08 avril 2008
Signes 25 : leur avant-guerre
A propos de Robert Brasillach, Notre avant-guerre, 1940, réédité en 1998, Godefroy de Bouillon.
On sait ce qu’il advint de Robert Brasillach. Poursuivi à la Libération pour intelligence avec l’ennemi, il a été condamné à mort et exécuté. Il n'a pas été gracié. On sait pourquoi. De Gaulle considérait comme tout aussi grave de collaborer avec l’ennemi par la plume que par les armes. La résistance, ce n’était pas seulement la poursuite de la guerre, malgré la perte de la bataille de France en mai et juin 1940, c’était aussi les lettres, la pensée, les écrivains qui disaient "non" et maintenaient, en France ou à Londres ou dans tous les territoires que les Allemands n’occupaient pas, la flamme française.
Arouet le Jeune, est-il besoin de le préciser, n’éprouve aucune sympathie pour Brasillach. Il a lu de Brasillach, et très récemment, presque par hasard, Notre avant-guerre, écrit en 1939, après la déclaration de guerre, alors que Brasillach, âgé d’un peu plus de trente ans, avait rejoint son unité au front, et publié en mai 1940, avant la défaite des armées françaises. "Notre" avant-guerre, c’est aussi le pendant de l’expérience qui a été faite par la génération précédente, entre 1900 et 1914. Elle commence en 1925, date à laquelle, âgé de 18 ans, Brasillach s’installe à Paris, où il est élève à Louis le Grand, avant d’intégrer l’Ecole Normale supérieure, et elle s’achève en septembre 1939, date à laquelle il redevient soldat.
L’impression qui se dégage de ce récit de quatorze années de vie intellectuelle, à la fois intense et prenante, est étrange. Brasillach est passionné par l’art, les idées, la littérature, le théâtre, la vie intellectuelle et surtout le cinéma, dont il a écrit une Histoire, publiée en 1935. Il admire aussi bien les films muets que les premiers films parlants, le cinéma français que le nouveau cinéma américain, le cinéma expressionniste allemand que le cinéma japonais, dont Ozu. Il est l’un des premiers clercs qui ait compris l’importance de ce nouvel art, à la fois populaire et inventif pour ce qui est des formes nouvelles. Il n’est ni cupide, ni intéressé ; il n’est pas conservateur ; il se prononce en faveur du progrès social et économique, de l’invention, de la culture, de l’art ; il aime les milieux populaires et ouvriers. C’est un lecteur de Bainville et des thèses qu’il défend : le traité de Versailles porte en lui les germes d’une nouvelle guerre, inéluctable, et d’une explosion impérialiste en Allemagne.
Les goûts qui le caractérisent sont modernes. Il aime les voyages, le camping, le caravaning, la vie au grand air, la montagne, la découverte des pays d’Europe, les peuples latins d’Espagne et d’Italie, la poésie et l’esprit de solidarité générationnelle, ce qu’il nomme la camaraderie, à laquelle il a peut-être sacrifié sa carrière, ses intérêts, sa vie. Il a pour amis son beau-frère, Maurice Bardèche, ainsi que Claude Roy et Roger Vaillant. Le premier a basculé dans la résistance armée ; le second, après la guerre, dans le communisme. Ils étaient l’un et l’autre proches de l’Action française. Peu de choses le distinguent de Sartre, plus âgé que lui de quatre ans et qui l’a précédé à l’Ecole Normale Supérieure, ou de Beauvoir. Que l’on relise de Mme de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée (1958) et La Force de l’âge (1960, Gallimard) : on y verra qu’entre 1925 et 1940, les jeunes gens cultivés, normaliens ou agrégés, étaient étrangement semblables : antibourgeois, hostiles aux conservateurs, méprisant l’argent. Brasillach a partagé avec Sartre et Beauvoir les mêmes références culturelles et le même mode de vie bohème, que l’on tient aujourd’hui pour être "de gauche". Brasillach, s’il avait suivi Claude Roy ou Roger Vaillant, aurait pu être après la deuxième guerre mondiale une des têtes pensantes de l’intelligentsia.
On se demande, en lisant ce que Brasillach écrit en 1939, un an avant de basculer dans la collaboration, comment et pourquoi il est devenu une "figure" du Satan moderne. Il est patriote, il n’aime guère l’Allemagne, il y préfère les pays latins, Italie et Espagne, il n’est pas fasciste - anticommuniste seulement, ce qui est tout à son honneur. Son malheur est d’avoir échoué au concours de l’agrégation des lettres et de ne pas s’y être présenté une seconde fois. S’il avait été fonctionnaire de l’Instruction publique, comme Sartre et Mme de Beauvoir, il aurait vécu de son traitement et n’aurait pas été contraint de chercher des piges ou de placer des articles dans la presse ou dans les revues des années 1930. Nommé à Perpignan ou à Périgueux, il n’aurait pas intégré la rédaction de Je suis partout. Il serait devenu un prof, "de droite" sans doute, mais pas nécessairement (en 1945, il aurait pu se retrouver à gauche, là où sa culture l’appelait), amoureux de la Grèce et de l’Italie ou de l’Espagne, anticommuniste, passionné de théâtre et de cinéma, peut-être homo. La peine capitale lui a forgé un destin.
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01 janvier 2008
Signes 24 : chiffres 2007 et voeux 2008
Chiffres
En 2007, ce blog a reçu 47850 visiteurs; 101986 pages ont été lues.
Voeux
Meilleurs voeux à tous les lecteurs.
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13 mai 2007
Signes 23 : nous sommes tous des enfants d'immigrés
Sommes-nous vraiment tous des enfants d’immigrés ?
Les historiens, dans un siècle, s’interrogeront sur ce fait : pendant vingt ans, les militants de gauche et gauchistes ont entonné "nous sommes tous des enfants d’immigrés, première, deuxième, troisième génération". Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse une chaleur torride ou un froid glacial, que ce soit dans une procession ou au cours d’une grande messe, des milliers de gorges déployées ont martelé la nouvelle identité de la France (c’est un pays d’immigration) et des Français (les Français sont des enfants d’immigrés, donc tous les immigrés, même les immigrés en puissance, sont Français).
