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        <title>Nouvelle Langue Française - mythologies_intellotes</title>
        <description>Dissoudre l'idéologie qui alimente la NLF</description>
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                <title>Mythologies intellotes 27 : Sagan, le film</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Thu, 12 Jun 2008 11:27:45 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;5&quot; face=&quot;Garamond&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Françoise Sagan, mythe bobo&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Pendant une dizaine d’années, de 1954 à la fin des années 1960, les romans que Mme Françoise Quoirez a publiés sous le pseudonyme de Sagan ont été d’immenses succès de librairie. Ses éditeurs ont vendu plus de deux millions d’exemplaires de &lt;i&gt;Bonjour tristesse&lt;/i&gt; (1954), plus d’un million d’exemplaires d’&lt;i&gt;Un certain sourire&lt;/i&gt; (1956). Les romans qui ont suivi (&lt;i&gt;Dans un mois, dans un an&lt;/i&gt;, 1957, &lt;i&gt;Aimez-vous Brahms&amp;nbsp;?&lt;/i&gt; 1959) et ceux des années 1960 ont été tirés et vendus à plus de cinq cent mille exemplaires. Françoise Sagan a gagné en vingt ans de quoi assurer, à elle-même et à ses éventuels descendants, une vie à l’abri du besoin pendant trois ou quatre générations. Le filon était riche, il a été exploité jusqu’à l’épuisement, de sorte que, quand le succès s’est émoussé et après qu’elle a eu dilapidé dans les casinos et les voitures de sport sa fortune, elle a connu la gêne matérielle, dont ses amis intellos au pouvoir ont essayé de l’extraire, en lui faisant bénéficier d’une sordide escroquerie au détriment d’une entreprise nationalisée.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Comment rendre compte à la fois du succès de ses premiers romans et de l’insuccès relatif de ses dernières œuvres&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Françoise Sagan a exploité, en bonne élève qu’elle était, la prose (pseudo) &quot;classique&quot; ou spécifiquement &quot;française&quot; qui a été mise au point, inventée ou réinventée dans les années 1910-1920 par les écrivains réunis dans la &lt;i&gt;Nouvelle Revue Française&lt;/i&gt; autour de Gide, Rivière, Alain-Fournier, Schlumberger, prose qu’on trouve chez Mauriac ou dans quelques récits de Marguerite Yourcenar. C’est une prose réactionnaire, au sens propre de cet adjectif. En épurant la langue, les mots, le sens et la grammaire, à la manière supposée des écrivains classiques, tels La Bruyère, Madame de Sévigné, La Rochefoucauld ou Madame de La Fayette, les écrivains de la NRF ont cherché à en finir avec les subtilités byzantines des symbolistes, avec les complications baroques des décadents, avec le réalisme brutal des naturalistes ou avec les conventions éculées des disciples de Flaubert, en renouant, trois siècles plus tard, avec la clarté ou la transparence du style classique, débarrassé de ses scories et qui réalise ou renferme l’essence supposée de la langue française.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce qui a fait accroire que cette prose était &quot;nouvelle&quot;, c’est, outre qu’elle rompait avec les codes en usage ou à la mode au début du XXe siècle, son caractère paradoxal. La transparence du style était, ou devait être, l’image de la transparence morale. C’est dans une langue épurée que Gide avoue sans détours son goût immodéré pour les garçons ou les jeunes gens (&lt;i&gt;Si le grain ne meurt, L’immoraliste,&lt;/i&gt; etc.), sanctifiant la déviance supposée de ses mœurs par une écriture morale, au sens où, authentique, elle ne dissimule rien. Le respect de la norme grammaticale atténue l’anormalité morale&amp;nbsp;; la pureté de la langue absout l’impureté des mœurs.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Chez Sagan, l’immoralité affichée n’est plus du seul fait des hommes, fussent-ils mariés. Elle vient des jeunes filles de la bonne société, dont le destin social, tel qu’en décide la morale bourgeoise, laquelle, ne soyons pas dupes, est plus un fantasme qu’une réalité, était d’être les gardiennes de l’ordre conjugal, les vestales de la famille, les anges tutélaires de la descendance. C’est ce soufre qui a fait le succès de &lt;i&gt;Bonjour tristesse&lt;/i&gt;, écrit par une jeune fille de très bonne famille, âgée d’à peine dix-neuf ans, qui avait commencé des études de lettres pour fuir le destin auquel elle était condamnée. La prose transparente et épurée de Gide avait une fonction cathartique. Trente ans plus tard, Françoise Sagan la détourne. Elle ne sert plus à dire la vérité d’un être, mais à tourner en dérision un destin social. Gide lui faisait exprimer l’authenticité, Sagan en fait le signe même de la désinvolture. A l’aveu pénible, elle substitue l’insolence facile.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En fait, Françoise Sagan a été la première de nos bourgeoises bohêmes ou bobos et même la première de nos lilibobos, libérales libertaires bourgeoises bohêmes, anticipant de deux décennies les poses de Mmes Voynet, Guigou, Aubry, de ces bourgeoises, petites ou grandes, qui trahissent en franchissant le mur invisible qui sépare les classes sociales. Mais ce n’est pas le mur de l’argent qu’elles abattent. Bien au contraire. Tant qu’elle était riche, Mme Sagan a mené l’existence dorée des filles à papa. Ruinée, elle a compté sur ses amis et sur la corruption pour ne pas déchoir. Elle n’a été libérale libertaire ou bohême que sur le plan symbolique, celui des opinions ou des idées ou des mœurs. La gauche&amp;nbsp;qu’elle a rejointe se vêtait des oripeaux de la rébellion anticonformiste et subversive, elle était supposée agréger des révoltés romantiques qui prennent le parti des pauvres, des laissés pour compte, des humiliés et des offensés&amp;nbsp;; en bref, c’était la voix des belles âmes dont la seule activité est de prodiguer des leçons de vertu à peu de frais. Or, dans les années 1980, ces bobos et lilibobos ont pris le pouvoir, non seulement dans l’Etat, mais aussi dans les media, la culture, la communication, les arts, les lettres. Les rebelles ont endossé le costume des nantis. Leur morale s’est si largement répandue que Mme Sagan, qui l’a sinon inventée, du moins propagée, naguère rebelle, est apparue soudain terne, pâle, fade. Les romans qu’elle a publiés dans les années 1980&amp;nbsp;sont à l’image de cette rébellion d’opérette : ils expriment la plainte d’oisifs comblés par la vie, ils développent des scénarios dignes du théâtre de boulevard, ils racontent des histoires amères de femmes déçues ou trompées. La désinvolture s’est rabougrie en poses attendues, discours convenus, comportements réflexes. &lt;i&gt;La chamade, Le lit défait, La femme fardée, De guerre lasse&lt;/i&gt; mettent à nu la morale bobo&amp;nbsp;: c’est l’énième et dérisoire resucée des bleus à l’âme. Les bobos ont de petits bobos existentiels. Les pauvres, ils seraient plus à plaindre, si l’on en croit Mme Sagan, que les déshérités qui n’ont jamais rien connu d’autre que le rien. Cette comédie sinistre a vite lassé les lectrices les mieux disposées. Ses derniers livres sont comme ces images pieuses que nos arrière-grand-mères accrochaient au mur, dans l’espoir puéril que le malheur, ainsi exorcisé, épargnerait leur famille. En accédant au pouvoir, les bobos ont tué Sagan. Elle perdu son soufre, devenant conforme, au iota près, aux injonctions des nouveaux puissants.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Mythologies intellotes 26 : que philosopher, c'est apprendre à mentir</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Wed, 26 Mar 2008 08:22:00 +0100</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;De tous ceux qui se parent ou que l’on pare du beau nom de &lt;i&gt;philosophe&lt;/i&gt;, André Comte-Sponville&amp;nbsp;est le moins détestable. Il écrit bien, il sait parler, il a le sens de la langue française, il rédige avec passion, il écrit de beaux livres, parmi lesquels &lt;i&gt;Petit traité des grandes vertus&lt;/i&gt; (1995, P.U.F.). Il est donc instructif d’analyser ses écrits pour avoir une idée de ce qu’est la philosophie aujourd’hui. Dans &lt;i&gt;Présentations de la philosophie&lt;/i&gt; (2000, Albin Michel), ouvrage qui couronne la publication d’anthologies réunissant des textes traitant de douze &lt;i&gt;Pensées sur la morale, Pensées sur la politique&lt;/i&gt;, etc., André Comte-Sponville s’adresse à un &quot;tu&quot; désignant un lecteur apprenti philosophe pour montrer, dans douze séances de vrais travaux pratiques, comment on peut ou comment on doit, à la manière de Socrate, philosopher. Ce qu’il fait à partir de douze notions, domaines ou concepts, à savoir&amp;nbsp;: la morale, la politique, l’amour, la mort, la connaissance, la liberté, Dieu, l’athéisme, l’art, le temps, l’homme, la sagesse. Bien qu’il soit agrégé et docteur, il se défend d’enseigner la philosophie, ce qui serait ajouter un savoir à la liste des savoirs&amp;nbsp;: il veut apprendre à son lecteur apprenti philosophe à philosopher, ce qui n’est pas la même chose. De tous nos philosophes, c’est celui qui ressemble le moins au maître de philosophie que Monsieur Jourdain rémunère pour apprendre l’orthographe.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Pourtant, ce qui effare le mieux disposé des lecteurs, c’est l’odeur de rance que dégage chacune de ces leçons. Socrate a été inculpé, poursuivi, jugé et condamné à mort, Comte-Sponville ne le sera jamais. Socrate était insolent, Comte-Sponville pense bien. Socrate faisait l’effort de saisir le réel, Comte-Sponville s’évertue à le cacher. Tout est expliqué. Tout est clair et ordonné. Le discours donne de la cohérence à ce livre, mais la cohérence est bornée aux seuls mots. Verbale, elle est aussi illusoire.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Comte-Sponville croit que la morale n’est pas l’obéissance à une loi, qu’elle soit la loi des hommes ou la révélée. L’obéissance ne serait que prudence, comme le prouve le mythe de l’anneau de Gygès, qui rend invisible. Que ferions-nous si personne ne nous voyait&amp;nbsp;? En profiterions-nous pour voler, tuer, abuser, violenter ? Non, bien sûr&amp;nbsp;: ce ne serait pas moral. Quand nous ne courons pas le risque d’être pris, emprisonnés, condamnés, envoyés aux Enfers, etc., la morale est ce qui oblige à ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu’il nous fût fait. Elle fait suivre une loi, comme si cette loi était valable pour tous les hommes, à quelques pays, religion, tribu, continent, etc. qu’ils appartiennent. Comte-Sponville résume ce qu’est la morale&amp;nbsp;: &quot;Croyant ou incroyant, tu ne te permets pas tout&amp;nbsp;; &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;, y compris le pire, ce ne serait pas digne de toi&amp;nbsp;!