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15 mai 2014

Qu'un sang impur abreuve nos sillons

 

 

Les Bonobos (ou « bourgeois no bohèmes ») ne se contentent pas d’être socialos : il faut qu’ils éructent leur rage en toute occasion, de préférence contre les symboles de la France. Mais que ne mettent-ils pas leurs actes en accord avec leurs haines ? Qu’ils aillent vivre en Arabie, qu’ils prennent la nationalité soudanaise, qu’ils se convertissent à la religion des Patagons ! Wilson, le fils de son père, est de ceux-là : plus bonobo que lui, tu meurs. Tout lui est prétexte pour bien penser (penser est un trop gros mot pour lui être prédiqué, péter conviendrait mieux). Il marche sur les brisées de Taubira, de Trierweiler, de toute la chausse pisse aussi (féminin de show biz), de feu la femme Mitterrand… 

            La malheureuse Marseillaise, ce chant qu’entonnaient les résistants devant le peloton d’exécution, est la cible de leur ire. Se seraient-ils accommodés de « Maréchal, nous voilà », dont aucun mot ne les heurte apparemment ? Pourquoi ce tintouin ? C’est, entre autres, l’injonction « qu’un sang impur abreuve nos sillons » qu’ils ne supportent pas d’entendre. Il ne leur est pas demandé de la chanter, ni même de l’écouter, mais ils veulent la changer, sous le prétexte qu’elle serait raciste, xénophobe, haineuse. Ah bon, que signifie raciste dans les quelques pois chiches qui, dans leur pauvre cervelle, tiennent lieu de neurones ? « Qui est d’une sale race » ? « Qui est d’une race inférieure » ? « Qui est à exterminer » ? On est en droit d’en juger ainsi.

Que les paroles de La Marseillaise soient de la très mauvaise poésie et de la piètre littérature, n’importe qui peut en convenir. Que la musique soit martiale et qu’elle soit à la musique ce que les tags sont à Raphaël, voilà qui est sans conteste. Mais cela ne suffit pas à en faire un chant raciste, sauf à donner à raciste le sens dans lequel l’emploient les antiracistes de profession et subventionnés, c’est-à-dire « d’une sale race ».

            Tout ce pastis a pour source les deux mots sang impur. A la fin du XVIIIe siècle, quand La Marseillaise a été composée, que désignait-on par ces deux mots ? Il suffit d’ouvrir les dictionnaires pour mettre un peu de lumière dans cette prétendue obscurité qui suscite les éructations des racistes à la Wilson et Taubira, qui croient appartenir à une race, religion, éthique, etc. supérieure…  En 1762 et en 1798, dans le Dictionnaire de l’Académie française, il est indiqué ceci : « On dit figurément et poétiquement qu’un homme est né d’un sang impur pour dire qu’il est né de parents notés », notés, c’est-à-dire ayant mauvaise réputation. Dans les éditions ultérieures (1835, 1879, 1932-35), l’adjectif notés est remplacés par flétris (« Figurément : être né d’un sang impur, être né de parents flétris, connus pour de malhonnêtes gens », 1835, 1879, 1935). Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) reprend cette définition : « Être né d’un sang impur, être né de parents malhonnêtes, déshonorés ». 

            Il n’y a aucun racisme, aucune xénophobie, aucune haine dans sang impur ou, si racisme il y a, il est seulement dans la tête de ceux qui éructent leur haine raciste à l’encontre de la France.

C’est Furetière qui, dans son Dictionnaire universel (1690), établit le sens « social » de sang impur et des mots sang pur, dont ils sont l’antonyme. Ce sens, pour le comprendre, est propre à la division de la « société » d’Ancien Régime en trois ordres ou états : noblesse, clergé, tiers-état, et aux vanités que cette division faisait naître chez ceux qui appartenaient à la noblesse. « On dit aussi, pour vanter une ancienne noblesse qui ne s'est point mésalliée, qu’il n’est point entré de sang impur dans cette maison » : autrement dit, aucun membre de cette lignée noble n’a eu d’enfant ou n’a fait d’enfant avec un homme ou une femme du tiers-état, qui, eux, sont d’un sang impur. C’est la définition que reprend Barré en 1842 dans le Complément au Dictionnaire de l’Académie française : « Sang impur s’est dit par opposition à Sang noble ». L’exemple qui illustre ce sens est extrait du dictionnaire de Furetière : « Il n’est jamais entré de sang impur dans cette maison », Furetière et Barré étant l’un et l’autre de sang impur. Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), ce sens est exposé à l’entrée pur : « On dit qu’un prince est sorti du plus pur sang du monde pour dire du sang le plus noble et le plus illustre ». De même Littré : « La pureté du sang se dit d’une famille de haute extraction dans laquelle il n’y a point eu mésalliance ».

Les choses étant ce qu’elles sont, c’est-à-dire tout à l’opposé de ce que croient les bonobos, il est possible d’établir le sens de l’injonction honnie « que le sang du peuple (du tiers-état, des sans grade, des non nobles, etc.) abreuve nos sillons ». L’injonction consiste à appeler le peuple à verser son sang (son propre sang, jugé impur) pour défendre la France envahie par les armées ennemies. C’est un équivalent de « verser son sang pour la patrie » - non pas le sang des envahisseurs, mais celui des défenseurs de la patrie attaquée. Si cette injonction est raciste et xénophobe, alors il faut considérer les combattants de la France libre et de la Résistance comme des racistes et des xénophobes, et en retour les nazis (boches, chleuhs, frisés, etc.) pour des humanistes qui auraient été la cible de la haine rance de franchouillards avinés et drogués.

Conclusion : non seulement les bonobos à la Wilson sont racistes, mais en plus ils sont plus ignares que des buses.

 

09 mai 2014

Retournement

 

 

Voilà un très vieux mot de la langue française auquel M. de Hollande vient de rendre un peu de jeunesse. Il est attesté (le mot, pas son auteur) à la fin du XIIe siècle, à une époque où aucun habitant de la France d’alors n’aurait imaginé qu’un jour un cantonnier de Tulle, village sis sur les bords de la rivière Corrèze, pût devenir chef de l’Etat. Les voies de Dieu sont impénétrables, aurait-on dit il y a quelques siècles.

Retournement a le sens du verbe retourner dont il dérive et désigne l’action de retourner à l’endroit d’où l’on était parti. Apparemment, il n’est pas dans l’intention de M. de Hollande de retourner à Tulle. Son retournement n’est pas imminent. Il se fera un jour peut-être. Qui sait ? En 2017.

Le nom n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de 1935 (huitième édition) avec un sens à peine esquissé (« action de retourner ou résultat de cette action »), mais illustré de cet exemple : « le retournement d’une situation ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est un peu plus explicite. Le retournement ne consiste pas à revenir au point de départ, mais à « tourner en un autre sens ». Le mot est d’un emploi plus fréquent dans les vocabulaires spécialisés : celui de la géométrie, de la balistique (« tendance qu’a une balle conique, lancée par une arme à feu, à se retourner, c’est-à-dire à arriver au but par son gros bout au lieu d’y arriver par son petit bout »), des chemins de fer (« action de retourner un rail fabriqué de telle façon qu’il puisse servir des deux côtés »), de l’astronomie.

Dans la langue moderne se développent des emplois figurés ou propres, dont ceux-ci, qui pourraient s’appliquer en partie à M. de Hollande : « Fait de retourner quelqu’un, de le faire changer de camp ; changement complet d’attitude, d’opinion » (pour les séides, le retournement, c’est pour bientôt) et « mouvement qui consiste à se retourner sur soi-même » ou, pour ce qui est des tendances, des chiffres, des statistiques, des représentations graphiques, des « courbes » (tout ce dont M. de Hollande est féru), « inversion du sens d’une tendance, d’un rapport de force ». Le retournement ne serait donc qu’une autre formulation de la célèbre « inversion » de courbe. On sait ce qu’il est advenu de cette courbe, laquelle, hélas, ne chôme pas et va sans cesse de l’avant ; on peut craindre qu’il n’en aille pas différemment du retournement claironné par les Trompettes médiatiques.  

 

07 mai 2014

Fleuron

 

 

Fleuron, dérivé de fleur, est attesté au début du XIVe siècle et en sept siècles, il n’a pas changé de sens : « ornement en forme de fleur » (1302), « espèce de représentation de fleur servant d’ornement » (Académie, 1694, 1762, 1798, 1835), « ornement en forme de fleur » (Littré, 1872-77 ; Académie, 1762, 1878, 1935, édition en cours de publication). On trouve ces représentations ou ornements sur les couronnes, les pages de garde de beaux livres, les étoffes luxueuses, les moulures des palais, etc.

Le mot est employé à compter du XVIIIe siècle dans un sens figuré : « On dit figurément d’une des plus grandes prérogatives qu’ait un Prince, d’un de ses plus grands revenus, d’une de ses meilleures provinces, que c’est un des plus beaux fleurons de sa couronne, le plus beau fleuron de sa couronne » (Académie, 1762). Littré ajoute : « Il se dit aussi de ce qu’il y a de plus avantageux pour une personne », mais, dans cet emploi, fleuron est suivi du complément de sa couronne : « Il a perdu le plus beau fleuron de sa couronne » (exemple cité aussi par les académiciens en 1935 : « La mesure qui lui enlève cette place lui fait perdre le plus beau fleuron de sa couronne »). Ce sens figuré est glosé ainsi dans le Trésor de la Langue française (1971-1994) : « Bien (concret ou abstrait), qualité morale, les plus précieux pour quelqu’un ».

Depuis quelques mois, la métaphore du fleuron revient dans les media et comme "élément de langage" des politiciens, non plus à propos des couronnes, des souverains, des grands de ce monde, mais de l’économie, celle de la France évidemment, dont les « fleurons » - c’est-à-dire les entreprises ou les institutions ou les grandes œuvres - le plus beau ou les plus beaux de son industrie, de son économie, de son agriculture, de son architecture, de son patrimoine,  etc. sont rachetés à vil prix par des financiers étrangers, quand ce ne sont pas les Etats pétroliers islamiques.

Il est bon de constater que ce vieux mot qui fleure l’Ancien Régime, la monarchie, la couronne, l’ornementation inutile, etc. ressuscite soudain dans des lamentations républicaines et laïques. Et chacun de s’indigner. C’est même à qui s’indignera le plus. Ceux qui s’indignent de voir les fleurons de la France disparaître les uns après les autres sont ceux aussi qui ont tout fait pour que cela advienne. Tartufe leur a appris ces singeries ; ils ont retenu la leçon.

 

 

 

22 avril 2014

Morelle

 

 

Morelle, plante vénéneuse.

 

Dictionnaire de l’Académie française (1835, 1878, 1935) : « Plante vénéneuse de la famille des solanées ».

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française (1872-77) : « La morelle noire (solanum nigrum), plante vénéneuse ».

 

05 avril 2014

Algérie, algérien

 

 

 

 

 

            Nom et adjectif, algérien est attesté dans l’édition de 1721 du Dictionnaire Universel, dit de Trévoux. Il a pour sens « qui est d’Alger ». Aujourd’hui, c’est le mot algérois qui porte ce sens, les deux sens « qui est d’Alger » et « qui est d’Algérie » étant soigneusement distingués. Dans ce Dictionnaire, le sens « qui est d’Alger » est illustré par cet exemple éloquent, qui en dit long du passé de l’Algérie avant 1830 : « les Algériens, ou les pirates algériens, n’ont osé attaquer les vaisseaux français depuis que le Roi a fait bombarder Alger ». En revanche, algérien, qu’il soit employé comme adjectif ou comme nom, n’est relevé dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1932-35.

Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), ignore le nom et ne recense que l’adjectif, auquel il ne donne pas de sens ethnique, à la différence des auteurs du Dictionnaire de Trévoux. C’est « qui a rapport à l’Algérie ». Le rapport à l’Algérie alors était économique et financier, du moins si l’on en croit les exemples : « la Société générale algérienne, nom d’une société fondée en exécution d’une loi du 12 juillet 1865 et d’un décret du 18 septembre 1865 », « les obligations algériennes, titres émis par cette société ». Il est vrai que l’Algérie était française et qu’elle était habitée de Français, d’Européens et d’indigènes – non d’Algériens. De fait, le nom propre Algérien au sens d’habitant de l’Algérie, n’a pas d’existence dans la langue. Ou bien Littré se borne à constater une réalité (l’entité Algérie n’a pas d’existence), ou bien il se plie à l’idéologie de l’époque : si le nom propre Algérien avait signifié « habitant de l’Algérie », c’eût été reconnaître que les premiers ou les plus anciens habitants d’Algérie (les indigènes, comme on disait alors) étaient les seuls qui aient une légitimité à le revendiquer comme leur.

La langue conserve les traces de l’histoire des hommes. L’Algérie étant indépendante, il existe donc des Algériens, qui peuvent être fiers ou non de leur pays (ALJ compatit à leurs malheurs) et de ce qui s’y passe de tragique ou de bouffon depuis cinquante ans. Le Trésor de la Langue française (seize volumes publiés entre 1971 et 1994) a été conçu et rédigé après l’indépendance de l’Algérie : il y est tenu compte de la situation que cet événement a produite. Algérien, « substantif », désigne « celui qui habite l’Algérie ou qui en est originaire » et, adjectif, il a pour sens « ce qui est relatif à l’Algérie ou à ses habitants ». Du dictionnaire de Littré, il n’est conservé qu’une partie de la définition de l’adjectif : « ce qui est relatif à l’Algérie ».

 

Le nom algérien, qu’il soit masculin ou féminin, a pris au cours de la période française d’autres sens : « voiture publique de Paris, du genre de celles qu’on appelle omnibus » (1842), préparation culinaire dite « à l’algérienne », « étoffe à rayures de couleurs », « écharpe faite de cette étoffe ». Ces sens, c’est ce qui reste dans la langue des cent trente-deux ans de présence française outre Méditerranée. Au fil des décennies, ces sens s’éteignent, en même temps que les traces que la France a laissées là-bas. Ainsi, les auteurs de dictionnaires notent que le nom algérienne, au sens relevé en 1842 de « voiture publique de Paris », était tombé en désuétude à la fin du XIXe siècle et remplacé par omnibus. Ce sens disparaît dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, dans lequel les sens retenus sont « relatif à l’Algérie » pour ce qui est de l’adjectif (les académiciens oublient « et à ses habitants ») et, pour ce qui est du nom : « personne originaire d’Algérie ou qui a la nationalité de ce pays », « dialecte arabe parlé en Algérie » et (au féminin) « tissu à rayures multicolores ». En réalité, le « dialecte » parlé en Algérie est une langue berbère mâtinée d’arabe et de français ; et l’algérienne ou « tissu à rayures multicolores » a disparu des étals.

Les sens divers se réduisent peu à peu à un seul sens : habitant de l’Algérie ou qui en est originaire. En perdant ses sens anciens, ce nom s’appauvrit.

Souhaitons aux Algériens que le destin de leur pays ne soit pas à l’image de celui de leur nom. Les élections qui se profilent n'augurent rien de bon. 

 

 

22 janvier 2014

Madame Trierweiller est en souffrance

 

 

 

            La souffrance, terme de commerce, est « tout retard préjudiciable dans le retrait d’une marchandise » (Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) et Trésor de la langue française (CNRS, 1971-94)). Etre ou rester en souffrance se dit de toute chose (colis, lettre, paquet, ballot, etc.) envoyée ou expédiée et qui est « en attente de parvenir à son destinataire ou d’être retiré(e) par lui ». L’expression se dit aussi d’emprunts ou de crédits qui restent en souffrance (d’utilisation).

 

M. Falorni, député socialiste ou affidé, a déclaré à propos de sa chère amie Mme Trierweiller : « Elle est en souffrance ».

Ces quatre mots sont le papier tournesol de la modernité. Ils révèlent ce qu’elle est vraiment, sa nature ou son essence, c’est-à-dire ce qu’elle cache d’elle-même aux hommes. Il n’y a pas de plus éloquent condensé de notre époque que ces quatre mots. Voici pourquoi.

  

Le dénommé Falorni, avant de faire le député, ce qu’il fait depuis 2012, était prof. Ceci explique sans doute cela, en particulier qu’il ignore tout de « notre » langue, comme dit le sieur Ayrault de Saint-Herblain, prof lui aussi. Falorni était prof d’hist-géo, ce qui aggrave son cas : il est évidemment meilleur en habillage idéologique qu’en savoir et comme tous ses collègues « profs », il est incapable de comprendre ce qu’il dit.

 

Non seulement il parle mal, mais il révèle aussi la conception que les socialos, son pote Hollande, ses ministres, lui-même, ses collègues députés et tous les élus ou militants, se font d’un être humain. Pour tous ces petits messieurs, Mme Trierweiller n’est plus un être humain, encore moins une femme : c’est un objet, un colis, un paquet, "en souffrance", attendant que quelqu’un – un destinataire anonyme - en vienne prendre livraison. Et où est-elle en souffrance ? Je vous le donne en mille. A la lanterne, là où les sans-culottes accrochent les ci-devant.  

                

 

19 janvier 2014

Cela se passait il y a vingt ans et Voltaire ne s'est toujours pas réveillé

 

 

Voltaire, réveille-toi, ils sont devenus fous !

1994

 

Algérie

Un mot d'ordre dans les mosquées : "la mort pour les femmes qui ne portent pas le voile". Tracts affichés sur les murs des écoles : "la mort pour les directeurs qui acceptent les élèves non voilées". Mme Mitterrand, qui aime les tchadors, n’a pas protesté.

 

 

France

A l'occasion du « jeûne » du mois lunaire de ramadan, qui est obligatoire dans les tyrannies, le moufti Boubakeur, interrogé sur France 3, fait l'apologie de « notre » charia, bien que celle-ci ne soit qu'une suite de préjugés et de crimes sexistes, racistes et liberticides ; et, s'adressant aux autorités de la république, il leur demande d’autoriser les musulmans à débaucher, pendant le mois de ramadan, deux heures avant les autres, que ces musulmans travaillent dans des entreprises privées ou dans l'administration. Deux heures de moins par jour pendant quatre semaines, cela fait 40 heures. La revendication est claire : c'est la sixième semaine de congés payés, attribuée sur des critères religieux et ethniques. Pour les siens et uniquement pour les siens. 

 

 

Bangla-Desh

Taslima Nasrin a 31 ans. Elle vit à Dacca. Elle est écrivain. Ses romans connaissent un grand succès. Elle dénonce la violence, le sexisme, l'exploitation, la discrimination dont les femmes sont victimes dans son pays. Elle ne dissimule pas ses cibles : « Je combats l'islam, car l'islam ne donne de liberté à aucune femme ». Au nom de ces valeurs, elle s'engage, non en faveur des tyrans, mais des victimes. « Je crois en un pays laïque et moderne », déclare-t-elle à une journaliste du Monde. Des hommes détestent la liberté. Le Conseil des Soldats de l’Islam a prononcé une fatwa. Talisma Nasrin est condamnée à mort. Sa tête est mise à prix : 8000 francs français. Pour une femelle, c'est beaucoup. Pour un mâle, ce serait plus. Depuis un an, elle vit recluse.

            Dans quelques mois, les éditions Des Femmes vont publier en français son dernier roman, Lajja, « la honte », que Le Monde résume ainsi : « Ce roman met en scène une famille hindoue du Bangladesh, victime des émeutes intercommunautaires, après la destruction de la mosquée indienne d'Ayodhya par des fanatiques hindouistes ».

 

 

Paris : une robe Chanel déplaît à l’islam

Rappelons l'article V de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : « Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas ». Aucune loi n'interdit de broder des lettres sur une robe. Dans l'affaire Chanel, il n'y a donc pas eu profanation, ni blasphème, ni quelque crime que ce fût : ni atteinte aux biens, ni aux personnes.

