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26 juillet 2014

Chrétiens d'Orient (écrit en 2002)

 

 

Le Proche Orient sans chrétiens ?

 

 

Un Proche Orient d’où les chrétiens seraient partis, sous la contrainte ou librement, est une éventualité qui est de plus en plus souvent évoquée et que de nombreux faits rendent plausible. Si cette éventualité se réalisait, le destin des chrétiens d’Orient, de fragile et menacé qu’il est, basculerait dans la tragédie. Tragédie, parce que l’Orient est la terre du Christ et que c’est en Orient, dans l’Egypte, la Syrie, Israël, les territoires palestiniens, la Jordanie, l’Irak, la Turquie actuels, qu’est né le christianisme. C’est à Alexandrie que les « Livres des Hébreux » ou « Bible » ont été traduits pour la première fois en grec (la Septante). C’est en Egypte que les formes chrétiennes de l’érémitisme et du monachisme ont été élaborées, bien avant qu’elles ne se diffusent en Occident. Nicée, où ont été fixés en 325 le credo et le dogme de la Trinité, Chalcédoine, où a été rappelée en 451 la double nature du Christ, Ephèse, où Marie a été désignée en 431 comme la « mère de Dieu », Antioche, où les disciples du Christ ont été nommés à la fin du Ie siècle « chrétiens », Nysse, Nazianze, Constantinople, Damas, Alexandrie, Edesse, etc. sont les lieux de la mémoire chrétienne. Certes, la plupart de ces noms ont été mutilés ou effacés. Antioche ne compte quasiment plus de chrétiens. Certes, ces chrétiens d’Orient portent des noms étranges : ils sont coptes en Egypte et en Ethiopie (orthodoxes, catholiques ou même protestants), nestoriens en Irak et en Inde (ils se divisent en Assyriens, Chaldéens, Malabars, Malankars), syriaques et jacobites en Syrie ou en Jordanie, Maronites au Liban, Arméniens, là où ils n’ont pas été massacrés,  Melkites dans tout le Proche Orient (ils se divisent en grecs catholiques ou en grecs orthodoxes), etc. Pourtant, le drame qu’ils vivent ne relève pas de la seule religion. Il est essentiellement politique et c’est d’un point de vue politique qu’il faut l’appréhender.

 

  1. La connaissance des réalités

Il est indécent d’aborder la condition des chrétiens du Proche-Orient, sans en avoir une connaissance raisonnée, organisée, sans passion. Le savoir vient de témoignages, de travaux savants et d’un examen serré et sans concession du vocabulaire dont nous usons. 

D’abord les témoignages. Ils sont de trois ordres. Les responsables religieux des chrétiens du Proche Orient ne sont pas libres : ils savent que toute plainte à l’étranger, toute protestation publique, tout appel à l’aide, équivaudraient à la fin de la tolérance (ou dhimma) et provoqueraient de violentes représailles. Leur parole est surveillée, à la fois par eux-mêmes et par les autorités. Les responsables religieux de France et d’Europe sont eux aussi très prudents. De plus, ils sont paralysés par la recherche du dialogue à tout prix avec l’islam. Sœur Emmanuelle est la charité du Christ en acte. Personne ne peut émettre de critique à son encontre. Rappelons seulement un fait. Sœur Emmanuelle raconte qu’elle a pris la décision à la fin des années 1960 d’abandonner l’enseignement, parce que, dans l’institution d’Alexandrie (La Mère de Dieu ?) où elle enseignait le français, ses élèves n’avaient pas contribué à une quête en faveur de musulmans déshérités, à l’occasion de l’anniversaire de Mahomet. Elle en a été chagrinée. Ses élèves, elles, résistaient. Sœur Emmanuelle a pour absolu la charité, ses élèves ont eu une réaction politique. Leurs familles sont victimes de persécutions, elles ont perdu leurs biens entre 1956 et 1961, des parents ont dû s’exiler. Il leur était impossible de faire preuve de générosité envers des populations qui leur étaient hostiles et au nom de qui leurs familles étaient persécutées. C’est pourquoi les témoignages qui ont une valeur sont ceux des seules victimes. Laissons les exilés témoigner, ceux qui sont réfugiés en Occident et qui, parce qu’ils n’ont pas laissé de famille ou de proches dans leur pays, peuvent parler librement. Ecoutons-les.

La connaissance peut venir de quelques savants, pas de spécialistes de l’islam, orientalistes ou islamologues, qu’ils soient ou qu’ils ne soient pas musulmans, parce que tout, chez Berque, Gardet, Etienne, Veinstein, Kepel, Saïd, procède de la volonté d’occulter les persécutions dont sont victimes les chrétiens et de prouver, contre toute vérité, que les victimes en Orient sont les musulmans. Des savants, pourtant, élaborent un savoir, en toute indépendance et hors de toute préoccupation apologétique. Ce sont Bat Ye’or, l’historienne de la dhimma, Jean-Pierre Valognes, historien et diplomate, auteur de « Vie et mort des chrétiens d’Orient » (Fayard), Christophe Luxemberg, philologue, auteur d’un ouvrage en allemand, qui n’est pas encore traduit en anglais, sur les « sources araméennes et syriaques du Coran », Alexandre Del Valle, spécialiste de géopolitique, Anne-Marie Delcambre, qui lit Le Coran sans œillères. On peut se reporter aux sites internet chaldéens ou arméniens. Tous ces auteurs, sauf Mme Delcambre, ont adopté un pseudonyme, qui n’est pas un « nom de plume », mais une protection. Deux fatwas ont été émises contre Luxemberg. Del Valle est menacé. Si Jean-Pierre Valognes, diplomate, avait publié son livre sous son nom véritable, sa carrière aurait été brisée, comme celle de Jean-Pierre Péroncel Hugoz l’a été. Alors que celui-ci était correspondant du Monde au Caire entre 1974 et 1980, nombre de ses articles ont été censurés : ils étaient jugés hostiles à l’islam et à Sadate, qui favorisait la ré-islamisation de son pays. Son livre, « Le radeau de Mahomet », a été très mal accueilli par son journal et par les musulmans. Rappelé à Paris, il lui a été confié la rubrique « francophonie » (où ses analyses ont été considérées comme gênantes), puis le tourisme. Comme là encore, il gênait, il a été relégué à la rubrique « philatélie » et collections diverses.

Les romans écrits par écrivains français d’origine orientale, grecque catholique ou juive (Paula Jacques, Alia, Solé, Sinoué, Maalouf) sont aussi des sources de connaissance, à condition de séparer ce qui tient de l’histoire de ce qui relève de la fiction. C’est dans un roman de Paula Jacques que l’on apprend (ce que les islamologues taisent) qu’en mai 1948, les Juifs d’Egypte ont été victimes de pogroms, que certains d’entre eux ont été parqués dans des camps de concentration, avant d’être expulsés d’Egypte ; c’est dans « Quand le soleil était chaud » de Josette Alia que ce que Berque (le grand falsificateur de l’histoire) nomme « incendie du Caire », en janvier 52, incendie qui a préparé le coup d’Etat militaire de juillet 52, a été en fait l’incendie, aux cris d’Allah akbar, d’immeubles, magasins, biens appartenant à des Juifs.  

Enfin, il ne peut y avoir de connaissance rigoureuse sans examen des mots qui désignent les réalités du Proche Orient. Tout le vocabulaire, du plus simple au plus prétentieux, tous les concepts, toutes les notions, doivent être soumis à un travail de « nettoyage » terminologique. S’il existe un domaine piégé, c’est celui-là. Les mots sont des écrans, à la fois la toile blanche sur laquelle des images sont projetées, mais aussi tout corps qui s’interpose entre un sujet et le monde (écran de fumée). Des centaines de mots font écran à la connaissance. « Le Moyen Orient arabe » est un livre publié dans la collection U (destinée aux étudiants), chez Armand Colin. Les deux mots du titre sont faux. « Moyen Orient » est la traduction de l’anglais « Middle East » qui désigne en théorie les pays qui se trouvent au milieu du continent asiatique. Le terme français exact et reçu par l’usage est « Proche Orient » ou « Levant ». « Orient » est un terme plus riche en significations que le mot anglais « East ». Il a un sens chrétien : l’Orient, c’est le Christ, chez les mystiques. « Orient » a aussi un sens politique, relatif au partage de l’Empire romain, trop vaste, en deux entités, Rome et Constantinople. Ces deux capitales sont situées au Nord de la Méditerranée. De fait, c’est par abus que le mot « orient » est étendu à l’Afrique du Nord. Delacroix est qualifié de « peintre orientaliste », alors qu’il n’est pas allé en Orient, mais au Maroc seulement, « Maghreb » signifiant en arabe « Occident ». En effet, les Arabes, après la conquête, ont divisé leur empire en deux parties : le Machreq (ou orient) et le Maghreb (ou occident). « Arabe » est aussi un mot piégé. La plupart des pays dits arabes ne sont pas habités par des Arabes. Ils ont été arabisés, ils sont devenus arabophones, ils ne sont pas arabes au sens propre de ce terme. « Arabe » est un terme ethnique qui désigne des populations définies par leur mode de vie nomade et leur organisation tribale et qui, d’un point de vue physique, sont plutôt minces. Ne sont habités par des Arabes que la péninsule arabique et les déserts du Sinaï, d’Irak, de Syrie, de Jordanie, d’Egypte. « La Terre » est un roman que l’Egyptien Charkaoui a écrit dans les années 1950. Dans ce roman, les paysans égyptiens, qui ne sont pas arabes, expriment un mépris sans borne à l’encontre de ces « Arabes » qui habitent le désert proche, les nomades qui vivent « fi raml wa qaml ». Les chrétiens d’Orient sont rarement arabes, sauf en Jordanie. Les coptes ne sont pas arabes, les Egyptiens non plus ; les grecs catholiques, les melkites, les assyro-chaldéens non plus. En fait, « arabe » est un terme idéologique (donc trompeur et inexact), qui sert d’oriflamme au nationalisme pan arabe, idéologie qui a émergé dans l’Empire ottoman au milieu du XIXe s, pour inciter les ressortissants soumis et colonisés de cet Empire à renouer avec la grandeur passée et fantasmée des « Arabes ». C’est cette idéologie qui légitime les pouvoirs en Egypte, en Irak, en Syrie, en Libye, en Algérie… Il est sûr que le contenu du « Moyen Orient arabe » est aussi trompeur que ne l’indique le titre.

Le destin du nom « islamisme » est éloquent. Islamisme dérive du nom islam, qui signifie « soumission » et auquel a été ajouté le suffixe - isme, d’origine latine et grecque. Islamisme n’existe pas en arabe. C’est un nom français bien formé, au sens où les règles qui régissent la formation des noms exprimant une croyance y sont appliquées. Il est attesté pour la première fois en 1697 dans la Bibliothèque orientale d’Herbelot, un professeur du Collège de France qui jugeait anormal que, de tous les noms qui désignent des religions, tels christianisme, protestantisme, bouddhisme, catholicisme, shintoïsme, animisme, etc. seul islam ne se termine pas par isme. Par analogie avec ces noms, le suffixe - isme a été ajouté à islam, sans que cette adjonction ajoute quoi que ce soit au sens de ce nom. En effet, islamisme est un synonyme d’islam. Dans son Dictionnaire de la Langue française, publié dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Emile Littré y donne deux acceptions : « la religion de Mahomet » et « l’ensemble des pays où règne cette religion, dans le même sens que chrétienté par rapport aux pays chrétiens ». Les auteurs du Trésor de la Langue Française, ce monument de la science lexicographique française, publié par les Editions du CNRS, relèvent dans le volume 10, publié en 1983, islamisme, suivi de la seule acception : « Religion des musulmans. Synonyme : islam ». Il est juste d’employer islamisme dans le sens d’islam et il est anormal de désigner les musulmans par un nom qui n’existe pas dans leur langue. Les auteurs du Trésor de la langue française (volume 10, 1983) ne consacrent pas d’entrée à islamiste (adjectif, au sens de « relatif à l’islamisme »), non plus qu’à l’emploi de cet adjectif comme nom désignant les personnes qui se réclament de l’islam. En français, existent les noms ou adjectifs musulman, adaptés de l’arabe mouslim (pluriel mouslimoun, dérivé d’islam), et islamique (au sens de « relatif à l’islam ») qui correspond à l’adjectif arabe « islamiyya », qui est dérivé lui aussi d’islam, comme dans GIA, acronyme de Groupes Islamiques Armés. Islamiste a été fabriqué récemment en français. Il ne devrait pas désigner des musulmans. On les dit islamistes, ils se disent et ils sont musulmans. Les désigner de noms forgés par on ne sait qui et qu’ils récusent à juste titre, relève d’une volonté d’effacer ce qu’ils sont. C’est aussi une marque d’irrespect à leur égard. Le terme « islam politique » n’est pas meilleur, puisque l’islam est un tout homogène (droit, politique, économie) et que tout est islam.

 

2. L’exode

Au Proche Orient, les réfugiés ou les exilés se comptent par millions. C’est une autre facette, tragique celle-là et méconnue, des conflits qui s’y déchaînent. Pour se faire une idée juste de l’ampleur que prend le phénomène, il convient de rappeler quelques chiffres.

Tous les Arabes de la Palestine sous mandat britannique n’ont pas quitté la portion de Palestine qui a été accordée en 1947 par l’Organisation des Nations Unies aux Juifs. En avril mai 1948, quand Israël a été créé et que les armées arabes d’Egypte, du Liban, de Syrie, de Jordanie, lui ont déclaré la guerre et l’ont envahi, de nombreux Arabes ont quitté Israël pour se réfugier dans les pays qui agressaient Israël. En 1949, l’UNWRA qui avait été créée à l’occasion en dénombrait plus de 700000. Ils seraient aujourd’hui plus de trois millions. En 1947, plus d’un million de Juifs vivaient dans les pays arabes et musulmans, du Maroc à l’Iran, de la Turquie au Yémen, certains depuis des millénaires, comme les caraïtes d’Egypte. Aujourd’hui, il n’y a plus de Juif dans ces pays. Tous en sont partis sous la menace ou la contrainte pour Israël ou les pays occidentaux (France, Espagne, Canada, Etats-Unis, Australie, etc.) Le troisième grand exode touche les chrétiens : le nombre de ceux qui sont partis depuis la fin de la guerre est évalué à plus cinq millions, peut-être dix millions. Alors que les deux premiers exodes sont terminés, le troisième, lui, continue. Il s’achèvera quand le dernier chrétien aura quitté le Proche Orient. De ces trois exodes, c’est aussi celui qui est oublié. Les réfugiés palestiniens sont protégés, des reportages leur sont consacrés, des associations les soutiennent ou les défendent, l’ONU leur a construit des maisons, les a soignés, a éduqué leurs enfants. Ils ne sont pas abandonnés à eux-mêmes. D’ailleurs, ils vivent à proximité de leur terre natale (ou de celle de leurs ancêtres), un « droit au retour » leur est reconnu, alors que beaucoup ont quitté Israël volontairement pour se joindre aux armées arabes qui avaient promis de jeter les Juifs à la mer. L’exode des Juifs est moins connu, bien qu’il soit aussi dramatique. Les Juifs vivant dans les pays arabes et musulmans n’ont pas eu d’autre solution que de fuir. C’était l’exil ou la mort certaine. Alors que la population d’Israël compte de 20 à 30 % d’Arabes, musulmans pour la plupart et, pour quelques-uns, chrétiens, les pays arabes et musulmans se sont débarrassés des Juifs qui vivaient sur leur sol. Ils ont été totalement purifiés, Israël ne l’a pas été.

Des trois « peuples », musulman, juif, chrétien, ceux qui connaissent le destin le plus tragique sont les chrétiens. Alors que les Palestiniens vivent près de chez eux et gardent un mince espoir de retour, que les Juifs sont revenus, pour la plupart d’entre eux, dans leur propre pays, non pas nécessairement le pays où ils sont nés, mais le pays de leurs ancêtres, les chrétiens eux quittent définitivement et sans espoir de retour leur terre – la terre où ils sont nés et la terre où leurs ancêtres sont installés depuis la nuit des temps – pour se réfugier loin de chez eux, parfois très loin, aux antipodes, jusqu’en Australie. L’exode se fait dans le silence, un silence assourdissant, un silence qu’aucun éclat de voix ne brise, un silence qui risque de demeurer éternel. Pourtant, les raisons qui les poussent à l’exil ne sont pas différentes de celles qui ont incité les Juifs à quitter les pays musulmans. C’est pour échapper à un destin de sous-homme et aux persécutions que les chrétiens quittent le Proche Orient.

 

3. La dhimma

Le lot des chrétiens d’Orient est fait des discriminations, de mépris, d’exactions et de persécutions. Leurs souffrances ont commencé il y a quatorze siècles et elles durent encore, plus lancinantes. Les exactions et les mauvais traitements sont légaux et prévus par la « dhimma » qui régit le statut des non musulmans dans les pays d’islam. Elle s’applique aux Juifs et aux chrétiens, qui sont dits « dhimmis ». Les autres, animistes, païens, athées, hindouistes, sont légalement condamnés à mort. « Dhimmi » est traduit en français par « protégé », ce qui laisse entendre, à tort, que des lois protègent les chrétiens et les Juifs. La traduction la moins inexacte serait « tolérés ». On les tolère, comme on tolère des mendiants devant chez soi, alors que, dans l’islam ou avec l’islam, qui est censé achever la Révélation, ils n’ont plus de raison d’exister.   

Les règles de dhimma ont été élaborées par des théologiens du VIIIe s. qui ont institué les crimes de guerre de la conquête arabe en normes juridiques. Le monde connu a été divisé en deux zones, nommées, l’une, « dar el islam » et, l’autre, « dar el harb » ou « maison de l’islam » et « maison de la guerre ». Au milieu, s’étend une zone intermédiaire, celle de la trêve : c’est une zone provisoire, puisque la durée d’une trêve (il s’agit d’une interruption du djihad) ne peut excéder dix ans. La dhimma résulte du djihad victorieux. Dans le « dar el harb », les chrétiens, les Juifs, les païens (bouddhistes et hindouistes), les athées sont « harbis » (c’est-à-dire « à exterminer »), combattus, tués ou réduits en esclavage. Dans le « dar el islam », les chrétiens et les Juifs, à condition qu’ils acceptent la domination des musulmans, sont « tolérés », au sens où les lois du djihad ne leur sont pas appliquées, du moins tant qu’ils se soumettent à l’islam : ils ont droit à la vie sauve. Leurs terres sont « fey » ou « butin de guerre », ils peuvent continuer dans l’erreur, mais discrètement (on ne construit plus d’églises, les cloches ne sonnent pas), ils ne peuvent pas monter à cheval, sur un âne seulement, etc. Surtout, ils sont soumis à un impôt spécial et « à merci » - la jiziya, dont les musulmans sont exemptés -, qui peut être prélevé n’importe quand et dont le taux dépend de la seule décision des autorités islamiques.

Les spécialistes du « Moyen Orient arabe »  assurent que, dans les années 1830-70, et d’abord en Egypte, province de l’empire ottoman, la dhimma a été assouplie, puis abrogée. Les chefs d’Etat – Mohammed Ali et ses successeurs en Egypte, le sultan ottoman – ne voulaient plus que les chrétiens et les Juifs soient traités comme des « sujets » de second ordre, sans droit. Ils n’ont pas agi par compassion, mais parce que le rapport de forces leur était défavorable et qu’ils redoutaient, si les persécutions se poursuivaient officiellement, que les puissances européennes interviennent pour secourir les chrétiens, comme la France l’a fait au Liban en 1861 et la Grande Bretagne en 1882 en Egypte.

La dhimma a été abrogée officiellement, mais elle s’est maintenue dans les faits, officieusement en quelque sorte, et surtout, dans les années 1950-1960, elle a été rétablie subrepticement sous le manteau du socialisme ou du nationalisme arabe. En effet, comment expliquer les massacres dont les chrétiens d’Orient et les Juifs ont été les victimes en 1860, 1861, 1894-96, 1909, 1915-16, 1920-23, 1927-28, 1948, 1952-56 et dans les années 1960 ? Les chrétiens qui avaient opté pour le développement sur le modèle occidental ont été accusés d’arrogance ou de vouloir dominer les musulmans, ils ont été victimes de pogroms, et certains exterminés. En 1860, à Damas, l’ascension sociale des grecs catholiques a été stoppée par les massacres de dix mille membres de cette communauté. En 1894-96, 1909, 1915-1916, 1920-1923, les Arméniens qui tenaient à recouvrer leurs libertés publiques n’ont plus été « tolérés ». Ils ne voulaient plus être régis par la dhimma : ils ont été éliminés par un génocide. Il en est allé de même en 1948-52 pour les Juifs d’Egypte. 

Le nationalisme arabe, apparu au milieu du XIXe siècle, en même temps que la « nahdah », que l’on compare à tort à la Renaissance des Arts et des Lettres en Europe, est ambigu. C’est une idéologie séculière dans quelques-unes de ses formulations (la modernité littéraire), mais religieuse dans ses fondements, qui prône un retour aux sources, c’est-à-dire à l’islam originel, celui de Mahomet entre 611 et 632 et celui de ses immédiats successeurs qui ont conquis le monde, et qui incite à l’imitation des ancêtres vénérés (salaf), à savoir les guerriers de l’islam conquérant. La nahdah a regroupé des sceptiques et des religieux. Soit l’Organisation de Libération de la Palestine. Le plus connu des partis qui la composent est le Fattah. Le nom « fattah », qui signifie « ouverture », désigne ce qui s’est produit, entre 632 et 642, quand les Arabes sont sortis d’Arabie pour conquérir le monde : on dit en arabe, par métaphore, qu’ils se sont ouverts le monde. De même, Arafat est un pseudonyme. Son véritable patronyme est Husseini, la famille du grand moufti de Jérusalem, de 1927 à 1945, qui a été l’allié déclaré d’Hitler dans les pays musulmans. Arafat est le nom d’une colline de la Mecque, qui fait l’objet d’un rite lors du pèlerinage annuel.

En Egypte, en Syrie, en Irak, en Turquie, etc. les nationalistes arabes ou turcs se sont travestis en « socialistes » pour réintroduire la dhimma. Les biens des étrangers, tous chrétiens, des Juifs ou des chrétiens autochtones, des seuls infidèles, ont été mis sous séquestre et transférés aux musulmans ou à l’Etat musulman. L’autonomie partielle (état civil, éducation, culte, rites, etc.) dont jouissaient les communautés chrétiennes dans l’empire ottoman a été abolie, et cela, pour reconstituer l’oumma originelle, réislamiser les lois sous la pression de l’Arabie saoudite et rétablir une charia souterraine, qui est en partie dans les lois et qu’appliquent les organisations islamiques (et pas l’Etat).     

Les persécutions ont beau être avérées, elles sont tues en Europe, dans les pays dits libres ou « chrétiens », en particulier en France.

 

4. Le silence

Les écrivains des XVIIIe et XIXe s. et du début du XXe s., Hugo, Tharaud, Giraudoux, Rousseau, Voltaire, Péguy, etc. ne se sont jamais tus quand les chrétiens d’Orient étaient massacrés. Or, leur sort a empiré au début des années 1950, sans que quiconque émette la moindre protestation. L’affaire Dreyfus et le massacre des Arméniens ont été concomitants. Les dreyfusards, à l’exception de Péguy et de France, ont refusé de protester contre ces massacres, parce que, prétendaient les progressistes allemands du Parti social démocrate (le parti de Lénine) et les progressistes français du socialisme anticlérical, les Arméniens étaient des commerçants ou des capitalistes. Aujourd’hui, rien n’a changé. Les progressistes dénoncent des discriminations en France et en Europe, là où il n’y en a pas. En revanche, ils refusent de voir l’Himalaya de discriminations dont sont victimes les chrétiens d’Orient. Cet aveuglement est consécutif à la haine qui est voué au christianisme par les progressistes, où que ce soit, en France, en Europe ou en Orient.

La haine explique le silence de l’intelligentsia, mais pas celui de l’Etat. La cause déterminante en est la politique étrangère élaborée au milieu des années 1960, quand des hommes politiques (« gaullistes » hélas) aidés de spécialistes de l’islam (Berque) ont conçu la « politique arabe de la France », qui a remplacé la vieille politique de soutien aux chrétiens d’Orient. Le mot « arabe » est éloquent : il signifie que notre diplomatie s’est alignée sur l’idéologie arabo-islamique. De fait, elle a apporté son soutien à tous les régimes totalitaires, celui de Hussein, du FLN, de l’Arabie ou du Maroc. La Syrie a fait assassiner un Ambassadeur de France et a tué ou fait tuer des centaines de Français : la France s’est abstenue de toute riposte. La Libye, qui a fait exploser en vol le DC 10 d’UTA, n’a jamais été sanctionnée. Le ministre Dumas déclarait en 1992 : « il faut savoir tourner la page ». Pendant 30 ans, la France a porté à bout de bras Arafat, elle lui a sauvé la vie, elle lui a donné le soupçon de légitimité que même les chefs d’Etat arabes lui déniaient. On assurait au Quai d’Orsay qu’Arafat était le seul qui puisse signer la paix avec les Israéliens, bien qu’il leur ait fait une guerre totale, finançant même les attentats, et détournant à son seul profit les milliards de dollars ou d’euros qui ont été attribués par les pays d’Europe au peuple palestinien. Arafat mort, la paix est enfin possible. De fait, la France s’est opposée à la paix, comme si elle avait voulu que la guerre dure jusqu’à la destruction d’Israël. De même, elle donne asile aux militants d’associations islamiques pro GIA, FIS, ennahdah, qui organisent la guerre dans leur pays, comme elle a favorisé la montée de l’islam politique en France ou encourage la haine antisémite en comblant de subventions les associations racistes (Sawt el islam, UOIF, MRAP).

 

5. Les chrétiens d’Orient et la France

Nous Français, plus que les Européens, nous sommes concernés par ce qui arrive aux chrétiens d’Orient. En tant que Français, entendus dans un sens plein de ce mot, et non comme une étiquette que l’on appose d’un coup de tampon sur des documents administratifs à droite de la mention « nationalité », nous sommes les héritiers d’une longue histoire. En signant des accords avec le pouvoir ottoman, François 1er a obtenu, en échange de sa neutralité dans la guerre que l’Europe menait pour se libérer du joug islamique, des « échelles » au Levant (facilités commerciales dans les ports contrôlés par les Ottomans) et la protection des chrétiens d’Orient. Pendant des siècles, la France a assumé cette seconde charge. De nombreuses églises, qui s’étaient séparés de l’Eglise universelle du Ve au XIe s, ont renoué en partie avec Rome : les Chaldéens en 1553, les Malabars en 1552, une partie des Malankars en 1930, une partie infime des Coptes en 1824, une partie infime des Ethiopiens en 1930, une fraction des Syriaques en 1783, des Arméniens en 1742, en 1724 une partie des Melkites sous le nom de grecs catholiques…

Or, notre pays a renoncé à remplir ses devoirs historiques depuis un demi siècle. Certes, l’empire ottoman n’existe plus et c’est avec cet Etat que la France avait passé un accord. Elle aurait dû protéger les chrétiens au nom des droits universels de l’homme, elle ne l’a pas fait. Il y a un siècle, la France donnait asile aux Arméniens, aux grecs catholiques ou aux maronites menacés de mort. Désormais, les chrétiens qui s’exilent préfèrent se réfugier au Canada, en Australie, aux Etats-Unis plutôt que dans le pays des droits de l’homme, dont ils pensent qu’il ne les protègera plus.

Même pour ce qui est des droits de l’homme, les conséquences en sont dramatiques. Les Français sont soucieux d’universel et s’émeuvent volontiers aux malheurs d’autrui. Ils ont fondé des milliers d’associations humanitaires et inventé le droit d’ingérence. Si des persécutés méritent leur compassion, ce sont les chrétiens d’Orient qui disent « non » malgré le mépris, résistent aux pires humiliations en dépit des menaces, continuent dans leur être au péril de leur vie, et cela depuis quatorze siècles. Les héros de la résistance à la tyrannie, ce sont ces chrétiens. Aucune voix ne s’élève pour des défendre. Le silence prouve que l’ingérence de compassion est une pure hypocrisie. L’impératif moral nouveau « n’accepte pas ou ne supporte pas ou ne souffre pas que soit fait à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît » s’arrête aux chrétiens. Il suffit que les victimes soient des chrétiens pour que, d’un coup, le droit d’ingérence, la solidarité, l’urgence et autres jolis mots dont on nous rebat les oreilles soient oubliés. En 1942, Hitler aurait répondu à ses conseillers qui le mettaient en garde contre les risques qu’il faisait courir à l’Allemagne en mettant en œuvre la « solution finale » : « Qui se souvient du massacre des Arméniens ? ». En France, personne ne se souvient du génocide des chrétiens du sud Soudan, de 1982 à 2004, parce que tout le monde, quand ce génocide s’est produit, a fermé les yeux et s’est imposé le silence. Le Proche Orient est en voie de purification. De l’Etat français, des organisations prétendument antiracistes reçoivent des millions d’euros de subventions, avec lesquels ils fabriquent des délits, en piégeant des patrons de boîtes de nuit, des propriétaires d’appartement ou des employeurs, uniquement pour prouver que les Français sont racistes. Or ces associations cachent les discriminations qui accablent les chrétiens dans les pays d’origine. Les Maghrébins laïques de France et les Kabyles chrétiens sont les seuls qui protestent contre ces crimes. Ce sont eux qui ont alerté l’opinion publique sur les violences qui touchent les coptes en Egypte et même aux Etats-Unis, où une famille copte du New Jersey a été assassinée, semble-t-il parce qu’elle protestait contre les crimes de l’islam.

Ces faits nous concernent en tant que chrétiens. Les scissions, à la suite des conciles de Nicée (325), d’Ephèse (431) et de Chalcédoine (451), la séparation de 1054, ont affaibli le christianisme - en particulier, face à l’expansion de l’islam. Ces scissions ont été consécutives à des querelles portant sur la personne du Christ et exprimées avec des mots de la philosophie grecque « ousia », qui signifie « essence » et « existence », qui a été traduit par « substance », et « phusis », qui signifie « nature », et ce, dans un milieu de personnes cultivées formées à la rhétorique grecque. Si l’on ne veut pas que la tragédie de l’Orient s’étende à l’Occident, l’œcuménisme judéo-chrétien est une nécessité, non pas théologique, mais politique. Les querelles doivent cesser pour faire place à l’unité. Car, et l’hypothèse ne doit pas être écartée, il est possible à terme que les chrétiens de France et d’Europe subissent le même sort que leurs frères d’Orient. Deux amis coptes, l’une protestante, l’autre catholique, faisaient état devant moi en 1980 de l’hostilité croissante dont ils étaient la cible dans leur propre pays, hostilité verbale et discriminations juridiques qui débouchaient souvent sur des crimes gratuits. Je n’ai pas voulu croire à la gravité apocalyptique de la situation. Alors, nous commentions un article du journal « Le Monde » qui faisait état (c’était il y a 25 ans) de la présence d’un million de musulmans en France : seuls les adultes étaient, semble-t-il comptés. Ils m’ont fait la réflexion suivante : « Parce que vous, Français, vous vous croyez à l’abri ? Vous aussi, vous serez un jour menacés dans votre être ! »

 

 

La dhimma, ou soumission à l’ordre le plus injuste qui soit, qu’elle soit ou non imposée, progresse partout, en Orient, où il est la règle, mais ailleurs aussi. Les chrétiens d’Occident risquent de subir à terme le sort des chrétiens d’Orient. L’attestent la décision de faire adhérer la Turquie sans le moindre préalable (reconnaissance du génocide arménien et retrait de ses troupes de Chypre), l’assassinat de Van Gogh, dont le documentaire « Soumission », qui est fait de témoignages authentiques de femmes ayant vécu sous la loi de l’islam et recueillis par l’admirable député Ayaan Hirsi Ali, d’origine somalienne, aurait été diffusé sur toutes les chaînes publiques de France et d’Europe, si le tueur, au lieu d’être un musulman marocain, avait été un « fasciste blanc », la lâcheté des autorités de la France face à la montée en puissance de l’islam politique dans le monde, la complaisance devant le prosélytisme islamique qui se développe dans les écoles, les collèges, les lycées et dont fait état un rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale (rapport Obin), que le ministre qui garde secret, alors qu’il aurait dû le rendre public. Les choses étant ce qu’elles sont, on ne doit pas s’étonner que l’élimination ou l’exode des chrétiens d’Orient se fasse dans le silence complice ou approbateur de nos élites. 

 

05 avril 2014

Algérie, algérien

 

 

 

 

 

            Nom et adjectif, algérien est attesté dans l’édition de 1721 du Dictionnaire Universel, dit de Trévoux. Il a pour sens « qui est d’Alger ». Aujourd’hui, c’est le mot algérois qui porte ce sens, les deux sens « qui est d’Alger » et « qui est d’Algérie » étant soigneusement distingués. Dans ce Dictionnaire, le sens « qui est d’Alger » est illustré par cet exemple éloquent, qui en dit long du passé de l’Algérie avant 1830 : « les Algériens, ou les pirates algériens, n’ont osé attaquer les vaisseaux français depuis que le Roi a fait bombarder Alger ». En revanche, algérien, qu’il soit employé comme adjectif ou comme nom, n’est relevé dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1932-35.

Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), ignore le nom et ne recense que l’adjectif, auquel il ne donne pas de sens ethnique, à la différence des auteurs du Dictionnaire de Trévoux. C’est « qui a rapport à l’Algérie ». Le rapport à l’Algérie alors était économique et financier, du moins si l’on en croit les exemples : « la Société générale algérienne, nom d’une société fondée en exécution d’une loi du 12 juillet 1865 et d’un décret du 18 septembre 1865 », « les obligations algériennes, titres émis par cette société ». Il est vrai que l’Algérie était française et qu’elle était habitée de Français, d’Européens et d’indigènes – non d’Algériens. De fait, le nom propre Algérien au sens d’habitant de l’Algérie, n’a pas d’existence dans la langue. Ou bien Littré se borne à constater une réalité (l’entité Algérie n’a pas d’existence), ou bien il se plie à l’idéologie de l’époque : si le nom propre Algérien avait signifié « habitant de l’Algérie », c’eût été reconnaître que les premiers ou les plus anciens habitants d’Algérie (les indigènes, comme on disait alors) étaient les seuls qui aient une légitimité à le revendiquer comme leur.

La langue conserve les traces de l’histoire des hommes. L’Algérie étant indépendante, il existe donc des Algériens, qui peuvent être fiers ou non de leur pays (ALJ compatit à leurs malheurs) et de ce qui s’y passe de tragique ou de bouffon depuis cinquante ans. Le Trésor de la Langue française (seize volumes publiés entre 1971 et 1994) a été conçu et rédigé après l’indépendance de l’Algérie : il y est tenu compte de la situation que cet événement a produite. Algérien, « substantif », désigne « celui qui habite l’Algérie ou qui en est originaire » et, adjectif, il a pour sens « ce qui est relatif à l’Algérie ou à ses habitants ». Du dictionnaire de Littré, il n’est conservé qu’une partie de la définition de l’adjectif : « ce qui est relatif à l’Algérie ».

 

Le nom algérien, qu’il soit masculin ou féminin, a pris au cours de la période française d’autres sens : « voiture publique de Paris, du genre de celles qu’on appelle omnibus » (1842), préparation culinaire dite « à l’algérienne », « étoffe à rayures de couleurs », « écharpe faite de cette étoffe ». Ces sens, c’est ce qui reste dans la langue des cent trente-deux ans de présence française outre Méditerranée. Au fil des décennies, ces sens s’éteignent, en même temps que les traces que la France a laissées là-bas. Ainsi, les auteurs de dictionnaires notent que le nom algérienne, au sens relevé en 1842 de « voiture publique de Paris », était tombé en désuétude à la fin du XIXe siècle et remplacé par omnibus. Ce sens disparaît dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, dans lequel les sens retenus sont « relatif à l’Algérie » pour ce qui est de l’adjectif (les académiciens oublient « et à ses habitants ») et, pour ce qui est du nom : « personne originaire d’Algérie ou qui a la nationalité de ce pays », « dialecte arabe parlé en Algérie » et (au féminin) « tissu à rayures multicolores ». En réalité, le « dialecte » parlé en Algérie est une langue berbère mâtinée d’arabe et de français ; et l’algérienne ou « tissu à rayures multicolores » a disparu des étals.

Les sens divers se réduisent peu à peu à un seul sens : habitant de l’Algérie ou qui en est originaire. En perdant ses sens anciens, ce nom s’appauvrit.

Souhaitons aux Algériens que le destin de leur pays ne soit pas à l’image de celui de leur nom. Les élections qui se profilent n'augurent rien de bon. 

 

 

19 janvier 2014

Cela se passait il y a vingt ans et Voltaire ne s'est toujours pas réveillé

 

 

Voltaire, réveille-toi, ils sont devenus fous !

1994

 

Algérie

Un mot d'ordre dans les mosquées : "la mort pour les femmes qui ne portent pas le voile". Tracts affichés sur les murs des écoles : "la mort pour les directeurs qui acceptent les élèves non voilées". Mme Mitterrand, qui aime les tchadors, n’a pas protesté.

 

 

France

A l'occasion du « jeûne » du mois lunaire de ramadan, qui est obligatoire dans les tyrannies, le moufti Boubakeur, interrogé sur France 3, fait l'apologie de « notre » charia, bien que celle-ci ne soit qu'une suite de préjugés et de crimes sexistes, racistes et liberticides ; et, s'adressant aux autorités de la république, il leur demande d’autoriser les musulmans à débaucher, pendant le mois de ramadan, deux heures avant les autres, que ces musulmans travaillent dans des entreprises privées ou dans l'administration. Deux heures de moins par jour pendant quatre semaines, cela fait 40 heures. La revendication est claire : c'est la sixième semaine de congés payés, attribuée sur des critères religieux et ethniques. Pour les siens et uniquement pour les siens. 

 

 

Bangla-Desh

Taslima Nasrin a 31 ans. Elle vit à Dacca. Elle est écrivain. Ses romans connaissent un grand succès. Elle dénonce la violence, le sexisme, l'exploitation, la discrimination dont les femmes sont victimes dans son pays. Elle ne dissimule pas ses cibles : « Je combats l'islam, car l'islam ne donne de liberté à aucune femme ». Au nom de ces valeurs, elle s'engage, non en faveur des tyrans, mais des victimes. « Je crois en un pays laïque et moderne », déclare-t-elle à une journaliste du Monde. Des hommes détestent la liberté. Le Conseil des Soldats de l’Islam a prononcé une fatwa. Talisma Nasrin est condamnée à mort. Sa tête est mise à prix : 8000 francs français. Pour une femelle, c'est beaucoup. Pour un mâle, ce serait plus. Depuis un an, elle vit recluse.

            Dans quelques mois, les éditions Des Femmes vont publier en français son dernier roman, Lajja, « la honte », que Le Monde résume ainsi : « Ce roman met en scène une famille hindoue du Bangladesh, victime des émeutes intercommunautaires, après la destruction de la mosquée indienne d'Ayodhya par des fanatiques hindouistes ».

 

 

Paris : une robe Chanel déplaît à l’islam

Rappelons l'article V de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : « Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas ». Aucune loi n'interdit de broder des lettres sur une robe. Dans l'affaire Chanel, il n'y a donc pas eu profanation, ni blasphème, ni quelque crime que ce fût : ni atteinte aux biens, ni aux personnes.

En réalité, si profanation (au sens d'atteinte à quelque chose de grand et beau) il y a eu, elle n'est pas là où les fous furieux ont prétendu qu'elle était. Mlle Schiffer est la Vénus incarnée ; à la fois belle, jeune, heureuse, pleine de vie. Elle pourrait être Marianne. C'est elle qui a été « profanée », car M. Lagerfeld l'a couverte, sans le savoir, semble-t-il, d'un verset du Qoran. Ce faisant, il a vêtu de laideur la beauté, de haine l'amour, de fanatisme la tolérance, de mépris une femme. Lagerfeld, en profanant la beauté, a injurié les femmes. Il aurait donc dû présenter des excuses. Non pas, bien entendu, en se prosternant lâchement devant les religieux de l'islam (la cupidité suscite les pires bassesses et pousse à profaner jusqu'à la liberté), mais aux femmes, à toutes les femmes.

Le dénommé Boubakeur s'est rangé du côté des fous furieux. Dans son pays, l'Algérie, des jeunes gens sont égorgés, des femmes, révolvérisées, uniquement parce qu'ils sont étrangers, c'est-à-dire qu'on tue des hommes, à qui les islamistes reprochent un crime : être nés. Boubakeur ne s'en indigne pas. Il trouve ça normal et juste. Ce n'est ni un blasphème, ni une profanation. Le moufti ne moufte pas mot. Son Qoran n'appelle-t-il pas les vrais croyants à « tuer partout les infidèles où (ils) les trouveront » ? (sourate 9, verset 5. Cf. aussi S 9, v 29, S 9, v 111, S 9, v 123, S 8, v 67, S 59, v 8; etc.). Pour Boubakeur, il est moral de tuer des innocents, mais c'est un crime de broder trois lettres arabes sur une robe.

Qu'on le veuille ou non, M. Lagerfeld est un artiste. Avec de la matière, il façonne des formes. Or, il a détruit deux de ses œuvres (volontairement ou non, peu importe). Cela ne s'était plus produit dans ce pays depuis l'Inquisition. Même Rushdie ne s'est pas abaissé à cette humiliation. Pourtant, personne, ni Lang, ni Toubon, n'a protesté contre cela, ni contre l'arrogance des religieux ; les artistes se sont tus, les « intellectuels » aussi, acceptant, de fait, qu'en France, deux siècles après 1789, l'islam se considère comme une religion d'Etat et agisse comme si elle l'était effectivement.

 

 

09 décembre 2013

La Turquie en Europe : le retour

 

 

            Imaginons que la Turquie ait été ou soit restée « chrétienne ». L’hypothèse n’est pas absurde, puisque c’est en Cappadoce, en Arménie, à Smyrne, Chalcédoine, Constantinople, Nicée, que le christianisme s’est épanoui, avant que les Turcs, immigrés d’Asie centrale, ne conquièrent l’Asie mineure grecque ou arménienne et ne l’islamisent totalement par le sabre. Eh bien, nous pouvons être certains que les pays démocratiques d’Europe, sans en excepter un seul, et les autres pays démocratiques du monde refuseraient d’entretenir des relations politiques avec la Turquie. Tout ce qui a été objecté à la Grèce des colonels, au Chili de Pinochet, à l’Espagne de Franco, au Portugal de Salazar, à l’Allemagne d’Hitler (fascisme, racisme, violation des droits de l’homme, haine de la démocratie, mépris des femmes, etc.) nous serait seriné à longueur d’antenne pour que la Turquie soit maintenue hors de la sphère des pays civilisés. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec les pays qui font l’apologie des crimes contre l’humanité et que négocier avec ces pays, ce serait nier ce que l’on est. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec les pays qui ont été purifiés, ethniquement et religieusement, par la violence et que négocier avec ces pays, c’est se faire complice du racisme. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec un pays qui occupe, militairement et en violation de toutes les lois humaines, l’île de Chypre, que son appartenance à l’ONU et à l’Union européenne n’a pas préservée de malheurs que l’on croyait propres aux époques barbares, et que négocier avec ce pays, c’est faire prévaloir la force sur le droit. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec un gouvernement d’obédience wahhabite qui cherche à instaurer la charia et prône l’islamisation de la planète et que négocier avec ce pays, c’est s’humilier. Même si la Turquie chrétienne s’était trouvée en Europe, il aurait été jugé obscène ou inconvenant ou insultant pour ses millions de victimes que des démocraties envisagent la possibilité d’ouvrir des négociations pour qu’elle adhère un jour, non pas dans quinze ou vingt ans, mais dans un siècle ou deux, à une construction politique, laquelle se flatte, dans son projet de constitution, d’être fondée sur la « dignité humaine », les droits de l’homme, les libertés, la solidarité, etc. et dont la valeur suprême est, prétend-elle, le respect de la « personne humaine ».

            En vérité, ce que montre l’adhésion en cours, c’est que la Turquie jouit de traitements hors du commun et qu’elle bénéficie, avant même d’intégrer l’Europe, de privilèges inouïs. Les dirigeants de l’Union européenne sont même prêts à piétiner sans scrupule, sans hésitation, sans état d’âme, sans remords, tous les beaux principes, toutes les bonnes intentions, toutes les admirables professions de foi dont ils gargarisent, et ce, pour intégrer un pays d’Asie à l’Etat politique qu’ils ambitionnent d’établir en Europe. Sont-ils devenus fous ? La raison politique leur fait-elle perdre la raison ? Ou bien est-ce parce que la Turquie est islamique qu’il faut qu’elle devienne européenne ? Est-ce l’islam qui la sanctifie ? Est-ce que l’islam est tabou ? Ou bien est-ce parce que le sabre de l’islam terrorise les dirigeants de l’Europe que, ceux-ci, par lâcheté ou veulerie, se préparent, comme Daladier et Chamberlain, à la servitude ?

 

            L’aveuglement est d’autant plus incompréhensible qu’il rompt avec une lucidité ancienne. Il fut un temps – hélas révolu – où les élites de France et d’Europe n’hésitaient pas à tenir sur la Turquie et sur l’islam un discours sans fard.  Voici, entre autres exemples, dans quels termes insolents Victor Hugo, dans La Légende des Siècles (Partie III l’Islam), décrit Mahomet le prophète : « Le divin Mahomet enfourchait tour à tour / Son mulet Daïdol et son âne Yafour ; / Car le sage lui-même a, selon l’occurrence, / Son jour d’entêtement et son jour d’ignorance. »

Voici encore le poème intitulé « 1453 » qu’il consacre, dans la partie VI de la Légende des siècles, au siège de Constantinople et dans lequel il prédit (ce en quoi il s’est bien trompé) que la France libèrera les territoires byzantins que Mehmet (Mahomet en turc) a conquis cette année-là :

« Les Turcs, devant Constantinople, / Virent un géant chevalier / A l’écu d’or et de sinople, / Suivi d’un lion familier. / Mahomet Deux, sous les murailles, / Lui cria : « Qu’es-tu ? » Le géant / Dit : « Je m’appelle Funérailles, / Et toi, tu t’appelles Néant. / Mon nom sous le soleil est France. / Je reviendrai dans la clarté, / J’apporterai la délivrance, / J’amènerai la liberté »…

            Ce dont on est sûr, c’est que cette prédiction ne sera jamais réalisée et que ni Hollande, ni Moscovici, ni Mamère, ni Fabius, ni Cohn-Bendit « n’amèneront la liberté » et qu’eux aussi, comme les collabos, ils préfèreront la servitude à la « délivrance ».

Quand ils étaient « grands », cultivés, épris de vérité, soucieux d’histoire, les écrivains de France savaient qui étaient les Turcs. Voici les crimes que Victor Hugo, dans La Légende des siècles, attribue à l’un des innombrables conquérants turcs, le Sultan Mourad :

« Dans son sérail veillaient les lions accroupis ; / Et Mourad en couvrit de meurtres les tapis ; / On y voyait blanchir des os entre les dalles ; / Un long fleuve de sang de dessous ses sandales / Sortait, et s’épandait sur la terre, inondant / L’Orient, et fumant dans l’ombre en Occident. »

Le recueil poétique Les Orientales, publié en 1829, est un inventaire des crimes contre l’humanité commis par les Turcs, au début du XIXe siècle, dans les territoires grecs qu’ils ont colonisés pendant quatre siècles. Les « massacres de Chio » sont un événement historique que Victor Hugo, en poésie, et Delacroix, en peinture, ont rendu célèbre. Le poème intitulé « L’enfant » commence ainsi : « Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil » ; et se il termine par ces deux vers : « Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus, / Je veux de la poudre et des balles ». Deux siècles plus tard, ce sont des montagnes d’euros dont les dirigeants de l’Union vont dépouiller les citoyens d’Europe et qu’ils offriront aux Turcs. Ce ne sont plus des aides qu’ils versent, c’est l’impôt de dhimmitude ou jiziya dont ils s’acquittent.

