06 octobre 2007
Archipel
Emprunté à l’italien arcipelago, lui-même emprunté au grec byzantin arkhipelagos, "mer principale", altération de Aigaion pelagos, "mer Égée" (par croisement de aigaion avec l’élément archi), Archipel est attesté comme nom propre au XIVe siècle sous les formes Archepelague, Archepielago, Arcipielago, Archipielago, pour désigner la mer Egée. C’est au tout début du XVIe siècle que, par antonomase, ce nom propre est employé comme un nom commun au sens "d’étendue de mer parsemée de groupes d’îles" (comme la mer Egée). Nicot (Thresor de la langue française, 1606) ne relève que le nom propre : "Archipel ou Archipelago, Mare aegaeum". Il est relevé dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762) sous la forme archipel, bien que "quelques-uns disent Archipelage ou Archipelague". Les Académiciens le définissent comme un nom commun ("étendue de mer, entrecoupée de plusieurs îles ; l’archipel du Mexique") et comme nom propre : "on appelle particulièrement Archipel ce que les Anciens appelaient la Mer Égée". Féraud (Dictionaire critique de la langue française, 1788) reproche aux Académiciens de ne pas blâmer "ceux qui disent Archipélage ou Archipélague". Pour Féraud, c’est un "latinisme" à proscrire. Les définitions qu’il en donne sont les mêmes que celles des Académiciens : "étendue de mer, entrecoupée de plusieurs îles" et "Archipel tout court, c’est celui du Levant, que les Anciens nommaient la Mer Egée".
Dans toutes les éditions ultérieures (1798, 1832-35, 1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, comme chez Littré (1863-77) et dans le Trésor de la Langue française (1972-94), les deux emplois de nom commun et de nom propre sont relevés et définis : "Mer Égée des Anciens, parsemée d’un grand nombre d’îles, mer de l’Archipel, les îles de l’Archipel" ; "par extension, ensemble d’îles disposées en groupe" ("archipel dangereux, récif d’un archipel, former un archipel"). Quant aux Académiciens, dans la neuvième édition en cours de publication de leur Dictionnaire, ils ne citent que l’emploi de nom commun : "ensemble d’îles formant une unité géographique ; l’archipel des Philippines, des Açores" et ne mentionnent plus la Mer Egée.
Hugo, qui était atteint de métaphorite aiguë et qui voyait des analogies partout, en tout et avec tout et le contraire de tout, a employé archipel dans un nouveau sens, tout poétique, pour désigner un "groupement irrégulier de choses (concrètes ou abstraites) identiques ou semblables" : "J’aime les soirs sereins et beaux, j’aime les soirs, (…) / Soit que la brume au loin s’allonge en bancs de feu ; / Soit que mille rayons brisent dans un ciel bleu / A des archipels de nuages" (Les Feuilles d’automne, 1831) ; ou encore : "Le doute, hélas ! Sur cette mer / Apparaît l’archipel ténébreux des doctrines" (Religions et religion, 1880). Chez d’autres écrivains, les bouquins ou Paris forment des archipels. Le Trésor de la Langue française a commencé à être rédigé à la fin des années 1960 et au début des années 1970. L’emploi figuré d’archipel chez Soljenitsyne n’est pas relevé. Les camps de concentration, de travail forcé et de la mort – connus sous le nom administratif de Goulag - qui parsèment l’immense URSS sont comparés aux îles qui forment un archipel. Dans le cas de l’URSS, c’est le pays lui-même qui était un vaste camp de concentration; la continuité n’était jamais brisée à la différence des ensembles d’îles. Le Goulag était partout.
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18 juillet 2007
Mythologies intellotes 21 : guerre de la mémoire
L’histoire ou la guerre continuée par d’autres moyens
A propos de Jean-Pierre Rioux, Au bonheur la France, des impressionnistes à De Gaulle, comment nous avons su être heureux, Perrin, 2004
L’histoire est comme la politique : une guerre continuée par d’autres moyens, non plus par les bombes à fragmentation, les mines anti-personnel, le gaz moutarde, mais par la parole ou les écrits – surtout quand les historiens traitent de la France ou des Français et qu’ils s’attachent à exhumer des archives ce que fut la France. Ce n’est pas de la guerre civile, ni de la guerre en dentelle, mais de la guerre en mots, en phrases ou en narrations. La mémoire n’est plus le lieu où se recueillent les citoyens, fût-ce pour exprimer de la gratitude envers leurs aînés, mais un vaste champ de bataille où, à la différence des terrains où s’affrontent les blindés et les commandos, il n’y a qu’une armée en opération, il n’y a qu’une armée qui combat, il n’y a qu’une armée en guerre, celle des historiens, dont les objectifs à détruire sont la France, les Français, l’estime de soi, la mémoire. Ces historiens se prétendent pacifistes à tout crin et favorables à la paix partout dans le monde, sauf en France bien sûr. On aimerait seulement qu’ils mettent leurs actes en accord avec leurs paroles.
