remémorer les choses et les mots changent&amp;nbsp;: ce ne sont plus les églises, mais les théâtres, dont les célèbres théâtres de la mémoire de Camillo et de Fludd (le &lt;i&gt;Globe Theater&lt;/i&gt; de Shakespeare). Hostile à cette mémoire des lieux et des images, de plus en plus complexe, représentée de plus en plus souvent par des cercles concentriques, comme chez Raymond Lulle, le protestant Ramus développe une mnémotechnique fondée sur les diagrammes, les arbres, les sommaires, l’écriture, qui annonce les méthodes modernes de mémorisation. La mémoire peu à peu s’efface, comme moyen de connaissance, devant la méthode. C’est à la fin du XVIe siècle que le mot &lt;i&gt;méthode&lt;/i&gt; se généralise. Descartes donne à cette rupture un fondement philosophique.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;On comprend mieux, après avoir lu ce livre, pourquoi il est urgent de le relire (ou, si ce n’est déjà fait, de le lire). Mme Yates change la vision que nous avons de la Renaissance, non pas celle de la rationalité et des langues vulgaires, à laquelle l’enseignement nous a initiés, mais une Renaissance&amp;nbsp;hostile à la scolastique, faite de textes en latin, marquée par la spéculation philosophique, par l’occultisme (Giordano Bruno), par la recherche effrénée d’images et d’emblèmes, par la magie. &lt;i&gt;A posteriori&lt;/i&gt;, ce livre révèle en négatif les impostures de la mémoire, de la repentance mémorielle, des injonctions à la vigilance (les &quot;&amp;nbsp;yeux ouverts&amp;nbsp;&quot;) afin d’éviter que le passé se reproduise, etc. Ces injonctions (esclavage, rôle négatif de la France outremer, CRS SS, etc.) n’ont rien de l’art antique de la mémoire, qui était laïque&amp;nbsp;; toutes idéologiques, elles tentent de contraindre chaque citoyen, non pas à se remémorer quoi que ce soit, ni même à découvrir ou à trouver de nouvelles formes, mais à intérioriser l’idéologie officielle ou dominante ou celle des Puissants. Si l’art de la mémoire moderne tient d’une mémoire, c’est des Dominicains&amp;nbsp;: les intentions spirituelles, les vertus et les vices, le Paradis et l’Enfer, la béatification et la diabolisation. Les grands prêtres de la mémoire moderne croient qu’ils sont progressistes&amp;nbsp;; c’est dans Moyen Age de la scolastique triomphante qu’ils plongent.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <guid isPermaLink="true">http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2006/07/04/lumiere-des-livres-13.html</guid>
                <title>Lumière des livres 13</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Tue, 04 Jul 2006 06:20:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pierre Manent, &lt;i&gt;Cours familier de philosophie politique&lt;/i&gt;, collection &quot;l’esprit de la cité&quot;, Fayard, 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Voici un livre admirable. En 346 pages et dans un style clair et facile à lire, en dépit de l'aridité des sujets abordés, Pierre Manent rappelle les principales thèses que les penseurs européens, Rousseau, Kant, Hobbes, Montesquieu, Renan, etc. ont exprimées&amp;nbsp;sur la politique, la nation,&amp;nbsp;le droit, l’Europe, l’égalité, la liberté, la morale. La raison d'être de ces exposés - de type &quot;leçons de sciences politiques&quot; - n'est pas d'exhiber, comme une curiosité rare,&amp;nbsp;une rhétorique universitaire parfaitement maîtrisée. Les thèses sont toujours comparées et confrontées les unes aux autres et exposées à propos de questions&amp;nbsp;actuelles, qui touchent l'organisation de la &quot;cité&quot;, à savoir, par exemple, la construction de l’Europe, la séparation des pouvoirs, le désenchantement du monde, le national-socialisme, les deux guerres mondiales, etc. De fait, Pierre Manent montre, en analysant des faits qui sont source d’interrogations, de doutes ou de polémiques, tels que l’Europe qui se construit ou la barbarie socialiste nationale, que ces faits sont sous-tendus par des enjeux, anciens et connus depuis les Grecs, de philosophie politique&amp;nbsp;(ce en quoi ils sont problématiques) : par exemple, qu’est-ce que la nation&amp;nbsp;? Pourquoi les hommes