Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08 février 2014

Incompatible

 

 

Que l'islam soit compatible avec la démocratie, comme le déclare M. de Hollande, ou que l'islam soit incompatible avec la démocratie, et avec tout le reste, comme le montrent les faits, est sans importance. L'essentiel est que la démocratie est incompatible avec l'islam. Mais M. de Hollande ne le sait pas et il ne pouvait donc pas le déclarer devant ses amis tunisiens, car il n'a d'amis que tunisiens. Peut-être va-t-il finir par se réfugier en Tunisie comme l'a fait avant lui le socialiste Craxi ? D'ailleurs, tout cela importe peu, puisque M. de Hollande n'est compatible avec rien, sauf avec le canton de Tulle.

 

12 juillet 2012

Défiscaliser

 

Fiscaliser, fiscalisation, défiscaliser, défiscalisation

 

 

Voilà quatre mots, deux verbes et deux noms, dérivés les uns des autres, sauf le premier dont dérivent les autres et qui lui-même dérive de l’adjectif fiscal auquel est ajouté le suffixe – iser indiquant un processus.

De ces quatre mots récents, s’exhalent les miasmes du Léviathan moderne, dans ce que ce Léviathan a de pire : l’envie, la cupidité, la rapacité. Fiscaliser est attesté en 1919, chez Claudel, juste après qu’a commencé, avec l’établissement de l’IRPP, le grand processus de fiscalisation générale. Avant cet IRPP, la contribution personnelle que payait chaque Français correspondait à peu près à trois journées de travail – aujourd’hui ce serait plutôt de cinq à six mois de travail.

La formation de fiscaliser date de cette rupture : il fallait un verbe qui signifiât « soumettre à l’impôt » (fiscaliser les revenus) ou « financer par un impôt » (la Sécurité sociale, jadis assurance sociale, est désormais fiscalisée). Le nom fiscalisation est plus moderne encore : il est attesté dans les années 60 du siècle passé. Il a donc moins d’un demi-siècle. Ces deux mots n’apparaissent dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française – et pour cause, mais ils sont enregistrés dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994. Le verbe a deux sens : « soumettre à l’impôt », lequel sens est illustré de cet exemple intempestif fiscaliser les bas revenus, ce qui n’est pas près d’arriver dans une France socialiste ; et « financer par l’impôt une dépense publique couverte auparavant par l’emprunt ou par des cotisations », sens qui est illustré de cet exemple qui résume les dérives du Léviathan moderne : « fiscaliser un déficit budgétaire, la Sécurité sociale ». Quant à fiscalisation, il est ainsi défini : « action de soumettre à l’impôt, de financer par l’impôt » (exemples : « la fiscalisation de l’ensemble des revenus » (ce qui n’est pas près de se produire) et « la fiscalisation des grands travaux d’intérêt public ».

Depuis que Monsieur de Hollande a nommé comme chef du gouvernement Monsieur Ayrault de Saint-Herblain (*les prénoms n’ont pas été indiqués de peur que les Français qui portent ces prénoms ne se sentissent stigmatisés), il n’est question que de défiscalisation ou de défiscaliser ou plus exactement de supprimer la défiscalisation ou de stopper le processus ainsi nommé, afin justement de soumettre à l’impôt de nouveaux revenus ou des revenus qui y échappaient en partie. Ceux qui sont dans le collimateur des chefs des Bannières socialistes, ce sont les travailleurs, les prolétaires, les ouvriers, tous ceux qui triment et qui bossent – en bref, ceux qui faisaient des heures supplémentaires (de 35 heures à 39 heures ou au-delà par semaine), jusque-là défiscalisées et exonérées de charges sociales, pour jouir d’un salaire supérieur à 1200 euros par mois et pour gagner trois ou quatre cents euros de plus que le SMIC. Les revenus que ces prolétaires tirent de leur surplus de travail vont être fiscalisés – plein pot sans doute – et vont baisser de trois ou quatre cents euros par mois, ce qui les contraindra à réduire la nourriture et les loisirs de leurs enfants.

Très bien, pourquoi pas ? Mais à condition que le processus de fiscalisation s’applique à tous les revenus, quels qu’ils soient, sans distinction. Après tout, c’est cela l’égalité des citoyens devant la loi. Or, il existe en France des individus qui bénéficient de véritables privilèges en matière de défiscalisation des revenus : 6400 euros par mois, soit près de 75000 euros par an, qui échappent au fisc, sans compter les innombrables abattements dont ils bénéficient sur leurs revenus déclarés et qui constituent autant de défiscalisations. Les membres de cette caste sont les députés, les sénateurs et tous les politiciens en général, à quelque niveau qu’ils exercent leur mandat. Et ce sont ces privilégiés de la défiscalisation presque totale qui vont voter la suppression de ce minuscule avantage fiscal qui profite aux prolétaires ! Les riches, les nantis, les dominants, les puissants interdisent aux pauvres ce qu’ils s’accordent à foison. Comme il est beau et juste et noble et grand et généreux ce socialisme-là.  

 

09 juillet 2012

Austérité et rigueur, mots haram

 

 

            Le nom austérité, emprunté du latin (« caractère de ce qui est sévère, dur »), est attesté au XIIIe siècle, alors que rigueur, emprunté lui aussi au latin (rigor signifie au sens propre « raideur, dureté » et au sens figuré « sévérité »), est attesté à la fin du siècle précédent. Ces noms, relativement anciens, appartiennent à la langue de la morale et, dans la Rome antique, la morale, celle de Caton ou de Sénèque, était « dure », « sévère », « austère », à mille lieues de ce qu’est la morale publique actuelle (la privée ne regarde personne), surtout celle des hommes politiques. Rien ne leur est plus étranger que l’austérité et la rigueur, vu l’ardeur avec laquelle ils aspirent l’argent public vers leurs propres comptes, ceux de leur famille, de leur clan, de leur parti, de leurs affidés et de leur clientèle.

Pendant trois siècles, l’austérité a été la « mortification », la « rigueur » qu’on exerce sur son corps » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694), celles-ci s’exerçant par la règle monastique (il n’a pu supporter l’austérité de sa règle ; il y a beaucoup d'austérité dans ce monastère) ou « la rigueur qu’on exerce sur son corps », la « mortification des sens et de l’esprit » (1762, Féraud 1788, 1798, 1835, Littré 1872) ou encore la « rigueur des pratiques et des doctrines religieuses », la « mortification des sens et de l’esprit » (1932-35). On imagine mal Djihad* SK (*le prénom a été changé, de peur que les Français se prénommant Dominique ne se sentissent stigmatisés de porter le même prénom que ce « Djihad ») se mortifier le corps, les sens et même l’esprit, non plus que tous ses camarades députés, sénateurs, ministres, présidents de ceci, présidents de cela, maires, maires et députés, maires et sénateurs, maires et présidents, chefs de la Bannière de leur département ou de leur région, etc.     