Il en est ainsi de Jean-Pierre Rioux, 68 ans, dont au moins cinquante passés à ferrailler, lutter, combattre : tous les jours en opérations, pas une minute de relâche. C’est que cet historien est progressiste ou prétendument progressiste. Il affiche son idéologie, la bonne conscience en sautoir, l’exhibant comme un maréchal soviétique arborait ses rangées de décorations. De son épouse décédée et de lui-même, il écrit : " nous avons conjugué il est vrai un certain optimisme historique sans naïveté (il se prête beaucoup charités) qu’Hélène (l’épouse) avait dans l’âme ". Le propre de l’idéologie est de tout s’approprier. Rien ne lui échappe. Ce monstre dévore tout ce qu’il accapare : même la France et le bonheur français. Il est vrai que Saint-Just avait fixé pour objectif à la Révolution de prodiguer l’idée neuve du bonheur à tout le monde, avant de faire couper les têtes qui dépassaient ou de lancer, en Vendée, ses sbires en armes sur de malheureux paysans qui n’entendaient pas qu’on leur impose quoi que ce soit. Le sous-titre porte : " comment nous avons su être heureux ". L’idéologie est aussi totalitaire : elle fait parler les Français morts, les vivants, à naître, elle fait siens leurs états d’âme, leurs sentiments, leur vie intérieure, elle les enrôle dans la guerre contre la France.
Le bonheur français est un vieux et beau sujet. Depuis des siècles, les Allemands répètent à l’envi le même proverbe : " heureux comme Dieu en France ". Ils le disaient au XVIIe siècle, ils l’ont dit aussi quand ils ont occupé la France. Pendant des siècles, la civilité française, l’art et la douceur de vivre, la relative et ancienne prospérité, qui date de l’an mil, les fêtes et solidarités villageoises, les travaux et les jours, le souci du monde, tout cela a suscité l’envie de ceux qui n’étaient pas Français. Il n’est pas étonnant que la France ait été le pays le plus souvent envahi depuis deux millénaires : si elle avait été une terre de malheurs, elle n’aurait pas été autant convoitée. Pourtant, M. Rioux ne traite pas de cet antique bonheur, mais du bonheur que la France aurait connu depuis que la République y a été solidement instituée, depuis 1874 exactement. Voilà un découpage qui en dit plus long que toute analyse sur l’idéologie de M. Rioux : son livre n’aurait pas dû être intitulé " Au bonheur la France " mais " Au bonheur la République ", les seules IIIe et IVe Républiques. Le dernier chapitre porte comme titre : " De Gaulle en tête ". Il commence en septembre 1958 et s’achève en avril 1969. C’est pendant ces onze années que se clôt le bonheur français. De Gaulle aux affaires, c’est le retour du malheur. On ne rêve pas, et pourtant c’est la thèse de M. Rioux, agrégé d’histoire, professeur dans une université, directeur de recherches au CNRS, puis inspecteur général de l’instruction publique, nommé en 1991 par Jospin ou par son successeur. Or, pendant la période étudiée, de 1870 à 1958, la France a connu une succession de malheurs collectifs : défaite, guerres incessantes entre 1914 et 1962, pays occupé, en partie ou en totalité, à deux reprises, ruine des finances publiques et des épargnants entre 1914 et 1958 (ruine qui a repris en 1981), exode rural qui a arraché des millions de paysans à leurs terres, exploitation ouvrière éhontée et, pour les Français installés en Algérie et chassés de ce pays, etc. cent ans ou plus de malheurs.