 

Victor Hugo n’est pas le seul, ni le premier à avoir dit sans fard la vérité sur les Turcs et sur l’islam. Dans le Discours sur les sciences et les arts (1750), Jean-Jacques Rousseau, qui pensait bien en toute occasion et dont le Contrat social a sans doute inspiré Hollande, Moscovici, Cohn-Bendit et la clique turcophile, expose les facteurs qui ont produit, à la fin du XVe s., la Renaissance des arts et des lettres en Europe. C’est la stupidité turque qui a suscité la Renaissance de l’Europe.  

« L’Europe était retombée dans la barbarie des premiers âges. Les peuples de cette partie du monde aujourd'hui si éclairée vivaient, il y a quelques siècles (comprendre : au Moyen Age), dans un état pire que l'ignorance. Je ne sais quel jargon scientifique, encore plus méprisable que l’ignorance, avait usurpé le nom du savoir, et opposait à son retour un obstacle presque invincible. Il fallait une révolution pour rame­ner les hommes au sens commun ; elle vint enfin du côté d’où on l’aurait le moins attendue. Ce fut le stupide Musulman, ce fut l’éternel fléau des lettres qui les fit renaître parmi nous. La chute du trône de Constantin (id est la prise de Constantinople en 1453) porta dans l’Italie les débris de l’ancienne Grèce. La France s’enrichit à son tour de ces précieuses dépouilles. Bientôt les sciences suivirent les lettres ; à l’art d’écrire se joignit l’art de penser ; gradation qui paraît étrange et qui n’est peut-être que trop naturelle ; et l’on commença à sentir le principal avantage du commerce des Muses, celui de rendre les hommes plus sociables en leur inspirant le désir de se plaire les uns aux autres par des ouvrages dignes de leur approbation mutuelle. »

Les écrivains européens n’ont pas été en reste avec Rousseau ou Hugo. Parmi tous ceux qui ont résisté, il convient de rendre hommage au Bulgare Ivan Vazov, auteur de « Sous le joug » (paru en 1889), un roman admirable qui raconte les crimes abominables que les Turcs ont commis pour maintenir sous leur sabre sanglant les courageux habitants de Bulgarie. C’est un roman dont la lecture devrait être rendue obligatoire à l’ENA, à l’Assemblée nationale, au Parlement européen, à la Commission de Bruxelles et dans toutes les institutions de l’Europe. Il éclairerait peut-être Hollande, Cohn-Bendit, Moscovici et alii, mais il n’est pas certain que les aveugles veuillent recouvrer la vue. Vivre dans les ténèbres repose, comme vivre couché.

 

            Malgré tout, essayons de braquer un faisceau de lumière sur quelques faits, dont les puissants du jour ont décidé qu’ils allaient rester dans l’ombre. En 1920, un traité de paix a été signé à Sèvres entre les puissances victorieuses de la guerre de 1914-1918, dont la France et l’Angleterre, et l’Empire ottoman, qui avait été l’allié fidèle de deux Reich : l’Allemagne et l’Autriche. C’est un traité admirable qui prévoyait la création dans la partie orientale de la Turquie actuelle d’un Etat arménien, libre, souverain et indépendant, avec des frontières reconnues par la communauté internationale et garanties par le président des Etats-Unis d’Amérique, et où les survivants du grand massacre de 1896, des massacres d’Hadana en 1909 et du génocide des années 1915-1916 auraient dû trouver refuge. Il prévoyait aussi la création dans la partie méridionale de la Turquie d’un Etat kurde, libre, souverain et indépendant. Si les Kurdes en avaient bénéficié, ils n’auraient pas subi les massacres de masse que leurs voisins leur infligent depuis près de trois-quarts de siècle. Il prévoyait enfin la restitution aux Grecs de la façade maritime de la partie occidentale de la Turquie. Il prévoyait que les 7 ou 8 millions de Turcs d’alors conserveraient la moitié du territoire de la Turquie actuelle, ce qui équivalait à la superficie de l’Italie. Or, et cela ne s’est jamais vu dans l’histoire de l’humanité, les Turcs ont rejeté la signature de leurs propres autorités et, sous la direction d’officiers allemands, ils ont mené une guerre sans merci pour annuler le traité de Sèvres, qui ne leur convenait pas. Ce fut la première capitulation des puissances européennes. 

La « laïcité » prend trois formes dans le monde, là où elle existe, loin des théocraties que sont l’Arabie saoudite, l’Iran, la Mauritanie, le Soudan et quelques autres pays méprisables : la séparation de l’Etat et de la religion, la sécularisation, le contrôle de la religion par l’Etat. Lorsque la religion est séparée de l’Etat, comme c’est le cas en France, l’Etat ne construit ni église, ni mosquée, ni synagogue, ni temple, ni cimetières privés, il ne rémunère pas les ministres du culte. La contrepartie est qu’il lui est interdit d’intervenir dans les affaires religieuses et de contrôler le clergé, qui retrouve ainsi, bien qu’il soit appauvri, une liberté presque totale. Le phénomène de sécularisation que l’on observe en Europe et en Occident depuis un demi-siècle (ou plus) se caractérise par des mutations qui touchent le christianisme et le judaïsme. Alors que ces religions sont censées s’occuper en priorité des relations avec le Ciel, peu à peu, elles se « sécularisent ». Le christianisme qui, en théorie, est une religion du salut se tourne de plus en plus souvent vers des activités sociales. Le judaïsme perd peu à peu sa vocation juridique, en acceptant les lois des pays dans lesquels les Juifs vivent. Le terme « laïcité » sert aussi à désigner le contrôle de la religion par l’Etat. C’est la solution détestable qu’ont adoptée les régimes communistes, quand ils se sont lassés de persécuter les chrétiens. Ce sont ces formes que prend la laïcité dans quelques pays arabes et musulmans, tels que l’Algérie (du temps de Boumedienne), de l’Irak sous Hussein, de l’Egypte de Nasser, de la Syrie sous Assad et surtout de la Turquie de Mustapha Kemal, dit Atatürk, et d’Ismet Inonü, entre 1923 et 1950. La laïcité à la turque dont on nous rebat les oreilles est la forme totalitaire et haïssable que prend la laïcité. En réalité, c’est une pseudo laïcité. Il vaudrait mieux dire, pour désigner cet état de choses, « soumission de la religion à l’ordre politique ».

Or, en Turquie, même cette pseudo laïcité est morte, comme elle est morte en Egypte ou en Irak. En effet, pendant dix ans, entre 1950 et 1960, la Turquie a été gouvernée par un parti islamique, dont la politique a consisté à annuler la plupart des lois, dites à tort laïques, de Mustapha Kemal. Les confréries qui ont islamisé les Turcs et l’Asie mineure ont été à nouveau autorisées, l’enseignement de la seule religion islamique a été rétabli dans les écoles publiques, et il a été imposé aux non musulmans, l’Etat a créé des écoles de formation d’imams et de prédicateurs, dont le premier ministre actuel, Erdogan, a été l’élève assidu, les chrétiens et les juifs qui ont survécu aux massacres ont été contraints de se taire et ils se sont terrés dans leur coin, victimes de discriminations immondes. Evoquer la laïcité à propos de la Turquie, c’est croire que la démocratie a existé en URSS, c’est invoquer le dahu ou le zombie, c’est tromper les Européens en leur faisant croire aux fantômes.

Malgré les attentats, les massacres de masse, les crimes contre l’humanité qui se produisent chaque jour dans les pays musulmans ou dans les pays qui ne sont pas dans la sphère d’influence de l’islam, les démocraties croient qu’elles vont « garder leur âme », en négociant ou en collaborant avec l’islam qui inspire, provoque ou organise ces attentats, massacres, crimes contre l’humanité. Que cet islam soit politique, frère musulman, wahhabite, salafiste, de prédication ou autre, peu importe. Les tragédies du XXe siècle nous ont appris que ceux qui composaient avec la Bête immonde, non seulement perdaient leur âme, mais aussi se suicidaient. Le parti qui gouverne la Turquie et qui contrôle tous les organes du pouvoir n’est pas celui de Mustapha Kemal, il n’est pas non plus le parti social démocrate d’Ecevit, c’est un parti wahabite, financé par les Saoudiens, c’est le parti du sabre et des mosquées, des turbans et des voiles,  de la haine des femmes, des étrangers, des chrétiens, qui professe les mêmes croyances que Ben Laden et ses acolytes et dont il ne se distingue que par la stratégie. L’islam politique a deux objectifs. Le premier est la ré-islamisation sur le modèle saoudien des pays musulmans et de tous les musulmans, où qu’ils vivent. Le second est l’islamisation de la planète – c’est-à-dire l’imposition à toute l’humanité de la « loi » islamique. Le Turc Erdogan, qui est l’âme damnée des Saoudiens, pense atteindre le second objectif, quand le premier aura été réalisé ; Ben Laden pensait parvenir aux deux objectifs en même temps : voilà ce qui les sépare. C’est de l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. 

19 novembre 2013

Islamophobie : suite et fin

 

 

 

 

Phobie, du grec phobia, « peur morbide », a d’abord été employé au XIXe siècle par les psychologues, psychiatres et autres spécialistes de psychopathologie (ou maladie de l’esprit) pour composer des mots savants ou plus ou moins savants qui désignent des désordres mentaux ou des peurs maladives. On peut se demander si ces désordres mentaux ont une réalité ou s’ils sont seulement la conséquence nécessaire, presque arithmétique, de la multiplication des psys de tout type, genre, sexe, ethnie, nationalité, depuis un siècle et demi, psys qui ont dû inventer des désordres mentaux, ne serait-ce que pour justifier leur propre existence. Jadis, il y avait des fous ; naguère, des aliénés ou des malades mentaux ; aujourd’hui, des agoraphobes ou des éreuthophobes…, les anciens mots folie ou aliénation étant rendus désuets par des mots en – phobie

C’est à partir de 1897 que les psychologues et psychopathologues français, à l’instar de leurs homologues anglais, commencent à employer phobie comme mot autonome, et non plus comme élément servant à former des noms composés. Phobie est enregistré dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) : « Peur morbide de certains actes ou de certains objets » (avoir la phobie de la parole publique, la phobie de l'automobile ; il a des phobies étranges). La définition n’est contaminée par le jargon psy, bien que la peur soit qualifiée de « morbide ». En revanche, les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) en rédigent une version psy : « (Psychopathologie) Symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée », définie qui est illustrée de cet extrait psy d’un psy : « Parmi les anomalies mentales, l’une des plus curieuses est celle qu’on nomme la phobie. Les analystes définissent, en général, la phobie comme une peur excessive qui a son origine dans une série complexe de situations et de rapports, et qui conduit à l’hostilité, à une agressivité refoulée ou à un sentiment de culpabilité très intense ». La modernité étant furieusement psy, le mot sort des cabinets de psy et des asiles d’aliénés pour désigner une « aversion très vive, irraisonnée ou une peur instinctive » (phobie de l’automobile, du mariage, des moustiques, de la poussière, du tabac, l’incendie). Le même phénomène d’extension de sens est noté par les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication) : « Réaction irraisonnée d’angoisse et de répulsion, suscitée de façon persistante et injustifiée par un être vivant, un objet ou une situation » et, « par affaiblissement », « aversion, répugnance instinctive pour un être, une chose, une situation ».

La liste des phobies est interminable, qu’elles soient exprimées par des mots composés (aérophobie, agoraphobie, hydrophobie, claustrophobie, gallophobie, germanophobie, héliophobie, hydrophobie, androphobie, anthropophobie, francophobie, théophobie, acrophobie, aquaphobie, bélénophobie, cancérophobie, dysmorphophobie, éreuthophobie, nosophobie, photophobie, sitiophobie, téléphonophobie, topophobie, etc.) ou par des syntagmes, du type phobie de l’automobile, le complément de phobie pouvant être n’importe quel nom du dictionnaire, au singulier ou au pluriel : maladie, christianisme, églises, femmes, enfants, arbres, fougères, insectes, éléphants, dinosaures, mammouths, etc. Voilà qui donne à cette énumération l’apparence d’un inventaire à la Prévert. La multiplication des psys a multiplié les phobies et la multiplication des phobies a multiplié les précautions à prendre pour se protéger des phobies, quasiment toutes imaginaires, ce dont les hommes politiques ont inféré la nécessité d’un « principe de précaution », qu’ils sont même allés jusqu’à faire inscrire dans la Constitution. Faut-il en rire ou en pleurer ? C’est au cœur de ces momeries bouffonnes qu’ont été fabriquées deux nouvelles phobies, qui n’ont pas plus de réalité que la phobie des dinosaures ou celle des cirons, à savoir l’homophobie et l’islamophobie, mais qui sont, comme le principe de précaution, éminemment politiques.

Au cours des trois dernières décennies, on a pensé que le mot islamophobie avait été fabriqué en 1980 par un « ministre » de Khomeiny. Il n’en est rien. Le mot islamophobie ne vient pas de Téhéran, mais de Paris. Le mot est français, et bien français, d’origine française 100% pure et garantie, française de souche, comme d’autres monstres tels vandalisme, nationalisme, terrorisme. La date de fabrication est connue : c’est 1910. L’islamophobie est donc centenaire et pour une centenaire, elle se porte de mieux en mieux, puisqu’elle est devenue la stigmatisation absolue, sans parade, terroriste des temples obscurantistes que sont les universités ou des bases guerrières que sont les mosquées. Le fabricant se nomme Quellien et se prénomme Alain. C’est un lettré. N’est-il pas docteur ? Diafoirus et Ballordus l’étaient. Pourquoi pas Quellien ? Le lieu où l’islamophobie a été fabriquée est un livre intitulé La politique musulmane de la France dans l’Afrique occidentale française qu’a publié l’éditeur orientaliste Larose en 1910. C’est là qu’est définie l’islamophobie : « Préjugé contre l’islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne » (p 133). La thèse de Quellien est résumée ainsi : « Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’Européen, l’islamisme (id est l’islam, conformément au sens que ce mot avait en français jusqu’en 1985) est la négation de la civilisation et la barbarie, la mauvaise foi, la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mahométans » (p 133).

Ce qui nourrit ou nourrirait, selon Quellien, ce préjugé, c’est la guerre sainte (le djihad), l’esclavage, la polygamie, le fatalisme. Un préjugé étant un jugement énoncé avant toute expérience ou toute connaissance de la réalité, il est évident que l’islamophobie, telle qu’elle est définie par Quellien, n’est plus un préjugé. Les dizaines ou centaines de millions de Merah, de talibans, d’Atta, de tueurs, de Ben Laden, d’ayatollahs, d’emprisonneurs de femmes, d’imams, de Qotb, de manieurs de sabre, de Moussaoui, de poseurs d’explosifs dans la foule, de Qaradaoui, de lapidateurs, de Morsi, de Ramadan, etc. etc. etc. en ont fait un jugement fondé en raison. La réalité a validé ce qui aurait pu apparaître en 1910 pour une erreur.

Quoi qu’il en soit, l’objectif de Quellien, en fabriquant le mot islamophobie, est de combattre le préjugé ainsi désigné et d’y opposer un éloge raisonné de l’islam : le musulman n’est pas un ennemi, l’islam est de la civilisation et il est juste d’attendre de ses adeptes de la civilité, de l’honnêteté et de la douceur. L’important est de savoir « de quel lieu » Quellien parle ou encore de comprendre quels sont ses présupposés et dans quel but il a attribué aux Français le préjugé d’islamophobie, qui est devenu aujourd’hui un crime encore plus monstrueux que ceux de Merah, Atta, Omar, Mohammed, etc. Quellien est breveté de l’Ecole coloniale et, au moment où il a écrit son livre, il exerçait au Ministère des Colonies les fonctions de rédacteur. C’est un affreux colonialiste, un colonialiste de la pire espèce, un penseur du colonialisme qui tient les noirs pour des « nègres » et écrit un péan à la gloire de l’empire que la France a conquis en Afrique occidentale. Elle a fait main basse sur le Sénégal, le Mali, la Mauritanie, la Guinée, la Haute-Volta, le Niger, etc. Quellien pense qu’elle doit conserver, quoi qu’il en coûte au peuple français, ce butin. Les populations de cet empire sont musulmanes et l’islam y est le principal, sinon le seul, facteur d’ordre. Grâce à l’islam, l’esclavage perdure, les femmes vivent cloîtrées, le commerce est prospère, les « nègres » restent des « nègres », etc. S’attaquer à l’islam revient à détruire ce bel ordre social. Ceux qui sont établis dans l’empire, fonctionnaires coloniaux ou officiers de la coloniale, sont irresponsables quand ils médisent de l’islam : ce faisant, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Voilà pourquoi Quellien fait de l’islamophobie un préjugé contraire aux intérêts, non pas de la France, mais de l’empire colonial.

Cette généalogie en dit long sur la transformation de ce « préjugé » (qui n’en est pas un) en racisme - plus long encore que la paternité de la chose longtemps attribuée aux sbires de Khomeiny. En 1910, l’islamophobie était contraire à l’intérêt impérial. Un siècle plus tard, elle est contraire aux intérêts des socialos, écolos, gauchos, cocos. En 1910, les colonialistes tablaient sur l’islam pour consolider l’empire. En 2012, les socialos se sont appuyés sur l’islam pour accéder au pouvoir. L’islam leur fournit hommes de main et électeurs à profusion. Ils ont donc la phobie de l’islamophobie, dont ils ont fait le crime raciste par excellence. Comme les colonialistes dans l’empire, ils vivent sur le pays et ils ont besoin de l’islam, de ses voix, de son ordre dans les « quartiers » pour continuer sur leur erre. Sans doute pas pour très longtemps, car ils s’effondreront plus vite que ne s’est dissipé l’empire.

 

31 octobre 2013

Otage

 

 

 

            Aujourd’hui, un otage est un être humain que l’on (des musulmans) transforme en marchandise et dont on s’empare pour le vendre au plus offrant ou après avoir fait monter le plus haut possible les enchères. C’est ainsi qu’en usent les mahométans, partout où ils exercent leurs méfaits. Au nom de leur Allah, ils font prisonniers des voyageurs chrétiens ou des mécréants pour les revendre cher à leur famille, à leur entreprise, à leur pays. C’est ignoble.

Il n’en était pas ainsi jadis. Otage est dérivé d’hôte. Etait otage dans l’ancienne France celui qui était accueilli par un hôte : il était laissé en otage, comme on disait au XIIe siècle. C’est ainsi que le mot est défini dans les dictionnaires de siècles classiques : « gage qu’on donne pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention » (DAF, 1694). Les exemples cités sont : on a donné six seigneurs en otage ; il était en otage chez les ennemis. On laissait une personne de haut rang en otage, toujours quelqu’un de volontaire, pour exprimer sa bonne foi et sa volonté de respecter ses engagements. « On appelle villes d’otage des villes qu’on donne pour gage de l’exécution d’un traité » et « otage se prend aussi pour les personnes qu’on met en otage ». D’une édition à l’autre du DAF, la définition se précise : c’est « la personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc. remet à ceux avec qui il traite, pour la sureté de l’exécution d’un traité, d’une convention ». La définition de Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) est succincte, mais claire : « la personne qu’on remet à un général avec qui l’on traite pour assurer l’exécution d’un traité ».

Le mot n’avait pas alors le sens sinistre qu’il a pris en terre d’islam. C’est sans doute là une preuve irréfutable de la grandeur indépassable de la grande civilisation islamique. La France moderne, hélas, n’a rien à remontrer sur ce point à l’islam. En 1793, pendant la Révolution, sous la Terreur, la prise d’otage est devenue une réalité cruelle, barbare, inhumaine. Le terrorisme a donné à otage le sens de « personne que l’on arrête et détient comme gage pour obtenir ce que l’on exige ».

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est le premier à relever les deux sens : le sens ancien, relativement humain, et le sens moderne, à l’image des événements révolutionnaires ; ou, dit en d’autres termes, les otages volontaires, qui prennent un risque certes, mais pour le bien de tous, et les otages malgré eux et contre leur gré, à qui il est fait violence et dont la vie est menacée. C’est (sens classique) la « sûreté qu'on donne à des ennemis ou à des alliés, pour l’exécution de quelque promesse, en remettant entre leurs mains une ou plusieurs personnes » et (sens moderne) « loi des otages, loi rendue sous le Directoire et en vertu de laquelle les parents des émigrés étaient responsables de la fuite et des complots de ceux-ci ». Il y a loin entre celui ou celle qui reste chez les ennemis comme otage de la bonne foi de son camp et des innocents que des hordes menacent de tuer pour arracher à un peuple des rançons ou des soumissions supplémentaires.

Cette distinction ne s’efface pas dans la langue moderne, où le premier sens pourtant s’affaiblit. Elle est dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « personne livrée ou reçue en garantie d’un accord, d’un traité » et « personne dont on s’est emparé et qui est utilisée comme moyen de pression, de chantage ». Le premier sens est illustré par un exemple historique célèbre : "François 1er accepta le traité de Madrid, donnant ses deux fils en otage à son ennemi" ; le sens moderne par les horreurs auxquelles la modernité nous a accoutumés : fusiller un otage ; hold-up avec prise d’otages ; les Boches (...) ont encore pris dix otages, à cause d'un train qui a sauté dans le voisinage. Les auteurs de ce dictionnaire, s’ils avaient été les rebelles qu’ils prétendent être, auraient pu illustrer ce sens moderne par l’usage systématique, à des buts politiques et crapuleux (ou politiques, donc crapuleux ; ou crapuleux, donc politiques) des prises d’otages par les régimes totalitaires d’URSS, de Corée, etc. et par les organisations islamiques, où qu’elles soient établies. La distinction est aussi maintenue dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française : « personne qu’une armée, un gouvernement livre à la partie adverse ou détient, en garantie de l’exécution d’un traité, d’une promesse, etc. » et « personne, choisie en général arbitrairement, que des individus détiennent de force et menacent de tuer, pour contraindre une collectivité, un État à céder à leurs exigences ». Elle aurait été sans doute plus éclairante si les académiciens, et d’ailleurs les auteurs du TLF, avaient précisé (cela leur aurait pris une ligne) que le premier sens est celui de la langue française depuis le XIIe siècle et que le second sens apparaît en 1793 pendant la Terreur, mais qu’il ne s’est pas éteint avec la Terreur, puisqu’il fait florès en terre d’islam.

 

 

28 septembre 2013

Islamophobie, encore et toujours !

 

 

 

Islamophobie est récent. Ce terme n’est enregistré ni dans le Trésor de la langue française (1971-94), ni dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). Il est dans Le Petit Robert depuis sept ou huit ans et défini comme le définissent les musulmans, les militants de l’islam politique, les salafistes et tous ceux qui se prosternent devant les barbus de Téhéran, et qui tentent, en usant de ce mot frelaté, d’imputer du racisme à tous ceux qui osent (mais ils ne sont pas nombreux) émettre la moindre critique à leur encontre ou tous ceux qui n’aiment ni l’islam, ni les musulmans. La présence d’islamophobie dans ce « dictionnaire » est tout à fait dans l’ordre des choses qu’impose son éditeur, célèbre pour son esprit collabo.

Le préfixe anti sert à former des milliers de mots. D’un individu ou d’un groupe d’individus, d’une pensée, d’un pays, d’une organisation, qui, entre 1930 et 1945, ont rejeté ou critiqué le socialisme national ou s’y sont opposés, on dit qu’ils sont antinazis. Les jésuites de Lyon qui, en 1941, ont fondé Témoignage catholique devenu, par souci d’œcuménisme, Témoignage chrétien, et qui, dans une belle et émouvante prosopopée, ont exhorté la France « à ne pas perdre son âme », ce qu’elle faisait en collaborant avec les armées d’occupation, sont antinazis. Ceux qui critiquent le fascisme ou s’y opposent sont antifascistes. Ceux qui critiquent le christianisme sont antichrétiens. Voltaire qui critiquait la Révélation, dont il jugeait qu’elle était source d’abus, était anti-judaïque et antichrétien. Comme il déteste les despotes cruels, il a composé une tragédie, Mahomet, dans laquelle le prophète a les traits d’un tyran barbare. Voltaire peut être dit anti-musulman. Selon les auteurs du Trésor de la Langue Française, « anti- est toujours en expansion ». Ceux qu’horripilent les cyclistes, les camions, la dépression nerveuse, les fusées, la lune, sont ou peuvent être dits anticyclistes, anticamions, antilune, antifusées, antidépression. Il n’y a pas de limite à la formation de mots suivant ce modèle. En usant du mot ainsi forgé, le sujet parlant fait savoir qu’il est contre la notion, la chose, la personne désignée par le mot qui suit anti. C’est clair, simple, efficace, sans ambiguïté. Pourtant, anti ne suffit pas. Les réserves, même timides, sur les homosexuels ou leurs mœurs, valent à ceux qui les expriment d’être taxés d’homophobie. S’il est question d’islam, toute critique de cette religion et des musulmans, même bénigne, parfaitement légitime en France, puisqu’elle est reconnue par le droit de « libre communication des opinions et des pensées » (in Déclaration des droits de l’Homme, 1789), est islamophobie.

 

Phobie n’est pas neutre. En effet, la phobie n’est pas une répugnance ou une peur ordinaire : c’est un « symptôme névrotique », qui se caractérise par « une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée ». Classée parmi les « anomalies mentales », cette « peur excessive (...) conduit à une agressivité refoulée ou à un sentiment de culpabilité intense » « s’exprimant sous la forme d’une peur en apparence irrationnelle des lieux clos ou élevés, des chats, des orages ou de quelque autre parmi la quasi infinité des objets possibles de phobie » (Cerminara, 1982). Chaque fois qu’un citoyen ose dire ce qu’il est interdit de dire ou ose penser ce qu’il est interdit de penser, c’est-à-dire chaque fois qu’il fait usage de sa liberté, que lui garantit la déclaration des droits de l’homme, une maladie mentale est diagnostiquée et une place lui est réservée à l’hôpital psychiatrique. L’objectif n’est pas seulement de faire taire, il est aussi de faire honte. Se livrer à un examen critique de l’islam et de l’Islam, comme on le fait, sans la moindre retenue, du christianisme ou de la Chrétienté (abolie depuis des siècles), est ramenée à une folie.

La critique de l’islam en tant que religion (avec un i minuscule) ou de l’Islam (avec un I majuscule) en tant que civilisation, à partir du moment où elle est qualifiée d’islamophobie, devient taboue. Si, malgré l’interdit, elle se fait entendre, celui qui ose l’exprimer est un dérangé mental. Un libre penseur qui critique les chrétiens et le christianisme n’est pas christianophobe. Là où la critique raisonnée des dogmes est une phobie, la liberté d’examen est abolie. Dans les tyrannies, quelles qu’elles soient, modernes ou archaïques, communistes ou fascistes ou musulmanes, la liberté d’examen est impossible. C’est ce qui menace en France où il est fait obligation de renoncer à l’exercice du libre examen devant les forteresses islam et Islam. La stigmatisation islamophobe est le prodrome de futurs bûchers.

La relation existant entre les deux « mots », islam et phobie, qui composent islamophobie est ambiguë, islam étant complément du nom phobie : c’est, mot à mot, la phobie de l’islam. Or, les exemples de grammaire célèbres comme la « crainte » ou « la peur des ennemis » prouvent que ces constructions « nom (désignant un sentiment) + de + nom (désignant des personnes, une religion ou une entité composée d'êtres humains) » portent en elles deux sens opposés suivant que les personnes (les ennemis dans l'exemple ci-dessus) éprouvent de la haine ou en sont la cible. De la même manière, l'islamophobie peut désigner la haine vouée à l'islam et aux sectateurs de cette religion ou bien la haine phobique et même rabique que l'islam et les musulmans vouent aux juifs, aux païens, aux koufars et aux « associateurs » des traductions du Coran, c'est-à-dire aux chrétiens.

La première de ces haines est avérée dans de nombreux pays au monde : en Inde, en Afrique australe, en Arménie, en Europe du Sud-est et elle est justifiée par les innombrables crimes contre l'humanité, dont les musulmans se sont rendus coupables au cours de l'histoire, et jusqu'à aujourd'hui. Mais elle n'est guère avérée en France, sinon dans les discours des musulmans et affidés. Ce qui est attesté, c'est le contraire, l'islamophilie, l’amour de l’islam, la complaisance envers l’islam, l’impunité totale dont jouissent l’islam et les musulmans.

La seconde de ces haines, à savoir la haine que les musulmans vouent à ce qui n’est pas islam, est avérée depuis plus de quatorze siècles dans les faits, les événements, les textes fondateurs, le Coran, les hadiths, la Sunna, les textes de loi et les règlements en vigueur dans les pays musulmans. De fait, c’est l’islam qui nourrit une islamophobie délirante et ce sont les musulmans qui accablent d’une haine sans limite et sans fin leurs voisins, les étrangers, les autochtones, tous ceux qui n’ont pas prononcé la chouhada. Le racisme, le vrai, le racisme brut, primaire, le racisme des bas instincts et des tripes, le racisme pulsionnel, est là, consubstantiel à l’islam et à l’islamophobie qui nourrit les musulmans.

 

11 septembre 2013

De l'islamisation de la France

 

 


La liberté de conscience est sacrée. C’est une des valeurs qui fondent notre civilisation : elle nous vient de Socrate, du Christ, de nos plus grands écrivains. De même que nous refusons que l’on nous impose ce que nous devons penser ou croire, de même nous ne pouvons pas empêcher qui que ce soit de croire au loup garou, au grand horloger, au grand ou au petit manitou, à la matière, à Allah. L’islam est un ordre politique totalitaire, au sens propre de cet adjectif : c’est un tout dans lequel ce qui n’est pas islamique est interdit ou combattu. Ce sont des croyances avec des obligations (chouhada, pèlerinage, prières, aumône donnée aux seuls fidèles, inversion des activités pendant le mois lunaire de ramadan : on mange la nuit, on dort le jour), mais c’est aussi un ensemble de lois (charia), de tabous (licite et illicite), de principes politiques. Notre devoir, si nous tenons à la démocratie et à la liberté, est de combattre l’ordre politique menaçant que répand partout l’islam sous la forme de régimes tyranniques, de crimes de masse et contre l’humanité, de haine vouée aux minorités, aux Juifs, aux chrétiens, etc.

Cet ordre politique se caractérise, entre autres, par trois principes : la souveraineté vient d’Allah, les non musulmans ne sont pas des citoyens normaux, l’obligation de djihad.

L’article 3 de la Déclaration de 1789 porte « le principe de souveraineté réside essentiellement dans la nation ». Les citoyens, à savoir les Français majeurs et jouissant de leurs droits civiques, sont les seuls détenteurs de la souveraineté : c’est d’eux et d’eux seuls, après en avoir délibéré, que la loi émane. Pour l’islam, ce principe est impie. En islam, les seules lois en vigueur sont celles qu’Allah a dictées à Mahomet. La souveraineté est d’Allah, pas des nations, encore moins des hommes, surtout si ces hommes sont des femmes. De fait, excluant la souveraineté, l’islam exclut la démocratie : alors que la démocratie s’étend dans le monde, elle n’a pas progressé d’un pouce dans les pays musulmans. Elle a même régressé dans certains pays, tels le Liban ou l’Egypte.

Cet ordre politique est totalitaire par le mépris qu’il voue aux non musulmans, aussi bien dans les pays musulmans que dans les quartiers islamisés des villes d’Europe. Les Juifs et les chrétiens sont dits dhimmis. Les païens, athées, hindouistes, sont condamnés. Dhimmi se traduit par « protégé », ce qui laisse entendre, à tort, que des lois protègent les chrétiens et les Juifs. La traduction la moins inexacte serait « tolérés ». Ils sont tolérés, comme sont tolérés des animaux ou des sous-hommes ou des citoyens de second ordre, méprisés, niés dans leur être, humiliés, barrés dans leur carrière, souvent victimes de pogroms ou d’exactions collectives. C’est que, dans l’islam, qui est censé achever la Révélation, ils n’ont plus de raison d’exister.

Cet ordre politique est régi enfin par l’obligation de djihad. Au VIIIe siècle, les théologiens ont transformé les crimes de guerre de la conquête islamique en normes juridiques. Le monde a été divisé en deux zones : « dar el islam » et « dar el harb » ou « maison de l’islam » et « maison de la guerre ». Dans le « dar el harb » (maison de la guerre), les chrétiens, les Juifs, les païens, les athées sont « harbis », combattus, tués ou réduits en esclavage. Dans le « dar el islam », les chrétiens et les Juifs, qui acceptent les lois discriminatoires de l’islam, sont « tolérés », au sens où les lois du djihad ne leur sont pas appliquées, du moins tant qu’ils se soumettent. C’est ainsi que les chrétiens d’Orient et les Juifs ont été victimes de massacres en 1860, 1861, 1894-96, 1909, 1915-16, 1920-23, 1927-28, 1948, 1952-56, dans les années 1960, comme ils l’ont été récemment à New York, Bali, Madrid, Londres, Paris, etc.

Le 6 novembre 2005, l’UOIF a édicté une fatwa pour interdire aux musulmans de participer de façon « aveugle » aux émeutes et a fait référence à des versets dans lesquels Allah condamne les semeurs de désordre et les transgresseurs. Or, dans le Coran, les semeurs de désordre sont désignés : ce sont les Juifs, et les transgresseurs sont les infidèles. En France, une organisation reconnue par l’Etat et à laquelle certains font des risettes peut se référer à des versets qui suintent la haine des Juifs ou à des versets appelant au djihad, sans que les autorités de la République émettent la moindre protestation.

Si l’islam n’était qu’une foi, il ne soulèverait pas de difficulté en France ou dans le monde. Ce n’est pas le cas, hélas. Il serait suicidaire que de s’aveugler, par naïveté ou ignorance, sur la dimension politique totalitaire et impitoyable de l’islam.

 

 

L’islamisation de la France n’est pas due au hasard. Elle résulte de mesures, de décisions, de lois, de règlements : en bref d’une volonté politique, qui s’est manifestée pour la première fois en 1976, quand les immigrés, qu’ils aient ou non un travail, ont été autorisés à faire venir en France leur famille. L’immigration de travail s’est muée en immigration de peuplement. Or, alors que des fractions de peuples ont pu s’installer légalement en France, les mêmes gouvernants ont institué dans les écoles, collèges et lycées des enseignements de langues et cultures d’origine (ELCO) réservés aux enfants du regroupement familial et assurés par des maîtres étrangers, rémunérés par les pays d’origine. Ces immigrés étaient autorisés à faire souche en France et, en même temps, ils étaient préparés à un hypothétique retour, qui n’a jamais eu lieu. Ils étaient appelés à devenir français et, en même temps, il leur a été refusé d’être des Français comme les autres. Ces lois schizophrènes ont été complétées en 1980 par un arrêt du Conseil d’Etat qui autorisait la polygamie à ces seuls étrangers et par des accords entre la France et le Maroc, au terme desquels la France reconnaissait la légalité de la répudiation, quand elle était prononcée au Maroc.

L’islamisation de la France s’est accélérée à partir de 1981. Au pouvoir, les socialistes ont abrogé la loi qui interdisait aux étrangers d’avoir des activités politiques sur le sol français. Le décret d’application était à peine publié qu’un Tunisien et un Irakien, poursuivis dans leur pays pour complot contre l’Etat, ont fondé l’UOIF, émanation des Frères musulmans, organisation fondée en 1928 pour détruire la démocratie impie, pour éliminer les Juifs et pour réislamiser les pays arabes. Puis ce fut le tour d’organisations du même acabit, la FNMF, le PMF, etc. En 1982, à force d’emprunts sans objet et de dépenses délirantes, la banqueroute menaçait. Mitterrand a dû trouver d’urgence plusieurs dizaines de milliards de francs pour payer les traitements de la clientèle socialiste. Le roi d’Arabie et sa famille ont accepté de prélever vingt ou trente milliards de francs sur leur fortune pour les prêter à 18% ou plus. En échange, ils ont obtenu que les musulmans qui vivaient en France (ils étaient alors un million et demi) ou qui viendraient à s’y installer (ils sont cinq millions aujourd’hui) soient formés, organisés, contrôlés par les religieux wahhabites. Un statut préférentiel a été accordé à la Ligue islamique mondiale et autres organisations contrôlées par les Saoudiens, ce qui leur a permis de distribuer des fonds colossaux sans contrôle. Des Marocains formés en Arabie à ce qu’il y a de pire dans l’islam (l’intégrisme) ont été envoyés en France pour y ré-islamiser les musulmans, dont certains avaient été naturalisés. Au pouvoir, les socialistes ont favorisé les ELCO, imposant même aux Kabyles et aux Berbères, au nom d’une conception frelatée de l’origine, d’apprendre, non pas leur langue ou leur culture, mais l’arabe et l’islam. En 1990, l’inspecteur général Bruno Halff a remis à Jospin, son ministre, un rapport resté secret, dans lequel il révélait que l’enseignement de l’arabe en ELCO était un enseignement religieux et que, dans les écoles, collèges, lycées publics, des imams, déguisés en enseignants, propageaient l’islam aux frais des citoyens français et au détriment de la République. Bien entendu, Jospin, dont le père était collabo et qui a été formaté dans une organisation trotskiste faisant l’apologie des crimes commis partout où les partisans de Lénine et Trotski ont accédé au pouvoir, n’a pris aucune mesure pour mettre fin au détournement de la loi. Pis, alors que les élèves d’origine étrangère jouissaient du droit de connaître leur langue et leur culture ou leur religion, Jospin a dénié ce même droit aux jeunes Français, à qui l’accès au patrimoine de leur propre pays a été quasiment refusé. Dans la loi Jospin du 14 juillet 1989, l’article 10 autorise les élèves, en violation de la laïcité, à afficher leurs préférences culturelles dans l’enceinte des écoles : ils reçoivent même des crédits pour cela. Deux mois plus tard, ont commencé les affaires de voile islamique. Au lieu de rétablir la laïcité, Jospin a sanctionné le directeur de collège qui interdisait l’oriflamme de conquête qu’est le voile islamique. En 1992, Jean-Claude Barreau a publié un livre qui a déplu aux puissances islamiques. Les ambassadeurs saoudiens, iraniens et autres ont fait pression sur le ministre Bianco, qui a suspendu M. Barreau des fonctions qu’il exerçait à l’OMI (Organisation des Migrations internationales). En 1995, M. Pasqua, Ministre de l’Intérieur, a interdit au dénommé Ramadan, le théoricien du djihad, l’accès du territoire français. Deux ans plus tard, Jospin a levé cette interdiction et fait du raciste Ramadan le porte-parole des banlieues islamisées.

 

Comme l’islamisation de la France n’est pas un hasard de l’histoire, mais le résultat de la politique menée par les socialistes, le processus n’est pas irréversible : ce qui a été fait par la loi peut être défait par la loi. Le regroupement familial peut être arrêté ou rendu plus difficile, les étrangers peuvent être interdits de créer des associations politiques, les ELCO peuvent être supprimés, les transferts de fonds en provenance d’organisations wahhabites ou prônant le djihad peuvent être interdits, la loi Jospin peut être abrogée, les associations racistes ou appelant au djihad peuvent être interdites et leurs militants renvoyés chez eux, etc. L’arsenal juridique existe pour stopper le processus dans un premier temps et, dans un second temps, l’inverser.     

07 septembre 2013

Il n'y a pas de religion plus privilégiée que l'islam

 

 

 

 

            Imaginons que la Turquie ait été ou soit restée « chrétienne ». L’hypothèse n’est pas absurde, puisque c’est en Cappadoce, en Arménie, à Smyrne, Chalcédoine, Constantinople, Nicée, que le christianisme s’est épanoui, avant que les Turcs, immigrés d’Asie centrale, ne conquièrent l’Asie mineure grecque ou arménienne et ne l’islamisent totalement par le sabre. Eh bien, nous pouvons être certains que les pays démocratiques d’Europe, sans en excepter un seul, et les autres pays démocratiques du monde refuseraient d’entretenir des relations politiques avec la Turquie. Tout ce qui a été objecté à la Grèce des colonels, au Chili de Pinochet, à l’Espagne de Franco, au Portugal de Salazar, à l’Allemagne d’Hitler (fascisme, racisme, violation des droits de l’homme, haine de la démocratie, mépris des femmes, etc.) nous serait seriné à longueur d’antenne pour que la Turquie soit maintenue hors de la sphère des pays civilisés. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec les pays qui font l’apologie des crimes contre l’humanité et que négocier avec ces pays, ce serait nier ce que l’on est. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec les pays qui ont été purifiés, ethniquement et religieusement, par la violence et que négocier avec ces pays, c’est se faire complice du racisme. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec un pays qui occupe, militairement et en violation de toutes les lois humaines, l’île de Chypre, que son appartenance à l’Onu et à l’Union européenne n’a pas préservée de malheurs que l’on croyait propres aux époques barbares, et que négocier avec ce pays, c’est faire prévaloir la force sur le droit. On nous rappellerait que les démocraties ne négocient pas avec un gouvernement d’obédience wahhabite qui cherche à instaurer la charia et prône l’islamisation de la planète, et que négocier avec ce pays, c’est s’humilier. Même si la Turquie chrétienne s’était trouvée en Europe, il aurait été jugé obscène ou inconvenant ou insultant pour ses millions de victimes que des démocraties envisagent la possibilité d’ouvrir des négociations pour qu’elle adhère un jour, non pas dans quinze ou vingt ans, mais dans un siècle ou deux, à une construction politique, laquelle se flatte, dans son projet de constitution, d’être fondée sur la « dignité humaine », les droits de l’homme, les libertés, la solidarité, etc. et dont la valeur suprême est, prétend-elle, le respect de la « personne humaine ».

            En vérité, ce que montre l’adhésion annoncée, c’est que la Turquie jouit de traitements hors du commun et qu’elle bénéficie, avant même d’intégrer l’Europe, de privilèges inouïs. Les dirigeants de l’Union européenne sont même prêts à piétiner sans scrupule, sans hésitation, sans état d’âme, sans remords, tous les beaux principes, toutes les bonnes intentions, toutes les admirables professions de foi dont ils se gargarisent, et ce, pour intégrer un pays d’Asie à l’Etat politique qu’ils ambitionnent d’établir en Europe. Sont-ils devenus fous ? La raison politique leur fait-elle perdre la raison ? Ou bien est-ce parce que la Turquie est islamique qu’il faut qu’elle devienne européenne ? Est-ce l’islam qui la sanctifie ? Est-ce que l’islam est tabou ? Ou bien est-ce parce que le sabre de l’islam terrorise les dirigeants de l’Europe que, ceux-ci, par lâcheté ou veulerie, se préparent, comme Daladier et Chamberlain, à la servitude ?

 

            L’aveuglement est d’autant plus incompréhensible qu’il rompt avec une lucidité ancienne. Il fut un temps – hélas révolu – où les élites de France et d’Europe n’hésitaient pas à tenir sur la Turquie et sur l’islam un discours sans fard.  Voici, entre autres exemples, dans quels termes insolents Victor Hugo, dans La Légende des Siècles (Partie III l’Islam), décrit Mahomet le prophète.

« Le divin Mahomet enfourchait tour à tour / Son mulet Daïdol et son âne Yafour ; / Car le sage lui-même a, selon l’occurrence, / Son jour d’entêtement et son jour d’ignorance. »

Voici encore le poème intitulé « 1453 » qu’il consacre, dans la partie VI de la Légende des siècles, au siège de Constantinople et dans lequel il prédit (ce en quoi il s’est bien trompé) que la France libèrera les territoires byzantins que Mehmet (Mahomet en turc) a conquis cette année-là :

« Les Turcs, devant Constantinople, / Virent un géant chevalier / A l’écu d’or et de sinople, / Suivi d’un lion familier. / Mahomet Deux, sous les murailles, / Lui cria : « Qu’es-tu ? » Le géant / Dit : « Je m’appelle Funérailles, / Et toi, tu t’appelles Néant. / Mon nom sous le soleil est France. / Je reviendrai dans la clarté, / J’apporterai la délivrance, /J’amènerai la liberté »…

            Ce dont on est sûr, c’est que cette prédiction ne sera jamais réalisée et que ni Fabius, ni Moscovici, ni Mamère, ni Guigou, ni Hollande, ni Cohn-Bendit « n’amèneront la liberté » et qu’eux aussi, comme les collabos, ils préfèreront la servitude à la « délivrance ».

Quand ils étaient « grands », cultivés, épris de vérité, soucieux d’histoire, les écrivains de France savaient qui étaient les Turcs. Voici les crimes que Victor Hugo, dans La Légende des siècles, attribue à l’un des innombrables conquérants turcs, le Sultan Mourad :

« Dans son sérail veillaient les lions accroupis ; / Et Mourad en couvrit de meurtres les tapis ; / On y voyait blanchir des os entre les dalles ; / Un long fleuve de sang de dessous ses sandales / Sortait, et s’épandait sur la terre, inondant / L’Orient, et fumant dans l’ombre en Occident. »

Le recueil poétique Les Orientales, publié en 1829, est un inventaire des crimes contre l’humanité commis par les Turcs, au début du XIXe siècle, dans les territoires grecs qu’ils ont colonisés pendant quatre siècles. Les « massacres de Chio » sont un événement historique que Victor Hugo, en poésie, et Delacroix, en peinture, ont rendu célèbre. Le poème intitulé « L’enfant » commence ainsi : « Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil » ; et se il termine par ces deux vers : « Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus, / Je veux de la poudre et des balles ». Deux siècles plus tard, ce sont des montagnes d’euros dont les dirigeants de l’Union vont dépouiller les citoyens d’Europe et qu’ils offriront aux Turcs. Ce ne sont plus des aides qu’ils versent, c’est l’impôt de dhimmitude ou jiziya dont ils s’acquittent.

Victor Hugo n’est pas le seul, ni le premier à avoir dit sans fard la vérité sur les Turcs et sur l’islam. Dans le Discours sur les sciences et les arts (1750), Jean-Jacques Rousseau, qui pensait bien en toute occasion et dont le Contrat social a sans doute inspiré Chirac, Guigou, Moscovici, Cohn-Bendit et la clique turcophile, expose les facteurs qui ont produit, à la fin du XVe s., la Renaissance des arts et des lettres en Europe. C’est la stupidité turque qui a suscité la Renaissance de l’Europe.

« L’Europe était retombée dans la barbarie des premiers âges. Les peuples de cette partie du monde aujourd'hui si éclairée vivaient, il y a quelques siècles (comprendre : au Moyen Age), dans un état pire que l'ignorance. Je ne sais quel jargon scientifique, encore plus méprisable que l’ignorance, avait usurpé le nom du savoir, et opposait à son retour un obstacle presque invincible. Il fallait une révolution pour rame­ner les hommes au sens commun ; elle vint enfin du côté d’où on l’aurait le moins attendue. Ce fut le stupide Musulman, ce fut l’éternel fléau des lettres qui les fit renaître parmi nous. La chute du trône de Constantin (id est la prise de Constantinople en 1453) porta dans l’Italie les débris de l’ancienne Grèce. La France s’enrichit à son tour de ces précieuses dépouilles. Bientôt les sciences suivirent les lettres ; à l’art d’écrire se joignit l’art de penser ; gradation qui paraît étrange et qui n’est peut-être que trop naturelle ; et l’on commença à sentir le principal avantage du commerce des Muses, celui de rendre les hommes plus sociables en leur inspirant le désir de se plaire les uns aux autres par des ouvrages dignes de leur approbation mutuelle. »

Les écrivains européens n’ont pas été en reste avec Rousseau ou Hugo. Parmi tous ceux qui ont résisté, il convient de rendre hommage au Bulgare Ivan Vazov, auteur de « Sous le joug » (paru en 1889), un roman admirable qui raconte les crimes abominables que les Turcs ont commis pour maintenir sous leur sabre sanglant les courageux habitants de Bulgarie. C’est un roman dont la lecture devrait être rendue obligatoire à l’ENA, à l’Assemblée nationale, au Parlement européen, à la Commission de Bruxelles et dans toutes les institutions de l’Europe. Il éclairerait peut-être Guigou, Cohn-Bendit, Chirac, Moscovici et alii, mais il n’est pas certain que les aveugles veuillent recouvrer la vue. Vivre dans les ténèbres repose, comme vivre couché.