Le dimanche 6 mai 2007, le disque a soudain changé. A 20 heures 01, ils ont cessé d’être des enfants d’immigrés et, en conséquence, les enfants d’immigrés n’ont plus été des Français, mais des fascistes, des SS, des nazillons, des fachos et, bien entendu, de fieffés racistes. "Rentrez vite chez vous", ont crié les militants à ceux dont ils vous assuraient une minute auparavant qu’ils étaient tous français. Pour faire comprendre aux Français que la vieille chanson était jetée aux poubelles, ils ont incendié des écoles, mis le feu à des bâtiments publics, brûlé des voitures, lapidé des flics. Jamais dans l’histoire du monde, un tel revirement n’a été observé, sauf en 1939, quand l’URSS, après avoir combattu le nazisme, prétendait-elle, s’est alliée à lui.
Pour expliquer cette volte-face, il suffira aux historiens du XXIIe siècle de consulter les annales de la République. Ils y liront que, le 6 mai 2007, les Français ont élu président de la République un vrai enfant d’immigré, première génération, dont l’épouse est aussi une vraie enfant d’immigré, première génération. Des quatre parents du couple présidentiel, un seul est Français ; de leurs huit grands-parents, un seul est Français. Cela ne s’est jamais vu dans l’histoire. Pour la première fois depuis un millénaire et demi, le chef de l’Etat et son épouse n’ont pas d’ancêtres français : un sur huit, c’était vrai de Clovis ou de Mérovée, alors que la France n’existait pas encore.
La tartufferie est le miel dont se délectent les militants de gauche et gauchistes (leurs candidats, eux, sont Français pur sucre et leurs ancêtres ont le sang pur depuis la nuit des temps), de sorte qu’ils devraient, s'ils voulaient parler vrai, hurler de conserve "nous sommes tous des enfants de Français, première, deuxième, troisième génération". Ils veulent bien des immigrés, mais à condition que ceux-ci ramassent leurs papiers gras, balaient leurs rues, enlèvent leurs ordures, construisent leurs maisons, nettoient leurs chiottes, torchent leurs enfants, cueillent leurs fruits ; en bref, à condition qu’ils restent à leur place. Si ces immigrés ou leurs enfants s’avisent de devenir quelqu’un, président ou chef de l’Etat, le chapelet à injures racistes est égrené. Les enfants d’immigrés ne sont plus Français, mais "fachos, nazis, racistes, SS, tyrans, dictateurs, etc.". Ils ne viennent plus manger leur pain ou voler leur emploi, ils sont le nouvel Hitler qui les humilie et les réduit à l’esclavage.
C'est à hurler de rire.
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25 mars 2007
Signes 22 : joyeusetés de la campagne
Les joyeusetés de l’escadron en campagne
Etre de gauche
"Je suis de gauche" : c’est ce que répètent les notoires des media publics et Ruquier, arguant qu’ils paient beaucoup d’impôts et qu’ils sont disposés à en payer davantage. Ces opinions, quand elles sont assénés sur les chaînes du service public, supposées neutres, pendant une campagne électorale, ne cessent de creuser l’abîme sans fond dans lequel sombre la gauche. Ces professions de foi sont d’abord des professions de soi : elles se vendent bien. Les notoires tirent la plus grande partie de leurs revenus (substantiels, sans aucun doute, tant mieux pour eux) de la redevance qui fait prospérer la 2 ou la 3. Ce sont 15 millions de chèques de cent euros (ou plus) signés par les citoyens, qu’ils regardent ou non la télévision, qu’ils soient ou non des fidèles de la 2, de la 3, de la 5, qui enrichissent Ruquier et les notoires. Ce n’est pas du Capital qu’ils tirent leurs revenus, cachets et autres subventions, mais du travail des plus pauvres de nos compatriotes ou de la classe moyenne, et cela avec la complicité aveugle des hauts fonctionnaires et du pouvoir d’Etat qui dirigent ces chaînes. Il y a un siècle et demi, Marx tenait l’Etat pour la superstructure chargée de défendre ceux qui accumulaient le capital. Il était contre l'Etat ou tout ce qui y ressemblait. Lui au moins, il avait le courage de prendre le parti des exploités. S’il entendait ces notoires déclarer qu’ils sont "de gauche", illico, de sa tombe, il ferait savoir à la terre entière que, lui, Karl Marx, n’est pas de gauche.
Coalition antilibérale
En latin, liberalis, auquel a été emprunté libéral, signifie "propre aux hommes libres" par opposition à ce qui était propre aux esclaves ou servile. "Il se disait à Rome, écrit Furetière dans son Dictionnaire Universel (1690), des personnes qui n’étaient point esclaves et dont par conséquent la volonté n’était point contrainte par le commandement d’un maître". Libéral a pour contraires servile et antilibéral. Ces deux adjectifs, ayant le même contraire, sont équivalents. La coalition dite antilibérale est évidemment servile. Elle réunit ces maîtres qui ont en horreur l’existence d’hommes libres et qui rêvent de les réduire à l’esclavage. Elle se nourrit d’idées qui ont fait des centaines de millions d’esclaves partout où elles ont inspiré ceux qui exerçaient un pouvoir. Antilibéraux, ces maîtres sont en quête de nouveaux esclaves : ainsi, ils sont fidèles à leur nature.
Ils sont de gauche
Les communistes, les gauchistes, les trotskistes, les maos, les écolos, les socialistes font savoir qu’eux aussi, ils sont de gauche. Ils sont "de gauche" comme le démocrate Lénine, comme l’humaniste Staline, comme Trotski, le généreux envers les moujiks qu'il faisait massacrer, comme l’éclairé Pol Pot, comme le multiculturel Mussolini, comme l’antiraciste Hitler, comme Castro, Kim Il Sung, Ho Chi Minh, Boumedienne, Touré, etc.
La campagne électorale n'a que du bon : elle est une occasion de franches rigolades et surtout elle révèle le monde. Dans l’idéologie, la règle du mensonge ne souffre aucune exception. Dans l'idéologie folle qui bat la campagne, il arrive parfois que quelques mots, tels "de gauche" ou "antilibéral", dévoilent la vérité nue du réel. Saluons ce miracle.
