Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21 février 2011

Joyeusetés de la "révolution arabe"




Tunisie.
Un malheureux a été retrouvé au petit matin la gorge tranchée. Cela ne s'est pas passé dans le bled, loin des villes, dans un village reculé, habité par des sauvages, mais tout à côté de Tunis, dans une banlieue chic. Tunis est une capitale. L'égorgé n'est plus. Il était Polonais. Il n'était pas musulman, sinon il serait toujours vivant, mais catholique, pour son malheur; et la loi d'Allah lui a été appliquée. Au même moment, semble-t-il, et tout à côté, dans cette même capitale, des immeubles qui sont censés abriter des "maisons closes" ont été vandalisés et incendiés... Un peu plus au sud, c'est une synagogue qui est visée et des Juifs, s'il en reste, qui sont menacés. C'est la "révolution arabe", dont les médias de France chantent les louanges sur tous les tons. On était en droit attendre que les "révolutionnaires" tunisiens protestassent contre cet égorgement en chantant l'hymne des islamogauchistes de France : "tous ensemble, tous ensemble, tous..." Une protestation a bien eu lieu devant l'Ambassade de France et contre l'Ambassadeur. L'Ambassadeur est étranger comme le prêtre polonais égorgé. Etranger, on lui hurle "dégage", "casse-toi pauvre boillon". Des menaces ? Un dernier avertissement ? La valise, sinon le cercueil ? 

 

Tunisie, toujours. Avec la prétendue "révolution arabe" a commencé, hurlent en choeur les médias "français", une ère nouvelle, faite de bonheur, de prospérité, de règne du droit, de justice, d'égalité, etc. Plus de cinq mille Tunisiens en ont profité pour faire leur révolution, en votant avec leurs pieds ou, mieux, à la rame, à cent ou deux cents ou plus par barquasse de pêche - chalutiers près de partir à la réforme. Ce qui se dit, c'est que le passage a coûté mille euros. Deux cents passagers payant mille euros chacun, voilà qui fait deux cent mille euros dans la poche d'une famille de "pauvres pêcheurs" (il faut verser des larmes sur leur sort), qui se sont, à la faveur de la Révolution, reconvertis dans la traite. La "traite", voilà un grand mot : disons dans l'invasion de territoires ennemis ou dans le Grand Débarquement. Tout cet argent, c'est un bon investissement. Un Tunisien, soi-disant malheureux, exploité, pauvre, investit deux mille euros dans un passage et un voyage en Italie, parce qu'il escompte par le pillage ou le détournement de fonds se faire rembourser cet investissement au décuple ou au centuple par l'Etat français.

 

Minya, Egypte. Minya est une grande ville qui se trouve à moins de deux cents kilomètres au sud du Caire. Ce n'est pas le désert, ni la forêt vierge, mais la verte et prospère Egypte. Pendant que les médias du monde entier diffusaient en boucle les mêmes images de révolutionnaires festoyant sur la place Tahrir, onze malheureux se faisaient qui égorger, qui tirer comme des lapins, qui fracasser le crâne, par les mêmes révolutionnaires. Ces malheureux n'étaient pas musulmans, sinon ils seraient en vie, mais chrétiens, donc bons à exterminer, suivant la loi d'Allah. Parmi les égorgés, il y a un enfant de trois enfants. Bien entendu, les médias n'ont rien dit de cette tuerie, laquelle aurait pu écorner la belle révolution arabe : pas de compte-rendu, pas d'image, pas de reportage. C'est la règle de l'omerta. Surtout ne couvrez pas (au sens médiatique de ce verbe) ce sang que je ne saurais voir, aurait dit Tartuffe. Il est vrai que, dans les médias, le seul révolutionnaire, c'est Tartuffe.

 

 

 

 

10:08 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, egypte, tunisie

05 février 2011

Dictateur

 

Le mot est emprunté au latin et, pendant plusieurs siècles, du XIIIe au XVIIIe siècle, il n’a été qu’un terme d’Antiquité romaine, désignant le magistrat qui exerçait, conformément aux lois, une fonction provisoire : « Magistrat unique et souverain qu’on nommait extraordinairement à Rome, du temps de la République, en certaines occasions importantes, et seulement pour un certain temps » (Dictionnaire de l’Académie française de la  première édition, 1694, à la neuvième édition, en cours de publication). Le fait que ce terme soit propre à l’Antiquité, c’est-à-dire à une période révolue de l’histoire, plus exactement à la République romaine qui a duré un peu plus de quatre siècles, explique son exceptionnelle stabilité sémantique et de désignation. Les exemples cités se rapportent d’ailleurs à cette époque-là : Fabius fut fait dictateur dans la guerre contre Hannibal ; Jules César fut fait dictateur perpétuel. La définition qu’en donne Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est un peu plus complète (« magistrat souverain qu’on nommait à Rome, en certaines circonstances critiques ; son pouvoir était absolu, et fixé à une durée légale de six mois ; mais d’ordinaire le dictateur abdiquait avant ce terme quand le danger était passé ») et illustrée de cet bel exemple de Saint-Evremond : « Les dictateurs se tiraient quelquefois de la charrue, qu’ils reprenaient quand l’expédition était achevée ».