En réalité, si profanation (au sens d'atteinte à quelque chose de grand et beau) il y a eu, elle n'est pas là où les fous furieux ont prétendu qu'elle était. Mlle Schiffer est la Vénus incarnée ; à la fois belle, jeune, heureuse, pleine de vie. Elle pourrait être Marianne. C'est elle qui a été « profanée », car M. Lagerfeld l'a couverte, sans le savoir, semble-t-il, d'un verset du Qoran. Ce faisant, il a vêtu de laideur la beauté, de haine l'amour, de fanatisme la tolérance, de mépris une femme. Lagerfeld, en profanant la beauté, a injurié les femmes. Il aurait donc dû présenter des excuses. Non pas, bien entendu, en se prosternant lâchement devant les religieux de l'islam (la cupidité suscite les pires bassesses et pousse à profaner jusqu'à la liberté), mais aux femmes, à toutes les femmes.

Le dénommé Boubakeur s'est rangé du côté des fous furieux. Dans son pays, l'Algérie, des jeunes gens sont égorgés, des femmes, révolvérisées, uniquement parce qu'ils sont étrangers, c'est-à-dire qu'on tue des hommes, à qui les islamistes reprochent un crime : être nés. Boubakeur ne s'en indigne pas. Il trouve ça normal et juste. Ce n'est ni un blasphème, ni une profanation. Le moufti ne moufte pas mot. Son Qoran n'appelle-t-il pas les vrais croyants à « tuer partout les infidèles où (ils) les trouveront » ? (sourate 9, verset 5. Cf. aussi S 9, v 29, S 9, v 111, S 9, v 123, S 8, v 67, S 59, v 8; etc.). Pour Boubakeur, il est moral de tuer des innocents, mais c'est un crime de broder trois lettres arabes sur une robe.

Qu'on le veuille ou non, M. Lagerfeld est un artiste. Avec de la matière, il façonne des formes. Or, il a détruit deux de ses œuvres (volontairement ou non, peu importe). Cela ne s'était plus produit dans ce pays depuis l'Inquisition. Même Rushdie ne s'est pas abaissé à cette humiliation. Pourtant, personne, ni Lang, ni Toubon, n'a protesté contre cela, ni contre l'arrogance des religieux ; les artistes se sont tus, les « intellectuels » aussi, acceptant, de fait, qu'en France, deux siècles après 1789, l'islam se considère comme une religion d'Etat et agisse comme si elle l'était effectivement.

 

 

14 janvier 2014

Humoriste

 

 

 

Dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, du Dictionnaire de l’Académie française, ce n’est pas la définition du nom humoriste (« personne qui a le don de l’humour et qui l’exerce dans différents domaines ») qui attire l’attention, même si l’extension de cette dénomination à des individus comme Bedos, Aram ou Dieudonné, qui n’ont aucun don en matière d’humour, est sans doute un solécisme, ni même l’exemple qui l’illustre (« Alphonse Allais, Tristan Bernard sont de célèbres humoristes »), mais le fait que, dans ce dictionnaire, l’entrée humoriste soit précédée d’un astérisque, lequel signale que le mot est enregistré pour la première fois dans cette édition-là du dictionnaire. Or, humoriste figure dans des éditions antérieures : la quatrième (1762), la cinquième (1798), la sixième (1835), alors qu’il disparaît de la septième et de la huitième éditions (1878 et 1932-35). Ce que signale l’astérisque en réalité, c’est que le sens dans lequel humoriste est enregistré dans la neuvième édition est tout nouveau ou tout récent et qu’il est emprunté de l’anglais. Il est donc, dans l’esprit des académiciens, un néologisme sémantique, mais un néologisme illusoire, puisque le mot est attesté dans le sens d’amuseur public dans la seconde moitié du XIXe siècle, période de l’histoire qui est marquée, avec les pétomanes et autres comiques troupiers, par le triomphe du rire, non pas le rire qui libère, mais le rire des certitudes grasses qui enferme les rieurs dans leurs préjugés morbides. Le rire n’est pas le propre de l’homme, mais ce qu’il y a de sale en lui.

L’histoire des anciens sens du mot humoriste, nom ou adjectif, révèle tout cela. Attesté à la fin du XVIe siècle comme adjectif, il se dit « dans le style familier », précisent les académiciens, « d’un homme qui a de l’humeur, avec lequel il est difficile de vivre » (DAF, 1762, 1798, 1835). Selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1872-77), ce sens-là (« difficile à vivre ») tend à sortir de l’usage. Des humoristes des siècles classiques, on peut légitimement affirmer, sans verser dans l’anachronisme, qu’ils étaient contre le « vivre-ensemble » et qu’au lieu de cimenter la société autour d’une (belle) idée ou d’une (grande) valeur, ils excellaient à la diviser. C’était des adeptes de la dénégation, comme l’indique cet exemple du poète Delille qui écrit : « Cet humoriste / Dont la hargneuse déraison / Dans la société vient verser son poison ». Selon Delille, l’humoriste est « fou », il est « hargneux » et il empoisonne la société. Il n’est pas de définition d’humoriste mieux ajustée à la situation actuelle.   

Dans les siècles classiques, le nom humoriste désignait aussi des « médecins » appartenant, selon les auteurs de l’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72) à « la secte galénique » : « leur doctrine consistait principalement à attribuer la plupart des maladies aux seuls vices des humeurs, qu’ils faisaient consister dans leur intempérie ou leurs qualités viciées, lorsqu’elles ne se tempèrent pas les unes les autres et qu’il y en a de dominantes ». Les académiciens en 1798 écrivent : « humoriste se prend aussi substantivement pour signifier les médecins galénistes qui attribuent la plupart des maladies au seul vice des humeurs ». Ces humoristes-là croyaient donc, en dépit de toute expérience, dans la justesse de théories fumeuses, manifestement erronées et sans autre fondement que l’autorité d’un médecin de l’Antiquité.

Rien n’a changé de ce point de vue. Les humoristes Dieudonné, Bedos, Aram, Ruquier, Moustapha, Semoun, etc. continuent les médecins de Molière. Ils n’ont aucun don pour l’humour et n’amusent personne, mais, comme les galénistes, ils propagent sur toute chose des thèses fausses ou mensongères et, comme les mauvais coucheurs des siècles passés, ils sont des adeptes de la négation.

 

01 janvier 2014

Voeux

 

 

En 2007, ce « blog » a eu 47.850 lecteurs et 101.986 pages ont été lues ; en 2008, les chiffres ont été respectivement 63.788 et 126.418 ; en 2009, 91.444 et 235.194 ; en 2010, 105.081 et 288.658 ; en 2011, 147.154 et 439.229 ; en 2012, 157.902 et 490.182 pages.

En 2013, 195.312 lecteurs ont consulté 525.401 pages.  

 

Bonne et heureuse année 2014 à tous.

 

13 octobre 2013

Sûreté et sécurité

 

 

 

            Dans la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, déclaration qui est devenue un texte constitutionnel, il est énoncé (article 2) quatre droits naturels (c’est-à-dire antérieurs à toute société, quelle qu’elle soit) et imprescriptibles (qu’aucun gouvernement ne peut effacer) de l’homme : ce sont la liberté, la propriété, la sûreté, la résistance à l’oppression. Ces droits sont allègrement violés en France et s’ils sont reconnus (et sans limite) aux romanichels, aux musulmans et aux mahométans, aux arabes, aux noirs, etc. ils sont refusés, en France même, aux Français, sauf si ces Français sont aussi du peuple rom, mahométan, arabe, noir, etc. Car ce que redoutent les dominants, ce sont les effets de la résistance à l’oppression, si les Français opprimés décidaient tout à coup, non seulement de la revendiquer, mais encore de la mettre en œuvre ?  

            De tous ces droits, la sûreté est sans aucun doute le plus clair, le moins contestable, le plus facile à comprendre, même si aujourd’hui ce droit que l’on nommait sûreté est appelé sécurité. Dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française, qu’elles soient publiées avant 1789 ou après 1789, le mot est défini de la même manière. C’est « l’éloignement de tout péril, état de celui qui n’a rien à craindre » (1718, 1740, 1762) ; « l’éloignement de tout péril, état de celui qui n’a rien à craindre » (1798) ; « l’éloignement de tout péril, état de celui qui n'a rien à craindre pour sa personne ou pour sa fortune » (1835) ; « l’éloignement de tout péril, état de celui qui n’a rien à craindre pour sa personne ou pour sa fortune, état de ce qui est à l’abri » (1932-35). Les exemples cités pour illustrer ce sens sont éloquents. C’est dormir en sûreté ; il n'y a pas de sûreté à demeurer là ; il n'y a pas de sûreté en ce lieu-là ; la sûreté publique est bien établie ; violer la sûreté publique ; être en sûreté ; mettre son bien en sûreté ; votre sûreté exige que vous preniez telle précaution. Il n’y a pas un seul lexicographe, un seul écrivain, un seul penseur qui donne un autre sens à sûreté que celui des académiciens. Pour Littré (DLF, 1863-1877), c’est « l’état de celui qui n’a rien à craindre pour sa personne ou pour sa fortune » ; et de citer des extraits de Corneille, Molière, Bossuet, Boileau, Racine, Fénelon, Massignon, Montesquieu, Voltaire, etc. qui illustrent ce sens. Dans l’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-1774), publiée plus de trente ans avant la Déclaration, c’est la « précaution qu’on prend dans les affaires et qui met à l’abri de la tromperie » et c’est « le repos, la tranquillité, qui naissent de la confiance », ce dernier sens étant illustré par les exemples « la sûreté des rues pendant la nuit » et « la sûreté des auberges ». Même les jésuites du Dictionnaire universel, dit de Trévoux (1704-1772) s’accordent sur ce point avec les encyclopédistes : « précaution qu’on prend lorsqu’on négocie ou que l’on contracte » et « repos, tranquillité » (exemple : « les lois sont faites pour la sûreté publique »).

            Aux XVIIIe et XIXe siècles, le mot sécurité avait un tout autre sens que celui qui est le sien aujourd’hui : « confiance intérieure, tranquillité d’esprit bien ou mal fondée dans un temps, dans une occasion où il pourrait y avoir sujet de craindre » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, Féraud 1788, 1798). Peu à peu, le sens moderne se met en place comme dans cette définition des académiciens en 1835 (« confiance, tranquillité d'esprit qui résulte de l'opinion, bien ou mal fondée, qu'on n'a pas à craindre de danger ») ou chez Littré (« sécurité se prend aussi pour indiquer non pas la tranquillité d'un seul homme, mais celle d'un peuple, d'une association, d'une corporation entière »), préfigurant le sens actuel, ce qui a rendu possible que, dans ce sens-là, sécurité se soit substitué à sûreté.

            Tout cela est établi, avéré, confirmé. Mais pas pour tout le monde. Ainsi, sur la chaîne Arte, qui ne vaut pas le sonnet d’Oronte et que personne ne regarde, le jeudi 10 octobre, à 20 heures 40, à la fin de l’émission dite « 28 », où officie une sorcière qui semble avoir été conçue dans les chaudrons du communisme criminel, des spécialistes autoproclamés de « désintoxication » (oui, vous savez, ces commissaires politiques qui prétendent redresser ce qu’ils nomment les erreurs des autres et qui ne font que crever les yeux des quelques malheureux qui sont encore borgnes) ont répété, mais sans rien démontrer, que, dans l’article 2 de la Déclaration de 1789, sûreté ne signifiait pas « sécurité », mais quelque chose comme « état de celui qui est à l’abri de l’arbitraire royal » (et qui ne sera pas enfermé à la Bastille par une lettre de cachet). Jamais sûreté n’a eu ce sens, évidemment, comme le prouvent les extraits de dictionnaires cités ci-dessus. L’un des quatre droits naturels et imprescriptibles de l’homme est bien de ne rien craindre, où qu’il soit, en France ou ailleurs, pour sa personne ou celle de ses proches ou pour ses biens, quels qu’ils soient.

            Pour les commissaires politiques, spécialistes de l’intoxication, de la manipulation, de la désinformation, du bourrage de crâne, donner à sûreté un sens anodin et historiquement clos ne présente que des avantages, dont ceux-ci : infirmer que les droits de l’homme sont violés en France, contrairement à tout ce que les Français voient, constatent, expérimentent, etc. et donner tort à ceux qui prétendent que la sécurité est la première des libertés. Elle n’est pas la première des libertés ; elle est, comme la liberté, un droit naturel et imprescriptible, qui est, hélas, prescrit depuis plus de trente ans. Telle est la réalité que la racaille d’Arte a pour mission de cacher, sans doute au nom de la grandeur du « service public » et de la défense de M. de Hollande et de la baron Taubira.

 

 

05 octobre 2013

La nouvelle langue française selon Nodier

 

 

 

 

Les néologismes recensés à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle coïncident avec les événements révolutionnaires, de 1789 à 1815, puis avec les transformations économiques et sociales qui affectent la France à compter de 1820, au point que des historiens, dont François Furet, tenant compte des régimes opposés et contraires, monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, république, consulat, empire, monarchie absolue atténuée, monarchie constitutionnelle, république, république autoritaire, empire, république…, qui se sont succédé entre 1787 et 1876, élargissent la Révolution à ces deux dates et à tout un siècle. Ces néologismes sont attestés par les lexicographes et par les écrivains, dont Balzac et même Hugo, qui a mis « un bonnet rouge » au « vieux dictionnaire », et par un écrivain et philologue talentueux, Charles Nodier (1780-1844), qui les a interprétés en avançant une thèse qu’il désigne par les termes de « nouvelle langue française », langue apparue, selon Nodier, à la toute fin du XVIIIe siècle et qui, dans l’histoire de la langue française, formerait le troisième état de cette langue, après la vieille langue française, qui dure jusqu’au XVIe siècle, et la langue classique des XVIIe et XVIIIe siècles. 

L’étude de Nodier, qui s’étend sur une vingtaine de pages, est intitulée sobrement « langue française ». Elle figure dans le tome XXVIII, publié en 1836, du Dictionnaire de la conversation et de la lecture (1832-1855), édité par le libraire Belin-Mandar et dont les rédacteurs ont voulu diffuser auprès d’un large public des connaissances encyclopédiques qui n’auraient pas été déformées par des partis pris idéologiques ou polémiques et qui sont exposées dans les formes aimables de la « conversation », peut-être en hommage au XVIIIe siècle qui a su porter à son plus haut degré l’art de la conversation cultivée.

Nodier est romantique. Il partage, avec les linguistes ou grammairiens romantiques, quelques a priori ou présupposés, en particulier sur les langues. Celles-ci sont, pour ceux qui les étudient, intimement liées aux peuples qui les parlent ; elles sont le miroir où se reflètent les mentalités, les sensibilités, l’esprit d’un peuple, son imaginaire, ses croyances ; elles sont étroitement liées aux sociétés où elles sont en usage : « la langue naît, elle vit, elle vieillit, elle meurt comme les hommes, comme les sociétés, comme les mondes. Sa durée, sa vitalité, ses modifications, sont en raison de celles de la société particulière dont elle est l’expression (…) La destinée d’une nation est tracée dans son langage. Tant vaut la parole, tant vaut le pays ». Nodier est romantique encore en ceci qu’il est convaincu de la nécessité de connaître l’origine des langues et des peuples et, comme l’indique le titre de la troisième partie de cette étude (après « son origine » et « ses progrès et ses vicissitudes », « sa décadence »), du destin tragique des langues, lesquelles sont appelées à mourir, épuisées ou rendues caduques par l’histoire. Voilà pourquoi le premier état de la langue française, du Moyen Age au XVIe siècle, qui est celui des commencements, est suivi d’un deuxième état, celui de la grande langue classique et que le troisième état, la nouvelle langue française, celui de la décadence, à peine commencé, ne saurait durer très longtemps : « Nous sommes bien jeunes encore dans la troisième langue française pour hasarder sa grammaire et sa syntaxe, mais on ne saurait s’y prendre trop tôt pour constater l’existence de ce qui ne durera pas longtemps », puisque, à peine commencée, « cette troisième langue française (…) se meurt, sans espoir de résurrection », prédiction qui ne s’est pas avérée, puisque cette nouvelle langue française est plus vivace et plus forte aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été.

Ce qui caractérise cette langue nouvelle, ce sont les solécismes (ou constructions syntaxiques incorrectes), les barbarismes (mots mal formés), les emprunts à l’anglais (dandy par exemple) et l’abus de nouveaux termes scientifiques : ceux de la chimie (la terminologie de Lavoisier), de la botanique (la classification de Linné) ou de la médecine. De ces mots nouveaux et en partie artificiels, comme ceux de la « nomenclature » scientifique (chimie et botanique, par exemple) qui étaient en usage depuis la fin du XVIIIe siècle, Nodier aurait pu, ou même dû, conclure à l’enrichissement de la langue. Objectivement, Lavoisier, en créant une nouvelle langue de la chimie et en abandonnant le vieux lexique, sans doute pittoresque ou poétique, mais imprécis et inexact, de l’alchimie, a enrichi la langue française et toutes les langues qui ont emprunté ce vocabulaire nouveau. De même, la décision de nommer les espèces de plantes ou d’animaux par deux noms latins a rationalisé la nomenclature sans perturber vraiment la langue. L’hypothèse d’une « nouvelle langue française », qui serait le troisième état de la langue, après le français en usage au Moyen Age et le français classique des XVIIe et XVIIIe siècles, relève d’une intuition juste, mais les concepts, solécismes, barbarismes, emprunts, nomenclature, auxquels il est recouru pour en rendre compte, ne sont guère opératoires et les quelques exemples analysés, pour amusants qu’ils sont, ne sont pas probants. Nodier se gausse de cette nouvelle langue française, se contentant d’épingler quelques exemples pittoresques.

 

 

Solécisme

Emprunté au latin soloecismus, lui-même emprunté au grec au sens de « faute contre les règles du langage », du nom d’une colonie d’Athéniens établis à Soles en Cilicie, en Asie mineure, qui étaient célèbres pour parler un grec de mauvaise qualité, solécisme est attesté dès le XIIIe siècle comme un terme de grammaire. Dans toutes les éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, il est défini comme une « faute contre les règles de la grammaire » (1694), une « faute grossière contre la syntaxe » (1762, 1798), une « faute contre la syntaxe » (1832-35), « une faute contre les règles de la syntaxe » (1932-35). Si, dans ces définitions, le nom faute soit suivi de la préposition contre, c’est que, dans l’esprit des académiciens, il existe un code de règles, connu de tous ou de la plupart des sujets parlants, qui fixe ce qu’il faut dire et la façon de le dire et qui tient pour des infractions les constructions ou les emplois ou les façons de parler qui s’écartent de la règle énoncée. Dans les dictionnaires, des exemples illustrent l’emploi du nom solécisme, mais aucun exemple de solécisme n’est cité, bien qu’un exemple eût été plus éloquent qu’une définition. Même les éminents linguistes du Trésor de la Langue française (1971-94) ne citent pas d’exemple de solécisme. Il est quelques lexicographes qui citent des solécismes. Ainsi Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye (Dictionnaire historique de l’ancien langage français, à compter de 1749) écrit au sujet de l’élision de la voyelle du déterminant possessif ma : « C’est dans le courant du XIVe siècle qu’on a cessé d’élider a dans ma, comme nous l’élidons dans la ; Froissart donne « ma imagination » (II, 13), et même « men esperance » (II, 305). C’est cette forme picarde men qui nous a conduits au solécisme mon ». Dans le Dictionnaire Quillet de la Langue française en trois volumes (1948) figure cet exemple, qui n’est tiré ni de l’ancien français, ni du latin, mais du français moderne : « c’est nous qui vont » (pour c’est nous qui allons) ». Le verbe n’est pas accordé avec le sujet qui, pronom relatif, mis pour nous, pronom de la première personne du pluriel, et, au lieu d’être à la première personne du pluriel, il est à la troisième personne du pluriel.

