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01 juin 2006

Représentations

 

 

 

 

Représentation(s) : suite

 

 

 

 

 

Freud distingue, en matière de représentations mentales, la représentation de chose de la représentation de mot : "la première, essentiellement visuelle, dérive de la chose, la seconde, essentiellement acoustique, dérive du mot (…)". La distinction est assise sur deux réalités premières : les choses et les mots, et sur deux modes distincts de perception : visuel (les choses) et auditif (les mots), par lesquels se fait la représentation.

Entre ces représentations, il peut exister ou non une liaison ou une convergence. Les mots sont en relation avec les choses : du moins, c’est ce que l’expérience enseigne, même si la théorie, parfois, l’infirme. Dans les cas de trouble mental, dans les jeux de mots, les mots peuvent être dissociés des choses et ne plus référer à rien ou désigner arbitrairement n’importe quelle chose du monde – à la manière malhonnête et idiolectale dont Socrate entend dans Cratyle la thèse de la "convention" défendue (mal) par Hermogène : les liens entre les mots et les choses ne sont pas naturels, mais établis à la suite d’un accord entre les hommes, ce que Socrate ramène à une décision individuelle (je décide de nommer cheval ce que tout le monde appelle table). A partir de cette première distinction (représentation de mots / représentations de choses ; mots / choses ; perception auditive / perception visuelle), Freud en établit une seconde, qu’il situe à un niveau supérieur. Elle est fondée sur la liaison, réalisée ou non, entre les deux représentations : "La liaison de la représentation de chose à la représentation de mot correspondante caractérise le système préconscient-conscient à la différence du système inconscient qui ne comprend que des représentations de chose". Ces représentations sont rapportées à l’opposition fondamentale du conscient à l’inconscient. Pour résumer, la conscience établit un lien entre les mots et les choses, l’inconscient le rejette : il se nourrit des seules représentations de choses. Dans Das Unbewusste (L’inconscient) publié en 1915, Freud reprend cette distinction : "la représentation consciente englobe la représentation de chose et la représentation de mot correspondante, tandis que la représentation inconsciente est la représentation de chose seule". Le lien entre les choses et les mots résulte d’un acte conscient ; l’inconscient nie ce lien. Le conscient est donc nourri de représentations de chose liées aux représentations de mot ; l’inconscient de représentations de chose seules, sans lien avec les représentations de mot.

En fait, ce "schéma" est incomplet. Freud distingue deux réalités : les mots et les choses, ainsi que les représentations qui en dérivent ; puis, à un autre niveau, puisqu’il existe deux types de représentations, il distingue celles qui dérivent d’une liaison entre les représentations de mots et de choses de celles qui sont isolées : les seules représentations de choses, sans lien avec les mots. Logiquement, il aurait dû ajouter les représentations de mots, qui sont indépendantes des choses. En effet, il y a une place libre pour des représentations qui ne doivent rien aux choses, qui seraient de pures représentations et qu’il faudrait nommer sans doute des représentations fictives ; et la distinction entre le conscient et l’inconscient devrait être complétée par un troisième terme : le fictif. Dans La Langue de bois (Julliard, 1987), François Thom écrit : "Le référent de la langue de bois est la langue de bois ; toute excursion en dehors d’elle-même lui serait fatale (et d’abord à celui qui oserait prendre cette liberté)… La langue de bois est close parce qu’elle a pour but de tout ramener à du déjà dit… En langue de bois, référent, message et code sont confondus : le message n’est qu’un prétexte pour réaffirmer le code et le référent, ces deux derniers étant strictement identiques. Il serait peut-être plus juste de dire qu’en langue de bois, il n’y a pas de message – le code le rend impossible. C’est pourquoi la langue de bois rend la censure superflue". Comme il existe des langues de bois, il existe des représentations de mots – verbales ou langagières – qui ne réfèrent qu’à d’autres représentations de mots, dans une chaîne ininterrompue de représentations, produisant un fictif qui est au conscient ce que la langue de bois est à la langue ou ce que la LTI, la TFT, la NLF sont aux langues allemande, russe, française.

Les seules représentations qui soient dignes d’une étude scientifique sont celles qui ne séparent pas les mots des choses, celles qui portent sur les réalités du monde et sur les mots, phrases, discours, qui désignent ces réalités. Ce qui pourrait faire science, c’est une comparaison incessante des mots et des choses ou des discours et du réel. Or, les spécialistes de sciences sociales s’en tiennent aux seules représentations ; ils en occultent le réel. Ils fabriquent un univers de mots, d’images, de représentations, qui, comme dans la langue de bois, ne réfèrent qu’à d’autres mots, images, discours, jamais aux choses. De fait, ils créent un univers fictif ou imaginaire, qui est produit par les mots ou les images sans lien avec les choses. Ils croient asséner des vérités définitives sur le monde, ils n’accouchent que d’un dérisoire roman social ou d’un sinistre réel romancé.