En passant du latin au français, rigueur a perdu son sens propre (« raideur ») et n’a plus que des emplois figurés : « sévérité inflexible », « manière stricte d’appliquer les lois », (au pluriel) « dispositions répressives », « dureté pénible à supporter » (rigueur de l’hiver), « exactitude, précision ». Il suffit de consulter les anciens dictionnaires pour comprendre pourquoi la rigueur effraie les belles âmes, les bobos, les journaleux, les sciencieux du social et en conséquence, les « élus » du « peuple », qui se font de plus en plus souvent les laquais de leurs maîtres de la finance et de l’islam milliardaire. Dans le Dictionnaire universel (Furetière, 1690), les exemples ont de quoi faire frissonner de peur les cours de récréation de maternelle et les amphithéâtres de Sciences Po : « les crimes ne sont pas si communs quand on les punit à la rigueur (comprendre avec rigueur) » ; « il faut renouveler la rigueur des lois » ; « cette fille n’a pas assez de santé pour souffrir la rigueur, l’austérité de la règle ». Il est pourtant un sens positif qui devrait justifier l’emploi courant de ce mot par les hommes politiques : c’est « exactitude », « précision » (exemple : « ce texte, ce passage se doit ainsi interpréter à la rigueur, sans étendre son sens ; dans les cas odieux on doit observer la disposition des lois à la rigueur ; dans les cas favorables, on les peut étendre et adoucir »). Dans le Dictionnaire de l’Académie française, la rigueur, telle qu’elle est définie, pourrait faire se voiler les grenouilles de mosquée : c’est, outre « sévérité, dureté, austérité » et « grande exactitude, sévérité dans la justice » (les juges sont obligés de suivre la rigueur des lois ; juger suivant la rigueur des ordonnances), l’exemple « on appelle la loi de Moïse loi de rigueur, par opposition à la loi nouvelle, qu’on appelle la loi de grâce » (comprendre, celle du Christ) (1694, 1762, 1798, 1835, 1932-35).

L’article du Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) est un condensé de choses qui nous paraissent désagréables aujourd’hui, au point de discréditer le nom qui les désigne, mais qui n’apeuraient en aucune façon les Français des siècles classiques : « dureté qui agit avec une sévérité inflexible » ; « ce qui est rude, âpre, difficile à supporter » ; « grande exactitude, grande sévérité dans l’application des règles » ; « caractère d’un raisonnement auquel l’esprit ne peut résister », mais, ajouterai-je, auquel les esprits modernes ne parviennent pas à se plier. Avec de tels emplois, on comprend aisément que rigueur, dans cet Etat allo maman bobo socialo dont s’est dotée la France « postmoderne » de M. de Hollande, soit interdit, prohibé, tabou, haram, et que tout soit fait pour en atténuer ou adoucir le sens, comme dans l’expression à la rigueur. Dans la langue des anciens Français, elle signifiait, comme dans la dernière rigueur, à la dernière rigueur, à toute rigueur, en toute rigueur, « dans la dernière exactitude, dans la dernière sévérité ». Aujourd’hui, ce sens est tenu, dans le Trésor de la langue française (1971-94) pour vieux ou littéraire, le sens courant étant tout à l’opposé : « dans la mesure strictement nécessaire, à tout prendre » (DAF, 1932-35) et « en allant à la limite de l’acceptable » ou « en cas de nécessité absolue, s’il n’y a pas d’autre solution ». C’est ce que pourraient déclarer nos ministres : on ne fera de politique de rigueur qu’à la rigueur, c’est-à-dire « s’il n’y a pas d’autre solution ». Depuis au moins trente ans, il n’y a pas d’autre solution.

La novlangue étant la seule qu’entendent MM. Mamadou* de H. et son chef de gouvernement M. Ahmed* A. de Saint-Herblain (*les prénoms ont été changés, pour que tous ceux qui se prénomment « François » ou « Jean-Marc » et qui sont innocents ne soient pas injustement stigmatisés), il semblerait que désormais, le socialisme étant restauré, austérité et rigueur soient deux mots tabous, c’est-à-dire, si on traduit tabou, ce mot d’origine polynésienne, en bobo (pas de panique, de Bobo-Dioulasso), deux mots haram et qu’il est interdit de prononcer. Même si, dans la réalité et en dépit de quelques milliards prodigués à la clientèle (rétablissement de la retraite à 60 ans pour les camarades fonctionnaires, augmentation de la prime de rentrée scolaire, suppression de la franchise de 30 € annuels imposée aux étrangers venus se faire soigner gratuitement en France – privilège qui est refusé aux assurés sociaux, etc.), l’heure de la rigueur et de l’austérité, et même de la plus extrême des austérités, a sonné. Il est vrai que ces deux mots ont basculé de la morale la plus rude et de la règle de monastère à l’économie. Le basculement s’est produit il y a moins d’un siècle. En témoigne l’article austérité du Trésor de la langue française (1971-94) : « spécialement, en économie politique, politique visant à restreindre la consommation par divers moyens, comme la restriction du crédit, l’aggravation fiscale, etc. » et de la neuvième édition (en cours de publication) du DAF : « en économie, politique d’austérité, politique financière et économique qui tend à réduire les dépenses des entreprises et des particuliers ». La réduction des dépenses des entreprises et des particuliers par l’augmentation massive des impôts, faisant des Français le peuple le plus lourdement imposé au monde, a commencé ; c’est donc la rigueur et l’austérité pour tous, sauf pour l’Etat, les collectivités publiques, la Sécurité sociale, qui peuvent encore dépenser sans compter ; mais plus pour longtemps. L’austérité imposée aux entreprises et aux citoyens va être étendue sous peu (l’Allemagne et l’UE décident du calendrier : dans deux ou trois mois ?) à l’Etat et à tous ceux qui prospèrent encore avec l’argent public. A eux bientôt de connaître la rigueur et l’austérité, quoi qu’en prétendent M. Mehmet* A. de Saint-Herblain (* prénom changé pour des raisons que tous les Jean-Marc de France comprendront) et ses fans qui l’ont applaudi en transe quand il a annoncé que l’austérité n’était pas pour les politiciens. 