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15 février 2007
Signes 21 : obscurantisme
Le rugby mérite mieux qu’un mauvais dictionnaire
A propos de Daniel Herrero, Dictionnaire amoureux du rugby, Plon, 2003
Daniel Herrero a été un excellent joueur de rugby, comme ses frères, dont André, le grand troisième ligne qui fut capitaine de l’Equipe de France. Il se fait remarquer par son look, moitié baba cool, moitié indien de western spaghetti - barbe fleurie, cheveux longs et bandeau rouge lui ceignant le front -, et par son verbe haut, prolixe et coloré, à l’emporte-pièce ou au décrochez-moi ça, dont il charme les auditeurs de Sud Radio et dont il amuse les lecteurs du Journal du Dimanche. Il est célèbre pour l’amour immodéré qu’il porte au Rugby Club Toulonnais, le club "rouge et noir" (deux mots dont il écrit les initiales avec des majuscules), arsenal et grand port militaire (et "qui entend le rester"), qui est, dans une Provence vouée au pastis et à la pétanque, une des forteresses du rugby tricolore, comme on dit dans la langue de ce jeu. C’est aussi un "meneur d’hommes" : il a entraîné dans les années 1980 ce RCT, qui est devenu, sous sa "houlette" (comme on dit aussi en rugby), champion de France en 1987.
De tous les grands joueurs et amoureux du rugby, il était le mieux placé pour écrire, dans la belle collection des Dictionnaires amoureux chez l’éditeur Plon, un éditeur sérieux, qui est celui de toutes les œuvres du général De Gaulle et de Claude Lévi-Strauss, ce Dictionnaire du rugby : peu importe d’ailleurs qu’il soit ou non amoureux. De fait, de nombreux articles sont excellents, quand ils traitent de technique ou de jeu : ailier, aplatir, arrière, etc. Il n’en va pas de même des autres, plus nombreux, mais qui traitent de l’esprit du jeu ou de faits historiques : en un mot, de "culture". Hélas pour le rugby, Daniel Herrero fait partie de la corporation de ces innombrables profs de gauche, plus enseignants que professeurs et plus "de gauche" que français, qui, depuis une trentaine d’années, exercent une influence de plus en plus forte et malheureuse dans le rugby, qu’ils contaminent de leur charabia et de leur morale à deux sous. On comprend d’ailleurs pourquoi : le rugby se pratique surtout dans le grand Sud, agricole ou rural, que l’industrie n’a guère touché et qui doit sa prospérité relative au tourisme. Admettons que vous soyez originaires de Corrèze ou du Gers. Dans les années 1960, vous étiez jeunes, vous jouiez au rugby, vous ne pouviez plus faire le paysan comme votre père et votre grand père, ni l’ouvrier chez un artisan désargenté ; il restait la fonction publique d’Etat ou territoriale, EDF, les PTT et surtout l’Educ-nat qui recrutait alors à tour de bras. Villepreux, Skrela, Novès, Broncan, etc. ont connu ce destin. Herrero écrit comme un prof, c’est-à-dire comme un pied, et, comme, en plus il est "de gauche", il pense comme on pense à gauche, en idéologue, c’est-à-dire bien en toute circonstance. L’idée usinée et formatée qu’il se fait de la réalité est plus importante que la réalité elle-même, laquelle disparaît sous un fatras idéologique.
Le la est donné dans le premier article adversaire, qu’il serait dommage de pas citer, tant il est dans le vent : "L’idéal du rugby affirme que "se mesurer à l’autre fait grandir". L’autre (…) est un "partenaire" avec qui l’on se construit sans l’affrontement". Tout Herrero est dans ce charabia, à la fois mystique et tout idéologique, mais bien dans l’air du temps, et qui est comme la signature de la "modernité" hâbleuse. Se construire ensemble serait même l’idéal maçonnique – du moins aux dires de Herrero, qui tresse des lauriers à sir Thomas Arnold "proviseur du collège de Rugby de 1828 à 1842, et franc-maçon au grand rayonnement. Sous son impulsion, la morale humaniste (pourtant, le mot humaniste, avec le sens de "dont la fin ultime est l’homme", n’est attesté en français qu’à la fin du XIXe siècle, longtemps après que le rugby a été inventé et codifié) imprégna fortement (…) le rugby. (…) Le ferment franc-maçon servit de limon nourricier aux pratiquants, insufflant un esprit nouveau à ce sport d’équipe unique". La conclusion est lumineuse : "Dès sa naissance, le rugby s’est confondu avec les valeurs franc-maçonnes de fraternité, liberté et union entre les hommes, aussi différents soient-ils". Il suffit de comparer cette représentation du rugby avec le rugby réel pour en montrer la bouffonnerie. Quand on sait la véritable arrogance sociale qui servait de ferment identitaire aux public schools (en fait privées, Rugby, Oxford, Cambridge) de l’Angleterre victorienne, où le rugby a été inventé, on ne peut entendre valeurs franc-maçonnes de fraternité, liberté et union entre les hommes que comme des antiphrases ; et encore plus "union entre les hommes, aussi différents soient-ils". Longtemps, le rugby a été le sport national et identitaire de l’Afrique du Sud de l’apartheid – c’est-à-dire de la séparation légale des hommes en fonction de la couleur de leur peau. Il est devenu le sport national et identitaire de la Nouvelle-Zélande, à partir du moment où la relégation dans des régions reculées des populations maories autochtones a presque entièrement blanchi ce pays. Il en va de même en Australie et, à un degré moindre, en Argentine. "Le choix de quinze joueurs, écrit Herrero dans l’article XV, ne fut jamais véritablement expliqué ou justifié ; certains voient dans ce nombre impair et triangulaire (sic ?) un clin d’œil de la pensée franc-maçonne (encore !) très influente en Angleterre à la fin du XIXe siècle". L’article XV aurait pu être l’occasion de rappeler qu’il existe deux rugbys : que le premier se joue à quinze joueurs et que le second se joue à treize joueurs. Le rugby à XIII (ou jeu à treize, comme il fallu dire officiellement