 

 

15 mai 2006

Allah akbar

 

 

 

 

 

Le mot akbar est la forme que prend l’adjectif kebir quand il est mis au degré comparatif : kebir signifie "grand", akbar "plus grand". Dans la phrase "ana akbar menak" (en français : je suis plus grand que toi), deux individus, je et tu, se comparent. La comparaison est relative : elle porte sur la taille. Dans ce cas, akbar est suivi d’un complément introduit par préposition men et qui désigne le second individu, ak (tu). Dans Allah akbar, akbar n’est pas suivi de complément. Ce n’est pas un comparatif, puisqu’il n’y a qu’une seule réalité nommée, mais ce que l’on nomme en grammaire un superlatif absolu. Allah ne peut être mis en relation avec quoi que ce soit d’autre, il est incomparable. De fait, la phrase devrait être traduite, non par "Dieu est grand", ni "Allah est grand", mais par "Allah est le plus grand". Mais le plus grand de quoi ou par rapport à quoi ? Aux hommes ? Pas seulement. Ce qui est sous-entendu ou implicite, c’est qu’il est le plus "grand" de tous les dieux, tous tant qu’ils sont. Parce qu’il est absolu, irréductible à tout autre, sans pareil, Allah est le seul qui mérite le qualificatif akbar. Ce qui est affirmé haut et fort, c’est la supériorité d’Allah. Aucun autre dieu, qu’il soit unique et qu’il se nomme Jéhovah, Yahvé, le Christ, ou qu’il soit un parmi d’autres et qu’il se nomme Mithra, Zeus, Cérès, etc. ne peut lui être comparé, ni opposé. On comprend dès lors pourquoi Allah akbar est le cri de ralliement de tous ceux qui veulent que l’islam domine le monde. C’est leur Deutschland über alles.

 

 

 

08 mai 2006

Association

 

 

Associer, association, associateur

 

 

Depuis les plus lointaines origines de la langue française, le nom association a un sens clair et sans ambiguïté. La première attestation date de 1408. C’est le "fait d’être associé, d’être uni à quelqu’un". Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française, le définit comme la "réunion de plusieurs personnes pour un but commun". Il existe des associations religieuses, commerciales, littéraires ; les ouvriers forment des associations pour se secourir ou pour améliorer leur sort ; même les malfaiteurs se réunissent pour réaliser des objectifs communs. Bien entendu, le mot s’est étendu par figure à d’autres réalités que les personnes : les mots et les idées peuvent être associés. Le verbe associer sert de base pour former de nouveaux mots : association, associatif, associationnisme, associé.

Depuis quelques années, il est entré dans la langue française un nouveau dérivé du verbe associer, qui n’est pas encore relevé dans les dictionnaires. Ce néologisme est associateur. En même temps que ce nom a été introduit en français, association et associer, dont associateur dérive, se sont chargés d’un nouveau sens.

Ce nouveau sens et ce nouveau mot viennent du Coran, plus exactement des traductions françaises de ce livre. Associateurs est le nom par lequel sont désignés les disciples du Christ. C’est un nom méprisant, haineux ou péjoratif. Les chrétiens sont dits ainsi, parce que, dans la Trinité, ils associent à Dieu, qui, dans le monothéisme pur et dur, est unique, d’autres entités, qui, selon Mahomet (mais il est le seul à en décider ainsi), ne méritent pas d’être divinisées ou d’être "associées" à Allah, à savoir un homme : le Christ, et un principe dont on ne sait s’il est un être humain ou s’il est un simple souffle : le Saint Esprit. Ainsi, il est dit dans le verset 73 de la sourate V : "Ce sont certes des mécréants ceux qui disent : "En vérité, Allah est le troisième de trois". Alors qu’il n’y a de divinité qu’Une Divinité Unique !" ; ou dans le verset 72 : "Ce sont, certes, des mécréants ceux qui disent : "En vérité, Allah, c’est le Messie, fils de Marie". Alors que le Messie (le Christ) a dit : "O enfants d’Israël, adorez Allah (non pas Allah, mais Dieu), mon Seigneur et votre Seigneur". Quiconque associe à Allah (d’autres divinités) Allah lui interdit le Paradis ; et son refuge sera le Feu. Et pour les injustes, pas de secoureurs !"