 

 

03 juillet 2012

Concertation

 

 

 

            Voilà un mot moderne et même hypermoderne, étant spécifique des discours syndicaux et politiques, d’où il a contaminé la langue. Il est attesté en 1963 au sens de « discussion en vue d’aboutir à un accord » : accord syndical, et non accord musical. Dans le Trésor de la Langue française (1971-94), il est relevé au sens de « action de se concerter » et au sens de « mode d’administration ou de gouvernement dans lequel les administrés, les citoyens, les salariés, etc., sont consultés, et les décisions élaborées en commun avec ceux qui auront à les appliquer ou à en supporter les conséquences ». Le premier sens est illustré de cet exemple « la concertation des salariés est beaucoup plus voyante (...) et attire particulièrement l’attention des autorités » ; le second de « une politique de concertation », « la nécessaire concertation en matière d’initiative et de financement des équipements » (1967). Les académiciens l’ignorent dans les éditions de leur Dictionnaire publiées entre 1694 et 1935, et pour cause : il était dans les limbes. Dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, concertation est défini ainsi : « action de se concerter avec d’autres personnes ; spécialement, le fait de réunir, pour les consulter, toutes les parties intéressées à un problème politique, économique ou diplomatique ». Ce qui fait le succès de ce mot, c’est l’air du temps. L’époque est aux équipes (tous ensemble, tous ensemble), aux communautés, au et aux collectif(s) et autres collectivités, collectivismes, collégialités.  Elle a donc fait de concertation son oriflamme, dans laquelle son essence se cristallise.

Pour comprendre comment ce mot moderne en est venu à signifier la modernité actuelle, il faut se reporter au verbe concerter dont il dérive et qui, lui, est très ancien. En fait, ce verbe est double. Dans un premier emploi, attesté au XVe siècle, il signifie « projeter quelque chose en commun » ; et dans ce sens, il est employé pronominalement, se concerter, au milieu du XVIIe siècle. C’est l’embryon des emplois modernes de concertation. Dans un second emploi, attesté en 1623, il a pour sens « faire de la musique ». Ces deux emplois sont relevés dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française, sauf dans la huitième (1932-35), où le sens musical est ignoré ; sans doute, parce qu’il est jugé vieux, comme l’indiquent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94).  Pourtant, les académiciens, dans les différents articles qu’ils consacrent à concerter, citent en premier le sens musical. Ainsi en 1694 « étudier et répéter ensemble une pièce de musique pour la bien exécuter quand il en sera temps » et « faire concert » (exemples : on concerte souvent chez un tel, ils concertent ensemble). Ils font du plus ancien des deux sens un sens figuré, dérivé du premier (ce qui est inexact), et ils le citent en dernier : « il signifie aussi figurément conférer ensemble, pour exécuter un dessein et pour convenir des moyens de faire réussir, une intrigue, une affaire ». Le sens réciproque n’est relevé que qu’à partir de la quatrième édition (1762 : « en ce sens, il est aussi réciproque », comme dans la phrase « ils se concertèrent longtemps avant que de faire telle chose »). Dans les éditions suivantes (1798, 1832-35), l’ordre dans lequel les sens sont exposés est maintenu : le sens musical d’abord, puis le sens ancien tenu pour figuré. Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), rompt avec cet ordre inexact. Le premier sens qu’il relève est « projeter de concert avec un ou plusieurs » ; le second sens est le sens musical : « faire un concert ». Le premier sens n’est plus présenté comme le développement figuré du second sens. Les académiciens, dans la huitième édition, 1932-35, de leur Dictionnaire, ne relèvent que le sens le plus ancien « préparer en vue d’une exécution avec une ou plusieurs personnes » (« concerter un dessein, une entreprise, l’exécution d’une affaire », « ils avaient bien concerté leurs mesures », « un plan concerté », « des mesures bien concertées »), ainsi que l’emploi pronominal de ce verbe : « se concerter signifie s’entendre avec une ou plusieurs personnes en vue de l’exécution d’une affaire, d’une intrigue, etc. » Les auteurs du Trésor de la Langue française adoptent l’ordre « juste » choisi par Littré : « 1. étudier, préparer une question, seul ou en accord avec d’autres personnes » ; et « 2 en musique, vieux, exécuter des morceaux de musique lors d’un concert ». C’est l’ordre adopté par les académiciens dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire : « 1. Projeter quelque chose, en accord avec une ou plusieurs personnes » ; « 2. (langue) classique, musique, tenir sa partie dans un orchestre ».

            Dans le premier emploi, concerter est emprunté au latin concertare, signifiant « combattre, rivaliser, se quereller » en latin classique (Dictionnaire latin français de M. Gaffiot). Ce sens a été retourné en quelque sorte dans la langue latine du christianisme. Le sens agressif a été effacé au profit d’un sens apaisé. Ce n’est pas « combattre », mais « agir ensemble, agir dans un but commun ». La rivalité ou les querelles ont été transformées en actions communes. Plutôt que de se battre, agissons ensemble. En français moderne, c’est donc le sens chrétien qui perdure, non pas « se quereller », mais « agir » de concert. Dans le second emploi (« faire de la musique »), concerter est un verbe de formation française, dérivé du nom concert. Ce que les auteurs de dictionnaires ne mentionnent pas, sauf les auteurs du Trésor de la langue française, dans la rubrique « histoire » de l’article concerter, c’est le sens chrétien de ce verbe, « agir ensemble », « agir dans un but commun ». C’était le sens chrétien ; c’est devenu le sens syndical et socialiste, et le seul horizon du nouveau régime, celui de Monsieur Mohammed* de H. (*le prénom, comme dans le journal Le Monde, a été changé, afin de ne pas stigmatiser la communauté des sous-chiens) que le gouvernement de M. Abdallah* A. de St-H (* le prénom a été changé : ALJ aurait pu opter pour Vladimir, mais il aurait été indécent de stigmatiser la communauté orthodoxe russe) est chargé de mettre en musique – de « concerter » donc. Une seule solution, la concertation !

Le triomphe de concertation dans les discours syndicaux et politiques, confirme un phénomène récurrent, observé à plusieurs reprises dans la nouvelle langue française, à savoir le lent effacement de tout ce qui est chrétien et l’appropriation des mots chrétiens par les fanatiques du socialisme et de sa restauration. La musique elle-même à laquelle réfèrent concerter et concertation est touchée par ce grand dérangement des mots. Entendue dans un sens moderne, elle n’est plus qu’accords syndicaux, concertations préalables, mise en sons de l’idéologie.