            Malgré tout, essayons de braquer un faisceau de lumière sur quelques faits, dont les puissants du jour ont décidé qu’ils allaient rester dans l’ombre.  En 1920, un traité de paix a été signé à Sèvres entre les puissances victorieuses de la guerre de 1914-1918, dont la France et l’Angleterre, et l’Empire ottoman, qui avait été l’allié fidèle de deux Reich : l’Allemagne et l’Autriche. C’est un traité admirable qui prévoyait la création dans la partie orientale de la Turquie actuelle d’un Etat arménien, libre, souverain et indépendant, avec des frontières reconnues par la communauté internationale et garanties par le président des Etats-Unis d’Amérique, et où les survivants du grand massacre de 1896, des massacres d’Hadana en 1909 et du génocide des années 1915-1916 auraient dû trouver refuge. Il prévoyait aussi la création dans la partie méridionale de la Turquie d’un Etat kurde, libre, souverain et indépendant. Si les Kurdes en avaient bénéficié, ils n’auraient pas subi les massacres de masse que leurs voisins leur infligent depuis près de trois-quarts de siècle. Il prévoyait enfin la restitution aux Grecs de la façade maritime de la partie occidentale de la Turquie. Il prévoyait que les 7 ou 8 millions de Turcs d’alors conserveraient la moitié du territoire de la Turquie actuelle, ce qui équivalait à la superficie de l’Italie. Or, et cela ne s’est jamais vu dans l’histoire de l’humanité, les Turcs ont rejeté la signature de leurs propres autorités et, sous la direction d’officiers allemands, ils ont mené une guerre sans merci pour annuler le traité de Sèvres, qui ne leur convenait pas. Ce fut la première capitulation des puissances européennes. 

La « laïcité » prend trois formes dans le monde, là où elle existe, loin des théocraties que sont l’Arabie saoudite, l’Iran, la Mauritanie, le Soudan et quelques autres pays méprisables : la séparation de l’Etat et de la religion, la sécularisation, le contrôle de la religion par l’Etat.  Lorsque la religion est séparée de l’Etat, comme c’est le cas en France, l’Etat ne construit ni église, ni mosquée, ni synagogue, ni temple, ni cimetières privés, il ne rémunère pas les ministres du culte. La contrepartie est qu’il lui est interdit d’intervenir dans les affaires religieuses et de contrôler le clergé, qui retrouve ainsi, bien qu’il soit appauvri, une liberté presque totale. Le phénomène de sécularisation que l’on observe en Europe et en Occident depuis un demi siècle (ou plus) se caractérise par des mutations qui touchent le christianisme et le judaïsme. Alors que ces religions sont censées s’occuper en priorité des relations avec le Ciel, peu à peu, elles se « sécularisent ». Le christianisme qui, en théorie, est une religion du salut se tourne de plus en plus souvent vers des activités sociales. Le judaïsme perd peu à peu sa vocation juridique, en acceptant les lois des pays dans lesquels les Juifs vivent. Le terme « laïcité » sert aussi à désigner le contrôle de la religion par l’Etat. C’est la solution détestable qu’ont adoptée les régimes communistes, quand ils se sont lassés de persécuter les chrétiens. Ce sont ces formes que prend la laïcité dans quelques pays arabes et musulmans, tels que l’Algérie (du temps de Boumedienne), de l’Irak sous Hussein, de l’Egypte de Nasser, de la Syrie sous Assad et surtout de la Turquie de Mustapha Kemal, dit Atatürk, et d’Ismet Inonü, entre 1923 et 1950. La laïcité à la turque dont on nous rebat les oreilles est la forme totalitaire et haïssable que prend la laïcité. En réalité, c’est une pseudo laïcité. Il vaudrait mieux dire, pour désigner cet état de choses, « soumission de la religion à l’ordre politique ».

Or, en Turquie, même cette pseudo laïcité est morte, comme elle est morte en Egypte ou en Irak. En effet, pendant dix ans, entre 1950 et 1960, la Turquie a été gouvernée par un parti islamique, dont la politique a consisté à annuler la plupart des lois, dites à tort laïques, de Mustapha Kemal. Les confréries qui ont islamisé les Turcs et l’Asie mineure ont été à nouveau autorisées, l’enseignement de la seule religion islamique a été rétabli dans les écoles publiques, et il a été imposé aux non musulmans, l’Etat a créé des écoles de formation d’imams et de prédicateurs, dont le premier ministre actuel, Erdogan, a été l’élève assidu, les chrétiens et les juifs qui ont survécu aux massacres ont été contraints de se taire et ils se sont terrés dans leur coin, victimes de discriminations immondes. Evoquer la laïcité à propos de la Turquie, c’est croire que la démocratie a existé en URSS, c’est invoquer le dahu ou le zombie, c’est tromper les Européens en leur faisant croire aux fantômes.

 

Malgré les attentats, les massacres de masse, les crimes contre l’humanité qui se produisent chaque jour dans les pays musulmans ou dans les pays qui ne sont pas dans la sphère d’influence de l’islam, les démocraties croient qu’elles vont « garder leur âme », en négociant ou en collaborant avec l’islam qui inspire, provoque ou organise ces attentats, massacres, crimes contre l’humanité. Que cet islam soit politique, frère musulman, wahhabite, salafiste, de prédication ou autre, peu importe. Les tragédies du XXe siècle nous ont appris que ceux qui composaient avec la Bête immonde, non seulement perdaient leur âme, mais aussi se suicidaient. Le parti qui gouverne la Turquie et qui contrôle tous les organes du pouvoir n’est pas celui de Mustapha Kemal, il n’est pas non plus le parti social démocrate d’Ecevit, c’est un parti wahabite, financé par les Saoudiens, c’est le parti du sabre et des mosquées, des turbans et des voiles,  de la haine des femmes, des étrangers, des chrétiens, qui professe les mêmes croyances que Ben Laden et ses acolytes et dont il ne se distingue que par la stratégie. L’islam politique a deux objectifs. Le premier est la ré-islamisation sur le modèle saoudien des pays musulmans et de tous les musulmans, où qu’ils vivent. Le second est l’islamisation de la planète – c’est-à-dire l’imposition à toute l’humanité de la « loi » islamique. Le Turc Erdogan, qui est l’âme damnée des Saoudiens, pense atteindre le second objectif, quand le premier aura été réalisé ; Ben Laden pensait parvenir aux deux objectifs en même temps : voilà ce qui les sépare. C’est de l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. 

 

27 août 2013

De la harbitude

 

harbitude, néologisme. 

 

 

 

En arabe, l’adjectif harbi dérive du nom harb, qui signifie « guerre ». Il est aussi employé comme nom pour désigner des hommes à qui la guerre est faite et qui sont définis par la guerre qu’on leur fait et réduits à ce seul être. Il n’existe pas en français d’adjectif ou de nom qui équivalent à harbi. Le concept n’est pas pensé par les Français, il est étranger à leur langue et à leur histoire. Pour les Français, il est concevable que des hommes soient réduits à cet être de harbi. Il faut se reporter à l’injonction « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » que Simon de Montfort aurait adressée à ses soudards chargés d’éliminer les Albigeois pour trouver un être qui correspondît à celui de harbi, mais aucun mot n’a été forgé à cette époque pour signifier cet être de « tué ». Le mot ennemi ne convient pas pour traduire harbi. On a des ennemis sans leur faire la guerre et ces ennemis, après une guerre, deviennent des alliés. Harbi n’est pas une qualité provisoire ou éphémère, mais un être, une qualité continuelle qui ne cesse qu’avec l’extermination de ceux à qui la qualité est attribuée. L’être harbi disparaît avec ceux qui sont nommés harbis. Le harbi est à ceux qui leur font la guerre ce que les juifs étaient aux socialistes nationaux en Allemagne, de 1933 à 1945, et dans les pays que les armées allemandes ont envahis et occupés de 1939 à 1945. Là, c’est la défaite de l’Allemagne qui a mis fin à la guerre que les Allemands faisaient aux juifs. On pourrait traduire harbi par guerroyé. Mais même un mot inventé comme guerré (au sens de « celui à qui est faite une guerre à mort ») ne convient pas. Seul à exterminer traduit assez bien harbi, dont l’être est de subir la guerre jusqu’à ce qu’il soit tué et qui est réduit à ce seul être.

D’où vient cet être ? Qu’est-ce qui y donne sens ? 

Pour l’islam et cela depuis le VIIIe siècle, le monde connu est divisé en deux zones. D’une part, le dar el islam ou « maison de l’islam », où l’islam fait loi ; de l’autre, le dar el harb ou « maison de la guerre », où l’islam fait la guerre aux harbis. Les « gens d’un livre » (ahl kitab), juifs ou chrétiens, se répartissent en dhimmis, quand ils vivent dans le dar el islam et acceptent que l’islam gère leur pays, et en harbis quand ils vivent dans la zone de guerre. Les premiers se soumettent, aux seconds il faut faire la guerre. Quant aux païens, hindous, animistes, athées, ils sont harbis.

La harbitude est donc l’être des harbis. Elle est aux harbis ce que la dhimmitude est aux dhimmis.

 

Il est un savoir méprisé qui est éclairant pour comprendre ce qu’est un harbi. C’est l’antique savoir des dhimmis, ces peuples qui, leur pays ayant été conquis, pillé, mis en coupe réglée par les arabes ou les ottomans islamisés, se sont soumis aux conquérants et envahisseurs et se sont retrouvés dans leur propre pays en moins de deux ou trois siècles minoritaires, mais « protégés » (c’est le sens du mot arabe dhimmi) par les nouveaux seigneurs du monde devenu islamique. Je ne connais qu’un seul penseur qui fasse l’effort de comprendre le monde à la lumière de la dhimmitude : Bat Ye’or, islamologue de nationalité britannique, née dans la communauté juive d’Egypte, qui adopte le point de vue des vaincus. La condition de dhimmi, qui est vieille pourtant de plus de quatorze siècles, dure encore dans les pays qui n’ont pas été totalement islamisés (id est purifiés), à savoir Irak, Syrie, Jordanie, Egypte, Soudan. Contrairement aux chercheurs en islam dûment estampillés ou patentés par l’Université et qui se pressent dans ces pays pour se prosterner aux pieds des oppresseurs, Bat Ye’or prend le parti des opprimés pris « dans le lacis des contraintes discriminatoires » qu’impose l’islam. Si les organisations dites antiracistes et autres ligues dites des droits de l’homme étaient fidèles à ce qui les fonde, elles protesteraient contre ces discriminations et militeraient pour qu’elles soient abolies. Comme elles restent coites, on est en droit d’en déduire qu’elles les approuvent. Bat Ye’or explique la pieuse allégeance de ces organisations par le négationnisme qui leur est consubstantiel.

« Etre dhimmi, c’est avant tout une façon d’être au monde, en fonction d’un conditionnement inconscient de la totalité de l’être », façonnée, modelée par une expérience millénaire vécue par des millions d’hommes et surtout régie par des lois. « L’histoire des sociétés esclaves ne peut pas être analysée avec les mêmes paramètres que l’histoire des peuples libres ». Bat Ye’or libère ces dhimmis du double avilissement islamique et occidental dans lequel ils ont sombré.

 

La France se trouve dans le dar el harb. Elle est une zone de guerre, parce que la loi islamique n’y est pas appliquée ou n’y est appliquée que dans quelques zones ou quartiers ou cités, et que les Français ne sont pas soumis. Ils ne sont pas musulmans (en arabe, musulman signifie « soumis »). Puisqu’ils vivent dans le dar el harb, ils sont harbis ou à exterminer ou guerrés. La guerre doit leur être faite et il est du devoir des musulmans de leur appliquer l’injonction de Simon de Montfort, citée ci-dessus, laquelle convient assez bien pour décrire leur être de harbi, à condition de remplacer Dieu par Allah, ou bien la « solution finale » décidée à Wannsee en 1942. Si les Français se soumettent avant que l’extermination ne soit achevée, ils seront ou musulmans, c’est-à-dire « soumis », ou dhimmis, c’est-à-dire protégés. S’ils reconnaissent la supériorité de l’islam, ils auront la vie sauve. Un droit leur sera reconnu : celui de vivre dans leur propre pays.  

C’est le djihad qui configure le monde, à savoir cet « effort » (djihad signifie « effort ») qui s’impose aux musulmans d’islamiser le monde, de faire entrer le dar el harb dans le dar el islam, d’en éliminer les harbis ou en faire des dhimmis, de soumettre l’humanité à la loi d’Allah. L’être de harbi cesse avec la victoire de l’islam. La condition de dhimmi, elle, résulte de la victoire de l’islam, ou nasr ou fattah, écrit à l’entrée d’un nombre important de mosquées. « Les lois édictées par la charia, écrit Bat Ye’or, touchent à tous les domaines de l’existence ». Les dhimmis paient des impôts particuliers. Il leur est interdit de construire, agrandir, restaurer leurs lieux de culte (églises ou synagogues) ; leur culte doit être discret (les cloches ne sonnent pas) ; leur témoignage contre un musulman n’est pas recevable ; ils sont condamnés à mort s’ils épousent une musulmane ou s’ils ont l’audace de faire du prosélytisme ; il leur est fait obligation de pourvoir au harb qui pousse les musulmans qui font le djihad (les moudjahidoun) à faire main basse sur de nouveaux territoires. La possession du sol leur est interdite. Leur terre est dite fey : c’est un butin de guerre. C’est donc l’islam victorieux qui décide des interdits dont pâtissent les dhimmis et des droits qui leur sont abandonnés. La négociation n’est pas possible. Le dhimmi est un harbi qui reconnaît la victoire de l’islam. Dès lors, il est protégé du djihad qui prescrit contre les harbis (que nous sommes) l’esclavage, les massacres, les pillages, le butin. C’est ainsi qu’il faut entendre la « protection » offerte aux dhimmis, ce dont les spécialistes de l’islam et autres « sciences sociales et humaines » déduisent sans rire ni ironie une tolérance qui serait consubstantielle de l’islam. Si le dhimmi se rebiffe, il redevient harbi et les lois du djihad lui sont appliquées.

 

C’est la vision que les musulmans, où qu’ils vivent, dans des pays d’islam, en Inde, en Europe, aux Etats-Unis, ont du monde. La popularité dont jouissent Ben Laden et autres moudjahidoun en est l’expression. Les principes musulmans ou islamiques (non pas islamistes) qui régissent la condition, le statut ou le sort des dhimmis et l’être des harbis (c’est-à-dire les ressortissants du dar el harb ou « maison de la guerre ») rendent compte plus clairement et avec plus de pertinence des événements qui se produisent dans les banlieues sensibles (incendies d’écoles, de gymnases, de synagogues, de bâtiments publics, d’autobus, de femmes, de biens privés, agressions contre les personnes, insultes, etc.) que les explications habituelles ou trop souvent ressassées des spécialistes des « sciences » sociales et humaines (humiliation, « pauvreté », ressentiment post-colonial, nécessité, etc.). Les intellectuels doivent en finir avec le mépris. Il faut analyser, comprendre, considérer l’islam pour ce qu’il est, en fonction de ce qui le fonde, des actes qu’il inspire, des croyances qu’il génère.            

            Le lundi 25 mars 2002, les chaînes de télévision ont montré des images de la « Boucherie ENNASR » de Lille, devant laquelle avait explosé un gros pétard. Personne ne s’est interrogé sur la raison commerciale écrite en très gros caractères latins et arabes. En arabe, ENNASR signifie « LA VICTOIRE ». La victoire en question n’est pas le résultat d’un match de football mais l’issue d’une guerre. De quelle guerre s’agit-il ? Non pas la Victoire de 1914-18, mais la victoire des guerriers de l’islam qui, en un siècle de 622 à 732, ont conquis par les armes la moitié du monde connu d’alors et y ont imposé la charia. Le nom de cette boucherie célèbre la victoire de l’islam sur les infidèles et leur réduction au statut de dhimmis. Des mosquées établies en France se nomment El Fattah. Qui s’étonne de ce nom ? En arabe, fattah signifie « ouverture » et « conquête ». Il désigne le fait historique suivant, quand, après 632, les armées de l’islam se sont ouvert d’importants territoires et les ont conquis. En France donc, des commerces et des lieux de culte célèbrent la guerre et la victoire de l’islam. Que des mosquées en Iran ou au Maroc soient nommées El Fattah ne nous importe guère. En revanche, que des termes de guerre soient affichés dans l’espace public soulève des questions qu’il ne faut pas éluder.

            Un autre mot, anodin en apparence, révèle les enjeux des « langages des Arabes », pour parler comme Berque. Dans les quartiers où ces musulmans sont majoritaires, les Français sont nommés gaulois. Il leur est donné le nom d’un peuple que des soldats, des colons, des envahisseurs décidés et résolus ont fait disparaître de l’histoire. Ce nom n’est pas neutre. Il réduit les Français au simple statut d’autochtones qui sont en passe de ne plus l’être et il les ramène à un être ethnique et racial de vaincus. S’ils ont été colonisés une première fois, ils peuvent l’être une seconde fois.    

Formés à partir du verbe latin migrare, auquel sont ajoutés les préfixes - in et - ex ou - é, immigrer et émigrer désignent deux actions inverses : entrer dans un pays et en sortir. Ils impliquent un déplacement et le franchissement de frontières. Ces termes se répondent : un émigré est aussi un immigré, et vice versa. Pour l’islam, l’immigré à proprement parler n’existe pas. Les émigrés sont nommés mouhajiroun, c’est-à-dire, mot à mot, des « hommes de l’hégire », qui font ou refont l’hégire. L’hégire (an 622) est le premier jour du comput islamique. Les musulmans qui émigrent sont censés imiter Mahomet, le premier mouhajir de l’islam, qui, en fuyant La Mecque pour émigrer à Médine, a fondé l’islam. Pour l’islam, émigrer, c’est répandre la vraie croyance pour agréger de nouveaux territoires au dar el islam. Une des organisations qui, de Londres, appelle à la guerre contre les harbis, se nomme « les émigrés » ou mouhajiroun. Les mots d’ordre qui résonnent dans les mosquées El Fattah aménagées en Europe relèvent de cette logique fondatrice de l’émigration, aussi ancienne que l’islam. C’est « là où vit un musulman, la loi d’Allah doit être appliquée » et « mort aux chrétiens et aux juifs » (ou aux infidèles et aux mécréants). Il y a identité entre le mouhajir et le moudjahid, entre l’émigré et le combattant du djihad.

Les jets de pierre de plus en plus fréquents dans les cités sensibles sont nommés caillassage, mot qui n’est pas relevé dans le Trésor de la Langue française. En arabe, ils ont pour nom lapidation. On lapide les femmes dites adultères, mais aussi Satan. Jeter des pierres sur chitan (id est Satan) est un des rites du pèlerinage à La Mecque. Accueillir les policiers à coups de pierres n’est pas neutre. La lapidation est un devoir islamique quand un musulman a en face de lui Satan ou l’un de ses affidés. Comme les Français sont harbis, il est juste, d’après les principes du Coran, non seulement de les lapider, mais aussi de les voler : « le butin revient aux émigrés (mouhajiroun) pauvres qui ont été obligés de quitter leur pays », prescrit Le Coran. Analysés avec les mots des sciences sociales, les faits de banlieue sont déformés. Quand la situation est décrite avec les mots de l’islam et dans le langage des Arabes, elle est éloquente.

 

Les spécialistes de l’islam jugent sacrilèges les mots impurs des infidèles. Ce ne sont que des préjugés (évidemment racistes) d’Occidentaux dégénérés, pense Gardet dans Les hommes de l’islam. Pourtant, dès qu’ils étudient les colonies islamiques établies en France et en Europe, le tabou est violé. Les concepts infidèles deviennent heuristiques. Ce qui est hachouma en islam devient sacré en terre infidèle. La belle tartuferie ! L’Autre étant Autre, il n’est pas soi : autant ne pas le prendre pour ce semblable qu’il n’est pas. Ainsi on préserve son irréductible altérité. Dhimmi et harbi non seulement éclairent, mais encore ils font voler en éclats les mots frelatés, fictifs, trompeurs des experts en islam et autres sciences socialos humanitaires.

 

19 août 2013

Comment pensent les islamologues

 

 

L’exemple de Bruno Etienne, in L’islamisme radical, Hachette, 1987, Le Livre de Poche, biblio essais, 1991.

   

            Monsieur le Professeur Etienne est un anthropologue qui fait dans le culturel, et pas, comme ceux qui l’ont précédé dans cette discipline, dans le physique, c’est-à-dire dans l’ethnique, le racial et le raciste. Il compte parmi ces professeurs d’université dont l’objet d’étude est la culture et l’imaginaire de l’islam. Il se présente comme un orientaliste marchant sur les brisées du très dépressif Nerval, dont le mérite, voyageant en Egypte, est d’avoir épousé à la mode islamique une jeune fille achetée au marché aux esclaves pour qu’elle satisfasse ses appétits sexuels et lui tienne son ménage. Monsieur le Professeur Etienne « a fait le voyage comme Gérard de Nerval ». On espère qu’il ne l’a pas imité en esclavagisme. Il écrit Islam avec une majuscule, comme il écrit par souci d’impartialité Christianisme avec un grand C. Il défend ceux qui se réclament de Sayyed Qotb (celui qui fait du djihad contre les infidèles, étrangers, impies, chrétiens, etc. la sixième obligation de tout musulman), Kischk, El Banna (celui qui a voulu purifier l’Egypte des immigrés qui y avaient trouvé un asile ou un emploi) et qui prêchent un islam guerrier, agressif et conquérant, les faisant passer pour les dignes successeurs de Lénine, Trotski, Pol Pot, Mao. Ce sont des khmers verts en quelque sorte. Comme Monsieur le Professeur Etienne est marxiste léniniste maoïste radical, il comprend ses frères en révolution, il les justifie, exposant aux béotiens tout le bien qu’il pense de l’islam.

            Il est impossible de douter qu’il connaisse bien son objet d’étude. Le glossaire des mots arabes qui clôt son livre compte six pages denses. Les concepts islamiques sont désignés par le mot arabe qui les exprime, puis traduits en français, quand la traduction est possible. Monsieur le Professeur Etienne n’a rien d’un amateur. A n’en pas douter, le docteur en marxismes est devenu expert ès choses islamiques. Ce qu’il expose est ruminé. Ce ne sont pas des opinions à l’emporte-pièce qu’il exprime, mais une série de thèses. Il est donc pertinent d’analyser ce qu’il pense et comment il en est arrivé à penser ce qu’il exprime.

           

            Ce qui sous-tend ses thèses est le mépris sans limites qu’il exprime à l’encontre de l’occident. Son occident est un monstre à mille têtes. Pourquoi ? Cet occident ne connaît rien de l’islam, il ne veut rien en connaître et il ajoute à l’ignorance de bêtes préventions, évidemment racistes. « L’imaginaire occidental s’est construit une hostilité dramatique à l’encontre de l’Islam », écrit-il dans un français approximatif, en prenant soin de préciser qu’il traite de l’imaginaire occidental, non pas de l’occident réel. La prudence est bienvenue. L’occident réel commerce avec l’islam, accueille des dizaines de millions de musulmans, mille fois plus que l’islam n’accueille d’infidèles (de ce point de vue, l’occident est victime d’un échange inégal – mais Monsieur le Professeur Etienne ne s’interroge pas sur les causes de cette inégalité ni sur ce qu’elle signifie), leur offre asile, travail, avantages sociaux, études et libertés. Cette politique réelle, tangible, vérifiable est à l’opposé d’une hostilité dramatique. S’il traitait de l’occident réel, les thèses qu’il développe s’effondreraient comme châteaux de sable à la marée montante. L’imaginaire présente l’avantage d’être friable, imperméable aux faits, sans fondement solide, fluctuant. Il échappe à toute critique réfléchie et la contradiction l’épargne. On peut en dire ce qu’on veut, rien ou quelque chose, n’importe quoi, tout et son contraire.

 

            C’est la colonisation qui alimente l’hostilité de l’imaginaire occidental. Examinons cela. Je doute que les institutions de la France aient exprimé quelque hostilité que ce soit à l’encontre de l’islam depuis un siècle ou plus. Cette hostilité a peut-être eu un semblant de réalité chez les apologistes lyriques des colonies. Pourtant la colonisation n’implique pas d’hostilité de principe à l’encontre de l’islam. Jamais dans les colonies l’islam n’a été interdit, encore moins entravé ou brimé. Jamais il n’a été interdit à qui que ce soit de le pratiquer ou même de le prêcher. De ce point de vue, les lois et les décisions ont été impartiales. De 1870 à 1960, les Républiques coloniales (la IIIe et la IVe) avaient pour ennemis non pas l’islam, ni les musulmans, mais l’Eglise et les catholiques pratiquants. Et s’il y a eu pendant un siècle de République une hostilité de principe, exprimée dans les lois, à l’égard d’une religion, c’est l’Eglise catholique qui en était la cible, pas l’islam. 

            En France, la colonisation expliquerait, plus que dans tout autre pays d’occident, cette hostilité. Acceptons la conjecture d’une relation de cause à effet entre la colonisation et l’hostilité. Elle n’est pas le fait des Français. La France s’est débarrassée en 1962 d’un énorme boulet qui, si elle l’avait conservé aux pieds, l’aurait entraînée dans l’abîme sans fond du néant destructeur : rapporté aux cent ou deux cent mille malheureux et aux centaines d’étrangers égorgés en Algérie depuis 1991, les innocents tués et les martyrs auraient été de dix à vingt plus nombreux si l’Algérie était restée dans le giron de la France. Si hostilité il y a ou y a eu, elle est le fait des ex-colonisés. Il n’importe guère qu’ils soient hostiles à la France tant qu’ils restent dans leur pays. En revanche, quand ils traversent la Méditerranée, clandestinement ou non, pour faire en France, dite dar el harb, « maison de la guerre », le djihad contre les Français, la situation est toute différente. Dans leur histoire, les Français ont déjà connu en 1940 une situation équivalente, sans que d’ailleurs les élites et les professeurs d’Université alors résistent à l’occupation qui a suivi. Monsieur le Professeur Etienne a de qui tenir.  

            La disqualification colonialiste est opposée à l’Eglise, aux Français, aux occidentaux, jamais aux musulmans ni à l’islam. « L’Europe ne serait pas exactement ce qu’elle est si elle n’avait pas connu l’islam », écrit-il. Il cite l’Espagne andalouse, la Sicile, la Crimée, les Balkans. Or, dans ces pays, l’islam a été colonial et pendant plus de siècles que la France ne l’a été au Maghreb. Pendant huit siècles, les chrétiens d’Espagne ont subi la tyrannie islamique. Pendant quatre siècles, les Serbes, les Bulgares, les Roumains, les Grecs, les Albanais, etc. ont vécu sous le joug de l’islam qui a été plus féroce, plus destructeur, plus négateur que la tolérante république française. Quatre siècles (au minimum), c’est plus de trois fois plus longtemps que la France n’a colonisé à tort l’Algérie ou plus de dix fois plus longtemps que la France n’a protégé à tort le Maroc. Or, Monsieur le Professeur Etienne ne s’interroge jamais sur l’hostilité dramatique ni sur le racisme que l’islam conquérant, impérial et colonisateur nourrit à l’encontre des pays d’Europe qu’il a vaincus et soumis pendant de longs siècles. Pourtant, ces haines racistes existent. Il suffit de lire les tracts musulmans, d’écouter les prêches des imams et autres ayatollahs, ou même de lire le Coran pour s’en convaincre. Il n’est pas besoin de lire ce qu’ont écrit les victimes de l’islam. En retour, quel savoir colossal ont accumulé pendant des siècles les peuples d’orient, qu’ils soient dhimmis (« protégés ») ou harbis (« à exterminer ») : les coptes en Egypte, les chaldéens assyriens, qui ne sont ni arabes, ni musulmans, les grecs catholiques de Syrie, d’Egypte et du Liban, les maronites, les melkites, enfin tous ces peuples vaincus il y a quatorze siècles, soumis, humiliés, dominés, qui sont à peine mieux traités dans leur propre pays que des chiens abandonnés dont l’écuelle est remplie chaque jour d’un quignon de pain !

            Dans L’islamisme radical, Monsieur le Professeur Etienne réduit l’orient au seul islam, ce qui est faux sur le plan historique et un contresens sur le plan épistémologique. L’orient, c’est dans la mystique chrétienne le Christ. L’opposition occident vs orient a d’abord (c’est encore vrai aujourd’hui) un sens dans le monde chrétien : chrétienté d’occident vs chrétienté d’orient, Rome vs Constantinople puis Byzance. Il est plaisant qu’un expert patenté ès Maghreb (il s’est patenté lui-même, il ne paie pas patente à l’Etat) ignore qu’en arabe maghreb signifie « occident » - là où le soleil se couche – et qu’il englobe, contre toute vérité historique et en dépit de toute réalité géographique, les pays du Maghreb, qui sont d’occident, dans l’aire qu’il nomme orient. Ou il a perdu le sens de l’orientation, ou il ne sait pas lire une carte. De ce fait, un expert en islams (pour lui, l’islam est pluriel, comme Jospin), malgré le savoir colossal qu’il prétend maîtriser, n’esquisse pas le début du moindre commencement d’analyse du savoir accumulé par ces humiliés et ces opprimés, menacés dans leur chair, et qui peu à peu s’éteignent, sans que le défenseur des opprimés verse la moindre larme sur leur sort. De toute façon, c’est préférable : s’il se lamentait, se larmes de crocodile seraient couverts par des youyous d’allégresse. Il se fonde sur les vainqueurs pour analyser l’islam. Mutatis mutandis, sa méthode est celle d’historiens qui établiraient ce qu’a été le national socialisme en occultant la soumission de l’Europe à l’ordre germanique ou l’extermination organisée de peuples entiers par les Allemands. Le seul méchant est l’occident qui orne sa méchanceté originelle de perversité, d’arrogance, de bêtise ; la victime est l’islam, qui couronne son savoir naturel, de bonté, d’humilité, d’honnêteté, de respect d’autrui, bien entendu de tolérance. Ou Monsieur le Professeur Etienne fait de la science sans savoir ce qu’est la science, à savoir, dans ces disciplines que sont l’histoire, l’anthropologie historique, l’étude des textes, le respect des faits. Ou, pour lui, la science dont il se gargarise est pure complaisance vis-à-vis de l’objet d’étude, c’est-à-dire vulgaire idéologie engagée.

 

            L’islamisme radical a été publié en 1987. Dans cet ouvrage, Monsieur le Professeur Etienne déplore que l’islam ne soit perçu (toujours dans l’imaginaire occidental) que comme un péril : id est, il est anxiogène. L’anxiété éprouvée par les occidentaux ne tiendrait à aucune cause raisonnable. Cette fiction serait le produit frelaté de l’ignorance des choses islamiques ou des mensonges éhontés que des media sans scrupules diffusent de l’islam. Cette fable (fable n’est pas impropre, puisque tout est imaginaire) ne prend une apparence de validité que parce que sont occultés les faits réels qui suscitent cette anxiété : purification ethnique des pays arabes, crimes de masse commis par des musulmans au nom d’Allah, enlèvement d’étrangers, appels au meurtre qui résonnent dans les mosquées. Pourtant, avant que Monsieur le Professeur Etienne n’écrive L’islamisme radical, des attentats aveugles ont été commis en France par des musulmans. Pourtant des centaines de Français ont été tués ici ou là par des musulmans, à Paris, dans des trains, au Liban, un peu partout dans le monde. 

            La critique des media de masse à laquelle il se livre est-elle autre chose qu’une rhétorique spécieuse, visant à rendre caduque toute critique de l’islam ? Se produit-il des meurtres de masse dans les pays arabes ou dans les colonies islamiques établies en France ? Monsieur le Professeur Etienne est invité pour donner un avis autorisé. Il est le chouchou des media qu’il vilipende. La reconnaissance du ventre est un sentiment qui semble indigne de sa haute personne. En septembre 1995, Canal +, qui est censé diffuser de l’islam des représentations fausses et anxiogènes, l’a reçu en même temps que des musulmans, des « jeunes » comme on dit en jargon politiquement correct, pour débattre des attentats qui ont tué des dizaines de Français « innocents » et en ont blessé gravement des centaines d’autres (Nota bene : les Français ne sont pas des chiens, du moins en théorie) au cours de l’été 1995. Le débat a été escamoté, car Monsieur le Professeur Etienne s’est évertué à opiner aux « jeunes » présents sur le plateau (ils se sont entropinés), à savoir que l’islam n’a pas inspiré les poseurs de bombes, que les musulmans ne peuvent pas tuer sans raison des innocents, qu’ils ne sont pas des criminels contre l’humanité. La preuve : ce sont les Serbes qui ont commis ces attentats ou qui auraient eu intérêt à les commettre pour se venger de la France qui s’opposait à la guerre qu’ils menaient contre les Croates et les Bosniaques ! Autrement dit, Monsieur le Professeur Etienne exonère les musulmans des crimes qu’ils commettent au nom d’Allah et il en charge les Serbes dont le seul crime est l’étiquette racistes que les bien pensants leur ont cousue sur la poitrine.  

            « En Europe, écrit-il, désormais, l’image de l’Orient est correctement maîtrisée par les professionnels, comme le prouvent les nombreuses publications et les colloques sur la vie et la mort de l’orientalisme. Or la coupure est drastique entre les professionnels de l’orientalisme et la façon dont les Français reçoivent l’actualité orientale ! Il semblerait que la constitution d’un savoir immense sur cette aire géographique ne dépasse pas la sphère des milieux scientifiques alors que le phénomène religieux, sous sa forme politique transmise par les médias, fait irruption chaque jour dans nos foyers ». Les faits doivent nous amener à renverser cette proposition dogmatique. En septembre 1995, c’est le professionnel de l’islam qui s’est répandu dans les media pour nier la réalité. Monsieur le Professeur Etienne est un incontournable expert en négationnisme.

 

            Il écrit encore, et je le cite : « Le record dans la différence de traitement et d’interprétation apparaît à propos des guerres du Moyen Orient, et notamment de celle du Liban ». Le Liban de la guerre des années 1976-1986 illustrerait les préventions de l’imaginaire occidental. Pourquoi ? A la télévision et dans les journaux, l’armée israélienne, nommée affectueusement Tsahal, n’aurait jamais été désignée pour ce qu’elle est ou était, à savoir une armée d’occupation. Certes. Les journalistes et les experts ont eu le tort alors de ne pas préciser (si tant est qu’ils l’aient oublié, ce dont je doute) que Tsahal occupait une partie du Liban et que les Libanais étaient en droit de combattre cette armée. Je dis les « Libanais ». Car, le Liban alors, ce que cache pieusement Monsieur le Professeur Etienne, était occupé, non pas par une armée, mais par trois armées : celle d’Arafat, l’armée syrienne et Tsahal, l’armée israélienne. Si Monsieur le Professeur Etienne avait été impartial et qu’il eût respecté les faits, il aurait rappelé cette triple occupation, dont l’une, la syrienne, a duré trente ans ; il aurait précisé qu’Israël occupait un dixième du territoire du Liban, que la Syrie et les Palestiniens armés en occupaient 80%, et que les Libanais n’exerçaient leur souveraineté que sur une fraction de leur pays croupion, à savoir la montagne chrétienne. Or, Monsieur le Professeur Etienne occulte ces faits, désignant comme méchants les Israéliens, qui, à leur décharge, justifiaient l’occupation de la frange sud du Liban par la nécessité vitale d’empêcher les Palestiniens de pénétrer en Israël pour y tuer « du juif ». Les Syriens n’avaient aucune autre raison d’occuper le Liban, sinon leur volonté connue depuis longtemps d’annexer ce pays ami de la France et pour le salut duquel l’occident réel n’a rien fait, manifestant une hostilité dramatique à l’encontre des Libanais. Quant aux Palestiniens, le Liban leur avait donné l’asile. Or, ils y ont porté la guerre, d’abord contre ceux qui les ont accueillis, leur déniant toute souveraineté et leur imposant une domination arabo-islamique dont ils meurent lentement. Le sort du Liban infirme les analyses de Monsieur le Professeur Etienne. Ce protectorat syrien survit sous la tutelle des Saoudiens, célèbres dans le monde pour l’esprit démocratique dont ils font preuve, pour le « respect de l’Autre » qu’ils propagent, pour le sentiment d’humanité qu’ils éprouvent, pour leur sens de l’hospitalité et pour leurs engagements en faveur de ces opprimés que Monsieur le Professeur Etienne, tel un Saoud, se targue de défendre. Le destin du Liban est celui dont rêvait entre les lignes ou en secret Monsieur le Professeur Etienne, à savoir un pays éternellement occupé et colonisé. 

             « Quoi qu’il en soit d’une éventuel confusion du religieux et du politique, écrit encore Monsieur le Professeur Etienne, les cas de la Pologne et de l’Iran ne sont pas traités de la même façon » (dans les media et par l’opinion publique). Au sujet des relations entre le « politique » et le « religieux », il propose de prendre le parti opposé et de mettre sur le même plan l’Iran et la Pologne. En 1987, quand il énonce cette hénaurmité (comme aurait écrit Flaubert qui était expert en Bêtise), l’Iran est une république islamique où le pouvoir est accaparé par les mollahs et autres ayatollahs et où la charia fait office de loi civile, pénale et constitutionnelle (avec des arrangements bénins) ; en Pologne, le pouvoir était confisqué par un parti unique, totalitaire et tyrannique, à savoir le POUP ou Parti communiste, et l’Eglise catholique et les associations de citoyens qui se réclamaient d’elle y luttaient pour transformer la Pologne communiste en un pays libre et démocratique, qui ne soit plus inféodé à l’URSS coloniale. La situation en Pologne était à l’opposé de celle qui prévalait en Iran. La preuve en est que quinze ans plus tard, la Pologne est une démocratie laïque et que l’Iran est restée une tyrannie islamique. Cela n’empêche pas Monsieur le Professeur Etienne qui enseigne dans un Institut d’Etudes politiques (on frémit à l’idée qu’il ait pu asséner ces hénaurmités à de malheureux étudiants) de mettre sur le même plan la Pologne et l’Iran, et tout cela pour discréditer l’occident (réel ou imaginaire ?), le catholicisme, la Pologne, tous coupables (mais de quoi ?). Même Bouvard et Pécuchet, les parangons de la Bêtise française, n’auraient pas vu d’analogie entre la Pologne et l’Iran. Monsieur le Professeur Etienne, si, qui confond un oeuf et un boeuf. Ainsi, il écrit : « l’Islam « radical » est essentiellement arabe, ainsi que je le montrerai ». Les faits criminels qui se produisent dans les pays musulmans ou hors de ces pays prouvent le contraire. Les Iraniens, les Afghans, les Nigérians apôtres de la charia, les Indonésiens, les Pakistanais, les Philippins du sud ne sont pas arabes. Cela ne les empêche pas d’être plus radicaux encore que les arabes. Pour Monsieur le Professeur Etienne, l’islam est pluriel. Il n’y a pas un islam, mais des islams. Celui des arabes est radical, celui des autres serait différent. Or les événements du Nigeria, des Philippines, d’Indonésie, etc. infirment cette thèse. Mettre islam au pluriel est impossible en arabe, pour des raisons à la fois grammaticales et théologiques. Les musulmans eux-mêmes seraient effrayés si on prétendait que leur foi n’est pas une, qu’elle ne tend pas à l’unité, mais qu’elle est éclatée en une multitude de fois, de concepts, de morales, d’attitudes, de dogmes.

 

            Monsieur le Professeur Etienne diabolise l’occident (réel ou imaginaire, peu importe) qu’il rend coupable des malheurs des pays arabes, faisant siennes les analyses des révolutionnaires de l’islam radical. Ainsi, il écrit : « Reprenant, par exemple, dans une opération inverse de celle pratiquée par l’Occident, l’ensemble des théories du développement qui font du sous-développement un phénomène « naturel », lié au « retard » de certaines sociétés périphériques, les islamistes soutiennent, tout au contraire, qu’il est le produit de l’Occident et de son imitation (taqlid) ». Soit les émeutes qui ont secoué l’Egypte, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie à partir de 1977 et qui ont été violemment réprimées : des musulmans armés ont massacré des musulmans sans défense. C’est ignoble. De toute évidence, les responsables de ces tueries sont ceux qui les ont ordonnées, à savoir Sadate, Hassan II, Boumedienne ou Chadli, Bourguiba et leurs divers ministres de la guerre et de la police. Or, Monsieur le Professeur Etienne les explique d’une toute autre manière, purement imaginaire pour employer l’adjectif dont il raffole. Il fait porter la responsabilité de ces massacres, non pas sur l’islam, ni sur les régimes arabes qui se réclament de l’islam, mais sur le seul FMI ou Fonds Monétaire International, dont le crime est d’être composé majoritairement d’occidentaux. Pourquoi ? Le FMI a conseillé de supprimer les subventions aux produits courants : farine, huile, riz, gaz, essence. Les dirigeants arabes n’étaient pas obligés de suivre ces décisions de bon sens dont le but était d’assainir les finances publiques et de rémunérer à leur juste prix les producteurs. Pour acheter la paix sociale, des régimes tyranniques issus de coups d’Etat ou du prophète Mahomet vendaient à vil prix – à un prix inférieur au coût de revient – de l’essence, du gaz, du pain, du riz, de l’huile, etc. ce qui pénalisait les paysans et tous ceux qui dans ces pays produisaient des biens ou offraient des services, et cela pour le seul bien être de la caste dirigeante et de la bourgeoisie nationale à qui était prodiguée la manne de l’Etat. Ces subventions n’avaient pas d’autre raison d’être. Les supprimer, c’était prendre le parti des opprimés et de tous ceux qui vivaient de leur travail ; c’était abolir les privilèges que la caste au pouvoir s’arrogeait au grand dam des populations laborieuses : oui, les pays arabes ne sont pas habités que par des branleurs prêchant au crochet d’autrui, que cet autrui soit les fellahs arabes ou les contribuables occidentaux, invités, mal gré qu’ils en aient, par des élites complaisantes, à financer, sous prétexte d’aide au tiers monde, les corrompus qui font tirer sur leur peuple à la mitrailleuse lourde. En rendre responsable le FMI, comme le fait Monsieur le Professeur Etienne, et mettre ces tueries au seul débit de l’occident, c’est prendre le parti de la tyrannie établie contre la démocratie. C’est donner un semblant de vérité aux analyses de l’islam radical. C’est aussi un crime contre la Vérité, indigne d’un savant qui pose ses fesses sur une « chaire ».

            L’explication de la répression des émeutes populaires par l’action nocive ou diabolique de l’occident montre bien quel camp Monsieur le Professeur Etienne a choisi ou, comme on disait il y a trente ans, de quel lieu il parle. C’est un marxiste-léniniste honteux et délirant : honteux, quand il dissimule ses engagements idéologiques sous une anthropologie culturelle de pacotille, et délirant, quand il explique les massacres commis par les musulmans au nom d’Allah par la lutte des classes, exonérant l’islam de toute responsabilité pour en charger les structures de la société capitaliste. « La religion étant une des formes de réalisation de l’humanité, les catégories théologiques rendent impossible la lutte des classes en tant que telle : en revanche, elles permettent de la mener, sans toujours la penser, sous la forme d’une guerre de religion. C’est le sens que je donne à la guerre du Liban et au conflit Iran / Irak. La lutte des classes passe bien dans ces deux cas par l’émergence des chiites en tant que classe, oubliée, confortée par le thème musulman de l’opprimé : al mustadafun. Ce thème, fort constant dans l’histoire arabo-musulmane, est aujourd’hui réapproprié avec vigueur par les groupes islamistes, comme nous le verrons ; il signifie clairement « tous ceux qui sont en déréliction, abandonnés de tous, peut-être même de Dieu ».  

            Les chiites formeraient une classe opprimée qui lutterait contre ses oppresseurs pour établir la justice sur terre. Pourquoi pas ? Le problème est que les faits contredisent cette analyse. En Iran, dans les années 1950, le clergé chiite s’est allié à la dynastie Pahlavi et aux Américains pour chasser du pouvoir Mossadegh et son parti laïque. En 1964, l’alliance a été rompue. Pourquoi ? Le Shah d’Iran a décidé une réforme agraire. Dans un premier temps, quelques grands domaines ont été distribués aux serfs qui les exploitaient. Or, un des plus grands propriétaires était l’ayatollah Khomeiny qui voulait bien que ses serfs fussent de bons musulmans pourvu qu’ils restassent serfs. Le clergé chiite, qui possède de nombreuses terres, l’a suivi dans la lutte qu’il a entamée, non pas contre le Shah impie, mais contre le Shah qui donnait aux opprimés de quoi survivre. Il faut tout ignorer des fortunes colossales des dignitaires chiites ou occulter la situation sociale qui prévaut dans les pays arabes et musulmans ou n’avoir jamais fréquenté les colonies chiites établies en Afrique de l’Ouest, en Côte d’Ivoire en particulier, pour répandre la fable des chiites opprimés qui lutteraient pour leur dignité. C’est pure et simple dénégation de la réalité et volonté de la déformer ou de l’embellir, toujours dans le même sens favorable à l’islam radical. Le titre de la première partie « le Coran comme praxis » reprend l’interprétation marxiste léniniste que Monsieur le Professeur Etienne propose de l’islam radical. Praxis, terme fétiche des révolutionnaires léninistes (qu’ils soient ou non de pacotille importe peu), fait de l’islam la pratique révolutionnaire par excellence. Plutôt que de plaquer sur l’islam le vocabulaire momifié du marxisme léninisme, illustrant ainsi la définition du comique : « de la mécanique plaquée sur du vivant », Monsieur le Professeur Etienne aurait été mieux inspiré d’étudier l’islam en le comparant aux textes, aux actes, aux gestes, aux décisions des nationaux socialistes allemands et de montrer les analogies existant entre le Coran et Mein Kampf. Soutenir la thèse du Mein Korampf eût été faire preuve de courage. Mais quand on est confit en dévotion, c’est ce fonds qui manque le plus.

 

            Dans cet ouvrage farci d’hénaurmités et de mensonges, sourd parfois la vérité, en particulier quand Monsieur le Professeur Etienne définit l’islamisme. « Je le prends au sens premier du terme, la doctrine de l’islam à la racine, et au sens américain du terme, l’islam politiquement radical ». Lui au moins, il confond islam et islamisme, alors que les media complaisants et les experts en islam nous enjoignent de les distinguer. Les deux mots ont le même sens, ce que les lexicographes enseignent depuis trois siècles. En annexe, il cite les versets du Coran qui appellent au djihad, c’est-à-dire à tuer des innocents, pour la seule raison qu’ils sont nés, et la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme, pour laquelle la seule loi qui ait une validité et un fondement est la charia : citations qui illustrent parfaitement la nature violente, guerrière, agressive, raciste de l’islam. C’est un savant musulman cité par Monsieur le Professeur Etienne qui révèle le fondement de la pensée des islamologues. « Lorsque deux religions s’affrontent, écrit ce savant, ce n’est pas pour se comparer et se décerner les compliments mais pour se combattre. C’est pour cela que jamais vous ne nous entendrez dire que nous respectons votre religion… De votre part, ce respect à l’égard de la nôtre paraît une abdication : vous renoncez à nous imposer votre foi, nous ne renoncerons jamais à l’étendre l’Islam… Du point de vue religieux, vous êtes restés des vaincus ». Tout est dit dans ces lignes : la vérité de l’islam est dans son identité conquérante, impérialiste, criminelle. Il est vain d’y ajouter quoi que ce soit, sinon que la pensée « orientaliste » n’est que la énième version du discours collabo.

 

 

17 août 2013

Hommage à Oriana

 

 

 

Oriana Fallaci, La Rage et l’Orgueil, Plon, 2002, traduit de l’italien.