&quot; (page 29). Ce qui est digne de l’homme, ce sont des actions accomplies &quot;&lt;i&gt;sans rien espérer&amp;nbsp;pour cela&lt;/i&gt;&quot;, comme dit Kant. &quot;La morale est cette exigence universelle, ou en tout cas universalisable, qui t’est confiée &lt;i&gt;personnellement&lt;/i&gt;&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ainsi conçue, la morale forge à celui qui l'adopte une belle âme en toutes circonstances. Tout cela est bien, tout cela est beau, tout cela est parfait. Mais que nous importe ce qui fait agir nos voisins&amp;nbsp;? L’important n’est pas qu’ils aient une belle âme ou le cœur pur ou de bonnes intentions, mais qu’ils ne nuisent à personne. Qu’ils suivent Dieu, Marx, un maître ou leur bonne conscience tout leur saoul, pourvu qu’ils ne maltraitent pas leurs enfants, qu’ils ne volent pas leurs voisins, qu’ils ne tuent pas leurs semblables. Ce que défend Comte-Sponville en matière de morale est la pose ou la posture&amp;nbsp;qui se résume dans &quot;faire la belle âme&quot;. C’est la morale dominante, celle des media, des puissants du jour, des donneurs de leçons à tout bout de champ, des professeurs de vertu, des &quot;humanitaires&quot; intéressés, c’est la morale qui rapporte gros, qui ouvre les micros des radios ou des télés et les colonnes des journaux. Or, elle a beau être assénée dans les collèges, lycées, universités de France, elle a beau être parée aux couleurs de l’arc-en-ciel, elle a beau être mise sur un piédestal ou portée au pinacle, elle a beau être le stigmate de la vertu, elle n’empêche pas les crimes et&amp;nbsp;les délits de prospérer. Au lieu de les endiguer ou de les arrêter, elle leur laisse libre cours&amp;nbsp;: elle ne fait plus barrage à rien. Face à ce désastre, ce que demandent les citoyens ordinaires, qui savent que &quot;la belle âme&quot; est le manteau dont les hypocrites couvrent leurs agissements, ce n’est pas que leurs voisins ou les maîtres de leurs enfants soient de belles âmes, c’est qu’ils ne leur nuisent en rien. La belle morale personnelle et universelle en même temps, valable en tout temps et tout lieu, est un leurre, si elle laisse aux criminels et aux délinquants le champ libre pour accomplir leurs forfaits.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La vertu bariolée aux couleurs métissées de l’arc-en-ciel n’est d’aucun remède pour rétablir les bonnes mœurs, le rappel de la loi encore moins. Le corpus législatif s’accroît chaque année de dix à douze mille pages&amp;nbsp;: ce n’est plus une &quot;table&quot;, c’est un Himalaya de mots. Les lois sont des énoncés sur le sens desquels on dispute à l’infini. Les commentaires s’entassent les uns sur les autres. On fait des lois sur tout&amp;nbsp;et pour n’importe quoi : pour interdire aux adolescents de fumer, pour interdire aux femmes enceintes de boire, pour interdire à la police de faire usage de ses armes, etc. Or, la vérité de la morale, c’est-à-dire son efficacité, est autre&amp;nbsp;ou ailleurs. Elle est dans les mœurs. Quand un peuple a des mœurs, il n’a plus besoin de lois. Les mœurs sont la morale de chacun et de tous. Chacun s’y plie. Dans un pays qui a des mœurs, le principe &lt;i&gt;nul n’est censé ignorer la loi&lt;/i&gt; a un sens, puisque la loi se limite à traduire les mœurs en mots. L’impératif universel aussi a un sens, puisque la loi en a un. Tant que les mœurs seront méprisées, tant qu’il sera de ton bon, chez les belles âmes, de s’en gausser, tant que tout sera fait pour qu’elles ne régissent plus les comportements, tant qu’elles resteront le propre de quelques innocents, tant qu’elles ne seront pas rétablies en France, il est vain de chercher l’essence de la morale&amp;nbsp;: ce n’est que parader et, en ces temps de misère que sont les nôtres, jouer à la belle âme, en exhibant ses décorations vertuistes, est aussi indécent que de fermer les yeux devant les camps de la mort.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La leçon qui traite de la politique va dans le même sens. Page 37, Compte-Sponville s’adresse à son apprenti&amp;nbsp;philosophe en ces termes : &quot;Vas-tu laisser le champ libre aux racistes, aux fascistes, aux démagogues&amp;nbsp;? Vas-tu laisser les bureaucrates décider à ta place&amp;nbsp;? Vas-tu laisser des technocrates ou des carriéristes t’imposer une société qui leur ressemble&amp;nbsp;?&quot; Les trois questions sont si vagues, elles sont si évidentes, elles sont posées sur un ton si arrogant qu’aucune autre réponse que &quot;non&quot; n'est possible. Seul un salaud fini ou un inconscient total peut tolérer que le champ libre soit laissé aux racistes ou que la France soit gouvernée par des fascistes. Pour Comte-Sponville, la politique, c’est l’extension de sa morale à lui à la vie publique. C’est faire la belle âme par procuration ou d’outre-tombe, non plus dans le champ privé des actions individuelles, mais dans l’Etat. Fascisme, racisme, tyrannie sont combattus à longueur de pages et à en perdre haleine. C’est à la portée de n’importe qui, puisque, chez Comte-Sponville, ces monstres ne sont que des mots. Saint Georges terrassait un dragon, Comte-Sponville se contente d’affronter des mots qui ne sont jamais définis. Nulle part, il n’est précisé qui sont les fascistes&amp;nbsp;et à quoi se reconnaissent les racistes. Il est évident que &lt;i&gt;raciste&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;fasciste&lt;/i&gt; sont les autres noms d'Hitler. Ils désignent l’innommable, ils sont l’immonde ça qui sort en reptations lentes du ventre encore fécond de la Bête. Le fasciste et raciste&amp;nbsp;a beau frétiller de plaisir quand il est agoni d’injures, il n’égorge personne, il ne brûle pas les écoles, il n’appelle pas ses affidés à tuer leurs semblables, il n’incite pas les siens à conquérir l’Arabie saoudite ou à soumettre les musulmans à sa loi. Au moment où Hitler est ressuscité, des fous furieux égorgent, tuent, massacrent pour satisfaire leur Allah, tout en brandissant haut et fort le Livre qui les fait agir, partout dans le monde&amp;nbsp;: au Soudan, en Irak, en Arabie, au Nigéria, en Ossétie, en France même, etc. là où vivent les &quot;infidèles&quot; ou les mécréants, tous ceux dont le mérite, qui n’est pas mince, est de n’avoir jamais nui à qui que ce soit. Les racistes et les fascistes existent bel et bien, en chair et en os. Ils ont un nom, ils ont un visage, ils ont une réalité. Or, Comte-Sponville ne les désigne jamais par leur nom, il les cache, il les protège, il leur &quot;laisse le champ libre&quot;, béat et content, il ferme les yeux sur leurs agissements, se contentant de faire tourner le moulin à prières de la belle âme.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En bref,&amp;nbsp;pour un philosophe grand public, les choses sont claires. Philosopher aujourd’hui, c’est se gaver d’ersatz&amp;nbsp;; c’est étaler son or par temps de grande misère&amp;nbsp;; c’est s’aveugler sur les nuisances qui infectent le monde&amp;nbsp;; c’est discuter du sexe des anges quand l’humanité est menacée. Ainsi conçue, la philosophie a remplacé les prières ou les actions de grâce que les croyants disaient jadis pour se préserver du Malin ou pour remercier le Ciel d’avoir survécu à la peste. Comte-Sponville a philosophé dans douze leçons. Pourquoi douze et pas onze, dix, quinze ou vingt&amp;nbsp;? Le nombre a quelque chose de magique. 12 est le produit de 3 (comme la Trinité) par 4 (comme les Evangiles), l’année compte douze mois, le Christ a été suivi par douze apôtres, les œufs se dénombrent par 12. Comte-Sponville place son &quot;philosopher&quot; sous l’égide de la raison. La pauvre raison a le dos large. 12 est le grigri qui éloigne le mauvais œil ou qui cache non seulement que la philosophie est aveugle, mais qu’elle a pour but d’aveugler ceux qui ont encore l’usage de la vue.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Mythologies intellotes 25 : biologie</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 21 Oct 2007 07:25:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Du biologique au social&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il est juste, quand on est éclairé, que ce soit par les lumières de la raison ou par la Lumière du Christ, de récuser le transfert à l’organisation de tout groupe humain de méthodes ou d’idées ou de termes propres aux sciences de la nature, dont la biologie&amp;nbsp;; en bref de régir les hommes, de parler de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils semblent, de décrire ce qu’ils font, de traiter de leur hérédité, de leurs gènes, etc. comme s'ils étaient des animaux ou des plantes, et avec des termes propres aux sciences qui ont pour objet l'étude des animaux&amp;nbsp;et des plantes.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le mot &lt;i&gt;racisme&lt;/i&gt; est relativement récent, il date du début du XXe siècle. Ce qui a rendu le racisme haïssable, ce n’est pas, quoi qu’en disent les bien pensants, la vieille notion de race, au sens de &quot;lignée&quot;, mais le transfert aux humains d’observations faites sur les animaux (races adaptées à leur milieu ou propres à telle activité, races à amender ou à améliorer, races de plus de valeur que d’autres, etc.) et toutes les conséquences que cette aberration intellectuelle a produites. Les hommes ne sont pas des fourmis et même s’ils ont des gènes, ils ne sont pas déterminés &lt;i&gt;ad vitam aeternam&lt;/i&gt; par l’hérédité et encore moins par la lignée dans laquelle ils s’inscrivent. La sociobiologie, le racisme, l’eugénisme, le positivisme, le scientisme résultent de ces transferts. Ils sont à juste titre indignes de l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Or, les allumés du progressisme, qui affirment tous, comme un seul homme, en chœur et la main sur le cœur, que le racisme, la sociobiologie, l’eugénisme, etc. leur font horreur et qu’ils sont décidés à guillotiner en tout petits morceaux celui, celle, ceux, celles qu’ils accusent sans preuve évidemment (dans ces milieux, le délit de sale gueule est la règle absolue) de vouloir ressusciter Hitler, Eichmann, Barbie, Rosenberg, etc. s’exonèrent de l’impératif antiraciste qu’ils imposent aux autres, dès qu’il est question de métissage et de diversité.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;Métissage&lt;/em&gt; est un terme de zoologie&amp;nbsp;qui désigne le croisement de deux races, l’une mauvaise, l’autre excellente, dans l’espoir d’amender celle qui est jugée inférieure&amp;nbsp;: cela n’empêche pas les bien pensants de ressasser sans scrupule, sans éprouver la moindre retenue, comme de stupides perroquets les slogans du jour &quot;métissez-vous les uns les autres&quot; ou &quot;le métissage est l’avenir de la France&quot; (surtout pas l’avenir de l’Algérie, qui est pure et parfaite) ou &quot;le métissage, seul rempart contre le racisme&quot; (on ne sait si ce rempart est érigé contre le racisme ou pour empêcher l’anéantissement du racisme). Ils réduisent leur cause à ce terme racial et objectivement raciste.