 

29 juin 2012

Récépissé

 

 

Voilà un bon et vrai mot latin qui, employé dans la langue du droit puis de l’administration, a été francisé à force d’accents aigus sur les trois e. En latin, c’est un infinitif – plus exactement l’infinitif parfait (en français, il correspond à la forme composée de l’infinitif) du verbe recipere, « recevoir » : donc recepisse, c’est « avoir reçu ». Si le mot est devenu français, c’est à la suite de son emploi dans la formule cognosco me recepisse en usage dans la langue du droit : « je reconnais avoir reçu ». C’est ce qu’indiquent clairement les académiciens en 1694 dans la première édition de leur Dictionnaire : « ce terme est purement latin, ainsi que plusieurs autres qui sont demeurés dans la pratique (celle des tribunaux), parce qu’autrefois les expéditions (c’est-à-dire les dépêches, les ordres, les instructions) se faisaient en latin ». Le sens est défini ainsi : « écrit par lequel nous confessons qu’une personne nous a remis entre les mains quelques papiers qu’il faut lui rendre ». Dans les éditions ultérieures de ce dictionnaire, le verbe confesser, dont on a jugé qu’il sentait trop fort la religion sans doute, a été remplacé par le verbe reconnaître, plus neutre et moins connoté : « écrit par lequel on reconnaît avoir reçu des papiers, des pièces, etc. » (1762, Féraud 1788, 1798, 1835, 1932-35, où sont ajoutés : « des titres, une somme d’argent »), définition illustrée de ces exemples, banals à dire vrai : « je lui donnerai, je lui communiquerai ces pièces sous ou sur un bon récépissé », « je vous en donnerai mon récépissé », « quand vous me rendrez mes récépissés, je vous rendrai tous vos papiers ».

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne se contente pas du seul « écrit par lequel on reconnaît avoir reçu en communication ou en dépôt des papiers, des pièces, etc. » ; il ajoute à la définition un emploi propre aux finances : « reçu par lequel les employés des caisses publiques reconnaissent que des sommes ou objets leur ont été versés » (« récépissés de marchandises »). C’est cet emploi « financier » sur lequel insistent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « document constatant qu'un papier, un objet, une somme d'argent a été reçu en communication ou en dépôt » (synonymes : accusé de réception, quittance, reçu), sens qui est illustré de ces exemples : « les récépissés de la banque ; délivrer, donner, exiger, rendre un récépissé ; être muni d'un récépissé ; communiquer des pièces sous/sur un bon récépissé ; récépissé de déclaration ; « va déposer ton prix à la caisse d’amortissement, cours, car je ne te reçois plus sans le récépissé de la somme » (Balzac, 1846).

            Le gouvernement de M. Ayrault de Saint-Herblain, qui entend restaurer en France le socialisme, la justice, le vivre-ensemble, la diversité (ethnique, mais pas celle des opinions), et tout ce que l’on voudra d’autre, l’Ancien Régime de Mitterrand, de Blum, de Jaurès, de Ferry, de Robespierre, la misère pour tous, la gabelle, les champarts, la dîme, le contrôle des changes, l’abolition de la prostitution, etc. veut contraindre par la loi les policiers à remplir un récépissé et à le communiquer à toute personne dont l’identité aura été contrôlée, en particulier dans les lieux publics que contrôlent les délinquants, les voyous, les dealers, les voleurs à la tire, les agresseurs de vieilles dames… Vu que les affaires de ces voyous sont juteuses et rapportent gros, le gouvernement Ayrault de Saint-Herblain a très naturellement et très judicieusement (dans la perspective qui est la sienne) exhumé de la vieille langue latine du droit ce terme qui fleure bon l’Ancien Régime et qui ne doit sa survie qu’à ses emplois dans la banque, la finance, les affaires louches. Ce n’est pas la première fois qu’un simple mot, en apparence anodin ou insignifiant, dévoile la véritable nature d’un Régime qui se met en place pour restaurer ce qui a été naguère source de cauchemars et va l’être à nouveau. Le verbe confesser de la définition de 1694 est un véritable papier tournesol qui inverse les rôles : les fautifs, ceux qui ont à se repentir des péchés qu’ils commettraient à chaque instant, ce sont les policiers, pas les voyous. Cela n’épuise pas le ridicule de cette affaire de récépissé. En théorie, l’Etat est le seul détenteur de la force ou de la violence, laquelle, exercée par l’Etat, au nom de l’intérêt public ou général, devient légitime. La police ne fait qu’appliquer cette violence légitime pour protéger les citoyens et surtout les plus faibles des citoyens français, ceux qui, à la différence de Monsieur de Hollande et de ses ministres, ne sont pas protégés par des armées de gardes du corps, entraînés à tuer et surarmés. Or, c’est à ces policiers qu’il est demandé, non pas de protéger les citoyens, mais de passer sous les fourches caudines des voyous, afin que ceux-ci vaquent en toute impunité à leurs activités criminelles et que, munis de leur récépissé, c’est-à-dire de ce « sésame protecteur », ils puissent parader et échapper à toute arrestation, en cas de délit constaté. Ce récépissé imbécile est le signal que l’Etat adresse aux voyous pour leur signifier qu’il leur incombe désormais de contrôler les lieux publics mal famés et les citoyens qui ont l’inconscience de s’y aventurer.

 

 

 

 

 

 

 

06 juin 2012

Faciès

 

 

Voilà un mot doublement savant et tout récent, étant employé en français pour la première fois en 1823.

Il est savant parce que c’est un mot latin, qui a pour sens « ce qui apparaît, aspect, apparence, air, forme », mais aussi « figure, face, visage, mine, physionomie » ou encore « éclat, beauté, grâce » et « genre, espèce, sorte ». Aucun de ces sens n’est « nauséabond », contrairement à ce que prétendent à cor et à cri les justes pensants de la gauche odoriférante. Facies se dit d’une montagne (in faciem montis, « en forme de montagne »), d’une apparence (liberalis facies, « air distingué »), de l’aspect d’une ville (haec facies Trojae erat, « tel était l’aspect de Troie »), du visage ou de la tête d’un être humain (facies homini tantum, « l’homme seul a un visage » ou recta facie loqui, « parler la tête haute »), de la beauté d’une femme (facies Briseidos, « la beauté de Briséis » ou virgo ipsa facie egregia, « la jeune fille est elle-même d’une beauté remarquable »).