Bien entendu, le sort promis aux associateurs, c’est la mort : ainsi, entre autres versets, dans le verset 73 de la sourate V : "Et s’ils ne cessent de le dire (associer à Allah d’autres dieux ou qu’Allah, c’est le fils de Marie), certes, un châtiment douloureux touchera les mécréants d’entre eux" ; ou dans le verset 77 de la même sourate : "Dis : "ô gens du Livre, n’exagérez pas en votre religion, s’opposant à la vérité. Ne suivez pas les passions des gens qui se sont égarés avant cela, qui ont égaré beaucoup de monde et qui se sont égarés du chemin droit". Le verset 39 de la sourate VIII est explicite : "Et combattez-les (les mécréants) jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah". Le début de la sourate IX ne laisse subsister aucun doute pour ce qui est du sort réservé aux associateurs. Verset 1 : "Désaveu de la part d’Allah et de Son messager à l’égard des associateurs avec qui vous avez conclu un pacte". Verset 3 : "Et proclamation aux gens, de la part d’Allah et de Son messager, au jour du Grand Pèlerinage, qu’Allah et Son messager, désavouent les associateurs. Si vous vous repentez, ce sera mieux pour vous. Mais si vous vous détournez, sachez que vous ne réduirez pas Allah à l'impuissance. Et annonce un châtiment douloureux à ceux qui ne croient pas". Verset 5 : "Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre". Verset 14 : "Combattez-les. Allah, par vos mains, les châtiera, les couvrira d’ignominie, vous donnera la victoire sur eux".

C’est sans doute ainsi, comme disent les bien pensants et les experts en manipulations verbales, que la langue française s’enrichit de "différences" "brassées" "ailleurs", même si c’est pour inciter au crime ou promettre à autrui les pires avanies.


20 avril 2006

Chouhada

 

 

 

Profession de foi islamique 

 

 

La chouhada est la profession de foi dans l’islam. Elle est très simple. Elle se dit en arabe en deux phrases : la première est la allah ila allah, la seconde "Mahomet est le messager d’Allah". La seconde phrase n’est pas difficile à interpréter, la première soulève de nombreuses difficultés comme le révèlent les diverses traductions qui en sont faites. Elle est souvent traduite par "il n’y a de dieu que dieu" ou "il n’y a pas de dieu sauf dieu", ce qui tient de la tautologie (type "la loi est la loi"), du truisme (type "Dieu est Dieu, nom de Dieu"), de la lapalissade (type "cinq minutes avant sa mort, il était encore en vie"). La traduction la moins ambiguë pourrait être, à condition de conserver le nom Allah et de ne pas le traduire, "il n’y a pas d’allah sauf Allah" ou "il n’y a pas d’autre allah qu’Allah", en utilisant la majuscule, signe graphique qui n’existe pas en arabe, pour signaler qu’allah, avec une minuscule, est un nom commun désignant une classe de réalités diverses nommées "allah" ou dieu(x) et qu’Allah, avec une majuscule, est un nom propre qui désigne une réalité unique. En effet, la traduction d’Allah par Dieu est source de confusions. Allah, Dieu, Yahvé réfèrent à trois conceptions différentes de la transcendance. Traduire, c’est trahir, dit le proverbe ; c’est aussi réduire ou ramener quelque chose d’inconnu à quelque chose sinon de connu, du moins de familier. Les différences théologiques entre la conception que le christianisme se fait de la transcendance et celle de l’islam ou celle du judaïsme sont effacées quand le même mot Dieu est utilisé pour désigner Allah, Yahvé, Dieu. Dieu pour les Juifs est un groupe de quatre lettres ou tétragramme : YHWH, que l’on dit en français Yahvé ou Jéhovah. Comme dans Allah akbar, ce qu’affirme la chouhada, certes c’est le monothéisme (Allah est unique), mais c’est aussi un absolu. La relativité, qui sous-tend la pensée humaine, est rendue impossible ou bien elle est niée. Parmi les nombreux dieux qui étaient adorés dans La Mecque païenne, Allah était un dieu anodin et sans importance. Ce nom, fait de deux particules de genre et de personne, qui équivalent en français à un article (le) et à un pronom personnel (lui), de genre masculin évidemment, est le contraire d’un nom propre, c’est-à-dire d’un nom spécifique ou propre à la réalité du monde qu’il désigne. Ce qui est affirmé dans la chouhada, c’est aussi le nom et l’identité du seul dieu qui ait une valeur, s’il est comparé aux autres Dieux auxquels croient les hommes. Une traduction assez juste serait "il n’y a de dieu qu’Allah". De tous les Dieux qui existent dans le monde, que le monde se borne à la péninsule arabique ou qu’il englobe les pays de la terre, un seul mérite d’être invoqué ou adoré : c’est Allah, le dieu dont Mahomet est le messager. Ce que dit la chouhada, c’est, comme dans Allah akbar - "Allah est le plus grand" (ce qui peut sous entendre "des Dieux") -, la supériorité de l’islam sur les autres croyances, islam signifiant "soumission", sous-entendu : "à Allah". Tous les hommes, à leur naissance, seraient musulmans. C’est leur famille, leur pays et l’histoire qui ont falsifié le message originel et qui les obligent, malgré eux et sans qu’ils en soient conscients, à renoncer à la soumission à Allah – donc à l’islam.