longtemps en France) existe aussi. Herrero n’y consacre aucun article dans son Dictionnaire. Il n’y fait allusion nulle part. Pourtant, ce rugby a eu son heure de gloire en France grâce à un joueur d’exception, Puig-Aubert, dit Pipette, et si la France n’a jamais remporté de titre de champion du monde de rugby à XV, elle a été dans les années 1950 championne du monde de rugby à XIII, ayant battu les Australiens, les meilleurs au monde dans ce sport, en Australie. A leur retour en France, les treizistes ont reçu un accueil digne de celui que la Rome antique faisait à ses légions victorieuses. Le fait que Herrero n’ait pas dit un seul mot du XIII est à la fois étonnant de la part d’un "prof de gauche" (en contradiction avec l’idéologie portée en bandoulière dans toutes les lignes) et révélateur du caractère trompeur de ce Dictionnaire du rugby. En effet, en France, le conflit entre le rugby à XV et le rugby à XIII a été politique dans la France occupée de 1940 à 1944. Le rugby à XIII est enraciné dans des départements de grande tradition républicaine et laïque : Aude, Pyrénées orientales, Vaucluse, Lot et Garonne. Le régime de Vichy a essayé de le proscrire, comme il l’a fait des Juifs et des francs-maçons, à la demande, disent les mauvaises langues, des dirigeants du rugby à XV d’alors, qui croyaient voir dans le XIII des "ferments" (comme dit Herrero) de républicanisme rouge, laïcard et franc-maçon. L’article Basques est de même eau. "Le Pays basque, écrit-il, est une terre sciée en deux par une frontière malencontreuse". La frontière est ce qu’elle est, mais elle n’est pas malencontreuse, puisqu’elle a eu, pour principal mérite, de préserver les Français vivant dans le Pays basque (du Nord, comme on dit dans les milieux basques) de la folie furieuse, ethnique, raciste et purificatrice de l’ETA et autres organisations mafieuses. Au Nord, en France donc, les Basques jouent au rugby avec talent et passion ; au Sud, en Espagne, ils ne font rien de cela : ils posent des bombes ou ils meurent d’une balle dans le dos. "Si le rugby est très populaire du côté français, il n’a jamais curieusement franchi la frontière espagnole (…) C’est étrange, les Espagnols ont pourtant eux aussi le sens du combat, de l’orgueil (bel exemple de préjugé ethnique stupide)". Le franc-maçon Herrero, qui ne sait pas que le franc-maçonnerie française est différente de l’anglaise, avance une explication : "Peut-être est-ce la faute des curés, très influents en Espagne (pas plus que les francs-maçons), et qui n’ont jamais porté le rugby dans leur cœur, un sport trop rude où les corps se touchent de trop près ? Qui sait…". Le rugby est l’occasion d’égrener le chapelet idéologique. Le Pays basque français a été façonné par l’Eglise et ses curés, bien plus que l’Espagne. Dans le Pays basque, comme dans le grand Sud, les curés n’ont jamais interdit le rugby : ils y ont joué ; ils y ont fait jouer les enfants dans les collèges catholiques et dans les patronages du jeudi ; ils ont fondé des clubs dans les villages. Tout cet article est faux, comme beaucoup d’autres, marqués au fer rouge de la bien pensance. Le Marocain Benazzi a été un joueur de rugby de talent, à la fois puissant et rapide, mais qui avait un sens tactique limité. Grâce à sa puissance, il perforait la défense adverse, mais comme souvent il le faisait seul, il lui arrivait de perdre le ballon, de gâcher des occasions d’essai (dont une en demi-finale de la Coupe du Monde de 1995, que la France, la meilleure équipe du tournoi, aurait dû gagner) ou de mettre son équipe en difficulté. Si Benazzi s’était appelé Marcel Dupont, Herrero ne lui aurait pas consacré d’article, comme il n’en a pas consacré à Crauste, Domenech, Maso, Gachassin, Villepreux, qui ont plus marqué l’histoire du rugby en France que Benazzi.
La question la plus importante, qui n’est jamais traitée dans ce Dictionnaire, n’est pas la franc-maçonnerie, ni les valeurs morales ou idéologiques, fluctuantes, fragiles ou dérisoires, dont le rugby serait porteur, mais le fait étrange (aberrant même) que le rugby, sport plein de morgue et aristocratique de public schools anglaises, soit devenu un sport régional, limité au grand Sud, un sport de villages, pratiqué par des gens rudes et un peu frustes : paysans, vignerons, lutteurs de foire, et par des étudiants (avec des clubs universitaires jadis prestigieux : PUC, BEC, TOEC) et de petits notables de province, médecins ou dentistes. Le miracle est là. En traversant la Manche, le rugby s’est métamorphosé. Il est devenu un sport rugueux, viril, brutal parfois, mais convivial et insolent. Il y a une raison de fond à cela : tout le monde peut jouer au rugby, les grands, les petits, les gros, les minces, les forts et maladroits, les agiles et les adroits, les trop lourds et les trop légers. Il y a un poste ou un rôle pour chacun. Voilà qui explique la convivialité propre au rugby et le fait qu’il se soit développé là où il n’aurait jamais dû, vu ses origines aristocratiques, prendre racine, dans le grand Sud, pays de petits propriétaires ruraux faisant de la polyculture vivrière. Là, il est devenu un antidote à l’affaiblissement ou à la disparition des anciennes solidarités, entretenues par l’Eglise et par la noblesse, et un contrepoids à l’influence grandissante des nouveaux notables, républicains et socialistes, de la technocratie d’Etat, la seule qui soit autorisée à faire un usage légal de la violence, réelle ou symbolique, laquelle a trouvé dans le rugby une expression possible et codifiée, à la fois dans les gestes (coups de poing, de pieds, de dents, contacts à rentre-dedans, fourchettes, etc.), qui sont parfois de vrais délits, et dans les mots grossiers ou injurieux, comme si le rugby était la continuation par d’autres moyens de la guerre de clochers.