Les linguistes contemporains définissent le solécisme avec plus de rigueur : « on appelle solécisme une construction de phrase qui n’est pas générée par les règles de la grammaire d’une langue à une époque donnée ou bien qui n’est pas acceptée dans une norme ou un usage jugé correct » (article solécisme du Dictionnaire de linguistique, sous la direction de Jean Dubois, Larousse, 1973). Si l’on émonde cette définition de son jargon, on obtient à peu près la définition canonique de « faute contre la syntaxe ». Les auteurs de ce dictionnaire font suivre la définition de deux exemples éloquents. « Ainsi, un groupe nominal comme *tous plusieurs personnes est un solécisme (agrammaticalité) du point de vue des règles de la grammaire ; des cravates pour 20 francs chaque est jugé un solécisme par les grammairiens puristes au regard de la norme qu’ils définissent ».

Les exemples relevés ci-dessus montrent que les solécismes sont de tout temps, de tout lieu et de toute langue. Ils ne peuvent en aucun cas produire une nouvelle langue française ou un nouvel état de la langue française.

 

Barbarisme

            Le mot, emprunté du latin barbarismus, « expression vicieuse », lui-même emprunté du grec, est attesté dès la seconde moitié du XIIIe siècle (« écrire sans vice de barbarisme et de solécisme »), dans le sens qui est le sien en français classique et moderne : « Faute qu’on fait contre la pureté de la langue, en se servant de mauvais mots ou de mauvaises phrases » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762). Alors qu’ils n’ont illustré la définition de solécisme d’aucun exemple, les académiciens, à compter de la cinquième édition (1798) de leur Dictionnaire, multiplient les exemples de barbarisme : « Faute de diction (comprendre « de vocabulaire ») : 1° en se servant de mots inusités comme un visage rébarbaratif pour rébarbatif ; aigledon, pour édredon, duvet de certains oiseaux du nord ; ils réduirent pour ils réduisirent ; 2° en donnant à des mots un sens contraire au bon usage : il a pour vous des boyaux de père pour des entrailles de père ; il a recouvert la vue pour il a recouvré la vue ; 3° en associant les mots d’une manière choquante et extraordinaire : je suis froid pour j’ai froid » (1798). César Chesneau du Marsais, grammairien philosophe de la première moitié du XVIIIe siècle, expose, dans L’Encyclopédie (1751-64), en quoi consiste le barbarisme : « Ce mot vient de ce que les Grecs et les Romains appelaient les autres peuples barbares, c’est-à-dire étrangers ; par conséquent tout mot étranger mêlé dans la phrase grecque ou latine était appelé barbarisme. Il en est de même de tout idiotisme ou façon de parler et de toute prononciation qui a un air étranger ; par exemple, un Anglais qui dirait à Versailles : est pas le roi allé à la chasse, pour dire le roi n'est-il pas allé à la chasse ? ou je suis sec, pour dire j'ai soif, ferait autant de barbarismes par rapport au français ». Du Marsais dresse un parallèle entre le barbarisme et le solécisme pour mieux distinguer le premier du second. « Ainsi il ne faut pas confondre le barbarisme avec le solécisme ; le barbarisme est une élocution étrangère, au lieu que le solécisme est une faute contre la régularité de la construction d’une langue, faute que les naturels du pays peuvent faire par ignorance ou par inadvertance, comme quand ils se trompent dans le genre des noms ou qu’ils font quelque autre faute contre la syntaxe de leur langue ». Le la est donné. Le linguiste Jules Marouzeau (Lexique de la terminologie linguistique, 1933) reprend la distinction canonique : « Faute caractéristique d’un étranger (en grec, barbaros), particulièrement celle qui consiste dans l’emploi d’une forme inexistante, par opposition avec le solécisme, qui est l’emploi fautif dans un cas donné d’une forme par ailleurs correcte ».

 

Emprunts

            Dans le Trésor de la langue française (1971-94), le phénomène linguistique, dit emprunt, est défini ainsi : « fait pour une langue d’incorporer une unité linguistique, en particulier un mot, d’une autre langue ; par métonymie, l’unité de langue incorporée ». On le sait sans doute, le français est une langue romane, dite parfois latine ou néo latine, au sens où de nombreux mots français sont empruntés directement au latin, comme le rappelle Rémy de Gourmont (Esthétique de la langue française, 1899, p. 22) : « les mots les plus servilement latins sont les moins illégitimes parmi les intrus du dictionnaire. Il était naturel que le français empruntât au latin, dont il est le fils, les ressources dont il se jugeait dépourvu et, d’autre part, quelques-uns de ces emprunts sont si anciens qu’il serait fort ridicule de les vouloir réprouver. Il y a des mots savants dans la chanson de Roland ».

C’est pour cette raison que les linguistes prennent le soin de distinguer l’emprunt de l’héritage : « par exemple (...) le mot table est issu du latin tabula : on ne peut pas dire qu’il y ait emprunt au latin ; il s’agit d’une évolution normale de la langue, le terme employé est un héritage. Par contre, à des époques diverses, certains mots, surtout des mots savants, ont été empruntés au latin et refaits sur le modèle morphologique français (...) : nullité = emprunt du latin médiéval nullitas (1973) ».

Pour ce qui est de la définition de l’emprunt, Nodier semble hésiter, dans un premier temps du moins, entre « une manière de renouveler une langue » ou « plutôt (une manière) de composer une langue nouvelle qui n’aura presque aucun rapport avec l’autre ». L’emprunt se résume en « la naturalisation des mots exotiques, et surtout de ceux qui n’ont point d’analogues nationaux ». Pour illustrer ce phénomène, il cite l’exemple de petit-maître (« franc et naïf gallicisme dont on se servait pour désigner un homme soumis à l’empire de la mode, avantageux auprès des femmes, et un peu trop prévenu en faveur de son mérite ») qui est tombé en désuétude pendant la Révolution et qui a été remplacé par des mots anglais : fashionable (« en revanche, nous avons gagné le fashionable, c’est-à-dire l’homme qui suit la fashion, néologisme-énigme dont le moindre inconvénient est de reposer sur une articulation inarticulable d’ici à Douvres ou à Brighton ») et dandy, lequel s’est rapidement acclimaté en français, puisque, de ce mot, ont été dérivés, en suivant les règles de la morphologie du français, de nouveaux mots, bien français : « nous avons le dandy, qui vient de nous donner le dandysme, lequel nous donnera dandyser quand on voudra, comme fanatisme, fanatiser, dans la langue révolutionnaire. Je crois, Dieu me pardonne, que nous avons déjà de la littérature dandyque ou dandystique, et des poètes, d’ailleurs pleins de grâce et d’esprit, qui composent dandyquement ou dandystiquement, je ne saurais dire lequel, parce que je suis peu versé dans ces mystères. Nous sommes tout au plus en mesure pour protester à temps contre dandyfier, dandyfication et dandystification, qui seraient moins bons, à mon avis, mais qui viendront nécessairement leur tour ».

Le phénomène touche le vocabulaire, dans des proportions très importantes, et le vocabulaire de la quasi-totalité des langues du monde. Seules les langues, dites « mortes », n’empruntent plus rien. L’emprunt peut être jugé en termes positifs et être tenu, comme chez de nombreux linguistes, grammairiens, essayistes, pour un « enrichissement », non pas de la langue, mais du seul lexique. Dans sa réflexion, Nodier saute toute une série d’étapes pour en conclure à la formation de nouvelles langues : « cet exemple, pris entre cent, n’est ici que pour faire voir la manière dont les langues nouvelles se forment, en pliant le mot étranger ou barbare aux modes et aux flexions de la vieille langue qui s’en va ». Il est vrai que le pessimisme historique qui l’anime et qui est une idéologie parmi d’autres, pas plus, ni moins, honorable que d’autres le pousse à sauter directement du fait observé, rapidement interprété, à la conclusion conforme à ses propres présupposés historiques : « Cette horrible révolution (l’emprunt) ne s’était jamais accomplie jusqu’ici qu’à des époques de décadence où tout menace de finir à la fois. Nous sommes heureux de pouvoir la saisir sur le fait dans nos jours de progrès et de perfectionnement ».

 

Nomenclature

En fait, l’ire de Nodier s’accroît à mesure qu’il avance dans l’analyse des quatre faits de langue, solécisme, barbarisme, emprunt, nomenclature, qu’il classe dans un ordre tératologique croissant, du plus anodin (solécisme) à celui qui suscite en lui la plus forte indignation : la nomenclature. « Mais toutes ces parodies insensées de la langue humaine (id est solécisme, barbarisme, emprunt) ne sont rien, encore une fois, auprès de la langue babélique des sciences, qui a tout subverti, tout changé ; qui a pris l’exact contre-pied du procédé d’Adam, pour imposer aux êtres des noms qui ne sont pas leurs noms véritables, et qui a si parfaitement réussi dans ce dessein que l’être est devenu méconnaissable, du moment où elle l’a baptisé. Nous en sommes à ce point qu’il ne reste pas une existence sensible, pas un phénomène du ciel et de la terre qui ne soit à jamais déguisé sous un sobriquet impénétrable pour quiconque répugne à ramasser dans la poussière de l’école la clé de ce mystérieux argot. Ce qui nous avait été donné, c’était la puissance d’attacher aux choses des noms propres expressifs, que tout le monde adoptait sans résistance et retenait sans effort. C’était la faculté d’étendre ces dénominations à des sens abstraits ou moraux, en figurant le mot sous l’inspiration de quelque ingénieux rapprochement qui se formait dans la pensée, et c’est ainsi qu’il parvenait intelligible à tous, parce que tous l’auraient conçu de la même manière […]. Aujourd’hui, ce n’est plus tout cela ; c’est ce que Boileau n’entendrait pas, et ce que nous, nous n’entendons guère ; le fluide électrique, le gaz hydrogène, qui se combine avec l’oxygène par la combustion ; un immense amas d’eau saturée d’hydrochlorate de soude, et peut-être d’autre chose, si la nomenclature a changé ; un air vibrant qui se heurte et se réfléchit. Que parliez-vous des dieux ? Les dieux sont partis du langage comme de la Rome de Constance et de Galère, mais les savants ne partiront pas, ils n’ont garde ».

De cela, il conclut à l’existence parallèle souhaitable de deux langues (en fait, de deux vocabulaires) : « Les savants conserveront (…) les mots qu’ils ont faits sans nécessité, qu’ils modifient sans règles, qu’ils renouvellent sans motif, et leur Dictionnaire sera dix fois plus volumineux que le nôtre, mais nous ne leur envierons point ses richesses (…) ; qu’ils ne mêlent plus leurs langues aux langues que Dieu nous a données. Hors de cette limite, la science est la plus vaine et la plus absurde des aristocraties ».

Or, c’est bien à cette coexistence des vocabulaires que l’on assiste, sans que cela soulève de vraies difficultés et altère en quoi que ce soit la langue française.

 

 

Une hypothèse heuristique

De toutes les hypothèses avancées par Nodier, il n’en est aucune qui puisse rendre compte ou aider à rendre compte des séismes verbaux de la Nouvelle langue française. Il est cependant chez Nodier une intuition juste exprimée dans l’extrait que voici et dans lequel est employé le terme éloquent de cataclysme :

« Une des premières règles de la nouvelle langue française, c’est le solécisme, c’est-à-dire l’emploi d’un mot des deux langues antérieures dans une acception inusitée de genre, de nombre ou de cas ; d’un terme enlevé à son étymologie, d’une conjugaison brutalement déplacée de son temps, par je ne sais quel cataclysme logique, qui a subverti, de force ou de gré, l’opération naturelle de la pensée ; et je ne dis pas, Dieu m’en garde, solécisme d’ignorant et d’écolier, mais solécisme oratoire, solécisme poétique, voire solécisme de pédant, solécisme intentionnel et prémédité, sans circonstances atténuantes. Le solécisme pur et simple est celui dont on dit : voilà qui est beau ! Mais quand le solécisme a pénétré jusqu’au sens, quand il a contraint le mot à dire autre chose que ce qu’il signifie, quand il l’a malicieusement cousu à la phrase, sans égard à sa valeur, le solécisme devient sublime ».

De fait, Nodier, dans ce paragraphe au style fleuri, imagé ou figuré, extrait le solécisme de la syntaxe ou de la grammaire, qui est son domaine propre, et il l’étend au sens ou il le tient pour un fait de sens : « quand le solécisme a pénétré jusqu’au sens, quand il a contraint le mot à dire autre chose que ce qu’il signifie, quand il l’a malicieusement cousu à la phrase, sans égard à sa valeur, le solécisme devient sublime ».

Il y a solécisme quand un mot « dit autre chose que ce qu’il signifie », c’est-à-dire quand le sens est forcé ou quand un mot désigne des réalités que, par convention, il ne désigne pas, ou quand les sujets parlants se livrent, pour une raison ou une autre, à des manipulations sémantiques.

 

Ces phénomènes sont attestés au XXe siècle, ce dont quelques linguistes ont témoigné, les plus connus étant Klemperer, qui a analysé la langue du Troisième Reich, ou Jacques Rossi, la novlangue de l’Union soviétique. Ces brutaux changements de sens, volontaires ou conscients, que Nodier nomme solécismes, peuvent, à la différence des erreurs de syntaxe, donner naissance à une langue nouvelle, ce que Klemperer et Rossi ont exprimé en donnant un nom propre à cette langue, signalant son caractère artificiel par le sigle qui la désigne : LTI ou Lingua Tertii Imperii (« langue du Troisième Reich ») et TFT (initiales des mots russe Travail Physique Pénible), sigle prononcé « toufta ». Ce concept-là, singulier et inédit, de solécisme peut servir à rendre compte de la NLF ou nouvelle langue française.

 

19 juillet 2013

Reprise

 

 

 

            Ce mot, qui est le participe passé du verbe reprendre employé comme nom de genre féminin, est attesté au début du XIIIe siècle au sens d’action de reprendre ou d’action de continuer ce qui a été ininterrompu. Fort ancien, il a connu au fil des siècles d’innombrables emplois, techniques ou non, dans des domaines divers, tels que l’équitation, le théâtre, la couture et le ravaudage, la comptabilité, le droit, la musique, la mécanique (les fameuses reprises des moteurs d’automobiles nerveuses ou puissantes), la botanique, la marine, le tennis (le commandement reprise se substitue en France au time anglais pour annoncer la fin de la minute et demie de repos), certains jeux de carte, l’art de peindre, la maçonnerie, l’escrime, etc.

            Lorsque M. de Hollande a benoîtement déclaré « la reprise est là », ce n’est pas dans ces sens anciens qu’il a employé reprise, mais dans un sens tout moderne, car, bien que M. de Hollande soit l’homme de la Restauration socialiste et que le socialisme ne soit plus qu’un cadavre en décomposition, dont on cherche, en haut lieu, à se débarrasser dare-dare, il emploie des mots de la dernière modernité ou de vieux mots, mais dans un sens hypermoderne. Ce sens est ignoré de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) et il est relevé pour la première fois par les académiciens dans la huitième édition du DAF (1932-35) et dans un emploi qui convient assez bien aux socialistes quand ceux-ci se convertissent, mal ou en partie, aux dures réalités du monde : « La reprise des affaires, le recommencement des transactions commerciales, des entreprises industrielles qui avaient éprouvé du ralentissement ». Le restaurateur du socialisme se réjouit que les pires de ses ennemis de classe, à savoir les financiers, ceux dont il a voulu ou a annoncé la mort, reprennent du poil de la bête et retrouvent un peu de leur splendeur d’antan. Il est difficile de faire mieux en matière de retournement ou de retour en arrière.     

Il faut attendre la publication du Trésor de la langue française (1971-94) pour lire une définition « moderne » de reprise qui éclaire l’emploi qu’en fait M. de Hollande : « (en économie) fait de s’accroître, pour une économie ou un secteur économique, et de retrouver un cours normal après une période de déprime ». Il reste évidemment à examiner si ce sens-là peut s’appliquer à l’état de l’économie française en juillet 2013, au moment où M. de Hollande a déclaré « la reprise est là » - , c’est-à-dire sous nos yeux, qu’il suffit d’ouvrir grands pour voir les manifestations ou les effets de la reprise dans la réalité des choses. Ce président n’est pas très intelligent ; il n’est pas non plus réputé avoir une vue perçante, étant bigleux. Sa déclaration n’a aucun sens, à moins qu’il n’ait voulu employer l’adjectif las, féminin lasse, et qu’il ait oublié d’accorder l’adjectif avec le nom. « La reprise est lasse » - fatiguée comme l’économie, les affaires, la croissance, au point de ne jamais plus advenir, le socialisme restauré étant un obstacle à toute prospérité.

 

 

24 juin 2013

Privilèges

 

Privilèges de tout type, de toute sorte, de toute espèce, himalaya de privilèges et autres avantages indus mais acquis, etc.

 

 

Dans la langue latine du droit, le nom privilegium désignait une loi (lex, legis) qui concernait un particulier (privus) ou une personne unique, soit que la loi en question ait été hostile à cette personne, soit qu’elle lui ait été favorable. Il est acclimaté en français sous la forme francisée de privilège à la fin du XIIe siècle.

            Dans le Dictionnaire de l’Académie française en 1694, il a le sens de « faculté accordée à un particulier ou à une communauté de faire quelque chose à l’exclusion de tous autres » (1762 : « faculté (…) de faire quelque chose ou de jouir de quelque avantage à l’exclusion des autres ») et aussi « d’acte qui contient la concession du privilège ». Les « sociétés » d’Ancien Régime étaient des sociétés de privilèges, c’est-à-dire de lois spécifiques dont jouissaient les communautés, les corps, les corporations, les jurandes, les familles, même les plus petites et les moins influentes, et, en conséquence, les personnes, même les plus pauvres, qui étaient membres de ces communautés, corps, corporations, familles, etc. Chacun jouissait de privilèges, certes spécifiques et différents les uns des autres, mais, de ce point de vue, il y avait égalité : les privilèges étaient pour tous, chacun avait ses privilèges, dont il excipait volontiers pour défendre ses droits, ses revenus, son niveau de vie ou celui de ses enfants, l’Ancien Régime ignorant l’universalité des lois, règles, règlements, etc. Dans les anciens dictionnaires, cet état de choses, qui nous semble, à nous modernes, incompréhensible, tant nous aspirons au nivellement ou à l’arasement de ce qui dépasse ou à la destruction des différences, est assez bien décrit par cette autre définition (1694, 1762, 1798, 1835), qui confirme l’universalité des privilèges : « privilège se dit de toutes sortes de droits, de prérogatives, d’avantages attachés aux charges, aux emplois, aux conditions, aux états, etc. ». Ainsi le privilège de librairie, d’imprimerie ou d’édition, garantissait à un libraire le droit d’exploiter pendant x années l’ouvrage qu’il avait fait imprimer… Le privilège protégeait aussi les créanciers qui avaient « le droit, établi par la loi, de se faire payer sur certains objets préférablement à tous autres créanciers, à cause de la qualité de leur dette ».

            Les révolutionnaires ont réussi à faire accroire à l’injustice des privilèges, abolis par la porte en 1789 et rétablis par les fenêtres grandes ouvertes, mais sous une autre forme, dès le lendemain. Car, s’il est un pays dans le monde qui étouffe sous des montagnes de privilèges, c’est bien la France et même, comme dirait un idéologue jadis célèbre, la seule France. Evidemment, le nom privilèges est tabou et il est interdit de le prononcer, les privilèges étant habilement dénommés avantages ou hypocritement grimés en mesures de justice ou qui rétablissent une justice longtemps bafouée. Récemment, dix députés (c’est fort peu, à peine 2% des 577 élus de la Nation) ont demandé à ce que soient abolis les privilèges (retraites scandaleusement avantageuses, réserve personnelle, plus de 70000 euros de revenus défiscalisés chaque année, possibilité d’acquérir un bien avec de l’argent public, etc. etc. etc.) dont ils jouissent et dont ils ont honte, alors que les sénateurs et autres politiciens régionaux n’ont pas honte des privilèges encore plus nombreux qui leur sont prodigués.