veulent-ils se gouverner eux-mêmes&amp;nbsp;? Que signifie la nature (humaine) ou les droits naturels&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le véritable intérêt de ce &lt;i&gt;Cours&lt;/i&gt; - ce en quoi il éclaire les lecteurs - est dans les analyses à contre-courant&amp;nbsp;ou inattendues, que l’on est étonné de lire sous la plume d’un auteur qui se présente comme un penseur libéral, disciple de Raymond Aron&amp;nbsp;et proche de l’excellente revue &lt;i&gt;Commentaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Soit deux de ces analyses. Pierre Manent pense et montre que l’homme est un &quot;animal politique&quot; et que sa &quot;nature&quot;, si tant est qu'il en ait une,&amp;nbsp;est d’ordre &quot;politique&quot;, et non&amp;nbsp;pas &quot;biologique&quot; ou autre, ce qui signifie qu'il ne peut vivre qu’en société et que, dans les pays démocratiques modernes, il est habité par une seule ambition&amp;nbsp;: se gouverner lui-même. Sa liberté ne dépend que de lui. Pour être et rester libre, il doit créer lui-même les conditions qui favorisent le maintien et l'extension de sa liberté. Alors que nos ancêtres se pliaient à la loi religieuse, à la contrainte familiale, au lacis des réseaux politiques qui leur étaient imposés et qu'ils ne maîtrisaient pas, comme c’est encore le cas dans de nombreux pays au monde, nous, Français d’aujourd’hui et hommes modernes, nous voulons nous fabriquer un destin qui ne doit rien aux autres et en être à la fois les auteurs et les seuls responsables. Afin de réaliser cet objectif, est mis en place peu à peu un &quot;empire de la morale&quot;, fait du droit que nous revendiquons à&amp;nbsp;nous ingérer dans les affaires d’autrui, surtout si cet autrui est faible, des droits à tout ce que l’on peut imaginer, si bien qu’un &quot;droit à&quot; est devenu un &quot;dû&quot;, des droits nouveaux exigés par les &quot;minorités&quot; sexuelles ou autres, etc. Or, cet empire de la morale est à le contraire&amp;nbsp;de la&amp;nbsp;&quot;politique&quot; qui fait notre &quot;nature&quot;. Ce n’est pas l’empire de la morale qui établit la liberté&amp;nbsp;; bien au contraire, il est facteur de tyrannie&amp;nbsp;; ce n’est pas par l’empire de la morale que l’homme se gouverne lui-même, mais c’est à l’empire de la morale qu’il s’assujettit. Pis, cette morale à toutes les sauces, qui est un frein à la politique, menace les conditions mêmes qui assurent notre liberté.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;C’est au sujet de la nation que ce livre est le plus à contre-courant. La thèse exprimée dans le chapitre V, lequel est consacré à l’analyse de ce que Manent nomme &lt;i&gt;forme-nation&lt;/i&gt;&amp;nbsp;(la nation est une forme, ce n’est pas son contenu ou son sens qui est étudié), a pour point de départ un parallèle entre la cité antique et la nation moderne.&amp;nbsp;La nation&amp;nbsp;offre à des dizaines de millions d’hommes une liberté véritable que la cité antique réservait à quelques centaines de citoyens et c’est dans le cadre formel de la nation que s’est épanouie la démocratie moderne. Rompre avec la nation, pense Manent, ce qui est la tentation moderne, équivaudrait&amp;nbsp;à mettre en péril la démocratie. La nation n’est pas monolithique. Elle peut être fondée ou sur la naissance, l’identité de langue, de sang, de peuple ou sur le droit, la liberté, le &quot;plébiscite de chaque jour&quot;, comme disait Renan. Les Français préfèrent le second paradigme de principes et valeurs (droit, liberté, plébiscite, libre choix) au premier, les Allemands le premier (identité de peuple et de sang) au second. Pourtant, dans la &lt;i&gt;forme nation&lt;/i&gt;, dans le cadre formel qu’est la nation, hors de tout contenu idéologique, ces deux paradigmes, bien qu’ils soient opposés dans la rhétorique politique, ne s’excluent pas l’un l’autre. Ils peuvent coexister, comme l’acquisition de la nationalité en France peut se faire par le droit du sang (la lignée, la durée, les parents, les ancêtres) et par le droit du sol. C’est pourquoi Pierre Manent exprime de nombreuses réserves vis-à-vis de la construction européenne qui s’apparente de plus en plus au rêve naïf et insensé de sortir de la politique, pour entrer dans l’empire de la morale et du droit à tout ce que l’on voudra et à tout le reste, et qui se fait de façon souterraine, sans que les citoyens condamnés au silence soient vraiment consultés sur les décisions que d’autres, les puissants ou les experts, prennent en leur nom.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <guid isPermaLink="true">http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2006/06/13/lumiere-des-livres-10.html</guid>