 

            Dans La Rage et l’Orgueil, Oriana Fallaci amplifie un article assez long qu’elle a écrit dans les jours qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001 et que le grand quotidien italien Corriere della Sera a eu le courage de publier. En France, les thèses d’Oriana Fallaci, journaliste et romancière, effraient les bien pensants des media. « Cachez ce livre que nous ne saurions voir », s’indignent-ils, « ne le lisez surtout pas ». Il a de quoi, à dire vrai, apeurer ceux que le courage a désertés. La forme est enragée. Oriana Fallaci a choisi d’écrire ce qu’elle nomme un « sermon », qui aurait été soporifique sans son exceptionnel talent d’écrivain grâce auquel elle rend vivante et agréable à lire sa « rage », qu’elle laisse exploser après l’avoir rentrée pendant près de trente ans, depuis que ses activités de journalistes l’ont amenée à côtoyer les principaux « acteurs » du monde arabe et islamique (Arafat, Khedafi, Khomeiny, mollahs, imams, militants palestiniens, membres libanais du Hezbollah, etc.). Le livre est une adresse aux Italiens, aux Européens et à tous les Occidentaux (désignés par un « tu » singulier), qu’elle juge, non sans raison, menacés dans leur être, leur culture, leur identité, leurs valeurs démocratiques. Il tient de la harangue désespérée ou des prédictions catastrophiques de Cassandre que les Troyens refusaient d’écouter. Bien entendu, les cris de vierges effarouchées poussés par les tartufes doivent inciter chacun à lire La Rage et l’Orgueil, à examiner les thèses qui y sont soutenues, éventuellement à en débattre, à comprendre ce qui y donne sens.

Oriana Fallaci, qui, en 1944, âgée de 14 ans, s’est engagée dans l’armée italienne de Libération, est par sa famille (Florentins et Toscans, authentiques résistants) l’héritière de la résistance libérale au fascisme et au nazisme, qui trouve son inspiration idéologique dans le Risorgimento et les luttes menées par les Carbonieri de Garibaldi pour faire l’unité de l’Italie et en chasser les armées étrangères, dont les Autrichiens, qui occupaient le nord et le sud de la péninsule. Ses héros sont Cavour, Churchill, De Gaulle, Garibaldi, les opposants au fascisme, tous ceux qui se sont réfugiés aux Etats-Unis pour ne pas vivre sous la férule de Mussolini.

 

C’est au nom de cette résistance passée qu’elle appelle les Italiens, les Européens, les Occidentaux à résister comme le fait avec courage le peuple américain à la menace que les musulmans font peser sur eux. Son « sermon » repose sur une triple certitude. 1. L’islam est une religion de haine et de mort. 2. L’islam a déclaré la guerre à la civilisation occidentale. 3. Les musulmans, en émigrant massivement, en Europe mettent en œuvre ce programme. Oriana Fallaci a été le témoin des principaux événements qui, depuis trente ans, ensanglantent le Proche Orient : guerre du Liban, main mise des mollahs sur l’Iran, délires terroristes des Libyens, des Syriens, des Palestiniens, guerre d’Afghanistan, arrivée massive d’imams en Italie, constitution de « bases » militaires en Italie (al qaida, en arabe, signifie « base » ou « QG »), etc. Elle analyse les discours, elle parle d’expérience des humiliations que subissent les femmes (parfois de leur plein gré) dans les pays arabes et musulmans, elle a connu la haine sans fin de l’islam pour la culture, la liberté, la dignité de l’homme et tient pour une blague le « dialogue » des cultures ou même l’éminente dignité ou égalité des cultures. Dans la culture islamique, dont elle connaît les réalités (les Mille et une nuits, la haine des femmes, l’invention de l’algèbre et du zéro, que les Arabes se sont appropriés, en les « volant » aux mathématiciens de l’Inde ancienne), elle ne retient quasiment rien de positif qui puisse avoir une valeur universelle ou être admiré par l’humanité.

            En bref, ce livre n’est pas un brûlot haineux. C’est un appel au courage, à la lucidité, à la résistance – la vraie, la seule qui vaille – contre la barbarie.

15 août 2013

Bis repetita

 

 

 

Révolution arabe : l’hénaurme blague

 

 

 

Arouet le Jeune ne résiste pas au plaisir de republier une note écrite en février 2011, au moment où les journaleux d'Occident entonnaient des dithyrambes à la gloire de ce que ces crétins et abrutis nommaient le "printemps arabe" ou les "révolutions démocratiques du monde arabe".

 

 

Une même et unique rumeur bruit dans les media depuis trois semaines et met en transe les journaleux : la Révolution. Nihil novi sub sole. Il y a trente-deux ans déjà, en 1979, les mêmes journaleux, dans les mêmes media, saluaient le fait que l’ayatollah Khomeiny avait posé ses grosses fesses sur le trône de Perse comme un grand bond en avant, celui de l’humanité se libérant de ses chaînes. En fait de chaînes brisées, c’est dans un cul de basse fosse que Khomeiny et ses séides laissent croupir les Iraniens. L’histoire n’échaude même pas les media. De cela, on peut tirer deux maximes : il n’y a pas d’eau assez bouillante qui puisse échauder un journaleux ou tout journaleux échaudé en redemande. Ils concluent leurs « papiers » d’un « vive la Révolution arabe » martial, mais ce n’est pas par prudence, car ils ignorent que le subjonctif « vive » signifie le souhait et relève de l’exorcisme. On souhaite que cette révolution vive, parce qu’elle ne va pas durer ou qu’elle est tout ce que l’on veut, sauf une révolution, à moins d’entendre révolution dans son vrai sens, le sens que le mot a en astronomie, à savoir « retour à son point de départ ».

En effet, depuis quatorze siècles, l’histoire (ou la prétendue histoire) de ce que l’on nomme les pays arabes, et qui sont, à l’exception des pays de la péninsule arabique, des pays arabisés de force et par la terreur, est une non-histoire. A partir de 642-643, ces pays qui, tels la Mésopotamie, la Syrie, la Perse, l’Egypte, étaient les berceaux et les phares de la civilisation ont été envahis, conquis, colonisés, razziés, exploités, régis par des soudards arabes islamisés qui se sont « ouvert » ces pays riches et prospères pour les soumettre au sabre d’Allah, liquidant toutes les élites qui leur résistaient.

Le résultat est qu’il n’y a que deux forces politiques dans ces pays : l’armée ou l’islam ou l’armée et l’islam, l’armée secondée par l’islam ou l’islam appuyé par l’armée. C’est ce qui se passe au Soudan, en Egypte, en Jordanie, en Algérie, au Maroc, en Libye, en Turquie, etc. C’est un invariant, qui n’a pas changé d’un kasra depuis quatorze siècles. Parfois, l’armée essaie de mener une politique autonome en y soumettant l’islam, comme l’a fait Mustapha Kemal en Turquie pendant trente ans ; aujourd’hui, c’est Erdogan qui soumet l’armée turque à la loi de l’islam. Ben Ali et Moubarak étaient l’un et l’autre généraux ; Sadate était militaire, comme Nasser, les mamelouks, Salah el din, les Soliman et autres Mehmet, sultans ottomans, etc.

Deux pays ont échappé à ce destin : le Liban, qui n’en a plus pour longtemps, et l’Egypte, de 1860 à 1950, mais le colonel Nasser et ses soudards, admirateurs du cheikh Abdou, ont remis l’Egypte dans le droit chemin en chassant les élites juives et chrétiennes qui constituaient un embryon de société civile et avaient contribué à faire de l’Egypte un Etat de droit. Bien entendu, en 1952, l’intelloterie française, en transe, a applaudi ce coup d’Etat, qui a été tenu alors pour une révolution arabe – en fait, une simple « révolution de palais » qui a remis l’Egypte sur la juste voie, tracée en 643.

Les choses étant ce qu’elles sont, on ne peut attendre de ces révolutions qu’un rappel de la règle millénaire : l’islam ou l’armée, ou l’armée et l’islam. Tant que ces pays arabisés n’auront pas brisé le sabre d’Allah pour se libérer enfin de la double occupation qu’il impose depuis quatorze siècles, ils resteront ce qu’ils sont, conformes à ce qui leur a été imposé par la force et la terreur.  

 

 

 

20 juin 2013

Islamophobie et autres phobies

 

 

 

 

            Phobie, du grec phobia, « peur morbide », est d’abord employé par les psychologues, psychiatres et autres spécialistes de psychopathologie (ou maladie de l’esprit) pour composer des mots savants ou plus ou moins savants qui désignent des désordres mentaux ou des peurs maladives. On peut se demander si ces désordres mentaux ont une réalité ou s’ils sont seulement la conséquence nécessaire, presque arithmétique, de la multiplication des psys de tout type, genre, sexe, ethnie, nationalité, depuis un siècle et demi, psys qui ont dû inventer d’innombrables désordres mentaux et les nommer, ne serait-ce que pour justifier leur existence. C’est à partir de 1897 que les psychologues et psychopathologues français, à l’instar de leurs homologues anglais, commencent à employer phobie comme mot autonome, et non plus comme élément servant à former des noms composés. Phobie est enregistré dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) : « Peur morbide de certains actes ou de certains objets » (avoir la phobie de la parole publique, la phobie de l'automobile ; il a des phobies étranges). La définition n’est contaminée par le jargon psy, bien que la peur soit qualifiée de « morbide ». En revanche, les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) en rédigent une version psy : « (Psychopathologie) Symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée », définie qui est illustrée de cet extrait psy d’un psy : « Parmi les anomalies mentales, l’une des plus curieuses est celle qu’on nomme la phobie. Les analystes définissent, en général, la phobie comme une peur excessive qui a son origine dans une série complexe de situations et de rapports, et qui conduit à l’hostilité, à une agressivité refoulée ou à un sentiment de culpabilité très intense ». La modernité étant furieusement psy, le mot sort des cabinets de psy et des asiles d’aliénés pour désigner une « aversion très vive, irraisonnée ou une peur instinctive » (phobie de l’automobile, du mariage, des moustiques, de la poussière, du tabac, l’incendie). Le même phénomène d’extension de sens est noté par les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication) : « Réaction irraisonnée d’angoisse et de répulsion, suscitée de façon persistante et injustifiée par un être vivant, un objet ou une situation » et, « par affaiblissement », « aversion, répugnance instinctive pour un être, une chose, une situation ».

Le préfixe anti sert à former des milliers de mots. D’un individu ou d’un groupe d’individus, d’une pensée, d’un pays, d’une organisation, qui, entre 1930 et 1945, ont rejeté ou critiqué le socialisme national ou s’y sont opposés, on dit qu’ils sont antinazis. Les jésuites de Lyon qui, en 1941, ont fondé Témoignage catholique devenu, par souci d’œcuménisme, Témoignage chrétien, et qui, dans une belle et émouvante prosopopée, ont exhorté la France « à ne pas perdre son âme », ce qu’elle faisait en collaborant avec les armées d’occupation, sont antinazis. Ceux qui critiquent le fascisme ou s’y opposent sont antifascistes. Ceux qui critiquent le christianisme sont antichrétiens. Voltaire qui critiquait la Révélation, dont il jugeait qu’elle était source d’abus, était anti-judaïque et antichrétien. Comme il déteste les despotes cruels, il a composé une tragédie, Mahomet, dans laquelle le prophète a les traits d’un tyran barbare. Voltaire peut être dit anti-musulman. Selon les auteurs du Trésor de la Langue Française, « anti- est toujours en expansion ». Ceux qu’horripilent les cyclistes, les camions, la dépression nerveuse, les fusées, la lune, sont ou peuvent être dits anticyclistes, anticamions, antilune, antifusées, antidépression. Il n’y a pas de limite à la formation de mots suivant ce modèle. En usant du mot ainsi forgé, le sujet parlant fait savoir qu’il est contre la notion, la chose, la personne désignée par le mot qui suit anti. C’est clair, simple, efficace, sans ambiguïté. Pourtant, anti ne suffit pas. Les réserves, même timides, sur les homosexuels ou leurs mœurs, valent à ceux qui les expriment d’être taxés d’homophobie. S’il est question d’islam, toute critique de cette religion et des musulmans, même bénigne, parfaitement légitime en France, puisqu’elle est reconnue par le droit de « libre communication des opinions et des pensées » (in Déclaration des droits de l’Homme, 1789), devient de l’islamophobie.

Phobie, terme de psychologie et de psychiatrie attesté à la fin du XIXe siècle, à la grande époque du scientisme triomphant, n’est pas neutre. Ce qu’il désigne n’est pas une répugnance ou une peur ordinaire, c’est un « symptôme névrotique » qui se caractérise par « une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée ». Phobie contient l’essence de la modernité, qui consiste à multiplier des normes imaginaires et à accuser de folie ceux qui ont l’imprudence de se tenir à l’écart de la grande folie totalitaire moderne. Ainsi, chaque fois qu’un citoyen ose dire ce qu’il est interdit de dire ou ose penser ce qu’il est interdit de penser, c’est-à-dire chaque fois qu’il fait usage de sa liberté, que lui garantit la déclaration des droits de l’homme, une maladie mentale, purement imaginaire, lui est imputée et, ce qui n’est pas imaginaire, une place lui est réservée à l’hôpital psychiatrique.

C’est au cœur de ces momeries bouffonnes qu’ont été fabriquées deux nouvelles phobies, qui n’ont pas plus de réalité que la phobie des dinosaures ou celle des cirons, à savoir l’homophobie et l’islamophobie, mais qui sont, comme le principe de précaution, éminemment politiques. L’objectif n’est pas seulement de faire taire, il est aussi de faire honte. Se livrer à un examen critique de l’islam et de l’Islam, comme on le fait, sans la moindre retenue, du christianisme ou de la Chrétienté (abolie depuis des siècles), est ramenée à une folie. La critique de l’islam en tant que religion (avec un i minuscule) ou de l’Islam (avec un I majuscule) en tant que civilisation, à partir du moment où elle est qualifiée d’islamophobie, devient taboue. Si, malgré l’interdit, elle se fait entendre, celui qui ose l’exprimer est un dérangé mental. Un libre penseur qui critique les chrétiens et le christianisme n’est pas christianophobe. Là où la critique raisonnée des dogmes est une phobie, la liberté d’examen est abolie. Dans les tyrannies, qu’elles soient modernes ou archaïques, communistes ou fascistes ou musulmanes, la liberté d’examen est impossible. C’est ce qui menace en France où il est fait obligation de renoncer à l’exercice du libre examen devant les forteresses islam et Islam. La stigmatisation islamophobe est le prodrome de futurs bûchers.

 

La relation existant entre les deux « mots », islam et phobie,  qui composent islamophobie est ambiguë, islam étant complément du nom phobie : c’est, mot à mot, la phobie de l’islam. Or, les exemples de grammaire célèbres comme la « crainte » ou « la peur des ennemis » prouvent que ces constructions « nom (désignant un sentiment) + de + nom (désignant des personnes, une religion ou une entité composée d'êtres humains) » portent en elles deux sens opposés suivant que les personnes (les ennemis dans l'exemple ci-dessus) éprouvent de la haine ou en sont la cible. De la même manière, l'islamophobie peut désigner la haine vouée à l'islam et aux sectateurs de cette religion ou bien la haine phobique et même rabique que l'islam et les musulmans vouent aux juifs, aux païens, aux koufars et aux « associateurs » des traductions du Coran, c'est-à-dire aux chrétiens.

La première de ces haines est avérée dans de nombreux pays au monde : en Inde, en Afrique australe, en Arménie, en Europe du Sud-est et elle est justifiée par les innombrables crimes contre l'humanité, dont les musulmans se sont rendus coupables au cours de l'histoire, et jusqu'à aujourd'hui. Mais elle n'est guère avérée en France, sinon dans les discours des musulmans et affidés. Ce qui est attesté, c'est le contraire, l'islamophilie, l’amour de l’islam, la complaisance envers l’islam, l’impunité totale dont jouissent l’islam et les musulmans.

La seconde de ces haines, à savoir la haine que les musulmans vouent à ce qui n’est pas islam, est avérée depuis plus de quatorze siècles dans les faits, les événements, les textes fondateurs, le Coran, les hadiths, la Sunna, les textes de loi et les règlements en vigueur dans les pays musulmans. De fait, c’est l’islam qui nourrit une islamophobie délirante et ce sont les musulmans qui accablent d’une haine sans limite et sans fin leurs voisins, les étrangers, les autochtones, tous ceux qui n’ont pas prononcé la chouhada. Le racisme, le vrai, le racisme brut, primaire, le racisme des bas instincts et des tripes, le racisme pulsionnel, est là, consubstantiel à l’islam et à l’islamophobie qui nourrit les musulmans.

 

22 mars 2013

Extrémiste, extrémisme

 

Avec ces deux mots, attestés en 1915 (extrémiste) et en 1918 (extrémisme), en pleine guerre à outrance, laquelle s’est imprimée, dans ce qu’elle a pire, dans les significations et emplois de l’un et l’autre de ces deux mots dérivés de l’adjectif extrême, emprunté au latin extremus, qui a un sens « superlatif », maintenu en français, nous sommes en plein Modernistan. Ils sont même « emblématiques », comme on dit dans le charabia des media, de la modernité : ils en sont l’étendard et ils en ont les ingrédients : violence, imbécilité, politique, social, etc.

Ils ont fini par supplanter dans les emplois politiques l’adjectif et nom extrême qui leur sert de base. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) relevait les divers sens ou emplois d’extrême : « porté au dernier point, au plus haut degré », « parti extrême (on dirait aujourd’hui extrémiste) parti violent, hasardeux », « qui est éloigné de l’état modéré », « qui outre, qui n’a point de mesure, en parlant des personnes ». Selon Littré, le contraire d’extrême est modéré, à moins que modéré n’en soit le cache-sexe ou la version présentable, comme dans ces célèbres musulmans soi-disant ou prétendument modérés, modérés en public, mais extrêmes en pensée, ou dans ces oxymores, dont la seule raison d’être est d’anesthésier les citoyens : islam modéré ou islamisme modéré. Ils sont modérés dans l’islamisme ou ils sont modérément islamistes : ce sont des extrémistes qui montrent patte blanche.  

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), il est indiqué qu’extrémiste s'emploie surtout dans la langue politique pour caractériser ou désigner « celui ou celle qui est partisan des idées et des résolutions extrêmes », Mme de Beauvoir par exemple, qui fait cette confidence éloquent : « j’étais extrémiste : je voulais tout ou rien » (Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958). Elle n’était pas rangée, mais dérangée. Aussi a-t-elle fait des risettes aux autorités « françaises » sous l’Occupation et à tous les camarades extrémistes de Chine, d’URSS, de Cuba, d’Egypte, etc. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), l’extrémisme est « la tendance à adopter des opinions, des conduites extrêmes ». C’est ce petit lait qui nourrira les jeunes gens dans les années 1930-90, et aujourd’hui les fanatiques des banlieues islamisées.

Les académiciens sont manichéens dans le choix des exemples qui sont censés illustrer extrémiste dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur dictionnaire : « un extrémiste de droite ». Pour eux, il n’existe pas d’extrémiste de gauche, ni même d’extrême gauche, la gauche étant exonérée de tout ce dont la « droite » est accablée. A moins que leur manichéisme ne soit l’expression d’une prudence de Sioux, car ils savent que la « gauche », extrémiste par nature, est vindicative, hargneuse, coupeuse de têtes et peuplée de purificateurs ethniques, sociaux, intellectuels, etc.

 

    

 

26 janvier 2013

Otage

 

 

Dans la langue française, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le mot otage n’a jamais désigné les actes barbares que sont aujourd’hui les prises d’otage ou le sort indigne qui est réservé aux otages. Il est dérivé du nom « hôte » et il a désigné d’abord une maison ou une demeure où était accueilli un hôte. Au XIesiècle, prendre en ostage quelqu’un, c’était l’héberger. L’otage n’était donc pas chez lui, mais chez autrui, celui qui lui offrait l’hospitalité et l’accueillait pour garantir l’exécution d’une promesse ou d’un engagement ou d’un traité. C’est ainsi qu’il est défini dans le Dictionnaire de l’Académie française, dès la première édition de 1694 : « Gage qu’on donne pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention » (exemple : « on a donné six seigneurs en otage ») et le mot « se prend aussi pour les personnes qu’on met en otage ». Dans l’édition de 1762, la définition est plus claire. Un otage est « la personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc. remet à ceux avec qui il traite, pour la sureté de l’exécution d’un traité, d’une convention ». Les académiciens ajoutent : « il ne se dit proprement qu’en parlant d’affaires d’État ». Autrement dit un otage n’est jamais retenu contre son gré ; il est toujours volontaire ; il atteste par sa bonne volonté que les engagements pris par son camp seront tenus au iota près. Il sert donc de garantie au respect de la parole donnée ou des engagements pris.  Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72), le terme otage relève du « droit politique » et le sens qui y est donné est celui que l’on peut lire dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française : « un otage est un gage de la sureté d’une convention ; l’on joint quelquefois aux traités de paix, pour sureté de leur exécution, des otages, des gages ou des garants. Les otages sont de plusieurs sortes, car ou ils se donnent eux-mêmes volontairement, ou c’est par ordre de leur souverain, ou bien ils sont pris de force par l’ennemi… »

Le sens moderne, à savoir « personne que l’on arrête et détient comme gage pour obtenir ce que l’on exige », commence à être attesté dans un mélodrame de La Martelière qui a été joué pendant la Terreur. Les événements politiques d’alors (massacres dans les prisons, génocide en Vendée, exécutions pour simple divergence d’opinion, etc.) ont sans doute favorisé l’apparition de ces actes immondes, comme l’atteste cet emploi, cité par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-72) : « loi des otages, loi rendue sous le Directoire et en vertu de laquelle les parents des émigrés étaient responsables de la fuite et des complots de ceux-ci ». Pourtant, les auteurs de dictionnaires, pendant tout le XIXe siècle, n’ont pas jugé bon d’enregistrer ce sens. Ils ont préféré s’en tenir à la définition « chevaleresque » de l’otage : « la personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc., remet à ceux avec qui il traite ou qu’il exige qu’on lui remette, pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention » (DAF, 1835) et « sûreté qu’on donne à des ennemis ou à des alliés, pour l’exécution de quelque promesse, en remettant entre leurs mains une ou plusieurs personnes » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77).

 Il faut attendre le XXe siècle, ce sinistre siècle des ténèbres, pour que soit glosé le sens moderne : dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) : « il se dit encore de personnes que l’on arrête et que l’on détient, comme une sorte de gage, pour obtenir ou pour arracher ce que l’on exige », dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « personne dont on s’est emparé et qui est utilisée comme moyen de pression, de chantage ».

Il suffit de comparer la définition de la neuvième édition du DAF (en cours de publication depuis 1994) : « personne, choisie en général arbitrairement, que des individus détiennent de force et menacent de tuer, pour contraindre une collectivité, un État à céder à leurs exigences », laquelle décrit parfaitement ce que font musulmans, islamistes, djihadistes, etc. partout où ils sévissent, à celle de la quatrième édition de 1762 : « personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc. remet à ceux avec qui il traite, pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention », pour prendre conscience que, dans ces affaires-là comme dans tant d’autres, la civilisation, dont les modernes sont si fiers, a surtout régressé et que le progrès s’est fait sans doute, mais vers la barbarie.

 

17 novembre 2012

Coran ou Alcoran

 

 

Le religieusement correct ou la rectitude idéologique ou le catéchisme bien pensant, etc. et tous ces carcans qui emprisonnent le langage et la pensée en obligeant les Français (ou les Européens) à tourner mille fois leur langue dans la bouche avant de s’aventurer à parler de l’islam et de l’Islam, des musulmans ou des mahométans, du Coran et de la Sunna, etc. tous terrains mouvants, minés, interdits, piégés, plus périlleux que les « maelstroms furieux » du Bateau ivre, n’ont cours en France que depuis quelques décennies, plus exactement depuis que les soixante-huitards, prétendument insolents ou anticonformistes, qui interdisaient jadis d’interdire, ont pris le contrôle des media, des lieux de parole autorisés, des associations lucratives sans autre but qu’inquisitorial, etc. où ils imposent leur novlangue doucereuse, mielleuse, toute en euphémismes gluants comme des loukoums et d’où ils interdisent toute pensée qui contreviendrait à leur catéchisme.  

Il n’en allait pas ainsi avant Mitterrand, avant la gauche plurielle, avant les socialos à l’Elysée et avant l’invasion des media par les gauchistes. Alors, chacun avait le droit de dire ce qu’il pensait de l’islam ou de l’Islam, même s’il en pensait beaucoup de mal, sans que des hordes d’inquisiteurs avinés ou haschichés à mort menacent de procès à répétition ou de mort sociale les récalcitrants. C’était le temps, hélas révolu, où la France était un pays libre habité par des hommes libres. Les auteurs des anciens dictionnaires n’étaient pas confits en dévotion islamique et ils ne craignaient pas l’inquisition. Aussi disaient-ils les choses sans fard, comme le montrent les articles qu’ils consacrent au livre sacré des musulmans, l’Alcoran, comme ils l’écrivent, et que les Turcs nomment Alfurcan ou Alforcan. Ce que les auteurs anciens ont compris, c’est la nature juridique de l’islam : « le livre de leur loi », disent-ils à propos de l’Alcoran. Henri Estienne (1549) définit Alcoran ainsi : « il vaut autant à dire comme vraie loi », ce que reprennent Nicot (Le Thresor de la langue francoyse, 1606) et Cotgrave (1611, Dictionarie of French and English Tongues : « the word (Alcoran) signifies a true law »). Dans le Dictionnaire de l’Académie française, de la première à la huitième édition, de 1694 à 1932-35, l’Alcoran est le livre de la loi et la loi est celle de Mahomet : « livre qui contient la loi de Mahomet ; il signifie figurément la loi même » (1694, 1718, 1740, 1762, Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, 1788, 1798, 1832-35, Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77, 1879, 1932-35). Nulle part, il n’est question d’Allah, qui aurait dicté ou soufflé à Mahomet ce livre. Les lexicographes des siècles passés n’étaient pas tenus ou ne se sentaient pas tenus de se plier à une vérité imposée. Pour eux, Allah est muet. Il en va différemment dans la neuvième édition, en cours de publication, où les académiciens montrent patte blanche ou font amende honorable. Ils ne disent plus l’Alcoran, comme au XIXe siècle encore et avant le XIXe siècle, mais le Coran, qu’ils définissent comme le « livre sacré des musulmans » et la « parole d’Allah révélée à Mahomet », se pliant de fait à l’orthodoxie islamique, révérence dont s’abstenaient leurs prédécesseurs. A partir de la cinquième édition (1798), est relevée cette expression : « on dit familièrement, en parlant d’une chose à laquelle on n’entend rien je n’y entends pas plus qu’à l’Alcoran », qui est un peu moins insolente que « se moquer de quelque chose comme de l’Alcoran », où l’Alcoran a été transformé en l’an quarante. L’expression disparaît de la neuvième édition.

Voltaire, dans sa tragédie Mahomet ou le Fanatisme, fait parler Mahomet en ces termes : « Le glaive et l’Alcoran dans mes sanglantes mains // Imposeraient silence au reste des humains ». Au XVIIIe siècle encore, un Français n’était pas obligé de multiplier les circonvolutions pour dire ce qu’étaient l’Alcoran et Mahomet. Ainsi, Thevet, voyageur du XVIe siècle, résume cavalièrement la conquête par l’islam d’immenses territoires : « Omar, disciple de Mahomet, les subjugua et leur enseigna les folies de l’Alfurcan ». De tous les lexicographes anciens, Furetière (Dictionnaire universel, 1690) est sans doute le moins obséquieux : l’Alcoran est le « livre qui contient la loi du faux prophète Mahomet (« faux prophète », il a écrit « faux prophète », le saint homme !). C’est une prétendue conférence de Mahomet avec Dieu et les Anges, dont il dit qu’il a reçu sa loi ». Thomas Corneille (Dictionnaire des arts et des sciences, 1694) est peut-être plus féroce encore : « on peut dire que c’est un galimatias continuel, et sans aucun ordre. Il y a des titres fort extravagants dans la plupart des chapitres, comme des Mouches, des Araignées, et autres semblables ». Dans L’Encyclopédie (1751-65), cette bible des Lumières, le mépris est patent : « c’est le livre de la loi mahométane ou le livre des révélations prétendues et de la doctrine du faux prophète Mahomet ». « Dans toutes les fausses religions, le mensonge a affecté de se donner les traits de la vérité », ajoutent-ils. Il est vrai que les hommes des Lumières avaient en horreur le fanatisme et les fables, sentiment que leurs lointains descendants semblent avoir remplacé par la complaisance ou la dévotion ; ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94), où est énoncée la vulgate moderne : « livre sacré des musulmans, recueil de prédications de Mahomet, à caractère à la fois prophétique et législatif, qui constitue la base de la vie religieuse et politique de l’État théocratique musulman ».

Les encyclopédistes ont le mérite d’esquisser les grandes lignes de la genèse du Coran : « l’opinion commune parmi nous sur l’origine de l’alcoran est que Mahomet le composa avec le secours de Batyras, hérétique jacobite, de Sergius, moine nestorien, et de quelques Juifs ». Ils se réfèrent à l’admirable savant qu’était M. d’Herbelot (Bibliothèque orientale, 1697), lequel « conjecture qu’après que les hérésies de Nestorius et d’Eutychès eurent été condamnées par des Conciles œcuméniques, plusieurs évêques, prêtres, religieux et autres, s’étant retirés dans les déserts de l’Arabie et de l’Egypte, fournirent à cet imposteur (comprendre Mahomet) des passages défigurés de l’Ecriture Sainte et des dogmes mal conçus et mal réfléchis, qui s’altérèrent encore en passant par son imagination : ce qu'il est aisé de reconnaître par les dogmes de ces anciens hérétiques, dispersés dans l’Alcoran. Les Juifs répandus dans l’Arabie n’y contribuèrent pas moins ; aussi se vantent-ils que douze de leurs principaux docteurs en ont été les auteurs (…) Mais les Musulmans croient comme un article de foi que leur prophète, qu’ils disent avoir été un homme simple et sans lettres, n’a rien mis du sien dans ce livre, qu’il l’a reçu de Dieu par le ministère de l’Ange Gabriel, écrit sur un parchemin fait de la peau du bélier qu’Abraham immola à la place de son fils Isaac, et qu’il ne lui fut communiqué que successivement verset à verset en différents temps et en différents lieux pendant le cours de 23 ans. C’est à la faveur de ces interruptions qu’ils prétendent justifier la confusion qui règne dans tout l’ouvrage, confusion qu’il est si impossible d’éclaircir que leurs plus habiles docteurs y ont travaillé vainement ; car Mahomet, ou si l’on veut son copiste, ayant ramassé pêle-mêle toutes ces prétendues révélations, il n’a plus été possible de retrouver dans quel ordre elles ont été envoyées du Ciel ».

Arrêtons-là le massacre. On l’a compris, et tous les extraits le disent avec éloquence, jadis les Français se moquaient des fables à dormir debout ; ils étaient volontiers impertinents, insolents, anticonformistes, persifleurs ; ils ne se prosternaient pas devant les récitants du Coran. Tout cela est révolu. La main mise des socialos et des gauchistes sur l’université, la presse, les media, l’opinion, etc. a mis fin à la pensée libre et à l’expression juste. Les soixante-huitards n’ont pas interdit d’interdire, ils ont interdit de dire et pour cela, ils ont emprisonné la langue afin de tuer dans l’œuf toute pensée libre.

 

 

 

 

31 juillet 2012

Jeûne et ramadan

Jeûne

 

Ce nom, qui dérive du verbe jeûner, est attesté au début du XIIe siècle comme propre à la religion chrétienne. C’est une « abstinence commandée par l’Eglise » (Richelet, 1680, Dictionnaire français des mots et des choses), qui ne se rapporte pas à tous les aliments, mais à la viande. C’est « un espace de temps pendant lequel la Religion nous défend de manger de certaines choses et à certaines heures » (Furetière, 1690, Dictionnaire universel). « Le vrai jeûne consiste à ne faire qu’un repas par jour en vingt-quatre heures » (Ibid.). Les auteurs de dictionnaires anciens confirment cette définition : « abstinence de viande, en ne faisant qu’un repas dans la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798). A partir de la sixième édition du DAF (1835), ce qui prime, c’est le sens « général » du mot jeûne qui n’est plus spécifique de la religion chrétienne : « pratique religieuse, acte de dévotion, qui consiste à s’abstenir d’aliments par esprit de mortification ». Dès lors, le mot peut s’appliquer à toute sorte de pratique alimentaire, médicale, diététique ou autre, le sens propre aux chrétiens et aux catholiques (« le jeûne des catholiques (…) consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner ») n’étant cité qu’en second et même, chez Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) en troisième et dernière position dans l’article consacré à ce mot : « Abstinence d’aliments » (un trop long jeûne est nuisible à l’estomac) ; « Particulièrement, pratique religieuse, acte de dévotion qui consiste à s’abstenir d’aliments par mortification » (sont cités en exemple tous les jeûnes possibles) ; « Le jeûne des catholiques, qui consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner ». En 1879, 1932-35 et dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication), les académiciens reprennent cet ordre, faisant de fait du jeûne chrétien, le premier qui ait été désigné par le mot jeûne et longtemps le seul, un sens particulier, inclus avec le sens général d’abstinence d’aliments dans une relation de partie à tout et même de sous-partie à partie et à tout, si l’on tient de l’extension de l’abstinence d’aliments (pour quelque raison que ce soit : diététique, médicale ou autre) à la dévotion : « Abstention totale d’aliments » ; « Pratique religieuse, qui consiste à s’abstenir d’aliments par esprit de mortification » ; « Jeûne des catholiques, qui consiste à s’abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée » (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1832-35). Il en est ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « Privation partielle ou totale (à l’exception, le plus souvent, d’eau), forcée ou non, de toute alimentation pendant un certain temps » ; « Acte de dévotion consistant à s’abstenir d’aliments dans un esprit de mortification et de pénitence » ; « (Religion catholique) Pratique religieuse consistant à ne faire qu’un seul repas important par jour dans lequel on s’abstient le plus souvent de viande, à certaines périodes fixées par le calendrier liturgique » ; « Au figuré, abstinence ou privation physique, morale ou intellectuelle ».

Il est légitime, au vu de ces définitions, de s’interroger sur le prétendu jeûne du mois lunaire de ramadan. D’abstinence de nourriture ou de viande, il n’y a pas ; de modération, encore moins. Pendant ce mois-là, les musulmans mangent plus que pendant les autres mois ; mangent, que dis-je ? bâfrent. C’est digne de La Grande Bouffe, ce film totalement oublié aujourd’hui qui a fait ricaner grassement les soi-disant rebelles des années 1970 - c’est-à-dire les bien pensants d’aujourd’hui. Tout l’atteste, ne serait-ce que l’augmentation du chiffre d’affaires des commerces implantés dans les quartiers islamiques et la croissance colossale des importations de nourritures (viandes, miel, sucre, blé, farine, etc.) dans les pays arabes et musulmans. Dans les années 1960 et au début des années 1970, le quotidien très bien pensant Le Monde avait parmi ses marronniers préférés la préparation des festivités du ramadan en Algérie : c’était (et ça l’est toujours) le pays chéri des tiers-mondistes. L’approche de ce mois de festivités donnait des sueurs froides aux autorités de ce pays. Aux difficultés d’approvisionnement, qui étaient alors la règle, s’ajoutaient celles qui sont propres à ce mois, pendant lequel la consommation de sucre, de miel, de semoule, de légumes, de fruits, de viande, etc. augmentait dans d’importantes proportions (elle doublait parfois, disaient les experts). Comme la distribution était de la responsabilité de l’Etat, les autorités achetaient sur les marchés internationaux ce que les coopératives agricoles ne produisaient pas. Ces achats étaient sources d’inflation conjoncturelle et de spéculation : les boutiquiers qui disposaient de ces aliments les retenaient en stock le plus longtemps possible pour faire augmenter les prix. Dans le milieu des années 1980, les médecins et les dentistes établis au Maroc faisaient état d’une forte augmentation d’occlusions intestinales pendant le mois de ramadan et de caries après le mois de ramadan. Autrement dit, jeûne désigne de façon inadéquate, donc fausse ou inexacte, les deux ou trois repas copieux pris la nuit, l’atmosphère de fête, les dépenses importantes de nourriture, toutes réalités avérées du mois de ramadan, où que ce soit dans le monde. Il n’y a pas de jeûne, simplement une inversion des repas. Pendant un mois, ils ne sont plus pris le jour, mais la nuit. Le beau jeûne que voilà, la belle épreuve aussi ! Le résultat est que ce beau mot des chrétiens et catholiques sert, à force de manipulations sémantiques, à désigner le contraire de ce qu’il signifie : non plus la modération de nourriture, mais les grandes bâfreries.

La grande bouffe de Noël en Europe ou ailleurs n’est pas nommée jeûne. Dans la langue française (populaire, précisent les auteurs du Trésor de la Langue française), il existe le nom ramdam, déformation de ramadan, qui désigne un grand bruit et du vacarme et dont les synonymes sont barouf, boucan, chambard, raffut. Ce que disent les mots français, c’est que le mois lunaire est l’occasion la nuit de bruyantes festivités qui n’ont que de lointains rapports avec le jeûne ou la spiritualités. Tous ces faits montrent que jeûne est un mot impropre ou inadéquat quand il est appliqué à la pratique rituelle de l’islam de l’inversion entre le jour et la nuit.

 

 

 

13 avril 2012

Radicalisation et auto-radicalisation

 

            Dans les mots se radicaliser et radicalisation se cristallise la modernité idéologique et morale. La formation en est claire : à l’adjectif radical est ajouté le suffixe iser qui exprime un processus, cela pour former le verbe ; et au verbe radicaliser est ajouté le suffixe - tion ou - ation qui exprime une « action » ou un procès. La radicalisation est le processus qui consiste à rendre radical un être humain ou des idées ou un parti ou des positions politiques. Ces mots sont attestés en anglais qui, avant le français, a été la langue de la modernité absolue.

Le verbe est attesté en 1845, mais l’attestation est ou serait isolée ; en fait, le verbe devient courant après la Seconde Guerre Mondiale. Ainsi chez Sartre : « Les marxistes purs comptent sur les militants, c’est-à-dire sur une action consciente et concertée, pour radicaliser les masses et susciter en elles une conscience de classe » (Situations III, 1949). Cette radicalisation a ceci de cocasse que Sartre s’est gardé de toute pensée ou idée radicale entre 1933 et 1944, bien qu’il connût la réalité du socialisme national allemand, et qu’il ne s’est radicalisé ou a défendu des positions radicales qu’une fois la France libérée et libre, et justement en faveur de ceux qui avaient été entre 1939 et 1941 les alliés des socialistes nationaux allemands, comme si la radicalité qu’il a affichée ou la radicalisation qu’il a affectée était une grimace destinée à faire oublier ses timidités et complaisances (très récemment) passées.

Le nom radicalisation est attesté pour la première fois en 1933, mais il fait florès après la guerre, quand la France a été libérée ou s’est libérée du joug nazi. De ce point de vue, les emplois révèlent éloquemment l’ambiguïté du phénomène, qui n’existe que pour dissimuler ou faire oublier des prises de position ou des comportements de complaisance envers l’occupant. On retrouve sur ce terrain l’inévitable Sartre et le camarade Merleau-Ponty (« on a raison de remarquer que ce n’est pas la plus grande misère qui fait les révolutionnaires les plus conscients, mais on oublie de se demander pourquoi un retour de prospérité entraîne souvent une radicalisation des masses » - ce qui s’est produit à la Libération, Phénoménologie de la perception, 1945). Le Nouvel Observateur y est allé de ce même petit air de serinette en 1968 : « La lutte contre la structure autoritaire de l’Université est et doit être une lutte radicale : elle peut provoquer une radicalisation du climat social général » (Le Nouvel Observateur, 27 mai 1968). L’Université n’a jamais eu de « structure » à proprement parler, et encore moins de « structure autoritaire », la seule « autorité » dont elle se prévalait était celle, très fragile et toujours contestée, des savoirs. Si elle a été ainsi caractérisée, c’est qu’il fallait, comme dans les cérémonies de l’Afrique animiste, charger la barque – c’est-à-dire diaboliser l’Université - pour légitimer la « radicalisation » des (prétendues) « luttes ».     

Ce qui est nouveau du verbe et du nom qui en est dérivé, c’est leur emploi au sujet de l’islam et des supposés « islamistes ». Cet emploi est répété, récurrent et comme obligé : c’est une sorte de scie du langage qui évite de penser à ce que l’on récite. Se radicaliser et la radicalisation prennent un sens dans un grand récit (ou une grande fable) historique, la fable que se racontent les Occidentaux depuis plus d’un siècle ; ils supposent un progrès, une avancée, une marche en avant, un dépassement de ce qui est. Il faut croire dans l’Histoire, que l’Histoire n’est pas close et qu’elle peut accoucher de lendemains merveilleux pour se radicaliser. Or, l’islam est a-historique. La Révélation, entre 611 et 632, a aboli l’Histoire et cela fait plus de quatorze siècles qu’elle est close. Un musulman revient aux sources ou aux fondements, il n’essaie pas de les dépasser : ce serait haram. Tout a été dit et il est impossible de sortir du cercle tracé. L’emploi le plus comique est celui « d’auto-radicalisation » des jeunes musulmans : ils se radicalisent eux-mêmes, comme ça, par magie ou en faisant tourner les tables ; ils ne lisent pas le Coran, ils n’écoutent pas des prêches enflammés, ils n’essaient pas d’imiter les grands ancêtres et de répéter ce qui se fait en terre d’islam depuis quatorze siècles. Non, ils se radicalisent tout seuls, comme s’ils étaient visités par l’Esprit Saint…

  

30 mars 2012

Dorer les fers

 

 

 

 

Dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77), Emile Littré relève au verbe dorer, au sens de « couvrir d’or moulu ou d’or en feuilles », l’expression dorer les fers, laquelle signifie « cacher sous quelque apparence » (l’apparence étant « belle » apparence) les fers de la servitude. Elle n’est pas la seule expression dans laquelle dorer a un sens figuré. Pour « adoucir » des désagréments par de belles paroles, on dit dorer la pilule. La jeunesse peut être dorée ; la misère aussi. Ces expressions sont encore vivantes en français, sauf dorer les fers, qui n’est même pas relevé dans le Trésor de la Langue française (1971-94). C’est au moment où dorer les fers a disparu de la langue que l’embellissement de la servitude est devenu commun. Au cours du sinistre XXe siècle, il n’y a rien eu de plus naturel que de dorer les fers. Qu’est-ce que qualifier une tyrannie de démocratie, sinon dorer les fers ? Ce siècle s’est spécialisé dans la dorure en célébrant la réduction du plus grand nombre à l’esclavage comme le grand bond en avant vers le bonheur de tous, en cachant le socialisme national sous les couleurs du romantisme ou en faisant du tiers monde l’avenir de l’humanité. La langue française a été amputée quand elle a perdu ce dorer les fers, qui résume ce qu’a été le XXe siècle, à moins qu’il n’ait été chassé de la langue, parce que, justement, il en exprimait la vérité noire : trop de gens auraient pu en être offusqués comme trop de gens pourraient être offusqués par la vérité sur l’Islam. En effet, Islam signifiant « soumission », dorer les fers s’applique aux essais de masquer par les discours mielleux la vile servitude islamique, car ce n’est pas l’Islam ou l’islam qui est mis aux fers, mais c’est l’Islam ou l’islam qui met aux fers. La Légende dorée, on le sait peut-être, ce sont des vies des saints. Dans ce cas, les mots ne trompent personne : de ces vies, il est dit qu’elles sont légendaires et qu’elles ont été embellies. La France a beau être une République laïque, il s’y narre de très pieux récits et il s’y publie de stupéfiantes analyses dans lesquels l’Islam (la civilisation) et l’islam (la religion) sont grimés des plus beaux atours possibles. Il n’en est dit que du bien, il serait même inconvenant d’en dire le moindre mal. On y dore la servitude en la recouvrant de mensonges. Dorer les fers est de règle dans les récits, discours, analyses, thèses qui ont pour but de défendre l’Islam contre les attaques dont il fait l’objet parfois – fort rarement à vrai dire, puisque notre époque, ses élites, ses savants, ses maîtres à penser, ses communicateurs, font preuve vis-à-vis de l’Islam et de l’islam d’une complaisance onctueuse qui détonne avec les accusations sans preuves dont sont agonis le Pape, les chrétiens, le christianisme, le clergé, quoi que ceux-ci fassent, aient fait, disent, projettent de faire, et même s’ils se taisent. La tyrannie est condamnée, si elle est supposée chrétienne, même si elle est une démocratie. Si elle fleurit en Arabie ou ailleurs en Islam, elle échappe à toute critique, à tout examen, à toute mise en cause. Aux Etats-Unis, la mort est prononcée contre des meurtriers. En Arabie, chaque année, des malheureux (plus de cent ? moins de mille ?) ont la tête tranchée pour des broutilles. En Arabie, la décapitation est immédiate ; aux Etats-Unis, un condamné à mort bénéficie de dizaines de possibilités de faire appel. En Arabie, la décapitation se fait au sabre ; aux Etats-Unis, la mort est adoucie par la chimie. Les Etats-Unis sont vilipendés pour barbarie, l’Arabie louée pour ses traditions. Ainsi, l’Islam, innocent par essence, bénéficie d’une immunité totale.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’habitude de qui a été prise de dorer les fers de l’Islam n’est pas concomitante de l’installation en France de colonies islamiques, le phénomène y est antérieur de plusieurs décennies. C’est dans les années 1940 qu’on en perçoit les prodromes. En 1947, la revue Les Cahiers du Sud publie une livraison intitulée « l’Islam et l’Occident » et dont le seul titre est de toute évidence abusif. Ce qui est nommé l’Occident n’a pas d’existence dans le monde réel : on ne sait pas ce que désigne ce mot. S’il est employé, c’est dans un contexte de mépris. Admettons pourtant que l’Occident ait une réalité. Elle n’est pas religieuse, mais politique : c’est une aire de civilisation. Il en va autrement de l’islam. Que ce soit la religion ou la civilisation, l’une et l’autre ont une existence avérée. Autrement dit, l’Islam et l’Occident ne sont pas symétriques. Le « et » qui les coordonne dans le titre des Cahiers du Sud est d’autant plus trompeur qu’il n’est question dans la livraison que d’Islam ou d’islam, jamais d’Occident, sinon de façon fortuite et anecdotique ou sur le mode critique du procès. Ce qui pourrait éventuellement justifier l’emploi du nom Occident, ce sont les contributeurs de la livraison. Certains portent un nom français. Parmi ceux-ci, on compte Louis Massignon, François Bonjean, René Guénon. Massignon fut fasciné par l’Islam et par l’islam, au point d’écrire presque toute son œuvre sur ce sujet. René Guénon (1886-1951) n’a conservé de son origine française qu’un nom de plume. Fasciné par l’Orient, dans lequel il a vu le monde conforme à la « tradition » et non encore contaminé par la modernité, haïssant l’Occident qui serait le monde « moderne » par excellence, converti à l’islam, installé au Caire dans une villa « moderne » d’un quartier nanti (un comble pour un contempteur de la modernité), il se nomme en réalité cheikh Abdel Wahid Yahya. Il a même adopté la nationalité égyptienne, pour l’obtention de laquelle il a bénéficié, personne n’en doute, tant elle est difficile à obtenir, de passe-droits exorbitants.

Dans la « préface » à cette livraison des Cahiers du Sud, Jean Ballard, poète occasionnel, donne le la. Il n’est ni historien, ni spécialiste de l’Islam, ni orientaliste, ni arabisant, mais il fait comme s’il détenait la vérité. Ce qu’il exprime, c’est, un demi-siècle avant qu’elle ne devienne une banalité ressassée par les imbéciles, la doxa, dont voici un bel exemple : « Dans la tolérante Cordoue, l’extrême liberté de glose ne s’appelait même plus hérésie et l’on y discutait de choses qui se fussent expiées sur le bûcher cinq siècles plus tard (…) Pendant plus de trois siècles, grâce à l’islam, un climat unique de l’âme a régné dont il est difficile de ne pas avoir la nostalgie. Ce regret qui persiste en nous des nobles voluptés de l’esprit, d’une tolérance usant la notion de race, apprivoisant jusqu’au dernier fanatisme, nous a longtemps fait désirer une rencontre des deux mondes, disjoints depuis huit siècles ». En bref, en deux phrases, Ballard trouve la place de placer les sept ou huit mots fétiches des « fers dorés » : tolérance (deux items), liberté de glose, climat unique de l’âme, nobles voluptés de l’esprit, grâce à l’islam, racisme inconnu, fanatisme apprivoisé. Si Mahomet, qui savait ce qu’il faisait quand il brandissait le sayf Allah, lisait Ballard, il ne reconnaîtrait pas son islam. Lui qui a conquis à grands coups de sabre (le sayf) d'immenses territoires, le voilà transformé en inventeur du « climat unique de l’âme ».