C’est surtout un mot de savants. En latin, il se rapporte à la (belle) apparence des êtres et des choses ; en français, c’est un terme « d’histoire naturelle » et de « médecine », les deux sciences qui ont produit au XIXe et au XXe siècle les élucubrations les plus sinistres. Comme c’est un mot de savant, Littré le relève dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77) : « terme d’histoire naturelle, l’aspect, le port, la physionomie d’un corps, tel qu’il se présente à première vue et avant un examen ultérieur ». Les académiciens l’enregistrent dans la huitième édition du DAF (1932-5) : « terme de médecine, aspect du visage dans les maladies (son facies est mauvais) ; « il se dit aussi, dans le langage ordinaire, d’une conformation plus ou moins caractéristique du visage » (le facies mongol). Les exemples cités pour illustrer les emplois possibles de faciès mettent ce mot en relation avec la maladie ou avec la race. Cela est confirmé dans la neuvième édition (en cours de publication) de ce même dictionnaire, où le faciès n’est pas seulement l’aspect ou l’expression du visage, mais la « conformation du visage considérée comme caractéristique d’un groupe humain » (faciès mongol) et en médecine « l’aspect du visage évocateur de certains états physiologiques ou pathologiques » (faciès éthylique).

C’est ce sens savant des spécialistes d’anthropologie qui sous-tend l’emploi qu’en font les journaleux, associateux, idéologiqueux, cultureux, quand ils éructent cinq fois par jour leur prière quotidienne, les yeux fixant leur Mecque : « contrôles au faciès ! », « contrôles au faciès ! », contrôles au faciès ! », les contrôles en question étant ceux qu’effectuent la police française en France ; ou encore « délit de faciès ! », « délit de faciès ! », « délit de faciès » - délit imaginaire, qui n’a jamais eu d’existence ni dans le droit, ni dans la réalité. On ne sait quels sont les faciès recherchés par la police ou appelant des contrôles d’identité, lesquels ne s’effectuent que dans des lieux réputés pour être le terrain de jeu ou de chasse des gangs de voyous. Cela n’empêche pas que ce faciès soit répété dans tous les médias, sans que les répéteurs de faciès indiquent les faciès (mongols, sous-chiens, bretons, etc. ?) qui sont ou seraient la cible de contrôles. La répétition jusqu’à plus soif de faciès, qui contamine aussi les politiciens (que ne feraient-ils pas pour complaire à leurs maîtres des médias ?), dévoile ce qu’est devenue la France, où l’obsession de la race – et surtout l’affirmation de la supériorité raciale de l’islam - a effacé la culture, la distinction, le savoir-vivre, la courtoisie, qui jadis ont fait la France. C’est devenu le fonds de commerce des (prétendus) antiracistes à qui les citoyens paient patentes, dîmes, gabelles, champarts, décimes, etc. L’antiracisme a son propre vocabulaire, lequel est justement celui des racistes d’avant 1914. Comme les racistes de jadis, les antiracistes d’aujourd’hui n’éructent que métis, métisser, métissage, faciès, racial, ethnie, etc. avec lesquels ils stigmatisent les gens de peu, les pauvres, les sans le sou, les dominés et exploités, agents de police, pompiers ou autres, qui ignorent le sens du mot faciès, la seule chose qu'ils en connaissent étant que le mot, par lequel ils sont indirectement désignés, est nauséabond, sale, mal. Comme il y a dans la police de plus en plus de policiers arabes, métis, noirs ou asiatiques, surtout parmi ceux qui exercent des fonctions subalternes et qui procèdent aux contrôles d’identité, on ne sait quels faciès sont « ciblés » par ces issus de la diversité ou multiculturels : des « blancs », « sous-chiens » ou « bas-bretons » ? Ceux-ci sont-ils victimes de l’obsession raciale des nouveaux policiers ?

Les mots des racistes sont devenus ceux des antiracistes. Voilà une passation de langue qui en dit long sur la nature de l’antiracisme. En latin, facies signifie aussi « image, spectre, spectacle ». Chez Virgile, les dirae facies sont « d’horribles fantômes » ; dans la nouvelle langue française aussi. Les faciès, les métissés et métissées, le métissage, les ethnies, la musique dans le sang, etc. sont le retour des spectres d’autrefois, comme si les antiracistes subventionnés étaient mus par la haine des racistes de naguère.

 

 

02 juin 2012

Diversité (chroniques de la Restauration, an I)


 

 

La diversité est le nouvel horizon de la France et le seul. Il n’y en a pas d’autre. Foin de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. La diversité est le nec plus ultra, l’alpha et l’oméga, la réponse à tout de Monsieur de Hollande et de Monsieur Ayrault de Saint-Herblain, de Libération, du Monde, du Nouvel Observateur, du CRAN, du PMF, des mosquées de Paris, Créteil, Lyon, Evry, etc., du NPA, du PCF, du PS, etc.

Emprunté au latin diversitas, dont l’éventail sémantique assez large fait qu’il se traduit en français par « variété » ou « différence » et par « divergence » ou « contradiction », il est attesté dans la seconde moitié du XIIe siècle. Il est enregistré dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie de française, de 1694 à aujourd’hui, dans lesquelles le seul sens retenu est celui de « variété » et de « différence » (1694 : « diversité de religion, de vie, de fortune, d’objets, d’occupations, d’esprit, d’humeurs, d’opinions »), le sens défavorable du latin, à savoir « divergence » et « contradiction », n’étant pas relevé. Est-ce volontaire ? Quoi qu’il en soit, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) définit la diversité comme les académiciens : c’est « l’état de ce qui est divers ». De l’état, la diversité innerve l’Etat. Elle était ce qui est, elle devient ce qui doit être. Elle était le fait, elle est le droit. Autrement dit, faire de la diversité le nouvel horizon de la France, c’est faire de la réalité une obligation. En France seulement, surtout pas au Maroc, ni en Algérie, ni au Mali, ni en Arabie évidemment, pays à qui la diversité fait défaut et qui auraient besoin, ne serait-ce que pour prouver qu’ils ne sont pas totalement barbares, de métisser leur uniformité obligatoire d’un brin de diversité.