                <title>Lumière des livres 12</title>
                <link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2006/06/13/lumiere-des-livres-10.html</link>
                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
                                                <category>La lumière des livres</category>
                                                <pubDate>Tue, 13 Jun 2006 07:50:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Nancy Huston, &lt;i&gt;Professeurs de désespoir&lt;/i&gt;, Actes Sud, 2004&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&quot;Au XXVe s, écrit Nancy Huston dans ce &lt;i&gt;Professeurs de désespoir&lt;/i&gt; éblouissant, si tant est que l’espèce humaine survive jusque-là, il est bien possible que notre époque soit perçue comme celle de la &lt;i&gt;Vernichtung&lt;/i&gt; (destruction, anéantissement)&amp;nbsp;: politiciens fous et littérateurs emballés par le même absolutisme destructeur&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Cet absolutisme destructeur&amp;nbsp;qui a emporté l’Allemagne n’est pas le fait des seuls politiciens : il a inspiré et inspire aussi des littérateurs, qui ne sont pas d’obscurs besogneux, puisque, à deux d’entre eux, Beckett et Jelinek, a été décerné le prix Nobel de littérature. Les politiciens fous sont haïs et méprisés&amp;nbsp;: les littérateurs qu’anime la même &lt;i&gt;Vernichtung&lt;/i&gt; sont admirés, vénérés, adulés, honorés, célébrés. Décorations, éloges, récompenses pleuvent sur eux aussi dru que dollars en Arabie. Ce serait peine perdue que d’étudier leur pensée, car de pensée, ils n’en ont pas&amp;nbsp;: ils se contentent de répéter le maître ès rien Schopenhauer. Ils déblatèrent et invectivent à en perdre haleine. Rien ne les retient. Beckett, Cioran, Bernhard, Kundera, Lê, Houellebecq, Jenilek, Angot, Kane, Kertesz, etc. se prendraient ou se seraient pris pour des artistes, ils ne penseraient ou ils n’auraient pensé qu’à l’écriture, ils voueraient ou ils auraient voué leur existence à l’art. Les voilà de pauvres professeurs de désespoir. Ils ne créent pas, ils ressassent. S’ils enseignaient les rudiments d’un savoir, ils feraient un métier honorable. Mais ils n’enseignent rien, sinon le néant, le rien ou le &lt;i&gt;nihil&lt;/i&gt; des Latins, à savoir que, face au néant dans lequel l’humanité s’abîme, il n’y a pas d’autre solution que le suicide. Ils rêvent de mourir jeunes pour jouir plus longtemps de la mort. Bref, leur enseignement se compose de deux ou trois dogmes empruntés à Schopenhauer, qu’ils répètent vulgairement, comme s’ils étaient de petits profs de collège.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les dogmes que ces littérateurs assènent aux lecteurs ou spectateurs&amp;nbsp;sont les nihilisme, &quot;néantisme&quot;, &quot;négativisme&quot;, sortis tout droit du &lt;i&gt;Monde comme volonté et comme représentation&lt;/i&gt;, l’œuvre maîtresse de Schopenhauer (1788-1860). La volonté en question, ce n’est pas le libre arbitre, auquel ne croit pas Schopenhauer et qu’il réduit à un&amp;nbsp;mirage, c’est la&amp;nbsp;loi biologique&amp;nbsp;aveugle de l’espèce, qui détermine chaque être humain. Nous croyons être autonomes, nous sommes les jouets de forces qui nous dépassent, celles du &quot;vouloir&quot; du monde et des choses. De fait, nous ne sommes en rien différents des animaux. Si les Européens n’ont plus conscience de cette vérité première, c’est, croit Schopenhauer, qu’ils ont été anesthésiés par le &lt;i&gt;foetor judaïcus&lt;/i&gt;, car, en plus d’être désespéré, le maître du nihilisme déteste les juifs. La libération, pour lui, c’est la