Il est d’autres privilèges dont jouissent les fonctionnaires et assimilés pour ce qui est des pensions et qui ne sont pas près d’être, non pas supprimés (ne rêvons pas), mais diminués, par exemple par alignement des droits sur le lot commun. L’ineffable M. Ayrault de Saint-Herblain, chef de la bannière socialiste de Bretagne et des Pays de la Loire, a désigné, pour proposer des réformes à son gouvernement, un de ses clients et obligés, dame Moreau, 68 ans, camarade de chez camarade et fonctionnaire de chez fonctionnaire, fonctionnaire camarade ou camarade fonctionnaire. Si dame Moreau, dès son plus jeune âge, ne s’était pas mise au service des politiciens Mitterrand, Chevènement, Jospin, Hollande, etc., elle aurait terminé sa carrière comme administrateur civil au secrétariat aux anciens combattants. Au lieu de quoi, grâce à ses protecteurs, elle a surfé sur tous les sommets de la haute fonction publique, elle et son mari, à près de 20000 euros par mois et autant pour la pension. Ses propositions de réforme sont à l’image de ce qu’elle est (camarade) et de sa carrière (fonctionnaire camarade) : on ne touche pas au moindre iota des nombreux privilèges des fonctionnaires et assimilés (régimes spéciaux et autres), mais on fait payer les entrepreneurs, les seuls qui soient en mesure de faire travailler autrui, mais qui croulent sous les impôts, charges, taxes, etc. Pour eux, la loi qui se prépare va renouer avec ce qu’était un privilège dans le droit latin, c’est-à-dire une loi qui leur est hostile et qui n’est hostile qu’à eux.

 

 

 

12 juin 2013

Retour de l'amalgame

 

 

 

L’amalgame est l’avenir de l’homme

 

 

            Avec le printemps, reviennent l’allongement des jours, les soirées chaudes, les oiseaux migrateurs, les tenues légères, les Français qui ne partent pas en vacances, les promos cyniques en faveur de la Tunisie islamique, l’entchadorisation des femmes et bien entendu les amalgames.  

Dans l’histoire de la langue, amalgame apparaît d’abord sous la forme latine amalgama (c’est du latin médiéval) en 1250. Celui qui l’introduit en Europe est un dénommé Geberus, alchimiste, auteur d’un traité intitulé Alchimista arabo-latinus. Avant d’être latin, le mot est arabe, langue dans laquelle il est composé des deux mots : amal, « travail, œuvre », gamaa, « union charnelle », les alchimistes établissant (alchimie étant aussi emprunté à l’arabe), dans leurs belles élucubrations, une analogie entre l’union charnelle et la combinaison entre le mercure et les métaux. Dans un autre traité d’alchimie, le mercure est assimilé à l’homme et l’argent à la femme. Littré (Dictionnaire de la Langue française, Supplément de 1877) est le premier à faire état de cette origine arabo-alchimique : « Monsieur Devic (Dictionnaire étymologique), écrit-il, apporte ses conjectures sur ce mot, qui n’est pas encore éclairci. Il se demande si c’est l’arabe amal al-djam’a, « l’œuvre de la conjonction », ou une altération de al-modjam’a, « l’acte de la consommation du mariage ». Amalgama nous est venu par les alchimistes, M. Devic n’en connaît pas d’exemple avant le XIIIe siècle ».

Le mot français amalgame est attesté en 1549 au sens alchimique de « alliage de mercure avec un métal ». Chez Bernard Palissy, il désigne le mélange de mercure (ou vif-argent) et d’or : « amalgame est appelé par les alchimistes l’or, quant il est dissout, et entremêlé avec le vif-argent ». Dans l’article consacré à amalgame dans L’Encyclopédie, il est exposé en quoi consiste la technique de l’amalgame en alchimie et dans la métallurgie naissante. En 1751, Lavoisier n’a pas commencé ses travaux et ce qui est nommé chimie est encore de l’alchimie, comme le dévoile cet extrait : « un des plus grands secrets de la chimie », c’est de trouver « une méthode d’anoblir les métaux ou de les retirer des métaux moins précieux. Cette manière philosophique de purifier les métaux peut s’appliquer à tous les métaux, excepté au fer ». Du français, le mot est passé dans les langues européennes ; en anglais, où amalgam est employé dans les deux sens, alchimique (« alloy of mercury) et figuré (« soft mixture ») ; en allemand, Amalgam est un Mischung, « mélange » de gens ou d’idées ; en italien amalgama (miscuglio) ; en espagnol amalgama. Il est relevé dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de la quatrième édition (1762) avec le seul sens des alchimistes : « terme de chimie, union d’un métal ou d’un demi métal avec le mercure ou le vif-argent ». Aujourd’hui, amalgame s’étend à d’autres sciences, techniques et domaines que ceux de la chimie : à l’odontologie (il sert à obturer les dents), à l’art culinaire (« mélange d’ingrédients »), à l’imprimerie (tirer en amalgame : « tirer des impressions différentes, présentant les mêmes caractéristiques de commandes (papier, couleurs, etc.) en même temps, sur le même support, avec la même machine, l’imposition de leurs formats étant possible dans celui de la feuille utilisée »), à l’armée (« réunion dans une même unité combattante de troupes d’origines diverses »).

 

Ce n’est pas ce sens propre qui importe, mais le sens figuré, lequel est attesté en 1774 chez Voltaire : « le plaisant et le tendre sont difficiles à allier : cet amalgame est le grand œuvre » (grand œuvre, au masculin, est un terme d’alchimie). A partir de la sixième édition (1832-35) du Dictionnaire de l’Académie française, le sens figuré apparaît dans les dictionnaires, près d’un siècle après que Voltaire en a fait usage : « amalgame se dit, figurément et familièrement, d’un mélange de personnes ou de choses qui ne sont pas ordinairement unies » (« cette société offre un étrange amalgame de tous les rangs et de toutes les opinions » et « son caractère est un singulier amalgame de bassesse et d’insolence »). Chez Littré, le sens figuré est glosé ainsi : « mélange de personnes ou de choses de nature, d’espèce différente » et illustré de ces exemples : « un amalgame d’hommes de tous les rangs » et « cet homme, étrange amalgame de défauts et de qualités ». Dans un sens figuré, il prend ou non une valeur péjorative, suivant qu’il s’applique à des personnes (« ensemble hétérogène » : « Quel bel amalgame que cette compagnie ! Des bas-bleus, des rapins, des croque-notes mêlés aux rédacteurs ordinaires et extraordinaires du Flambeau », 1842) ou à des choses : « mélange, alliance d’éléments hétérogènes et parfois contraires » et, en parlant de la création artistique, « mélange, combinaison ».

 

L’amalgame, dans le sens qu’il a pris dans la langue hyper ou ultra moderne – en un mot : dernier cri -, est, selon les académiciens (édition en cours du Dictionnaire de l’Académie française), un procédé rhétorique, supposé malhonnête, qui est « employé pour déconsidérer soit un adversaire en le mêlant indûment à un groupe honni, soit ses idées en les identifiant à une doctrine largement réprouvée ». La reductio ad Hitlerum (id est tout adversaire est Hitler ou même pire qu’Hitler, De Gaulle est fasciste, les CRS sont des SS, le retour dans leur pays de clandestins est une rafle de la Gestapo) est une des formes exacerbées et fort communes que prend l’amalgame dans la société de simulacre qu’est la société du spectacle et qu’on devrait nommer la société d’amalgame. Mélenchon, Ayrault, Hollande, Bitaura et leurs âmes damnées des média usent et abusent jusqu’à plus soif de cet amalgame-là, qui est l’arme des dominants.

L’amalgame est aussi un crime sous la forme de l’imputation d’amalgame, laquelle consiste à accuser ses adversaires de recourir à tout moment à l’amalgame. Tel est le cas de l’injonction mille fois ressassée par les calotins de l’islam et les musulmans en calotte qui disent : « pas d’amalgame entre les musulmans et les musulmans ; pas d’amalgame entre le pareil et le pareil, entre le même et le même, entre l’islam et l’islam, entre les barbus et les barbus, entre les niqabs et les niqabs, entre les assassins d’enfants et les assassins d’enfants, qu’ils vivent outre Méditerranée ou qu’ils en viennent ». Que les musulmans imputent le crime d’amalgame à tout un chacun, même à ceux qui se contentent d’affirmer que le soleil brille, quand il brille (« pas d’amalgame entre le soleil et le soleil ») est dans l’ordre de leurs choses : le mot est arabe, l’amalgame est dans leur être.

 

07 juin 2013

Théories du genre

 

 

Genre, gendre et mauvais genre

 

 

 

            On n’en finit pas avec genre. En veux-tu en voilà : syndicats bien pensants, enseignants du premier et du second degrés, magistrats, policiers, inspecteurs du fisc, gendarmes, tout le monde est obligé de s’y mettre, sous peine de sanction ou de réprimande par les matons que sont Mmes Taubira, Belkacem, Bertinotti ou MM Peillon, Ayrault, Delanoë, etc.

Les célébrissimes « gender studies », qui renouvellent les disputes sur le sexe des anges, lesquels sont, comme chacun le sait désormais, « non gendrés », n’ayant pas encore décidé de leur genre, sont au programme des classes de première des lycées français, des députés et des magistrats. Ce mot gender se traduit ou est transposé dans le sabir des sciencieux et des cultureux par genre. Il faut dire les « études de genre », en employant genre sans déterminant, et non « étude du genre », masculin ou féminin, des mots, comme à l’école communale de jadis, ce qui fait ringard et bien sûr dépassé, archaïque, mis dans le formol, passéiste, conservateur, moyenâgeux ou inutilement insolent. En anglais, gender a deux sens. C’est, si l’on se réfère à l’Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English : « 1. grammatical grouping of words, nouns and pronouns, into classes (masculine, feminine and neuter). 2 sex (being male ou female) ». La moins mauvaise traduction de ces gender studies (ou theory) pourrait être « études (ou théorie) de sexe », ce mot étant entendu dans le sens de « sexuation » ou de « devenir sexuel ».

            Pourtant, la difficulté n’est pas là, mais dans l’origine commune ou lointainement identique de genre ou en anglais gender, au sens « d’ensemble d’êtres ou d’objets ayant la même origine ou liés par la similitude d’un ou de plusieurs caractères » (Trésor de la langue française, 1971-94) et de gendre, au sens de « celui qui a épousé la fille de quelqu’un, et à qui l’on donne ce nom par rapport au père et à la mère de la fille » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762). Ces deux mots, qui se ressemblent, ont le même étymon latin ou indo-européen, l’un et l’autre ayant un rapport avec la génération. Gendre se dit en latin gener (génitif generi) ; genre, genus (génitif generis). Le mot latin genus a pour sens « origine, naissance, lignée, famille, race, souche, extraction, sang » ou « peuple, nation » et par extension « espèce, genre, sorte, manière » ou « rejeton, fils, enfant », tandis que le gener (ou gendre) est celui qui, à la suite d’une alliance matrimoniale, donne des descendants à la lignée et fait se maintenir la famille, la race, la famille, la souche.

Dans l’histoire de la langue française, il est arrivé, il y a très longtemps, que genre se soit dit gendre. Au début du XIIe siècle, le gendre, dans l’ancien français d’alors, n’était pas l’époux de la fille de la famille, mais avait pour sens « sorte » ou « type ». Ou encore, ce même mot a signifié aussi au XIIIe siècle « sexe », comme en anglais. Littré, dans la définition qu’il donne du « terme de grammaire » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), s’abuse quand il renvoie le genre (grammatical) au sexe : « propriété qu’ont les noms de représenter les sexes, et, dans certaines langues, l’absence de sexe », proposition qui n’a de validité que pour les noms désignant des êtres vivants. Elle ne se vérifie pas toujours chez les êtres humains : recrue et sentinelle désignent des êtres humains de sexe masculin, et les noms de fonction ont toujours été « neutres » pour ce qui est du sexe, en dépit de M. Jospin et de Mme Trautmann, qui ne fut jamais ministresse. La remarque de M. Littré est exacte pour ce qui est du fait « les langues romanes ont supprimé le genre neutre qui appartenait au latin », mais aventurée pour ce qui est des causes : « qui en effet ne répondait plus à aucune distinction effective entre mâle et femelle ».

Gendre, terme de parenté, ne présente guère d’ambiguïté sémantique. Il en va différemment de genre. C’est un terme de taxinomie ou de classement qui consiste, non pas le mot bien entendu, mais l’opération intellectuelle à laquelle il réfère, à distinguer, séparer, discriminer, établir des classes et des hiérarchies et à y confiner des êtres humains. C’est ce que montre un rappel de quelques acceptions, telles que « ce qui est commun à diverses espèces, ce qui a sous soi plusieurs espèces différentes ; on dit en termes de logique la définition est composée du genre et de la différence ; il se prend quelquefois simplement pour espèce ; on appelle genre humain tous les hommes pris ensemble ; il se prend encore pour espèce, mais dans un sens plus général, et il signifie à peu près sorte, manière ». Le mot désigne aussi des distinctions que l’on fait dans les arts : « genre signifie encore la manière, le goût particulier dans lequel travaille un peintre, un sculpteur ; il se prend aussi pour le style et la manière d’écrire ; la rhétorique divise le discours oratoire en trois genres, le démonstratif, le délibératif et le judiciaire ; la grammaire latine divise les noms en trois genres, le masculin, le féminin et le neutre ». Ou bien on désigne « par genre nerveux en anatomie tous les nerfs pris ensemble et considérés comme un assemblage de parties similaires distribuées par tout le corps » et en botanique, c’est « l’assemblage de plusieurs plantes qui ont un caractère commun, établi sur la situation de certaines parties qui distinguent essentiellement ces plantes de toutes les autres » (Dictionnaire de l'Académie française, 1762). Le genre, c’est de la discrimination et des classements selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « caractère commun à diverses espèces ; ce qui comprend plusieurs espèces » ; « sous le genre être vivant, il y a deux espèces comprises, l’animal et le végétal ; genre supérieur, celui qui a plus d’extension qu’un autre ; genre suprême, celui qui ne peut plus devenir espèce relativement à un genre supérieur ». Ou encore : « terme d’histoire naturelle, assemblage de corps organiques ou inorganiques qui constituent des espèces, et qui se ressemblent par quelques caractères communs » (« dans le système de Linné, les classes se divisent en ordres, les ordres en genres et les genres en espèces et toute plante a deux noms, celui du genre et celui de l’espèce »). La consultation de l’article genre du Trésor de la langue française donne des résultats encore plus convaincants pour ce qui est de la nature taxinomique de genre. C’est « l’idée générale ou la classe d’êtres ou d'objets qui possèdent un ou plusieurs caractères communs » et, en taxinomie, biologie animale et végétale, le « niveau de la classification des êtres vivants, placé sous la famille au-dessus des espèces ». Les locuteurs ont assimilé le principe classificateur qui est à l’œuvre dans genre, puisqu’ils emploient dans la langue courante d’innombrables locutions qui réfèrent à ce principe : être le genre de quelqu’un, du même genre, de tous (les) genres, de tout genre, en tout genre, en tous genres, dans tous les genres, dans le genre, dans, en + possessif + genre, dans le genre de, etc.

            De toute évidence, la théorie du « devenir sexuel » des êtres humains a été élaborée (« construite ») dans ces cervelles progressistes qui, conscientes qu’elles ne feront jamais la révolution sociale, la seule qui vaille, se sont rabattues sur des ersatz, où le risque de se voir défoncer le crâne à coups de piolet est nul et où l’on peut faire la révolution en robe de chambre : les sciences humaines, le langage, la littérature, les arts, la sexualité, etc. Le problème, justement, est que le progressisme affiché (faire table rase, tout se vaut, on ne discrimine pas, pas de distinction, etc.) est contredit par l’inconscient de la langue, à savoir, pour ce qui est de genre et de gendre, le retour à la lignée, la race, à la souche, aux classements, aux hiérarchies, à la distinction et aux distinctions de tout ordre. Cette révolution du « genre » est d’un genre impayable, comme on n’en a jamais vu encore. C’est le retour à l’archaïque. On fait la révolution pour revenir dare-dare là d’où le genre humain est parti. Beau programme de « déconstruction », à dire vrai.

Cette « révolution » dans les concepts se résume à deux ou trois proposition, du type « ce sont les rapports ou les codes sociaux qui déterminent le sexe d’un individu ou les choix sexuels d’un individu » ; en bref, on ne naît pas mâle (ou femelle), on le devient. La même soupe idéologique a été servie il y a une vingtaine d’années dans la revue Social Texts. Elle se ramenait à un brouet du type « les connaissances données par les sciences ne viennent pas des faits ou d’une étude des faits, mais des conditions sociales à un moment donné » ; en bref, c’est la société qui fait la science, ce qui n’est qu’une resucée des thèses de Staline, Lyssenko ou Mao. Il a suffi que deux véritables scientifiques, Sokal et Bricmont, démontrent l’absurdité de ces thèses (Impostures intellectuelles, 1997) pour que, d’un coup, elles apparaissent à tous pour ce qu’elles sont, de la fumée, de la bonne blague, du foutage de gueule, etc. Les gender studies sont de la même farine. Que des aigrefins essaient de les fourguer à l’Educ nat, aux gogos de M. Ayrault, à Mme la baronne T…, aux magistrats du SM, aux journaleux, est dans l’ordre des choses. Ils sont les gendres de la sexuation, c’est-à-dire les beaufs de la science sociale, des beaufs instruits, pas des Bac – 15.   

 

 

02 juin 2013

Refuge et réfugiés

 

 

 

On a lu récemment dans des journaux parisiens que les « écoles privées » étaient désormais des « refuges » pour des élèves français fuyant le « service public d’éducation ». On a appris aussi du Ministère des Finances que de nombreux citoyens avaient payé en 2012, An I de la Restauration, des impôts d’un montant supérieur à leurs revenus (plus de 8000 contribuables ont payé un impôt égal ou supérieur à 100% de ce qu’ils gagnent, et autant de contribuables plus de 85% et encore autant plus de 75%) et, des journaux parisiens, que ces citoyens spoliés étaient en quête d’un refuge, comme l’ont été les protestants après 1685 ou les Juifs entre 1940 et 1944.

Le refuge, c’est ce qui reste à ceux qui désirent que leurs enfants reçoivent une instruction digne de ce nom et à ceux qui n’acceptent pas que le fruit de leur travail soit confisqué par une armée de militants cupides qui vivent, non pas leur travail, mais du travail des autres. Refuge est donc l’un des mots les plus importants de l’An II de la Restauration socialiste, celui dans lequel elle imprime ce qu’elle est.

Le mot est ancien, étant attesté au XIIe siècle. Il est emprunté au latin, langue dans laquelle il a le sens de « refuge », « asile », sens qu’il conserve en français : « asile, retraite, lieu où l’on se sauve, pour être en sûreté » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, 1798, 1835 ; Féraud, 1788 ; Littré, 1863-77). La « sûreté » est un des quatre droits de l’homme qui a été déclaré naturel et imprescriptible en 1789. Il ne semble pas que les restaurateurs du socialisme aient lu cette déclaration. Quoi qu’il en soit, elle ne leur inspire rien - peut-être du dégoût ? Ma chi lo sa ? La déclaration n’a guère eu d’effet, puisqu’au XXe siècle, la définition de refuge ne change pas : « lieu où l’on se met en sûreté pour échapper à un ennui ou à un danger qui menace ».