Dans le Trésor de la Langue française (1971-94), le sens usuel de « état de ce qui est divers » est illustré d’un extrait éloquent des Principes de géographie humaine (1921) du géographe Vidal de la Blache : « l’homme s’intéresse surtout à son semblable, et, dès qu’a commencé l’ère des pérégrinations et des voyages, c’est le spectacle des diversités sociales associé à la diversité des lieux qui a piqué son attention ». L’ère des voyages et des pérégrinations commence en 1492 avec les découvertes de nouveaux territoires, aussitôt conquis, et la constitution des empires. De fait, c’est dans les empires, quels qu’ils soient ou aient été, coloniaux ou non, que la diversité est la règle. La diversité de l’Algérie, du Maroc, de l’Egypte, de la Turquie, etc. ont été balayées, en quelques années, par la purification ethnique. La Russie, qui continue tant bien que mal l’immense empire colonial tsariste, puis soviétique, a gardé de cette grandeur enfuie un peu de l’ancienne diversité de l’empire qu’elle a longtemps contrôlé. La diversité se marie à merveille à la tyrannie : tous divers, pourvu que ce soit l’échine courbe et la tête basse. La diversité est la règle, à condition qu’elle fasse allégeance. Il en allait ainsi à Vienne du temps des Habsbourg. Hitler s’accommodait de toutes les diversités, surtout de l’islamique. Le Reich pouvait être divers et varié, aux couleurs de l’arc-en-ciel, à condition qu’il fût sien et sans juif. Il est donc dans l’ordre des choses que la diversité soit le mot d’ordre de la pensée unique, de l’idéologie dominante ou des tout puissants de l’empire pub com media. Les candidats à la servitude volontaire exigent en chœur que la diversité (écrit même divers-cités : ça en jette) devienne l’essence de la France nouvelle, à condition qu’elle soit autre que française ou chrétienne ou gréco-latine ou européenne. Ainsi va le monde. En 1920, la diversité était une richesse coloniale : elle l’est toujours, mais colonies, colons, colonisateurs, colonialismes se sont échangé leurs rôles. C’est toujours une affaire coloniale, mais les colonies ne sont plus en Afrique et les colons ne sont plus les Français. C’est sans doute cela la ruse ou le retournement de l’Histoire.    

 

De tous les lexicographes, les rédacteurs du Trésor de la Langue française sont les seuls à noter que le sens latin s’est maintenu en français : « caractère de ce qui est opposé, contradictoire ». Les synonymes en sont « divergence » ou « opposition ». Chez Maine de Biran, diversité a pour synonyme contrariété : « cette diversité ou contrariété des besoins ». Maine de Biran n’écrivait pas cela au XIIe siècle, mais au début du XIXe siècle : en 1816 exactement. Le philosophe Maurice Blondel illustre en 1893 ce sens, tenu à tort pour vieilli, par cette phrase : « par l’action s’entretient donc et se resserre l’unité du mécanisme vital, qui, formé d’un assemblage de parties, n’a de cohésion que par le concert idéal des fonctions ; par elle, la diversité des tendances antagonistes, sans être abolie, se fond en un accord au moins passager ». En latin, diversus, du verbe divertere (« se détourner, se séparer, divorcer, être différent »), dont dérive diversitas, est relevé dans le Dictionnaire Latin Français de Gaffiot avec deux sens : « à l’opposé d’un point » et « allant dans des directions opposées ou diverses ». Le nom diversitas a pour premier sens « divergence » ou « contradiction » et pour second sens « variété » ou « différence ». Or seul ce second sens est relevé dans le DAF et par Littré. Est-ce pour ne pas jeter la suspicion sur la diversité et ne pas ébrécher la belle statue pittoresque et coloniale qui en est sculptée que les auteurs de dictionnaires oublient le premier sens de ce nom, le plus ancien, celui du latin, à savoir « contradiction, divergence, contrariété », sens qui est attesté en français et que relèvent les auteurs du Trésor de la langue française ?

La diversité cache la guerre de tous contre tous. Des religions, des coutumes, des mœurs incompatibles ou situées à l’opposé les unes des autres, qui ont été importées de très loin pour coexister artificiellement sur un territoire exigu, lequel n’est pas le canton d’un empire colonial, sont les germes de haines inexpiables et de conflits sans fin. Voilà ce à quoi va aboutir la diversité obligatoire de MM de Hollande et Ayrault de Saint-Herblain. Il est vrai que leurs électeurs sont majoritairement des divers ou des issus de la diversité : imams, grenouilles de mosquées, (grands) frères musulmans fanatiques, et que la diversité leur permet de remercier ceux dont ils sont les obligés. Ils paient leur dette. Il n’y a pas d’imams ou d’électeurs du FIS, de PJD, d’En-nahda, des Frères musulmans, de Ouattara, de Gül, d’Erdogan ou de Wade, etc. établis en France depuis trente ans, qui ne croient qu’ils ont installé à l’Elysée le conseiller général de Tulle pour qu’il les couvre de privilèges. Il leur faut à tous et immédiatement des postes, des places, des sinécures, des emplois, des fonctions, des retraites dorées, des compensations, etc. pour leurs enfants et pour la tribu, le clan, la parentèle, les affidés, les coreligionnaires, etc., quels que soient leurs mérites et leurs talents, fussent-ils nuls. Il n’y en a que pour eux, leur temps est arrivé, etc. 

 

 

 

 

 

 

22 mai 2012

Charte (chroniques de la Restauration, an I)

 

 

            En latin, charta (mot prononcé « carta », du grec χάρτης) désigne une feuille de papier fabriquée avec du papyrus et, par métonymie, ce qui est écrit sur cette feuille de papier. Dans la langue latine en usage au Moyen-âge, c’est un acte ou un document. Le mot français charte qui en est emprunté, attesté dans la seconde moitié du XIe siècle, a pour sens « lettre, écrit, acte » ; et au début du XIXe siècle, il prend le sens de « loi, règle fondamentale ».

            Ces deux sens sont relevés dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « (au Moyen-âge) acte authentique consignant des droits, des privilèges, généralement accordés par un suzerain » (charte d’affranchissement, de dotation d’une abbaye) et « ensemble de lois constitutionnelles octroyées par un souverain ». Ce dernier sens est illustré par cet extrait des Paysans de Balzac (1844) : « les inévitables meurtrissures du joug social appelé Contrat par Rousseau, Constitution par ceux-ci, Charte par ceux-là ». Balzac n’était pas libertaire, mais il tenait à juste titre, du moins quand il se mettait à la place des « dominés » ou des « exploités », toute charte pour un « joug social ». Voilà qui est éloquent. La prolifération d’organes de toute sorte (internationaux, professionnels, supranationaux, etc.) a multiplié depuis 1945 les chartes, ce mot étant entendu dans un sens étendu, c’est-à-dire « ensemble des principes fondamentaux d'une institution officielle » (ONU, UNESCO, OMS, Union européenne, etc.). En 1941, le régime de Vichy, alors presque tout entier géré par des humanistes, pacifistes, bien pensants, « de gauche », etc., a confirmé la justesse des intuitions de Balzac et ouvert la voie aux modernes en créant une « charte du travail » (loi du 4 octobre relative à l'organisation sociale des professions, Journal Officiel) pour mettre les travailleurs « sous le joug ». Longtemps, jusqu’à la fin du XIXe siècle, charte s’est écrit chartre, cette dernière forme signifiant « prison ». C’est ce seul sens que relèvent les académiciens au XVIIe et au XVIIIe siècle (« prison », DAF, 1694, 1718, 1740, 1762, 1798) et qu’ils considèrent comme « vieux ». En 1835, la définition se présente ainsi : « vieux mot qui signifiait prison ; il s'est conservé dans cette dénomination Saint-Denis de la Chartre, lieu où saint Denis fut autrefois en prison, et dans la locution chartre privée, tout lieu où l'on détient, où l'on emprisonne quelqu’un sans autorité de justice », les académiciens précisant qu’il « n'est pas permis de tenir un homme en chartre privée ».