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il est un autre mot sacré&amp;nbsp;: c’est &lt;i&gt;biodiversité&lt;/i&gt;, néologisme anglo-américain composé à partir de l’adjectif &lt;i&gt;biological&lt;/i&gt; et du nom &lt;i&gt;diversity&lt;/i&gt;. S’il était traduit en français, il serait &lt;i&gt;diversité bio&lt;/i&gt;, comme &lt;em&gt;produits bio&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;yaourts bio&lt;/em&gt; : un simple vocable de supermarché.&amp;nbsp;&amp;nbsp;Il désigne la diversité du vivant. Le monde vivant a beau être divers, il a une caractéristique unique&amp;nbsp;qui se retrouve partout : la vie. Il est vivant&amp;nbsp;; il est constitué d’êtres vivants. La diversité, de ce point de vue, n’est pas aussi générale, large, manifeste, universelle, en un mot aussi hyperbolique, que ne le prétendent les bien pensants. En dépit de cela, ceux-ci s’arrogent le droit de transporter à la société humaine cet horizon indépassable de la diversité biologique, laquelle est dite &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; par euphémisme ou désignée par son synonyme ou quasi synonyme&amp;nbsp;: &lt;i&gt;mixité&lt;/i&gt;.&amp;nbsp;Ainsi sont évités les adjectifs vrais, mais tabous&amp;nbsp;: &lt;i&gt;ethnique&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;raciale&lt;/i&gt;. Rien n’arrête donc les puissants du jour ou, comme on dit aussi les dominants, surtout pas l’impératif &quot;ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fût fait&quot;. Il est vrai que, si quelque scrupule devait les arrêter, ils ne seraient plus dominants, mais simples citoyens.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;On sait que les puissants du jour couvrent leurs noires intentions&amp;nbsp;du blanc manteau de l’antiracisme, mais il était difficile d’imaginer que ce blanc manteau fût aussi large, aussi ample, aussi épais et que l’hypocrisie moderne pût aller jusqu’à transformer le racisme honni en idéal nouveau ou &lt;i&gt;new age&lt;/i&gt; des vieux pays d’Europe, après avoir pris soin, car&amp;nbsp;la tartuferie n'a pas de limite, de le baptiser &lt;i&gt;métissé, diversifié, mixé&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <title>Mythologies intellotes 24 : infibulation</title>
                <link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2007/10/10/mots-interdits.html</link>
                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
                                                <category>Mythologies intellotes</category>
                                                <pubDate>Wed, 10 Oct 2007 06:00:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Mots interdits&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le nom &lt;i&gt;détail&lt;/i&gt; est un vieux mot français attesté pour la première fois à la fin du XIIe siècle dans le beau poème &lt;i&gt;Floire et Blancheflor&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: &quot;vos draps (vos tissus) vendoiz a detail&quot;, c’est-à-dire &quot;en (les) découpant par petites pièces&quot;, et au début du XIIIe siècle, dans un fabliau&amp;nbsp;: &quot;a detail vendent et en gros&quot;. C’est dans ce sens qu’il est défini dans le &lt;i&gt;Dictionnaire de l’Académie française&lt;/i&gt; (première édition, 1694)&amp;nbsp;: &quot;terme de commerce, en parlant de marchandises&amp;nbsp;; on ne s’en sert guère qu’en ces phrases&amp;nbsp;: vendre en détail, débiter en détail, pour dire vendre par le menu&quot;. Montaigne (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, 1580) emploie au figuré &lt;i&gt;en détail&lt;/i&gt;&amp;nbsp;; Pascal (&lt;i&gt;Les Provinciales&lt;/i&gt;, 1656) &lt;i&gt;entrer dans le détail de la pratique&lt;/i&gt; (&quot;exposé détaillé&quot;)&amp;nbsp;; Boileau (&lt;i&gt;Art poétique&lt;/i&gt;, 1674 ) &lt;i&gt;détail&lt;/i&gt; au sens de &quot;particularité&quot; ou &quot;d’élément d’un ensemble&quot; dans &quot;Ne vous chargez jamais d’un détail inutile&quot;&amp;nbsp;- emplois que les Académiciens, en 1694,&amp;nbsp;glosent ainsi&amp;nbsp;: &quot;en parlant d’affaires, et dans le récit qu’on fait de quelque chose, &lt;i&gt;détail&lt;/i&gt; signifie tout ce qu’il y a de circonstances et de particularités dans l’affaire dont il est question&quot; et qu’ils illustrent de ces exemples&amp;nbsp;: &quot;il nous a fait un long détail, un grand détail, un détail bien exact de cette affaire, du siège de cette ville&amp;nbsp;; il nous a raconté cette histoire fort en détail&amp;nbsp;; il a donné au public une relation de cette bataille avec un détail exact de toutes choses&amp;nbsp;; je vous raconterai l’affaire en gros sans entrer dans le détail, etc.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le mot &lt;em&gt;détail&lt;/em&gt; ne désigne rien de répréhensible ni de honteux&amp;nbsp;; il ne connote rien d’autre que ce qu’il signifie&amp;nbsp;; il n’a rien d’infâme qui pourrait appeler sur lui la vindicte, l’opprobre, la mise au pilori&amp;nbsp;; son sens est banal et insignifiant&amp;nbsp;; le mot est utile. Or, c’est justement ce pauvre mot français qui est tabou. Un oukase interdirait de le&amp;nbsp;dire&amp;nbsp;: il est même exigé une bonne repentance et une belle confession publique (&lt;i&gt;mea culpa, mea maxima culpa&lt;/i&gt;) de la part de ceux qui osent en faire usage. Le voilà prohibé, le voilà proscrit, le voilà banni, le voilà exclu. Les bien pensants veulent sa mort, aussi bien les journalistes que les donneurs de leçon, aussi bien les politiciens un peu lâches et veules qui hurlent avec les loups que les cultureux, aussi bien les haineux que les seigneurs de la Bêtise au front bas et à la mâchoire carrée, aussi bien les Bouvard et les Pécuchet que les Prud’homme et les Perrichon, aussi bien les Pignon et les Glandu que les Dupont-Lajoie et les Bidochon. Il est même des connards de linguistes qui exigent qu’il soit mis à mort, immédiatement, sur le champ, en public. La peine de mort est appliquée sans jugement, ni scrupule, ni retenue, et par ceux-là qui s’y déclarent hostiles et qui inventent le flagrant crime que Mitterrand, garde des sceaux en 1957, voulait introduire dans le droit français pour condamner à mort des suspects sans que leur cas soit instruit à charge ou à décharge par un juge.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce qui vaut à &lt;i&gt;détail&lt;/i&gt; le pilori, c’est Le Pen. C’est lui faire beaucoup d’honneur – à Le Pen, pas au pilori ni à &lt;i&gt;détail&lt;/i&gt;. Oui, un jour, Le Pen aurait dit &lt;i&gt;détail&lt;/i&gt;, et même &lt;i&gt;point de détail&lt;/i&gt;. Le Pen a dit et continue à dire &quot;le, la, les, un, une, des, mon, ton, son, ma, ta, sa, ce, cette, ceux, celles, le mien, le tien, le sien&quot;, etc.&amp;nbsp;: va-t-on interdire ces mots&amp;nbsp;? Va-t-on les exclure de la langue française, en dépit de la grande et progressiste loi de lutte contre l’exclusion&amp;nbsp;? Il arrive aussi que Le Pen dise &lt;i&gt;français&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: va-t-on pour autant condamner à mort les Français&amp;nbsp;? Leur couper la tête&amp;nbsp;? Il dit &lt;i&gt;démocratie&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: va-t-on interdire la démocratie&amp;nbsp;? Faut-il exterminer tous les mots qu’il prononce et même toutes les choses ou les personnes que ces mots désignent&amp;nbsp;? Va-t-on interdire le français&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Au premier semestre de l’an 2007, RTL a évoqué avec nostalgie le &quot;Face à la presse&quot; tendu, brouillon, agressif, sans intérêt, au cours duquel &lt;i&gt;détail&lt;/i&gt; a été prononcé. Les journalistes luttent contre l’ennemi intérieur, comme entre 1940 et 1944. C’est le seul courage dont ils soient capables. A Le Pen, ils ont posé des questions sur la deuxième guerre mondiale, pour l’amener à délirer, sachant qu’il est quelque peu monomaniaque. L’interrogé a cru bon de répondre que le dénombrement des victimes était, dans l’histoire de cette guerre, un point de détail. La réponse est peut-être aventurée ou imprudente ou sotte, elle n’a rien de criminel. Comme le confirment les journalistes de RTL, Le Pen n’a pas prétendu que le génocide dont les Juifs ont été victimes était un point de détail. Entre dénombrer des victimes et exterminer six millions de malheureux, il y a un abîme. En un instant, cet abîme a été franchi. Les nouveaux maîtres du monde sautent haut et loin. Un journaliste s’est indigné&amp;nbsp;: &quot;vous pensez donc, a-t-il hurlé à Le Pen, que six millions de juifs exterminés, c’est un point de détail&amp;nbsp;!&quot; Le Pen le pensait peut-être, il ne l’a pas dit. C’est le journaliste qui lui a prêté ces mots. Le gauchisme, le communisme, le trotskisme, le socialisme, comme le nazisme, ont l’habitude de fabriquer des monstres semblables. En 1968, Marchais, futur premier secrétaire du PCF, a qualifié Cohn-Bendit &quot;d’anarchiste allemand&quot;, ce qui n’est ni une injure, ni une contrevérité. Aussitôt, les gauchistes, qui occupaient les rues, ont hurlé, pour singer une solidarité post-historique fantasmatique&amp;nbsp;: &quot;nous sommes tous des juifs allemands&quot;, laissant accroire que Marchais était raciste, ce qu’il était peut-être dans son for intérieur, mais de cet &quot;anarchiste allemand&quot;, il n’était pas possible d’inférer qu’il le fût.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les socialistes, communistes, gauchistes, maoïstes, trotskistes, etc. disent avec ferveur &lt;i&gt;socialisme, communisme, gauchisme, maoïsme, trotskisme&lt;/i&gt;, etc. en dépit de 85 millions (ou plus) de morts, de quatre (au&amp;nbsp;moins) génocides (en Ukraine, au Tibet, au Cambodge, en Ethiopie), de milliers de massacres de masse, de la réduction à l’esclavage de près de la moitié de l’humanité. Leur vocabulaire est un Himalaya de cadavres ou des océans de sang&amp;nbsp;; et pourtant, ils s’arrogent le droit d’interdire un &lt;i&gt;détail&lt;/i&gt; innocent, qui n’a jamais fait de mal à quiconque. C’est comme si, en juin 1945, les nazis avaient donné aux quelques Juifs rescapés des leçons de démocratie ou de respect d’autrui.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;On avait l’intuition depuis longtemps qu’une nouvelle inquisition était établie en France et qu’elle avait décidé de bannir les mots, que les puissants du monde ne veulent pas entendre – peut-être parce que ces mots remuent leur propre boue, gardent des traces de leur complicité passée avec la Bête immonde, pourraient révéler qui ils sont. La culture commence, dit Lévi-Strauss, par la prohibition de l’inceste&amp;nbsp;; la modernité commence par la prohibition de mots banals ou insignifiants. C’est une autre censure qui est en place, non pas celle des ciseaux, mais celle de la fibule. Les lèvres sont infibulées pour empêcher que tel ou tel mot soit dit.