Dans la livraison, la contribution qui dore le mieux les fers de l’Islam est celle de Guénon – pardon du Cheikh Abdel Wahid Yahya. Intitulée « sayful islam » (en français « sabre de l’islam »), elle répond à ceux qui affirment (mais ils ne sont pas nombreux) que l’Islam est une religion de guerre. Ce qui fait la nature guerrière de l'islam, outre les faits et l’histoire (que le Cheikh Abdel Wahid Yahya occulte très prudemment), c’est le sabre (d’Allah ou de l’islam : en arabe sayf Allah ou sayf islam) que l’Islam a adopté pour symbole et qui orne, avec des versets du Coran, le drapeau de l’Arabie. Ce prétendu « symbole » est aussi (et surtout) l’arme avec laquelle la justice saoudienne décapite les condamnés à mort. « On a coutume, dans le monde occidental, de considérer l’Islamisme (id est l’Islam : Guénon emploie le nom Islamisme au sens « d’islam ») comme une tradition essentiellement guerrière et par suite, lorsqu’il y est question notamment du sabre ou de l’épée (es sayf), de prendre ce mot uniquement dans son sens le plus littéral, sans même penser jamais à se demander s’il n’y a pas là en réalité quelque chose d’autre ». Ce que réfute le cheikh Abel Wahid Yahya, c’est la nature guerrière de l’Islam, non à partir de l’histoire, ni de la théologie, mais de la seule sémantique. Il refuse d’entendre es sayf dans son sens « le plus littéral » (celui du mot sabre) : ce ne serait pas une arme, mais un symbole dont la fonction est d’établir l’harmonie sur la terre. Il cherche à savoir si le sabre est, ou non, une « arme d’estoc et de taille, dont la lame présente une courbure, convexe du côté du tranchant, plus ou moins prononcée selon la nature du service auquel elle est destinée », ce qu’il est, aussi bien en France qu’en Arabie.

Le cheikh Guénon disqualifie les chrétiens. Pour cela, il avance une phrase de l’Evangile de Matthieu et une référence au Moyen âge. Dans l’Evangile selon Matthieu (I, 34), le Christ dit (ou aurait dit) ceci : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée ». Dans les Evangiles, le Christ est réputé s’exprimer par paraboles ou « allégories ». Or, dans cet extrait, la parabole de l’épée est tout entière expliquée dans les phrases qui suivent et que voici : « Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère ; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Celui qui conservera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera ». L’épée dont il est question n’est pas une arme d’estoc ou de taille dont la fonction est de tuer ou de faire la guerre, mais une métaphore. Ce qu’annonce le Christ, c’est que les liens familiaux ne sont rien pour qui décide de le suivre. Ce à quoi il invite ses disciples, ce n’est pas à faire la guerre, mais à rompre les liens naturels les plus forts. Cheikh Abdel Wahid fait confirmer le sens détourné de cet extrait de l’Evangile par une vague évocation du Moyen Age, qui a duré mille ans et qu’il résume en une phrase : « L’histoire de la Chrétienté au Moyen Age, c’est-à-dire à l’époque où elle eut sa réalisation effective dans les institutions sociales, en fournit des preuves largement suffisantes ». Or, le Moyen Age a été l’époque la moins guerrière de tout l’Occident. La guerre engageait un nombre limité d’hommes, pendant une période restreinte et sur un territoire borné. Elle tenait plus du tournoi que de la bataille rangée. Du Moyen Age, Guénon ne connaît que l’image d’Epinal ou d’école primaire qu’en ont diffusée à la fois les francs-maçons républicains (Guénon a été franc-maçon avant de se convertir à l’islam), les marxistes et même les catholiques modernistes, image dont Madame Pernoud a montré la fausseté dès 1944 dans Lumière du Moyen Age (1944, Grasset).

L’histoire est opposée au christianisme, mais elle reste dans les limbes dès qu’il est question d’Islam. Alors que cheikh Guénon interprète les mots épée et guerre dans leur sens propre quand il traite de l’Occident, il les interprète dans un sens figuré quand il traite de musulmans. Ainsi, la guerre en Islam est toujours juste. « Dans le domaine social, la guerre, en tant qu’elle est dirigée contre ceux qui troublent l’ordre et qu’elle a pour but de les y ramener, constitue une fonction légitime, qui n’est au fond qu’un des aspects de la fonction de « justice » entendue dans son acception la plus générale ». Le cheikh Abdel Wahid Yahya autorise donc les pouvoirs islamiques (comme ils l’ont fait en se passant de ses avis) à tirer à la mitrailleuse lourde sur leurs sujets, ne serait-ce que pour les « ramener » à « l’ordre » - l’ordre islamique, bien entendu.  La guerre intérieure n’est pas moins juste. « Au point de vue traditionnel, ce qui donne à la guerre ainsi comprise toute sa valeur, c’est qu’elle symbolise la lutte que l’homme doit mener contre les ennemis qu’il porte en lui-même, c’est-à-dire contre tous les éléments qui, en lui, sont contraires à l’ordre et à l’unité ». Non seulement la guerre intérieure est bonne et juste, mais encore elle est une nécessité absolue, ce dont aucun croyant ne peut se dispenser.

La conclusion est lumineuse : « Dans les deux cas du reste, qu’il s’agisse de l’ordre extérieur et social ou de l’ordre intérieur et spirituel, la guerre doit toujours tendre également à établir l’équilibre et l’harmonie (et c’est pourquoi elle se rapporte proprement à la « justice »), et à unifier par là d’une certaine façon la multiplicité des éléments en opposition entre eux ». La guerre est juste, quand c’est l’Islam qui la fait. Le mot arabe qui traduit guerre est djihad. C’est une apologie du djihad à laquelle se livre le cheikh Abdel Wahid Yahya. En effet, il existe en arabe deux mots qui correspondent au mot français guerre : djihad « guerre juste » et harb. Le djihad est propre à l’Islam, le harb à l’Occident. C’est d’ailleurs comme dar el harb ou « maison de la guerre » (au sens de zone où la guerre doit être portée) que l’Occident est désigné par les théologiens musulmans. Là encore, pour prouver la grandeur de l’Islam, Abdel Wahid Yahya joue sur le sens des mots, tablant sans doute sur l’ignorance pour que les gogos gobent ses fables. Islam et salam se ressemblent : salam signifiant « paix », l’islam est par essence, même si les faits l’infirment, une religion de paix. « La paix (salam) (…) ne peut être obtenue véritablement que par la soumission à la volonté divine (el islam) ». Si l’humanité refuse de se soumettre à Allah, il faut lui faire le djihad, pour établir l’harmonie. Le jour où les hommes seront musulmans, quitte à en tuer deux ou trois milliards, la paix règnera partout, mais entre les seuls survivants. La théologie à la sauce Guénon (c’est-à-dire le jeu de mots) en fournit une preuve : c’est le hadith (ou phrase attribuée à Mahomet) portant sur les deux djihad, le petit et le grand. Le petit consiste à faire la guerre sociale pour établir l’islam, le grand à faire la guerre intérieure contre les ennemis que chacun porterait en soi. Guénon a pour ennemis intérieurs l’Occident, la France, le christianisme. Il les combat. Définir l’homme comme un champ de bataille ne présente que des avantages : le racisme échevelé, la haine vouée à autrui, le délire de destruction sont assurés d’une impunité totale. Enfin, non content de manipuler les mots, le cheikh Guénon entreprend de noyer le poisson sous un déluge de baragoin gnostique. Le sayf est défini non plus comme une arme d’estoc et de taille, mais comme un symbole d’autant plus inoffensif qu’il est en bois. « Pour en revenir à l’épée, nous dirons qu’elle symbolise avant tout le pouvoir de la parole ». Ou encore : « Le symbolisme « axial » (de l’épée de bois du prédicateur islamique) nous ramène à l’idée de l’harmonisation conçue comme le but de la « guerre sainte » dans ses deux acceptions extérieure et intérieure (cf. plus haut), car l’axe est le lieu où toutes les oppositions se concilient ou, en d’autres termes, le lieu de l’équilibre parfait, que la tradition extrême-orientale désigne comme « l’Invariable Milieu » ». La conclusion est lumineuse : « Qu’il s’agisse d’Islamisme ou de tout autre forme traditionnelle, ceux qui prétendent n’attribuer à l’épée qu’un sens « matériel » sont éloignés de la vérité ». Les malheureux que la justice saoudienne tranche en deux pour un oui ou un non ou un pet de travers seront sans doute très heureux d’apprendre que le sabre qui leur a ôté la tête n’était pas matériel et que, coupés en deux, ils se sont enfin approchés de la vérité ou de l’harmonie du monde.

 

En 1947, le paradigme des fers dorés est en place. Il est à la fois aversion et apologie. L’aversion touche l’Occident, qui est assimilé à Satan ou au Diable. L’apologie touche l’Islam, justifié dans son entreprise guerrière de soumettre l’humanité à la « loi » d’Allah par le sabre, le feu, la mort. L’apologie du djihad que publient les Cahiers du Sud n’empêche pas son directeur, un bon apôtre à n’en pas douter, de s’extasier sur « les nobles voluptés de l’esprit » auxquelles s’adonnent les musulmans. Le paradigme en place, il ne reste plus aux paresseux de l’Université, de la presse et de la classe politique qu’à dévider l’écheveau – ce dont ils ne se privent pas.

 

 

 

 

24 mars 2012

Martyr

 

 

Mourir en martyr ?  

 

Le nom martyr (sans e final) désigne une personne et martyre, avec un e final, un acte ou des faits. Ces deux mots grecs signifient respectivement « témoin » et « témoignage ». Ils sont spécifiques du lexique chrétien. Forcé d’abjurer, torturé, battu à mort, un martyr se laisse mourir plutôt que de renier sa foi. Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1762), est martyr « celui ou celle qui a souffert la mort pour la véritable Religion ». L’acception est illustrée par « l’Église honore la mémoire des Martyrs ». Dans le Trésor de la Langue française (1971-1994), ce nom est présenté comme propre à l’histoire du christianisme. Un martyr est une « personne à qui on a infligé des supplices et (ou) la mort parce qu’elle a refusé d’abjurer sa foi ». C’est dans ce sens que les écrivains emploient ce mot. C’est le cas de Chateaubriand dans Les Martyrs  : « Les femmes, les enfants, les jeunes hommes entouraient les vieillards qui rappelaient les exemples donnés par les plus fameux martyrs : Laurent de l’Église romaine, exposé sur des charbons ardents ; Vincent de Saragosse, s’entretenant dans la prison avec les anges ; Eulalie de Mérida, etc. ». Même quand le nom martyr est employé dans un sens étendu, hors de tout contexte chrétien ou religieux, il désigne une personne « à qui on a infligé des supplices et (ou) la mort pour une cause ou pour un idéal ».

Le sens de martyr et de martyre est bien établi. En dépit de cela, les journalistes bien pensants et tous les savants à qui l’Université a conféré le grade de docteur ès sciences sociales, islamiques, orientales et tout ce que l’on voudra d’autre, se croient autorisés, sans doute sous l’effet légitimant de leur peau d’âne, à changer du tout au tout le sens de ces mots et à les utiliser pour désigner non pas ceux qui sont tués, mais ceux qui tuent, non pas les victimes, mais leurs bourreaux. Il est question d’attentats martyres, de prétendus martyrs de l’islam qui font sauter un camion plein d’explosifs au milieu d’enfants innocents, d’aides financières attribuées aux familles de ces martyrs, d’un martyr qui a exécuté au Colt 45 et « à bout touchant » des enfants de 5, 6 et 8 ans. Peut-être est-ce parce que ces enfants sont Juifs que les journalistes qualifient l’assassin de « martyr » ? Kepel, le plumitif qui se prend pour Hugo, écrit : « L’endoctrinement (…) convainc chaque auteur d’attentat suicide qu’il devient un martyr à qui s’ouvre tout grand le paradis » (Le Figaro, 26 juillet 2005, cf. aussi Le Monde, 11 septembre 2004). Le mot arabe que les docteurs Kepel et alli traduisent par martyr est chahid. La traduction est une trahison. Le chahid se contente d’énoncer à voix haute ou en marmonnant « il n’y a de dieu qu’Allah et Mahomet est l’envoyé d’Allah ». Il professe sa foi dans l’islam, dans Allah, dans Mahomet. Personne ne le contraint à renoncer à ce qu’il croit. Personne ne lui interdit de se prosterner devant sa divinité. Personne ne le met en demeure d’apostasier, ni de renoncer à prier cinq fois par jour. Pourtant, la liberté totale dont il jouit pour célébrer son Allah ne le dissuade pas de tuer dix, cent, mille êtres humains, dont le seul crime est de ne pas être des musulmans ou d’être de faux musulmans. Ce chahid est tout ce que l’on veut, un tueur psychopathe, un fanatique, un malade mental, un auteur de crimes de guerre et contre l’humanité. En aucun cas, il n’est un martyr. Il ne serait pas faux de le désigner par des termes comme fidèle, croyant ou musulman. Merah est mort en croyant, pas en martyr. C’est comme si l’on nommait martyrs les autorités qui ont entassé des millions de Juifs dans des chambres à gaz. Dans les crimes de masse qui font depuis trente ans l’actualité de l'islam, les martyrs ne sont pas les tueurs, mais leurs victimes. Ce n’est pas Ben Laden ni ses sbires ni les dénommés Mohammed, Fouad, Ahmed, etc. mais les malheureux qui se sont précipités du sommet des deux tours de New York, pour que leurs proches aient un corps à inhumer, la première des libertés de l’homme étant l’habeas corpus. Le martyr n’est pas Merah dont les journaleux clament partout qu’il est mort « en martyr », justifiant ainsi qu'il soit honoré d'une "minute de silence" dans les écoles, mais les trois enfants qu’il a exécutés, uniquement parce qu’ils étaient juifs, le professeur qu’il a exécuté, uniquement parce qu’il était juif, les trois soldats qu’il a exécutés, uniquement parce qu’ils étaient français.

Les docteurs ès sciences sociales, orientales, islamiques, etc., en baptisant martyrs les tueurs, les font passer pour des victimes, dont nous serions les bourreaux, ou pour des héros, que nous devrions célébrer désormais dans nos calendriers, puisqu’ils le sont déjà, comme tous les chahids, dans les mosquées et autres lieux de culte musulman.

 

 

 

20 mars 2012

Dhimmis et harbis

 

 

Il est des faits occultés ou méprisés : c’est ceux qui touchent les dhimmis, à savoir ces peuples qui, leur pays ayant été conquis, pillé, mis en coupe réglée par les arabes et les ottomans islamisés, se sont soumis aux conquérants et envahisseurs et se sont trouvés dans leur propre pays en moins de deux ou trois siècles minoritaires, mais « protégés » (c’est le sens du mot arabe dhimmi) par les nouveaux seigneurs du monde devenu islamique. Bat Ye’or, une femme née dans la communauté juive d’Egypte, est la seule spécialiste du monde arabe et musulman à prendre pour objet d’étude la condition de dhimmi. La condition de dhimmi ou dhimmitude, vieille de plus de quatorze siècles, dure encore dans les pays d’islam qui n’ont pas été totalement purifiés : l’Irak, la Syrie, la Jordanie, l’Egypte, le Soudan. Contrairement aux chercheurs estampillés qui se pressent dans les pays d’islam pour se prosterner aux pieds des oppresseurs, Bat Ye’or prend le parti des opprimés pris « dans le lacis des contraintes discriminatoires » qu’impose l’islam. Si les organisations dites antiracistes et autres ligues dites des droits de l’homme étaient fidèles à ce qui les justifie, elles militeraient pour que ces discriminations soient abolies. Elles ne le font pas. Pour Bat Ye’or, c’est « le négationnisme historique » consubstantiel à ces organisations qui explique leur très pieux silence ou leur ignorance crasse.  « Etre dhimmi, c’est avant tout une façon d’être au monde, en fonction d’un conditionnement inconscient de la totalité de l’être », façonnée, modelée par une expérience millénaire vécue par des millions d’hommes et surtout régie par des lois. « L’histoire des sociétés esclaves ne peut pas être analysée avec les mêmes paramètres que l’histoire des peuples libres », écrit-elle. Elle les sort du double avilissement (islamique et occidental) dans lequel ils sont tombés.

Pour les législateurs de l’islam, et cela, depuis le VIIIe siècle, le monde se divise en deux zones : dar el islam ou maison de l’islam, et dar el harb ou « maison de la guerre ». Les gens du Livre, juifs et chrétiens, se répartissent en dhimmis, quand ils vivent dans le dar el islam, et en harbis quand ils vivent dans la zone de guerre. La notion qui règle tout est celle de harb. Le monde, selon les théologiens de l’islam, est régi par le djihad : cet « effort » que s’imposent les musulmans pour islamiser le monde, faire entrer les harbis dans le dar el islam et soumettre l’humanité tout entière à la loi d’Allah. La condition de dhimmi résulte du djihad. « Les lois édictées par la charia touchent à tous les domaines de l’existence ». Les dhimmis sont soumis à des impôts particuliers. Il leur est interdit de construire, agrandir, restaurer leurs lieux de culte (églises ou synagogues) ; leur culte n’est pas interdit, mais il doit se faire discret ; leur témoignage contre un musulman n’est pas recevable ; ils sont condamnés à mort s’ils épousent une musulmane ou s’ils ont l’audace de faire du prosélytisme ; il leur est fait obligation de pourvoir à l’effort de guerre qui pousse les musulmans à conquérir de nouveaux territoires. La possession du sol leur est interdite. Leur terre est dite fey : c’est un butin de guerre. C’est donc l’islam victorieux qui décide des interdits dont pâtissent les dhimmis et des droits qui leur sont abandonnés. La négociation n’est pas possible. Le dhimmi est un ancien harbi qui a accepté la victoire des armées de l’islam. Dès lors, il est protégé des lois du djihad qui autorisent l’esclavage, les massacres, les pillages, le butin. C’est en ce sens que l’islam entend la protection offerte aux dhimmis - ce dont les orientalistes déduisent une tolérance qui serait consubstantielle de l’islam. Si le dhimmi se rebiffe, il redevient harbi et les lois du djihad lui sont appliquées.

En arabe, l’adjectif harbi dérive du nom harb, qui signifie « guerre ». Il est aussi employé comme nom pour désigner des hommes à qui la guerre est faite et qui, définis par la guerre qu’on leur fait, sont réduits à ce seul être. Il n’existe pas en français d’adjectif ou de nom qui équivaille à harbi. Le concept est étranger à notre histoire ou à notre pensée. Pour les Français, il est concevable que des hommes soient réduits à cet être. Seule l’injonction « Tuez-les tous et Dieu reconnaîtra les siens » que Simon de Montfort aurait adressée à ses soudards chargés d’exterminer les Albigeois suppose un être qui correspondrait à celui de harbi, mais aucun mot n’a été forgé pour signifier que cet être était « à tuer ». Le mot ennemi ne traduit pas harbi. On peut avoir des ennemis sans leur faire la guerre et ces ennemis, après une guerre, peuvent devenir des alliés. Harbi n’est pas provisoire, mais permanent. Il ne cesse qu’avec l’extermination de ceux à qui la qualité est attribuée. Harbi disparaît avec les harbis. Ils sont à ceux qui leur font la guerre ce que les juifs étaient aux socialistes nationaux en Allemagne, de 1933 à 1945, et dans les pays que les armées allemandes ont envahis et occupés de 1939 à 1945. Même à exterminer ne donne pas une représentation exacte de ce qu’est un harbi.

Il faut comprendre l’islam en fonction de ce qu’il dit, de ce qui le fonde, des actes qu’il inspire, des croyances qu’il génère. Dhimmis et harbis rendent compte avec plus de pertinence de ce qui se passe dans le monde que les pauvres explications des spécialistes de sciences sociales.

 

12 mars 2012

Eloge de la science

 

 

 

            Population, la revue de l’Institut National d’Etudes Démographiques ou INED, a publié dans sa livraison de janvier et février 1995 (50e année, numéro 1) une étude portant sur la mortalité et les causes de décès des Marocains en France de 1979 à 1991. Les deux auteurs, au vu de leur prénom, Youssef et Myriam, ne peuvent pas être soupçonnés a priori d’hostilité à l’encontre des femmes et des hommes dont ils étudient le destin. Certes, ils reconnaissent que les chiffres dont ils disposent et qui leur sont fournis par les services de l’état-civil français sont peut-être incomplets, des Marocains gravement malades préférant rentrer au pays pour y mourir et être enterrés avec leurs ancêtres. De fait, leur décès n’est pas enregistré en France.

Cela dit, la « démographie » des Marocains ayant émigré en France est à la fois singulière et éclairante pour trois raisons de fond.

1) L’espérance moyenne de vie des Marocains établis en France est largement supérieure à celle des Marocains restés au pays. En moyenne, l’émigration fait gagner de dix à quinze ans de vie. La France apparaît donc comme un eldorado et les ritournelles que chantent les Marocains établis en France (la France est une terre de racisme, les Français sont racistes, etc.) n’ont aucun fondement.

2) L’espérance moyenne de vie des Marocains en France est supérieure à celle des Français « de souche » qui appartiennent aux mêmes classes sociales que ces Marocains : employés de ferme, manœuvres et ouvriers d’usine. Il n’y a donc pas de discrimination ou, s’il y en a, ce sont les Français qui en sont les victimes. Cette différence est expliquée par l’hygiène. Les Marocains établis en France sont censés ne pas boire d’alcool, ne pas fumer, ne pas manger gras (ils s’abstiennent de viande de porc). Il est possible que ce soit une explication valide. Mais pourquoi cette raison, d’ordre culturel ou religieux, n’explique-t-elle pas le troisième fait, que voici ?

3) En France, les femmes, quelle que soit leur origine, ont une espérance moyenne de vie supérieure à celle des hommes, sauf dans les familles marocaines émigrées, où les hommes ont une espérance de vie supérieure à celle des femmes. Interdiraient-ils à leur(s) épouse(s) de se faire soigner ?

            La démographie établit les faits ou elle met en pleine lumière des faits cachés ou qu’il est interdit de voir. Devant les faits, les préjugés, les slogans politiciens, les idéologies haineuses s’effondrent. 

23 février 2012

Traite

 

 

 

Les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-94) ont choisi d’étudier le mot traite dans trois entrées distinctes – autrement dit, de distinguer trois homonymes, le premier au sens de « commerce », le second au sens de « parcours effectué en une seule fois », le troisième au sens « d’action de traire les vaches ». Pourtant, ces trois noms féminins ont pour même « étymon » le participe passé, employé comme un nom, du verbe traire, ayant le sens de « tirer ». Aujourd’hui, ces traites semblent si éloignées les unes des autres que les liens qui pouvaient exister entre elles ont fini par s’effacer, mais pendant quatre siècles, la polysémie de traite (en fait, une véritable hétérogénéité sémantique) ne gênait en rien les lexicographes qui énuméraient dans le même article les sens de « commerce » (attesté au milieu du XIVe siècle), de « parcours effectué » (attesté à la fin du XIVe siècle) et « d’action de traire vaches, brebis, chèvres » (attesté dans la première moitié du XVIe siècle). 

Attardons-nous sur l’emploi de traite au sens de commerce d'êtres humains. Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), il n’est pas indiqué que des êtres humains puissent être achetés ou vendus : « il signifie transport de certaines marchandises, comme de blés, de vins, etc. d’une province en une autre » et « certain droit qu’on lève sur les marchandises qui entrent dans le Royaume ou qui en sortent » (« traites foraines, domaniales ; on paie la traite en Bretagne, en Dauphiné ; commis à la recette des traites »). C’est à partir de la quatrième édition (1762) qu’est cité l'exemple de la traite des nègres : « transport de certaines marchandises, comme de blés, de vins, etc. d’une province à une autre ou d’un État à un autre ». Les exemples sont « il s’est fait de grandes traites de vins ; on a permis la traite des blés ; la traite des nègres » (1762, 1798). Dans la sixième édition (1832-35), traite des nègres sort des exemples et entre dans la définition de traite : « traite se dit particulièrement, et plus ordinairement, du trafic que font des bâtiments de commerce sur les côtes d'Afrique, en échangeant leurs marchandises contre des dents d’éléphants, de la gomme, de la poudre d’or, etc., ou même contre des esclaves ». Les exemples sont « ce bâtiment fait la traite ; il va en traite, il est en traite ; la traite des nègres, ou absolument la traite, est abolie ». C’est le choix que fait Littré dans le Dictionnaire de la Langue française (1863-77) : « en particulier, trafic que font les bâtiments de commerce sur les côtes d’Afrique ». Les exemples sont les mêmes que ceux des Académiciens : « ce bâtiment fait la traite ; il va en traite ; il est en traite ». Le mot « se disait autrefois de tout commerce d’échange qui se faisait avec des peuples sauvages ». Enfin, le sens de traite des nègres est exposé : « la traite des nègres, et, absolument, la traite, l’achat et la vente d’esclaves noirs ». Le même exemple que celui du DAF (1835) annonce que « la traite est abolie », ce qu’elle est effectivement depuis la fin du XVIIIe siècle, l’esclavage, en revanche, restant légal jusqu’en 1848.

            Dans la huitième édition (1932-35), les Académiciens se contentent de dépoussiérer la définition de 1832-35 : les dents d’éléphant, qui faisaient un peu ignare, sont remplacées par ivoire ; et enfin, les mots traite des nègres, traite des noirs et absolument la traite sont définis : c’est le « commerce des esclaves noirs », dont il est précisé ceci : « la traite des noirs est interdite ». Balzac (Eugénie Grandet) expose froidement la raison de ce commerce : « il s’aperçut que le meilleur moyen d’arriver à la fortune était, dans les régions intertropicales, aussi bien qu’en Europe, d’acheter et de vendre des hommes. Il vint donc sur les côtes d’Afrique et fit la traite des nègres, en joignant à son commerce d’hommes celui des marchandises les plus avantageuses à échanger sur les divers marchés où l’amenaient ses intérêts ». Balzac est peut-être cynique, mais il ne cache pas la réalité sous de spécieux fards. La traite est un commerce. Faire le commerce de personnes est ignoble ; mais il y a plus ignoble : réduire des personnes à l’esclavage. Les négriers ont acheté des esclaves pour les revendre cher ; ils ont perpétué les esclaves dans leur état d’esclave.

Les auteurs du Trésor de la Langue française font subir à ce mot des réductions inutiles et dommageables. Ainsi, la traite serait une réalité de la seule « histoire coloniale » : « trafic effectué du XVIe au XIXe siècle par certains navires de commerce, principalement sur les côtes d’Afrique, qui consistait à échanger des denrées contre des marchandises et des spécialités locales ». C’est réduire la traite dans le temps et dans l’espace. Or, elle a existé avant le XVIe siècle et elle perdure au XIXe siècle et au-delà ; et elle n’est pas propre aux colonies. La traite entre l’Afrique noire et l’Afrique du Nord ou la péninsule arabique a duré quatorze siècles et elle a été le fait de tribus arabes et musulmanes spécialisées dans les razzias humaines. Elles capturaient des hommes, des femmes, des enfants ; elles en faisaient des esclaves ; les mâles étaient châtrés, les enfants des filles engrossées étaient tués ou châtrés à leur tour, ce qui explique (mais ne justifie évidemment pas) qu’un propriétaire d’esclaves, Baudry des Lozières, qui a fui Saint-Domingue en 1793 quand l’esclavage y a été aboli pour se réfugier en Louisiane, légitime l’esclavage par des arguments humanitaires, du type les esclaves victimes de la traite transatlantique ont échappé à un sort plus cruel encore, celui que leur réservaient  les guerriers arabes et musulmans (1802, Voyage en Louisiane) : « la traite est favorable aux Africains ; elle les soustrait au plus pénible esclavage, à tout ce que la barbarie a de plus cruel parmi eux, et elle devient un des moyens de population pour un continent immense : ainsi, la politique, d’accord avec l’humanité, exige que l’esclavage y soit continué ». Cet extrait prouve que l’humanitairerie peut justifier n’importe quelle activité criminelle. La seconde réduction apparaît dans le texte même de la définition : la traite est définie comme un trafic, c’est-à-dire comme une activité illégale – ce qui est partiellement faux. Pendant deux siècles environ, la traite des Noirs entre l’Afrique et l’Amérique a été parfaitement légale ; quant à la traite qui prospérait entre Zanzibar et l’Arabie ou à travers le Sahara, elle était justifiée par le droit musulman et par la charia. Elle n’a été interdite qu’à une date récente ; parfois elle perdure.

Dans L’Encyclopédie de l’Alembert et Diderot (1751-69), un bel article, généreux et profond, est consacré à la traite : « c’est l’achat des nègres que font les Européens sur les côtes d’Afrique, pour employer ces malheureux dans leurs colonies en qualité d’esclaves : négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles et tous les droits de la nature humaine (…) Si un commerce de ce genre peut être justifié par un principe de morale, il n’y a point de crime, quelque atroce qu’il soit, qu’on ne puisse légitimer. Les rois, les princes, les magistrats ne sont point les propriétaires de leurs sujets, ils ne sont donc pas en droit de disposer de leur liberté et de les vendre pour esclaves ». Ce texte serait parfait s’il n’était pas borgne ou hémiplégique : prolixe sur la traite transatlantique, mais silencieux sur les deux autres traites (de Zanzibar en Arabie et à travers le Sahara), qui ont fait plus de victimes que la traite transatlantique.

Ce que montre la consultation des dictionnaires, c’est l’habitude prise, depuis trois siècles, par les bien instruits de voiler les réalités qui pourraient ébrécher les statues qu’ils ont érigées à la gloire de la très parfaite civilisation arabo-islamique, laquelle, selon des politiciens de France, est supérieure à tout ce qui existe, a existé, existera sur terre.  

 

 

 

 

17 février 2012

Désintégration

 

 

Ce nom, dérivé du verbe désintégrer, est récent. C’est donc un mot moderne, attesté en 1871 et que Littré enregistre dans le Supplément publié en 1877 de son Dictionnaire de la langue française (1863-72). C’est un « néologisme », écrit-il, qu’il définit comme « l’action qui détruit l’intégrité d’un tout ». Les exemples qui en illustrent le sens sont extraits d’ouvrages de géologues et d’anatomistes. Moderne et savant, les spécialistes de sciences politiques en font aussitôt leur miel. L’un d’eux écrit en 1875 : « les théoriciens politiques, depuis plusieurs années, annoncent comme imminente la désintégration de l’empire turc », laquelle survient en 1920, avec quatre ou cinq siècles de retard pour le malheur des peuples que cet empire a soumis.

Les académiciens ignorent désintégration dans les septième et huitième éditions (1879 et 1932-35) de leur Dictionnaire. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), il a pour synonymes désagrégation et destruction, en particulier quand il est employé par les atomistes : « réaction nucléaire spontanée ou provoquée (...) aboutissant à la transformation d’un noyau atomique en un ou plusieurs noyaux ou particules et s’accompagnant d’une émission d’énergie ». Ce sens est exposé ainsi par les académiciens dans la neuvième édition (en cours de publication) du DAF : « destruction spontanée ou provoquée du noyau d’un élément chimique, qui se transforme en d’autres éléments de masse atomique plus faible, avec libération d’énergie sous forme de radiations ».

L’atome étant ce qu’il est, surtout la fission, à la fois fascinante et terrifiante, le mot désintégration est passé dans les sciences sociales : pas de panique, non pas sciences, mais des idéologies psycho et socialisantes, pour désigner (tenez-vous bien !) la « perte de la cohésion intime, de la personnalité profonde » (TLF) ou une « destruction » psychologique. Ce sens figuré est illustré dans le DAF par la désintégration de la personnalité sous l’effet de la torture, exemple qui est aussi cité dans le TLF et qui est extrait de L’Homme révolté de Camus. Oui, là est le cœur de la modernité. Moderne et savant, barbouillé de sciences psycho sociales, désintégration a tout pour plaire aux modernes modernissimes et aux modernes modernisant à l’envi et dernier cri. On comprend qu’il ait été choisi comme titre par un cinéaste qui, si son nom commençait par vrai, serait à coup sûr chef d’escadrille de bombardiers nucléaires et qui, pendant qu’il ne vole pas, touille les chaudrons bouillonnants de haine des officines idéologiques du gauchisme pleurnichard. Son film, qui traite du djihad, se résume à cette grande leçon de moraline assénée dans tous les médias : si des musulmans vivant dans des colonies islamiques établies en France s’engagent dans un djihad sans fin pour aller égorger ici ou là des chrétiens ou des juifs ou faire exploser des bombes au milieu d’infidèles, de femmes, d’enfants, de vieillards ou de prétendus koufars, c’est la faute de la France ou de la République ou des Français ou de la laïcité. Oui, si Mahomet a commencé à prêcher ses messages de haine en 611 et a lancé en 622 ses fidèles sur l’éternel sentier de la guerre, c’est la faute de la France. Oui, si le mouvement prétendument piétiste ou de réislamisation, dit tabligh, a été fondé en Inde dans les années 1920 et s’est diffusé dans le monde entier, c’est évidemment la faute de Hortefeux ou de Guéant, qui n’étaient pas encore nés. Oui, si la confrérie des Frères musulmans a été fondée en 1928 en Egypte par le grand-père à Ramadan, c’est évidemment la faute de pas de chance ou de Voltaire ou de Sarkozy.

Voilà comment des filmeurs de musulmans écrivent l’histoire du monde. C’est du délire, mais ce délire s’explique parfaitement, car le carburant qui fait avancer ces filmeurs est un mélange de H et d’alcool à 90°.

 

 

24 janvier 2012

Bourdieuseries

 

 

Réponse aux bourdivins de la sous-culture et de l'apensée qui encensent encore le cadavre de leur maître Bourdieu une décennie après sa mort

 

 

Bourdieu vous paralyse ? Le sens vous échappe ? Bourdieu écrit en glyphes. Après la langue de bois, vient la langue de pierre. Un livre de Bourdieu, c’est la muraille du K2, que jamais vous ne gravirez. Face à ce Titan, vous vous sentez sot(te), inculte, tout(e) bête. Il vous pétrifie. C’est un élu, un vrai, pas un élu du suffrage universel, non, mais un élu de l’élite, un élu par ses pairs, tous élus de l’élite, un élu qui trône à la droite du Maître, parmi les autres élus, un béatifié, presque saint ou en voie d’être canonisé : en bref, le bienheureux était professeur au Collège de France ! Vous croyez naïvement que ce nom, qu’il faut employer au singulier et avec l’article défini, LE collège de France, pas UN collège de France, CES, Cé heu èss, pas CRS, nimbe les rares élus (ils se comptent sur les doigts de deux mains) d’une aura sacrée. Le Collège de France, c’est la crème de la crème : il n’y a que les huiles qui en foulent le marbre. Pour ce faire, Bourdieu se vêt des plus prestigieuses peaux d’âne qui soient au monde et au mur de son salon, il arbore, en matière de trophées, décorations et récompenses qui épateraient les lecteurs du « Chasseur français ». Illusions que tout cela ! Il suffit d’un rien pour dissiper le brouillard. Un rayon de soleil, et la brume se lève, découvrant la nudité (surtout la nullité) de l’élu, la lumière se fait dans les esprits, c’en est fini des temps obscurs. Pour guérir de la dévotion, il est un traitement simple, à la portée de tous : lire Bourdieu, le lire scrupuleusement, attentivement, lire ligne à ligne, mot à mot, phrase après phrase. Prenons au hasard les lignes qui ont été « commises » dans ses années de gloire, les années 1980. Elles ont été publiées dans une encyclopédie qui fait autorité parmi les élus de l’élite : article « art », « Economie des biens culturels », Encyclopédie Universalis thématique, édition de 2004. Bourdieu y expose ses thèses sur la culture et sur l’art (La distinction, Editions de minuit, 1979).

 La sociologie travaille à établir les conditions dans lesquelles sont produits les consommateurs de biens culturels et leurs goûts.

Par sociologie, il faut entendre « les sociologues ». Le mot qui désigne un métier, une profession ou une discipline universitaire désigne improprement ceux qui exercent ce métier ou qui s’adonnent à cette discipline. Bourdieu tord le cou à de malveillantes rumeurs. Non, les sociologues ne passent pas leur temps à somnoler : ils travaillent comme les éboueurs, les OS, les grutiers, les manœuvres. Travailler est un fétiche pour qui singe Marx. Il lui faut des travailleurs et, s’ils font défaut, il en fabrique.  La suite est de la même farine. Le travail de la sociologie consiste à « établir les conditions dans lesquelles sont produits les consommateurs de biens culturels ». Un ouvrier produit des chaussures, des vêtements, de l’acier, des voitures ; les sociologues rien, sinon les conditions. Ils n’établissent rien, puisque les conditions en question existent de longue date. Elles n’ont pas à être établies, elles le sont déjà. Les sociologues se contentent de les énoncer ou de les énumérer pour les étudier, ce qui n’est pas la même chose et ce qui n’est pas un travail harassant : « Voilà les conditions dans lesquelles… ». Ce qui est malaisé, ce n’est pas « d’établir les conditions », c’est, pour le lecteur, d’établir le sens du mot « conditions ». Selon Emile Littré (in Dictionnaire de la langue française), c’est « la classe à laquelle appartient une personne dans la société par sa fortune, par sa qualité, par ses emplois, par sa profession ». Monsieur Bourdieu patauge dans la mare marxiste.

Le travail des sociologues est pépère. Ce qui est cocasse, c’est ce qu’ils découvrent dans les conditions établies. Oui, dans ces conditions, il y a les consommateurs de biens culturels - comprendre des hommes et des femmes qui lisent, regardent ou écoutent, et qui sont nommés consommateurs par la seule grâce de celui qui a besoin de consommation, de biens, d’économie, de capital, d’appropriation de la plus-value (pardon des biens culturels), etc. pour se prendre pour Marx. Sinon, il serait un simple bouseux venu de ses Basses Pyrénées natales pour conquérir Paris. Oui, « les consommateurs SONT PRODUITS dans certaines conditions », ces conditions étant les classes que les sociologues travaillent à établir. Ils sont produits, comme dans telle ou telle usine, on produit de la margarine ou des chaussures. Flaubert, s’il revenait parmi nous et qu’il lût Bourdieu, aurait de quoi ricaner pendant un siècle. Non seulement les consommateurs ne consomment rien, mais ils sont produits comme consommateurs dans des classes données. Les sociologues produisent le concept de « consommateurs de biens culturels ». On sait désormais dans quelles conditions se fait la production : litres de rouge, whisky, excitants, haschich à forte dose. Monsieur Bourdieu n’a pas émigré dans l’Algérie du FLN pour rien : il y a appris à consommer des substances hallucinogènes. Il n’y a pas que les consommateurs, il y a aussi les « goûts ». Jusque-là, nous pensions que les goûts étaient universels, que les hommes, où qu’ils vivent, se faisaient la même idée du salé et du sucré, de l’acide et de l’amer. Que nenni, comme les macaronis ou les lentilles, les goûts sont produits par les conditions, id est les classes sociales.

La sociologie travaille à établir (etc.), en même temps qu’à décrire les différentes manières de s’approprier les biens culturels qui sont considérés à un moment donné du temps comme des œuvres d’art, et les conditions sociales du mode d’appropriation qui est tenu pour légitime.

Ford Gérald, vice-président des Etats-Unis d’Amérique et président pendant deux ans, de 1974 à 1976, à la suite de la démission de Nixon, était célèbre pour sa stupidité. Il n’était pas capable de faire deux choses en même temps : mastiquer de la gomme et descendre les escaliers. Les sociologues sont moins sots. En même temps, ils établissent (les conditions etc.) et ils décrivent « les différentes manières de s’approprier les biens culturels (…) et les conditions sociales (encore des conditions : ça fait beaucoup : les unes sont à établir, les autres à décrire) ». A un moment donné du temps : est-ce qu’il y a un « moment donné de l’espace » ? Moment donné du temps est une tautologie. Autre tératologie, les « biens culturels » sont considérés comme des « œuvres d’art » à un moment donné. Les Grecs considéraient les statues de Phidias ou le Parthénon comme des œuvres d’art, ça dure depuis vingt-cinq siècles. Aujourd’hui, pour nous encore, ce sont des œuvres d’art. Elles sont de l’art depuis toujours. « Le moment donné » du « temps », pour Bourdieu, est une éternité. Autre fétiche : s’approprier et appropriation. Bourdieu s’approprie les gros mots de Marx pour les transporter dans un domaine où ils n’ont aucune validité. Les « biens » culturels (qui ne sont pas des biens, puisqu’ils sont à tout le monde et qu’ils ne s’achètent pas, ni ne se vendent) sont « appropriés » par des salauds, qui ont entre les dents, non pas le couteau, mais des dollars US. On sait qui sont ces salauds : ce sont les bourgeois aux dents longues, les professeurs rapiats et cupides, le Grand Capital, le méchant loup, etc.

Et les conditions sociales du mode d’appropriation qui est tenu pour légitime.

Dans l’histoire de France, l’adjectif légitime désigne les princes de sang royal qui avaient seuls vocation à régner sur quarante millions de sujets. Légitime est tranchant comme le couperet d’une guillotine : il vous discrédite en un éclair un concept, une notion, une idée, une réalité. Le mode d’appropriation tenu pour légitime ne peut être que le fait de salauds : les princes de sang royal, les deux cents familles, les capitalistes avides, les rentiers, les bourgeois qui exploitent le pauvre monde et les professeurs de lettres. 

Mais on ne peut comprendre complètement les dispositions qui orientent les choix entre les biens de culture légitime qu’à condition de les réinsérer dans l’unité du système des dispositions, de réinsérer la culture au sens normatif et restreint de l’usage ordinaire, dans la culture au sens large de l’ethnologie, et de rapporter le goût élaboré des objets les plus épurés au goût élémentaire des saveurs alimentaires.

Les dispositions sont les manières d’être, les aptitudes, les dons, les penchants. C’est une autre manière de dire les « goûts ». Ces dispositions forment un système. Si système il y a, il est dans la cervelle de Bourdieu. Il faut qu’il y ait un système, sinon sa démonstration s’effondrerait. Pas de hasard, de la nécessité partout, nécessité produite par la division de la société en classes. « L’unité », dans le « système des dispositions », ne doit pas être entendue comme « l’unité » du système métrique (le mètre étalon) ou « l’unité » d’un système monétaire (le franc ou l’euro ou le $ US), mais au sens de qualité de ce qui est uni ou cohérent. Il est donc redondant ou tautologique d’écrire « les réinsérer dans l’unité du système », puisque tout système est, par définition, cohérent ou uni, sinon ce ne serait pas un système. Tout, chez Bourdieu, est lapalissade. Il ne montre rien d’autre que ce qu’il a dans les mains. Il énonce que tout relève du marxisme ou que le marxisme explique tout, même les dons ou les goûts ou les dispositions. Alors, il lui suffit ensuite d’ânonner le marxisme pour démontrer que le marxisme est le marxisme, que tout est marxisme, que Allah est akbar, que l’islam est über alles. Il ne raisonne pas, il résonne ou il fait résonner la voix du Maître.

Dans « la culture au sens normatif et restreint », normatif et restreint sont des adjectifs méprisants et arbitraires. Rien ne les justifie. Bourdieu ne démontre pas que « culture » a un sens « normatif » et « restreint », il se contente d’asséner une proposition dont il nous assure qu’elle est la vérité. Son seul argument est l’autorité qu’il tire de ses titres, peaux d’âne et fonctions. Il est étrange qu’un savant qui se pique de science use de ces mots couperets, propres aux inquisiteurs, aux délateurs ou aux commissaires politiques. Son discours est binaire : normatif, restreint, étriqué ou borné d’une part, et, d’autre part, tout blanc, tout pur, tout propre. Le mal, c’est la culture au sens normatif et restreint ; le bien, la culture au sens de l’ethnologie. Le mal, c’est la culture de la France ou de l’Europe ; le bien, la culture sauvage ou primitive. Quoi qu’il en soit, au « sens de l’ethnologie », il n’y a pas de culture, mais des façons de faire ou des manières d’être : tout est culture et, si tout est culture, plus rien n’est culture. Ce que Bourdieu affirme, c’est qu’existent des réalités sans existence, fantasmatiques et idéologiques. Il prouve la pertinence du marxisme, en décidant que tout est marxisme et que, puisque tout est marxisme, seul le marxisme explique lumineusement le marxisme. Ce n’est pas de la science, ni même de l’idéologie, c’est de la magie. Ainsi, Bourdieu prétend rapporter le goût élaboré des objets les plus épurés (le goût en matière de musique, d’arts, de littérature) au goût élémentaire des saveurs alimentaires, dont le seul mérite est d’être « structuré » en oppositions binaires : cru vs cuit, sucré vs salé, acide vs amer, etc. Lévi-Strauss est ressuscité, mais c’est oublier que, quand Lévi-Strauss étudiait la culture élaborée d’un peuple primitif, l’art des masques par exemple, il abandonnait la référence simpliste aux saveurs alimentaires et il se fondait, au contraire, sur les bonnes vieilles catégories de la culture au sens « normatif » et « restreint ». Le verbe réinsérer signifie « introduire à nouveau ». La métaphore est en adéquation, non pas avec ce sens propre, mais avec l’usage positif fait de ce verbe et du nom réinsertion qui en dérive dans les bonnes actions de la société : la réinsertion des prisonniers par exemple. La réinsertion de la culture au sens normatif et restreint est une réhabilitation sociale. C’est une BA. Les marxistes disaient du travail forcé, id est de l’esclavage, en Sibérie qu’il corrigeait ou amendait ou rééduquait les classes nuisibles. La rééducation, c’est le destin qui est promis à la « culture » au sens normatif et restreint. Un long séjour dans un camp de concentration (ou de la mort ?), et elle sera changée.

Contre l’idéologie charismatique qui tient les goûts en matière de culture légitime pour un don de la nature, l’observation scientifique montre que les besoins culturels sont le produit de l’éducation : l’enquête établit que toutes les pratiques culturelles (fréquentation des musées, des concerts, des expositions, lecture, etc.) et les préférences correspondantes (écrivains, peintres ou musiciens préférés, par exemple) sont étroitement liées au niveau d’instruction (évalué d’après le titre scolaire et le nombre d’années d’études) et, secondairement, à l’origine sociale.

Charismatique est un mot religieux. Si Bourdieu, qui est athée en tout et de façon radicale, sauf quand il se prosterne devant le FLN, en use, c’est pour déconsidérer l’idéologie dont il parle et qui, de toute façon, n’a rien d’une idéologie. Un charisme est un don surnaturel. C’est l’action de l’Esprit Saint sur un croyant. Ironiquement, on peut dire que Bourdieu est l’Esprit saint qui visite ses disciples, à qui il apprend à parler toutes les langues du monde, à condition qu’elles soient écrites en glyphes. L’adjectif charismatique, qui dérive de ce nom, est un adjectif dit « de relation » et il signifie « relatif au charisme ou à la croyance dans l’Esprit saint ». Dans ce texte, Bourdieu ne l’emploie pas comme un adjectif de relation, neutre par définition ou impartial ou descriptif, mais il en fait un adjectif qualificatif, de sens dépréciatif, qui signifie quelque chose comme « qui n’a pas de valeur », sans doute parce que cet adjectif se rapporte à des croyants stupides. La seule chose qu’il en dise, c’est que c’est très mal. Khomeiny dirait « satanique » ou « luciférien ». 

 L’idéologie charismatique… tient les goûts en matière de culture légitime pour un don de la nature.

Personne en Occident n’a jamais défini, conçu, présenté la culture comme l’effet d’une descente de l’Esprit saint sur un croyant ou un élu. « L’idéologie charismatique » n’existe pas, ni n’a jamais existé. Cicéron, qui a inventé le mot et la chose, tenait la culture pour le résultat d’un travail analogue à celui d’un paysan qui prend soin de son esprit comme il cultive sa terre.