L’article que Herrero a consacré au Racing Club de France, là où le rugby est encore à l’image de ce qu’il est dans les public schools anglaises, aurait pu être l’occasion de cerner la grandeur de ce sport, qui reste encore un jeu, pour beaucoup de joueurs amateurs. Le fait s’est produit lors de la finale du championnat de France entre Agen et le Racing. L’arbitre, qui n’était pas très bien placé, a accordé aux Agenais un drop-goal imaginaire (trois points), alors que le ballon était manifestement passé sous la barre. Les caméras de la télévision l’ont montré clairement. Un joueur du Racing, l’arrière Jean-Baptiste Lafond, qui était tout à côté des perches (ou poteaux de but), a vu que le drop-goal validé était imaginaire. Il ne s’est pas précipité sur l’arbitre pour l’agonir d’injures, comme cela se fait tous les jours dans le foot, ce bizness de milliardaires arrogants et stupides. Il n’a même pas protesté. A la fin du match, il a expliqué que cela n’aurait servi à rien, qu’il aurait été indigne de lui d’invectiver l’arbitre, que celui-ci avait aussi le droit de se tromper, etc. La grandeur du rugby est là. Il arrive, et même souvent, que les arbitres sanctionnent des fautes imaginaires ou qu’ils ne sanctionnent pas des fautes grossières : les joueurs, quels qu’ils soient, ne protestent pas. L’arbitre peut être fantasque, comme le ballon ovale. Il ne sert à rien de s’en prendre à l’ovalitude du ballon. C’est une des lois du jeu.
Le rugby mérite mieux que ce Dictionnaire mal écrit et bien pensant : c’est un jeu et un sport où l’esthétique, le beau geste, l’action inspirée comptent autant que le reste et c’est aussi un sport ouvert : on y respire de grandes bouffées d’air pur ; par principe (et le principe est excellent), on y emmerde les cons ; on y pense mal. Mal écrit et bien pensant, ce Dictionnaire est digne du foot show-biz et des milliards d’€ que des joueurs frustes et obtus y gagnent, mais tout à l’opposé du rugby.
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02 février 2007
Signes 20 : doryphore
Doryphore
Ce mot, familier aux écoliers de jadis, aux paysans qui tenaient autant à leurs récoltes de pommes de terre qu’à la prunelle de leurs yeux et aux férus d’insectes, est ignoré du Dictionnaire de l’Académie française (1694-1935). Ce n’est que dans la neuvième édition, en cours de publication, que le mot est relevé avec trois sens : soldat de la Grèce antique armé d’une lance, coléoptère aux élytres verts rayés de noir parasite de la pomme de terre et terme de mépris désignant les soldats allemands occupant la France pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le premier sens est attesté en 1752 dans le Dictionnaire dit de Trévoux (celui des Jésuites). Ce mot grec signifie "qui porte une lance" et désigne le garde d’un prince. Le français l’a emprunté au grec par le biais du latin doryphorus. Le deuxième sens est attesté en 1817 chez Cuvier. Il semble que ce soit un emprunt, non pas au grec, mais au latin savant en usage au Moyen Age doryphora. Cuvier décrit cette espèce ainsi : "les chrysomèles, dont l’arrière sternum s’avance en forme de corne, composent le genre doryphore (doruphora) d’Illiger et d’Olivier". Le troisième emploi s’est généralisé dans la France occupée : on en comprend les raisons. Les caractéristiques physiques des doryphores étant familiers aux paysans (élytres verts rayés de noir), ainsi que leurs habitudes alimentaires (parasites de la pomme de terre), ceux-ci ont par analogie nommé doryphores les soldats de la Wehrmacht : ils portaient un uniforme vert-de-gris et ils étaient réputés vivre sur le pays. La métaphore est assez juste.
Dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872), Littré ne recense, et pour cause, que les deux premiers sens : "nom que les Grecs du Bas-Empire donnaient aux soldats de la garde impériale, qui étaient armés d’une demi-pique" et "genre de coléoptères renfermant de grands et beaux insectes originaires d’Amérique, et dont la poitrine est armée d’une longue pointe dirigée en avant". Littré complète cette description d’un exposé encyclopédique : "Ce destructeur, de petite taille, connu sous le nom d’insecte du Colorado, s’attaque, comme on le sait, aux pommes de terre" et "le doryphora n’attaque pas seulement les pommes de terre, il dévore également les feuilles de tomates, d’aubergines, etc. en un mot, les fanes de la plupart des plantes de la famille des solanées". Il est nommé aussi colorado, du nom de l’Etat des Etats-Unis d’Amérique d’où il provient.
Les auteurs du Trésor de la Langue française complètent les définitions exposées dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française d’exemples pris chez les écrivains ou tirés de l’histoire de l’art. Ainsi, doryphore est aussi un nom propre quand il désigne la célèbre statue de Polyclète qui est supposée représenter l’idéal des proportions humaines : "Polyclète avait composé un traité sur les proportions du corps humain. La statue qu’il modela pour expliquer son écrit représentait un garde du roi de Perse, armé d’une lance : un doryphore" (1876). Les synonymes du nom doryphore au sens de "coléoptère s’attaquant aux feuilles de différentes plantes" sont bête à patate ou mouche à patate. Bazin écrit : "les perdreaux sont souvent empoisonnés par les bouillies arséniatées employées contre le doryphore" (1948). Si ces insectes sont nommés ainsi, c’est à cause de leur "poitrine armée d’une longue pointe dirigée en avant" et si les soldats allemands ont été nommés entre 1940 et 1945 doryphores, c’est, est-il écrit dans le Trésor de la Langue française, "en raison de leur nombre". L’explication paraît courte. S’ils étaient des doryphores, c’est parce que les vert-de-gris se nourrissaient sur la bête, comme les insectes du même nom et aux élytres de couleur voisine. "Il ne venait pas souvent, écrit Vialar (1959) au cirque d’uniformes verts. Mais lorsqu’on signalait une telle présence les clowns étaient moins drôles et avec eux, Eugène, qui se croyait obligé d'introduire dans ses répliques des transparentes allusions aux doryphores ou aux vert-de-gris".
La crise de la France est si profonde que, dans certains villages, les gens du patelin, indigènes ou non, autochtones de longue date ou récents, nomment par mépris doryphores les propriétaires de villas d’agrément, les campeurs, les touristes, comme si ceux-ci étaient des vert-de-gris qui occupaient indûment leur pays ou l’avaient envahi.
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28 janvier 2007
Signes 19 : le triomphe de Tartuffe
Le triomphe de Tartuffe
Tartuffe est de retour : il préside la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité ou Halde. Il a du fric à ne savoir qu’en faire : malgré sa richesse insolente, il continue à aspirer voracement l’argent public, celui des pauvres, pour accomplir ses bonnes oeuvres. Il est si charitable qu’il pioche dans la poche des autres, jamais dans la sienne.