 

Dans l’histoire de la France, ancienne ou récente, le terme est lié à l’autoritarisme, à l’imposition d’un ordre violent, à la brutalité des rapports de force, non seulement par ce qu’il a été confondu avec le mot signifiant « prison », mais surtout à cause de la « Charte » : « celle que Louis XVIII, écrit le républicain Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), octroya en 1814, qui fut modifiée après la révolution de 1836, et abolie par celle de 1848 », à la suite de quoi le mot a désigné « toute constitution accordée par un prince ». On libère les hommes par une déclaration ; on les asservit par une charte, expliquent les républicains, quand ils sont républicains et qu’ils se souviennent de l’histoire de leur pays.

Il semble que cette époque soit définitivement close. Le premier acte public du ministère Ayrault de Saint-Herblain, à peine réuni en Conseil le jeudi 17 mai, jour de l’Ascension (sans doute, Monsieur de Hollande a-t-il pensé que, s’il réunissait ses ministres ce jour-là, il irait, le moment venu, directement au Ciel, sans patienter dans le Purgatoire), a été une « charte de déontologie ». Oui, les trente-quatre ministres dits « de la République » ont été obligés ce jour-là de parapher une charte. Oui, les trente-quatre ministres, ce jour-là, ont renié leur statut de citoyens et se sont abaissés, comme s’ils étaient des élèves âgés de quinze ans dans une classe de troisième, à signer un règlement disciplinaire. Oui, tous sont fonctionnaires et, en signant ce morceau de papier, ils ont refait 1941, lorsque tous les fonctionnaires ont, par leur signature, fait allégeance en public à la personne du chef de l’Etat français. Soixante et onze ans plus tard, l’histoire se répète. Si les ministricules d’Ayrault de Saint-Herblain avaient signé cette charte en leur qualité de Chevaliers de la Foi socialiste ou de membres d’une des Bannières de leur parti, cela n’aurait guère prêté à conséquence. Les chartes professionnelles, de qualité, de déontologie, etc. pullulent dans les corporations et les partis. Mais ils l’ont fait en leur qualité de ministre, et ce faisant, ils ont rabaissé et humilié les citoyens de France, du moins ceux qui savent encore ce que sont la citoyenneté et la France. Quant aux notables, journaleux, notoires, cultureux, sciencieux du social, médieux, etc. ils ont opiné par une transe courtisane échevelée à cette charte : il est vrai que, pour eux, la citoyenneté ne signifie plus rien.

 

 

 

18 mai 2012

Exemplaire, exemplarité

 

 

            Les Français veulent des exemples. Plus exactement, ils en voudraient, car il est facile de leur prêter une volonté qu’ils n’expriment pas : non pas faire des exemples, encore que cela puisse arriver un jour, plus tôt que l’on ne pense, mais disposer d’exemples à suivre.

En haut lieu, le mot d’ordre n’est plus au changement (il attendra sans doute longtemps encore), mais à l’exemplarité. A chaque ministre et à chaque conseiller de ministre, il est fait obligation d’être exemplaire. Tout cela est bel et bon, dirait le fabuliste, le point difficile étant exemplaire. Le sens le plus ancien de cet adjectif attesté à la fin du XIIIe siècle est défini par les académiciens en 1762 (DAF, quatrième édition) : « qui donne exemple, qui peut être proposé pour exemple, qui peut servir d'exemple ». Un ministre qui donne l’exemple et qui peut être proposé en exemple est l’injonction la plus ancienne de la morale. C’est le fondement de l’ordre puritain du monde. Les Pères de l’Eglise, plutôt que d’énumérer les vertus innombrables des ministres du Christ ou du culte, se contentent souvent de les résumer par l’exemplarité : à eux de donner l’exemple ou de montrer ce qu’est une existence vouée au Christ, afin que les fidèles soient incités ainsi à suivre l’exemple de vie chrétienne qui leur est prodigué. Mais l’adjectif a un autre sens que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) définit ainsi : « qui doit effrayer comme exemple », citant les emplois punition, supplice, vengeance, châtiment, opprobre… exemplaire. Tout cela fait frissonner. Le Père Fouettard se dissimule derrière la morale, fût-elle exemplaire, comme cela est noté dans le Trésor de la langue française (1971-94), où exemplaire signifie « qui peut être cité en exemple, en modèle à imiter », mais aussi « qui donne une leçon, un avertissement par sa rigueur ». Viennent alors les menaces, les sanctions, les punitions, les coups de fouet ou de knout.

Cette ambivalence sous-tend de même les significations du nom commun exemplaire. Pour Littré (op. cit.), c’est un « modèle à suivre » et c’est aussi un « archétype » et une « idée divine ». De nombreux écrivains ont employé le nom exemplaire dans ce sens. « Ce qui est dit dans la Genèse de l'approbation que Dieu donna d'abord à chacun de ses ouvrages, à mesure qu'ils sortaient de ses mains, puis à tous en général quand il les eut finis, pourrait bien avoir fourni à Platon cette sublime idée des exemplaires éternels sur lesquels le monde a été formé » (Rollin). « Par rapport au monde sensible, les idées sont l'exemplaire que Dieu a consulté lorsqu'il l'a voulu produire ; elles sont un monde intelligible » (Condillac). « L'univers, selon Platon, est un exemplaire de la divinité : le temps, l'espace, le mouvement, la matière sont des images de ses attributs » (Buffon)… Quand elle se fourvoie dans l’exemplarité, la politique est loin. Désormais, on patauge dans la morale et, évidemment, dans la vénération de ces exemplaires ou idoles que doivent être les ministres. L’insolence d’ailleurs s’est tarie. Les amuseurs publics font allégeance. Très bientôt, la critique sera assimilée à un crime de lèse-majesté.