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La fibule est une agrafe, le plus souvent en métal, qui sert à fixer les extrémités d’un vêtement. Elle était en usage dans l’Antiquité et jusqu’à la fin de l’époque mérovingienne. Plus personne n’utilise de fibule pour fermer une veste, une chemise ou un manteau&amp;nbsp;: les boutons, la fermeture éclair, le zip remplissent cette fonction. En revanche, l’&lt;i&gt;infibulation&lt;/i&gt; et l’acte d’&lt;i&gt;infibuler&lt;/i&gt; sont des pratiques banales au Soudan et en Somalie. Ils consistent à &quot;fermer les orifices génitaux par une suture ou des agrafes afin d’empêcher les rapports sexuels&quot;. Quand les mâles exigent que les filles de leur tribu ou de leur clan ou de leur famille soient excisées, puis infibulées, c’est avec fierté qu’ils expriment la supériorité de leur culture sur la barbarie de ceux qui n’excisent ni n’infibulent les fillettes.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L’infibulation est sans frontières. Ce serait une illusion proprement ethnocentrique que de croire qu’elle ne touche que la Somalie ou le Soudan. Désormais tous les citoyens de France, femmes, enfants ou vieillards, y sont soumis. En un sens, c’est un progrès. En Somalie, l’infibulation est discriminatoire. En France, elle ne l’est pas, ce qui confirme que la France est bien la patrie des droits de l’homme – de l’homme silencieux certes, mais tous les hommes sont égaux en silence. En traversant la Méditerranée, l’infibulation change&amp;nbsp;: elle n’est plus génitale, elle est verbale. Elle porte sur les lèvres, celles de la bouche, pas celles du sexe féminin. Elle fait taire les audacieux et impose le silence aux imprudents. Elle équivaut à &lt;i&gt;bouche cousue&lt;/i&gt;, expression qui se dit pour&amp;nbsp;&quot;recommander de ne pas divulguer un secret, comme si la bouche était cousue par une couture&quot;. Ce n’est pas un secret qui justifie l’infibulation des lèvres, mais le danger qu’il y aurait à dire les réalités du monde, telles qu’elles sont.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Mythologies intellotes 23</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Tue, 18 Sep 2007 06:25:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <guid isPermaLink="true">http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2007/07/18/guerre-de-la-memoire.html</guid>
                <title>Mythologies intellotes 21 : guerre de la mémoire</title>
                <link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2007/07/18/guerre-de-la-memoire.html</link>
                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Wed, 18 Jul 2007 07:55:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;5&quot; face=&quot;Garamond&quot;&gt;L’histoire ou la guerre continuée par d’autres moyens&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Garamond&quot;&gt;A propos de Jean-Pierre Rioux, &lt;i&gt;Au bonheur la France, des impressionnistes à De Gaulle, comment nous avons su être heureux&lt;/i&gt;, Perrin, 2004&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;4&quot; face=&quot;Garamond&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L’histoire est comme la politique&amp;nbsp;: une guerre continuée par d’autres moyens, non plus par les bombes à fragmentation, les mines anti-personnel, le gaz moutarde, mais par la parole ou les écrits – surtout quand les historiens traitent de la France ou des Français et qu’ils s’attachent à exhumer des archives ce que fut la France. Ce n’est pas de la guerre civile, ni de la guerre en dentelle, mais de la guerre en mots, en phrases ou en narrations. La mémoire n’est plus le lieu où se recueillent les citoyens, fût-ce pour exprimer de la gratitude envers leurs aînés, mais un vaste champ de bataille où, à la différence des terrains où s’affrontent les blindés et les commandos, il n’y a qu’une armée en opération, il n’y a qu’une armée qui combat, il n’y a qu’une armée en guerre, celle des historiens, dont les objectifs à détruire sont la France, les Français, l’estime de soi, la mémoire. Ces historiens se prétendent pacifistes à tout crin et favorables à la paix&amp;nbsp;partout dans le monde, sauf en France bien sûr. On aimerait seulement qu’ils mettent leurs actes en accord avec leurs paroles.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il en est ainsi de Jean-Pierre Rioux, 68 ans, dont au moins cinquante passés à ferrailler, lutter, combattre&amp;nbsp;: tous les jours en opérations, pas une minute de relâche. C’est que cet historien est progressiste ou prétendument progressiste. Il affiche son idéologie, la bonne conscience en sautoir, l’exhibant comme un maréchal soviétique arborait ses rangées de décorations. De son épouse décédée et de lui-même, il écrit&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;nous avons conjugué il est vrai un certain optimisme historique sans naïveté (il se prête beaucoup charités) qu’Hélène (l’épouse) avait dans l’âme&amp;nbsp;&quot;. Le propre de l’idéologie est de tout s’approprier. Rien ne lui échappe. Ce monstre dévore tout ce qu’il accapare&amp;nbsp;: même la France et le bonheur français. Il est vrai que Saint-Just avait fixé pour objectif à la Révolution de prodiguer l’idée neuve du bonheur à tout le monde, avant de faire couper les têtes qui dépassaient ou de lancer, en Vendée, ses sbires en armes sur de malheureux paysans qui n’entendaient pas qu’on leur impose quoi que ce soit. Le sous-titre porte&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;comment nous avons su être heureux&amp;nbsp;&quot;. L’idéologie est aussi totalitaire&amp;nbsp;: elle fait parler les Français morts, les vivants, à naître, elle fait siens leurs états d’âme, leurs sentiments, leur vie intérieure, elle les enrôle dans la guerre contre la France.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le bonheur français&amp;nbsp;est un vieux et beau sujet. Depuis des siècles, les Allemands répètent à l’envi le même proverbe&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&quot;&amp;nbsp;heureux comme Dieu en France&amp;nbsp;&quot;. Ils le disaient au XVIIe siècle, ils l’ont dit aussi quand ils ont occupé la France. Pendant des siècles, la civilité française, l’art et la douceur de vivre, la relative et ancienne prospérité, qui date de l’an mil, les fêtes et solidarités villageoises, les travaux et les jours, le souci du monde, tout cela a suscité l’envie de ceux qui n’étaient pas Français. Il n’est pas étonnant que la France ait été le pays le plus souvent envahi depuis deux millénaires&amp;nbsp;: si elle avait été une terre de malheurs, elle n’aurait pas été autant convoitée. Pourtant, M. Rioux ne traite pas de cet antique bonheur, mais du bonheur que la France aurait connu depuis que la République y a été solidement instituée, depuis 1874 exactement. Voilà un découpage qui en dit plus long que toute analyse sur l’idéologie de M. Rioux&amp;nbsp;: son livre n’aurait pas dû être intitulé &quot;&amp;nbsp;Au bonheur la France&amp;nbsp;&quot; mais &quot;&amp;nbsp;Au bonheur la République&amp;nbsp;&quot;, les seules IIIe et IVe Républiques. Le dernier chapitre porte comme titre&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;De Gaulle en tête&amp;nbsp;&quot;. Il commence en septembre 1958 et s’achève en avril 1969. C’est pendant ces onze années que se clôt le bonheur français. De Gaulle aux affaires, c’est le retour du malheur. On ne rêve pas, et pourtant c’est la thèse de M. Rioux, agrégé d’histoire, professeur dans une université, directeur de recherches au CNRS, puis inspecteur général de l’instruction publique, nommé en 1991 par Jospin ou par son successeur. Or, pendant la période étudiée, de 1870 à 1958, la France a connu une succession de malheurs collectifs&amp;nbsp;: défaite, guerres incessantes entre 1914 et 1962, pays occupé, en partie ou en totalité, à deux reprises, ruine des finances publiques et des épargnants entre 1914 et 1958 (ruine qui a repris en 1981), exode rural qui a arraché des millions de paysans à leurs terres, exploitation ouvrière éhontée et, pour les Français installés en Algérie et chassés de ce pays, etc. cent ans ou plus de malheurs.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le titre&amp;nbsp;parodie l’expression figée &quot;&amp;nbsp;au bonheur la chance&amp;nbsp;&quot;, dans laquelle &quot;&amp;nbsp;la chance&amp;nbsp;&quot; est complément du nom &quot;&amp;nbsp;bonheur&amp;nbsp;&quot;, sans préposition, comme dans les toponymes &quot;&amp;nbsp;Château l’Evêque&amp;nbsp;&quot; (le château de l’évêque), la Chaise Dieu (la chaire de Dieu) ou &quot;&amp;nbsp;les Essarts le Roy&amp;nbsp;&quot; (les essarts du Roi), etc. &quot;&amp;nbsp;Au bonheur la chance&amp;nbsp;&quot; signifie littéralement &quot;&amp;nbsp;au hasard (bonheur) du hasard&amp;nbsp;(chance) &quot; et elle a pour équivalent à &quot;&amp;nbsp;tout hasard&amp;nbsp;&quot;. Ce titre laisse entendre que, au milieu des misères du monde et malgré la dureté des temps, les Français ont su aménager de petites plages de bonheur, un peu &quot;&amp;nbsp;au hasard&amp;nbsp;&quot; ou accidentellement, en faisant contre mauvaise fortune bon cœur. En fait, le contenu du livre est tout différent&amp;nbsp;: la thèse de M. Rioux est que le bonheur français vient des politiques qui ont été menées, dans le cadre des institutions nouvelles, celles de la République, troisième du nom (oubliées les tragédies de 1792-1795 et de 1848-1849)&amp;nbsp;: car, pour cet historien, le bonheur commence avec l’établissement de la République, comme l’exprime sans ambages le titre de la première partie&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;prémisses de belle époque, 1874-1914&amp;nbsp;&quot;. Ce bonheur n’est pas dû au hasard, il est le fruit d’une volonté politique et doit être mis au crédit d’un régime politique, que M. Rioux confond avec la France ou auquel il réduit la France. L’entreprise est purement idéologique, dans ce que l’idéologie a de plus bas, la justification d’un régime politique, ce dont étaient coutumiers les fonctionnaires de régimes totalitaires, en Allemagne, dans les années noires, ou en URSS et dans ses satellites, dans les années rouges. De fait, l’histoire, selon M. Rioux consiste à égrener le chapelet idéologique, comme à l’église ou à la mosquée (comme il faut dire maintenant), c’est-à-dire à réciter le grand corpus de prières&amp;nbsp;: affaire Dreyfus, qui est la trace du malheur français et d’abord du capitaine Alfred Dreyfus et de sa famille&amp;nbsp;; le bon bourgeois Jaurès, un peu cupide, n’aimant guère les Juifs d’Algérie, y préférant les Arabes, nommé &quot;&amp;nbsp;notre Jean&amp;nbsp;&quot; (il manque entre ces deux mots &quot;&amp;nbsp;bon roi&amp;nbsp;&quot;), la loi de 1905, l’invention de l’électricité, etc. Rien n’est dit des délires scientistes, du développement sous couvert de positivisme d’une nouvelle religion occultiste et socialiste, du malheur des peuples soumis. Un chapitre est consacré à &quot;&amp;nbsp;la séparation libératrice&amp;nbsp;&quot; (celle de 1905), mais est passé sous silence ce grand malheur français qu’a été &quot;&amp;nbsp;l’expulsion des congrégations en 1902&amp;nbsp;&quot;, consécutive au refus scélérat et attentatoire aux droits de l’homme de laisser les congrégations et associations cultuelles bénéficier de la loi de 1901 sur la liberté d’association. Le chapitre consacré à Louis Renault, l’inventeur de génie, est tout entier à charge. Tout est à l’avenant&amp;nbsp;: rien n’est dit des causes de la guerre de 1914. Les titres sont la resucée de stupides slogans militants&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;le fascisme n’est pas passé&amp;nbsp;&quot; (1934), que les bolcheviks faisaient répéter à des milliers de perroquets, au moment même où ils s’apprêtaient à passer une alliance, qui n’était de circonstance, mais de fond, avec Hitler et les socialistes nationaux au pouvoir en Allemagne.