Tartuffe a eu son heure de gloire entre 1984 et 1986, quand il a été le directeur de cabinet de Fabius, alors premier ministre de Mitterrand, le plus jeune premier ministre que la France ait jamais eu. Ces honneurs précoces n’ont pas porté chance à Fabius, qui est le plus vieux dinosaure du monde. En revanche, d’avoir été directeur de cabinet de Fabius a porté chance à Tartuffe : il s’est retrouvé miraculeusement PDG de Renault. En 1986, Renault employait un millier d’ingénieurs et de cadres financiers ou de gestion de très haut niveau, qui, tous et légitimement, aspiraient à exercer la fonction de PDG de leur entreprise. Ils étaient compétents, ils avaient de l’expérience ; certains avaient même sacrifié à leur entreprise leur vie de famille pendant trente ans ou plus. Or, ce poste leur est passé sous le nez, comme il a échappé à d’autres capitaines d’industrie. Ils ont été victimes des pires discriminations qui soient. C’est le favorisé Tartuffe qui en a bénéficié. Avait-il les compétences d’un PDG ? Cirer les bottes d’un premier ministre est un excellent training pour cirer d’autres bottes, pas pour gérer une entreprise. Le fait est que Tartuffe a joui d’une préférence discriminatoire et qu’il a accédé à un poste auquel d’autres, plus qualifiés, ont été interdits par discrimination. Il s’y connaît donc en bénéficiaires de discriminations, pas en victimes, qu’il a dû humilier, quand il était chez Renault, tout son saoul. Ce favori de la Déesse Discrimination entend lutter contre les discriminations. A quand Hitler ressuscité pour défendre les Juifs ? Mais, bon Dieu, qu’il restitue d’abord à l’entreprise qu’il a dirigée par discrimination l’argent qu’il a indûment perçu !
On apprend aussi incidemment que Tartuffe a vécu aux Etats-Unis de 1947 à 1953 et que, là-bas, il a été horrifié par les discriminations qui frappaient les noirs et les premiers occupants de ce pays. Pourtant, il n’a rien fait, ni lui ni sa famille, il n’a pas levé le petit doigt pour protester contre cet état de choses et pour le faire changer. De même, quand il était directeur de cabinet de Fabius, il n’a pas levé le petit doigt quand le SIDA a été criminellement injecté à des enfants hémophiles ou quand le Ministère de la Justice organisait des collectes de sang dans les prisons, milieux où se trouvaient des individus (drogués et homosexuels) qui, d’un point de vue statistique, risquaient d’être porteurs du SIDA. La discrimination a joué à plein contre les enfants hémophiles : ils en sont morts. Tartuffe jouissant de la clause des individus les plus privilégiés, aucune action en justice n’a été intentée contre lui.
C’est donc l’homme qui a bénéficié toute sa vie de discriminations attentatoires au principe d’égalité qui dirige la lutte contre les discriminations et pour l’égalité. Il y applique les bons principes dont il a bénéficié toute sa vie pour donner de la légalité aux discriminations qui sont illégales en France et qui n’y existent nulle part.
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01 janvier 2007
Signes 18
Chiffres et voeux
Ouvert à la toute fin de l'année 2005, ce "blog" a "reçu" 43855 "visiteurs" (comme on dit sur le net) en 2006 et 90948 pages ont été lues.
Arouet le Jeune souhaite une bonne année à ses "lecteurs".
09:15 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Langue française, culture, littérature
28 décembre 2006
Signes 17
De l’abus qui est fait du pluriel
Le lundi 11 décembre, le journal Le Monde a publié, signé de Mouna Naïm, le compte-rendu d’un livre publié chez Fayard et écrit par d’un historien dénommé Jean-Pierre Filiu. Le livre a pour titre Les frontières du djihad.
Dans le titre du livre, le nom frontières est au pluriel et djihad au singulier : dans le compte-rendu publié dans Le Monde, "la réalité des djihads contemporains", c’est le nom djihads qui prend le s de pluriel et le nom réalité qui est au singulier. Le pluriel est abusif. Il y a un seul djihad, et de nombreuses organisations qui appellent au djihad ou le préparent et d’innombrables combattants qui y participent. La diversité n’est pas dans la théorie ou dans la doctrine, mais dans les hommes ou dans les organisations que les hommes ont fondées. Un titre comme "les réalités du djihad" aurait été plus conforme à la fois à la grammaire et à la réalité des choses.
Pourquoi est-ce le parti pris inverse qui a été choisi, bien qu’il soit, en apparence, le moins exact ?
De plus en plus souvent, les experts occidentaux de l’islam et les spécialistes en sciences sociales emploient les mots qui désignent des réalités de l’islam au pluriel. Il y a vingt ans, c’est, Bruno Etienne qui en a donné le signal dans la longue préface, très bien pensante elle, qu’il a écrite à son sulfureux L’islamisme radical. Le livre est audacieux. Pour en limiter l’audace, Etienne, dans une longue et circonstanciée préface qui tient de la repentance (du type : nous faisons pire que les musulmans), montre patte blanche ou fait amende honorable ou désamorce toute critique en se mortifiant, non pas lui, mais le Français ou l’Occidental, cette bête immonde qui gîte en lui. Le livre est sulfureux, serait-ce que parce que Etienne y analyse la nature violente et guerrière des textes qui fondent la din ou religion musulmane. Grâce à la préface, il détourne toute accusation d’islamophobie qui aurait pu lui valoir un séjour en enfer. Il atténue la réalité guerrière et violente des textes en objectant que l’islam n’est pas uniforme, qu’il se manifeste sous différentes formes, que l’islam du Soudan n’est pas le même que celui de l’Indonésie, que l’islam du Maroc n’a que quelques points en commun avec celui de l’Arabie ou de la Bosnie, que l’islam turc est ou serait plus laïque que le catholicisme polonais, que l’islam qui se répand en Europe n’a rien à voir avec celui de l’Afrique ou celui de l’Asie : en bref, il existe – ou il existerait - plusieurs islams. Bien entendu, la réalité dément ce fantasme. La langue arabe aussi. Essayez de mettre le mot arabe islam au pluriel ! Dans la théologie de l’islam, celle du Coran, des hadiths et des codes de lois, il n’existe qu’une seule din ou "religion". L’humanité a pour din l’islam, le christianisme ou le judaïsme n’étant que des perversions de la din originelle. Après les islams, voilà les djihads : après l’islam pluriel, voilà que l’on nous sert le djihad pluriel.