mort qui l’offre&amp;nbsp;: &quot;Loin d’être une négation, le suicide est une très forte affirmation du vouloir vivre. Car le propre de la négation n’est pas d’abhorrer les souffrances, mais bien les jouissances de la vie&quot;&amp;nbsp;; ou &quot;la fin du monde, voilà le salut&quot;. La conclusion tombe comme un couperet de guillotine&amp;nbsp;: &quot;Le seul bonheur est de ne pas naître&quot;. Les femmes, qui osent encore procréer et donner naissance à de futurs hommes, voilà l’ennemi. Le monde est aussi une représentation, ce qui signifie qu’il n’existe pas en tant que tel. Sans les hommes, il n’y aurait pas de monde. Ils n’existent que pour donner une réalité au monde. Ce ne sont pas les hommes qui sont au monde ou qui vivent dans le monde, c’est le monde qui est en eux.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Telle est la pensée dont se repaissent les littérateurs du néant et les dictateurs fous, Thomas Bernhard, Cioran, Jelinek et Hitler, sans que cette proximité éveille chez les bien pensants le moindre soupçon à l’égard des professeurs de désespoir, qui sont intouchables. &quot;Adolf (Hitler) et Thomas (Bernhard) haïssent ce qu’ils aiment. Dans leur langue, cela s’appelle &lt;i&gt;Hassliebe&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: tous deux ont réussi à détourner leur haine de l’objet aimé (le père ou la mère, qui avait failli les tuer) pour la diriger vers un autre, désigné comme l’ennemi. L’ennemi est, pour Hitler, les juifs&amp;nbsp;; pour Bernhard, ce sont les Autrichiens&amp;nbsp;: en fait, par cercles concentriques de grandeur croissante, Salzbourg, l’Autriche, l’espèce humaine, la nature, le monde en général&quot;. Les professeurs de nihilisme, tous antiracistes patentés, sont tout près de sombrer dans le négationnisme, prouvant en fait que, le pire de tous les racismes recensés ou non, dont on constate la vulgaire présence en France, est l’antiracisme, qui se déguise avec les oripeaux de l’anti pour bénéficier de sauf-conduit. &quot;Si, dans les œuvres de Bernhard, le mot &quot;juifs&quot; ou &quot;Noirs&quot; se trouvait à la place de &quot;femmes&quot;, un chœur de protestations s’élèverait&amp;nbsp;; étrangement là où le racisme fait bondir, remarque Nancy Huston, le sexisme passe comme une lettre à la poste&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce que postulent les néantistes se ramène à trois ou quatre postures frustes. C’est d’abord l’élitisme&amp;nbsp;: le littérateur que le nihilisme destructeur inspire se guinde dans les nuées, à mille coudées au-dessus de l’humanité souffrante. C’est ensuite le solipsisme : le nihiliste ne dialogue qu’avec lui-même ou avec des pairs choisis qui l’égalent dans l’expression du désespoir, et, avec ou contre les autres, il invective. C’est surtout la haine qu’il voue aux femmes, dont le crime est de perpétuer l’espèce. Enfin, c’est le mépris qu’il ressent pour la vie terrestre, la vie terre-à-terre, la vie humble, la vie quotidienne, la vie que mènent et qu’ont toujours menée des milliards de semblables. La phrase de Calderon, in &lt;i&gt;La Vie est un songe&lt;/i&gt; (1600), &quot;La plus grande faute de l’homme est d’être né&quot;, résume le fondement dérisoire du néantisme moderne. Pour le nihiliste, il ne saurait y avoir de terme médian. C’est blanc ou noir, toujours noir (les nihilistes sont mélanomanes), jamais gris ou gris blanc ou anthracite, ou tantôt blanc, tantôt noir. C’est immédiatement et sans appel crime inexpiable, faute majeure, péché, mal, malheur, et toujours la condamnation à mort est énoncée sur le ton de l’arrogance qui n’admet ni réplique ni nuance. Le nihiliste prétend qu’il souffre et il déteste ce qui le fait souffrir. Il hait le sexe féminin, les femmes, l’engendrement, et plus que tout, il hait les enfants, la chair, le lien, le souci du monde. C’est dans &quot;râle vagi&quot;, l’expression chère à Beckett, que se cristallise le plus clairement ce nihilisme &lt;i&gt;génophobe&lt;/i&gt; (au sens de &quot;qui hait l’engendrement&quot;) : un vagissement de bébé est un râle de vieillard et inversement.