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En bref, aux leçons de morale pour rombières, grenouilles de bénitier et momies de sacristie, s’ajoutent les falsifications de l’histoire de France ou les manifestations de haine à l’encontre des Français&amp;nbsp;et du peuple qu’ils forment. Ainsi, cette proposition&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;l’histoire française, depuis deux cents ans, est parcourue de rejets, de brocards, de xénophobies et même de racismes – aux degrés bien connus&amp;nbsp;: rigolards, ordinaires, argumentés, puis assassins à l’occasion – qui nient l’Autre, le dénigrent, le piétinent ou l’excluent&amp;nbsp;&quot; (chapitre &quot;&amp;nbsp;au creuset de la rue de Lappe&amp;nbsp;&quot;, p 157). Il a fallu que M. Rioux entende à chaque instant de sa vie, dans sa famille ou dans les milieux qu’il a fréquentés, des éructations de haine à l’encontre des étrangers (égorgés, bien entendu) ou des Juifs (gazés à Bordeaux ou à Calais) pour qu’il emploie les mots &lt;i&gt;xénophobies&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;racismes&lt;/i&gt; au pluriel. Il devrait mieux choisir ses fréquentations. On n’est pas responsable de sa famille, mais on l’est de ses amis&amp;nbsp;: dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. L’auteur de ces lignes n’a rien entendu de tel, ni dans sa famille, ni dans les milieux qu’il a fréquentés et qu’il fréquente. Il ne réduit pas l’histoire de France à ces couches épaisses de racismes. Il a fallu aussi que M. Rioux soit privé de vie spirituelle pour qu’il écrive l’Autre avec une majuscule et en fasse une divinité. Se prosterne-t-il devant elle&amp;nbsp;? La proposition dogmatique - &quot;&amp;nbsp;l’histoire française, depuis deux cents ans, est parcourue de rejets, de brocards, de xénophobies et même de racismes, etc.&amp;nbsp;&quot; - n’a rien d’historique, elle est toute idéologie et elle n’est rien qu’idéologie. Aucun des mots employés n’est défini, ni pensé. C’est de la récitation coranique. Rien de ce qui est avancé n’est avéré, sinon dans la grande et nouvelle inquisition que produit l’idéologie des puissants. Aux Français et à la France, sont attribués les mêmes préjugés sordides et puants que ceux dont les socialistes nationaux allemands accablaient les Juifs ou la France ou les bolcheviks les classes nuisibles. Ou encore cette autre perle&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;les Maliens de l’îlot Chalon dans les années 1980 étaient frères des maçons limousins exploités un siècle plus tôt à la même place par les marchands de sommeil&amp;nbsp;&quot;. L’îlot était un squat. Par définition, personne n’y payait de loyer. On ne sait qui sont ces marchands de sommeil qui faisaient payer des loyers exorbitants à ces Maliens. Des compatriotes voraces&amp;nbsp;? Non seulement, cette affirmation relève du fantasme idéologique, mais elle est aberrante sur le plan conceptuel&amp;nbsp;: après l’exploitation de l’homme par l’homme, M. Rioux invente l’exploitation (imaginaire) du maçon creusois ou du maçon malien par le marchand de sommeil. Où est la plus-value&amp;nbsp;tirée de cette &quot;&amp;nbsp;exploitation&amp;nbsp;&quot; ? De même, la fraternité qu’il prête aux Maliens et aux Creusois est de la propagande de sacristie. La conclusion (p 162) est toute religieuse ou mystique&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;la désespérance ne gagnera pas, pour peu qu’une condition soit toujours remplie&amp;nbsp;: que la République reste présente et active partout où l’exclusion s’affiche ou menace. Parce que depuis 1789 l’exclusion, offense à l’être et à l’Autre, demeure chez nous une affaire publique et un défi civique&amp;nbsp;&quot;. M. Rioux devrait lire, ce que, apparemment, il n’a jamais fait, les textes fondateurs de 1789&amp;nbsp;: il n’y trouvera employé nulle part le nom &lt;i&gt;exclusion&lt;/i&gt;. Entre déclarer des droits imprescriptibles et lutter contre l’exclusion, il n’y a pas un abîme, mais un vide intersidéral. Jamais les Républicains, entre 1789 et jusqu’en 1998, quand Mme Aubry a inventé l’exclusion pour culpabiliser la France et les Français, n’ont lutté contre &quot;&amp;nbsp;l’exclusion&amp;nbsp;&quot;. D’ailleurs, ils ne se sont pas gênés pour exclure à tire-larigot l’Autre. Ils ont même exclu le Même : expulsion des Congrégations, refus d’accorder la citoyenneté aux autochtones d’Algérie, délire sur les &quot;&amp;nbsp;races inférieures&amp;nbsp;&quot;, etc. Cette verroterie à la Aubry est peut-être digne d’un militant enfermé depuis un demi-siècle dans une des cellules minuscules du Parti communiste ou socialiste ou autre (trotskiste&amp;nbsp;?), mais indigne d’un Français.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Pourquoi ce livre a-t-il été écrit&amp;nbsp;? Le véritable objectif est d’utiliser l’histoire, après l’avoir frelatée, dans les luttes politiques du moment. La gauche&amp;nbsp;au pouvoir, sauf sans doute pour la famille Rioux (elle, prof de khâgne, lui inspecteur général, plus les à-côtés, le revenu est au moins de 70000 francs par mois), présente un bilan désastreux : de six à dix millions de pauvres, trois millions de Français de mal logés, six millions de chômeurs ou d’exclus du marché du travail, deux millions de Français qui, par désespoir, ont quitté la France, etc. Voilà qui fait vingt millions de Français condamnés au malheur&amp;nbsp;: plus d’un tiers de la population. C’est la faillite la plus retentissante qu’un régime ait jamais connu depuis Clovis. &quot;&amp;nbsp;Au bonheur la France&amp;nbsp;&quot; est l’écran qui cache le désastre&amp;nbsp;: &quot;&amp;nbsp;cachez ces faims que je ne saurais voir&amp;nbsp;&quot;. La falsification de la mémoire, c’est de la guerre. Du temps de Sully, la France avait deux mamelles&amp;nbsp;; sous les intellos à la Rioux, elle n’en a plus qu’une&amp;nbsp;: la dénégation du réel.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <title>Mythologies intellotes 20</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Wed, 18 Apr 2007 08:45:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;La&amp;nbsp;philosophie s'invite dans la campagne&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dialogue entre Michel Onfray et M. Sarkozy publié dans &lt;em&gt;Philosophie magazine&lt;/em&gt; a été abondamment commenté, toujours à charge contre Sarkozy, surtout par les journalistes qui ne l’avaient pas lu ou qui, l’ayant parcouru des seuls yeux, n’ont pas voulu lire ce qui avait été effectivement dit et écrit.&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici le dialogue&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote&gt;Nicolas Sarkozy : Je me suis rendu récemment à la prison pour femmes de Rennes. J'ai demandé à rencontrer une détenue qui purgeait une lourde peine. Cette femme-là m'a parue tout à fait normale. Si on lui avait dit dans sa jeunesse qu'un jour, elle tuerait son mari, elle aurait protesté : &quot; Mais ça va pas, non ! &quot; Et pourtant, elle l'a fait.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Michel Onfray : Qu'en concluez-vous ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; N. S. : Que l'être humain peut être dangereux. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation. Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents. Non, chaque homme est en lui-même porteur de beaucoup d'innocence et de dangers.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; M. O. : Je ne suis pas rousseauiste et ne soutiendrais pas que l'homme est naturellement bon. À mon sens, on ne naît ni bon ni mauvais. On le devient, car ce sont les circonstances qui fabriquent l'homme.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; N. S. : Mais que faites-vous de nos choix, de la liberté de chacun ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; M. O. : Je ne leur donnerais pas une importance exagérée. Il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. Vous n'avez pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par exemple. Un pédophile non plus. Il n'a pas décidé un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles, d'être attiré par les enfants. Pour autant, on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile. Je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; N. S. : Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; M. O. : Puisque notre entrevue touche à sa fin, je voudrais vous offrir quelques cadeaux utiles avant que nous nous quittions.&lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la lecture de ce dialogue, il apparaît que, de Sarkozy et de Onfray, la Bête immonde n’est pas Sarkozy, mais Onfray. Sarkozy n’est ni philosophe, ni spécialiste de génétique. Onfray est philosophe&amp;nbsp;; du moins, il fait profession de l’être (ou de le paraître). Sarkozy exprime une opinion ambiguë avec prudence (&quot;j'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie&quot;), qui serait effectivement critiquable, si elle n’était pas une réaction à une première opinion extrémiste exprimée par Onfray (&quot;je ne suis pas d'accord avec vous&quot;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote&gt;Quand Sarkozy déclare&amp;nbsp;: &quot;l'être humain peut être dangereux. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation. Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents. Non, chaque homme est en lui-même porteur de beaucoup d'innocence et de dangers&quot;, il ne fait qu’énoncer une position de bon sens, digne d’un homme politique responsable.&lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revanche, Onfray défend des positions toutes idéologiques, dignes d’une momie enfermée depuis quarante ans dans la naphtaline d’une cellule crypto-gauchiste et qui, depuis quarante ans, rumine les mêmes positions sclérosées d’un sociologisme indigne d’un élève de certificat de fin d’études primaires et indignes du philosophe qu’il se targue (sans rire) d’être.&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand Onfray déclare &quot;ce sont les circonstances qui fabriquent l'homme… je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons&quot;, c’est toute la corporation des philosophes qu’il déshonore par des positions manifestement fausses et stupides.&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est d’ailleurs Onfray qui amène Sarkozy sur le terrain de la sexualité, de la pédophilie et de la génétique&amp;nbsp;: &quot;vous n'avez pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par exemple. Un pédophile non plus. Il n'a pas décidé un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles, d'être attiré par les enfants. Pour autant, on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile&quot;.&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En conclusion,&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote&gt;1. Les journaleux du Monde, de Libé, du Nouvel Obs ont longuement commenté les positions immondes de Sarkozy, sans dire un seul mot de celles d’Onfray. 2. De toute évidence, ils n’ont pas lu ce &quot;dialogue philosophique&quot; qu’ils ont pourtant commenté. 3. Quand ils lisent un texte, c’est avec d’énormes contresens. 4. On attend avec impatience la disparition du Monde, de Libé, du Nouvel Obs&amp;nbsp;: faute de lecteurs, ça ne devrait pas tarder. 5. Il s’est même trouvé une horde de généticiens de &quot;l’université&quot; pour condamner les idées de Sarkozy, mais aucun d’eux n’a lu ce &quot;dialogue&quot;. 6. Si la philosophie consiste, comme le fait Onfray, à égrener autant de balourdises et de stupidités dignes d’un bac – 10, alors, oui, on peut être inquiet de l’état réel de la philosophie en France.&lt;br /&gt;&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <title>Mythologies intellotes 19</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
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                                                <pubDate>Wed, 20 Dec 2006 07:05:00 +0100</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le naufrage de la pensée&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;France 2 a diffusé le lundi 11 et le mardi 12 décembre un téléfilm consacré à Sartre Jean-Paul, écrivain. D’habitude, à la télévision, qu’elle soit publique ou non, la littérature, la culture et tout ce qui n’est pas divertissement à fric, sont relégués aux heures tardives de la nuit. France 2 a pris des risques&amp;nbsp;: le téléfilm a été montré de 20 h 45 à 22 h 15, soit à une &quot;heure de grande écoute&quot; (de supposée grande écoute), comme on dit dans les journaux, ou en &lt;i&gt;prime time&lt;/i&gt;, comme on dit à la télé. Comme on pouvait s’y attendre, ce que les responsables de la télé publique, eux, n’avaient pas subodoré, tout confits qu’ils sont en dévotion sartrienne (c’était leurs illusions adolescentes), ce téléfilm a sombré dans un terrible naufrage d’audience. Ce fut une fortune de mer. A l’audimat, &quot;il a fait 10% de parts de marché&quot;, comme on dit dans ces milieux. Que l’on ne s’en inquiète pas outre mesure. France 2 s’en sortira sans dommage. La chaîne vogue de plus belle vers un nouveau Charybde. L’impôt y pourvoit. Il n’est pas certain que l’œuvre de Sartre s’en sorte de la même manière et que ce téléfilm, pourtant conçu par des cinéastes ou scénaristes qui sont très favorables à Sartre, qui, de fait, apparaît sympathique et plein de générosité, ne soit le Scylla où risquent de s’engloutir définitivement son œuvre, ses idées, sa réputation, son honneur.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ces trois heures d’images condensent les actions, les idées ou les passions de Sartre, de 1958, à la fin de la IVe République et au moment où De Gaulle &quot;revient aux affaires&quot;, à 1965, année où Sartre refuse le prix Nobel de littérature, qui vient de lui être décerné. Huit années de vie et d’idées étroitement mêlées : par volonté d’authenticité, Sartre a réglé sa vie sur ses idées et a mené une vie idéelle, au sens où elle a été en accord avec ses idées et préjugés. Il était ce qu’il pensait. Du moins le croyait-il. L’important est l’idée, non pas le monde ou le réel, mais la représentation qu’il s’en fait, avant toute expérience et hors de toute connaissance. Quand le réel contredit ses idées, il le redresse. La rhétorique verbeuse, dont il est un Maître, est sortie du garage&amp;nbsp;et elle fait du réel tout autre chose que ce qu’il est, réinterprété. Dans les réunions publiques qu’il anime dans le Ve ou le VIe arrondissement de Paris (il ne va pas au-delà) pour appeler à voter &quot;non&quot; à la constitution de 1958, il présente De Gaulle comme un général à demi putschiste, à demi fasciste, qui tente d’imposer, à la manière d’un sous-Bonaparte, un pouvoir personnel en France (ce qui ne s’est jamais avéré&amp;nbsp;: il a exercé le pouvoir de façon moins personnelle que Mitterrand, à qui ce reproche n’a jamais été fait, bien sûr) et qui, soutenu par les pieds-noirs et par les militaires de l’Empire colonial, devait nécessairement faire (c’est ce qui était écrit dans le grand livre de Sartre) une guerre meurtrière et longue pour que l’Algérie reste française. La gauche a utilisé, de 1956 à 1958, les parachutistes dans des opérations de police&amp;nbsp;: il semble que Sartre, bien qu’il fût &quot;de gauche&quot; ou parce qu’il en était, s’en soit accommodé, les paras bénéficiant du soutien tacite que le Parti communiste, la vraie boussole des progressistes, accordait au gouvernement de Guy Mollet. Sartre ne s’est donc avisé de l’horreur de la torture qu’&lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;, ce qui l’a autorisé, lui qui est resté planqué entre 1940 et 1945, à comparer les méthodes de l’armée française sous De Gaulle à celles de la Gestapo pendant l’occupation, et bien que De Gaulle eût interdit à l’armée de participer en Algérie à des opérations de police. En fait, Sartre était trop obsédé par ses propres convictions idéelles pour comprendre que De Gaulle allait donner à l’Algérie son indépendance. Quand le conflit s’est arrêté, Sartre met la paix sur le compte d’aléas ou d’accidents ou d’interventions magiques, et au seul crédit des opposants à la guerre, dont il était. Il s’en attribue le mérite.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Comme les romantiques attardés, Sartre juge que le réel doit être fidèle à l’idée qu’il s’en fait. Le téléfilm le montre en petit garçon gâté qui a deux mamans&amp;nbsp;: une mère biologique avec qui il vit et qui chérit son &lt;i&gt;Poulou&lt;/i&gt; et une seconde mère, l’institutrice Beauvoir, austère, revêche et pète-sec, qui coupe à grands traits de stylo rouge ses articles trop longs ou corrige impitoyablement ses manuscrits, à la manière d’un disciple rigide de Jdanov ou d’un zoïle réaliste socialiste, lui reprochant d’avoir dans &lt;i&gt;Les Séquestrés d’Altona&lt;/i&gt;&amp;nbsp;écrit une pièce bourgeoise, dans un style bourgeois, avec des personnages bourgeois. Ce dont il finit, après une courte fâcherie, par convenir, car maman a toujours raison. Mme de Beauvoir, la libérée, la sans tabou, la révolutionnaire, veille à ce que son fils par pacte n’altère pas trop sa santé&amp;nbsp;: elle lui interdit de boire (ce qu’il fait en jubilant dès qu’elle a le dos tourné), de fumer, de se doper aux amphétamines comme un vulgaire sportif de bas niveau. Il est une séquence éloquente&amp;nbsp;: c’est la consultation chez un ami médecin, qui appelle Sartre &lt;i&gt;maître&lt;/i&gt;. Sartre est surmené&amp;nbsp;; sa seconde maman l’accompagne. C’est elle qui énonce, sans tabou, les symptômes dont souffre le grand homme. Comme il hésite à se laisser ausculter, elle lui intime de se mettre torse nu : &quot;Sartre, arrêtez de faire l’enfant&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Sartre est un pur produit de l’école, non pas de l’ENS ou de l’Ecole (avec une majuscule), mais de l’école tout court&amp;nbsp;: la communale, le lycée, l’école laïque et obligatoire. A cinquante ans passés, il use ses fonds de culotte sur les bancs de classe ou, mieux, il lustre les bancs de l’école de ses fonds de culotte. Quand il anime des réunions publiques (il milite en faveur du non à la constitution de la Ve République&amp;nbsp;: il y aura plus de 80% de oui, ou contre la guerre en Algérie ou pour le socialisme et la révolution mondiale), il singe le prof faisant la leçon à ses potaches. Les potaches ont beau être chenus, ils n’en écoutent pas moins religieusement le maître, comme s’ils étaient à l’église ou au temple. Sartre ne saisit le réel qu’à travers les catégories qu’il a enseignées à l’école ou qui lui ont été enseignées. C’est une caricature, non pas de bon élève, mais d’écolier attardé. Il est, dans la littérature, plusieurs exemples de ce type humain&amp;nbsp;: l’écolier limousin chez Rabelais et Thomas Diafoirus qui, dans le &lt;i&gt;Malade imaginaire&lt;/i&gt;, parle à tout moment comme s’il participait à une dispute d’université. Pendant trente ans ou plus, les Français et les &lt;i&gt;citoyens du monde&lt;/i&gt;, même Castro et Guevara, ont admiré un Thomas Diafoirus ne parlant pas latin, et personne ne s’en est gaussé&amp;nbsp;! Faut-il que la France soit devenue zombie&amp;nbsp;? On comprend que Sartre, ses idées, son théâtre, ses essais, etc. aient été furieusement à la mode dans les classes, et cela de 1960 à 1990. La fureur s’est atténuée depuis une décennie. Camus était un penseur de paroisse, Sartre de communale. Beau duo. Il est logique qu’à l’un et à l’autre, ait été décerné le prix Nobel.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Sartre est asservi aux idées. Plus elles sont folles, plus elles sont en porte-à-faux avec le réel, moins elles ont de lien avec quelque réalité que ce soit, plus il s’y accroche – comme un noyé à une bouée. Il admire donc les tyrans&amp;nbsp;: une bise à l’un, des poutous à l’autre. Vas-y que je te leur passe de la pommade dans le dos&amp;nbsp;! FLN, Castro, URSS, tout est bon dans le cochon, tout est à louer dans ces idéocraties, régies par la tyrannie de l’idée, à l’image de Sartre de lui-même. Il justifie ainsi le meurtre gratuit, à condition que le tueur soit un &lt;i&gt;colonisé&lt;/i&gt;, la victime un &lt;i&gt;colon&lt;/i&gt;. Le meurtre fait deux hommes libres. Etrange conception de la liberté&amp;nbsp;: le premier devient esclave d’un Etat totalitaire et le second a pour seule liberté celle de manger les pissenlits par la racine. Sartre pousse la tartufferie jusqu’à faire l’apologie de la liberté&amp;nbsp;alors qu’il se trouve dans des pays tyranniques. En fait, la liberté, c’est sa liberté, grâce à laquelle il s’envoie en l’air avec des femmes, jeunes de préférence, gourdes ou oies blanches. Elles sont à ramasser, il n’a qu’à se baisser. La liberté mêlée à la tyrannie, ce n’est pas la liberté qu’il chante, mais l’asservissement. Il est libre, alors que la moitié de l’humanité est aux fers. Il rêve que l’esclavage soit étendu à l’humanité encore libre. C’est ainsi que les petits SS s’extasiaient de leur liberté dans des pays conquis, dont tous les habitants courbaient l'échine.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&quot;La vieillesse est un naufrage&quot;, disait De Gaulle de Pétain. On pourrait dire la même chose de la pensée. Il est des pensées qui sont des naufrages. Sartre illustre à merveille cette fortune de mer, assez plaisante, à dire vrai. France 2 a eu le mérite de le montrer à une heure de grande écoute.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <title>Mythologies intellotes 18</title>