L’observation scientifique montre que les besoins culturels sont le produit de l’éducation.

L’intérêt pour la culture n’est pas une idéologie. Si c’en est une dans ce texte, c’est pour valoriser la « science » que Bourdieu s’approprie (comme un capitaliste s’approprie la plus-value), sans jamais prouver que son observation est scientifique. Les affirmations arbitraires n’engagent que ceux qui sont assez faibles d’esprit pour les croire. Elles sont charismatiques, au sens normatif et restreint que Bourdieu donne à cet adjectif. Les deux mots observation et scientifique sont totalement inappropriés. Dans ce texte, il n’y a ni observation, ni science, mais des réponses partiales à des questions biaisées. Bourdieu est marxiste, tout le monde l’a compris, et son marxisme perce dans chaque phrase, dans « les besoins culturels » et dans « le produit de l’éducation ». Il faut qu’il y ait, même fictivement, une économie de la culture, il faut qu’il y ait des besoins, il faut que ces besoins ne soient pas naturels et il faut qu’ils soient produits par une force mal intentionnée (le capital, les $ US, la bourgeoisie) pour que Bourdieu soit. Comme rien de cela n’existe, Bourdieu est une ombre. Mais il n’est pas à une contradiction près. Si les besoins sont un produit de l’éducation, ils ne sont pas des dons de la nature. Culture ou nature : il faut choisir, ça ne peut pas être l’un et l’autre. 

L’enquête établit

Le mot est employé au singulier et avec l’article « la », et non « une », et sans compléments qui le déterminent, du type « l’enquête menée par le CNRS en 1965 ». Il vaut pour un nom propre, comme quand Monsieur Bourdieu dit « le Parti » ou ses disciples d’Algérie « Allah » ou ses potes d’ex-URSS « l’Etat ».

Toutes les pratiques culturelles (fréquentation des musées, des concerts, des expositions, lecture, etc.) et les préférences correspondantes (écrivains, peintres ou musiciens préférés, par exemple) sont étroitement liées au niveau d’instruction (évalué d’après le titre scolaire et le nombre d’années d’études) et, secondairement, à l’origine sociale.

Bourdieu décline tous les mots du marxisme. Après « économie », « conditions », « biens », « appropriation », « mode », « production », etc., voici « pratiques ». Des mots du marxisme, c’est le fétiche par excellence. Les « pratiques » (ou la praxis), c’est ce dont Bourdieu fait la théorie. Grâce à elles, il cesse de se sentir contingent, mortel, provisoire. Il obéit à une nécessité, non pas celle de l’histoire, mais celle d’illustrer le marxisme, « à un moment donné du temps » où le marxisme est mort, enterré, momifié.

 

De cet examen qu’il n’est pas utile de poursuivre, il ressort que Bourdieu résonne par tautologies redondantes. Il démontre le marxisme par le marxisme. Il déclare d’autorité que tout est marxisme et que seul le vocabulaire marxiste rend compte du marxisme. Sous couvert de modernité, c’est un archaïque qui applique la vieille sagesse des nations : c’est en marxisant qu’il prouve le marxisme. Mais il ne suffit pas de se prendre pour Marx pour l’être vraiment. Le fantôme de Marx ne ressuscite pas Marx. Toute la science dont Bourdieu se gargarise est un ersatz. Ce n’est pas de l’idéologie non plus, puisque, si c’en était, il suffirait de la renverser pour rétablir la réalité, non, c’est un pur discours qui ne réfère à rien, un discours qui se mord la queue, un discours de théologien, le discours d’un croyant qui est visité par l’Esprit saint de Marx et qui se contente de parler les langues marxistes du monde (et Dieu sait s’il y en a eu). Bourdieu a émargé pendant plus de quarante ans au budget de l’Etat. Autrement dit, des millions de citoyens l’ont entretenu et grassement rémunéré pour qu’il « travaille à établir » les conditions de leur exploitation. Si l’enquête, sur laquelle se fonde Bourdieu pour marxiser, était refaite en 2005, elle montrerait que la littérature, la musique, la peinture, l’art, les « dispositions », les dons de la nature, les « goûts » sont morts, que, sur leurs cadavres, prolifèrent le fric, le show biz, la télé réalité, le rap, les « installations » subventionnées par les pouvoirs publics, etc. et que tout ça forme la nouvelle culture bourgeoise, la vraie, celle qui rapporte gros, celle qui abrutit les masses, celle qui rend sot. C’est aussi celle que Bourdieu appelait de ses vœux. Il croyait lutter contre l’emprise de la bourgeoisie sur les esprits, il s’est contenté de tirer les marrons du feu au seul profit du pire Capital qui soit, celui du fric facile, amassé sans rien produire, le fric du détournement des symboles, le fric de la manipulation, le fric mafieux. Partout où le marxisme a exercé le pouvoir, il a massacré en masse les pauvres, il a réduit les ouvriers et les paysans à l’esclavage, il a laissé proliférer le racisme, il a exterminé les faibles, il a éliminé les classes dites « nuisibles », il a transformé les pays conquis en déserts, il a multiplié les crimes contre l’humanité et les génocides. En France, Bourdieu a fait subir à l’art, à la culture, à la littérature les traitements que Lénine, Trotski et autres ont infligés aux peuples qu’ils ont saignés et massacrés. Et ce Bourdieu est admiré, vénéré, idolâtré. Comment la France est-elle tombée aussi bas ?   

 

13 janvier 2012

Guerre sainte

 

Comme la plupart des mots qui se rapportent à l’islam, tels, et pour n’en citer que quelques-uns, Allah, islamiste, islam, islamisme, mahométan, matraque, séide, algèbre, protégé, etc., l’expression guerre sainte, qui traduit souvent le nom arabe djihad du moins dans les dictionnaires modernes ou dans les éditions modernes du Dictionnaire de l’Académie française, est un terrain miné, dangereux, truffé de traquenards et de tabous.

Il n’en était pas ainsi dans les éditions anciennes du DAF. L’expression guerre sainte est enregistrée et définie dès la première édition de ce dictionnaire en 1694 : « on appelle ainsi la guerre qui s’est faite autrefois contre les infidèles pour reconquérir la Terre sainte ». La guerre sainte est un phénomène historique, clos et fini depuis longtemps et relégué dans les temps révolus de l’Histoire (« elle s’est faite autrefois »). C’est ce que les historiens modernes nomment croisades. Les académiciens prennent acte de la nature historique de la guerre sainte sans porter de jugement défavorable sur ce qu’elle a été : une guerre qui fut défensive, au sens où elle avait pour but de rendre aux fidèles des territoires conquis et soumis par la force. Cette même définition est répétée, sans modification aucune, dans les éditions suivantes : 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1897, 1932-35 ; et dans chacune de ces éditions, la guerre sainte est soigneusement distinguée de la ou des guerres de religion (« celles que les dissensions religieuses allument dans un pays », 1932-35).

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) reprend la distinction entre les guerres de religion (le mot est toujours au pluriel dans les dictionnaires) et la guerre sainte (toujours au singulier, elle), laquelle est propre à un passé lointain et révolu (« elle se faisait autrefois contre les infidèles »), mais à la différence des académiciens, le verbe reconquérir des définitions du DAF est remplacé par le verbe conquérir : « guerre qui se faisait autrefois contre les infidèles pour conquérir la terre sainte ». La différence entre conquérir et reconquérir a beau être infime, elle n’est pas mince. L’absence du préfixe re – est une prise de position ou un engagement. De toute évidence, Littré ne croit pas que la guerre sainte soit une guerre défensive, à moins qu’il n’ait supprimé le préfixe pour que l’expression guerre sainte puisse être appliquée aux guerres saintes menées dès le Xe siècle par les musulmans, arabes, seldjoukides, ottomans, circassiens, etc. pour conquérir au profit du seul islam la terre du Christ et des juifs.

Ce sont les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), ce chef d’œuvre du progressisme aveugle, qui vont le plus loin dans la négation de toute différence entre les diverses guerres ou types de guerre. Pour eux, guerres de religion, guerre(s) religieuse(s), guerre sainte sont synonymes. Ces mots et expressions désignent un seul et même phénomène, à savoir une « lutte armée entre partisans de religions différentes ».  

Il est une édition du DAF dans laquelle le tabou relatif à la guerre sainte est levé, mais éphémèrement : c’est la huitième édition, celle qui a été publiée en 1932-35. L’expression, précisent les académiciens, a deux sens ou désigne deux phénomènes historiques distincts : une guerre défensive ou de reconquête, mais révolue, celle « qui s’est faite autrefois contre les infidèles pour reconquérir la Terre sainte », et une guerre offensive, de haine ou d’extermination, propre à l’islam : « guerre sainte désigne aussi le soulèvement religieux ordonné contre les chrétiens par les chefs de l’Islam » (proclamer la guerre sainte).

Cette lucidité a sans doute été jugée inutilement ou imprudemment insolente, puisque, dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, cette distinction, éclairante et pertinente, est supprimée. Il n’est plus fait référence aux croisades de l’Europe historique, mais au seul présent. Ce qui définit la guerre sainte, c’est que l’on y appelle « les peuples à la défense de leur religion, des lieux, des personnes, des symboles qui lui sont attachés ». Autrement dit, quand les musulmans d’Afrique ou d’Asie déclarent la guerre à la France et aux Français sur leur propre sol, à l’Espagne et aux Espagnols dans leur pays, au Royaume-Uni et aux Britanniques sur leur territoire, etc. ils défendraient leur religion, leurs mosquées, leur Coran. Mais que ne le font-ils pas chez eux…     

 

29 décembre 2011

Guerre de religion

 

De l’abus du terme guerre de religion pour désigner les massacres de masse dont les chrétiens sont les victimes dans le monde

 

 

            Le mardi 27 décembre, à « C’est dans l’air », France 5, de 17 h 49 à 18 h 50, le débat entre quatre docteurs, prétendus ou avérés, ou experts, labellisés ou non, ès religions, Keymayou, Dumont, Colosimo, Vallet, portait sur les guerres de religion.

 

            A l’article guerre, les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) définissent la guerre de religion comme la « lutte armée entre partisans de religions différentes ». Cette définition est pertinente. Il en va de même de celle que l’on peut lire dans le Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication) : la guerre de religion « oppose des adversaires guidés par les passions religieuses ou les dissensions confessionnelles ». Pour qu’il y ait « guerre de religion », il faut, comme dirait le Sapeur Camembert, 1° qu’il y ait une guerre et 2° que la religion soit la cause et le but de la guerre. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) rappelle cette vérité élémentaire, se contentant de déployer le syntagme « guerre de religion » en « guerre qui se fait à cause de la religion ».

Au XVIe siècle, les Français ont fait l’expérience tragique des guerres de religion, lesquelles, écrit Littré, « désolèrent la France sous François II, Charles IX et Henri III ». Ils savent donc ce qu’est une guerre dite « de religion ». « En France, écrivent les auteurs du TLF (op. cit.), guerres de religion s’applique aux guerres qui ont opposé les catholiques aux protestants durant le XVIe siècle ». On s’entretue parce qu’on n’est pas d’accord sur la foi ou la croyance ou la messe, on tue son voisin, lequel a tué un autre de ses voisins, chacun est armé, celui qui est tué aurait pu tuer son assassin, etc.

 

Au cours de l’émission de France 5, il n’a pas été question de guerre, bien que le vocable « guerre de religion » ait été utilisé, mais de tueries. On peut tuer des hommes sans leur faire la guerre. Dans les événements qui déchirent certains pays, Nigéria, Egypte, Tunisie, Irak, Turquie, Philippines, Indonésie, etc., et qui ont fait l’objet d’un débat entre « experts » ou « spécialistes » (experts en religion peut-être, mais pas en langue française), il n’y a pas deux armées qui se font ou se feraient face, ou deux groupes également armés. Les tueurs tuent, ils ne courent pas le risque d’être tués à leur tour par les membres de la famille de ceux qu’ils ont assassinés. Il y a des meurtres, des massacres, de pogroms, des attentats, des bombes qui explosent dans des églises ou près d’églises, des tueries, mais pas de guerre, et à chaque événement, quasiment quotidien, le bilan s’élève à 20, 30, 40, 50, 100, 200 morts et mille ou deux mille blessés, des enfants, des femmes, des vieillards, des hommes aussi, tous désarmés et paisibles, dont certains conserveront jusqu’à leur mort des séquelles douloureuses. Dans le site internet de cette émission, le débat, tel qu’il est présenté, n’est pas supposé consécutif à des guerres, mais à des pogroms et des massacres visant des chrétiens : « Après une série d’attentats meurtriers le jour de Noël et d’attaques visant la communauté chrétienne, des centaines de personnes ont fui le nord du Nigeria. Exprimant « sa profonde tristesse », le pape a déploré les persécutions auxquelles sont exposés les chrétiens dans divers endroits du monde... ». Là tout est dit. Pourtant, dans le titre du débat et pendant la bonne heure qu’il a duré, il n’a été question que de « guerres de religion » et aucun des haut-parleurs présents n’a jugé bon de critiquer ce « guerres de religion », pourtant impropre et même contraire à toute réalité.

La question qui se pose est la suivante : pourquoi, quand on pense bien, on nomme « guerres de religion » ces tueries et massacres d’innocents ? Il ne viendrait à l’esprit d’aucun de nos journaleux, experts, spécialistes, etc. de qualifier de « guerre de religion » le génocide par les Allemands de six millions de juifs, qui ne professaient pas la même foi qu’eux. Pourquoi le négationnisme se porte-t-il aussi bien quand les victimes sont des chrétiens ? La véritable raison est l’excessive complaisance des « haut-parleurs » envers l’islam et les musulmans. Ce serait les stigmatiser que de leur attribuer, conformément à la vérité des choses, les massacres dont ils sont responsables. Ne nous leurrons pas. Si l’Allemagne n’avait pas perdu la guerre ou s’il n’y avait pas eu de tribunal de Nuremberg, à la télévision française, soixante ans ou soixante-dix ans plus tard, on qualifierait le génocide de « guerre de religion » et on laisserait accroire que, si responsabilité il y a eu, elle était également partagée entre les deux camps. Le négationnisme est la seule mamelle des médias.    

 

 

 

 

26 décembre 2011

Modéré et islamistes modérés

 

 

Il est fait de cet adjectif un usage immodéré, comme si la réalité devait nécessairement infirmer ou contredire le sens que les hommes donnent ou croient donner aux mots qu’ils emploient. Dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de la première édition (1694) à la neuvième (en cours de publication depuis 1994), il signifie, quand il est adjectif, « qui est sage et retenu, qui n’est point emporté » en parlant des personnes et « éloigné de toute sorte d’excès », en parlant de choses (1694 et 1762). La définition en quatre siècles ne change guère : aujourd’hui, c’est « qui est éloigné de l’excès, qui est contenu dans une juste mesure » (au sujet de chaleur, vents, prix, loyer) et « qui s’abstient de tout excès, se tient dans une juste mesure », en parlant de personnes.

C’est en 1798 dans l’édition dite « révolutionnaire » du DAF qu’est enregistré l’emploi de modéré comme nom et dans un contexte politique : « terme pour désigner ceux qui, en Révolution, professaient des principes modérés ». Ils n’étaient guère nombreux, ces révolutionnaires modérés, qui n’étaient décidés qu’à couper une tête sur deux, alors que les autres, les révolutionnaires immodérés, en coupaient deux sur deux et étaient prêts à en couper trois sur deux. Pour Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), être modéré, en parlant des personnes, c’est « se tenir dans une juste mesure » (mais qu’est-ce que la « mesure » et qu’est-ce qu’une « juste » mesure ?), tandis que les « modérés » (en politique) sont « ceux qui ont la prétention d’appartenir au parti ennemi des extrêmes ». Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) font de modéré, entendu dans ce sens politique (« qui professe des opinions éloignées des extrêmes (et souvent conservatrices)) », l’antonyme d’extrémiste ou d’intransigeant.

Un extrait de Jean-Christophe, roman oublié aujourd’hui de Romain Rolland, illustre ironiquement l’ambiguïté de cet adjectif ou nom, quand il s’applique à la politique et qu’il sert de masque social ou socialement correct à l’extrémisme : « comme la plupart des hommes de la petite ville, la politique tenait une grande place dans sa pensée. Il était républicain ardemment modéré, libéral avec intolérance, patriote, et, à l’exemple de son père, extrêmement anticlérical ».

Il en est ainsi dans « islamistes modérés », ce syntagme figé qu’affectionnent les sciencieux du social, les sociologues, les islamologues et bien entendu, à leur suite, journaleux et politiciens, et dont les deux mots qui le composent sont de la fausse monnaie. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94, volume 10, 1983) n’enregistrent ni l’adjectif islamiste, ni le nom islamiste qui qualifient ou désignent les musulmans cherchant à instaurer la loi de l’islam partout dans le monde. Et pour cause, il n’existe pas dans la langue arabe. C’est une pure création verbale française ou occidentale, récente, contingente et conjoncturelle. Jusqu’à une date récente, ce mot était absent des dictionnaires. Le correcteur orthographique fourni avec les logiciels Word de 1997 soulignait en rouge sur l’écran islamiste. En français, il se substitue aux noms et adjectifs musulman, adaptés de l’arabe mouslim (pluriel mouslimoun, dérivé d’islam), et islamique, au sens de « relatif à l’islam », qui correspond à l’adjectif arabe islamiyya, qui est dérivé d’islam. Islamique signifie « relatif à l’islam », aussi bien en arabe (islamiyya) qu’en anglais (islamic), alors que islamiste semble signifier « relatif à l’islamisme », réalité dont les spécialistes essaient de faire accroire qu’elle est distincte de l’islam, alors que islamisme a été forgé en 1697 par l’orientaliste Herbelot pour désigner la religion des mahométans et servir de synonyme à islam, mot arabe que ce même Herbelot a introduit à la place du mot français courant alors mahométisme ou mahométanisme. Les musulmans qui ambitionnent d’imposer partout la charia sont dits islamistes ; eux, ils se disent musulmans. Les désigner par des noms fabriqués par on ne sait qui ou pour on ne sait quelle raison, qui n’existent pas dans leur langue et qu’ils récusent à juste titre, c’est effacer ce qu’ils sont. Quant à les qualifier de « modérés », c’est ajouter un cache-sexe à un masque.

 

 

 

 

 

07 décembre 2011

Confrérie

 

 

            Les organisations politiques – surtout les Frères musulmans – sur lesquelles se portent partout dans les pays arabes les suffrages des musulmans sont dites, quand, dans les médias français, il est question d’elles, et cela se fait de plus en plus souvent, des « confréries ».

Ce mot est attesté depuis la fin du XIIe siècle sous la forme confrairie ou sous celle de confrérie. C’est une association de personnes qui se proposent « un but charitable ou de piété » : une « compagnie de personnes associées pour quelques exercices de piété » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798, 1835) ou « association formée par des laïques en vue d’une œuvre de piété, de charité, de dévotion » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Les confréries n’ont pas d’autre but que religieux, que ce soit celle du Saint Sacrement, du Rosaire ou de saint Joseph – plus exactement de dévotion ou de piété collective. Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) décrit assez précisément ce qu’est une confrérie : « gens qui ont une dévotion à quelque saint, à quelque mystère ou à quelque autre chose que la religion révère, et qui moyennant quelque peu de chose qu’ils donnent se font écrire sur le registre où sont tous les noms des confrères. Ce registre se garde à la paroisse ou au lieu auquel on honore particulièrement le saint ou la chose sainte. Et à de certains jours de l’année les confrères vont visiter ce lieu ou cette paroisse et y faire leurs dévotions ».

Le mot a toujours ce même sens dans les dictionnaires actuels, que ce soit dans le Trésor de la langue française (1971-94 : « association de laïques fondée sur des principes religieux dans un but charitable ou de piété ») ou dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication) : « association de laïcs unis par des liens de dévotion, de charité ».

Certes, dans la vieille langue française, le mot désignait aussi des associations professionnelles ou marchandes. Lacurne de Sainte-Palaye, dans le dictionnaire de l’ancien français qu’il a commencé à rédiger dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, note que confrérie a vu son sens se restreindre à compter de la fin du XVe siècle : « ce mot, dont nous avons presque restreint la signification aux associations de piété, était autrefois d’un usage bien plus étendu » ; il était en usage pour désigner l’association des chevaliers de l’ordre de la Jarretière ou encore la corporation des drapiers. Furetière (Dictionnaire universel, 1690) rappelle ces anciens usages dont il ne dit pas qu’ils sont désuets : « dans tous les corps d’artisans il y a des maîtres de confrérie qui s’élisent, comme les jurés ».

Or, il a suffi que l’islam et les choses de l’islam, même les plus étrangères à la civilisation européenne, investissent l’espace public en France pour que les belles âmes, les mêmes que celles qui béaient à l’Allemagne nouvelle entre 1940 et 1945, changent le sens de confrérie et utilisent ce vieux et noble mot, propre à la religion catholique, pour désigner des réalités toutes contraires à cette religion et à la civilisation qu’elle a fondée, avalisant de fait la main mise de la politique islamique sur la religion des Arabes ou celle de la religion islamique sur la politique arabe. Le mot confrérie était un beau mot ; il n’est pas sûr qu’il garde sa noblesse après avoir été souillé au contact des Frères musulmans et autres organisations idéologico-politiques qui régissent désormais les pays du Sud de la Méditerranée et les colonies issues de ces pays et établies en France.   

 

27 octobre 2011

Allah akbar

 

 

 

Le mot arabe Allah est dans quelques dictionnaires : sixième, septième, huitième éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35, 1879, 1932-35), Complément au DAF (Barré, 1842), Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-1877), Trésor de la langue française (1971-94). Les premiers lexicographes qui l’ont enregistré sont, en 1704, les rédacteurs (tous ou quasiment tous jésuites) du Dictionnaire universel, dit « de Trévoux » : « C’est le nom de Dieu chez les arabes, et chez tous ceux qui font profession du mahométisme, quelque langue qu’ils parlent ». La définition est un constat. Elle est toute neutre. Dans les dictionnaires des XIXe et XXe siècles, où est reprise la définition de Trévoux (« nom que les mahométans donnent à Dieu », DAF, « Dieu en arabe », Barré, 1842, « nom que les arabes donnent à Dieu », Littré, op. cit.), ce qui attire l’attention et qui serait tenu sans doute aujourd’hui pour un blasphème (pardon un « dérapage ») par les bienpensants de l’intellocratie, c’est l’emploi singulier, étrange mais révélateur, de ce mot comme « interjection » : « nom que les mahométans donnent à Dieu, et qui est leur exclamation ordinaire de joie, de surprise, de crainte, etc. » (DAF), cet emploi étant illustré de cet exemple de toute évidence guerrier : Ils crièrent, Allah ! et fondirent sur nous. Barré (1842, op. cit.) est plus explicite : « (philologie) Dieu en arabe ; cri de guerre des mahométans ». Allah n’est pas seulement l’équivalent très approximatif et très largement inexact de Dieu (sur cela, les lexicographes ne se prononcent pas), mais c’est aussi un cri de guerre : comprendre un cri poussé depuis quatorze siècles et par lequel commencent meurtres, pillages, conquêtes, qui sont par cet Allah crié bénis ou sanctifiés.

De tous les auteurs de dictionnaires, les plus imprudents sont les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), dans lequel Allah n’est pas relevé comme nom, ni comme nom propre, mais comme « interjection », c’est-à-dire comme un cri qui n’a pas d’autre sens que l’action qu’il accompagne ou à laquelle il incite : « exclamation, d’après le nom donné à Dieu par les musulmans, traduisant divers sentiments comme la joie, la crainte, la surprise, etc. ou servant d’appel à la prière, au combat ». Plus que tout long et savant discours, cet appel au combat exprimé par Allah dévoile la nature de ce dieu ainsi nommé, de son envoyé (ou, en arabe, rasoul) qui fut chef de guerre et conquérant, de la din (ou « religion ») que ce dernier a établie et dont l’emblème est un sabre coupant comme un rasoir (sayf Allah : « le sabre d’Allah »). Dans ce dernier dictionnaire, l’emploi d’Allah comme appel à la guerre et au meurtre est illustré de ces alexandrins de Leconte de l’Isle :

Allah ! Dans la rumeur d’une foudre aux nuées,
À travers le buisson, le roc et le ravin,
Contre ces vils mangeurs de porc, gorgés de vin,
Nos vaillantes tribus, dix fois, toujours en vain,
Coup sur coup, et le rire aux dents, se sont ruées.

Quand les bienpensants prétendent (mais sans éclater de rire) que l’islam est une religion d’amour, de tolérance et de paix, ils font de l’ironie sans en avoir conscience. Il faudrait leur conseiller de consulter les dictionnaires. Encore faudrait-il qu’ils sussent lire.

 

Le mot akbar est la forme que prend l’adjectif kebir quand il est mis au degré comparatif : kebir signifie « grand », akbar « plus grand ». Dans la phrase « ana akbar menak » (en français : « je suis plus grand que toi »), deux individus, je et tu, se comparent. La comparaison est relative : elle porte sur la taille. Dans ce cas, akbar est suivi d’un complément introduit par préposition men et qui désigne le second individu, ak (« tu »). Dans Allah akbar, akbar n’est pas suivi de complément. Ce n’est pas un comparatif, puisqu’il n’y a qu’une seule réalité nommée, mais ce que l’on nomme en grammaire un superlatif absolu. Allah ne peut être mis en relation avec quoi que ce soit d’autre, il est incomparable. De fait, la phrase devrait être traduite, non par « Dieu est grand », ni « Allah est grand », mais par « Allah est le plus grand ». Ce qui est sous-entendu ou implicite, c’est qu’il est le plus « grand » de tous les dieux, tous tant qu’ils sont. Parce qu’il est absolu, irréductible à tout autre, sans pareil, Allah est le seul qui mérite le qualificatif akbar. Ce qui est affirmé haut et fort, c’est la supériorité d’Allah. Aucun autre dieu, qu’il soit unique et qu’il se nomme Jéhovah, Yahvé, le Christ, ou qu’il soit un parmi d’autres et qu’il se nomme Mithra, Zeus, Cérès, etc. ne peut lui être comparé, ni opposé. On comprend dès lors pourquoi Allah akbar est le cri de ralliement de tous ceux qui veulent que l’islam domine le monde. C’est leur Deutschland über alles.

 

 

29 juin 2011

Islamophobie

 

Islamophobie est un terme récent. Il n’est enregistré ni dans le Trésor de la langue française (1971-94), ni dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). Il est dans Le Petit Robert depuis sept ou huit ans et défini comme le définissent les musulmans, les militants de l’islam politique, les salafistes et tous ceux qui se prosternent devant les barbus de Téhéran, et qui tentent, en usant de ce mot frelaté, d’imputer du racisme à tous ceux qui osent (mais ils ne sont pas nombreux) émettre la moindre critique à l'encontre de l’islam ou des musulmans. La présence d’islamophobie dans ce « dictionnaire » Robert est tout à fait dans l’ordre des choses qu’impose son éditeur, célèbre pour son esprit collabo.

La relation existant entre les deux « mots », islam et phobie,  qui composent islamophobie est ambiguë, islam étant complément du nom phobie : c’est, mot à mot, la phobie de l’islam. Phobie n’est pas neutre. En effet, la phobie n’est pas une répugnance ou une peur ordinaire : c’est un « symptôme névrotique », qui se caractérise par « une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée » (Trésor de la langue française). Chaque fois qu’un citoyen ose dire ce qui doit rester tabou ou a l’audace de penser ce qu’il est interdit de dire, c’est-à-dire chaque fois qu’il fait usage de sa liberté, que lui garantit la Déclaration des droits de l’homme (1789), il est accusé de maladie mentale. L’objectif n’est pas seulement de faire taire, il est de faire honte. Se livrer à un examen critique de l’islam et de l’Islam, comme on le fait, sans la moindre retenue, du christianisme ou de la Chrétienté (abolie depuis des siècles), est folie. La critique de l’islam en tant que religion (avec un i minuscule) ou de l’Islam (avec un I majuscule) en tant que civilisation, devient taboue à partir du moment où elle est qualifiée d’islamophobie. Ce qui menace en France, c’est l’obligation de renoncer à l’exercice du libre examen devant les forteresses islam et Islam. La stigmatisation islamophobe est le prodrome de futurs bûchers.

Or, les exemples de grammaire célèbres comme la « crainte » ou « la peur des ennemis » prouvent que ces constructions « nom (désignant un sentiment) + de + nom (désignant des personnes, une religion ou une entité composée d'êtres humains) » portent en elles deux sens opposés suivant que les personnes (les ennemis dans l'exemple ci-dessus) éprouvent de la haine ou en sont la cible. De la même manière, l'islamophobie peut désigner la haine vouée à l'islam et aux sectateurs de cette religion ou bien la haine phobique et même rabique que l'islam et les musulmans vouent aux juifs, aux païens, aux koufars et aux « associateurs » des traductions du Coran, c'est-à-dire aux chrétiens.

La première de ces haines est avérée dans de nombreux pays au monde : en Inde, en Afrique australe, en Arménie, en Europe du Sud-est et elle est justifiée par les innombrables crimes contre l'humanité, dont les musulmans se sont rendus coupables au cours de l'histoire, et jusqu'à aujourd'hui. Mais elle n'est guère avérée en France, sinon dans les discours des musulmans et affidés. Ce qui est attesté, c'est le contraire, l'islamophilie, l’amour de l’islam, la complaisance envers l’islam, l’impunité totale dont jouissent l’islam et les musulmans.

La seconde de ces haines, à savoir la haine que les musulmans vouent à ce qui n’est pas islam, est avérée depuis plus de quatorze siècles dans les faits, les événements, les textes fondateurs, le Coran, les hadiths, la Sunna, les textes de loi et les règlements en vigueur dans les pays musulmans. De fait, c’est l’islam qui nourrit une islamophobie délirante et ce sont les musulmans qui accablent d’une haine sans limite et sans fin leurs voisins, les étrangers, les autochtones, tous ceux qui n’ont pas prononcé la chouhada. Le racisme, le vrai, le racisme brut, primaire, le racisme des bas instincts et des tripes, le racisme pulsionnel, est là, consubstantiel à l’islam et à l’islamophobie qui nourrit les musulmans.

30 mars 2011

Retour sur "martyr"

 

            La presse n’informe guère, car informer demande du temps, de la culture, du travail. Elle se fait chantre et propagandiste qui d’un dictateur, qui d’un autre dictateur, à condition qu’ils fussent musulmans, qui d’un régime politique, à condition qu’il n’émanât pas de la volonté d’un peuple souverain, qui d’émeutes baptisées pour l’occasion révolutions.

Le Nouvel Observateur, hebdomadaire de l’opinion « gauche caviar » et « bobo », consacre sous la plume de ses journaleux de longs péans aux « dix mots » de la cosidetta « révolution tunisienne ». Le cinquième de ces dix mots est martyr. Les Tunisiens n’emploient pas ce mot ; ils ne parlent ni grec, ni chrétien, mais arabe. Ils disent donc chahid. C’est le journaleux Lussato (ou la journaleuse ?) qui traduit chahid par martyr, qu’il (ou elle) définit ainsi : « un mot à connotation si religieuse dans un pays plutôt laïc ». Il (ou elle) voulait sans doute écrire laïque. Quoi qu’il en soit de laïc ou de laïque, la Tunisie n’est pas un pays laïque – ce qui n’aurait aucun sens -, mais musulman. La France non plus n’est pas un pays laïque : ce qui est laïque en France, ce sont les institutions publiques, du moins en théorie, car elles sont elles aussi de moins en moins laïques, mais là, c’est une autre histoire qui dépasse, et de beaucoup, le simple emploi de martyr. Voici ce qui en est dit dans ce support publicitaire de la gauche bobo : « un mot employé au plus près de sa signification première. Car si, dans l’histoire, le martyr est celui qui accepte d’aller jusqu’à se laisser tuer pour sa foi, dans la révolution tunisienne il désigne ceux qui ont été tués pour avoir cru dans l’avènement d'un nouveau régime ».

Le martyr, en effet, est celui (ou celle) qui préfère la mort au reniement : il accepte d’être tué plutôt que de renoncer à ce qu’il croit. Mais cette conception du martyr est celle des chrétiens – et en aucun cas celle des musulmans. Il est quand même étrange et même étonnamment étrange ou totalement anachronique qu’un journaleux (ou une journaleuse) et le Nouvel Obs, hebdo glacé qui fait manger du caviar aux bobos, tiennent les musulmans pour des chrétiens et plaquent sur le monde arabo-musulman, qui n’en peut mais et n’a rien à cirer de la conception chrétienne du martyr, conception qu’il juge bonne pour des femelles alanguies ou pour des pédés efféminés, l’imaginaire et les mythes chrétiens. Le patron du Nouvel Obs a passé les vingt premières années de sa vie en Algérie – dans l’Algérie coloniale, évidemment. On comprend que son hebdo ait conservé un vernis de la très haïssable condescendance coloniale – ou néocoloniale en l’occurrence, et qui consiste à juger l’Autre à partir de ce que l’on est.  

En effet, chahid, ce prétendu martyr des musulmans, a un sens tout autre. Est chahid celui (jamais celle) qui meurt dans le djihad fi sabil Allah. Les chahids combattent pour une cause sacrée. Il leur incombe d’imposer la loi d’Allah dans une guerre sans fin. Ce n’est pas la mort qui fait d’eux des chahids, mais le fait qu’ils combattent des infidèles, des renégats ou de mauvais musulmans, qu’ils soient policiers ou politiciens. Et pour cela, ils sont récompensés : à eux les soixante-dix vierges du Paradis d’Allah, des vierges éternellement vierges, même après être passées sous des armées de chahids en rut.   

 

    

             

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06 février 2011

Associateur

 

 

Depuis 1408, date de sa première attestation, le nom association a un sens clair et sans ambiguïté. C’est le « fait d’être associé, d’être uni à quelqu’un ». Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), le définit comme la « réunion de plusieurs personnes pour un but commun ». Il existe des associations religieuses, commerciales, littéraires ; les ouvriers forment des associations pour se secourir ou pour améliorer leur sort ; même les malfaiteurs se réunissent pour réaliser des objectifs communs. Bien entendu, le mot s’est étendu aux mots et aux idées. Le verbe associer sert de base à association, associatif, associationnisme, associé. Depuis quelques années, il est entré dans la langue française un nouveau dérivé, qui n’est pas encore relevé dans les dictionnaires : associateur. En même temps, association et associer, dont associateur dérive, se sont chargés d’un nouveau sens.

Ce nouveau sens et ce nouveau mot viennent du Coran, plus exactement des traductions françaises de ce livre. Associateurs désigne les disciples du Christ. Les chrétiens sont dits ainsi, parce que, dans la Trinité, ils associent à Dieu, qui, dans le monothéisme pur et dur, est unique, d’autres entités, qui, selon Mahomet (mais il est le seul à en décider ainsi), ne méritent pas d’être « associées » à Allah, à savoir un homme : le Christ, et un principe dont on ne sait s’il est un être humain ou s’il est un simple souffle : le Saint Esprit. Ainsi, il est dit dans le verset 73 de la sourate V : « Ce sont certes des mécréants ceux qui disent : « En vérité, Allah est le troisième de trois ». Alors qu’il n’y a de divinité qu’Une Divinité Unique ! » ; ou dans le verset 72 : « Ce sont, certes, des mécréants ceux qui disent : « En vérité, Allah, c’est le Messie, fils de Marie ». Alors que le Messie (le Christ) a dit : « O enfants d’Israël, adorez Allah (non pas Allah, mais Dieu), mon Seigneur et votre Seigneur ». Quiconque associe à Allah (d’autres divinités) Allah lui interdit le Paradis ; et son refuge sera le Feu. Et pour les injustes, pas de secoureurs!»

Le sort promis aux associateurs est la mort : ainsi, entre autres versets, dans le verset 73 de la sourate V : « Et s’ils ne cessent de le dire (associer à Allah d’autres dieux ou qu’Allah, c’est le fils de Marie), certes, un châtiment douloureux touchera les mécréants d’entre eux » ; ou dans le verset 77 de la même sourate : « Dis : « ô gens du Livre, n’exagérez pas en votre religion, s’opposant à la vérité. Ne suivez pas les passions des gens qui se sont égarés avant cela, qui ont égaré beaucoup de monde et qui se sont égarés du chemin droit ». Le verset 39 de la sourate VIII est explicite : « Et combattez-les (les mécréants) jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah ». Le début de la sourate IX est catégorique. Verset 1 : « Désaveu de la part d’Allah et de Son messager à l’égard des associateurs avec qui vous avez conclu un pacte ». Verset 3 : « Et proclamation aux gens, de la part d’Allah et de Son messager, au jour du Grand Pèlerinage, qu’Allah et Son messager, désavouent les associateurs. Si vous vous repentez, ce sera mieux pour vous. Mais si vous vous détournez, sachez que vous ne réduirez pas Allah à l'impuissance. Et annonce un châtiment douloureux à ceux qui ne croient pas ». Verset 4 : « A l’exception des associateurs avec lesquels vous avez conclu un pacte, puis ils ne vous ont manqué en rien, et n’ont soutenu personne (à lutter) contre vous : respectez pleinement le pacte conclu avec eux jusqu’au terme convenu. Allah aime les pieux ». Verset 5 : « Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre ». Verset 14 : « Combattez-les. Allah, par vos mains, les châtiera, les couvrira d’ignominie, vous donnera la victoire sur eux ».

            C’est ainsi, comme disent les bien pensants et les experts en manipulations verbales, que la langue française s’enrichit de « différences » « brassées » « ailleurs », même si c’est pour inciter au crime ou promettre à autrui les pires avanies.

09 janvier 2011

Comment le journal Le Monde relatait en avril 2006 les exactions que subissent les Coptes en Egypte

 

 

            Staline, dit-on, crevait les yeux des popes, afin qu’ils fussent moins distraits en lisant leur bréviaire. C’est ainsi que l’idéologie en use, si bien que presque tout le monde est aveugle là où ce monstre règne. On a deux yeux depuis quinze ans en Pologne, en Hongrie, en Russie ; les Français ne sont pas près d’ouvrir un œil, car en France, il est des gens en place au Monde et ailleurs qui ne veulent même pas que l’on soit borgne.

 

En Egypte, depuis trente ans ou plus, il ne se passe pas de semaine sans que des coptes soient agressés, pas de mois sans que des coptes soient assassinés, pas d’année sans qu’une église soit vandalisée ou incendiée. Le Monde, daté du 18 avril 2006, en rend compte lumineusement.

Première règle : ne pas appeler les choses par leur nom. Les crimes ne sont jamais nommés crimes, mais « heurts entre coptes et musulmans » ; les pogroms ne sont pas des pogroms, mais des « tensions interconfessionnelles » ; les incendies volontaires d’églises sont le résultat de la « montée des extrémismes coptes et musulmans ». On ne sait pas qui est agressé, sinon qu’il y a eu un copte assassiné et cinq coptes blessés, mais on ne sait pas non plus qui agresse. Victimes et bourreaux sont renvoyés dos à dos, bien que, au cours des trente dernières années, jamais un seul copte n’ait tué un étranger, ni même des musulmans.

Deuxième règle : expliquer tout par des causes fictives. Le Monde ne dit pas qui sont les criminels ; en revanche, il va tout droit aux causes. La cause première est abstraite, très éloignée, presque épurée, mais elle est double : c’est la « structure » et c’est la « crise ». La « structure » incriminée » est la « structure politique du pays » ; la « crise » qui cause tous ces maux est la « crise économique et sociale ». Le Monde tient cette révélation d’une revue littéraire éditée par un parti marxiste. Que vient faire la littérature là-dedans ? Elle est là sans doute pour révéler, mais au deuxième ou au troisième degré, le caractère fictif des causes. En Egypte, il y avait quelques marxistes, quand il y avait des Juifs, c’est-à-dire avant 1952. Ceux qui ne se sont pas réfugiés à l’étranger, comme Curiel, ont rejoint les partis extrémistes de l’islam, comme Mahmoud Hussein. Mais c’est aux marxistes qu’il est fait appel pour piocher, ce qu’ils font depuis un siècle et demi, dans le même éternel réservoir à causes : le pouvoir asservi au capitalisme (la « structure politique ») et le capitalisme lui-même, dont on sait qu’il est entré dans la phase terminale de son existence et que la « crise » qu’il connaît va déboucher sur le Grand Soir.

Troisième règle : faire porter sur les victimes la responsabilité des crimes qu’ils subissent. Un homme est montré du doigt : il vit aux Etats-Unis. Ce n’est pas Bush, c’est un prêtre copte dénommé le « père Zakaria » qui prêcherait la haine de l’islam « sur une télévision satellitaire copte ». Il existe des sites internet coptes, il n’existe pas de télévision copte par satellite. Au Monde, on doit avoir abusé de cocaïne ou de whisky pour prendre les chaînes de télévision islamiques appelant à tuer les chrétiens pour des chaînes de télévision coptes appelant à tuer des musulmans.

Quatrième règle : regretter les temps anciens. Le Monde est un journal de référence, puisqu’il a des références historiques. Les temps anciens évoqués avec nostalgie sont les années 1920, quand le parti Wafd avait pour mot d’ordre « La religion est pour Dieu et la patrie pour tous » et avait dessiné sur ses bannières le croissant et la croix.

Cinquième règle : désigner les vraies victimes. Ce ne sont pas les coptes, mais les artistes. Dans un pays où « la Constitution affirme que l’islam est la religion de l’Etat et la charia la source principale de la législation », « les cheikhs de la mosquée Al-Azhar multiplient les fatwas sur le côté licite du point de vue religieux ou non de toute production intellectuelle, culturelle et artistique ».

Sixième règle : ne jamais replacer les crimes dans la situation ou le contexte où ils sont commis. Depuis plus de trente ans, en Egypte, les coptes sont victimes au mieux de discriminations ouvertes et éhontées, au pis de pogroms et de ratonnades. En juin 1981, pendant trois jours, des groupes armés islamiques ont tué, souvent au hasard, des dizaines de malheureux dans un quartier chrétien du Caire : pendant la décennie qui avait précédé, il ne se passait pas de semaine sans que soit incendiée ou vandalisée une église, agressés des coptes, par ailleurs soumis à la jiziya, tués des malheureux. Pendant près de vingt ans, la Ligue égyptienne des droits de l’homme a protesté contre les émissions de télévision qui, chaque vendredi, présentaient les chrétiens comme des sous-hommes qui ne méritaient pas de vivre. Les pogroms d’Alexandrie en novembre 2005 (églises attaquées, une religieuse assassinée, etc.) et de ce mois-ci (« attaque à l’arme blanche, vendredi 14 avril, de trois églises coptes de la ville », écrit Le Monde daté du 18 avril : les églises ont été attaquées au couteau ?) s’inscrivent dans une longue série de pogroms, de ratonnades, de meurtres gratuits, de crimes racistes. Dans ce journal de référence et incontournable, il n’est fait aucune référence aux événements antérieurs, ni même au rapport de force (favorable à l’islam : neuf musulmans pour un chrétien), ni même aux chartes de l’ONU qui sont censées défendre les minorités, ni même à l’existence en Egypte depuis plus de 80 ans de partis musulmans qui prônent l’islamisation totale de l’Egypte par la violence, ni même aux versets du Coran qui appellent à « tuer » les infidèles. Aucun de ces faits n’existe. La réalité que les lecteurs du Monde sont invités à retenir est exprimée dans le titre en gros caractères : c’est la « montée des extrémismes coptes et musulmans ». Etre une référence signifie aujourd’hui faire la révérence – toujours aux mêmes puissants.

 

 

 

18 décembre 2010

Paradis

 

 

Ce mot, emprunté au latin chrétien, lequel l’a emprunté au grec, lequel l’a emprunté à la langue des Chaldéens, est attesté à partir de la fin du Xe siècle dans deux sens : (Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française, 10 vol., 1880-1902) « jardin délicieux où Dieu plaça le premier homme » et « séjour de la béatitude céleste ». Lacurne de Sainte-Palaye (Dictionnaire historique de l’ancien langage français, à partir de 1769) glose le mot dans ces termes : « jardin où Dieu plaça Adam, dès qu’il l’eut créé » et « lieu où résident les âmes des justes et les anges, jouissant d’un bonheur éternel ». Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) et les académiciens (1694) le définissent de la même manière, mais plus succinctement : « lieu où sont les bien heureux » et « paradis terrestre, lieu délicieux où Moïse raconte que Dieu avait mis Adam et Eve » (Richelet) ; « jardin délicieux » et « séjour des Bienheureux qui jouissent de la vision de Dieu » (Académie de 1694 à 1798).

Le paradis a subi deux épreuves : celle de la géographie et plus particulièrement de l’exploration de la Terre et celle de l’astronomie ou exploration du Ciel. Les conséquences de ces deux épreuves sont exposées dès la fin du XVIIe siècle par Furetière dans son Dictionnaire universel (1690) et par les auteurs de L’Encyclopédie (1751-64, d’Alembert et Diderot éditeurs). Ce « jardin de délices » était censé se trouver « à l’orient d’Eden en Mésopotamie » : à l’Est d’Eden en somme, comme au cinéma, ou « dans l’Arménie aux sources du Tigre, de l’Euphrate, de l’Araxe et du Phani, que (les savants) croient être les quatre fleuves désignés par Moïse » (L’Encyclopédie). Mais les voyageurs n’ont rien vu de tel en Mésopotamie (l’Irak actuel). De fait, le paradis a été déplacé. La liste des lieux où il a été situé est interminable : « il n’y a presque aucune partie du monde, dit dom Calmet, où l’on ne l’ait été chercher, dans l’Asie, dans l’Afrique, dans l’Europe, dans l’Amérique, sur les bords du Gange, dans les Indes, dans la Chine, dans l’île de Ceylan, dans l’Ethiopie où sont les montagnes de la lune, etc. » (L’Encyclopédie, op. cit.) et même sous le pôle arctique.

Quant au « séjour des anges et des saints qui jouissent de la présence de Dieu » (Furetière) ou « lieu de délices, où les âmes des justes voient Dieu et jouissent d’un bonheur éternel » (L’Encyclopédie) et que l’on situait dans le Ciel, il est devenu source de doutes après les observations de Copernic et de Galilée, comme l’expliquent les encyclopédistes : « Le système de Copernic et de Descartes a non seulement renversé l’ancienne hypothèse de Ptolémée sur l’ordre et sur la structure de ce monde ; mais il a encore mis dans la nécessité de proposer ailleurs un endroit propre à placer le séjour des bienheureux, qu’on nomme vulgairement paradis (…) Car enfin depuis que les cieux sont fluides, que la terre et les planètes roulent dans les airs autour du soleil, et que les étoiles que nous voyons sont autant de soleils qui sont chacune le centre d’un tourbillon, il a fallu que l’empyrée disparût, ou du moins qu’il s’en allât bien loin d’où il était ». De fait, c’est le concept de paradis qui a changé : « ce n’est pas le lieu qui fait le paradis, mais le bonheur dont on jouit par la vue de Dieu, qui étant partout, peut aussi se montrer et faire partout des bienheureux ». La conclusion des encyclopédistes est ferme : « le paradis n’est pas un lieu, mais un changement d’état ».

            La délocalisation du paradis (que les lecteurs pardonnent cette métaphore hardie) n’a pas tué l’idée de paradis, au contraire ; elle favorisé la prolifération des paradis terrestres de substitution – des ersatz donc -, soit, à partir de Thomas More, sous la forme d’utopies, soit sous la forme de grandes théodicées sans Dieu qui se sont réalisées hic et nunc à Moscou, à Cuba, à Berlin (le paradis nazi), à Pékin, à La Havane, au Caire, à Alger, à Bucarest, à Varsovie, etc. Jamais il n’y a eu autant de paradis terrestres qu’au XXe siècle ou, pour dire les choses plus exactement, tout ce qui tombait sous l’emprise communiste devenait ipso facto paradis et, en conséquence, lieu de pèlerinage pour penseurs définitifs, intellectuels critiques, philosophes fumeux, écrivains engagés, artistes au service du peuple, etc. Au Xe siècle, de malheureux paysans analphabètes croyaient dur comme fer à l’existence d’un jardin de délices quelque part dans le monde. Au XXe siècle, cette même croyance un peu crétine a nourri des millions de Bac + 4 ou + 5, de philosophes, de diplômés en histoire ou en sociologie, de docteurs de l’université, etc. et leur a fait pondre des tonnes et des tonnes d’ouvrages, qui, si on devait les lire aujourd’hui, feraient s’esclaffer même les Abyssins, qui sont pourtant réputés sérieux. Tout cela confirme l’aphorisme de Gomez Davila : « l’intelligence n’aspire pas à se libérer, mais à se soumettre ».