 

De refuge a été dérivé le verbe réfugier et, dans la seconde moitié du XVIe siècle, du participe passé de ce verbe, le nom et adjectif réfugié. Ce nom est entré dans l’Histoire, à la suite de la tragédie de 1685. « On appelle absolument réfugiés les calvinistes qui sont sortis de France à l’occasion de la révocation de l’Édit de Nantes » (DAF, 1762) ; « il se dit des calvinistes chassés de France par la révocation de l’édit de Nantes » (Littré, 1863-77) ; « les réfugiés protestants et, absolument, les réfugiés, les calvinistes que la Révocation de l'Édit de Nantes fit sortir de France » (DAF, 1935) ; « exilé protestant qui a quitté la France après la Révocation de l’Édit de Nantes » (Trésor de la langue française, 1971-94). C’est dans ce sens que Voltaire emploie réfugiés : « il y a dix mille réfugiés français à Berlin, qui ont fait de cet endroit sauvage une ville opulente et superbe ». Apparemment, MM de Hollande, Ayrault de Saint-Herblain et la baronne Taubira ignorent tout de l’histoire tragique de la France, puisqu’ils ont résolu d’imposer à notre malheureux pays une nouvelle tragédie. Plus de deux millions de Français ont trouvé refuge en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Belgique, en Suisse, etc. soit pour échapper à la misère et au chômage, soit pour ne pas finir comme fonctionnaire territorial végétant sous la schlague des véreux Guérini, Kucheida, Dalongeville, Andrieux, usw., soit pour exprimer leurs talents et leurs mérites, soit pour jouir honnêtement de l’argent qu’ils ont gagné en travaillant. Ils sont dix fois plus nombreux à avoir quitté la France qu’en 1685 ou en 1940. Or ces Français ayant trouvé un refuge ailleurs ne sont pas nommés réfugiés. Aucun journaliste, aucun homme politique, aucun sociologue, aucun professeur d'un quelconque collège de France, etc. ne jugent juste de les désigner de ce terme adéquat, car réfugiés est réservé à d'autres, ceux qui sont issus de grandes races ou de races supérieures. Seuls les ressortissants de pays du tiers-monde qui s’invitent à la table de l’Etat providence moribond et se pressent aux guichets de l’assistance sociale à l’agonie sont nommés réfugiés. C'est un euphémisme. Les désigner ainsi n’est pas neutre : c’est laisser croire qu’ils ne seraient plus chez eux « en sûreté ». Il est même parmi ces réfugiés des « activistes » de l’islam qui n’auraient en rien détonné dans le troisième Reich et qui, quand ils accèdent au pouvoir dans leur pays natal, agissent en tyrans ou en autocrates gloutons. En dépit de cela, en France, ils sont tenus pour des réfugiés, tandis que les partisans de la Restauration tiennent les Français qui cherchent un refuge hors de France ou loin de l’Etat, comme les Réformés en 1685 ou les Juifs en 1940, pour des minables ou des traîtres.  

 

30 mai 2013

Lectures

 

 

Aux Editions Transhumances, Val-des-Prés, Hautes-Alpes

 

 

 

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04 mai 2013

Boîte à outils

 

 

 

            M. de Hollande a une boîte à outils, laquelle, depuis quelques semaines, est célèbre et même encore plus célèbre que son auguste possesseur. Il entend s’en servir. « Incessamment sous peu », diront des humoristes. Pourtant on ignore ce qu’elle contient et si elle est vide ou pleine ou si elle contient quoi que ce soit, conformément à la nature d’une boîte qui est de faire fonction de contenant.

            Est outil, écrivent les académiciens, « tout instrument dont les artisans, les laboureurs, les jardiniers, etc. se servent pour leur travail » (DAF, 1694, 1762, 1798, 1835, 1932-35). Pour Littré (DLF, 1863-77), c’est « tout instrument de travail dont se servent les artisans ». En quatre ou cinq siècles, rien n’a changé pour ce qui est de la chose désignée. Le seul changement, c’est la pompe dont les modernes enrobent la définition du mot. Sans doute n’ont-ils jamais utilisé d’outils. C’est « tout objet dont on se sert pour effectuer un travail manuel ou mécanique, accomplir une tâche déterminée ou en faciliter l’exécution » (DAF, neuvième édition, en cours de publication depuis 1994) ou « tout objet fabriqué, utilisé manuellement, doté d'une forme et de propriétés physiques adaptées à un procès de production déterminé et permettant de transformer l'objet de travail selon un but fixé » (TLF, 1971-94).

            M. de Hollande n’est ni artisan, ni laboureur, ni jardinier, mais il a des outils. On n’aura pas l’insolence de lui opposer la sagesse populaire, car quelques proverbes s’appliquent assez bien à sa situation. « Un méchant ouvrier ne saurait trouver de bons outils » : on espère pour la France et les Français, mais sans se faire d’illusion, que M. de Hollande n’est pas un « méchant ouvrier ». « Un bon ouvrier se sert de toute sorte d’outils » : M. de Hollande prouverait qu’il est un « bon ouvrier » s’il ouvrait enfin sa boîte pour que les Français voient ce qu’elle contient, rien, un ou plusieurs outils, mais personne ne lui demande de montrer son outil, laissant ce soin-là à sa maîtresse, Mme de Maintenant : le changement, c’est elle.

 

            Oublions ces plaisanteries. Pendant plusieurs siècles, outil n’a eu qu’un seul et même sens, un sens propre ou « matériel ». La modernité a changé tout cela : les outils des artisans sont devenus des concepts d’hommes politiques. Chacun a compris que la boîte présidentielle ne contenait pas de marteau, ni de tenailles, ni de limes, ni de scie à métaux, mais tout autre chose, car outils est entendu par M. de Hollande et par tous ceux qui répètent ses bons mots dans ce sens figuré moderne. C’est « ce qui permet d’obtenir un résultat » ou ce qui permet « d’agir sur quelque chose » (TLF, 1971-94). Est outil « tout moyen d’action, de ce dont on se sert pour parvenir à un résultat, pour tirer parti de quelque chose » (DAF, neuvième édition). Si les outils de M. de Hollande sont des « moyens d’action » (des lois, des mesures, des règlements, de la bureaucratie, etc.), il n’a pas besoin de « boîte » pour les ranger ; et la boîte à outils dont il se targue n’a rien de tangible. Elle n’a aucune réalité. Ce n’est pas une boîte, ni une caisse ; elle ne contient rien, d’ailleurs M. de Hollande n’a pas de contenu qu’il puisse y ranger ; sa boîte est un leurre ou un ersatz ; de la mauvaise rhétorique, qui n’abuse que les pigeons qui trouvent du plaisir à se laisser abuser… En grammaire, un outil grammatical ou un mot outil est un « signe linguistique plus ou moins vide de sens » (TLF, op. cit.). C’est exactement ce que sont les outils et la boîte à outils présidentiels. Ils sont vides et même vides de sens. Parce que le sort de la France est en jeu, on ne va pas s’exclamer ironiquement à propos de M. de Hollande ce que l’on dit, par plaisanterie, dans les milieux populaires, à propos « d’une personne ou d’une chose qui n’est bonne à rien » : « Voilà un bel outil ! » ou « Quel outil ! » (DAF, neuvième édition), mais c’est à coup sûr ce que s’exclameront, quand la représentation du Dîner de cons sera terminée et quand ils se gausseront du président des années 2012-2017, les Français malicieux.

 

 

27 avril 2013

Alignement

 

 

 

Ce nom, dérivé du verbe aligner, lequel est dérivé de ligne, ne soulève pas de véritables difficultés sémantiques dans les emplois qui en sont faits actuellement. Il s’est dit dès le début du XVe siècle des maisons, bâtiments, rues et de la voierie en général. C’est ainsi que Furetière (1690, Dictionnaire universel) définit alignement : « action par laquelle on met les choses en ligne droite, soit avec la règle ou le cordeau, soit en se servant de points marqués par des rayons visuels ». Il précise que le mot « se dit aussi du plan que donnent les voyers et architectes pour construire la face (comprendre la « façade ») des maisons qui sont sur la rue, pour en marquer les longueurs, les angles, et autres dispositions suivant lesquelles on est obligé de bâtir à peine de démolition ». Comme l’alignement relève de la loi ou de règlements d’urbanisme, un alignement défectueux ou non conforme peut être sanctionné. C’est pourquoi, ajoute Furetière, « les officiers de Justice assistent les voyers dans les alignements qu’ils donnent pour les maisons des coins des rues ».

Des choses aux hommes, plus particulièrement aux soldats. Alignement s’est employé pour désigner les lignes droites que doivent former les soldats lorsqu’ils défilent ou qu’ils présentent les armes. Signifiant « action d’aligner ou de s’aligner », il « s’emploie surtout en parlant d’une troupe », indiquent les académiciens (DAF, 1835). Littré (DLF, 1863-77) décrit alignement dans des termes semblables : « l’action d'aligner, en parlant de soldats », qu’il illustre de cet exemple « après chaque mouvement, on rectifie l’alignement » et de cet emploi « alignement ! Terme de commandement militaire pour régulariser l’alignement ».

 

Le sens figuré, à savoir « adhésion, volontaire ou forcée, aux idées, à la conduite d’une personne, d’une collectivité, d’un État » (DAF, neuvième édition, en cours de publication ; exemple : l’alignement sur les positions d’un parti politique) est tout récent et tout à fait conforme aux oukases de la modernité. Les académiciens l’ignorent dans la huitième édition (1932-35) du DAF et les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) y consacrent une courte entrée. Par analogie avec l’emploi en urbanisme (la ligne droite) et dans les armées (former une seule ligne), alignement prend le sens de « conformité à une règle rigide » dans le domaine de la morale, de l’esthétique, des finances publiques (ah bon ?) et de la politique.

Ce sens figuré est l’oriflamme de la modernité triomphante. Mais qu’est-ce que la modernité ? Question presque aussi vaste que le programme « mort aux cons », remis au goût du jour par Sa Majesté le SM.

Pour ce qui est de l’essence de la modernité, la langue, elle, « ne ment pas ». Le sens originel d’alignement n’est pas celui des voyers (ou « officiers préposés pour avoir soin de raccommoder les chemins à la campagne et faire garder les alignements dans les villes », DAF, 1694), mais celui des généalogistes. C’est La Curne de Sainte-Palaye qui évente la mèche dans le dictionnaire historique de la langue française qu’il a commencé à établir au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Pour lui, alignement signifie non seulement « lignage », mais « par extension, vertu héréditaire, et qui indique le lignage d'un homme, la ligne dont il descend ». Pour cela, il se fonde sur cet emploi : « On disait figurément en parlant de ceux qui n’avoient pas hérité de cette vertu qu'ils étaient lignée délignée, qu'ils n'avoient point d'alignement ». Il illustre ce sens de ce poème du début du XIVe siècle : « Elle est trop en mœurs déparée / Et de ces devanciers sevrée / Qui se menèrent noblement. / Ils sont lignée délignée / Contrefaite et mal alignée / En eux n’a (il n’y a) point d’alignement ».

En somme, l’alignement, entendu dans le sens figuré qu’il a en politique ou dans la morale, c’est la volonté de s’accrocher ou se raccrocher à un lignage ou de se fondre dans une lignée - une « race », aurait-on dit au XIXe siècle, c’est-à-dire de se chercher des ancêtres, non pas ceux dont on a tout hérité et que l’on a reniés, mais de nouveaux ancêtres, tout purs, parfaits, sans tache ni souillure, auxquels on s’empresse de jurer fidélité. La modernité célébrée des partis communistes, écolos, gauchistes ou socialistes ou de la « morale laïque » à Payons ou de son vivre-ensemble ou du pourtoussisme de M. de Hollande a tout des archaïques mœurs féodales, suivant lesquelles chaque vassal devait s’agenouiller pour baiser l’anneau du suzerain.

 

 

 

19 avril 2013

Part d'ombre

 

 

"Nous avons tous notre part d’ombre", dixit M. le comte de Cahuzac, ex futur premier ministre et ex futur président de la République, tombé dans la fange médiatique pour avoir voulu échapper à l’enfer fiscal en lequel lui-même et ses camarades ont transformé la malheureuse France. « Nous avons tous notre part d’ombre, première, deuxième, troisième génération… », voilà un beau slogan pour manifestants écervelés.  

M. de Cahuzac, au demeurant le meilleur homme qui fût au gouvernement, a répété six fois en vingt-cinq minutes part d’ombre, faisant de ces mots à la fois l’explication de ses malheurs et l’absolution de sa « folle bêtise ». Il n’est pas le seul à parler d’abondance de part d’ombre. Une journaleuse du Monde a marché sur les brisées de Cahuzac, lequel avait marché sur les brisées du Robespierre de Médiapart (ce part final – et pas très finaud - n’est pas celui de part d’ombre, mais celui de partisan, M. Plenel étant un partisan et un tireur assez peu franc) et antérieurement du Monde (qui se ressemble s’assemble), quand il avait écrit sur les parts d’ombre de la carrière de Mitterrand, carrière publique qui fut totalement claire et limpide, du moins pour ceux qui avaient fait l’effort de la connaître. La ou les part(s) d’ombre semble(nt) être la spécialité des hommes « de gauche », surtout quand ceux-ci doivent se justifier de leurs vilenies.

Pourtant, cette profusion de parts d’ombre « à gauche » n’explique en rien d’où viennent toutes ces parts d’ombre. Les mots évidemment, pas la chose. S’ils viennent de quelque part, ce n’est pas de la langue française, car ils ne sont relevés dans aucun des grands dictionnaires (DAF, Féraud, Littré, TLF), et cela bien que les emplois figurés du nom ombre soient innombrables et occupent plusieurs colonnes : ombres du tombeau, la vie des hommes passe comme l'ombre, les grandeurs du monde ne sont qu’ombre et que fumée, suivre quelqu’un comme l’ombre fait le corps, être l’ombre de quelqu’un, avoir peur de son ombre, faire ombre, porter ombre à quelqu’un, l’ombre d’un puissant maître le met à couvert, attraper bien des gens sous ombre de dévotion, sous ombre de piété, il n’y a pas ombre de doute, ombre de douter, prendre l’ombre pour le corps, les ombres des mystères et des vérités, l'ombre d’Alexandre, de César, du grand Pompée, le royaume des ombres, etc.

Part d’ombre est de l’allemand. Ces mots viennent de Carl, pas Karl Marx, mais Carl Jung, celui de la psychologie des profondeurs (la psycho qui a dépassé les profondeurs de la bêtise : en allemand, ce n’est pas difficile, un des principaux junguiens ayant été Göring, c’est tout dire) et celui de l’archétype. La part d’ombre, selon Jung, est tout ce que la conscience a écarté, parce que cette part d’ombre serait incompatible avec le beau moi, le moi idéal, le moi parfait qui rend si fiers d’eux les hommes « de gauche », et pas seulement Plenel, Chemin, Cahuzac, Mitterrand. Evidemment, quand on est « de gauche », on a le droit de revendiquer, pour quelque sujet que ce soit, ce charabia sorti des latrines des sciences sociales… D’ailleurs, quand on est « de gauche », on a tous les droits ! C’est ce qui définit la gauche.  

La langue française, elle, pue moins que l’allemande. La consultation de l’article ombre du Dictionnaire de l’Académie française (1762) est un plaisir pour l’intelligence. L’ombre, c’est « l’obscurité causée par un corps opposé à la lumière » ; poétiquement (« les ombres de la nuit », « les ombres de la mort »), « les ténèbres » et la « mort ». C’est sans doute cela, du moins en français, qui attend ce malheureux cerf aux abois qu’est M. le comte de Cahuzac déchiré par ses camarades aux dents acérées : les ténèbres sociales et la mort civile. Chassé du PS, de l’Assemblée nationale, de la franc-maçonnerie (qui n’est pas très franche sur ce sujet), de l’ordre des médecins, de l’équipe de XIII de Villeneuve, etc. Il va lui être notifié bientôt l’interdiction de respirer. Désormais, tout lui fait ombre et il va devoir se défier de tout le monde, surtout de ses anciens amis. Ils seront sa part d’ombre, mais une grosse part. Il est vrai qu’il leur faisait beaucoup d’ombre, étant le seul, parmi les élus et les ministres socialistes et écolos, qui sût compter jusqu’à dix ! Il a donc perdu leur ombre (leur protection, leur faveur), ce qui doit lui faire une belle jambe.

Ouvrez les dictionnaires. Vous y lirez des centaines d’emplois du nom ombre qui illustrent tous cocassement les malheurs de M. de Cahuzac et de ses anciens amis.

 

10 avril 2013

Moralisation, moraliser

 

 

            Moralisation, attesté dans la première moitié du XIXe siècle, est tenu par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 ; il n’est pas dans les huit premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française), pour un « néologisme » et il le définit comme « l’action de moraliser, de rendre moral, de donner des principes moraux ». Si l’on rapporte le nom moralisation, tel qu’il est employé par MM. de Hollande et Ayrault de Saint-Herblain, grands vertueux devant l’Eternel et sermonneurs prolixes, et tel que le répètent les perroquets des media à tête de linotte (« choc de moralisation », « moralisation de la vie politique », « moralisation du gouvernement », etc.), aux milieux de la politique, le seul prononcé de ce nom suppose que les hommes politiques n’ont aucun principe moral, puisqu’il est urgent de leur en donner, comme s’ils étaient des enfants, et qu’ils mettent à la charge des finances publiques l’existence immorale ou amorale qu’ils mènent. Ces sermonneurs vertueux se défendent d’accuser les hommes politiques d’être « tous pourris ». Or, c’est l’accusation que porte « le choc de moralisation », c’est-à-dire la politique qui consisterait à rendre « moraux » les hommes politiques.

Littré illustre le sens de moralisation de cet exemple qui suinte la condescendance de la bonne conscience : « la moralisation des masses par l'instruction ». Ce qui est supposé, c’est que les « masses » (id est les classes populaires) sont immorales, parce qu’elles sont ignorantes. Ces deux propositions sont évidemment fausses, mais elles révèlent une vérité ou une seule vérité : le mépris sans limite que les concepteurs de cette campagne de moralisation (M. de Hollande, ses conseillers, ses ministres, etc.) vouent à leurs collègues députés ou sénateurs et au peuple que ceux-ci représentent, à moins que ce « choc » ne soit de la « poudre » qu’un pouvoir aux abois jette « aux yeux » du bon peuple de France.

Du temps de Littré, moralisation était un néologisme : il ne l’est plus aujourd’hui. Il est dans le Trésor de la Langue française (1971-94) et dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication depuis 1994), dont les définitions sont assez semblables : « action d’élever l’homme dans l’ordre de la morale, résultat de cette action » et « action de rendre une chose conforme à la morale, soumission à des règles morales » (TLF) ; « action de moraliser, de rendre moral ; résultat de cette action » (DAF). Arouet souhaite beaucoup de courage à ceux qui veulent élever députés, sénateurs, ministres, élus locaux, présidents de ceci et de cela, conseillers en tout genre et de tout genre, etc. dans l’ordre de la morale. Il leur en faudra (du courage, de la persévérance, de la lucidité : pas de panique, la choc de moralisation, ce ne sont que des mots), surtout de l’inconscience.

 

Dans l’article qu’il consacre à moralisation, Littré ajoute ceci, en guise de remarque : « autrefois on disait : « le théâtre est une école de mœurs » ; un néologue dirait « une école de moralisation » ». Cet ajout révèle que moralisation a un autre sens, que les auteurs du TLF glosent ainsi : « (par métonymie) réflexions morales, développements moraux ». Ce sens, relativement rare, est dû au verbe moraliser, dont dérive moralisation. Ce verbe, attesté au milieu du XIVe siècle, a longtemps été « intransitif ». Il s’employait de façon absolue, sans complément. On faisait des réflexions morales, on ne cherchait pas à moraliser son voisin ou son semblable, ni même la « société ». Le seul sens que distinguent les académiciens de 1694 à 1798 est « faire des réflexions morales », que ceux-ci illustrent de cet exemple : « il y a bien de quoi moraliser sur les événements qui arrivent tous les jours dans le monde ». C’est dans ce sens que le théâtre (aujourd'hui, la politique, comme école de moralisation", a remplacé le théâtre") serait, selon les néologues cités par Littré « une école de moralisation », c’est-à-dire une occasion de faire des réflexions morales. C’est dans l’édition de 1835 du DAF, postérieure à la Révolution (1789-1815), période où chacun était contraint d’afficher sa soumission à la vertu publique et où, en conséquence, l’hypocrisie était reine, qu’est enregistré l’emploi transitif de ce verbe, dont les académiciens précisent qu’il est « familier » : « activement et familièrement, moraliser quelqu’un : lui faire de la morale ou une morale ». L’exemple illustrant ce sens et qui suinte la condescendance est éloquent, surtout s’il est appliqué à la situation désespérante ou inamendable de M. de Hollande et de son gouvernement : « on a beau le moraliser, il n'en continue pas moins son train de vie ». Littré (1863-77) relève lui aussi cet emploi transitif. Moraliser quelqu'un, c’est « (familièrement) lui faire de la morale ou une morale » ou « (néologisme) rendre moral, perfectionner l’homme au point de vue moral ».