Il est possible mutatis mutandis de rapprocher cette fonction – qui s’inscrit dans un cadre légal et démocratique, au sens où il est voulu par le peuple -, et uniquement dans un but pédagogique, de l’article 16 de la Constitution de la Ve République : « Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacées d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier Ministre, des Présidents des assemblées ainsi que du Conseil Constitutionnel. Il en informe la Nation par un message. Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le Conseil Constitutionnel est consulté à leur sujet. Le Parlement se réunit de plein droit. L’Assemblée Nationale ne peut être dissoute pendant l’exercice des pouvoirs exceptionnels ». Les pleins pouvoirs sont conférés à ce magistrat français qu’est le Président de la République dans des circonstances exceptionnelles et pendant un temps limité. 

C’est à partir de la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française, publiée en 1798, pendant la tourmente révolutionnaire, qu’est enregistré, pour la première fois, un emploi de dictateur en dehors du contexte de la République romaine : « On dit figurément et familièrement d’un homme qui a un ton tranchant, absolu, qu’il prend un ton de dictateur ». Entre 1792 et 1795, les Français qui ont été coupés en deux ou emprisonnés pour un oui ou pour un non ou obligés de se réfugier dans des pays accueillants ont fait l’amère expérience de ce « ton de dictateur ». Cet emploi marque le début de l’extension de ce mot hors de quelque contexte romain : « il se dit, par extension, dans le style élevé, de tout magistrat investi, temporairement ou à perpétuité, d’une autorité souveraine et absolue » (DAF, 1835, 1879, 1932-35) ; « dans les temps modernes, nom donné à quelques chefs qui réunissent temporairement tous les pouvoirs en leurs mains » (Littré, DLF, 1863-77).

Ce qui caractérise l’évolution sémantique de ce mot, c’est son extension croissante. On en comprend les raisons. Les dictateurs sont de plus en plus antipathiques, surtout à notre époque hypermoderne, où tout le monde, il est sympa, gentil, ouvert, tolérant, accueillant. Le mot se charge d’un sens désagréable, si bien que, par réflexe, tout chef d’Etat, un peu autoritaire ou qui ne plaisante pas avec quelques principes constitutionnels, est aussitôt taxé d’infâme dictateur, surtout dans les médias, lesquels sont, comme chaque sait, aussi purs que l’agneau qui vient de naître et n’exercent bien entendu aucune dictature, de quelque nature qu’elle soit, sur les esprits : « Par extension, courant, celui qui, investi légalement ou non du pouvoir politique, l’exerce de façon autoritaire, voire tyrannique, sans avoir officiellement, en général, le titre correspondant » (TLF, 1971-94) et surtout « par extension, aujourd’hui, chef d’État ou de gouvernement qui, parvenu au pouvoir légalement ou par la force, jouit d’une autorité s’exerçant sans contrôle, ni opposition exprimée » (DAF, neuvième édition, en cours).

En bref, il y a un demi-siècle ou plus, il ne serait jamais venu à l’esprit des journalistes et experts ou commentateurs avisés d’alors de qualifier Ben Ali et Moubarak de dictateurs. L’Egypte est un pays bordélique, d’anarchie militante, de joyeuse pagaille : les dirigeants d’un tel pays méritent sans doute d’innombrables qualificatifs, tels que peu compétents, bravaches, tartarins, irresponsables, etc., mais pas celui de dictateurs, sauf à donner à ce terme un sens si étendu qu’il ne veut plus rien dire. C'est l'habituelle reduction ad Hitlerum. Tout le monde est Hitler, comme si Hitler avait gagné la guerre. Ben Ali est l’héritier de Bourguiba, homme de gauche, socialisant, proche de FO et qui a établi une république laïque. Quand les journaleux et commentateurs de gauche le traitent de dictateur, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Moubarak est l’héritier de Sadate, Sadate celui de Nasser, l’homme de gauche vénéré par l’intelloterie française : le traiter de « dictateur », c’est faire remonter jusqu’à Nasser, le fondateur du régime, l’accusation. Ainsi donc Daniel et ses potes belles âmes auraient léché les bottes d’un dictateur ? De ces deux généraux, pour lesquels, mais cela va mieux en le disant, ALJ n’éprouve aucune sympathie, on ne peut rien attendre, sinon qu’ils exigent de leurs subordonnés un ordre apparent (l’ordre avant la justice), une discipline individuelle et collective de montre, une obéissance formelle. Dans les années 1930-60, ont sévi ici ou là de vrais dictateurs, dont Staline et Mao, qui avaient un pouvoir de vie ou de mort sur leurs sujets, et cela au nom de la si bien dite « dictature du prolétariat ». Si, par hasard, des Soviétiques et des Chinois avaient été assez fous pour se regrouper sur la Place Rouge ou la Place Tien An Men pour exiger le départ des dictateurs et la démocratie, ils auraient été immédiatement écrasés par les chars et les survivants fusillés sur le champ. En comparaison (mais comparaison n'est pas raison), Ben Ali et Moubarak sont des toutous. Or, les deux premiers n’ont jamais été accusés d’être des dictateurs ; seuls les seconds le sont, et par des intellos de tout niveau qui, il y a un demi-siècle ou plus, se prosternaient aux babouches des deux Staline et Mao susdits.