            Exemplarité, mot savant dérivé d’exemplaire, est attesté au XVIe siècle. Il est plus récent que l’adjectif. Pendant quatre siècles, il a été assez peu employé, les académiciens ne jugeant pas nécessaire de le relever dans les huit premières éditions de leur dictionnaire de 1694 à 1935. Il est enregistré dans le Dictionnaire de la langue française (op. cit.) de Littré et « défini » de façon rudimentaire : « qualité de ce qui est exemplaire ». L’emploi qui, dans un ouvrage de droit pénal, illustre ce « sens » en dit long sur ce qu’est, dans la pensée commune, l’exemplarité – ce fondement de l’action du ministère Ayrault de Saint-Herblain : « la loi de 1832 a conservé un barbare et inutile appareil (un voile noir pour le parricide) qui prolonge et redouble l’agonie du supplicié (comprendre celui que le couteau de la guillotine partage en deux parties inégales), sans rien ajouter à l’exemplarité de la peine ». La définition qu’en donnent les académiciens dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, a de quoi donner des frissons : c’est le « caractère de ce qui peut ou doit servir de leçon ou d’avertissement ». Quand la rigueur s’abattra impitoyablement sur les nantis et privilégiés des fonctions publiques, nationale et territoriales, et assimilés, et qui ont porté au pouvoir Monsieur de Hollande (48% des votants, 32 ou 33% des citoyens âgés de plus de dix-huit ans), il ne faudra pas qu’ils s’en étonnent. Le mot d’ordre d’exemplarité est aussi une mise en garde. Les contextes dans lesquels ce mot est employé dans la langue actuelle sont ceux du droit pénal et de la sanction judiciaire : exemplarité de la peine, de la sanction, du verdict, du châtiment ; et quand il s’applique à la morale ou à la politique réduite à la seule morale (quand on ne veut ou ne peut pas faire de politique, on se rabat sur la morale – c’est un ersatz et un leurre), il ne cache rien de ses origines judiciaires. Du verdict ou du châtiment, l’exemplarité passe aux décisions, mesures, lois, votes, etc. qui valent sanctions ou punitions. A bon entendeur…, dit le fabuliste.    

 

 

 

 

14 mai 2012

Chroniques de la Restauration : 1. Normal

 

Normal, normalité, normaliser

 

Emprunté au latin normalis, au sens de « fait à l’équerre », cet adjectif étant dérivé de norma, « équerre », normal, attesté dans la seconde moitié du XVe siècle, est d’un emploi fréquent en français depuis le XVIIIe siècle, et cela dans deux sens. Le premier sens est illustré par le syntagme « école normale » (d’instituteurs ou départementale et supérieure) : « qui sert de règle », l’adjectif se disant « des écoles destinées à former des maîtres pour l’enseignement public » ou d’un « établissement qui sert de modèle pour en former d'autres du même genre » (Dictionnaire de l’Académie française, 1835). Le second sens est illustré par le syntagme « état normal » : « état d’un être organisé ou d’un organe qui n’a éprouvé aucune altération ; état ordinaire et régulier ». Les académiciens précisent qu’il « s’emploie surtout en termes d’anatomie » (1835). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) glose ces deux sens ainsi : « figuré, qui est conforme à la règle, régulier » (état normal) et « qui sert de règle » (des cours normauxécole normale). En 1932-35 et dans la neuvième édition, en cours de publication, les académiciens reprennent cette distinction : « qui est conforme à la règle, à l’ordre » et « qui sert de règle, de modèle » (1932-35) ; « qui est conforme à la norme, à la règle ; qui suit le cours ordinaire et prévisible des choses » et « qui sert de règle, de modèle, qui constitue une norme » (neuvième édition).

Contrairement à ce que laissent accroire commentateurs autorisés, journalistes à la page, idéologues et prescripteurs de bonne pensée, la modernité ne se définit pas par la subversion, l’anticonformisme, l’insolence, etc., mais par leur contraire : la norme ou plus exactement les normes, des milliers de normes nouvelles chaque jour plutôt que quelques normes ; la normalité ; la normativité ; la normalisation. Jamais dans l’histoire de l’humanité aucune époque n’a produit plus de normes que la nôtre, et pour toutes les réalités du monde, qu’elles relèvent de l’économie, de la société, des signes et de la symbolique, de la politique, etc. La grande activité des modernes est le formatage et l’usinage de tout et de tous, et cela par des millions de normes édictées et imposées sans vote. Cela précisé, il est dans l’ordre des choses que les articles que les auteurs de dictionnaire ont consacrés au XXe siècle, siècle de la modernité triomphante, à « norme », « normal », « normalité », aient crû en longueur de manière presque infinie. Dans la version papier du Trésor de la langue française (1971-94), l’article normal occupe six colonnes et demie – des colonnes de grand format – alors que, un siècle plus tôt, Littré n’y avait consacré qu’un cinquième d’une colonne de petit format, soit moins de vingt lignes. A la fin du XXe siècle, l’éventail des emplois et des sens de normal est trente fois plus ample qu’à la fin du XIXe siècle.  

C’est dans ce cadre-là que Monsieur de Hollande, le président du pays bas, s’est qualifié lui-même de « normal » et de « président normal ». Ce faisant, il s’est soumis à l’ordre du monde. Ce qu’il annonce, c’est qu’il sera M. Prudhomme ou M. Perrichon. Puisque la modernité célèbre la norme, la normalité, le normal, c’est-à-dire la mise à l’équerre de tout et tous, il était donc normal qu’il se déclarât normal. Ce n’est pas encore l’équarrissage de tout et de tous (et de toutes, évidemment, parité oblige), mais ça en est le prodrome. Le triomphe du normal, c’est la normalisation. A peine les résultats des élections ont-ils été validés par le Conseil constitutionnel, un journaliste s’est fait virer pour une blague de mauvais goût sur les performances sexuelles de la future locataire de l’Elysée. Pendant cinq ans, « L’Autre » ou le prédécesseur de Monsieur de Hollande et par rapport auquel celui-ci se définit comme « normal », « l’Autre » étant donc « anormal », a été insulté par des milliers de journaleux (« talonnette », « le nain », « rex illiteratus », « le Hongrois », « l’hongre », « le demi Juif », « le fils d’immigré », « le Français de papier à passeport américain », etc. – j’en passe et des meilleures), ainsi que ses deux épouses successives, sans que jamais les insulteurs aient été éloignés de l’antenne ou qu’il leur ait été interdit d’écrire dans les journaux. L’homme normal élu, le journaliste imprudent a été congédié. La liberté d’expression, déjà fort mal en point, a été réduite d’un cran. Elle tend, elle aussi, vers l’état normal. Tout a vraiment changé le 6 mai.