Le titre parodie l’expression figée " au bonheur la chance ", dans laquelle " la chance " est complément du nom " bonheur ", sans préposition, comme dans les toponymes " Château l’Evêque " (le château de l’évêque), la Chaise Dieu (la chaire de Dieu) ou " les Essarts le Roy " (les essarts du Roi), etc. " Au bonheur la chance " signifie littéralement " au hasard (bonheur) du hasard (chance) " et elle a pour équivalent à " tout hasard ". Ce titre laisse entendre que, au milieu des misères du monde et malgré la dureté des temps, les Français ont su aménager de petites plages de bonheur, un peu " au hasard " ou accidentellement, en faisant contre mauvaise fortune bon cœur. En fait, le contenu du livre est tout différent : la thèse de M. Rioux est que le bonheur français vient des politiques qui ont été menées, dans le cadre des institutions nouvelles, celles de la République, troisième du nom (oubliées les tragédies de 1792-1795 et de 1848-1849) : car, pour cet historien, le bonheur commence avec l’établissement de la République, comme l’exprime sans ambages le titre de la première partie : " prémisses de belle époque, 1874-1914 ". Ce bonheur n’est pas dû au hasard, il est le fruit d’une volonté politique et doit être mis au crédit d’un régime politique, que M. Rioux confond avec la France ou auquel il réduit la France. L’entreprise est purement idéologique, dans ce que l’idéologie a de plus bas, la justification d’un régime politique, ce dont étaient coutumiers les fonctionnaires de régimes totalitaires, en Allemagne, dans les années noires, ou en URSS et dans ses satellites, dans les années rouges. De fait, l’histoire, selon M. Rioux consiste à égrener le chapelet idéologique, comme à l’église ou à la mosquée (comme il faut dire maintenant), c’est-à-dire à réciter le grand corpus de prières : affaire Dreyfus, qui est la trace du malheur français et d’abord du capitaine Alfred Dreyfus et de sa famille ; le bon bourgeois Jaurès, un peu cupide, n’aimant guère les Juifs d’Algérie, y préférant les Arabes, nommé " notre Jean " (il manque entre ces deux mots " bon roi "), la loi de 1905, l’invention de l’électricité, etc. Rien n’est dit des délires scientistes, du développement sous couvert de positivisme d’une nouvelle religion occultiste et socialiste, du malheur des peuples soumis. Un chapitre est consacré à " la séparation libératrice " (celle de 1905), mais est passé sous silence ce grand malheur français qu’a été " l’expulsion des congrégations en 1902 ", consécutive au refus scélérat et attentatoire aux droits de l’homme de laisser les congrégations et associations cultuelles bénéficier de la loi de 1901 sur la liberté d’association. Le chapitre consacré à Louis Renault, l’inventeur de génie, est tout entier à charge. Tout est à l’avenant : rien n’est dit des causes de la guerre de 1914. Les titres sont la resucée de stupides slogans militants : " le fascisme n’est pas passé " (1934), que les bolcheviks faisaient répéter à des milliers de perroquets, au moment même où ils s’apprêtaient à passer une alliance, qui n’était de circonstance, mais de fond, avec Hitler et les socialistes nationaux au pouvoir en Allemagne.
En bref, aux leçons de morale pour rombières, grenouilles de bénitier et momies de sacristie, s’ajoutent les falsifications de l’histoire de France ou les manifestations de haine à l’encontre des Français et du peuple qu’ils forment. Ainsi, cette proposition : " l’histoire française, depuis deux cents ans, est parcourue de rejets, de brocards, de xénophobies et même de racismes – aux degrés bien connus : rigolards, ordinaires, argumentés, puis assassins à l’occasion – qui nient l’Autre, le dénigrent, le piétinent ou l’excluent " (chapitre " au creuset de la rue de Lappe ", p 157). Il a fallu que M. Rioux entende à chaque instant de sa vie, dans sa famille ou dans les milieux qu’il a fréquentés, des éructations de haine à l’encontre des étrangers (égorgés, bien entendu) ou des Juifs (gazés à Bordeaux ou à Calais) pour qu’il emploie les mots xénophobies et racismes au pluriel. Il devrait mieux choisir ses fréquentations. On n’est pas responsable de sa famille, mais on l’est de ses amis : dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. L’auteur de ces lignes n’a rien entendu de tel, ni dans sa famille, ni dans les milieux qu’il a fréquentés et qu’il fréquente. Il ne réduit pas l’histoire de France à ces couches épaisses de racismes. Il a fallu aussi que M. Rioux soit privé de vie spirituelle pour qu’il écrive l’Autre avec une majuscule et en fasse une divinité. Se prosterne-t-il devant elle ? La proposition dogmatique - " l’histoire française, depuis deux cents ans, est parcourue de rejets, de brocards, de xénophobies et même de racismes, etc. " - n’a rien d’historique, elle est toute idéologie et elle n’est rien qu’idéologie. Aucun des mots employés n’est défini, ni pensé. C’est de la récitation coranique. Rien de ce qui est avancé n’est avéré, sinon dans la grande et nouvelle inquisition que produit l’idéologie des puissants. Aux Français et à la France, sont attribués les mêmes préjugés sordides et puants que ceux dont les socialistes nationaux allemands accablaient les Juifs ou la France ou les bolcheviks les