Cet emploi transitif et le sens qu’il prend dans la langue sont des marqueurs de la modernité, c’est-à-dire qu’ils révèlent ce qu’elle est vraiment, non pas dans les discours hâbleurs des sciencieux de l’homme et du social, les panseurs, ceux qui couvrent la réalité de pansements pour éviter qu’elle ne soit pensée, mais quand cette modernité s’affiche d’elle-même, sans chichis ni contrainte, dans la langue même. « Faire, donner une leçon de morale à quelqu’un dans le but de l’instruire ou de le réprimander » ou « rendre l’homme moral ou plus moral, l’inciter à agir moralement, l’élever ou l’aider à s’élever dans l’ordre de la morale » ou « rendre conforme à la morale, soumettre quelque chose à des règles morales » (TLF), c’est un condensé des politiques que fixent les prophètes, les guides et autres chefs de parti, conducator, ayatollah, premier secrétaire, duce, führer, des organisations politiques modernes, c’est-à-dire totalitaires : prendre en charge non pas le monde ou les institutions, mais les hommes eux-mêmes, leur intimité, leur existence, leurs mœurs et faire en sorte que tout cela soit conforme aux normes que ces organisations imposent.    

 

 

08 avril 2013

Choc et chocs en séries

 

 

Le nom choc, dérivé du verbe choquer, est attesté au XVIe siècle comme terme militaire. Un choc, c’est la rencontre de deux armées.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, ce qui caractérise les emplois de ce nom, c’est la stabilité sémantique. En 1762, les académiciens distinguent quatre sens : « heurt d’un corps contre un autre corps », « rencontre et combat de deux troupes de gens de guerre » et « figurément (…) malheur, disgrâce qui arrive dans la fortune d’un homme » et « quelque attaque fâcheuse (de) santé » (DAF, 1762). En trois siècles, rien ne change vraiment, puisque ces sens se retrouvent quasiment tels quels, avec quelques extensions, dans la neuvième édition du même DAF, en cours de publication depuis 1994. Un choc, c’est la « rencontre brusque d’un corps avec un autre », la « rencontre et le combat de deux troupes qui s’affrontent ou qui se chargent », un « conflit, une opposition plus ou moins violente », un « état aigu et préoccupant comportant une insuffisance circulatoire soudaine », un « (figuré) évènement malheureux qui porte atteinte à l’équilibre physique et moral » et une « (familier) émotion violente causée par un fait inopiné ».

M. de Hollande, l’homme du socialisme restauré, n’a que le mot choc à la bouche. Il ne promet plus monts et merveilles (les promesses, c’était « avant »), il ne promet plus que des chocs (le choc, c’est maintenant) : choc de compétitivité, choc de simplification, choc de moralisation. Bientôt ce sera le choc de remaniement, le choc de dissolution, le choc de démission, etc. Tous les chocs sont possibles.

Soit les chocs des derniers jours : compétitivité, simplification, moralisation. Dans quel sens faut-il entendre choc ? « Etat aigu et préoccupant comportant une insuffisance circulatoire soudaine » ? « Evènement malheureux qui porte atteinte à l’équilibre physique et moral » ? « Emotion violente causée par un fait inopiné » ? M. de Hollande promettrait-il des événements malheureux ? Sans doute. Annoncerait-il un « état aigu et préoccupant » ? C’est fort possible. Voudrait-il ébranler les citoyens en leur causant des émotions violentes ? C’est probable. Ou bien il ne sait pas le français, ce dont les habiles ont pris conscience, à moins qu’il n’emploie choc dans un sens que Littré (1863-77) glose ainsi : « atteinte, revers subit » et qu’il illustre de cet exemple, inutilement insolent si l’on pense aux malheurs de M. de Hollande et de ses ministres : « ce choc ébranla sa fortune ». Oui, tout ce que dit (ou ne dit pas), décide (ou ne décide pas), pense (ou ne pense pas) M. de Hollande se retourne contre lui. Quand il traitait son prédécesseur de sale mec, de salopard, de l’Autre, il a lancé dans les airs, comme un personnage du Dîner de cons, un boomerang qui, quelques mois plus tard, lui revient au visage : c’est ça, le vrai choc.

 

02 avril 2013

Stigmatiser

 

 

Stigmate, stigmatiser, stigmatisation

 

En latin, stigmata, ce sont des « marques au fer rouge » et des « marques d’infamie ». Le nom stigmate qui en est emprunté est attesté au milieu du XVe siècle pour désigner « les marques des cinq plaies faites par la crucifixion sur le corps de Jésus », puis des « marques semblables à celles des plaies de Jésus, portées par des saints » ou « marques des cinq plaies du corps de Jésus-Christ miraculeusement imprimées sur le corps de certains saints ».

Pour les auteurs des anciens dictionnaires, stigmates est parfois uniquement un terme « de piété ». Richelet (1680, Dictionnaire des mots et des choses) le définit ainsi : « marques des clous des mains et des pieds de Jésus-Christ qui ont été imprimées sur le corps de quelques personnes saintes ; les glorieux stigmates de Saint François ». Il en va de même chez les autres lexicographes, tels Furetière (1690, Dictionnaire universel : « terme que les cordeliers ont mis en usage pour exprimer les marques et impressions que Notre Seigneur avait fait de ses plaies sur le corps de leur séraphique père saint François »), Corneille (1694, Dictionnaire des arts et des sciences : « aujourd’hui ce terme n’est plus en usage que pour signifier les marques des clous des mains et des pieds de Notre Seigneur, qui ont été imprimées sur le corps de saint François et d’autres personnes saintes »), les académiciens (1694 et 1762, DAF : « Marques des plaies de notre Seigneur Jésus-Christ », Féraud (1788, Dictionnaire critique de la langue française : « en français, ce mot est peu employé dans le langage ordinaire, et l’on ne s’en sert guère qu’au pluriel en parlant des stigmates de St. François, de qui l’on dit aussi qu’il a été stigmatisé »).

Au XIXe siècle, la nouvelle religion commence à effacer la vieille transcendance chrétienne. Dans les articles de dictionnaire, à l’exception de celui de l’Académie française, le sens religieux de stigmates, qui est le premier à être attesté dans l’histoire du mot, est dégradé au troisième ou au quatrième rang des sens recensés par le positiviste Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), le premier étant celui de « marque que laisse une plaie » et le sens religieux n’étant qu’un emploi particulier, propre à la religion. Littré va jusqu’à mettre en doute la réalité physique du phénomène des stigmates : « particulièrement, les marques des cinq plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ qu’on prétend avoir été imprimées, par faveur du ciel, sur le corps de saint François d’Assise ». Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) enfoncent le clou et confirment le choix de Littré. Le sens de stigmate est « marque durable sur la peau », « les cinq plaies de Jésus crucifié » ou « les mêmes plaies portées par certains mystiques » n’étant qu’un avatar de ce sens, mais borné à la seule religion.

            Ce serait une insolence que de penser que les consciencieux du social, petits et gros ou autres sociologueux, scienceux de l’homme, politiqueux, médieux, cultureux et sociaux cultureux, associateux, etc. qui emploient à tout instant le verbe stigmatiser et le nom stigmatisation, aient présent à l’esprit ce sens religieux, pourtant historiquement avéré, et tiennent les Roms, les innombrables Mohammed, les musulmans, les arabes, les Noirs, les Africains, les bambaras, les Papous, les Inuits et les lapons établis légalement ou illégalement en France pour de nouveaux Christs ou de nouveaux saints François, et les Français ou la France pour ces soldats romains qui ont cloué le Christ sur sa croix et enfoncé leur lance dans son corps sanglant.

            En réalité, ce à quoi se réfèrent les sciencieux du social, c’est au sens judiciaire et moral de stigmates qui se développe à partir du XVIe siècle : « trace honteuse que laisse dans le coupable une faute morale » et « marque imprimée au fer rouge ». Furetière (1690) relève en partie ces sens : « chez les Anciens, stigmates était une marque qu’on mettait sur l’épaule gauche des soldats qu’on enrôlait » et stigmatiser, c’est « marquer une personne au front. On stigmatisait autrefois les serfs fugitifs ». Ce sens est exposé dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-64 : « (Histoire ancienne) signes ou caractères dont on marquait ordinairement les esclaves qui avaient été fugitifs... On se contentait quelquefois de leur mettre un collier ou un bracelet, sur lequel on gravait le nom du maître »), par Féraud (1788 : « Marque empreinte sur le corps d’un homme, d'un animal. On le disait des anciens Esclaves »), par les académiciens (1835 : « Les stigmates de la justice, les marques du fer rouge imprimées sur l’épaule des voleurs »). A partir de ce sens se sont développés des emplois figurés propres à la morale : « Figuré et familièrement, il en porte encore les stigmates se dit d’un homme qui vient d’être maltraité publiquement, d’essuyer en public des reproches humiliants ; figuré, un stigmate flétrissant, honteux, une note d’infamie » (DAF, 1835, 1879 ; Littré, 1863-77). Dans la huitième édition du DAF (1932-35), les marques au fer rouge étaient laissées sur la peau des « galériens » et non plus des « voleurs » : « Les stigmates de la justice se disait des marques du fer rouge sur l’épaule des galériens », sens propre à l’Ancien Régime selon les rédacteurs du Trésor de la langue française, lesquels recensent les emplois modernes et victimaires de stigmates : « Par analogie ou au figuré, littéraire, généralement au pluriel, marque visible, signe apparent de quelque chose de pénible, d’accablant ou d’avilissant » (stigmates de l’alcoolisme, de la douleur, du vice, de souffrances intérieures). Alors que le verbe stigmatiser est attesté dans un sens religieux au XVIIIe siècle encore (« qui porte des marques semblables aux plaies de Jésus », Dictionnaire de Trévoux), il est relevé dans les dictionnaires dans son sens judiciaire : « marquer une personne au front ; les esclaves fugitifs étaient autrefois stigmatisés » (Corneille, 1694) ; « marquer une personne avec un fer rouge ou autrement » et « il signifie figurément blâmer, critiquer quelqu’un avec dureté et publiquement » (DAF, 1835) ; « marquer avec un fer rouge ou autrement, on stigmatisait autrefois les esclaves fugitifs » et « figuré, imprimer à quelqu’un un blâme sévère, une flétrissure publique » (Littré, 1863-77) ; « marquer d’un stigmate » et surtout « au figuré, blâmer, critiquer, ridiculiser quelqu’un avec dureté et publiquement » (Trésor de la langue française, 1971-94), ce dernier dictionnaire relevant aussi  le nom stigmatisation : « (histoire) opération consistant à marquer d’une façon indélébile le corps d’une personne pour lui imprimer un signe distinctif, une marque d’infamie » et « au figuré, accusation sévère et publique, flétrissure morale portée à l’encontre d’une personne, de ses actes, de sa conduite » et rappelant aussi les sens religieux et « pathologique » de ce nom : « (religion) fait de recevoir les stigmates du Christ crucifié » et « (pathologie, psychologie) stigmatisation mystique, plaies rappelant les blessures infligées au Christ au cours de la Passion et qui peuvent s’observer en pathologie mentale chez les pathomimes et les simulateurs ».

            Ce que cherchent les consciencieux du social et les politiqueux à la Wieviorka, Liogier, Mucchielli, Dubet, Aubry, Duflot, Besancenot, et autres grands stigmatisateurs de la France et des Français, c’est faire accroire que les musulmans, les clandestins, les Roms, les noirs, und so weiter, sont marqués au fer rouge par ces garde-chiourmes cruels et inhumains que sont les Français. Ces accusations sont tellement grotesques qu’elles peuvent être retournées comme une crêpe. Les stigmatisés ne sont pas les Roms, encore moins les mahométans, mais les seuls Français ; et par qui sont-ils stigmatisés ? Par les bons médias bien pensants, les gros consciencieux du social, les cultureux de toute sauce et les politiqueux à leurs bottes.

 

 

 

26 mars 2013

Aubain, aubaine

 

 

Bien que le mot soit sorti de l’usage, il est encore enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française (huitième et neuvième éditions, 1935 et depuis 1994) et dans le Trésor de la langue française (1971-94), suivi d’une définition élémentaire : « (droit ancien) étranger vivant en France et non naturalisé » (DAF, neuvième édition) et « étranger, qui est étranger » ou « étrangers, soumis comme tels à un ensemble de déchéances et particulièrement au point de vue successoral » (TLF).

Le mot, attesté au XIIe siècle, est ancien. C’est son origine, « obscure » (selon les modernes que nous sommes), qui a nourri les commentaires des lexicographes : latine ? francique ? autre ? Quoi qu’il en soit, ils s’entendent tous sur le sens, qui a été figé dans le droit ancien. La définition la plus claire est celle de Richelet (1680) : « C’est un étranger qui n’est pas né fort loin des pays qui sont sujets au Roi de France et qui, s’étant venu établir dans son royaume, y a acquis du bien et n’a point pris du Roi de lettres de naturalité » ou celle de Furetière (1690) : « Etranger qui habite dans un pays où il ne s’est point fait naturaliser ». De nos jours, cet état est fort commun, mais les étrangers ne sont plus nommés aubains, ce qu’ils sont pourtant. Certes le mot est désuet, mais ce qui l’a fait tomber en désuétude, c’est le changement du droit. Ce qui caractérisait les aubains, c’est le droit d’aubaine : ce droit n’était pas leur ; il était propre au souverain. Richelet expose clairement en quoi consiste ce droit d’aubaine : « (terme de jurisprudence française) c’est un droit par lequel le Roi succède aux étrangers qui se sont établis dans son royaume, qui y ont acquis du bien et n’ont pris aucunes lettres de naturalité du Roi, qui seul les peut donner ». Il est une autre explication, plus claire encore, celle de L’Encyclopédie (1751-72, d’Alembert et Diderot éditeurs) : « si l’aubain meurt en France, ses biens sont acquis au roi, si ce n’est qu’il en ait fait donation entre vifs ou qu’il laisse des enfants nés dans le royaume ». L’auteur de cet article indique que « les enfants d’un Français qui a séjourné en pays étranger n’y sont point aubains », que « quelques peuples alliés de la France ne sont point non plus réputés aubains » (Suisses, Savoyards, Ecossais, Portugais et Avignonnais) ou qu’un « étranger qui ne séjourne en France qu’en passant et qui ne s’y domicilie point, comme un marchand venu à une foire, un particulier venu à la poursuite d’un procès, un ambassadeur pendant tout le temps de sa résidence, ne sont point censés aubains », etc. En bref, le droit d’aubaine « est le droit qui appartient au souverain exclusivement à tout autre, de succéder aux étrangers non naturalisés, morts dans le royaume ». Les académiciens, dans les éditions successives de leur dictionnaire, se contentent de « (terme de chancellerie et de palais) étranger qui n’est pas naturalisé dans le pays où il demeure » et Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) de « étranger qui n’est pas naturalisé et qui est sujet au droit d’aubaine ».

M. de Hollande et son régime de la Restauration Socialiste sont aux abois et à l’affût de nouvelles recettes, pour combler ces tonneaux des Danaïdes que sont les budgets publics. La restauration du droit d’aubaine, ce serait pour ces budgets une aubaine. Voilà une suggestion (ironique) qu’ils sont capables d’entendre sérieusement et d’en ôter toute l’ironie. Les chefs d’escadrille se reconnaissent à ce que le quatrième ou le cinquième degré est, dans leur esprit, toujours un premier degré.

 

 

15 mars 2013

Embaumer

 

 

Dérivé du nom baume, ce verbe est attesté dans la seconde moitié du XIIe siècle et dans l’ancienne langue française, il est employé dans ce sens que relèvent les académiciens dès 1694 : « remplir de baume et d’autres drogues pour empêcher la corruption » (« il ne se dit que des corps morts »).

D’une édition à l’autre du Dictionnaire de l’Académie française, la définition se fait plus précise et « descriptive », sans doute pour compenser par quelques détails la désuétude dans laquelle est tombée la pratique de l’embaumement : « remplir un cadavre de substances balsamiques, de drogues odorantes et dessiccatives, pour empêcher qu’il ne se corrompe » (1835). Ou bien ce sont les exemples qui transforment le dictionnaire en petite encyclopédie : « les anciens embaumaient leurs morts par l'emploi de goudrons, de substances aromatiques et balsamiques » (DAF, neuvième édition, en cours de publication depuis 1994). Littré, conscient de la disparition de l’embaumement en Europe, a compris la nécessité d’en expliquer le principe : « remplir un corps mort de substances balsamiques, pour le préserver de la putréfaction » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Les exemples cités par Littré relèvent d’un dictionnaire de choses : « le moyen le plus habituel employé par les Égyptiens pour embaumer les corps était d’en saturer chaque partie avec de l’asphalte » ou « les substances les plus employées aujourd’hui pour embaumer sont le deutochlorure de mercure, une solution d’acétate ou de chlorure d’alumine poussée par les artères, ou de chlorure de zinc avec addition d'hyposulfite de soude ».

            Le totalitarisme païen et ses pompes ayant plus ou moins disparu dans le monde, on aurait pu penser que l’embaumement, qui y est étroitement lié, disparaîtrait lui aussi. Eh bien non. Il prospère chez les progressistes à tout crin et chez les révolutionnaires dernier cri, les progressistes de chez progressiste et les révolutionnaires de chez révolutionnaire. Ils ressuscitent l’embaumement : voilà donc Lénine, Staline, Kim Il Sung, Mao et le tout dernier de la liste, Chavez, embaumés, comme s’ils étaient de vulgaires pharaons de l’Egypte antique, celle de l’esclavage à outrance et du cléricalisme obtus. Les progressistes et les révolutionnaires seraient-ils d’affreux réactionnaires qui se vêtent de l’ample manteau du progressisme pour tromper les dupes ?

Quoi qu’il en soit, ces embaumements, qui ne sentent pas bon, ont une raison d’être, qui est de santé publique : couvrir les mauvaises odeurs qui se dégagent des révolutions en putréfaction. Car, ce verbe a un second sens, qui apparait dans l’histoire de la langue quelques décennies après le premier. C’est « parfumer, remplir de bonne odeur » (DAF, 1762). L’exemple qui illustre ce sens est il vient une odeur de ces oranges qui embaume toute la maison. Embaumer un autocrate, quel qu’il soit, mais seules les « révolutionnaires », sinon dans les actes, du moins dans les discours, sont embaumés, c’est tenter en vain de mêler aux odeurs de putréfaction qu’exhale le régime que le cadavre a mis en place des parfums d’encens, quitte à vaporiser sur la charogne d’abondants volumes de parfum.

 

22 février 2013

Carence

 

 

Ce nom est emprunté au « bas » latin ou au latin tardif carentia, signifiant « privation » ou « indigence » et dérivé du verbe carere, « manquer de quelque chose ». Il est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de 1798 comme un « terme de pratique », c’est-à-dire de droit ou de jurisprudence. L’emploi qui en est fait ou en serait fait alors se limite au « syntagme » procès-verbal de carence : « procès-verbal qui constate qu’un défunt n’a laissé aucun bien » (1835, 1879). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) élargit le procès-verbal de carence aux constats d’huissier : « procès-verbal qui constate qu’un défunt n’a rien laissé ou qu’un débiteur est sans ressources ». En 1935, les académiciens notent, comme Littré, que le mot est employé en dehors de ce seul syntagme : « absence totale ou presque totale d’effets mobiliers dans une succession ou de meubles dans une saisie d’huissier » et « par extension, (le mot) désigne l’insolvabilité d’un débiteur ».