                <link>http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2006/09/21/mythologies-intellotes-18.html</link>
                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
                                                <category>Mythologies intellotes</category>
                                                <pubDate>Thu, 21 Sep 2006 07:25:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le professeur Rosanvallon&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le mercredi 19 septembre, à 8 h 30, sur Europe 1, le professeur Rosanvallon s’est projeté en 2040 pour peindre la France nouvelle. Elle ne ressemblera plus au Finistère, a-t-il déclaré avec satisfaction, mais à l’île de la Réunion. On ne sait s’il hait le Finistère&amp;nbsp;; en tout cas, il aime la Réunion, bien que cette île ait longtemps été une île d’esclaves. On ignore pourquoi il n’a pas pris pour modèle l’île de Zanzibar, où les Arabes s’approvisionnaient en esclaves, ou même l’Afrique du Sud, où s’est épanoui le sinistre régime d’apartheid. Les &quot;flux d’immigration naturels&quot; (sic) rendent béat le professeur Rosanvallon&amp;nbsp;: il se réjouit que la population de la France change de couleur, de religion, de coutumes, etc.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Monsieur Prud’homme exprimait en toute circonstance sa satisfaction. Pourquoi monsieur le professeur Rosanvallon ne suivrait pas son exemple&amp;nbsp;? C’est son droit.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Examinons l’expression &quot;flux d’immigration naturels&quot;. Si ces flux étaient naturels, comme le professeur Rosanvallon le dit, ils seraient aussi anciens que la nature et les mots qui les désignent, à savoir &lt;i&gt;flux d’immigration&lt;/i&gt; seraient relevés, définis, expliqués, dans tous les dictionnaires. Il n’en est rien. En latin classique, &lt;i&gt;fluxus&lt;/i&gt; signifie &quot;écoulement d’un liquide&quot;. En 1306, des médecins ont introduit ce nom dans notre langue sous la forme francisée de &lt;i&gt;flux&lt;/i&gt; et, dans &lt;i&gt;flux de ventre&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;id est&lt;/i&gt; la courante), ils y ont donné le sens de &quot;écoulement d’un liquide organique&quot;. A la fin du XVe siècle, &lt;i&gt;flux&lt;/i&gt; s’étend à d’autres réalités que médicales et désigne l’écoulement de l’eau et en 1580 le &quot;mouvement de l’eau&quot;, que ce soit celui des rivières ou de la mer (le flux et le reflux). C’est aussi cette année-là que flux prend un sens figuré pour signifier, dans &lt;i&gt;flux de caquet&lt;/i&gt;, l’abondance de paroles, nuisibles ou impétueuses. Tous les dictionnaires relèvent ces sens, aussi bien le &lt;i&gt;Dictionnaire de l’Académie française&lt;/i&gt; (1762&amp;nbsp;: &quot;mouvement réglé de la mer vers le rivage à certaines heures du jour&quot;, &quot;écoulement des excréments devenus trop fluides&quot;, &quot;flux de sang, flux hépatique, flux de bouche, flux de paroles&quot;) que le &lt;i&gt;Dictionnaire de la Langue française&lt;/i&gt; (Littré, seconde moitié du XIXe siècle&amp;nbsp;: &quot;marée montante, mouvement de la mer vers le rivage à certaines heures&quot;, &quot;écoulement d’un liquide quelconque hors de son réservoir habituel&quot;, &quot;flux purulent, muqueux, bilieux, catarrhal, hémorroïdal, hépatique, menstruel&quot;, etc.) ou que le &lt;i&gt;Trésor de la Langue française&lt;/i&gt; (1972-1994&amp;nbsp;: &quot;écoulement d’un liquide organique&quot;, &quot;marée montante&quot;, &quot;flux énergétique, magnétique, lumineux&quot; et en économie, par analogie, &quot;quantités économiques qui circulent d’un secteur à l’autre de l’économie ou d’un groupe d’agents à un autre tout au long d’un circuit économique&quot;).&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il n’y a pas d’attestation dans ces dictionnaires, anciens et récents, des mots &lt;i&gt;flux d’immigration&lt;/i&gt; que le professeur Rosanvallon qualifie de &quot;naturels&quot; - à tort bien entendu&amp;nbsp;: les phénomènes désignés sont si récents que les auteurs de dictionnaires n’ont pas eu le temps de les noter. Il est vrai que ces phénomènes, quand ils touchent un autre continent que l’Europe ou quand ce sont des Européens qui immigrent, sont nommés &lt;i&gt;invasion&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;colonisation&lt;/i&gt;. Le professeur Rosanvallon est l’un des premiers à utiliser le nom &lt;i&gt;flux&lt;/i&gt; pour désigner des personnes, bien que la réduction des personnes à des choses et surtout à des choses basses (pensons aux flux hémorroïdal, de ventre, catarrhal, purulent, etc.) soit la marque d’un mépris sans borne. Quant à l’adjectif &lt;i&gt;naturels&lt;/i&gt;, qualifiant &lt;i&gt;flux&lt;/i&gt;, c’est un pléonasme, car il n’existe pas de flux qui ne soient pas naturels ou il est dans la nature d’un flux, quel qu’il soit, d’être naturel. Le professeur Rosanvallon enfonce une porte ouverte&amp;nbsp;: mais n’est-il pas dans la nature des professeurs de dire pompeusement des évidences&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il est évident que ces phénomènes dits d’immigration ne méritent pas d’être nommés &lt;i&gt;flux&lt;/i&gt;, sauf à exprimer du mépris pour les immigrés, et qu’ils ne sont pas naturels, mais politiques ou culturels. Le plus stupéfiant de l’affaire est que le professeur Rosanvallon du Collège de France dispense des cours sur &quot;l’histoire intellectuelle de la démocratie sur la longue durée&quot;, &quot;l’histoire du modèle politique français et des rapports entre l’Etat et la société&quot;, les &quot;transformations de la démocratie contemporaine dans une perspective comparée avec les espaces non-occidentaux&quot;, ce qui explique l’intérêt qu’il porte à l’immigration qui substitue en France à un peuple d’autres peuples venus, non pas de l’espace, mais des &quot;espaces non-occidentaux&quot; (sic). Depuis 2001, il est titulaire de la chaire, créée spécialement pour lui, d’histoire moderne et contemporaine du politique. C’est un spécialiste &lt;i&gt;du politique&lt;/i&gt;, car le professeur Rosanvallon ne dit pas &lt;i&gt;la politique&lt;/i&gt; comme tout le monde, mais il fait de l’adjectif &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; un nom de genre masculin. Ce que l’on sait, depuis Platon et Aristote, et même bien avant eux, c’est que, s’il est un domaine totalement étranger à la nature, donc aux &lt;i&gt;flux naturels&lt;/i&gt;, qu’ils soient d’immigration ou autres, c’est la ou, comme on voudra, le politique. En politique, priment les intérêts immédiats d’un groupe et la volonté des hommes de faire société. Il est étrange qu’un spécialiste du politique se réfère à la nature pour nommer l’immigration. Ou bien, faisant cela, il entend imprimer dans les esprits l’idée suivant laquelle on ne peut rien faire contre l’immigration, comme on ne peut rien faire contre la marée montante, qu’il est impossible de la contrôler, qu’il convient de s’y résigner - idée qui nie le politique que, par ailleurs, il enseigne (mon Dieu, que de sottises doit-il en dire&amp;nbsp;?)&amp;nbsp;; ou bien, pour lui, comme il le reconnaît (&quot;c’est un champ et un travail&quot;), le politique est un champ en friches, une lande, de la nature vierge à labourer.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En 2004, a été publié aux éditions du Seuil, maison de commerce qui vend des livres, un très comique libelle sur les nouveaux réactionnaires. En un instant, l’inconnu qui a écrit ce libelle devint aussi célèbre que Fréron. Fréron&amp;nbsp;? Voltaire l’a rendu immortel dans ces vers&amp;nbsp;: &quot;L’autre jour au fond d’un vallon, /&amp;nbsp;Un serpent piqua Jean Fréron. / Que pensez-vous qu’il arriva&amp;nbsp;? /&amp;nbsp;Ce fut le serpent qui creva.&quot; En fait, c’est le grand actionnaire de la parole autorisée, à savoir le professeur Rosanvallon, qui a ordonné à l’inconnu de torcher ce libelle. Car le professeur Rosanvallon est une huile. Il ne se contente pas d’exprimer sa béate satisfaction sur le remplacement d’un peuple par d’autres, ni de labourer son champ, il fait la pluie et le beau temps aux éditions du Seuil. C'est une éminence, non pas dans le savoir ou la connaissance, mais dans les institutions savantes – ce qui n’est pas la même chose&amp;nbsp;: le savoir ne se trouvant pas nécessairement dans les institutions savantes. Dans&amp;nbsp;l’article &quot;lettres, gens de lettres ou lettrés&quot; du &lt;i&gt;Dictionnaire philosophique&lt;/i&gt;, Voltaire écrit&amp;nbsp;: &quot;Dans nos temps barbares (…), on institua des écoles, des universités, composées presque toutes d’ecclésiastiques, qui, ne sachant que leur jargon, enseignèrent ce jargon à ceux qui voulurent l’apprendre&quot; et &quot;les gens de lettres qui ont rendu le plus de services au petit nombre d’êtres pensants répandus dans le monde sont les lettrés isolés, les vrais savants renfermés dans leur cabinet, qui n’ont ni argumenté sur les bancs de l’école, ni dit les choses à moitié dans les académies&amp;nbsp;; et ceux-là ont presque tous été persécutés&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce qui était vrai il y a trois siècles l’est toujours. Il n’y a pas de raison pour que ce qui est change. Du haut de la chaire où il prêche, le professeur Rosanvallon enseigne son jargon aux gogos qui veulent bien l’écouter et qui, dès qu’ils auront appris la leçon, iront jeter des pierres à ceux qui ne suivent pas les sentiers battus. &lt;i&gt;Nihil novi sub sole&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <title>Mythologies intellotes 17</title>
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                <author>noreply@ (Arouet le Jeune)</author>
                                                <category>Mythologies intellotes</category>