classes nuisibles. Ou encore cette autre perle : " les Maliens de l’îlot Chalon dans les années 1980 étaient frères des maçons limousins exploités un siècle plus tôt à la même place par les marchands de sommeil ". L’îlot était un squat. Par définition, personne n’y payait de loyer. On ne sait qui sont ces marchands de sommeil qui faisaient payer des loyers exorbitants à ces Maliens. Des compatriotes voraces ? Non seulement, cette affirmation relève du fantasme idéologique, mais elle est aberrante sur le plan conceptuel : après l’exploitation de l’homme par l’homme, M. Rioux invente l’exploitation (imaginaire) du maçon creusois ou du maçon malien par le marchand de sommeil. Où est la plus-value tirée de cette " exploitation " ? De même, la fraternité qu’il prête aux Maliens et aux Creusois est de la propagande de sacristie. La conclusion (p 162) est toute religieuse ou mystique : " la désespérance ne gagnera pas, pour peu qu’une condition soit toujours remplie : que la République reste présente et active partout où l’exclusion s’affiche ou menace. Parce que depuis 1789 l’exclusion, offense à l’être et à l’Autre, demeure chez nous une affaire publique et un défi civique ". M. Rioux devrait lire, ce que, apparemment, il n’a jamais fait, les textes fondateurs de 1789 : il n’y trouvera employé nulle part le nom exclusion. Entre déclarer des droits imprescriptibles et lutter contre l’exclusion, il n’y a pas un abîme, mais un vide intersidéral. Jamais les Républicains, entre 1789 et jusqu’en 1998, quand Mme Aubry a inventé l’exclusion pour culpabiliser la France et les Français, n’ont lutté contre " l’exclusion ". D’ailleurs, ils ne se sont pas gênés pour exclure à tire-larigot l’Autre. Ils ont même exclu le Même : expulsion des Congrégations, refus d’accorder la citoyenneté aux autochtones d’Algérie, délire sur les " races inférieures ", etc. Cette verroterie à la Aubry est peut-être digne d’un militant enfermé depuis un demi-siècle dans une des cellules minuscules du Parti communiste ou socialiste ou autre (trotskiste ?), mais indigne d’un Français.
Pourquoi ce livre a-t-il été écrit ? Le véritable objectif est d’utiliser l’histoire, après l’avoir frelatée, dans les luttes politiques du moment. La gauche au pouvoir, sauf sans doute pour la famille Rioux (elle, prof de khâgne, lui inspecteur général, plus les à-côtés, le revenu est au moins de 70000 francs par mois), présente un bilan désastreux : de six à dix millions de pauvres, trois millions de Français de mal logés, six millions de chômeurs ou d’exclus du marché du travail, deux millions de Français qui, par désespoir, ont quitté la France, etc. Voilà qui fait vingt millions de Français condamnés au malheur : plus d’un tiers de la population. C’est la faillite la plus retentissante qu’un régime ait jamais connu depuis Clovis. " Au bonheur la France " est l’écran qui cache le désastre : " cachez ces faims que je ne saurais voir ". La falsification de la mémoire, c’est de la guerre. Du temps de Sully, la France avait deux mamelles ; sous les intellos à la Rioux, elle n’en a plus qu’une : la dénégation du réel.
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07 mars 2007
Eponyme
Comme tous les mots comprenant onyme («nom»), tels antonyme, paronyme, synonyme, patronyme, toponyme, etc., éponyme est composé de mots grecs qui signifient « sur » et « nom ». En grec, c’est un surnom. En français, adjectif ou nom, il désigne des réalités propres à la Grèce antique. C’est au XVIIIe siècle, dans l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (1751-1765) qu’il est attesté pour la première fois et employé au sujet de la civilisation grecque. Il n’est relevé dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à partir de la sixième édition (1832-35) : ce «terme d’antiquité grecque désignait, à Athènes, celui des neuf archontes qui donnait son nom à l’année». Eponyme qualifie donc celui qui donne son nom à l’année pendant laquelle il exerce le pouvoir – et cela, afin de constituer, en fixant un comput, les annales d’une cité ou d’un Etat. C’est la définition de Littré (Dictionnaire de la Langue française) : «archonte éponyme, ou, substantivement, éponyme, le premier des neuf archontes d’Athènes qui donnait son nom à l’année» et des Académiciens, dans les huitième et neuvième éditions de leur Dictionnaire : 1935, «celui des neuf archontes qui, à Athènes, donnait son nom à l’année» et, dans l’édition en cours, «en histoire ancienne, se dit des magistrats qui donnaient leur nom à l’année». Les Académiciens ne s’illusionnent plus sur les connaissances de leurs compatriotes, même cultivés, en matière d’histoire de l’antiquité : ils traduisent prudemment archonte par magistrat, évitant aux lecteurs, dont aucun n’est spécialiste d’antiquité grecque, de se reporter à l’article archonte. C’est ce choix pour lequel ont opté les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994), qui donnent une plus grande extension que les Académiciens à ce mot. Il est propre aussi l’antiquité romaine : «magistrat qui donnait son nom à l’année pendant laquelle il exerçait sa charge», comme dans les exemples «archonte, éphore, roi, empereur et dignitaires éponymes» (in L’Histoire et ses méthodes, 1961).