C’est dans la langue moderne que ce terme de droit, prenant le sens général de « manque », « insuffisance », « absence », s’étend à d’autres réalités que les procès-verbaux de notaire ou d’huissier : à l’éducation (« les incroyables carences d’éducation dont souffrent certains parmi ceux qui entrent dans nos facultés ? », 1966), à l’armée (les carences du commandement), aux devoirs (les carences d’une institution), à la médecine (carence de vitamines), à la psychologie (carence affective, maternelle, familiale) et surtout à la législation sociale, comme l’indiquent les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94) : « délai de carence (à l’occasion d’une interruption ou d’un arrêt de travail), délai pendant lequel le travailleur salarié ne perçoit pas les indemnités normalement servies par les assurances sociales ».

Cet emploi « hypermoderne », que les ministres de la Restauration socialiste ont remis au goût du jour, n’est pas relevé dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). Pour les académiciens, il existe, pour carence, un emploi propre au droit (« absence de biens meubles saisissables lors d’une saisie d’huissier ou d’un inventaire »), à la morale et aux devoirs (« le fait pour une personne, un organisme, une autorité, de ne pas remplir ses devoirs, de manquer à ses obligations »), à la psychologie (« insuffisance de la présence morale des parents au cours de l’éducation d’un enfant »), à la pathologie (« insuffisance ou absence de certains éléments indispensables à la nutrition, au développement ou à la survie de l’organisme »). Que de carences ou les carences sont partout !, pourrait-on conclure, ce qui est fort paradoxal dans une société d’hyperconsommation et de surabondance. C’est au moment où les Français ne manquent de rien qu’ils font un usage étendu et quasiment illimité du mot carence, employé au pluriel, sans doute pour exagérer les manques et faire passer ceux qui se plaignent pour des victimes.

C’est d’ailleurs ce que les « nantis » de France, à savoir les fonctionnaires, ont réussi à faire accroire à leurs ministres fonctionnaires ou à leurs fonctionnaires de ministres. Entre fonctionnaires et socialistes de surcroît, il est facile de gober ou de faire gober les mêmes fables. Supprimer le (seul) jour de carence, c’est favoriser la croissance illimitée de l’absentéisme, donner le coup de grâce aux finances publiques qui sont à l’article de la mort et bien entendu discréditer la politique : tout pour les copains et les crétins. La vicomtesse Lebranchu, de la bannière socialiste des Côtes-du-Nord, a été maoïste quand elle avait vingt ans ou plus : elle sait comment conduire un pays jusqu’au fond de l’abîme. Les fonctionnaires croient dur comme fer qu’ils seront préservés de la catastrophe, sans doute par un tour de magie. Les naïfs, ils ne comprennent pas qu’ils creusent leur propre tombe et celles de leurs enfants à qui, comme les défunts sans le sou ou comme les faillis sans ressource, ils ne laisseront rien. Alors le procès-verbal de la France en carence, c’est-à-dire en faillite, dans le sens que le mot avait au XIXe siècle selon Littré, pourra être dressé.

 

 

 

 

11 février 2013

Dégager

 

 

Le verbe dégager employé à la deuxième personne du singulier de l’impératif, « dégage ! », est devenu le nec plus ultra de la pensée politique « engagée » (dégager va de soi quand on est engagé) ou le slogan préféré des musulmans et des gauchistes ou, pour faire court, des islamo-gauchistes. C’est l’injonction comminatoire adressée à la France par des fous furieux : « la France, dégage » ou « Hollande dégage » (du Mali ou de Tunisie) ou adressée par les gauchistes français ou par les musulmans français à l’encontre du juif et fils d’immigré Sarkozy « Sarko dégage ». C’est aussi le slogan qui s’est répandu comme la peste à Tunis, au Caire, en Lybie ou en Syrie lors des prétendues révolutions « arabes » ou pendant le cosidetto « printemps arabe ». De printemps, il n’y a pas eu, non plus que de révolution, mais il en est resté le slogan répété par les foules atteintes de psittacisme, que ce soit en France, en Europe, au Proche-Orient ou en Afrique. Voilà un verbe devenu mot d’ordre politique en arabe et qui connaît un destin hors du commun, ce qui en rend nécessaire l’examen.

Rien ne prédisposait ce verbe à devenir un slogan politique et encore moins à entrer dans la langue arabe, cette langue qui est supérieure, de milliers de coudées, à toutes les langues qui existent, qui ont existé ou qui existeront sur la Terre, parce que c’est la langue d’Allah en personne et de son messager « chair et os ».

Ce verbe est attesté au XIIe siècle et le premier sens dans lequel il est employé est celui de sa formation : dérivé du nom gage, il signifie « retirer ce qui était en gage » (chez l’usurier ou au Mont de Piété ou au Crédit Municipal). « Retirer ce qu’on avait engagé » (une terre, des pierreries, un manteau), écrivent les académiciens (1694), et « retirer ce qui était engagé, ce qui avait été donné en hypothèque, en nantissement, en gage » (de 1762 à 1935 et à la neuvième édition, en cours de publication). D’autres lexicographes reprennent cette définition : Littré en 1863-77, les linguistes du Trésor de la langue française (1971-94), lesquels notent cependant qu’entendu ainsi, dégager est ou serait « vieilli ». Ce qui ne laisse pas d’étonner, c’est l’ampleur de l’éventail des sens de ce verbe dans la langue moderne. Il est en usage en chimie, en mathématiques, en météorologie, dans les finances, dans des sens figurés (dégager sa parole, dégager un soldat : « ne plus payer ses gages, le congédier »), en médecine, dans le vocabulaire de l’escrime et de la danse, et même du vêtement… En bref, c’est un feu d’artifice. Pourtant, aucun des lexicographes cités ne relève l’emploi injonctif et absolu (sans complément) de ce verbe dans le vocabulaire de la politique, sinon les linguistes du TLF, qui expriment volontiers leur fierté d’avoir conçu un dictionnaire « exhaustif », qu’ils ont nommé, pour cela, trésor, et qui se targuent de cet anticonformisme qui leur fait accepter tous les emplois, même les plus récents ou les plus bizarres, mais qui citent cet emploi dans une « remarque ». « En emploi absolu et à l’impératif, le verbe est fréquent en langue populaire ». Et de citer un extrait du Feu (1916) de Barbusse : « Dégagez, vous autres ! Ben quoi, dégagez, que j’vous dis ! (...) Allons, oust, la fuite ! J’veux plus vous voir dans le passage, hé ! ».

L’exposé des académiciens (neuvième édition, en cours) est sans doute plus complet. Cet emploi injonctif dépend du sens « faire qu’une chose ne soit plus obstruée, encombrée, dissimulée, etc. ». On dégage un couloir, un passage, une porte, un monument, la voie (ferrée) ; et, dans la langue populaire, qui n’est pas nécessairement celle du peuple, mais qui peut être, comme elle l’est aujourd’hui en France, celle des nantis et des élites : « dégager les lieux ou, elliptiquement, dégager, vider les lieux, s’en aller ». C’est désormais dans ce sens que le verbe « dégage » est en usage en arabe :

 دﺟاج

Sans doute faudrait-il écrire le premier avec trois points souscrits, au lieu d’un seul. Peu importe d’ailleurs. Le fait essentiel est l’appropriation par les arabes de cette injonction (ce qui prouve la profondeur de leur pensée politique et la grandeur de leurs ambitions), qui est devenue l’alpha et l’oméga de l’imaginaire politique de la Tunisie, de l’Egypte, de la Libye, de la Syrie et bientôt du Maroc, de l’Algérie, de l’Arabie, du Qatar ? A moins qu’elle ne devienne, comme elle semble y être destinée, l’horizon unique des quartiers, cités ou autres banlieues (à qui est adressée l’injonction ? A ceux à qui elle est proférée ou à ceux qui la profèrent ?), et même des partis politiques extrémistes, du type NPA ou PdG ou SFIC ou PC, qui s’empressent tous de répéter l’injonction, comme les valets répètent les ordres de leurs maîtres.

  

24 janvier 2013

Consistant

 

 

 

Oui, M. de Hollande a déclaré, il y a quelques jours, à propos de la cosidetta « manif pour tous » du dimanche 13 janvier, qu’elle était « consistante ». Oui, consistante. M. de Hollande parle le français de M. Prudhomme ou de M. Perrichon, mais on ignorait qu’il le parlait aussi mal ou, pour employer ses mots, de façon aussi peu consistante.

Consistant est attesté comme adjectif au XVIe siècle, mais l’emploi premier qui en est fait, comme forme du verbe consister, est antérieur. Dans les quatre premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1762, il n’est même pas défini (dans les éditions ultérieures, le sens en est paraphrasé par « qui consiste ») mais seulement illustré par ce même exemple, répété jusqu’en 1835 : « une terre consistante en bois, en terres labourables, prés, etc. ». A la fin du XVIIIe siècle, est relevée l’esquisse du sens moderne de consistant, sens qui est propre d’abord aux sciences physiques d’alors (quelque peu balbutiantes, à dire vrai) : « en physique, il signifie qui a quelque degré de solidité » (1798, 1835).

C’est Littré qui, le premier semble-t-il, donne à la définition de cet adjectif un peu de consistance : « qui a de la consistance » (un système consistant, un homme consistant), « qui a une certaine cohésion » (les corps consistants, des sirops consistants), « qui consiste en, qui est composé de » (un domaine consistant en bois, terres labourables, etc., une escadre consistant en vingt vaisseaux) (Dictionnaire de la langue française, 1863-77).

Les divers synonymes que proposent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) sont, se rapportant à des choses (sol ou terrain), compact, dur, ferme, solide ; à des liquides (gelée, graisse, huile, pâte, bouillie), épais, pâteux, visqueux ; à des repas ou au petit déjeuner, abondant, copieux, important, solide ; à quelque chose d’abstrait (apparence, image, caractère, plaisir) ferme, résistant, solide, stable. Aucun des emplois de cet adjectif ne se rapporte à des personnes qui se rassemblent pour défendre une opinion.

Ou bien, M. de Hollande est un grand logothète, capable d’inventer de nouveaux mots ou de nouveaux emplois, auquel cas, il mérite d’entrer au Panthéon des Grands Hommes ; ou bien, il connaît admirablement bien le français. En français classique et dans la langue de la religion, les consistants étaient des « pénitents qui, chez les premiers chrétiens, assistaient aux mystères sans pouvoir communier » (Littré, op. cit.) – définition qui pourrait assez bien s’ajuster aux personnes qui protestaient contre le mariage homo. Mais il suffit d’écouter M. de Hollande, orateur médiocre, bien en-dessous de M. Prudhomme, pour se convaincre que ces deux hypothèses (logothète ou grand connaisseur de la langue) forment un costume bien trop grand pour M. de Hollande. On s’en tiendra au premier constat : il parle comme un pied.

 

 

 

 

05 janvier 2013

Sultan

 

 

 

 

Le sens de ce mot, emprunté à l’arabe où il signifie « pouvoir, autorité, domination », ne soulève pas de difficulté. Attesté dans l’ancienne langue française sous la forme soudan (« prince souverain mahométan »), puis à compter du début du XVIe siècle sous sa forme actuelle, il désigne le souverain de certains pays musulmans. Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) et Furetière (1690, Dictionnaire universel) relèvent les deux formes : le sultan, « c’est le grand seigneur », le soudan, « un prince souverain de quelque pays et qui faisait hommage au grand seigneur » (Richelet) ; le sultan est un « titre qu’on donne aux empereurs d’Orient » (« ce mot est turc et signifie Roi des Rois »), le soudan ou soldan, un « prince mahométan » (Furetière). Les académiciens n’enregistrent que sultan : « titre qu’on donne à l’empereur des Turcs et à tous les princes de la religion mahométane » (DAF, 1694, 1762 et suivantes ; Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). C’est aussi, à peu de choses près, la définition que l’on peut lire dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « dans les pays musulmans ou fortement islamisés, chef temporel puis souvent également spirituel, souverain d’un État plus ou moins important » et « souverain de l’Empire ottoman » (synonymes Grand Seigneur, Grand Turc).

A partir de cet emploi objectif et de pure désignation s’est développé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle un sens figuré ou étendu : « despote, tyran ». Le fait que ce sens figuré se soit développé à partir de la façon tyrannique dont le pouvoir est exercé au nom de l’islam et par les musulmans illustre ce qu’est l’autorité ou la domination « en terre d’islam ». Les auteurs de L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72) sont les premiers à porter un jugement, sans doute hostile ou méprisant, mais assez juste à dire vrai et fort lucide, sur la réalité des pays musulmans : « Le sultan, est-il écrit à l’article portant ce titre, exerce sur ses sujets l’empire le plus despotique ». Suit un exposé argumenté qui justifie le despotisme attribué à ce pouvoir : « selon la doctrine des Turcs, leur empereur (à savoir le sultan) a le privilège de mettre à mort impunément chaque jour quatorze de ses sujets, sans encourir le reproche de tyrannie, parce que, selon eux, ce prince agit souvent par des mouvements secrets, par des inspirations divines (comprendre : allahiques), qu’il ne leur est point permis d’approfondir ». Ce despotisme n’est guère efficace, les sultans étant souvent « exposés à la fureur et à la licence d’un peuple furieux et d’une soldatesque effrénée qui les dépose et les met à mort, sous les prétextes les plus frivoles ». Bien entendu, l’étiquette met entre les sultans et leurs sujets la plus grande distance possible : « on n’aborde le sultan qu’avec beaucoup de formalité ; nul mortel n’est admis à lui baiser la main (de peur qu’elle ne soit mordue ?)… Le sultan n’admet personne à sa table ; nul homme n’ose ouvrir la bouche sans ordre dans son palais ; il faut même y étouffer jusqu’aux envies de tousser ou d’éternuer ; on ne se parle que par signe ; on marche sur la pointe des pieds ». Le pouvoir exercé par le sultan est absolu et sans limite : « les résolutions prises par le sultan passent pour irrévocables, quelque injustes qu’elles soient ; il ne peut jamais se rétracter. Ses ordres sont reçus comme s’ils venaient de Dieu même (comprendre : Allah), et c’est une impiété que d’y désobéir ; quand il veut faire mourir un grand vizir, il lui signifie sa sentence par écrit… Le vizir obéit sans hésiter, sans quoi il serait déshonoré et regardé comme un impie et un excommunié ».

Au XVIIIe siècle, les « intellectuels » ou ce qui en tenait lieu ne se prosternaient pas devant les tyrans. Ils n’essayaient pas non plus d’abuser leurs contemporains en leur racontant des histoires à dormir debout sur les lumières de l’islam, sur « notre ami le Roi », sur l’émir du Qatar ami de la France, sur la modération et la tolérance des Séoud qui se succèdent sur le trône d’Arabie, sur Bouteflika ou Saddam Hussein, etc. etc. etc.

Le sens figuré de sultan est relevé dans les éditions de 1798, 1835, 1879 du DAF : « il se dit figurément et familièrement d’un homme absolu, tyrannique », dans le DLF de Littré (« figuré, par extension, il se dit d’un prince absolu comme les sultans » ; « figuré et familièrement, homme absolu, tyrannique ») et dans le TLF : « vieilli, homme qui, par son état, sa situation, ses actes, présente certaines caractéristiques propres à un sultan ».

Il fut un temps, bien révolu hélas, où les intellectuels ne se berçaient d’aucune illusion sur la brutalité tyrannique des pays et communautés islamiques, comme s’il était dans la nature de l’islam d’engendrer un pareil despotisme, non éclairé évidemment, sauf par les musulmans dits « modérés », quand il ont trop picolé au H. Cette insolence ancienne est en train de disparaître. Dans le TLF, le sens despotique est tenu pour vieilli et les académiciens en 1932-35 (huitième édition du DAF) ne l’enregistrent pas, ouvrant des brisées sur lesquelles marchent aujourd’hui tous ceux qui pensent bien. C’est pourquoi l’Elysée et Matignon viennent d’attribuer le grade de chevalier de la Légion d’honneur à un des thuriféraires établis en France de ces pouvoirs tyranniques, le sinistre imam Obrou. En matière de prosternation devant le despotisme incarné, il est difficile de faire plus servile.     

 

 

20 décembre 2012

Repentance

 

 

 

Ce nom, dérivé du participe présent du verbe repentir et formé de ce suffixe – ance qui retrouve depuis quelques années (gouvernance, maltraitance, impédance, etc.) sa productivité passée, est attesté depuis le XIIe siècle. C’est le regret des fautes ou des péchés commis. Dans L’Encyclopédie (1751-1772, d’Alembert et Diderot éditeurs), est citée, à l’article repentance, terme de théologie, la définition qu’en donne un des pères de l’Eglise, Clément d’Alexandrie : « La repentance, c’est de ne point retomber, s’il est possible, dans les mêmes péchés, mais d'arracher radicalement du cœur tous ceux que nous connaissons pouvoir nous priver du salut ». L’auteur de cet article, le chevalier de Jaucourt, ajoute, parce qu’il estime que la citation épuise le sens de ce mot, que L’Encyclopédie « ne souffre pas de plus grands détails » et « n’admet en ce genre que des définitions simples et vraies ». Dans toutes les occurrences relevées, par exemple celles-ci « en la fin ont eue confession et bonne repentance de leur méfait » ou « le prophète… commande à ceux qu’il exhorte à repentance d’avoir un nouveau cœur », repentance a le même et unique sens, glosé tantôt par « repentir » (Richelet, 1680), tantôt par « action par laquelle on se repent » (Furetière, 1690), tantôt par « regret » ou « douleur qu’on a de ses péchés » (Dictionnaire de l’Académie française de 1694 à 1935), tantôt par « douleur qu’on a de ses péchés, de ses fautes » (Littré, 1863-77), tantôt par « regret douloureux que l’on a de ses péchés, de ses fautes et désir de se racheter » (Trésor de la langue française, 1971-94). Les exemples qui illustrent ce sens sont tous en relation étroite avec la religion catholique : « avoir repentance de ses péchés » (1680), « il ne se faut présenter au tribunal de la confession qu’avec une vive repentance de ses péchés » (1690), « il est mort avec beaucoup de repentance, avec une grande repentance de ses péchés (DAF, de 1694 à 1935).

En 1680, Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses) remarque que « le mot est un peu vieux » et il recommande d’employer l’infinitif substantivé repentir. En 1694, les académiciens jugent qu’« il vieillit » et dans les éditions suivantes, ils en limitent l’emploi au vocabulaire de la dévotion : « on ne s’en sert guère qu’en termes de dévotion » (1718, 1740, 1762, 1798, 1835) ou de la piété : « il ne s’emploie guère que dans le langage de la piété » (1879, 1935). Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) résume assez clairement à quel point est restreint l’emploi de repentance : « on ne s’en sert qu’en termes de dévotion et en parlant des péchés », alors que repentir, qui a un sens moins étroit, « est plus noble ». « Vieilli ou littéraire », jugent les auteurs du TLF qui en font un mot spécifique du vocabulaire de la religion, sans préciser quelle religion ils désignent (catholique, chrétienne, protestante, juive peut-être, mais en aucun cas islamique). Ils illustrent ce sens d’exemples tirés de Joseph de Maistre et d’un extrait de Judaïsme d’Epstein traduit par un dénommé L. Jospin en 1959 : « le Jour du Grand Pardon est un jour de « tourment de soi » (abstention totale de nourriture et de boisson) et de contrition, de repentance et de confession ». Si le traducteur L. Jospin est celui dont parlent les gazettes depuis 1981, la traduction d’un ouvrage sur le judaïsme par un trotskiste, qui ne croyait ni à Dieu, ni à diable, mais à Lutte des Classes ou à Révolution permanente, mérite d’être lue – serait-ce pour s’en gausser. Que les plus téméraires d’entre vous s’y hasardent et fassent part de leur sentiment.