                                                <pubDate>Mon, 14 Aug 2006 08:25:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Plébiscite&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;C'est un mot latin composé du nom &lt;i&gt;plebs&lt;/i&gt;, désignant la plèbe (&lt;i&gt;id est&lt;/i&gt; le peuple), et du nom &lt;i&gt;scitum&lt;/i&gt; au sens de &quot;décret&quot;, du verbe &lt;i&gt;scisco&lt;/i&gt; &quot;agréer&quot; ou &quot;décider&quot;. C’est donc, mot à mot, une &quot;décision du peuple&quot;. A Rome, au plébiscite, s’opposait le &lt;i&gt;senatus-consulte,&lt;/i&gt; décision du Sénat ou, par rapport à la plèbe, la décision des classes supérieures.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le mot est attesté en français au milieu du XIVe siècle à propos de l’histoire romaine et dans le sens de &quot;décret du peuple&quot;. &quot;&lt;i&gt;Plébiscite&lt;/i&gt; était appelé un établissement (au sens de lois ou de décisions établies) que la menue plèbe faisait en sa cour par ses tribuns et par ses édiles et par ses magistrats&quot;. Les auteurs de dictionnaires expriment ce sens historique dans une langue contournée. Les Académiciens en 1762 le glosent par &quot;décret émané du peuple romain convoqué par tribus&quot; (que sont ces tribus&amp;nbsp;?)&amp;nbsp;; Littré se contente de reprendre la définition du &lt;i&gt;Dictionnaire de l’Académie française&lt;/i&gt; (&quot;décret de la plèbe romaine convoquée par tribus&quot;) qu’il a l’idée d’illustrer d’une explication tirée de Montesquieu&amp;nbsp;: &quot;les plébéiens gagnèrent ce point, que seuls, sans les patriciens, ils pourraient faire des lois qu’on appela plébiscites.... ainsi il y eut des cas où les patriciens n’eurent point de part à la puissance législative&quot;&amp;nbsp;; les auteurs du &lt;i&gt;Trésor de la Langue française&lt;/i&gt;, en citant des &quot;comices&quot;, n’éclairent guère la question&amp;nbsp;: &quot;décision prise par la plèbe réunie en comices sur une question proposée par un tribun&quot;. Seuls les extraits qui illustrent la définition permettent aux lecteurs de se faire une idée assez précise de ce qu’est un plébiscite&amp;nbsp;dans la Rome antique&amp;nbsp;: &quot;les comices de la plèbe ne délibéraient que sur les intérêts de la plèbe, ne nommaient que les chefs plébéiens et ne faisaient que des plébiscites. Il y eut longtemps à Rome une double série de décrets, sénatus-consultes pour les patriciens, plébiscites pour la plèbe&quot;. Tel est le sens historique.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;On sait l’admiration que les philosophes et les hommes politiques de la fin du XVIIIe siècle vouaient à la Rome antique, surtout à sa république. Ils ont donc sorti le nom &lt;i&gt;plébiscite&lt;/i&gt; de son contexte historique pour l’appliquer aux divers modes de suffrage en vigueur dans les cantons suisses. Ils y ont donné un sens favorable, comme Voltaire, en 1776, laissant entrevoir la possibilité d’user du plébiscite pour ébranler la monarchie absolue&amp;nbsp;: &quot;dans l’ancienne Rome et même encore à Genève et à Bâle, et dans les petits cantons, ce sont les citoyens qui font les plébiscites, c’est-à-dire les lois&quot;. En 1843, le théoricien du socialisme, Proudhon, qui rêvait de démocratie directe, emploie &lt;i&gt;plébiscite&lt;/i&gt; dans le sens de &lt;i&gt;référendum&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: c’est, écrit-il, le &quot;vote direct du corps électoral par oui ou non sur une proposition qu’on lui soumet&quot; ou encore &quot;la souveraineté est au peuple&amp;nbsp;; le plébiscite est la loi suprême&quot;. Les Académiciens, dans la huitième édition de leur &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; (1932-35), maintiennent la confusion entre le plébiscite et le référendum&amp;nbsp;: &quot;Il se dit, dans la langue politique de notre temps, d’un vote par lequel le corps électoral, comprenant l’universalité des citoyens, se prononce sur une résolution, une loi, une proposition qui lui est soumise&quot; et ils citent, pour l’illustrer, les plébiscites de 1851 et de 1870.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce sont les faits ou la dure expérience du réel qui ont discrédité – mais pas pour longtemps – le plébiscite – en particulier l’utilisation qu’en fit Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III, qui usa du plébiscite pour mettre fin à la République et établir son pouvoir sur la France. Littré, qui était positiviste et républicain, évoque, dans son &lt;i&gt;Dictionnaire de la Langue française&lt;/i&gt;, lequel traite surtout de la langue française des siècles classiques (XVIIe et XVIIIe siècles), cette douloureuse expérience du plébiscite&amp;nbsp;: &quot;en 1852 (en fait, il y en eut deux&amp;nbsp;: en 1851 et 1852), vote qui appela le prince Louis Bonaparte à la présidence décennale, et, plus tard, à l’empire&quot;. Dans son &lt;i&gt;Histoire des Français&lt;/i&gt; (1924), Bainville rappelle l’usage qui a été fait du plébiscite&amp;nbsp;: &quot;Louis-Napoléon annonçait son intention de rétablir l’empire héréditaire et de prendre le nom de Napoléon III. Le 21 novembre 1852, un nouveau plébiscite l’approuvait à une majorité encore plus écrasante que l’année précédente. Le peuple français avait adopté l’empire autoritaire&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;C’est dans le &lt;i&gt;Trésor de la langue française&lt;/i&gt; que &lt;i&gt;plébiscite&lt;/i&gt; est distingué de &lt;i&gt;référendum&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: c’est la &quot;résolution soumise à l’approbation du peuple et conférant le pouvoir à un homme ou approuvant sa prise de pouvoir&quot; et le &quot;vote sur cette résolution&quot;. Pourtant, les hommes politiques rescapés de la IIIe République ont tenté de rétablir l’ancienne confusion, comme le rappelle de Gaulle, dans ses &lt;i&gt;Mémoires de guerre&lt;/i&gt; (1959)&amp;nbsp;: &quot;ces délégués ne se firent pas faute d’assimiler le référendum du général De Gaulle au plébiscite de Bonaparte et du Prince-Président&quot;. D’ailleurs, les auteurs du &lt;i&gt;Trésor de la Langue française&lt;/i&gt; (1972-1994) considèrent comme &lt;i&gt;vieilli&lt;/i&gt; le sens &quot;référendum&quot; de &lt;i&gt;plébiscite&lt;/i&gt;. Dans la langue moderne, &lt;i&gt;plébiscite&lt;/i&gt; a pris un sens étendu. Il signifie &quot;opinion de fait, clairement et nettement formulée par une grande proportion d’individus d’un groupe donné (adhérents, lecteurs, consommateurs), marquant leur adhésion à quelqu’un, leur préférence pour quelqu'un ou pour quelque chose&quot;. De ces consommateurs qui ont opté pour telle marque de lessive au détriment de telle autre, on dit qu’ils l’ont plébiscitée.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;C’est par le mot &lt;i&gt;plébiscite&lt;/i&gt;, honni des républicains, que Renan, républicain lui aussi, mais professeur au Collège de France,&amp;nbsp;a, dans une célèbre conférence qu’il a prononcée à la Sorbonne le 11 mars 1882, défini la nation. Ce n’est pas la race, ni la langue, ni la religion, la communauté d’intérêts, ni la géographique qui font une nation, mais un principe spirituel. &quot;L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! Je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Pour comprendre cette conception, il faut la replacer dans le contexte historique de l’annexion par le Reich allemand, après la défaite de 1870, de l’Alsace et de la Moselle. Avant cet événement qui l’a traumatisé, Renan accordait un rôle déterminant aux lignées, à la race, à l’inné, à la langue, etc. dans la formation des groupements humains. La déroute de 1870 a tout changé. Bismarck a justifié l’annexion de 1870 par l’identité de langue et de &quot;race&quot;&amp;nbsp;entre les Alsaciens et Mosellans et les Allemands. Renan, hostile à cette annexion, s’est appuyé sur le départ en exil, en France, en Algérie ou en Egypte, de nombreux Alsaciens et Mosellans pour opposer aux Allemands la libre décision, la volonté des gens, etc., comme il le dit explicitement dans la suite de sa conférence&amp;nbsp;: &quot;Dans l’ordre d’idées que je vous soumets, une nation n’a pas plus qu’un roi le droit de dire à une province : &quot;Tu m’appartiens, je te prends&quot;. Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu’un en cette affaire a droit d’être consulté, c’est l’habitant. Une nation n’a jamais un véritable intérêt à s’annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le vœu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir&quot;. Autrement dit, sans la déroute de 1870 et sans les conséquences qu’elle a entraînées, Renan n’aurait sans doute jamais défini la nation comme un plébiscite de tous les jours.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La définition de Renan a été exhumée il y a quelques années des rayons poussiéreux des bibliothèques où elle dormait paisiblement pour être assimilée au &quot;vouloir vivre ensemble&quot; des idéologues du sans frontières et même aux&amp;nbsp;hurlements &quot;tous ensemble, tous&quot; des supporteurs de l’Olympique de Marseille. C’est la présence de nombreux immigrés qui a incité les idéologues à ressusciter cette conception historiquement datée de la nation et de la transporter dans la France moderne. Est français celui qui demande à l’être ou celui qui, venant d’anciens territoires français (l’Algérie) ou placés sous la souveraineté de la France (les colonies), manifeste son désir, comme les réfugiés alsaciens de 1870, d’être ou de rester français. C’est par la bande ou par ce biais, pour répondre à des objectifs étranges, que le terme de &lt;i&gt;plébiscite&lt;/i&gt;, discrédité dans la politique progressiste, a retrouvé son lustre. Il est vrai que, pour que la manipulation soit enclenchée, le texte de Renan a été tronqué et que seul un court extrait en est cité&amp;nbsp;; de fait, il est loisible de donner à &lt;i&gt;plébiscite de tous les jours&lt;/i&gt; n’importe quelle signification et de le faire coïncider avec la situation actuelle. Dans le texte de Renan, la phrase qui comprend &lt;i&gt;plébiscite de tous les jours&lt;/i&gt; est précédée de celle-ci&amp;nbsp;: &quot;Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune&quot;. Le plébiscite de tous les jours est un &quot;principe spirituel&quot;&amp;nbsp;; les Modernes en ont fait un slogan. Ce qui importe dans ce &quot;principe&quot;, ce sont les sacrifices faits et ceux qui sont à faire. C’est aussi le long passé commun qu’il suppose. Replacé dans son contexte, &lt;i&gt;le plébiscite de tous les jours&lt;/i&gt; n’a rien en commun avec le &quot;vouloir vivre ensemble&quot; des idéologues ou le &quot;tous ensemble, tous&quot; des supporteurs de football.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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