Le mot a un sens plus étendu encore que ne l’indiquent les Académiciens dans la sixième édition (1832-35) de leur Dictionnaire. Selon Littré, éponyme «se dit aussi des divinités qui, donnant leur nom à une ville, l’avaient sous leur protection» (ainsi «les dieux éponymes, et, substantivement, les éponymes»). De même les Académiciens en 1932-35 : «il se disait aussi des dieux, des héros, dont une ville, une tribu portait le nom» (ainsi «les héros éponymes des dix tribus d’Athènes»). Dans le Trésor de la Langue française et dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française, l’ordre dans lequel les deux sens sont exposés est renversé : le sens étendu est cité en premier et le sens de «magistrat donnant son nom à l’année pendant laquelle il exerce son mandat» est cité en second ou mentionné comme spécial ou étendu : «en Grèce, divinité, héros, qui donnait son nom à un groupe de personnes, en particulier à une cité, à une tribu», in Trésor de la Langue française (ce sens est illustré d’un exemple tiré de Mérimée, 1855 : «il y avait quatre tribus qui reconnaissaient chacune pour héros éponyme un des quatre fils d’Ion») et, en histoire ancienne, «qui donne son nom à une ville, à une tribu, à une dynastie, etc.», in Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication (les exemples cités sont «Athéna était la déesse éponyme d’Athènes», «héros éponyme, dont une cité, une tribu tirait son nom», «les héros éponymes ou, substantivement, les éponymes des dix tribus d’Athènes». Cet ordre justifie l’extension ultime de ce nom à des réalités autres que les dieux, les magistrats, les héros, etc. et qui sont spécifiques du monde actuel : c’est, selon les auteurs du Trésor de la Langue française, «celui, celle, ce qui donne son nom à quelque chose ou à quelqu’un, à qui l’on se réfère, que l’on vénère» (ainsi, cité dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française, cet emploi jugé littéraire : «Washington est l'éponyme de la capitale fédérale des Etats-Unis»), et non un tout qui donne son nom à une partie, comme chez Péguy: «une autre patronne que l’histoire sera votre éponyme » (1914). En revanche, les emplois, dans l’extrait cité de L’Histoire et ses méthodes (1961, in Trésor de la Langue française : «le moulin à eau exigeait une chute d’eau appelée kataractê en grec, cataracta en latin ; de ce dernier mot sont sortis les noms de moulins éponymes des villages de Chalette, Charrette, etc.») et les emplois d’éponyme étendus à la critique sont conformes au sens grec premier de « qui donne son nom à quelque chose », à savoir un tout dont l’élément baptiseur fait partie. Lucien Leuwen et Andréi Roublev donnent leur nom à un roman et à un film. Ils en sont les personnages ou les héros éponymes.
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11 février 2007
Pactole
Pactole est un nom propre et un nom commun : plus exactement le nom propre d’une rivière de Lydie, province de l’Asie mineure des anciens auteurs grecs ou latins (en Turquie, aujourd’hui) - un hydronyme, disent les savants -, qui a été employé comme un nom commun et qui est en usage en français moderne comme nom commun. L’emploi d’un nom propre comme nom commun (calepin, poubelle, bic, etc.) est nommé antonomase.
Boileau, dans les Satires, emploie Pactole comme le nom propre d’un cours d’eau ou, plus exactement, d’un cours d’or : "Mais l’honneur en effet qu’il faut que l’on admire, / Quel est-il, Valincour ? pourras-tu me le dire ? / L’ambitieux souvent le met à tout brûler, / L’avare à voir chez lui le Pactole rouler". C’est le poète Delille qui, en 1800, le premier, a fait de ce nom propre un nom commun et cela par métaphore. Dans le Pactole, petit affluent de l’Hermos, coulaient, dans les légendes que racontaient les auteurs de l’Antiquité, des paillettes d’or. Le phénomène en soi n’a rien d’anormal. Aujourd’hui encore, des chercheurs d’or, en Ariège ou dans le Massif central, passent au crible les sables et les graviers de torrents ou de rivières où il leur arrive de trouver quelques paillettes dont le vente rémunère, mal à vrai dire, le travail accompli. Mais dans le Pactole des légendes, l’or coulait en abondance. Aussi suffisait-il de se baisser pour être riche. De ce fait, pactole a pris le sens de trésor ou de source inépuisable de richesses.
Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872) relève le sens propre ("petite rivière de Lydie qui charriait de l’or") et l’antonomase ou, comme écrit Littré, le "sens figuré" : "source de richesse". Il cite aussi des exemples illustrant ces sens : hydronyme ("un petit filet du Pactole suffit à notre ambition", Marmontel) et antonomase ("les hautes classes de la société, où le Pactole roule ses flots", Brillat-Savarin).
Alors que les Académiciens dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1935) font encore référence au nom propre ("source de grandes richesses, par allusion à une rivière de Lydie qui roulait des paillettes d’or"), les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994) ne le mentionnent plus, sinon dans la rubrique "histoire et étymologie", se contentant d’énoncer le sens du nom commun : "source abondante de richesse et de profits". Et pourtant, le sens de pactole dans les exemples cités et écrit à deux reprises avec un P majuscule, ne peut pas être compris sans la référence au cours d’eau qui charrie de l’or : "comme il nageait en plein dans un Pactole imaginaire, un bruit de clef tournant dans la serrure vint interrompre l’héritier présomptueux au moment le plus reluisant de son rêve doré" (Murger, 1851) ; "le docteur Knock est un chimérique et, de plus, un cyclothymique. Il est le jouet d’impressions extrêmes. Tantôt le poste ne valait pas deux sous. Maintenant, c’est un Pactole" (Romains, 1923) ; "les marchands de la ville sainte rivalisaient d’ardeur, afin de pouvoir planter boutique le plus près possible du pactole" (1961). De même, les deux hapax dérivés de pactole, pactolien et pactoliser, pour être compris, doivent être référés au cours d’or : "Si d’amour sec et d’onde pure / L’amour, dit-on, ne vit pas bien, / Notre tirelire murmure / Le bruit du flot pactolien" (Murger, 1861) et "ils voudraient tous pactoliser avec le démon" (Aymé, 1957).
Il semble que les dictionnaires actuels se soient mis au diapason du monde moderne, dont une des règles tacites est tabula rasa : "du passé, faisons table rase", comme dit un hymne sanguinaire. Le présent efface le passé, la modernité met l’Antiquité au rebut, la Turquie extirpe toute trace de la vieille Asie mineure, les mythes mensongers de l’idéologie occultent les légendes antiques, le social achève la littérature, etc. Dans cet ordre nouveau, les légendes de l’Antiquité et l’Antiquité elle-même sont chassées de la mémoire collective, qu’elles encombrent, et n’existent plus que pour quelques érudits.
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06 février 2007
Sociocrate
Il n’existe pas d’article consacré aux noms sociocrate et sociocratie dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), encore moins dans les éditions du Dictionnaire de l’Académie française publiées entre 1694 et 1935 ou dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré (1863-1872). En revanche, la formation de ce nom et son sens sont expliqués à l’article socio du Trésor de la Langue française. Ce socio (distinct du raccourcissement par aphérèse de sociologie – courant chez les potaches, comme géo résulte de l’abréviation de géographie ou psycho de psychologie) n’est pas un mot, mais un élément formant – id est un "morphème" ou une suite de sons qui a un sens mais qui n’est pas autonome (socio n’est jamais employé seul) et qui sert à former de nouveaux mots. Il est très productif depuis un siècle. Il est vrai que le social a absorbé tout ce qui n’était pas social et qui faisait tache dans un ensemble uniformisé. A socio, il est possible d’ajouter un autre élément, ou encore un suffixe, tel gramme, logie, logue, cratie, ce qui donne sociogramme, sociologie, sociologue, sociolâtre et sociocratie. Ce dernier mot, comme sociocrate, est propre aux sociologues. Il a été fabriqué par Auguste Comte, qui a inventé aussi le nom sociologie. Pour cela, il a ajouté à socio l’élément grec cratie, celui de phallocratie, aristocratie, ploutocratie, autocratie…, qui signifie "pouvoir", afin de désigner une "forme de gouvernement où le pouvoir appartient à la société entière". S’il n’avait pas été illuminé, Comte aurait dû employer le conditionnel et écrire appartiendrait. L’exemple qui illustre le sens de ce mot est éloquent. C’est "délivrer l’Occident d’une démocratie anarchique et d’une aristocratie rétrograde, pour constituer, autant que possible, une vraie sociocratie, qui fasse sagement concourir à la commune régénération toutes les forces humaines" (in Catéchisme positiviste, le si bien nommé, 1852). Comte est hostile à la démocratie et à l’aristocratie, il ne veut ni de l’une, ni de l’autre : il institue donc la tyrannie de tous sur chacun. Il a fabriqué aussi l’adjectif sociocratique, "qui se rapporte à la sociocratie", dont l’emploi est illustré non pas par Comte, mais par un illuminé de l’éducation du peuple par l’avant-garde autoproclamée, le dénommé Cacérès, qui eut dans les années 1960 sa seconde de gloire et qui, depuis, a été rendu à l’obscurité : "une position sociocratique modelée de curieuse manière sur les idées d’Auguste Comte" (1964). Comte a aussi fabriqué le nom sociocrate, auquel il a donné le sens de "partisan de la sociocratie" : "nous, sociocrates, ne sommes pas davantage démocrates qu’aristocrates" (1852, toujours dans le sinistre Catéchisme positiviste). On ne saurait mieux le définir.