 

 

31 janvier 2011

"Révolution arabe" : l'hénaurme blague

 

 

 

 

Une même et unique rumeur bruit dans les media depuis trois semaines et met en transe les journaleux : la Révolution. Nihil novi sub sole. Il y a trente-deux ans déjà, en 1979, les mêmes journaleux, dans les mêmes media, saluaient le fait que l’ayatollah Khomeiny avait posé ses grosses fesses sur le trône de Perse comme un grand bond en avant, celui de l’humanité se libérant de ses chaînes. En fait de chaînes brisées, c’est dans un cul de basse fosse que Khomeiny et ses séides laissent croupir les Iraniens. L’histoire n’échaude même pas les media. De cela, on peut tirer deux maximes : il n’y a pas d’eau assez bouillante qui puisse échauder un journaleux ou tout journaleux échaudé en redemande. Ils concluent leurs « papiers » d’un « vive la Révolution arabe » martial, mais ce n’est pas par prudence, car ils ignorent que le subjonctif « vive » signifie le souhait et relève de l’exorcisme. On souhaite que cette révolution vive, parce qu’elle ne va pas durer ou qu’elle est tout ce que l’on veut, sauf une révolution, à moins d’entendre révolution dans son vrai sens, le sens que le mot a en astronomie, à savoir « retour à son point de départ ».

En effet, depuis quatorze siècles, l’histoire (ou la prétendue histoire) de ce que l’on nomme les pays arabes, et qui sont, à l’exception des pays de la péninsule arabique, des pays arabisés de force et par la terreur, est une non-histoire. A partir de 642-643, ces pays qui, tels la Mésopotamie, la Syrie, la Perse, l’Egypte, étaient les berceaux et les phares de la civilisation ont été envahis, conquis, colonisés, razziés, exploités, régis par des soudards arabes islamisés qui se sont « ouvert » ces pays riches et prospères pour les soumettre au sabre d’Allah, liquidant toutes les élites qui leur résistaient.

Le résultat est qu’il n’y a que deux forces politiques dans ces pays : l’armée ou l’islam ou l’armée et l’islam, l’armée secondée par l’islam ou l’islam appuyé par l’armée. C’est ce qui se passe au Soudan, en Egypte, en Jordanie, en Algérie, au Maroc, en Libye, en Turquie, etc. C’est un invariant, qui n’a pas changé d’un kasra depuis quatorze siècles. Parfois, l’armée essaie de mener une politique autonome en y soumettant l’islam, comme l’a fait Mustapha Kemal en Turquie pendant trente ans ; aujourd’hui, c’est Erdogan qui soumet l’armée turque à la loi de l’islam. Ben Ali et Moubarak étaient l’un et l’autre généraux ; Sadate était militaire, comme Nasser, les mamelouks, Salah el din, les Soliman et autres Mehmet, sultans ottomans, etc.

Deux pays ont échappé à ce destin : le Liban, qui n’en a plus pour longtemps, et l’Egypte, de 1860 à 1950, mais le colonel Nasser et ses soudards, admirateurs du cheikh Abdou, ont remis l’Egypte dans le droit chemin en chassant les élites juives et chrétiennes qui constituaient un embryon de société civile et avaient contribué à faire de l’Egypte un Etat de droit. Bien entendu, en 1952, l’intelloterie française, en transe, a applaudi ce coup d’Etat, qui a été tenu alors pour une révolution arabe – en fait, une simple « révolution de palais » qui a remis l’Egypte sur la juste voie, tracée en 643.

Les choses étant ce qu’elles sont, on ne peut attendre de ces révolutions qu’un rappel de la règle millénaire : l’islam ou l’armée, ou l’armée et l’islam. Tant que ces pays arabisés n’auront pas brisé le sabre d’Allah pour se libérer enfin de la double occupation qu’il impose depuis quatorze siècles, ils resteront ce qu’ils sont, conformes à ce qui leur a été imposé par la force et la terreur.