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le mérite et le courage de Nancy Houston – ou, comme on voudra, sa légèreté ou son inconscience (car on ne s’attaque pas impunément à Nadeau, le grand prêtre de la littérature nihiliste, il est rancunier, et comme il est puissant, il va faire aboyer ses chiens de garde) – sont de placer dans la vive lumière du jour les convergences attestées entre les dictateurs fous et les négativistes, entre ceux qui ont détruit l’humanité et ceux qui nient toute humanité à l’homme, entre le facho-racisme archaïque et le nihilisme moderne, un peu comme George Steiner, avant elle, établissait un parallèle entre les déconstructeurs de l’hyper-modernité (si hyper qu’elle en est devenue post) et le nihilisme des socialistes nationaux allemands et internationaux bolcheviques.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Nancy Huston est née dans le Canada anglophone. Elle est devenue écrivain français&amp;nbsp;: elle est l’auteur de romans, de récits et d’essais. Jeune fille, abandonnée par sa mère, vivant une expérience assez semblable à celle des &quot;enfants du refus global&quot; (des Québécois(es) qui, dans les années 1950, ont abandonné leurs enfants pour réaliser leurs rêves de liberté), quoi qu’elle fût moins tragique, lisant &lt;i&gt;La Nausée&lt;/i&gt; de Sartre et &lt;i&gt;L’Etranger&lt;/i&gt; de Camus, elle en reçoit une commotion, qui fait d’elle une bien pensante de gauche. Elle abonde dans les discours dérisoires des jeunes gens de son âge qui jettent leur gourme et se dessalent. Cela dure jusqu’à ce qu’elle donne le jour à des enfants qu’elle élève avec amour. Devenue mère, elle méprise ceux qui puisent chez Schopenhauer de quoi alimenter leur néantisme misogyne et leur mélanomanie génophobe. Son principal mérite est de se démarquer – enfin, à l’âge de 50 ans – de ce qui nourrit depuis plus d’un demi siècle la bonne pensée gauchiste et d’en faire une critique féroce, au lance-flammes.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La réserve que cet ouvrage brillant suscite tient à la vision binaire et fruste que Nancy Huston se fait de la pensée française et européenne. Selon elle, le nihilisme est, depuis deux siècles, l’horizon indépassable de la pensée en Europe continentale. Il n’est pas le seul. Il partage ses privilèges avec l’utopisme. La pensée européenne se réduit à &lt;i&gt;n’est que&lt;/i&gt; (l’homme n’est que barbaque) et à &lt;i&gt;y a qu’à&lt;/i&gt; (y a qu’à faire la révolution) des disciples de Schopenhauer et de Hegel. Les disciples de Hegel ont mené l’humanité au désastre absolu, ceux de Schopenhauer aussi. Le match est nul, mais il n’est pas vierge, vu les Himalayas de cadavres que les disciples de l’un et l’autre ont abandonnés sur le champ de boucherie : on attend avec impatience le livre que Nancy Houston ne manquera pas de consacrer à ces autres professeurs dangereux que sont les professeurs du grand soir. Pour elle, tout se passe comme s’il n’y avait rien ou rien eu d’autre, en dehors du camp de la gauche&amp;nbsp;progressiste, comme si Péguy, Bernanos, De Gaulle, Aron, Henri de Lubac, etc. n’avaient pas existé ou n’avaient rien écrit. Heureusement, pour la France et pour l’Europe, la pensée ne se ramène pas aux deux épouvantails de Schopenhauer ou de Hegel. Les Français et les Européens ont été capables de construire une pensée qui ne doive rien aux pulsions de haine, de mort, de meurtre. Tout en France et en Europe n’est pas nécessairement un râle vagi.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il reste une question douloureuse en suspens, celle de la France et du français. Trois des littérateurs du nihilisme ont abandonné leur pays natal et ils ont arrêté d’écrire dans la langue que leurs parents leur ont apprise : Beckett, Cioran, Kundera ont renoncé à l’anglais, au roumain, au tchèque. En France, ils ont écrit en français. La renommée mondiale des autres (Jelinek, Bernhard) est due, en partie, à l’accueil enthousiaste que leur ont fait les intellectuels français. C’est en France et en français que le nihilisme destructeur a été couronné, comme si un lien profond unissait désormais la France au nihilisme négateur et la langue française à la bonne conscience raciste, comme