Le pluriel est l’expression grammaticale d’une idéologie qui est connue sous le nom de relativisme généralisé. Jadis, les militants rêvaient de gauche unie. Comme les divergences étaient trop fortes pour unir ce qui ne pouvait pas l’être, Jospin et ses affidés ont remplacé unie par plurielle, afin de signifier que les partis de gauche ne fusionnaient pas dans un tout indistinct, quand ils gouvernaient la France. Dans la déconstruction, cette lame de fond qui submergea la pensée en France et en Occident dans les années 1960-70, l’adjectif pluriel, signifiant la qualité de ce qui n’est pas uniforme, qui ne forme pas un bloc, et dont le contraire serait totalitaire, a été prédiqué à des noms comme texte, œuvre, littérature, religion ou société, etc. Tout a été mis au pluriel et le mot pluriel est chéri de ceux qui, à la manière de Heidegger, Blanchot, Derrida, Barthes, Kristeva, etc. montrent que le savoir et les sciences, dont l’Occident est fier, sont de simples préjugés, nourris d’ethnocentrisme, européocentrisme, logocentrisme, qui n’ont d’autre validité que la force des préjugés ou qui tirent leur légitimité des institutions (universités, académies, sociétés savantes, centres de recherche, etc.) où ils prospèrent. Ces postulats post-modernes du pluriel sont de l’idéologie. Rien ne les confirme. Le pluriel autorise que l’on donne à quelque réalité du monde tout sens et n’importe quel sens. La haine des savoirs est devenue le credo de ceux qui mettent tout au pluriel, transformant l’or pur du libre examen en vil plomb de préjugés obscurantistes.
Il en va ainsi de l’emploi d’islams ou de djihads au pluriel. L’enjeu de cette grammaire nouvelle est de renvoyer à une ignorance congénitale ceux qui se prononcent sur l’islam ou le djihad sans être diplômés en sciences islamiques ou en sciences du djihad ou sans être Filiu ou Naïm. C’est ce qui est dit dans le compte-rendu publié dans Le Monde : "(le pluriel) est ce qui fait la singularité de l’ouvrage (de Jean-Pierre Filiu) dans le foisonnement des travaux de spécialistes confirmés ou autoproclamés des réseaux djihadistes". Autrement dit, il existe des savants et des ignorants. Seuls les premiers sont légitimes, puisqu’ils parlent des islams ou des djihads ; les autres sont des "spécialistes autoproclamés". Le pluriel disqualifie les non spécialistes. Le fonds de commerce des altéroproclamés est préservé.
L’air de serinette pluriel a déjà été joué à propos du communisme. Dans les années 1960, il se disait chez les compagnons de route (Nouvel Observateur, Le Monde, etc.) et chez les spécialistes, que le communisme était divers, qu’il n’était jamais uniforme, qu’il avait plusieurs visages, que le vrai communisme était ailleurs, qu’il n’était surtout pas là où il était établi, qu’il y avait des communismes, etc. Bien sûr, la réalité démentait partout ces fictions : dans le Kommunistan, comme aujourd’hui dans l’Islamistan, c’était partout la même tyrannie, la même gabegie, la même pauvreté de tous sur laquelle prospère l’insolente richesse des chefs, la même réduction de milliards d’hommes au statut infamant d’esclaves de l’Etat, du Parti ou du Dieu unique, Marx, Mao, Lénine ou Allah. A peine le communisme s’est-il effondré, le vieux 78 tours a été replacé sur le gramophone : il ne diffuse plus l’Internationale, mais le Coran. L’aiguille rouillée a beau faire entendre plus de bruits parasites que de sons (cris de douleur des malheureux déchiquetés, appels au meurtre, hurlements de haine, délires racistes), que même les versets psalmodiés ne couvrent plus, le vieux 78 tours sert encore et toujours.
Le relativisme généralisé prétend avoir pour but de faire comprendre des réalités. Comprendre, oui, dans quel sens ? En effet, ce verbe a plusieurs sens : il signifie non seulement expliquer, mais aussi, dans un sens dégénéré, "trouver des circonstances atténuantes à", c’est-à-dire "approuver par empathie". Dans le Trésor de la Langue française, c’est "percevoir la vraie nature de telle personne par une disposition d’esprit très favorable, voire complice, en allant parfois jusqu'à reconnaître explicitement le bien-fondé de ses motivations particulières et même jusqu’à excuser ses travers avec une extrême indulgence" ou "vibrer de la même sensibilité, partager les mêmes goûts esthétiques, savoir apprécier". Le s de pluriel à islams et à djihads signale que celui qui énonce légitime, justifie, approuve ce dont il parle, rien d’autre.
"Science sans conscience n’est que ruine de l’âme", écrivait Rabelais au XVIe siècle. Il ne pensait pas, quand il écrivait cela, que les hommes éclairés du troisième millénaire ressusciteraient l’obscurantisme médiéval qu’il dénonce.
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15 octobre 2006
Signes 16
Le rétablissement de la peine de mort
La peine de mort est rétablie en France. Cela s’est fait en douce. Il n’a pas été nécessaire de faire voter le peuple. Même les députés, pourtant attachés à leurs prérogatives de législateurs, n’ont pas eu leur mot à dire. Qu’on se le dise donc ! Attention aux abattis. Couic ! Plus de gorge. Vous savez à quoi s’exposent les imprudents.
Robert Redeker, philosophe, habite dans la région de Toulouse, ce qui prouve que les Toulousains ne sont pas condamnés à jurer cassoulet, Stade toulousain, tombe la chemise, Téfécé et putaing de con. Robert Redeker a beau vivre à Toulouse, cité métissée, où l’Etat rémunère, en violation de la loi de 1905, un imam diplômé de l’école de théologie d’Al Azhar, au moins 30000 francs par mois (soit, en nouvelle monnaie, 4500 e), il n’en est pas moins français. On peut donc être philosophe, toulousain et français. C’est rare sans doute, mais ça existe.