            Les mahométans sont moins bêtes ou plus bestiaux, comme on voudra. Ils se font du paradis une idée qu’expriment sans ambages les auteurs de dictionnaires. En un mot, c’est un gigantesque bordel régi par la loi soixante-huitarde « aimez-vous les uns sur les autres ». « Le paradis de Mahomet est un lieu qu’il a feint et imaginé à sa mode, où il fait espérer tous les plaisirs sensuels et brutaux à ceux qui suivront sa loi » (Furetière) ; « les mahométans admettent aussi un paradis, dont toute la félicité ne consiste que dans les voluptés corporelles » (L’Encyclopédie) ; « le paradis de Mahomet » est le « lieu où Mahomet a fait espérer aux sectateurs de sa loi qu’après leur mort ils jouiront de tous les plaisirs des sens » (Académie, 1835) et « paradis de Mahomet, du prophète, d’Allah, lieu de délices promis aux musulmans après leur mort en récompense de leurs mérites, et où ils jouiront de tous les plaisirs des sens » avec « les houris du paradis » (Trésor de la langue française, 1971-94).

09 novembre 2010

Silence, on tue

Ecrit en 2003

 

 

Contrairement à ce que disent les Arabes et leurs thuriféraires en France, l’Orient n’est pas arabe et islamique, ou, s’il l’est, il ne l’est que partiellement. Dans le vocabulaire mystique, l’Orient, c’est le Christ. En Orient, il y a des chrétiens : il y en a encore - peut-être plus pour longtemps. Dans quelques décennies, il n’y aura pas plus de chrétiens en Egypte, en Irak, en Syrie, en Palestine qu’il n’y a aujourd’hui de juifs en Pologne, en Ukraine, en Hongrie. En Orient, le premier génocide du XXe siècle a fait oeuvre de purification ethnique d’abord contre les Arméniens (il n’y en a plus en Turquie), préfigurant ce que devient l’Orient et ce qu’il sera dans quelques décennies. Comme les Arméniens l'étaient dans l’Est de la Turquie actuelle, les Chrétiens sont les autochtones de cette région du monde et pas de ces mouhajiroun, si chers à la « gauche », qui se seraient installés dans les années 1960 en terre d’islam. Ils sont là, chrétiens depuis le début de notre ère, vivant depuis des siècles en Orient, dans des pays qui sont aujourd’hui l’Egypte, le Soudan, la Palestine, Israël et les territoires d’Arafat, la Jordanie, l’Irak, la Syrie, la Turquie, le Liban. Ils portent des noms étranges : ils sont araméens, chaldéens, coptes orthodoxes ou coptes catholiques, melkites, maronites, nestoriens, grecs-catholiques, latins, grecs orthodoxes, syriaques, jacobites, etc. Ils ont des papes, des patriarches, des béatitudes, des éminences, des métropolites, des Athanase, Cyrille, Maximos, Chenouda, Stephanos, Ignace, Boutros, etc.

Le lot de ces chrétiens est une vie sans destin. Ils n’ont pas d’avenir. Pour vivre, ils doivent rester ce qu’ils sont, dans leur « niche » parce que, chiens, ils sont traités comme tels. Ils n’ont droit à rien d’autre qu’à une gamelle et à ne pas être tués, étant dhimmis, c’est-à-dire tolérés par leurs vainqueurs et oppresseurs - et encore, puisque, de plus en plus souvent, verser du sang chrétien permet à des fous furieux, de plus en plus nombreux, d’apaiser la colère de leur Allah, comme les païens, jadis ou ici et là, égorgeaient un boeuf, un taureau, un poulet, une femme, un homme, pour faire plaisir à je ne sais quelle transcendance. Ce lot quotidien, outre le devenir qui leur est refusé et les massacres par intermittence dont ils sont les victimes, est fait d’humiliations, de discriminations, de vexations, de pogroms, de mépris, de crachats, de haine inexpiable, de ratonnades. Ces pogroms, précisons-le de peur de ne pas être compris, ce n’est pas les chrétiens qui les organisent, mais ils en sont les cibles de sorte qu’ils ont le choix entre vivre tête baissée ou l’exil ou la conversion. En Bosnie ou au Kossovo, un musulman (ou prétendu tel) se fait tirer comme un lapin. Aussitôt, dix mille belles âmes hurlent sur toutes les chaînes de radio ou de télé au génocide, au crime contre l’humanité, à la honte de l’Occident qui fermerait les yeux sur ça, et appellent à la guerre sainte pour étriper quelques Serbes, des vieillards, des femmes ou des enfants de préférence : c’est moins dangereux que d’attaquer des hommes dans la force de l’âge. Tous les jours, des chrétiens d’Orient sont victimes de pogroms ou de ratonnades, humiliés, ou assassinés ou discriminés. S’ils étaient musulmans, il y a belle lurette que BHL, Kouchner, Femme Mitterrand, etc. seraient partis en guerre. Mais ils ne sont que chrétiens : le martyre est dans leur nature. C’est leur voie. Qu’ils le vivent donc. Personne ne proteste, tout le monde se tait. Silence, on tue.

La seule question qui se pose ne porte pas sur la réalité des faits, mais sur notre indifférence. Pourquoi ces hommes meurent-ils sans que les belles âmes s’en émeuvent plus que de la mort d’un cafard écrasé d’un coup de talon. A cela, je vois trois séries d’explications, que je distingue en fonction de l’identité de ceux qui se taisent : les hiérarchies religieuses d’Orient, l’église catholique universelle, les universitaires et les intellectuels français.

Les chrétiens d’Orient sont réunis en églises dont les hiérarchies en Syrie, en Irak, en Egypte, ont fait allégeance aux pouvoirs en place. Les hiérarchies ont sans doute leurs raisons. Bonnes ou mauvaises, peu importe. Depuis longtemps, ces églises ont chacune ses spécificités, dont elles sont fières. Parfois, un simple détail de doctrine, qui nous paraît dérisoire, les sépare depuis des siècles et suscite entre elles des querelles que l'on qualifie à juste titre de byzantines. Elles sont nationales. Les régimes auxquels elles font allégeance sont nationaux. Ils le disent fort, ils le répètent, ils se prétendent tels. Apparemment, églises et régimes vont dans la même direction. Là justement est l'ambiguïté. Au Proche Orient, le nationalisme a changé de nature. Jusqu'en 1920, combattant les Turcs oppresseurs, le nationalisme était national ; depuis 1950, l'ennemi a changé. Ce n'est plus le Turc que l'on combat, c'est l'Occident chrétien. Le régime égyptien créé par le parti Wafd, fondé par Zaghloul en 1919, était nationaliste. Les chrétiens dits coptes, c'est-à-dire aegyptos, sont Egyptiens, et même les premiers et les plus anciens. De la part du Wafd, ils n'ont subi aucune exaction, leurs droits étaient respectés. Le régime créé par Nasser n'a rien en commun avec celui de Zaghloul. Ce n'est pas un régime nationaliste, mais un régime arabo-islamique. Dans ce cadre, l'Egypte est définie par des caractères ethniques (ou raciaux) et religieux. Pour être Egyptien, il faut être arabe et musulman. En conséquence, les chrétiens d'Egypte qui ne sont pas arabes ni musulmans ne sont plus égyptiens. Beaucoup en tirent les conséquences qui tuent les coptes comme les étrangers. En effet, ces chrétiens, même s'ils se disent arabes, par prudence ou parce qu'ils ont adopté par facilité ou inconscience la langue de leurs vainqueurs, oubliant le copte, l'araméen, le syriaque, ne sont pas arabes. Il en va de même des chrétiens de Syrie et d'Irak. Les Arabes sont les envahisseurs, eux sont les autochtones vaincus et soumis. Ils adhèrent à une idéologie qui les exclut de la vie publique et fait d'eux des non citoyens, étrangers à eux-mêmes dans leur propre pays. Les Eglises d'Orient essaient de sauver ce qui peut l'être et d'éviter que les régimes arabo-islamiques n'organisent des massacres de chrétiens comme les nazis et les Turcs l'ont fait à l'encontre des juifs et des Arméniens. Ces régimes sont totalitaires, fascistes et policiers. Une protestation serait interprétée comme une critique et vaudrait aux chrétiens de la part de ces régimes qui ont les armes et la force pour eux ou la mort ou la prison ou la déportation dans les déserts proches. La situation est tragique et en plus elle est source de folie paranoïaque. Le peuple que forment les chrétiens d'Orient est démocrate, foncièrement attaché à la différence des musulmans aux grands principes universels de la tolérance. Ils sont les seuls à accepter et accueillir l'Autre, ils ne haïssent pas les étrangers, ils savent dialoguer, ils ont pris l'habitude de la libre discussion. Ils sont en porte-à-faux avec tout. Démocrates, ils vivent dans des pays totalitaires. Professant une religion d'amour, ils sont victimes de la haine, du mépris et des exactions des musulmans. Chrétiens fervents, ils sont incompris de leurs hiérarchies. Ne nous leurrons pas. Les régimes en Syrie, en Irak, en Egypte, sont honnis en particulier par les militants de l’islam, non pas parce qu'ils professent une idéologie arabo-islamique (au contraire, c'est la même que celle des islamistes), mais parce que ce sont des tièdes vis-à-vis de l'étranger, parce qu'ils ne font pas le djihad obligatoire, parce qu'ils n'ont pas éliminé d'Orient tous les chrétiens, etc. Or, les hiérarchies chrétiennes se sont faites les suppôts de ces régimes. Un jour, inéluctablement, ces régimes disparaîtront : le Syrien Assad est mort, Saddam Hussein a perdu le pouvoir, Moubarak est mortel. Les militants de l’islam les remplaceront et mettront en oeuvre leur programme génocidaire. Que deviendront les chrétiens quand ces régimes, auxquels leurs hiérarchies se sont ralliés, se seront effondrés ? De la chair à égorger; de l'aliment à génocide. Pour eux, ce sera la mort.

Les hiérarchies chrétiennes d'Occident, elles aussi, font tout pour ne pas alerter l'opinion. Partout, évêques, cardinaux, laïcs puissants vont répétant que les chrétiens d'Orient ne sont pas persécutés, en dépit de la réalité, que l'islam ne veut pas purifier l'Orient, en en éliminant ceux qui ne sont pas musulmans, que les musulmans seraient eux aussi tolérants, etc. Pourquoi ces mensonges ? Je n'ai pas le coeur à rappeler les conflits qui ont opposé pendant tout le millénaire les églises d'Occident et celles d'Orient, Rome et Byzance. Souvent les conflits furent acharnés et mortels. Il est inutile de rappeler la quatrième Croisade au terme de laquelle Constantinople fut prise et pillée. Et bien souvent, les chrétiens d'Occident, par haine de ceux d'Orient, ont fait cause commune avec l'islam, et cela en fonction de l'ancien adage : les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Cela explique que François 1er ait passé des accords avec l'islam contre l'Autriche que l'islam menaçait et qui était en guerre larvée contre la France. La haine des églises d'Occident à l'encontre des Serbes explique qu'elles aient pris le parti, sans aucune réticence, pour les musulmans. Ce facteur historique n'est pas le seul qui explique l'indifférence. L'église, devenue tiers-mondiste, sans même s'interroger sur ce qu'est le tiers monde, poursuit un objectif, qu'elle nomme le dialogue entre les religions. Cela l'honore et montre à quel point le christianisme est porteur d'un vrai universel. Parfois, elle cherche des points communs et même des convergences, allant jusqu'à affirmer, en de toute réalité, sans lire les textes et sans tenir compte des histoires divergentes, que les trois religions monothéistes, parce qu'elles auraient pour ancêtre Abraham, qu'elles sont des religions du Livre, adorent le même Dieu. On connaît ce symptôme : c'est celui de Stockholm ou celui que la cinéaste italienne Liliana Cavani montrait dans son film Portier de Nuit, à savoir la fascination qui lie la victime à son bourreau, le vaincu au vainqueur, l'occupé à l'occupant. Au nom du dialogue (même s'il est impossible), les Eglises d'Occident ne défendent plus leurs frères d'Orient, sinon en leur versant un peu d'argent.

Enfin, les clercs de « gauche » - ou soi-disant tels -, qu'ils soient universitaires ou journaleux, participent aussi au silence général. Ils ne disent rien, ils occultent tout et même s'ils savent, ils se taisent, bien qu'ils feignent de déclarer que les droits de l'homme sont vrais partout et universels et de promettre que le fascisme ne passera pas, etc. Pour eux, tout est bon pour que ne soient pas mis en cause les musulmans, quoi qu'ils fassent, quoi qu'ils disent, et qui sont leurs seuls frères. Cela tient à leur formation et aux choix idéologiques qui sont les leurs. Les intellos ont été formés à la belle école du communisme pro-FLN. Les communistes ont tué des millions de chrétiens en URSS, Pologne, Hongrie, Roumanie, Tchéquie. Les intellos n'ont pas protesté. D'ailleurs, les nazis ont tué des millions de juifs sans qu'ils protestent. Les quatre génocides de ce siècle, celui des Arméniens par les musulmans turcs et kurdes, celui des paysans ukrainiens par les communistes russes, celui des juifs par les nazis, celui des Tibétains par les Chinois, n'ont pas fait réagir les intellos. Bien qu'ils soient pétitionnaires de profession, ils n'ont pas émis le moindre début d'esquisse de protestation. Alors, ils ne vont pas se mobiliser pour sauver des chrétiens qui sont les ennemis à abattre et à éliminer partout sans pitié. Ils sont ou ont été pro-FLN, pro-Nasser, pro-Assad, pro-Hussein, pro-Arafat. Lors de la guerre du Liban, ils ont pris le parti des armées dites palestino-progressistes, qui occupaient le Liban, et l'occupent toujours, contre les chrétiens, qui, eux, avaient le tort et le seul tort, de défendre leur pays. Les intellos jugent que les musulmans sont pauvres, prolétaires et même exploités, et cela, en dépit de toute réalité. En Egypte, en Syrie, en Irak, en Jordanie, les musulmans possèdent tout, ils ont l'Etat, l'économie, l'armée, les revenus pétroliers ; et ils ne partagent rien. Jamais ils ne donnent la moindre miette de aux chrétiens, lesquels survivent grâce à des expédients. De plus, les intellos sont devenus immigrationnistes. Partout ils prennent parti pour les immigrés, même si, comme en France, ces immigrés islamisent des territoires qu'ils purifient. En Orient aussi, les arabes et musulmans sont des immigrés. Bien que ces immigrés soient des conquérants qui ont génocidé culturellement l'Orient, nos intellos prennent leur parti, oubliant les victimes, se prosternant devant les puissants. Ils l'ont fait en 1940, ils l'ont toujours fait, ils continuent à le faire. Enfin, nos intellos sont différentialistes. Toutes les religions sont bonnes, excepté la chrétienne. Les différences doivent être respectées partout, sauf au Proche Orient, où la différence est chrétienne. De plus en plus, ces intellos ressemblent à leurs devanciers des années 1930 et 1940, lesquels, au nom de la haine des juifs, ont collaboré avec les nazis ou se sont tus pieusement sur ce qu'ils savaient. On tue un Kossovar, c'est un génocide. On tue mille Chrétiens en Orient : ce sont des chiens qu'un conducteur maladroit écrase. Cela en dit long sur la définition implicite de l'homme que suppose leur attitude. Pour eux, de toute évidence, ne sont hommes que des mâles musulmans, noirs et arabes. Quant aux chrétiens, qu'ils soient d'Orient ou d'Occident, ils sont exclus de l'humanité.

Désormais vous savez pourquoi, en dépit des droits de l’homme, de l’ingérence obligatoire, de la solidarité larmoyante, l'islam extermine en tout impunité les chrétiens.

 

 

 

 

 

05 octobre 2010

Infidèle

 

 

L’adjectif infidelis, qui signifie « inconstant » en latin classique, prend le sens de « mécréant, païen », c’est-à-dire infidèle à la loi de Dieu, dans la langue de l’Eglise. C’est dans ce sens qu’infidèle est attesté dans la première moitié du XIVe siècle : « qui ne croit pas en Dieu, païen ». Dans les anciens dictionnaires, ce sens-là est relevé, et dans la plupart des exemples, ce sont les mahométans qui sont qualifiés d’infidèles. Pour Furetière (Dictionnaire universel, 1690), infidélité « se dit aussi d’une fausse religion ou croyance », sens illustré de cet exemple (« il y a bien des peuples qui languissent dans l’infidélité, faute de gens qui leur annoncent l’Evangile ») qui devrait inspirer l’Eglise catholique. Quant aux infidèles, ce sont « les peuples qui ne sont pas dans la vraie religion, et particulièrement les mahométans » (exemples : « ce vaisseau a été pris par les infidèles ; on a fait plusieurs croisades pour délivrer les Lieux saints de l’oppression des infidèles » - en 1690, on tenait les croisades pour des guerres de libération). Pour les académiciens (DAF, 1694), la foi étant « la première des trois vertus théologales (avec la charité et l’espérance), celle par laquelle on croit fermement les vérités que Dieu a révélées » et l’infidélité « l’état de ceux qui ne sont pas dans la vraie religion », les infidèles se reconnaissent à ce qu’ils n’ont pas « la vraie foi » et qu’ils ne sont pas « dans la religion chrétienne » ; quant à infidèle, substantif, « il s’emploie ordinairement au pluriel », comme dans ces exemples militants : convertir les infidèles ; combattre les infidèles ; aller contre les infidèles. L’article infidèle des éditions suivantes relève de la même et inébranlable confiance en soi : l’infidèle n’a point de part au royaume de Dieu ; être pire qu’un infidèle ; convertir les infidèles ; combattre les infidèles ; aller contre les infidèles (DAF, 1718, 1740, 1762, 1798). Dans la sixième édition (1835), les exemples qui illustrent l’article sont identiques, mais la définition ne fait plus explicitement référence à la religion chrétienne. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) suit la leçon des académiciens (« qui n’a pas la vraie foi » et « celui n’a pas la vraie foi »), tout en exposant une distinction faite par les théologiens : « infidèle négatif, celui qui n’a jamais connu l’Évangile ; infidèle positif, celui qui, connaissant l’Évangile, a refusé de le recevoir ». Dans la huitième édition (DAF, 1932-35), des exemples des éditions antérieures sont conservés : les peuples infidèles ; l’infidèle n’aura point de part au royaume de Dieu (le futur remplace le présent) ; prêcher, convertir les infidèles, mais les exemples avec combattre ou aller contre ou les références aux croisades sont supprimés.

Dans les dictionnaires actuels, c’est le sens profane qui prime (« qui trahit son engagement » à l’égard d’une personne dans la vie amoureuse ou conjugale ou « par référence à une parole donnée »), alors que l’exposé du sens religieux est relégué à la fin de l’article, et toute référence à une religion donnée est supprimée : « qui est rebelle à Dieu » et, dans un emploi de substantif, « qui est étranger à la religion considérée comme vraie ». L’effacement de la référence au christianisme est concomitant du déclassement du sens religieux. Dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication), ce sens est défini en dernier, après « qui ne remplit pas ses engagements », « qui n’est pas constant dans ses affections et, spécialement, qui trahit la foi promise en amour », « qui manque à la vérité, inexact » : « qui n’a pas la foi tenue pour vraie ».

L’époque où les chrétiens tenaient les mahométans pour des infidèles est close depuis la seconde moitié du XIXe siècle, du moins dans les dictionnaires, de sorte que, peu à peu, le sens historique finit par s’affaiblir. C’est la vigueur retrouvée de l’islam qui y redonne une nouvelle jeunesse. On se croyait immunisés contre les guerres de religion : il a suffi de trois ou quatre décennies d’immigration de peuplement en Europe, immigration de masse et incontrôlée, pour que l’adjectif et le nom infidèle retrouve son sens historique. Jadis, c’était les chrétiens qui tenaient, non sans de bonnes raisons historiques, les mahométans pour des infidèles ; aujourd’hui, ce sont les mahométans qui tiennent les Français, qu’ils soient chrétiens ou non, juifs ou animistes, pour des infidèles et qui psalmodient constamment dans leurs mosquées et autres salles de prières ce verset : « donne-nous (Allah, à nous mahométans) la victoire sur les peuples infidèles » (id est : nous). L’histoire va-t-elle être ce cauchemar annoncé ?  

27 septembre 2010

Des sept moines et de Dieu

 

Le film, Des Hommes et des Dieux, dure deux heures. De quoi traite-t-il ? De la vie d’une communauté trappiste : « orare et laborare », suivant la règle établie par saint Benoît au VIe siècle, et dans le silence. Des moines sont filmés en train de prier, de chanter dans la chapelle, de communier, d’écouter un de leurs frères lire un texte d’un Père de l’Eglise, ou en train de travailler : consultations au dispensaire, labours, semailles, vente de miel et autres produits au marché de la ville (Médéa ?), ménage, cuisine, moutons conduits au pâturage, réparation de deux vitres brisées des serres, courrier... Ces plans occupent une petite partie du film. Il est des séquences plus longues : celles des réunions du chapitre, au cours desquelles les moines débattent : faut-il partir ? Faut-il rester ? En gros, un tiers du film est consacré à la vie, laborieuse, spirituelle, démocratique, de la communauté. Les deux tiers restants ont pour objet les relations, plus ou moins lâches, parfois amicales, qu’entretiennent ces moines avec les villageois, les autorités, les musulmans, l’islam. Là est justement la source de doutes justifiés.

 

Frère Luc, joué par Michael Lonsdale, est âgé de 80 ans ou plus. Epuisé, il se plaint d’avoir 150 consultations par jour. Les spectateurs ont-ils mal entendu ? Ou bien était-ce 50 seulement ? Il semble bien qu’il ait dit 150 consultations. A voir comment se déroulent les consultations (écoute du patient, examen, auscultation, diagnostic, ordonnance, médicaments donnés à l’unité, posologie indiquée par des dessins sur une poche, etc.), il est impossible qu’elles durent moins de 10 minutes, ce qui ferait 25 heures de consultation par jour... Tout cela gratuitement, médicaments compris. Au même moment, le wali (ou préfet) reçoit deux moines, dont le prieur, qu’il tente de convaincre de rentrer en France, ne pouvant plus assurer leur sécurité. On est à Médéa, ville de 160000 habitants, à 80 km d’Alger. La wilaya (« département ») de Médéa compte près de 900000 habitants. Le wali est un homme responsable ; il veut assurer la sécurité de tous ; il n’est pas fanfaron ; il est conscient de la gravité de la situation. Pourtant, devant ses deux interlocuteurs français, il rend responsable la colonisation française du retard que connaît l’Algérie et de la tragédie qui risque de l’emporter. Imaginons un préfet recevant une délégation d’immigrés et faisant porter sur l’immigration la responsabilité des malheurs, de l’insécurité, de l’appauvrissement, etc. de la France ! Or, à quelques km de son bureau, des habitants de Tibérine et même des gens de toute la région se font soigner par un vieux moine qui a choisi de vivre à l’écart du monde. L’Algérie est indépendante depuis 34 ans (la scène se passe en 1994 ou 1995 ou 1996) et, à 80 km de la capitale, à 5 ou 6 km d’une grande ville, il n’y a ni médecin, ni infirmier, ni pharmacien. C’est un Français qui supplée un Etat riche, mais défaillant, en dépit de son « socialisme » affiché. Si responsabilité de la France il y a, c’est d’avoir accepté, et de continuer à accepter, que s’installent en France des médecins algériens, qui seraient bien plus utiles à leur pays et à leurs compatriotes s’ils étaient établis à Tibérine ou dans les communes de la wilaya de Médéa, au lieu de contribuer par les dépenses qu’ils prescrivent au déficit abyssal de la Sécurité sociale en France.

Le film montre à deux reprises les moines qui s’entretiennent avec le « chef » du village. Une jeune fille a été égorgée en ville, à Médéa sans doute, parce qu’elle ne portait pas le voile. Chacun de s’indigner. Le chef du village s’exclame (disons que le scénariste et les dialoguistes lui font dire cela, à propos des tueurs, nommés « terroristes ») : « ils n’ont pas lu le Coran ». Eh bien si, ils l’ont lu, ils le connaissent par coeur, ils le récitent, ils appliquent la loi qui y est énoncée. Mais après l’égorgement des Croates tout à côté du village, le film ne montre pas de villageois qui s’indigne.

Les moines sont invités à une fête de circoncision : nombreux plans, longues séquences, youyous, tambourins, mains qui claquent en cadence, boissons, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, sourires, joie collective. Ce que montre le film, c’est l’intégration des moines : ceux-ci sont bien accueillis ou tolérés et invités à « partager » les joies d’une famille, ce qu’ils font sans retenue. Dans le salamlek, ou grand salon des hommes, de la maison en fête, l’imam récite des versets du Coran, dont celui-ci : « donne-nous la victoire (prière adressée à Allah) sur les peuples infidèles ». Cela est dit à haute voix devant des infidèles dont la vie est menacée, les Croates du chantier d’à côté ayant été égorgés peu de temps auparavant, sans que les villageois présents, pourtant si accueillants, si ouverts, si généreux (en apparence) interrompent l’imam et exigent de lui qu’il s’excuse d’avoir prononcé des menaces discourtoises contre leurs invités infidèles. Imaginons en France un prêtre lançant, devant des invités musulmans, des appels à la « croisade » ou à tuer de l’infidèle…

Un plan assez long montre le prieur écrivant du courrier. On ne sait qui est le destinataire de la lettre. On voit la plume qui court sur le papier, on distingue quelques mots, dont « s’il plaît à... », puis on lit, tracés un peu maladroitement, à la fin de la lettre, trois mots arabes (la caméra s’attarde sur ces mots) : « in chaa allah ». Cette invocation d’Allah est souvent interprétée comme l’expression de la résignation ou du fatalisme islamique. Je ne sache pas qu’elle soit conforme au christianisme, d’un point de vue théologique s’entend. Or, c’est la seule phrase écrite par le prieur qui soit lisible dans le film.

Lors de la nuit de Noël, une altercation oppose le prieur au chef des musulmans de la montagne qui ont égorgé les Croates et qui sont venus au monastère pour enlever le « toubib » et l’obliger à soigner leurs blessés, ce que frère Luc veut bien faire, mais au dispensaire (il est trop fatigué pour crapahuter dans la montagne sous la pluie froide). En manque d’arguments, le prieur cite à l’adresse des égorgeurs un verset du Coran où il est question de Jésus. Il y a 2 ou 3 versets dans le Coran où le nom de Aissa ou Issa, c’est-à-dire « Iechoua » (de Nazareth) est cité. Son intention est de représenter l’importance que la nuit de Noël, « une nuit de paix », revêt pour les moines (pour un chrétien, la grande fête est Pâques, et non pas Noël - bon, n'insistons pas là-dessus) et leur désir de célébrer la naissance de leur Seigneur. Dans ce verset, « sidna aïssa », « notre maître » ou « notre seigneur » (mais avec une minuscule) est désigné comme « le prince de la paix ». Frère Christian, récitant ce verset, reprend à son compte cette désignation, laquelle est clairement antichrétienne. Pour les chrétiens, Jésus est l'Oint du Seigneur, il est le fils de Dieu et Dieu lui-même. Or, c’est cette nature-là  que nient le Coran et l'islam. Pour eux, Jésus est un prophète, basta, et rien d’autre... Ce qu’il y a de consternant, c’est que le metteur en scène, le dialoguiste, le scénariste d’un hommage à une communauté de moines aient pu faire dire par le comédien qui joue leur prieur un verset coranique qui nie le christianisme.

 

De toute évidence, le metteur en scène et le scénariste ont choisi de célébrer le « dialogue islamo-chrétien ». C’est un parti pris. Il est vrai que c’est le choix du prieur, Frère Christian : dans l’état civil, Christian de Chergé, joué dans le film par Lambert Wilson. Or, ce dialogue est un dialogue de sourds. Plus exactement, il y en a qui sont à l’écoute des autres ou de l’Autre (les moines), et il y en a d’autres qui sont sourds à l’Autre (les villageois, l’islam, les autorités, l’imam, etc.). Les moines s’intéressent à l’islam, le prieur lit le Coran et le cite ; mais les villageois qui vivent à côté du monastère ne manifestent aucun intérêt, même pas un intérêt suscité par la courtoisie ou la politesse, pour le christianisme, pour la foi de ces moines, pour les Evangiles. Certes, ces partis pris, parfaitement recevables bien entendu, donnent un sens au film, mais risquent d’abuser tous les spectateurs de bonne volonté. On parle beaucoup dans et hors de ce monastère, ce qui est paradoxal pour des trappistes, dont la règle impose le silence. A l’intérieur, on débat d’un départ possible ; à l’extérieur, on dialogue d’abondance, mais jamais du Christ, ni des Evangiles, ni du christianisme. Le dialogue est à sens unique ou asymétrique. De ce point de vue, le titre aurait dû être : De Moines et de Dieu, le seul Dieu dont la présence se fait sentir est le Dieu que célèbrent, prient, adorent ces moines.

 

 

17 septembre 2010

Jeûne et jeûnes de toute sorte




Ce nom, qui dérive du verbe jeûner, est attesté au début du XIIe siècle comme propre à la religion chrétienne. C’est une « abstinence commandée par l’Eglise », selon Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses). Elle ne porte pas sur toute nourriture, mais sur la viande ; c’est « un espace de temps pendant lequel la Religion nous défend de manger de certaines choses et à certaines heures » (Furetière, 1690, Dictionnaire universel). « Le vrai jeûne consiste à ne faire qu’un repas par jour en vingt-quatre heures » (Ibid.). Les auteurs de dictionnaires anciens confirment cette définition : « (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798) Abstinence de viande, en ne faisant qu’un repas dans la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner ».

A partir de la sixième édition du DAF (1835), ce qui prime, c’est le sens général du mot jeûne, cité en premier : « Pratique religieuse, acte de dévotion, qui consiste à s’abstenir d’aliments par esprit de mortification ». Dès lors, le mot peut s’appliquer à toute sorte de pratique alimentaire, médicale, diététique ou autre, le sens propre aux chrétiens et aux catholiques (« le jeûne des catholiques (…) consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner ») n’étant cité qu’en second et même, chez Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) en troisième et dernière position dans l’article consacré à ce mot : « Abstinence d’aliments » (un trop long jeûne est nuisible à l’estomac) ; « Particulièrement, pratique religieuse, acte de dévotion qui consiste à s’abstenir d’aliments par mortification » (sont cités en exemple tous les jeûnes possibles) ; « Le jeûne des catholiques, qui consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner ». En 1879, 1932-35 et dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication), les académiciens reprennent cet ordre, faisant de fait du jeûne chrétien, le premier qui ait été désigné par le mot jeûne et longtemps le seul, un sens particulier, inclus avec le sens général d’abstinence d’aliments dans une relation de partie à tout et même de sous-partie à partie et à tout, si l’on tient de l’extension de l’abstinence d’aliments (pour quelque raison que ce soit : diététique, médicale ou autre) à la dévotion : « Abstention totale d’aliments » ; « Pratique religieuse, qui consiste à s’abstenir d’aliments par esprit de mortification » ; « Jeûne des catholiques, qui consiste à s’abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée » (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1832-35). Il en est ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « Privation partielle ou totale (à l’exception, le plus souvent, d’eau), forcée ou non, de toute alimentation pendant un certain temps » ; « Acte de dévotion consistant à s’abstenir d’aliments dans un esprit de mortification et de pénitence » ; « (Religion catholique) Pratique religieuse consistant à ne faire qu’un seul repas important par jour dans lequel on s’abstient le plus souvent de viande, à certaines périodes fixées par le calendrier liturgique » ; « Au figuré, abstinence ou privation physique, morale ou intellectuelle ».

Il est légitime, au vu de ces définitions, de s’interroger sur le prétendu jeûne du mois lunaire de ramadan. D’abstinence de nourriture ou de viande, il n’y a pas ; de modération, encore moins. Pendant ce mois-là, les musulmans mangent plus que pendant les autres mois ; mangent, que dis-je ?, bâfrent. C’est digne de La Grande Bouffe, ce film totalement oublié aujourd’hui qui a fait ricaner grassement les soi-disant rebelles des années 1970 (c’est-à-dire les bien pensants d’aujourd’hui). Tout l’atteste, ne serait-ce que l’augmentation du chiffre d’affaires des commerces implantés dans les quartiers islamiques et la croissance colossale des importations de nourritures (viandes, miel, sucre, blé, farine, etc.) dans les pays arabes et musulmans. Il n’y a pas de jeûne, simplement une inversion des repas. Pendant un mois, ils ne sont plus pris le jour, mais la nuit. Le beau jeûne que voilà, la belle épreuve aussi ! Le résultat est que ce beau mot des chrétiens et catholiques sert, à force de manipulations sémantiques, à désigner le contraire de ce qu’il signifie : non plus la modération de nourriture, mais les grandes bâfreries.

23 août 2010

Ramadan

 

 

 

Ce mot, qui, en arabe, désigne le neuvième mois de l’année lunaire, est attesté au milieu du XVe siècle. L’islam est apparu au début du VIIe siècle. Pendant sept cents ans, ramadan n’a eu aucune existence en français. Ce bon temps semble être révolu depuis trente ans ou plus. Il ne se passe de jour désormais sans que les gens des médias, les journaleux, les bien pensants nous entretiennent de ce « mois de jeûne » ou de ce « saint mois pour les musulmans » ou de son début ou de sa fin ou de ses nuits ou du « ramdam » qu’il occasionne.

Pendant quelques siècles, les Français ont adopté des orthographes diverses : ramazan, comme les Turcs ou comme les académiciens de 1762 à 1879, rhamadan, ramadhân, comme l’écrivent les intégristes de la translittération savantasse sous le prétexte qu’en arabe, l’avant-dernière consonne du mot est un « d emphatique » et la dernière voyelle un a long, ou, plus simplement, en enlevant l’accent circonflexe du dernier a, ramadhan, comme cet auteur du XVIe siècle : « Après que le mort sera levé de genoux, les anges noirs viendront à lui demander... s’il a jeûné au mois de ramadhan ou ramadzan » (cité par Huguet, Dictionnaire de la langue française du XVIe siècle).

Pourtant ce n’est pas l’orthographe qui fait problème, c’est le sens, non pas ce mois lunaire qui est en soi bien banal, mais les obligations auxquelles les musulmans sont soumis ou se soumettent pendant vingt-neuf jours. Le voyageur et écrivain Thévet (XVIe siècle), auteur d’une Cosmographie, en fait un équivalent du carême chrétien : « C’est en carême que les Turcs appellent ramadan ». L’équivalence est reprise par Furetière (Dictionnaire universel, 1690) : « Terme de Relations ; c’est ainsi qu’on appelle le carême des mahométans » et par tous les lexicographes : les académiciens (1762, 1798 : « Mois que les Turcs consacrent à un jeûne, qui est une espèce de carême » ; 1879, 1932-35 : « Neuvième mois de l’année arabe que les mahométans consacrent à un jeûne très rigoureux ») et Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « Neuvième mois de l’année arabe, que les musulmans consacrent au jeûne »).

Rien ne justifie cette équivalence : le carême est une « période de quarante-six jours située entre le mardi gras et le jour de Pâques, pendant laquelle les catholiques sont invités par leur Église à faire certains jours jeûne et abstinence et à se livrer à la prière et aux pratiques pénitentielles » (in Trésor de la langue française, 1971-94); le ramadan dure vingt-neuf jours. Pendant les quarante-six jours de carême, les fidèles sont incités à ne pas faire ripaille ou à s’abstenir de viandes grasses ou de nourritures lourdes. Pendant le mois de ramadan, les musulmans mangent et boivent plus de raison, mais la nuit seulement. Le carême est une période de jeûne ou d’abstinence ; le ramadan est l’exact contraire : c’est grande bouffe à volonté. On ne mange pas, on bâfre. Il ne faut pas croire que les lexicographes des siècles classiques manifestent la moindre complaisance vis-à-vis de l’islam. Au contraire. Ainsi Furetière, après avoir posé l’équivalence, manifestement fausse, entre le carême et le ramadan, écrit ceci : « En récompense (les mahométans) font bonne chère la nuit, et dépensent plus en ce mois qu’en six autres ». Cette « bonne chère » (en novlangue NLF « grande bouffe ») de la nuit récompense les contraintes de la journée : « (les mahométans) jeûnent tout le jour avec tant de superstition, qu’ils n’oseraient laver leur bouche, non pas même avaler leur salive. Les hommes peuvent se baigner, pourvu qu’ils ne mettent point la tête dans l’eau, de peur qu’il n’y entre quelque goutte par la bouche ou par les oreilles ; mais les femmes ne le peuvent pas, de peur de prendre l’eau par en bas ». De tous les hommes, on pourrait dire qu’ils font leur ramadan la nuit pendant toute l’année. Ces observations assez justes sont d’ailleurs reprises dans le Dictionnaire de Trévoux (1704-1772).

L’article le plus complet sur le ramadan est celui de Thomas Corneille (1694, Dictionnaire des arts et des sciences). A ce qu’écrit Furetière, il ajoute des informations sur l’origine de ce « jeûne » diurne (« Ils appellent (ce jeûne) ramadan, du nom du mois où il tombe, et disent que ce fut pendant ce mois que l’Alcoran descendit du Ciel »), sur la façon de décider quand le nouveau mois commence ( « Quand la Lune de Chaaban qui est leur huitième mois…, est passée, ils regardent le soir s’ils découvriront la lune nouvelle. Il y a des gens qui se tiennent pour cela aux montagnes et autres lieux élevés, et aussitôt que quelqu’un l’a aperçue, il vient le dire à la ville. Si c’est un homme de foi, on le récompense, et le ramadan est ordonné partout à cri public, outre qu’un coup de canon qu’on tire le soir l’annonce »), sur la fête organisée alors (« Alors on entoure tous les minarets de lampes, qui représentent diverses figures et qui sont si industrieusement accommodées que le vent ne peut les éteindre… On allume ces lampes toutes les nuits que dure le Ramadan, et ceux qui l’observent peuvent boire et manger toutes les viandes qui leur sont permises dans les autres temps jusqu’à ce qu’ils puissent distinguer le filet blanc et le filet noir par la lumière de l’aurore… »), sur les divergences entre le calendrier lunaire et le calendrier solaire (« Leur mois de ramadan n’est pas toujours dans une même saison. Cela vient de ce que l’année des Arabes, dont tous les mahométans se servent, est composée de douze Lunes, six de vingt-neuf jours, et six de trente, ce qui fait trois cents cinquante quatre jours, et comme il reste tous les ans huit heures et quelques minutes sur ces douze Lunes, cela les oblige d’intercaler onze jours sur trente années, ce qu’ils observent afin que le premier jour de leurs mois soit toujours le premier de chaque lune… »), sur les risques encourus par ceux qui ne jeûnent pas la journée (« Ce carême est commandé fort étroitement aux mahométans, et ceux qui ne le font point pendant le mois ordonné, soit par voyage, maladie, ou quelque autre occasion qui ne leur permet pas de jeûner, sont obligés de le faire le plutôt qu’ils peuvent. C’est la même chose que s’ils l’avaient fait dans le temps prescrit, pourvu qu’ils jeûnent pendant trente jours. Ils ont dans le ramadan de plus étroites défenses de boire du vin que pendant le reste de l’année, et si l’on trouvait pour lors un homme ivre, on le condamnerait à la bastonnade ou aux galères. On leur verse quelquefois du plomb fondu dans le gosier pour les en punir, mais cela est rare »), etc.

Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-64), le ramadan est présenté comme un moment de la religion des Turcs, et non des mahométans ou des Arabes. Ce sur quoi insiste le Chevalier de Jaucourt, auteur de l’article, c’est l’abondance des ripailles et le feu d’artifice d’hypocrisie auquel ce (prétendu) « jeûne » convie les musulmans et leurs thuriféraires : « En récompense, tant que la nuit dure, ils peuvent manger et boire, sans distinction de viande ni de boisson, si l’on en excepte le vin ; car ce serait un grand crime d’en goûter… » En revanche, « l’eau-de-vie n’est pas épargnée la nuit pendant ce temps de pénitence, encore moins le sorbet et le café », et comble de la tartufferie : « Il y en a même qui, sous prétexte de pénitence, se nourrissent alors plus délicieusement que tout le reste de l’année. L’amour propre, qui est ingénieux par tout, leur inspire de faire meilleure chère dans les temps destinés à la mortification : les confitures consolent l’estomac des dévots, quoiqu’elles ne soient ordinairement qu’au miel et au résiné ». Jaucourt pose une question dont la seule formulation ferait s’étrangler de rage aujourd’hui journaleux, consciencieux du social, petits et gros, médieux, cultureux, politiqueux, tous plus censureux les uns que les autres : « Où est donc l’esprit de mortification qui doit purifier l’âme des musulmans ? » La réponse est dans la conclusion : « Ceux qui aiment la vie déréglée, souhaiteraient que ce temps de pénitence durât la moitié de l’année »…

 

 

 

25 mai 2010

Sérail

 

Le mot est emprunté de l'italien saraio, puis serraglio par paronymie avec serraglio « fermeture » (cf. en ancien français, serrail, « verrou »), lequel est emprunté du turc seraj (en persan saraj). Sérail, écrit serrail, au sens de « palais d'un sultan », est attesté au début du XVe siècle. L'orthographe avec deux r se maintient jusqu'en 1762 : dans la quatrième édition de leur Dictionnaire, les académiciens décident de supprimer un r et d'ajouter un accent aigu sur le e, effaçant de fait l'homonymie avec le vieux mot serrail (serrail d'un huis, « verrou » ; serrail de tonneau, « bonde » ; et même « partie de la basse-cour des maisons royales où on enferme les lions, les ours ou autres bêtes farouches », selon Furetière, Dictionnaire universel, 1690).

Les sens de sérail sont établis dans les plus anciens dictionnaires et restent stables pendant quatre siècles : « Lieu à Constantinople où le grand Seigneur tient ses femmes » ; « Lieu où il y a plusieurs courtisanes, où il y a plusieurs filles de mauvaise vie » ; « Toutes les femmes du grand Seigneur » (Richelet, Dictionnaire français des mots et des choses, 1680). Pour Furetière (op. cit., 1690), c'est un « terme de relations » (c'est-à-dire de récit de voyages) qui désignent le « palais d'un prince, d'un grand seigneur en Orient » : « On le dit par excellence du palais où habite le Grand Seigneur à Constantinople, où il tient sa cour, où logent ses concubines » ; c'est aussi « le lieu où on loge les anciennes maîtresses du Grand Seigneur ». Le mot s'étend à des réalités qui ne sont pas exotiques : « il se dit aussi par comparaison des lieux de débauche, des maisons où quelques grands seigneurs retirent des femmes pour se divertir ». La définition, assez complète, de la quatrième édition (1762) du Dictionnaire de l'Académie française est répétée dans les éditions suivantes, jusqu'en 1932-35 : « Nom particulièrement affecté aux palais qu'habitent les empereurs des Turcs ; il se dit plus communément, mais improprement, du palais, ou de la partie du palais du Grand Seigneur où les femmes sont renfermées, dont le véritable nom est le harem ; et en ce sens on dit aussi des grands du pays, et de plusieurs autres princes mahométans, qu'ils ont des sérails ; sérail se dit encore de toutes les femmes qui sont dans le sérail et de leur suite ; il se dit abusivement d'une maison où quelqu'un tient des femmes de plaisir ». Dans la huitième édition (1932-35) de ce même dictionnaire, les deux derniers sens disparaissent, comme si l'exotisme de ce mot et des choses qu'il désigne n'excitait plus les imaginations : « Nom d'un palais en Turquie » ; « il s'est dit improprement de la partie du palais où les femmes sont enfermées et dont le véritable nom est harem ». En 1932, l'Empire ottoman n'existe plus et l'exotisme souvent menaçant dont il était le signe s'est affadi, comme le confirme l'emploi du passé composé (« il s'est dit improprement »). Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) prennent acte de ces changements, sérail désignant des réalités englouties : « (Dans l'ancien empire ottoman) Palais du sultan et de quelques hauts dignitaires », et qui survit en français au figuré grâce au vers de Racine : « Nourri dans le sérail, j'en connais les détours », qui signifie par allusion littéraire « que l'on connaît fort bien les milieux dans lesquels on a été élevé ou instruit et que l'on est à même d'en connaître les manières et les intrigues », de sorte que le mot a pris le sens de « milieu restreint, entourage immédiat d'une personne ».

Celui qui, de tous les anciens lexicographes, comprend le mieux que le sérail est d'abord le lieu où s'exerce un pouvoir politique tyrannique est Thomas Corneille (1694, Dictionnaire des arts et des sciences) : (à Constantinople), c'est un vaste enclos qui vient aboutir à la pointe de terre où l'ancienne Byzance fut bâtie sur le Bosphore de Thrace, et à la jonction de la mer Egée et du Pont Euxin. Cet enclos fait un triangle, dont l'un des côtés est appuyé de la terre et touche la ville. La mer et une rivière qui s'y jette battent les deux autres... De hautes et fortes murailles ferment ce palais. Des tours carrées, qui sont dans une assez grande distance les unes des autres, les flanquent du côté de la mer ; et du côté de la ville, il y a des tours rondes qui sont plus voisines, depuis la grande porte du sérail qui regarde sainte Sophie, jusques à la mer où l'on passe pour aller à Galata. C'est dans ces tours que l'on tient la nuit des Azamoglans, afin d'empêcher qu'on n'approche du sérail ni par terre ni par mer... »

Les autres lexicographes se laissent prendre au pittoresque du sérail où sont enfermées les concubines du Sultan. Thomas Corneille, lui, n'est pas dupe : « Proche de ce lieu est une grande fenêtre, d'où l'on jette dans la mer pendant la nuit ceux qu'on a étranglés dans le sérail, et l'on tire autant de coups de canon qu'on y en jette. Les deux premières cours du sérail sont tout ce que les étrangers en peuvent voir. Au bout de la seconde est la salle où se tient le Divan, et l'on n'y remarque pas de grandes beautés, non plus qu'en la salle d'audience. Il y a quantité de marbre et de porphyre dans tous les appartements, mais ce sont des appartements confus qui n'ont rien de régulier. La plupart des chambres reçoivent fort peu de jour, et n'ont pour tout ornement que d'assez riches tapis qui en couvrent le plancher, et des carreaux de brocard d'or et d'argent, dont une broderie de perles en relève quelques-uns ». Alors que les écrivains ont été fascinés ou indignés par l'exotisme des mœurs du sérail (entendu au sens de harem : « On dit que le roi de Maroc a, dans son sérail, des femmes blanches, des femmes noires, des femmes jaunes », Montesquieu ; « La raison, l'humanité, la justice réclament contre ces sérails odieux où l'on sacrifie à la passion brutale ou dédaigneuse d'un seul homme la liberté et le cœur de plusieurs femmes », Buffon ; « Les grands mettent dans leur sérail une femme, comme nous mettons un oiseau rare dans une volière », Caylus), Thomas Corneille décrit la fonction politique du sérail, mélange de secret, de tyrannie, d'arbitraire, de terreur, de crimes, que dissimule l'exotisme de pacotille.

 

 

 

21 mai 2010

Minaret

 

 

 

 

Le mot est attesté en 1606 dans un récit de voyage en Orient (auteur, Palerne Forézien). Corneille l'enregistre (Dictionnaire des arts et des sciences, 1694 : « Espèce de tourelle ronde, ou à pans, fort haute, et qui est menue comme une colonne. Elle s'élève par étages avec balcons en saillie et retraites, et c'est chez les mahométans comme un clocher mis près des mosquées, pour les appeler de là dans le temps qu'il faut prier »), mais il n'entre dans le Dictionnaire de l'Académie française qu'à compter de la quatrième édition (1762, 1798) : « Tour faite en forme de clocher, d'où l'on appelle chez les Turcs le peuple à la prière et d'où l'on annonce les heures » (comprendre : les heures des prières).