si la France et la langue française n’avaient plus d’autre avenir qu’un futur noir, sombre, désespéré ou comme si le néant qu’elles accueillent avec ferveur était leur linceul. L’ouvrage est insolent et courageux, dans la mesure où il pose la question suivante : il n’y a pas de quoi s’inquiéter de ce qu’écrivent Beckett, Cioran, Bernhard, Kundera, Lê, Jelinek, etc. La voix des désespérés n’a jamais été étouffée. Il est bon qu’elle continue à se faire entendre : un roman sombre est préférable à un suicide. Non, ce qui ne laisse pas d’inquiéter, ce sont les applaudissements, ce sont les éloges de ces apologies de la mort et du suicide, ce sont les péans qui accueillent la haine des femmes, ce sont les dithyrambes misogynes et misanthropes, c’est la ferveur avec laquelle sont saluées des invectives haineuses qui n’auraient pas déparé chez Goebbels. De fait, la cible de Nancy Huston est autant la complaisance de l’intelligentsia si fière de sa &lt;i&gt;vigilanterie&lt;/i&gt; pour ces thèmes noirs que les professeurs en noir. Epinglée, l’intelligentsia se vengera à coup sûr, un jour, plus tard. En attendant, elle fait le gros dos. La critique glisse sur elle. Tout est fait pour que personne ne remarque ce livre éblouissant, publié par un éditeur bien pensant (mais l’a-t-il lu ?), et qu’il soit oublié dans un an. Empressez-vous de le lire et de le faire lire autour de vous.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <guid isPermaLink="true">http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2006/05/17/lumiere-des-livres-11.html</guid>
                <title>Lumière des livres 11</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Wed, 17 May 2006 07:34:15 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Garamond&quot; size=&quot;4&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Garamond&quot; size=&quot;5&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Hommage à Raymond Aron (1905-1983)&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Qui veut rendre à Raymond Aron l’hommage que son œuvre appelle doit d’abord récuser les poncifs qu’on lit dans les media&amp;nbsp;: les deux petits camarades Aron et Sartre, leurs fâcheries (en fait les insultes dont Aron a été agoni) et leur prétendue réconciliation (en fait, c’est Sartre qui a fait une résipiscence de façade) pour soutenir les Vietnamiens fuyant au péril de leur vie l’enfer communiste, la critique par Aron du marxisme comme &quot;opium des intellectuels&quot; (1955), les éditoriaux du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, puis de &lt;i&gt;L’Express&lt;/i&gt;, l’éloignement du gaullisme à partir de 1958, la critique de la colonisation, à la fois inutile, sans avenir, suicidaire et dispendieuse, le refus de voir les sciences sociales basculer dans la sotte idéologie militante, sa critique sans concession de la &quot;pensée&quot; (en fait, de l’absence de pensée) de Touraine, etc.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Aron a observé son siècle&amp;nbsp;avec détachement, portant à la lumière ce qui était caché. Le siècle ne lui en a guère été reconnaissant. Aron et Sartre,&amp;nbsp;élèves de l’ENS et agrégés de philosophie, ont occupé successivement, au tout début des années 1930, le même poste à Berlin. Aron y a étudié Kant et la philosophie de l’histoire, Sartre la phénoménologie&amp;nbsp;; l’un et l’autre ont assisté à la montée en puissance du Parti socialiste national des travailleurs allemands&amp;nbsp;; l’un et l’autre ont eu connaissance des thèses d’Hitler&amp;nbsp;; Aron a compris, non pas parce qu’il était juif, mais parce qu’il était français et démocrate, que l’Allemagne impériale menaçait les nations libres d’Europe&amp;nbsp;; l’autre, Sartre, tenait les hitlériens pour des agités. En juillet 1940, Aron a rejoint la France libre. Sartre s’est contenté de quémander aux autorités d’occupation un aménagement du couvre-feu pour que ses pièces soient représentées ou du papier pour que son éditeur publie ses livres. La France libérée, Aron, qui a lu Marx, a continué à défendre la France menacée de sombrer dans la dictature communiste&amp;nbsp;; Sartre, qui idolâtrait le marxisme, s’est mis au service du monstre dans l’espoir insensé de remettre la France aux fers. Sartre a été le héros et le héraut de deux ou trois générations d’écervelés, Aron a été insulté comme félon ou traître par ceux-là mêmes qui idolâtraient Sartre. Toute l’horreur d’un siècle noir, dont nous ne sommes pas encore sortis, est concentrée dans ces faits.