Ce que nulle part en France on ne peut être, à savoir "condamné à mort", Robert Redeker, à Toulouse, bien qu’il soit français, l’est, lui, condamné à mort. Il est même le seul Français de France qui soit condamné à mort. Bien entendu, si cela ne tenait qu’à lui, il aurait volontiers et sur le champ renoncé à ce privilège. Mais comment faire entendre raison à ceux qui n’ont point d’oreilles, mais un sabre coupant comme un rasoir, et qui ont un Coran dans la tête ?
La France a beau avoir aboli la peine de mort (c’est la gloire de Mitterrand et de son âme damnée Badinter), elle n’empêche en rien qu’un Français soit condamné à mort. Pas sur la lune, ni en Arabie saoudite. Non ! En France. Toulouse est encore en France, peut-être plus pour longtemps - du moins, jusqu’à plus ample informé. Robert Redeker n’est pas le sujet de ces enturbannés qui ont fait main basse sur l’Iran ou l’Arabie, où ils décapitent à tour de bras. En veux-tu des têtes, en voilà. Il est citoyen français, citoyen de la République citoyenne et français de la France française. Comme il est citoyen et français (peut-être pas pour longtemps : s’il se fait égorger, il ne sera plus rien), la DST le protège. Noblesse oblige.
En France, il est des lobbies actifs et puissants qui s’indignent à l’idée que la peine de mort puisse être un jour rétablie en France et en Europe. Ils seraient prêts à couper la tête de Bush qui ne veut rien entendre et qui continue, contre vents et marées, à approvisionner la Mort en chair humaine. Eh bien, devinez. Tous les opposants à la peine de mort ont applaudi, à mots couverts certes, du bout des lèvres certes, au rétablissement de la même peine de mort : le Mouvement pour le Racisme, la Ligue des Droits de l’Homme musulman, Sauce raciste, le PCF, la Ligue, les syndicats enseignants (toujours les premiers à hurler avec les loups), le Ministre à la con de l’Educ-nat, le PS (qui ne dit mot consent). Pour se justifier, tous ont avancé la même raison : Redeker ne l’a pas volé, Redeker est raciste, Redeker porte un nom juif ou un nom boche, Redeker est un violent, Redeker n’avait qu’à se taire, Redeker pue, selon la Ligue des Droits de l’Homme musulman à trucider les mécréants.
Le quotidien de l’Intelligence Incarnée a fait fort. Comme d’habitude. Nihil novi sub sole. Il a attendu le 30 septembre 2006, 10 jours après la condamnation à mort, pour annoncer à ses lecteurs qu’un philosophe toulousain était condamné à mort, alors que ses confrères en avaient publié la nouvelle dès que la sentence a été connue. L’article est signé Ternisien, le pote à Ramadan, Alaoui, UOIF et à tout ce qui porte barbe, calotte, djellaba, hidjab, tchador, burka. L’article est glacial. Ce n’est pas la sentence de mort qui glace Ternisien, mais les paroles impudentes qu’aurait prononcées Redeker et qui, de ce fait, a amplement mérité à avoir, lui, son épouse et ses enfants, la gorge tranchée. Un éditorial de la rédaction daté du 1 octobre fait encore plus fort. Plus fort que Ternisien, il faut le faire ! Ce qui est révélé, c’est que Robert Redeker a été condamné à mort (nouvelle que tous les citoyens de la République citoyenne savaient le 1 octobre 2006) et qu’il ne l’a sans doute pas volé (sentence dont le bien fondé n’avait pas encore convaincu les citoyens de la République citoyenne). Ce qui est caché, c’est le nom du cheikh qui a prononcé la sentence. Pourtant, ce cheikh est connu de tous les services du Monde. Il a un nom, une œuvre, des responsabilités. Il se nomme Qaradawi, il est théologien et responsable d’un Conseil des musulmans d’Europe, il est milliardaire, il réside au Qatar et dans tous les lieux accueillants de la terre, où il y a des femmes faciles et vénales, il est le mentor des Frères musulmans et de l’UOIF, la branche française de cette organisation raciste, à qui Sarkozy a offert le CFCM, il est l’intime de Ramadan. Or, ce Ramadan, cette UOIF, ces Frères musulmans, ce Qaradawi, etc. sont les enfants chéris du Monde et de ses services, les petits chouchous de ces petits messieurs, leurs protégés, ceux que Le Monde couve, au cas où… Si la République citoyenne devenait islamique, les arrières seraient assurés. Déjà, en 1940, Le Temps, dont Le Monde a pris la suite (seul le nom a changé), caressait dans le sens du poil les armées ennemies qui défilaient victorieuses sur les Champs Elysées.
L’article qui a valu au philosophe Robert Redeker une condamnation à mort a été publié dans Le Figaro du 19 septembre. Ce n’est pas une analyse de fond, ni l’exposé argumenté d’une thèse, mais une réaction à plusieurs faits, à savoir : les meurtres gratuits de prêtres et de fidèles chrétiens et les destructions de bâtiments dits occidentaux qui, dans les pays musulmans, ont sanctionné la publication, dans un journal danois, de dessins ; et les destructions d’églises et le meurtre gratuit d’une vieille femme de 70 ans qui ont puni le Pape d’avoir dit à l’université de Ratisbonne ce qu’il n’a jamais dit. De ces faits, Redeker a tiré la conclusion que les musulmans cherchent à imposer aux Européens leurs propres normes en matière de censure, de silence obligatoire dans les rangs, de renoncement à toute pensée, de servitude imposée à tous, de barbarie, etc. : conclusion assez juste que Ternisien, Le Monde et les autres ont interprétée comme une critique sans fondement, injuste et scandaleuse de l’islam.
Jusqu’à ce que Robert Redeker soit condamné à mort pour avoir écrit ce qu’il a écrit, on aurait pu penser que sa conclusion était exagérée. Les avanies (c’est de ce terme que les anciens auteurs désignaient les mauvais traitements que les mahométans infligeaient aux chrétiens, juifs, tièdes ou incroyants) qu’il subit en confirment la justesse. S’il en était besoin, elles confirment aussi que les puissants de la seule Parole autorisée dans les media participent, au même titre que le cheikh Qaradawi, à l’entreprise d’asservissement que Robert Redeker a signalée et dont ils se font les complices.
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