Il est aisé de se représenter ce qu’est la sociocratie, à condition de la rapporter aux sociétés façonnées par Hitler ou Mussolini, ou à ce qu’elle est effectivement en Corée du Nord, à Cuba, au Vietnam ou à ce qu’elle était en Chine sous Mao ou au Cambodge sous Pol Pot. Auguste Comte n’était pas seulement un forgeron de mots, il était aussi visionnaire. Pour notre malheur, les sociocrates sont influents en France. Ils contrôlent les media, ils manipulent les partis, ils pullulent chez les extrémistes et les gauchistes. La France a le culte de la société, du social, du sociétal. Elle est atteinte de sociolâtrie : son Dieu unique est le social. On ne lit plus Auguste Comte. Pourtant, la lecture du Catéchisme positiviste et du Cours de philosophie positiviste ferait comprendre pourquoi et comment les sciences sociales et humaines prospèrent sur les ruines de la démocratie, de la pensée, de l’art, des lettres, des humanités. Incroyant, Comte admire l’Eglise catholique qui a convaincu les hommes d’adhérer au message chrétien sans les menacer du sabre. Prenant acte du désastre dans lequel elle disparaît lentement, il a l’idée de remplacer le clergé par un ordre nouveau : celui des sociocrates, savants connaissant les ressorts de l’âme humaine, formés au positivisme, chargés de diffuser le nouveau catéchisme, d’y faire adhérer les esprits et, une fois le système établi, de le maintenir. Ce clergé nouveau a fait de l’université son église. Instruit du catéchisme, ayant ses entrées dans la presse et les media de masse, dont il a formé les prêtres, petits et grands, il pénètre dans les consciences, comme si la juridiction de for intérieur était lettre vive, et, après avoir tué les lettres et proscrit de l’université les humanités, il façonne les âmes à son image : il en fait des bêtes.
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05 février 2007
Charte
Pendant deux siècles, de 1694 à 1878, de la première à la septième édition de leur Dictionnaire, les Académiciens ont relevé ce mot sous deux formes : chartre et charte. Dans le Petit Larousse (première édition, 1906), la forme chartre est encore acceptée, bien que les Académiciens aient mentionné en 1878 qu’elle était vieillie et que Littré, dans son Dictionnaire (1863-1872), ait noté que "chartre est aujourd’hui tout à fait tombé en désuétude", alors qu’elle était la seule qui soit citée dans le Dictionnaire de Richelet (1680). Chartre (de chartula "petit écrit"; en latin médiéval "acte, document", dérivé de charta "feuille de papyrus", d’où "écrit" et "lettre") est l’ancienne forme, usitée dans la langue classique et désuète au XXe siècle.
La première attestation, au milieu du XIe siècle, est justement chartre, au sens de "lettre, écrit, acte", alors que charte date du XIVe siècle. Dans son Dictionnaire, Nicot (1606) note que ce mot "proprement doit être écrit chartre" et "prononcé charte". C’est en 1822 qu’a été fondée l’École nationale des chartes, où sont formés les chartistes, ou savants capables de lire les chartes anciennes. C’est au XVIIIe siècle que le mot est transporté dans un contexte politique pour désigner la Grande Charte d’Angleterre (1215) ; en 1814, à la Restauration, c’est aussi le nom qui est donné à la chartre constitutionnelle octroyée par Louis XVIII. A partir du XIXe siècle, il prend un sens social : "règle fondamentale", comme dans la charte du travail octroyée aux Français sous l’Occupation (1941).