Comme beaucoup d'autres termes relatifs à la religion mahométane, minaret est tenu pour propre aux Turcs, parce que, aux XVIIe et XVIIIe siècles, cette religion était illustrée par les Turcs qui occupaient une partie de l'Europe et menaçaient l'autre partie, encore libre. A partir de la sixième édition (1835), la référence aux Turcs disparaît : « Tour élevée auprès d'une mosquée et faite en forme de clocher, du haut de laquelle on appelle le peuple à la prière, et d'où l'on annonce les heures » (1835, 1879) et « Tour d'une mosquée, du haut de laquelle on invite le peuple à la prière, dans la religion musulmane, et d'où l'on annonce les heures » (1932-35). La définition de la neuvième édition (en cours de publication) est encore plus précise : « Tour d'une mosquée, d'une médersa du haut de laquelle les musulmans sont appelés à la prière par le muezzin », les académiciens ayant enfin compris la fonction réelle du minaret.

Deux siècles auparavant, les rédacteurs de L'Encyclopédie (1751-64, d'Alembert et Diderot) ont tenté de décrire assez précisément les minarets et d'en indiquer la fonction : « (Histoire moderne) tour ou clocher des mosquées chez les mahométans. Ces tours ont 3 ou 4 toises de diamètre dans leur base ; elles sont à plusieurs étages avec des balcons en saillie, sont couvertes de plomb avec une aiguille surmontée d'un croissant. Avant l'heure de la prière, les muezzins ou crieurs des mosquées montent dans ces minarets, et de dessus les balcons appellent le peuple à la prière en se tournant vers les quatre parties du monde, et finissant leur invitation par ces paroles : Venez, peuples, à la place de tranquillité & d'intégrité; venez à l'asile du salut. Ce signal, qu'ils nomment ezzan, se répète cinq fois le jour pour les prières qui demandent la présence du peuple dans les mosquées, et le vendredi on ajoute un sixième ezzan ». Barré (1842, Complément au DAF) s'attarde sur l'architecture et oublie la fonction ou la symbolique des minarets : « On ne doit entendre par le mot minaret que ces flèches élancées qui s'élèvent auprès des mosquées mahométanes  et qui sont ceintes à différentes hauteurs de balcons, orientés selon les quatre points cardinaux », fonction religieuse qui paraît à Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) mieux définir le minaret que la seule architecture : « Nom des tours des mosquées, d'où les imans avertissent le peuple du temps de la prière ». Cet équilibre entre architecture et fonction religieuse est assez bien respecté dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « Tour généralement élancée, pourvue de galeries ou de balcons en saillie orientés selon les quatre points cardinaux, s'élevant à côté du dôme d'une mosquée, et du haut de laquelle le muezzin appelle les fidèles à la prière cinq fois par jour ».

Lors des débats, à la fois désordonnés et houleux, qu'a suscité la construction de minarets (ou l'interdiction de construire des minarets), il a rarement été fait état de la fonction des minarets. Les bien pensants ont glosé d'abondance sur l'architecture effilée de ces tours, sur les paysages urbains qui en seraient pittoresquement embellis, sur la diversité des cultures, etc. mais ils ont tu ou occulté soigneusement la nature des minarets, ce à quoi ils servent, quelle symbolique conquérante y donne sens, la volonté de leurs promoteurs de placer les appels à la prière au cœur des bruits urbains de l'Europe. Dans ce cas précis, les dictionnaires ont le mérite d'extraire le réel brut des gangues de mensonges dans lesquelles il est caché.

 

 

15 mai 2010

Mahométisme

 

 

 

Sans commentaire

 

 

Thomas Corneille, article « mahométisme », Dictionnaire des Arts et des Sciences, 1694

 

 

Religion venue de Mahomet, qui naquit à la Mecque, Ville de l'Arabie heureuse l'an 591 sous le règne de l'Empereur Maurice. Il avait une vivacité d'esprit merveilleuse, qui lui ayant fait apprendre le vieil et le nouveau Testament, lui donna lieu d'imaginer une Religion dont il dressa des Mémoires, qu'il divisa en cent vingt-quatre chapitres remplis de fables, de calomnies, et d'un pur mélange de folie et d'impiétés sans aucun ordre. Ce Livre promet à celui qui le lira mille fois, une Femme dans le Paradis, laquelle aura les sourcils aussi larges que l'arc en Ciel. Mahomet fut secondé dans ce travail par un Moine Italien, nommé Sergius, qui n'ayant pu obtenir à Constantinople la dignité à laquelle il aspirait, apostasia, et se retira prés de Mahomet, avec un nommé Jean, qui était d'Antioche et Nestorien, comme Sergius était Arrien ; de sorte que la principale fin de cette Loi fut de renverser la Divinité de JESUS-CHRIST, que combattaient les Juifs et les Arriens. Mahomet trouva tant de crédulité parmi les Peuples, qu'il vint à bout de leur faire croire, que Dieu l'avait choisi pour son Prophète, et que l'Ange Gabriel lui révélait de sa part ce qu'il devait enseigner aux hommes. Il attira contre lui les plus puissants de la Mecque, où il avait dit qu'il fallait abolir les sacrifices et abattre les idoles; et comme il fut obligé de fuir à Médine, pour éviter l'orage qui le menaçait, ce qui arriva un Vendredi, c'est de cette fuite que les Mahométans commencent à compter leurs années, l'appelant Hégire en leur langage. Cela les engage à avoir la même vénération pour le Vendredi, que les Chrétiens ont pour le Dimanche. Ce faux Prophète mourut en la soixante-troisième année de son âge, ordonnant par son testament que Mortis Ali lui succèderait. On enterra son corps dans une Mosquée, qui se voit encore dans la Ville de Médine, appelée depuis Medina Talnaby, c'est à dire Cité des Prophètes. Il n'est point vrai que son corps soit suspendu en l'air dans un coffre de fer par la vertu de deux pierres d'aimant, comme le vulgaire a voulu le croire. Quinze ans après qu'il fut mort, Odoman ou Osman compila ensemble tous les Mémoires qu'il avait écrits de sa Religion, et qui lui furent donnés par sa principale femme, appelée Aïcha. Il en fit un Livre qu'ils nommèrent Alcoran, qui en Arabe signifie, Recueil de préceptes. Osman étant mort lui-même, plusieurs travaillèrent à expliquer cette nouvelle doctrine, de sorte qu'il se trouva plus de trois cens Alcorans, et un nombre infini de différents Commentaires, ce qui mit de la confusion parmi ceux qui étaient de cette secte. Un Prince Arabe voulant y remédier fit une Assemblée générale, où tous les Docteurs de leur Loi firent choix de six d'entre eux, pour examiner ces divers Mémoires, et en recueillir tout ce qui pouvait donner de l'éclaircissement à l'Alcoran qu'Osman avait composé. On brûla tous les autres Livres et Commentaires, avec une défense très rigoureuse de se servir que de ceux que ces six Docteurs auraient composés. La contrariété qui se trouva dans ces Livres, donna lieu ensuite à quatre diverses sectes, qui ne diffèrent qu'en cérémonies. Ils ne laissent pas de se tenir pour Hérétiques les uns les autres et de se haïr plus qu'ils ne font les Chrétiens. La première de ces quatre Religions est celle des Mores et des Arabes, qui sont les plus superstitieux et les plus zélés. La seconde est celle des Persans qui sont les plus raisonnables. La troisième, celle des Turcs qui ont pris la plus libre, et la quatrième celle des Tartares. Ces derniers sont les plus simples et les plus grossiers de tous. Les Arabes suivent les traditions d'Abuleker; les Persans celles d'Ali; les Turcs, les traditions d'Omar, et les Tartares, celles d'Osman. La créance générale de ces différentes Nations est que Dieu, depuis le commencement du monde, a envoyé sur la terre six-vingt mille Prophètes, qui ont tous annoncé sa parole, et en différents endroits et en divers temps, entre lesquels il y en a eu trois que Dieu a chéris particulièrement. Moïse est le premier, qui apporta une Loi sévère que le temps anéantit; ce qui obligea Dieu, qui voulait sauver les hommes, d'envoyer JESUS-CHRIST, appelé par eux Issa. Ils disent qu'il le fit naître de son souffle et d'une Vierge, afin que cette voie extraordinaire de venir au monde, l'empêchât d'être méprisé, comme l'avait été Moïse; à quoi ils ajoutent, qu'il trouva les hommes si fort endurcis, que non seulement il y en eut peu qui crurent en lui, mais que sa parole fut aussitôt falsifiée par ses principaux Ministres, et que ce qui irrita Dieu davantage, ce fut que ceux de Jérusalem le traitèrent avec de grandes indignités jusqu'à vouloir le faire mourir, ce qu'ils eussent fait sans un fantôme que Dieu mit en sa place, et qu'ils attachèrent à une Croix, persuadés qu'ils y attachaient JESUS-CHRIST. Ils prétendent que pour dernier Prophète Dieu a envoyé Mahomet, qui d'une main a apporté une Loi pleine de liberté, et de l'autre une épée pour exterminer tous ceux qui ne voudront pas la recevoir. L'entrée de cette Religion est de se faire circoncire, ce qui n'est pas d'une nécessité si absolue qu'ils ne puissent être sauvés sans cela. Ils sont obligés à observer particulièrement cinq commandements, dont le premier est de ne reconnaître qu'un Dieu et Mahomet son Prophète, et cela fait qu'ils accoutument leurs enfants à dire sans cesse, La hilla heilla alla. Mehemut resul alla. Ils croient ces paroles si agréables à Dieu qu'ils sont persuadés qu'en les prononçant à l'article de la mort, on est sauvé, quelques crimes énormes que l'on ait commis. Le second commandement est de faire leurs prières cinq fois chaque jour; la première au lever du Soleil, la seconde, à midi; la troisième, à trois heures; la quatrième, au Soleil couchant; et la cinquième, à trois heures de nuit. Les plus zélés les font tout au moins trois fois dans la Mosquée, mais la plupart prient dans leurs maisons à la réserve du Vendredi qu'ils sont obligés d'aller à midi dans la Mosquée. Ceux qui se trouvent dans cette heure là à la campagne mettent leur mouchoir à terre devant eux, et se tournent vers le midi, à cause de Medina où est la sépulture de Mahomet. Ils ne souffrent point les femmes dans leurs Mosquées, croyant qu'il n'y a pour elles ni enfer ni paradis, ce qui rend leurs prières inutiles. Ils doivent jeûner un Carême chaque année, et c'est leur troisième commandement. Ce Carême qu'ils appellent Ramadan est une Lune entière, qui change tous les ans; de sorte que si elle vient une année au mois de Mai, elle sera au mois d'Avril l'année suivante, à cause que ne faisant leurs années que de douze Lunes, elles sont plus courtes de douze jours que les Solaires. Ils ont grand soin de saluer la nouvelle Lune, et portent la figure de son Croissant, comme nous portons celle de la Croix. Leur quatrième commandement est l'aumône. Ils sont si exacts à l'observer que l'on ne voit point de pauvres en Turquie demander leurs nécessités publiquement. C'est par un effet de cette charité Mahométane que les Voyageurs, au défaut des hostelleries, trouvent des bâtiments magnifiques, où l'on est reçu de quelque Religion qu'on soit, sans qu'il en coûte aucune chose. Ceux qui ne sont pas assez riches pour fonder ces sortes de bâtiments, font des fontaines sur les grands chemins, où ils laissent un homme pour verser à boire à tous les passants. Ils donnent aussi à de pauvres gens qui se veulent bien charger de ce soin, de quoi nourrir les chiens et les chats, et même il y en a qui vont au marché pour acheter des oiseaux, auxquels ils rendent la liberté. Par le cinquième commandement, ils sont obligés d'aller une fois en leur vie visiter le sépulcre de Mahomet. Plusieurs ne laissent pas de se contenter d'y envoyer quelqu'un en leur place. Le chemin est long et fâcheux pour ceux de la Grèce, et très dangereux à cause des voleurs d'Arabie, des montagnes de sable où plusieurs sont engloutis, et du manque d'eau dans ces déserts. Ils commencent leur voyage du Caire trois semaines après Pâques. La première station qu'ils font est à une journée de la Mecque, bourg situé sur une montagne, où ils croient que Mahomet vit l'Ange la première fois. Ils y passent la nuit en prières, et arrivent le jour suivant à la Mecque, où l'on a bâti une Mosquée toute revêtue par dedans de pierreries, et de lingots d'or qui ont été envoyés par les Princes de cette créance, et particulièrement par les Rois Indiens. Le Prince Arabe qui en est Seigneur, et Tributaire du grand Turc, est obligé de venir avec cinq cens chevaux au devant des Caravanes. Quand les Pèlerins sont arrivés à la Mecque, la Maison d'Abraham, qu'ils disent avoir été miraculeusement bâtie, reçoit un toit neuf et une porte neuve. Ils vont sept fois autour de cette Maison d'Abraham, et alors ils baisent une pierre noire, qu'ils croient être tombée là du Ciel. Au commencement elle était blanche, mais la quantité des baisers des pêcheurs lui a fait acquérir cette noirceur. Après avoir séjourné cinq jours à la Mecque, ils vont à la montagne de rémission qui est à quinze lieues de là, et y ayant entendu une prédication et présenté des offrandes, ils croient y laisser tous leurs péchés, ce qui fait qu'ils ne tournent pas le dos à la montagne en s'en retournant, afin d'empêcher que leurs péchés ne les suivent. Pour en être entièrement délivrés, ils courent en chemin jusqu'à la sueur, sur une certaine montagne, qu'ils nomment Montagne de santé, et vont ensuite à Médine, petite ville habitée par des Santons et des Dervis Turcs, et éloignée de huit journées de la Mecque. Au milieu de la Ville est la Mosquée, dans laquelle est le tombeau de Mahomet qui est de marbre et par terre, entouré de grands balustres d'argent, et orné de trois cents lampes qui ne s'éteignent jamais. Le Grand Seigneur envoie tous les ans un pavillon de velours vert en broderie, du prix de vingt mille écus. On le met autour de ce tombeau, et les Pèlerins lorsqu'ils arrivent, coupent le vieux pavillon par pièces, et en prennent chacun un petit morceau qu'ils gardent comme une sainte relique. On voit quantité d'argenterie et de pierreries dans cette Mosquée, et le tombeau en est tout couvert. Il est défendu aux Chrétiens sur peine de la vie, d'approcher de trois journées de Médine. Mahomet promet le Paradis à ceux qui observeront ces commandements, et ils y doivent trouver des tapis de tables de soie, des rivières agréables, des arbres fruitiers, de belles femmes, de la musique, bonne chère, du vin exquis, et une grande quantité d'assiettes d'or et d'argent avec des pierres précieuses, au lieu que l'Enfer est préparé à ceux qui négligeront d'obéir à cette Loi, et qu'ils y mangeront et boiront du feu, et seront liés de chaines, et tourmentés par des eaux bouillantes. Outre ces commandements, qui sont les fondements de la Religion Mahométane, il leur est encore défendu de boire du vin et de manger du pourceau, et de la chair des bêtes étouffées dans leur sang. Ils confessent un seul Dieu qui a tout créé de rien, et disent que JESUS-CHRIST est vrai Prophète, conçu de sa parole, né de la bien heureuse Vierge Marie, non Dieu, ni Fils de Dieu, mais homme suprême et saint, qui fut dérobé à la vue des assistants par une nuée qui l'enleva au Ciel, tandis que les Juifs crucifièrent un autre en sa place, ce qui fait qu'ils se moquent de la Croix. Ils tiennent qu'il est encore vivant dans le Ciel, d'où il descendra en terre pour détruire les méchancetés de l'Antéchrist, et règnera quarante années à Damas; que pendant ce temps il n'y aura qu'une seule foi, un pasteur, une confession, et grande tranquillité; qu'après cela il n'y aura point d'autre règne, mais que ce sera la fin des siècles.

 

 

 

10 mai 2010

Mosquée

 

 

Le mot est attesté dès le XIVe siècle sous diverses formes, musquette, muscat, musquete, mesquite ou mesquitte, mousquaie, moscat, muscait, musquia, mosquette, empruntées pour certaines à l'italien moscheta ou meschita ; pour d'autres, à l'époque de la première Croisade et par l'intermédiaire du grec byzantin ou de l'arménien à l'arabe masgid. Ménage (1694, Dictionnaire étymologique de la langue française) en donne une origine presque exacte : « dans toutes les langues orientales, sagada signifie adorer. Et de là, l'arabe mesgid, qui signifie lieu d'adoration. Et c'est ainsi que les Arabes nomment leur temple. C'est aussi de ce mot que les Espagnols ont fait leur meschita, les Italiens, leur moscheta, et que nous avons fait mosquée ». Dans d'autres contextes, le lieu de culte des mahométans se nomme mahomie ou mahommie ou mahonnie.

Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) en fait, comme de nombreux lexicographes des siècles classiques, un édifice religieux des Turcs : « lieu où les Turcs s'assemblent pour prier Dieu et invoquer Mahomet, et qui est pour l'ordinaire superbement bâti et bien fondé » (exemples : « il y a des mosquées royales et des mosquées qui sont fondées par des particuliers. Les mosquées royales sont les plus magnifiques et les plus riches de toutes. Voyez Ricaut, Histoire de l'Empire ottoman, livre 2 »). Pour Furetière (Dictionnaire universel, 1690), c'est un « terme de relations », relation, explique Furetière à l'article homonyme, « se disant plus particulièrement des aventures des voyageurs, des observations qu'ils font dans leurs voyages. Il y a un très grand nombre de livres de relations. On a inséré dans le présent ouvrage (id est dans le Dictionnaire universel) plusieurs termes de relations pour en faciliter l'intelligence aux lecteurs » ; on dirait aujourd'hui « terme de récit de voyage » ou « terme de voyageurs ». En 1690, le mot est exotique. Du moins, il apparaît ainsi aux meilleurs lexicographes. Furetière poursuit en ces termes : « c'est un temple des mahométans où ils vont faire leurs prières ». Les deux exemples cités illustrent, pour ce qui est du premier, la nature politique de l'islam (« la plupart des sultans ont fait bâtir des mosquées ») et, pour ce qui est du second, sa nature conquérante : « on a converti en mosquée l'Eglise de Sainte Sophie de Constantinople ».

Thomas Corneille (1694, Dictionnaire des arts et des sciences) décrit en ces termes le plan d'une mosquée type : « les mosquées, qui sont bâties ordinairement comme de grandes salles avec ailes, galeries et dômes, sont par dedans ornées de compartiments mêlés d'arabesques et de quelques passages de l'Alcoran qui sont peints contre les murs, avec un lavoir à côté qui a plusieurs robinets. Il y en a de royales, fondées par des empereurs, et d'autres par des muphtis et des grands vizirs ».

Les académiciens se contentent d'une définition sommaire : « lieu où les mahométans s'assemblent pour faire leurs prières » (DAF, 1694, 1718, 1740, 1762, 1798 ; Féraud 1788). En revanche, dans l'exemple qui l'illustre, ils n'hésitent pas à énoncer les vérités historiques les plus cruelles, lesquelles sont prudemment occultées de nos jours (si elles ne l'étaient pas, il arriverait malheur aux imprudents) : les Turcs ont profané les plus belles églises de l'Asie et les ont converties en mosquées. A partir de la sixième édition (1835, 1879), la définition est légèrement amplifiée et les exemples adoucis : « temple du culte mahométan, édifice où les mahométans s'assemblent pour faire leurs prières » (exemples : les mosquées de Constantinople, du Caire, etc., sont de vastes et beaux édifices ; cette mosquée a six minarets ; les Turcs ont changé plusieurs églises en mosquées ; il y a, dans l'enceinte de cette mosquée, des écoles, des plantations, etc.) Les profanations ont disparu et les transformations des églises d'Asie en mosquées se sont raréfiées.  Dans les deux dernières éditions (1932-35 et neuvième, en cours de publication), il n'est plus fait allusion à ces transformations d'églises en mosquées. L'Empire ottoman, à compter de la seconde moitié du XIXe siècle, est « l'homme malade de l'Europe », comme on disait alors, et, près de se disloquer, il n'est plus une menace pour personne, sauf pour les malheureux peuples qui vont vivre jusqu'en 1923 sous sa férule. Les lexicographes ne jugent plus nécessaire de rappeler les crimes passés.

Le point de vue de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) exprime la fin de la menace que les Turcs et l'islam ont longtemps fait peser sur les libertés des Européens de l'Ouest. Il complète la définition « temple des mahométans » d'une remarque d'ordre esthétique ou pittoresque : « on n'y voit ni autel, ni décoration, ni image ». Dans le Trésor de la langue française (1971-94) comme dans la neuvième édition du DAF, la définition est réduite au minimum, « temple consacré au culte musulman » et « édifice sacré où les musulmans s'assemblent pour faire leurs prières », et elle n'est suivie d'aucun exemple ou citation qui attesterait la nature agressive ou conquérante de l'islam. Dans le DAF, mosquée est illustré de cet exemple : la mosquée de Paris.

En un peu plus d'un siècle, l'islam a perdu sa nature conquérante, guerrière, agressive et menaçante, mais dans les seuls articles de dictionnaires. La réalité est hélas bien différente.

 

03 mai 2010

Imam

 

 

Imam est un nom arabe, dérivé d'un verbe qui signifie « marcher en tête, présider ». Il est attesté en français dans la seconde moitié du XVIe siècle sous la forme iman pour désigner un « ministre » de la « religion mahométane », comme on disait alors. C'est d'Herbelot (1697) qui corrige la forme iman en imam, ce dont Littré se fait l'écho (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « les orientalistes reprochent à l'Académie d'écrire iman et veulent qu'on écrive imam, iman étant un mot arabe d'un tout autre sens ; c'est pour cela qu'ils disent imamat et non imanat »), correction qui n'est adoptée par les académiciens que dans la neuvième édition de leur dictionnaire (en cours de publication) : « le m final se fait entendre », alors que, de la quatrième édition, en 1762, où il est enregistré pour la première fois, à la huitième édition, en 1935, il figure sous la forme ancienne iman : « ministre de la religion mahométane ; iman signifie dans son acception primitive celui qui préside, qui a autorité ; un iman est une espèce de curé de mosquée » (1762 et 1798) ; « ministre de la religion mahométane, un iman est une espèce de curé de mosquée » (1835) ; « ministre de la religion mahométane attaché au service d'une mosquée » (1879, 1932-35, l'exemple délicieusement ethnocentriste du « curé de mosquée » disparait dans ces éditions) ; « titre donné à différents dignitaires de la religion musulmane ; Mahomet fut le premier imam ; le rôle essentiel de l'imam est de présider à la prière ; (on a dit aussi iman) » (édition en cours). D'une édition à l'autre, la définition ne change guère, sauf dans la dernière (la neuvième, en cours de publication), où l'exemple « présider la prière » indique la fonction essentielle de l'imam.

Littré (op. cit.), au sens de « ministre de la religion mahométane », ajoute celui-ci, qui fleure bon l'anticléricalisme des Lumières : « figuré et par dénigrement, tout ministre d'une religion », comme dans cet extrait de d'Alembert (1771, « les imans et les muphtis de toutes les sectes me paraissent plus faits qu'on ne croit pour s'entendre ; leur but commun est de subjuguer, par la superstition, la pauvre espèce humaine »), et cet autre : « titre que portent les chefs de plusieurs États indépendants de l'Yémen (l'iman de Mascate) ». Dans le Trésor de la langue française (1971-94), l'article est le condensé d'une encyclopédie, puisqu'il y est fait allusion à des distinctions propres à la religion de Mahomet et à la civilisation que celle-ci a établie, distinctions qu'il faudrait expliquer ou commenter : « titre donné en Islam sunnite au calife choisi non forcément parmi les descendants du Prophète, mais parmi les membres de sa tribu, alors qu'en Islam chiite la lignée des Imams ne peut être que celle des descendants d'Ali » ; « musulman capable de diriger la prière communautaire dans une mosquée » (« l'iman n'est point un prêtre, c'est simplement le plus savant et le plus vénéré taleb de l'assistance ; tout homme lettré peut servir d'iman : il doit simplement réciter la prière », Barrès, 1907) ; et « par extension, chef d'une secte musulmane ».

Dans L'Encyclopédie (1751-64) de d'Alembert et Diderot, l'article « imam ou iman » est relativement long et savant : « histoire moderne) ministres de la religion mahométane, qui répond à un curé parmi nous... ; les musulmans le disent en particulier de celui qui a le soin, l'intendance d'une mosquée, qui s'y trouve toujours le premier, et qui fait la prière au peuple, qui la répète après lui... Iman se dit aussi absolument par excellence des chefs, des instituteurs ou des fondateurs des quatre principales sectes de la religion mahométane, qui sont permises... Les mahométans ne sont point d'accord entre eux sur l'imanat ou dignité d'iman. Quelques-uns la croient de droit divin, et attachée à une seule famille, comme le pontificat d'Aaron ; les autres soutiennent d'un côté qu'elle est de droit divin, mais de l'autre, ils ne la croient pas tellement attachée à une famille qu'elle ne puisse passer dans une autre... Quoi qu'il en soit de cette question, il est constant qu'un iman ayant été reconnu pour tel par les musulmans, celui qui nie que son autorité vient immédiatement de Dieu, est un impie ; celui qui ne lui obéit pas, un rebelle, et celui qui s'ingère de le contredire, un ignorant : c'est partout de même... Leur principale fonction, outre la prière, est la prédication, qui roule ordinairement sur la vie de Mahomet, sa prétendue mission, ses miracles et les fables dont fourmille la tradition musulmane. Ils tâchent au reste de s'attirer la vénération de leurs auditeurs par la longueur de leurs manches et de leurs barbes, la largeur de leurs turbans et leur démarche grave & composée... ». Barré, en 1842, dans le Complément du DAF, tente de résumer le savoir accumulé par les orientalistes de son temps : « (histoire et religion ottomane) nom des docteurs et des pères de la religion mahométane. Tous les imams, qui sont en grand nombre, sont rangés en sept classes distinctes... Imam est aussi le titre que porte le sultan, en qualité de chef suprême et canonique du peuple mahométan. Les souverains musulmans portent trois titres consacrés par la loi aux divers caractères de leur souveraineté : celui d'émir, synonyme de melik et de sultan, indique l'autorité temporelle ; celui d'imam, l'autorité spirituelle, et celui de khaliphe, la réunion des deux pouvoirs... Aujourd'hui, imam des musulmans est le plus beau titre dont se décorent les monarques ottomans. Imam, titre que portent les chefs de plusieurs États indépendants de l'Yémen ».

Depuis le XVIe siècle, le mot arabe imam est tenu pour propre à l'histoire ottomane ou à l'aire mahométane de civilisation. Aux académiciens, l'exemple de "curé de mosquée" est vite apparu incongru et faux. Ce qu'il y a d'inouï, c'est que l'on puisse entendre parler dans les médias actuels de l'imam de La Courneuve (ou des imams de La Courneuve), de l'imam (ou des imams) de Drancy, Bondy, Mantes la Jolie, Saint-Denis, Toulouse, Roubaix, Marseille, du XIXe arrondissement, du XVIIIe arrondissement, de la rue Myrha, de la rue Poulet, du boulevard Barbès, etc; etc. etc. Bientôt, il n'y aura plus un seul immeuble de France qui n'ait pas son ou ses imam(s).

 

26 avril 2010

Momerie

 

Ce nom, qui est dans le Dictionnaire de l'Académie française depuis 1694 (première édition), est attesté au milieu du XVe siècle. Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) le définit ainsi : « bouffonneries, railleries, bons mots » et Furetière en 1690 (Dictionnaire universel) de cette manière : « mascarade, déguisement des gens masqués pour aller danser, jouer, ou autrement se réjouir ». Il ajoute que ce mot « se dit aussi figurément de l'hypocrisie, des déguisements qui font paraître les choses autrement qu'elles ne sont », comme dans ces exemples de son cru : « voilà un scélérat qui tient toujours des heures et des chapelets, mais c'est une pure momerie ; ces plaideurs sont d'intelligence; et quand ils invectivent l'un contre l'autre, c'est par une pure momerie, par une illusion à justice ».

Dans le Dictionnaire de l'Académie française, en 1694, le sens de « mascarade » est noté comme « vieux », le mot s'employant ordinairement au figuré, où « il se prend pour un déguisement de sentiments, qui fait faire au dehors un personnage tout différent de ce qu'on a dans le cœur », comme dans cet exemple : « cette femme paraît fort affligée de la mort de son mary, mais c'est une pure momerie ». Le mot, ajoutent les académiciens, « se dit aussi des choses concertées pour faire rire ou d'un jeu joué pour tromper quelqu'un agréablement », comme la momerie du mamamouchi dans Le Bourgeois gentilhomme (même définition en 1762, 1798, chez Féraud 1788, 1835 et 1879 : « ce mot est familier dans ses diverses acceptions » ; 1932-35). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) relève les sens suivants : « mascarade » (« vieux en ce sens ») ; « chose concertée pour faire rire quelqu'un » (« vieux en ce sens ») ; « chose concertée pour tromper quelqu'un, mais avec teinte de ridicule » ; « cérémonie bizarre, ridicule » ; « figuré, affectation ridicule d'un sentiment qu'on n'a pas ». Dans l'article momerie du Trésor de la langue française (1971-94), ce que désigne ce mot est en relation avec la religion : « affectation outrée et hypocrite de sentiments que l'on n'éprouve pas » ; « pratique religieuse ridicule ou feinte » et « bigoterie qui s'attache à des pratiques outrées, superstitieuses ».

Ce n'est pas le sens de momerie qui soulève des difficultés, mais l'origine, jugée « incertaine » par les rédacteurs du TLF (op. cit.) : ou bien il est dérivé du verbe d'ancien français momer, qui avait pour sens « se masquer, faire des mascarades » ; ou bien il continue l'ancien mot mahumerie ou mahomerie, dérivé de Mahomet et qui est attesté dans l'ancienne langue française au sens de « mosquée », puis de « pratique religieuse des musulmans » et par extension de « pratique superstitieuse, idolâtrie ». Cette seconde étymologie, exposée par le philologue Charles du Cange (1610-88), est rapportée par Furetière (op. cit.) : « Du Cange croit que ce mot vient de mahomerie qu'on trouve dans le Sire de Joinville, qui signifie un temple de Mahomet et que les chrétiens ont dit par dérision des cris et cérémonies qui se font dans ces temples et qu'ils regardent comme ridicules ». Pourtant, Furetière n'est pas convaincu de la justesse de cette étymologie, bien qu'il ait conscience que momerie désigne aussi l'hypocrisie religieuse ou la fausse bigoterie : « il y a plus d'apparence (ce n'est qu'une apparence) qu'il vient de Momus, le bouffon des dieux du paganisme ». Littré ne prend pas parti. Il note que « Du Cange tire momerie de l'ancien français mahomerie, qui signifiait « mosquée », « pratique musulmane », et, par suite, pour des chrétiens, « chose ridicule », mais que le philologue allemand Diez (1794-1876) « le tire du germanique » (évidemment), puisqu'en allemand, mummen signifie « masquer ».

Les rédacteurs du TLF (op. cit.), on l'a vu ci-dessus, exposent les deux hypothèses sans prendre parti. C'est tout à leur honneur. En revanche, les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours) tranchent : ils écartent la seconde étymologie, blasphématoire depuis que l'installation d'innombrables colonies mahométanes a fait de l'islam la deuxième religion de France, en nombre de sectateurs : « probablement dérivé de l'ancien français mom(m)er, « se masquer, faire des mascarades », à rapprocher du nom du dieu grec Momos (Momus chez les Latins), divinité personnifiant la raillerie, qu'on représentait portant un masque ».

On espère seulement que le fait de momer (c'est-à-dire de « masquer ») la mahomerie de momerie n'est pas l'expression d'une lâche soumission aux lois de l'islam.

 

14 avril 2010

Allah (note réservée à ceux que les blasphèmes n'effraient pas)

 

 

Ce mot, emprunté à l'arabe allah, nom de Dieu chez les musulmans, est dans quelques dictionnaires : sixième, septième, huitième éditions du Dictionnaire de l'Académie française (1832-35, 1879, 1932-35), Complément au DAF (Barré, 1842), Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-1877), Trésor de la langue française (1971-94).

Les premiers lexicographes à l'enregistrer sont, en 1704, les rédacteurs (tous ou quasiment tous jésuites) du Dictionnaire universel, dit « de Trévoux » : « Allah pour Alelah. C'est le nom de Dieu chez les arabes, et chez tous ceux qui font profession du mahométisme, quelque langue qu'ils parlent ». La définition est un constat. Elle est toute neutre. Dans les dictionnaires des XIXe et XXe siècles, où est reprise la définition de Trévoux (« nom que les mahométans donnent à Dieu », DAF, « Dieu en arabe », Barré, 1842, « nom que les arabes donnent à Dieu », Littré, op. cit.), ce qui attire l'attention et qui serait tenu sans doute aujourd'hui pour un blasphème (pardon un « dérapage ») par les bienpensants de l'intellocratie, c'est l'emploi singulier, étrange mais révélateur, de ce mot comme « interjection » : « nom que les mahométans donnent à Dieu, et qui est leur exclamation ordinaire de joie, de surprise, de crainte, etc. » (DAF), cet emploi étant illustré de cet exemple de toute évidence guerrier : Ils crièrent, Allah ! et fondirent sur nous. Barré (1842, op. cit.) est plus explicite : « (philologie) Dieu en arabe ; cri de guerre des mahométans ». Allah n'est pas seulement l'équivalent très approximatif et très largement inexact de Dieu (sur cela, les lexicographes ne se prononcent pas), mais c'est aussi un cri de guerre : comprendre un cri poussé depuis quatorze siècles et par lequel commencent meurtres, pillages, conquêtes, qui sont ainsi bénis ou sanctifiés.

De tous les dictionnaires, le plus imprudent sur le sujet est le Trésor de la langue française (1971-94), dans lequel Allah n'est pas relevé comme nom, ni comme nom propre, mais comme « interjection », c'est-à-dire comme un cri qui n'a pas d'autre sens que l'action qu'il accompagne ou à laquelle il incite : « exclamation, d'après le nom donné à Dieu par les musulmans, traduisant divers sentiments comme la joie, la crainte, la surprise, etc. ou servant d'appel à la prière, au combat ». Plus que tout long et savant discours, cet appel au combat exprimé par Allah dévoile la nature de ce dieu ainsi nommé, de son envoyé (ou, en arabe, rasoul) qui fut chef de guerre et conquérant, de la din (ou « religion ») que ce dernier a établie et dont l'emblème est un sabre coupant comme un rasoir (sayf Allah : « le sabre d'Allah »). Dans ce dernier dictionnaire, l'emploi d'Allah comme appel à la guerre et au meurtre est illustré de ces alexandrins de Leconte de l'Isle :

Allah ! Dans la rumeur d'une foudre aux nuées,
À travers le buisson, le roc et le ravin,
Contre ces vils mangeurs de porc, gorgés de vin,
Nos vaillantes tribus, dix fois, toujours en vain,
Coup sur coup, et le rire aux dents, se sont ruées.

Quand les bienpensants prétendent (mais sans éclater de rire) que l'islam est une religion d'amour, de tolérance et de paix, ils font de l'ironie sans en avoir conscience. Il faudrait leur conseiller de consulter les dictionnaires. Encore faudrait-il qu'ils sussent lire.

 

18 juin 2009

Alcoran

Alcoran

 

 

Le politiquement correct ou la rectitude idéologique ou le catéchisme bien pensant, etc. et tous ces carcans qui emprisonnent le langage et la pensée en obligeant les Français (ou les Européens) à tourner mille fois leur langue dans la bouche avant de s’aventurer à parler de l’islam et de l’Islam, des musulmans ou des mahométans, du Coran et de la Sunna, etc. tous terrains mouvants, minés, interdits, piégés, plus périlleux que les « maelstroms furieux » du Bateau ivre, n’ont cours en France que depuis quelques décennies, plus exactement depuis que les soixante-huitards, prétendument insolents ou anticonformistes, qui interdisaient jadis d’interdire, ont pris le contrôle des media, des lieux de parole autorisés, des associations lucratives sans autre but qu’inquisitorial, etc. où ils imposent leur novlangue doucereuse, mielleuse, toute en euphémismes gluants comme des loukoums et d’où ils interdisent toute pensée qui contreviendrait à leur catéchisme. 

Il n’en allait pas ainsi avant Mitterrand, avant la gauche plurielle, avant les socialos à l’Elysée et avant l’invasion des media par les gauchistes. Alors, chacun avait le droit de dire ce qu’il pensait de l’islam ou de l’Islam, même s’il en pensait beaucoup de mal, sans que des hordes d’inquisiteurs avinés ou haschichés à mort ne menacent de procès à répétition ou de mort sociale les récalcitrants. C’était le temps, hélas révolu, où la France était un pays libre habité par des hommes libres. Les auteurs des anciens dictionnaires n’étaient pas confits en dévotion islamique et ils ne craignaient pas l’inquisition. Aussi disaient-ils les choses sans fard, comme le montrent les articles qu’ils consacrent au livre sacré des musulmans, l’Alcoran, comme ils l’écrivent, et que les Turcs ottomans nomment Alfurcan ou Alforcan. Ce que les auteurs anciens ont compris, c’est la nature juridique de l’islam : « le livre de leur loi », disent-ils à propos de l’Alcoran. Henri Estienne (1549) définit Alcoran ainsi : « il vaut autant à dire comme vraie loi », ce que reprennent Nicot (Le Thresor de la langue francoyse, 1606) et Cotgrave (1611, Dictionarie of French and English Tongues) : « the word (Alcoran) signifies a true law ». Dans le Dictionnaire de l’Académie française, de la première à la huitième édition, de 1694 à 1932-35, l’Alcoran est le livre de la loi et la loi est celle de Mahomet : « livre qui contient la loi de Mahomet ; il signifie figurément la loi même » (1694, 1718, 1740, 1762, Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, 1788, 1798, 1832-35, Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77, 1879, 1932-35). Nulle part, il n’est question d’Allah, qui aurait dicté ou soufflé à Mahomet ce livre. Les lexicographes des siècles passés n’étaient pas tenus ou ne se sentaient pas tenus de se plier à une vérité imposée. Pour eux, Allah est muet. Il en va différemment dans la neuvième édition, en cours de publication, où les académiciens montrent patte blanche ou font amende honorable. Ils ne disent plus l’Alcoran, comme au XIXe siècle encore et avant le XIXe siècle, mais le Coran, qu’ils définissent comme le « livre sacré des musulmans » et la « parole d’Allah révélée à Mahomet », se pliant de fait à l’orthodoxie islamique, révérence dont s’abstenaient leurs prédécesseurs. A partir de la cinquième édition (1798), est relevée cette expression : « on dit familièrement, en parlant d’une chose à laquelle on n’entend rien je n’y entends pas plus qu’à l’Alcoran », qui est un peu moins insolente que « se moquer de quelque chose comme de l’Alcoran », où l’Alcoran a été transformé en l’an quarante. L’expression disparaît de la neuvième édition.

Voltaire, dans sa tragédie Mahomet ou le Fanatisme, fait parler Mahomet en ces termes : « Le glaive et l’Alcoran dans mes sanglantes mains // Imposeraient silence au reste des humains ». Au XVIIIe siècle encore, un Français n’était pas obligé de multiplier les circonvolutions pour dire ce qu’étaient l’Alcoran et Mahomet. Ainsi, Thevet, voyageur du XVIe siècle, résume cavalièrement la conquête par l’islam d’immenses territoires : « Omar, disciple de Mahomet, les subjugua et leur enseigna les folies de l’Alfurcan ». De tous les lexicographes anciens, Furetière (Dictionnaire universel, 1690) est sans doute le moins obséquieux : l’Alcoran est le « livre qui contient la loi du faux prophète Mahomet (« faux prophète », il a écrit « faux prophète », le saint homme !). C’est une prétendue conférence de Mahomet avec Dieu et les Anges, dont il dit qu’il a reçu sa loi ». Thomas Corneille (Dictionnaire des arts et des sciences, 1694) est peut-être plus féroce encore : « on peut dire que c’est un galimatias continuel, et sans aucun ordre. Il y a des titres fort extravagants dans la plupart des chapitres, comme des Mouches, des Araignées, et autres semblables ». Dans L’Encyclopédie (1751-65), cette bible des Lumières, le mépris est patent : « c’est le livre de la loi mahométane ou le livre des révélations prétendues et de la doctrine du faux prophète Mahomet ». « Dans toutes les fausses religions, le mensonge a affecté de se donner les traits de la vérité », ajoutent-ils. Il est vrai que les hommes des Lumières avaient en horreur le fanatisme et les fables, sentiment que leurs lointains descendants semblent avoir remplacé par la complaisance ou la dévotion ; ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94), où est énoncée la vulgate moderne : « livre sacré des musulmans, recueil de prédications de Mahomet, à caractère à la fois prophétique et législatif, qui constitue la base de la vie religieuse et politique de l’État théocratique musulman ».

Les encyclopédistes ont le mérite d’esquisser les grandes lignes de la genèse du Coran : « l’opinion commune parmi nous sur l’origine de l’alcoran est que Mahomet le composa avec le secours de Batyras, hérétique jacobite, de Sergius, moine nestorien, et de quelques Juifs ». Ils se réfèrent à l’admirable savant qu’était M. d’Herbelot (Bibliothèque orientale, 1697), lequel « conjecture qu’après que les hérésies de Nestorius et d’Eutychès eurent été condamnées par des Conciles œcuméniques, plusieurs évêques, prêtres, religieux et autres, s’étant retirés dans les déserts de l’Arabie et de l’Egypte, fournirent à cet imposteur (comprendre Mahomet) des passages défigurés de l’Ecriture Sainte et des dogmes mal conçus et mal réfléchis, qui s’altérèrent encore en passant par son imagination : ce qu'il est aisé de reconnaître par les dogmes de ces anciens hérétiques, dispersés dans l’Alcoran. Les Juifs répandus dans l’Arabie n’y contribuèrent pas moins ; aussi se vantent-ils que douze de leurs principaux docteurs en ont été les auteurs (…) Mais les Musulmans croient comme un article de foi que leur prophète, qu’ils disent avoir été un homme simple et sans lettres, n’a rien mis du sien dans ce livre, qu’il l’a reçu de Dieu par le ministère de l’Ange Gabriel, écrit sur un parchemin fait de la peau du bélier qu’Abraham immola à la place de son fils Isaac, et qu’il ne lui fut communiqué que successivement verset à verset en différents temps et en différents lieux pendant le cours de 23 ans. C’est à la faveur de ces interruptions qu’ils prétendent justifier la confusion qui règne dans tout l’ouvrage, confusion qu’il est si impossible d’éclaircir que leurs plus habiles docteurs y ont travaillé vainement ; car Mahomet, ou si l’on veut son copiste, ayant ramassé pêle-mêle toutes ces prétendues révélations, il n’a plus été possible de retrouver dans quel ordre elles ont été envoyées du Ciel ».

Arrêtons-là le massacre. On l’a compris, et tous les extraits le disent avec éloquence, jadis les Français se moquaient des fables à dormir debout ; ils étaient volontiers impertinents, insolents, anticonformistes, persifleurs ; ils ne se prosternaient pas devant les récitants du Coran. Tout cela est révolu. La main mise des gauchistes sur l’université, la presse, les media, l’opinion, etc. a mis fin à la pensée libre et à l’expression juste. Les soixante-huitards n’ont pas interdit d’interdire, ils ont emprisonné la langue en interdisant toute pensée libre.

 

 

02 octobre 2006

Islamisme

 

 

 

Retour sur islamisme  

 

 

 

Ce nom apparaît pour la première fois en 1697 dans un ouvrage, Bibliothèque orientale (ou Dictionnaire universel contenant généralement tout ce qui regarde la connaissance des peuples de l’Orient, leurs histoires et traditions, véritables ou fabuleuses, leurs religions, sectes et politique, leurs gouvernements), dont l’auteur, dénommé Barthélemy d’Herbelot de Molainville fut longtemps, au Collège de France, titulaire de la chaire de langues orientales. C’est donc un mot savant et d’usage longtemps restreint. Herbelot, en 1697, n’aurait sans doute pas osé imaginer que ce mot factice devînt un jour populaire. Il est formé par adjonction du suffixe isme au nom islam. Le suffixe est français, le nom est emprunté à l’arabe : le mot obtenu n’existe pas en arabe, il est français. Herbelot l’a fabriqué pour intégrer le nom islam, devenu islamisme, à la série de noms désignant des religions et tous terminés par isme : christianisme, athéisme, catholicisme, protestantisme, hindouisme, bouddhisme, etc.

Il est relevé dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française à partir de la quatrième édition en 1762, toujours avec le même sens : "nom que prend le mahométisme". Il est précisé aussi que ce nom "se dit aussi relativement aux pays mahométans dans le même sens que chrétienté par rapport aux chrétiens". Dans la huitième édition (1935) de ce même Dictionnaire, la définition est, à quelques mots près, identique : "nom que l’on donne quelquefois au mahométisme" et "il se dit aussi relativement aux pays mahométans, dans le même sens que chrétienté par rapport aux pays chrétiens".

Littré, dans son Dictionnaire de la langue française (publié dans la seconde moitié du XIXe s.), reprend la définition de ce mot qu’il scinde en deux acceptions : "1° la religion de Mahomet" et "2° l’ensemble des pays où règne cette religion, dans le même sens que chrétienté par rapport aux pays chrétiens".

Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994, 16 volumes, des dizaines de milliers de pages) réduisent ces deux acceptions à une seule. De fait, ils reviennent à ce qui était la norme dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762) et à la volonté d’Herbelot, qui a fabriqué ce mot. Dans le volume 10 (publié en 1983 – il y a donc vingt-trois ans, et non pas trois siècles), ils écrivent à l’entrée islamisme "religion des musulmans. Synonyme islam". Les exemples cités confirment la définition : "le pacha, d’après un texte du Koran qui était favorable à l’accusé, lui donna l’alternative ou d’être pendu une seconde fois, ou de se faire turc. Aboulias préféra ce dernier parti, et pratiqua pendant quelque temps l’islamisme" (Lamartine, 1835) ; "l’islamisme, par la plus flagrante contradiction, n’a-t-il pas vu dans son sein un développement de science purement rationaliste ?" (Renan, 1890) ; "après la conquête de Jérusalem par les Arabes, la plupart des Chrétiens durent se convertir à l’islamisme pour échapper aux supplices" (Adam, 1902).

Voilà ce qu’il en est d’islamisme.

Cependant, depuis quelques années, des idéologues, qui se plient aux diktats des muftis, imams, ayatollahs, cheikhs exerçant en France et en Europe, enjoignent de distinguer l’islamisme de l’islam, parce que ces hiérarques se sentiraient insultés ou stigmatisés ou victimes d’on ne sait quel complot quand ces deux mots sont synonymes. Il est des auteurs de dictionnaires, Petit Larousse par exemple, qui se sont soumis à l’injonction, à dire vrai menaçante. C’est aussi le cas des Académiciens, dans la neuvième édition de leur Dictionnaire (en cours de publication). A islamisme, ils donnent, en dépit de l’histoire, deux sens : "1. Religion musulmane, islam" et "2. Mouvement politique et religieux prônant l'expansion de l'islam et la stricte observance de la loi coranique dans tous les domaines de la vie publique et privée. Aujourd’hui, (ce mot) désigne plus particulièrement un mouvement politique et idéologique se réclamant des fondements de l’islam et qui peut prendre un caractère extrémiste". Les Académiciens ont accepté de raser les murs. En dépit de cela, ils ne tranchent pas le nœud gordien des liens étroits et serrés entre l’islamisme (dans le nouveau sens 2.) et l’islam. Pour eux, il est évident que les réalités désignées par ces deux noms sont si étroitement liées qu'elles ne peuvent pas être séparées. "Expansion de l'islam" et "stricte observance de la loi coranique dans tous les domaines de la vie publique et privée" sont deux des fondements du droit musulman et deux des piliers de la politique islamique de l'Arabie saoudite, pays mosquée.