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Dans ses admirables &lt;i&gt;Mémoires&lt;/i&gt;, publiés en 1983, dans lesquels il examine les grands événements du XXe siècle, Aron regrette de manquer de ce talent d’écrivain que Sartre aurait reçu à foison&amp;nbsp;; il reconnaît que l’imagination lui manque, qu’il se défie de l’image et que l’expression chez lui, toujours claire et précise, raisonnée, un peu froide, un peu terne, manque de cette allégresse qui transporte les lecteurs. Sur ce seul point, Aron s’est trompé. Les &lt;i&gt;Mémoires&lt;/i&gt; sont un grand livre, admirablement écrit, dense, honnête, scrupuleux, digne de &lt;i&gt;L’Esprit des Lois&lt;/i&gt; de Montesquieu ou de &lt;i&gt;La démocratie en Amérique&lt;/i&gt; de Tocqueville, les deux auteurs dont Aron est, sans aucun doute, le plus proche. Sartre, le &quot;grand écrivain&quot;, sera pour la postérité, dont il se moquait, un nouveau Chapelain, l’auteur de &lt;i&gt;La Pucelle&lt;/i&gt;, qui désignait à Colbert les écrivains à qui étaient prodiguées les pensions royales&amp;nbsp;: même entregent, même violence, même tyrannie, même enrichissement. Il y a deux façons d’être philosophe. Ou bien on élabore de lourds systèmes qui sont censés tout expliquer, jusqu’au jaune des œufs. C’est ainsi qu’ont procédé les Allemands pendant deux siècles. Ou bien on prend ses distances vis-à-vis de tous les systèmes, on les analyse avec distance, on les critique. C’est ainsi que les Français conçoivent la philosophie. Voilà pourquoi la philosophie allemande, de Kant à Marx ou de Hegel à Heidegger, est à l’opposé de la philosophie française, de Montaigne à Diderot ou de Tocqueville à Aron. Sartre, hélas, est du côté allemand. Plus c’est lourd et bête, plus il s’en réjouit. Aron, lui, est dans l’anti-système. Sartre avait des certitudes, Aron des convictions et une méthode qui consiste à analyser, comprendre, éclairer et à laquelle il s’est initié quand il s’est évertué à comprendre la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;&amp;nbsp;de Kant, ce qui a été, à ses dires, la meilleure des formations qu’il ait suivies.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les commentateurs laissent entendre qu’Aron était un simple analyste de thèses ou d’événements et qu’il butinait le meilleur de ses idées&amp;nbsp;chez les autres ; en bref qu’il ne pensait guère par lui-même et qu’il n’y aurait pas grand-chose à retenir de son œuvre. Tout cela est faux. On sait gré, à juste titre, à Hannah Arendt d’avoir élaboré le concept de totalitarisme pour rendre compte en même temps du socialisme national et du communisme et faire apparaître ce en quoi ils convergent. Dès 1944, Aron avait pensé l’impérialisme, non pas l’épouvantail métaphorique, américain ou capitaliste ou néo-colonial, que les gauchistes plantent dans le désert de leur logorrhée, mais le véritable impérialisme, celui d’un Reich dont l’ambition était de bâtir l’Europe et qui s’est heurté à l’impérialisme soviétique qui, lui aussi, a fait main basse, et pendant plus longtemps, sur les nations, autrefois libres, d’Europe. Avec le machiavélisme dans la tyrannie, le romantisme de la violence, la guerre impériale, la bureaucratie fanatisée, non seulement Aron a mis au jour les réalités qui ont sous-tendu cet impérialisme, mais il a aussi élaboré des concepts grâce auxquels il est possible de comprendre le monde actuel. Aron n’est guère lu. Le meilleur Aron se trouve dans ses &lt;i&gt;Mémoires&lt;/i&gt; certes ou dans son ouvrage sur Clausewitz, mais surtout dans ses œuvres de jeunesse, oubliées ou méconnues, qu’il a écrites entre 1940 et 1944 à Londres. En 1944, a été publié aux Editions de la Maison française à New York &lt;i&gt;L’Homme contre les tyrans&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: c’est un recueil