Ce que montre l’histoire de charte et de ses sens, c’est que ce mot a perdu au XXe siècle son sens commercial et que, de la politique, il a basculé dans le social. En 1762, dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française, sont relevés deux sens : "anciens titres, anciennes lettres patentes des rois, princes, etc." et "en termes de marine, acte conventionnel que fait le propriétaire d’un vaisseau avec un marchand qui charge dessus des marchandises pour un pays étranger". Autrement dit, une charte suppose un accord entre deux parties, une transaction, un arrangement, comme l’expose clairement Littré : "terme de commerce : charte partie, acte qui constate le louage de tout ou partie d’un navire". Il explique ce sens ainsi : "au lieu de faire le double de l’acte, on le coupait en deux parties, dont les deux contractants gardaient chacun une. Partie est ici le participe passé du verbe partir, partager". Il l’illustre d’une phrase des Mémoires de Retz : "nous ne fûmes pas plutôt arrivés qu’on nous demanda notre charte partie, qui est si nécessaire à la mer, que tout homme qui navigue sans l'avoir est pendable". Cet emploi commercial est relevé, sans être défini, dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1935) : "en termes de commerce maritime, charte-partie", mais il ne figure plus dans la neuvième édition (en cours), non plus que dans le Trésor de la Langue française, sinon dans la remarque "la documentation atteste un exemple où le mot est synonyme de contrat : chartes d'assurance" (Balzac, L’Illustre Gaudissart, 1834).
Ce sens commercial supposant une transaction dévoile ce qu’étaient les anciennes chartes féodales, dites parfois de libertés ou de franchises. Littré les définit ainsi : "acte concédant des franchises, des privilèges". Ces chartes, dites de commune ou d’affranchissement, étaient des concessions, c’est-à-dire des actes de nature commerciale : les franchises étaient accordées contre des dédommagements. Il n’y avait rien de gratuit dans ces droits octroyés. Il y a loin d’une charte des droits à une déclaration des droits. Dans la première, des droits sont concédés, c’est-à-dire vendus ; dans la seconde, ils sont révélés aux hommes comme l’est ou a pu l’être une entité transcendante, et ils sont déclarés naturels et inaliénables. Une charte est un acte par lequel un pouvoir concède à ses sujets des franchises ou des libertés ou des privilèges, principalement sous la forme d’exemptions de taxes ou de statuts prestigieux. Il en est allé ainsi pendant de longs siècles, quand les pouvoirs féodaux ont vendu aux paysans gallo-romains qu’ils étaient censés protéger quelques libertés et avantages matériels. Ils avaient besoin d’argent, ils ont contraint leurs protégés à racheter les droits dont ils les avaient spoliés. De fait, la charte suppose une inégalité entre celui qui concède des droits et ceux à qui ces droits sont concédés. Elle n’est pas gratuite, ce qui explique que le terme soit employé dans le commerce pour désigner le "louage de tout ou partie d’un navire". Les chartes ont donc mauvaise presse, à juste titre, en France, depuis que Louis XVIII a octroyé en 1814 une charte constitutionnelle et que le pouvoir de Vichy a imposé en 1941 une charte du travail.
Une déclaration est tout autre chose. Déclarer ne signifie pas "dire", mais "faire connaître" (Dictionnaire de l’Académie, 1694). En latin, declarare a le sens de "rendre entièrement clair" - d’où le sens très fort de "proclamer hautement", comme le définit Littré : "faire connaître par des paroles expresses ou par quelque chose de significatif". Une charte concède, une déclaration apprend aux hommes ce qui leur est caché. Une charte vend ce qui, par définition, est inaliénable. Une déclaration fait connaître aux hommes les droits qu’ils ignorent ou dont ils ont été spoliés, en particulier leurs droits naturels – qu’ils tiennent de la nature, avant même l’institution de toute société – et que le pouvoir élu a pour obligation, non pas d’établir, puisqu’ils sont naturels, mais de conserver ou de garantir, puisqu’ils sont imprescriptibles.
C’est pourquoi il est inquiétant de constater la multiplication des chartes en France et en Europe : charte de l’école, charte de l’environnement, charte de la qualité de l’eau, charte des Parcs Naturels régionaux, charte des droits de l’Union européenne, comme si la démocratie affaiblie se réduisait à une série de transactions commerciales. Les auteurs du Trésor de la Langue française notent ce sens nouveau "par extension", écrivent-ils : "règle fondamentale d’une institution officielle". En fait, même les réalités qui ne sont pas des institutions (environnement, qualité, etc.) sont régies par une charte. Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que les auteurs de dictionnaires ne se souviennent plus ou ont oublié qu’une charte, même de droits, est une transaction. Littré définit charte par le verbe concéder ; à l’opposé, les Académiciens dans la neuvième édition de leur Dictionnaire se contentent du verbe accorder qui n’implique pas de transaction ("acte de l’ancien droit qui accordait un titre ou un privilège"). De même, les auteurs du Trésor de la Langue française : "acte authentique consignant des droits, des privilèges, généralement accordés par un suzerain".
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