Pendant huit siècles, le mot est resté massivement stable et quasiment immuable. Or, depuis quelques années, depuis que les Français se sont mis à se cracher dessus ou, plus exactement que des Français, souvent des néo-Français, ont trouvé leur plaisir sadique dans la haine de la France ou des Français, comme si les Français étaient de pauvres colonisés, repentance « a bougé », comme on dit dans la branchouille gauchisante. Naguère, c’était un terme de « dévotion » ou du « langage de la piété ». Tout cela est terminé. La dévotion et la piété se sont amuïes, remplacées par les mises en examen et les accusations sans preuve. Aucun des dictionnaires cités ci-dessus n’enregistre les emplois actuels et modernes, c’est-à-dire politiques et sociaux, de repentance : à savoir les mises en demeure comminatoires de tyrans ou d’organisations racistes qui obligent la France (et les Français) à se repentir d’exister et de refuser le sort des Arméniens de 1894 à 1923 ou celui des Juifs de 1933 à 1945. C’était l’un des derniers mots qui ait conservé un sens religieux. Il a basculé, comme militant, manifestation, création, organisation, propagande dans le social, le sociétal, le sociologique et, bien sûr, l’inévitable culturel – toutes réalités qui ont pris la place de la religion. Ce en quoi la repentance est désormais haïssable, c’est que, d’individuelle et privée, elle est devenue collective et publique. Dans la religion, elle touche une personne. Le social a collectivisé tout ça. Désormais, c’est un peuple  qui est contraint de se repentir de crimes imaginaires, celui d’exister par exemple, dont, bien entendu, il est totalement innocent et que même ses très lointains ancêtres du paléolithique n’auraient pas eu l’idée de commettre ; et c’est l’ineffable M. de Hollande, « président de la République », qui parcourt le monde entier, non pas pour flageller les engagements nauséabonds de son propre père, mais pour que des masses chauffées à blanc puissent baver leur haine sur la France et les Français.     

 

 

 

17 décembre 2012

Minable

 

 

Minable est une mine qui a explosé

 

 L’adjectif minable est attesté au début du XVe siècle. Pour en comprendre le sens, à savoir « susceptible d’être détruit ou attaqué par une mine » (Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de ses dialectes…, 1881-1902), il faut le rapporter au verbe miner dont il est dérivé et qui est défini ainsi par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « anciennement, creuser le dessous d’une muraille pour la faire écrouler ; aujourd'hui, creuser le dessous d’une muraille, trouer un roc, pour y loger une mine » (et donc faire exploser cette muraille et ce roc). C’est dans ce sens que minable est employé dans une Histoire de Charles VI (1411) : « Si mit le siège devant le châtel et (il) fut trouvé qu’il était minable ; et pour cela on commença à miner à l'endroit de l’une des tours » et c’est ainsi qu’il est défini par Littré : « susceptible d’être détruit ou attaqué par une mine ». M. Ayrault de Saint-Herblain, chef de la bannière socialiste, ne croyait pas si bien dire ; mais plutôt que d’apprendre l’allemand, il aurait mieux fait de savoir le français. Il n’aurait pas été minable, c’est-à-dire près d'exploser avec les mines qu’il a lui-même posées.

Au début du XIXe siècle, l’adjectif prend un sens figuré, dont le sens moderne se démarque nettement. C’est un terme par lequel on exprime sa compassion ou sa pitié. En 1842, dans le Complément du Dictionnaire de l’Académie française, Barré le définit ainsi : « il se dit vulgairement pour misérable, qui fait pitié, qui indique une grande misère ». De même Littré : « par extension, dans le langage populaire, misérable, qui fait pitié, qui indique une grande misère » et les académiciens (1932-35) : « qui semble être miné, usé par la misère, par le chagrin ».

Ce n’est pas dans ce sens « compassionnel » que M. Ayrault de Saint-Herblain l’a employé. Il n’a pas voulu dire que le comportement ou la personne de M. Depardieu indiquait une grande misère ou lui faisait pitié. Car, cet adjectif, à compter des années 1910, prend un second sens figuré : « très médiocre ». C’était un terme d’humanité, ça devient un terme d’inhumanité, comme l’indiquent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « Par extension, péjoratif, très mauvais, très médiocre » (en parlant de choses et de personnes). Dans ce sens, il est même employé comme un nom. Un (ou une) minable est, par péjoration, une personne très médiocre, l’important dans ces articles de dictionnaires étant l’intensif très, qui véhicule la plus forte charge possible de mépris. Un minable n’est pas médiocre, mais très médiocre. Les académiciens (neuvième édition, en cours de publication) renchérissent sur les lexicographes du TLF : « Par extension, familier et péjoratif, qui inspire le mépris par sa médiocrité, son insuffisance, sa bassesse » (des propos minables. Mener une existence minable. Des excuses minables. Un acteur minable) et substantif : un, une minable (populaire) : « une personne à qui on ne peut reconnaître aucun talent, aucun mérite ».

M. Ayrault de Saint-Herblain ressemble aux momies poudrées de la Restauration. Son vocabulaire qui suinte le mépris exprime d’abord le mépris des gens du peuple, des pauvres, de ceux qui ne gagnent pas leur vie par le vol, la corruption ou en occupant des sinécures publiques.

 

 

 

 

17 novembre 2012

Coran ou Alcoran

 

 

Le religieusement correct ou la rectitude idéologique ou le catéchisme bien pensant, etc. et tous ces carcans qui emprisonnent le langage et la pensée en obligeant les Français (ou les Européens) à tourner mille fois leur langue dans la bouche avant de s’aventurer à parler de l’islam et de l’Islam, des musulmans ou des mahométans, du Coran et de la Sunna, etc. tous terrains mouvants, minés, interdits, piégés, plus périlleux que les « maelstroms furieux » du Bateau ivre, n’ont cours en France que depuis quelques décennies, plus exactement depuis que les soixante-huitards, prétendument insolents ou anticonformistes, qui interdisaient jadis d’interdire, ont pris le contrôle des media, des lieux de parole autorisés, des associations lucratives sans autre but qu’inquisitorial, etc. où ils imposent leur novlangue doucereuse, mielleuse, toute en euphémismes gluants comme des loukoums et d’où ils interdisent toute pensée qui contreviendrait à leur catéchisme.  

Il n’en allait pas ainsi avant Mitterrand, avant la gauche plurielle, avant les socialos à l’Elysée et avant l’invasion des media par les gauchistes. Alors, chacun avait le droit de dire ce qu’il pensait de l’islam ou de l’Islam, même s’il en pensait beaucoup de mal, sans que des hordes d’inquisiteurs avinés ou haschichés à mort menacent de procès à répétition ou de mort sociale les récalcitrants. C’était le temps, hélas révolu, où la France était un pays libre habité par des hommes libres. Les auteurs des anciens dictionnaires n’étaient pas confits en dévotion islamique et ils ne craignaient pas l’inquisition. Aussi disaient-ils les choses sans fard, comme le montrent les articles qu’ils consacrent au livre sacré des musulmans, l’Alcoran, comme ils l’écrivent, et que les Turcs nomment Alfurcan ou Alforcan. Ce que les auteurs anciens ont compris, c’est la nature juridique de l’islam : « le livre de leur loi », disent-ils à propos de l’Alcoran. Henri Estienne (1549) définit Alcoran ainsi : « il vaut autant à dire comme vraie loi », ce que reprennent Nicot (Le Thresor de la langue francoyse, 1606) et Cotgrave (1611, Dictionarie of French and English Tongues : « the word (Alcoran) signifies a true law »). Dans le Dictionnaire de l’Académie française, de la première à la huitième édition, de 1694 à 1932-35, l’Alcoran est le livre de la loi et la loi est celle de Mahomet : « livre qui contient la loi de Mahomet ; il signifie figurément la loi même » (1694, 1718, 1740, 1762, Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, 1788, 1798, 1832-35, Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77, 1879, 1932-35). Nulle part, il n’est question d’Allah, qui aurait dicté ou soufflé à Mahomet ce livre. Les lexicographes des siècles passés n’étaient pas tenus ou ne se sentaient pas tenus de se plier à une vérité imposée. Pour eux, Allah est muet. Il en va différemment dans la neuvième édition, en cours de publication, où les académiciens montrent patte blanche ou font amende honorable. Ils ne disent plus l’Alcoran, comme au XIXe siècle encore et avant le XIXe siècle, mais le Coran, qu’ils définissent comme le « livre sacré des musulmans » et la « parole d’Allah révélée à Mahomet », se pliant de fait à l’orthodoxie islamique, révérence dont s’abstenaient leurs prédécesseurs. A partir de la cinquième édition (1798), est relevée cette expression : « on dit familièrement, en parlant d’une chose à laquelle on n’entend rien je n’y entends pas plus qu’à l’Alcoran », qui est un peu moins insolente que « se moquer de quelque chose comme de l’Alcoran », où l’Alcoran a été transformé en l’an quarante. L’expression disparaît de la neuvième édition.

Voltaire, dans sa tragédie Mahomet ou le Fanatisme, fait parler Mahomet en ces termes : « Le glaive et l’Alcoran dans mes sanglantes mains // Imposeraient silence au reste des humains ». Au XVIIIe siècle encore, un Français n’était pas obligé de multiplier les circonvolutions pour dire ce qu’étaient l’Alcoran et Mahomet. Ainsi, Thevet, voyageur du XVIe siècle, résume cavalièrement la conquête par l’islam d’immenses territoires : « Omar, disciple de Mahomet, les subjugua et leur enseigna les folies de l’Alfurcan ». De tous les lexicographes anciens, Furetière (Dictionnaire universel, 1690) est sans doute le moins obséquieux : l’Alcoran est le « livre qui contient la loi du faux prophète Mahomet (« faux prophète », il a écrit « faux prophète », le saint homme !). C’est une prétendue conférence de Mahomet avec Dieu et les Anges, dont il dit qu’il a reçu sa loi ». Thomas Corneille (Dictionnaire des arts et des sciences, 1694) est peut-être plus féroce encore : « on peut dire que c’est un galimatias continuel, et sans aucun ordre. Il y a des titres fort extravagants dans la plupart des chapitres, comme des Mouches, des Araignées, et autres semblables ». Dans L’Encyclopédie (1751-65), cette bible des Lumières, le mépris est patent : « c’est le livre de la loi mahométane ou le livre des révélations prétendues et de la doctrine du faux prophète Mahomet ». « Dans toutes les fausses religions, le mensonge a affecté de se donner les traits de la vérité », ajoutent-ils. Il est vrai que les hommes des Lumières avaient en horreur le fanatisme et les fables, sentiment que leurs lointains descendants semblent avoir remplacé par la complaisance ou la dévotion ; ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94), où est énoncée la vulgate moderne : « livre sacré des musulmans, recueil de prédications de Mahomet, à caractère à la fois prophétique et législatif, qui constitue la base de la vie religieuse et politique de l’État théocratique musulman ».

Les encyclopédistes ont le mérite d’esquisser les grandes lignes de la genèse du Coran : « l’opinion commune parmi nous sur l’origine de l’alcoran est que Mahomet le composa avec le secours de Batyras, hérétique jacobite, de Sergius, moine nestorien, et de quelques Juifs ». Ils se réfèrent à l’admirable savant qu’était M. d’Herbelot (Bibliothèque orientale, 1697), lequel « conjecture qu’après que les hérésies de Nestorius et d’Eutychès eurent été condamnées par des Conciles œcuméniques, plusieurs évêques, prêtres, religieux et autres, s’étant retirés dans les déserts de l’Arabie et de l’Egypte, fournirent à cet imposteur (comprendre Mahomet) des passages défigurés de l’Ecriture Sainte et des dogmes mal conçus et mal réfléchis, qui s’altérèrent encore en passant par son imagination : ce qu'il est aisé de reconnaître par les dogmes de ces anciens hérétiques, dispersés dans l’Alcoran. Les Juifs répandus dans l’Arabie n’y contribuèrent pas moins ; aussi se vantent-ils que douze de leurs principaux docteurs en ont été les auteurs (…) Mais les Musulmans croient comme un article de foi que leur prophète, qu’ils disent avoir été un homme simple et sans lettres, n’a rien mis du sien dans ce livre, qu’il l’a reçu de Dieu par le ministère de l’Ange Gabriel, écrit sur un parchemin fait de la peau du bélier qu’Abraham immola à la place de son fils Isaac, et qu’il ne lui fut communiqué que successivement verset à verset en différents temps et en différents lieux pendant le cours de 23 ans. C’est à la faveur de ces interruptions qu’ils prétendent justifier la confusion qui règne dans tout l’ouvrage, confusion qu’il est si impossible d’éclaircir que leurs plus habiles docteurs y ont travaillé vainement ; car Mahomet, ou si l’on veut son copiste, ayant ramassé pêle-mêle toutes ces prétendues révélations, il n’a plus été possible de retrouver dans quel ordre elles ont été envoyées du Ciel ».

Arrêtons-là le massacre. On l’a compris, et tous les extraits le disent avec éloquence, jadis les Français se moquaient des fables à dormir debout ; ils étaient volontiers impertinents, insolents, anticonformistes, persifleurs ; ils ne se prosternaient pas devant les récitants du Coran. Tout cela est révolu. La main mise des socialos et des gauchistes sur l’université, la presse, les media, l’opinion, etc. a mis fin à la pensée libre et à l’expression juste. Les soixante-huitards n’ont pas interdit d’interdire, ils ont interdit de dire et pour cela, ils ont emprisonné la langue afin de tuer dans l’œuf toute pensée libre.

 

 

 

 

12 novembre 2012

Musulman

 

           

Ce mot, nom ou adjectif, est relativement récent dans l’histoire de la langue française. Il est attesté dans la seconde moitié du XVIe siècle et les académiciens l’enregistrent dans la quatrième édition de leur dictionnaire en 1762. L’islam commence au début du VIIe siècle, le mot qui désigne ses sectateurs apparaît en français neuf siècles plus tard. Ce long silence n’en est pas un. Jusqu’au XVIe siècle, et même jusqu’à une date récente, les musulmans n’étant pas désignés par le nom musulmans ou qualifiés de musulmans, mais ils étaient des mahométans, c’est-à-dire des sectateurs de Mahomet, ou des macommetistes, machommetistes, mahometicques, mahumetiques, macometicques, mahumediques. Le mot est emprunté au turc, lequel l’a emprunté du persan (c’est en persan qu’il prend le suffixe –an), lequel l’a emprunté de l’arabe ou, plus dire les choses plus exactement, c’est l’arabe, langue impériale et impérialiste, qui l’a imposé aux peuples non arabes que les arabes ont soumis. En arabe, musulman, c’est muslim.

Pour les auteurs de dictionnaires anciens, le mot n’est pas un nom, mais un titre : « titre que prennent les mahométans et qui signifie vrai croyant, qui met toute sa confiance en Dieu », non pas en Dieu, mais en Allah (DAF, 1762) ; « titre par lequel les mahométans se distinguent des autres hommes et qui signifie dans leur langue vrai fidèle, vrai croyant » (DAF, 1835). Un titre n’est pas un nom. Un nom désigne une réalité du monde, personne ou chose ; un titre est une dignité : « qualité honorable, nom de dignité » (DAF, 1762). Les académiciens, en 1762, illustre ce sens de titre des exemples suivants : « ce Seigneur a le titre de Duc, de Marquis ; cette terre porte titre de Comté ; il se dit héritier d’une telle Maison, Duc d’un tel lieu, mais ce n’est qu’un vain titre, il n’en a que le titre ». Autrement dit, en français, il faut les désigner par le nom de mahométans, musulmans étant le titre (de noblesse) qu’ils se donnent eux-mêmes ou la dignité qu’ils s’attribuent. Mahométan est neutre, musulman est mélioratif. Il y a de l’objectivité dans le premier de ces deux noms, de l’arrogance dans le second.

Apparemment, au terme objectif, les Français préfèrent le mot frelaté pour passer de la pommade dans le dos de ceux qu’ils courtisent ou devant lesquels ils s’aplatissent. Tous les Français ? Non, bien sûr, mais les seuls instruits (de la veille), les docteurs Diafoirus, les sciencieux du social, les prêts-à-tout et surtout au pire. Comme ils sont partout, ils ont imposé leur propre vocabulaire à un peuple, qui n’en peut mais. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-1877) fait la différence entre mahométan et musulman, lequel est le « nom que les mahométans se donnent » ; de même les académiciens en 1932-1935 : « nom que se donnent les disciples de Mahomet et qui désigne les vrais croyants ».

Cette distinction a fini par s’effacer dans les dictionnaires actuels. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-1994) ne la font plus : « (adjectif) qui se réclame de la religion islamique, qui professe cette religion » et « (emploi substantif) adepte de l’Islam », mot qui aurait dû être écrit sans majuscule, la majuscule distinguant la civilisation (Islam) de la religion (islam). Mais ce Trésor étant l’organe du progressisme bien pensant, ses contributeurs ne s’embarrassent pas de distinctions, du moins quand elles les gênent ou pourraient aller contre leurs engagements, même s’ils citent un extrait « islamophobe » (comme on dit aujourd’hui, quand on exerce le pouvoir) de Guizot, « islamophobe » peut-être, mais objectif et juste : « Les Arabes (...) étaient conquérants et missionnaires (...). Plus tard ce caractère a déterminé le tour fâcheux de la civilisation musulmane ; c’est (...) dans la confusion de l’autorité morale et de la force matérielle, que la tyrannie, qui paraît inhérente à cette civilisation, a pris naissance... ». En 1935, les académiciens distinguaient encore le nom du titre ; dans la neuvième édition en cours de publication de leur dictionnaire, ils renoncent à cette salutaire distinction : « qui professe la religion islamique » (substantif : un musulman, une musulmane ; les musulmans des républiques anciennement soviétiques de l’Asie centrale sont en majorité sunnites).

Il n’en allait pas ainsi au temps où les écrivains, philosophes, savants de France pensaient que le devoir de tout « intellectuel » (pardon pour cet anachronisme) était de dire les choses telles qu’elles sont, sans les enrober de miel ou sans essayer d’en faire des villages Potemkine. C’était à la fin du XVIIe et au XVIIIe siècle, le siècle des Lumières. Elles brillaient alors ; elles sont bien éteintes aujourd’hui. Pour Furetière (Dictionnaire universel, 1690), musulman est « le titre que les mahométans prennent abusivement, qui veut dire en leur langue vrai croyant. Un Turc se fait grand honneur d’être appelé musulman ». Pour Thomas Corneille (Dictionnaire des sciences et des arts, 1694), c’est le « nom qu’on tient avoir été donné premièrement aux sarrasins et que les Turcs se font un grand honneur de porter ; il veut dire en leur langue vrai croyant ». Gilles Ménage (Dictionnaire étymologique, 1694) écrit : « nous appelons ainsi un mahométan. C’est un mot turc, qui signifie un homme qui croit ce qu'il faut croire ». L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (mazette !) est sans doute l’un des ouvrages les plus « islamophobes » (pardon pour cet anachronisme) qui soient. Alors, elle combattait l’obscurantisme, les ténèbres, l’ignorance. Pour les auteurs de L’Encyclopédie (1751-1772), musulman est le « titre par lequel les mahométans se distinguent des autres hommes ». En d’autres termes, ils chantent Islam über alles. « Les mahométans, ayant établi leur religion par le fer et le feu, massacrant ceux qui ne voulaient pas l’embrasser, et accordant la vie à tous ceux qui l’embrassaient, les appelaient musulmans, c’est-à-dire exempti è periculo (ou soustraits au danger ou arrachés du danger) ; de là il est arrivé par la suite des temps que ce mot est devenu le titre et la marque distinctive de cette secte et a été attaché par eux à ce qu’ils appellent vrais croyants ».

            On peut gager qu’aucun écrivain actuel n’osera mettre dans ses écrits sur les mahométans et le mahométanisme le millième de la vérité et le centième de l’insolence des philosophes des Lumières.

 

 

09 novembre 2012

Refondation

 

 

Le verbe fonder, qui, en latin, signifie « bâtir », mais aussi « établir » et « instituer », fait partie du vocabulaire, riche de significations puissantes, qui définit ou caractérise une civilisation, en l’occurrence celle dont nous sommes les héritiers : la civilisation chrétienne ou judéo-chrétienne et gréco-romaine.

Le sens propre de fonder, attesté au début du XIIe siècle, à savoir « bâtir » ou « mettre les premières pierres ou les premiers matériaux pour la construction d’un bâtiment » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694), n’appelle guère de commentaires. Il en va différemment du sens figuré, attesté dès 1160 : « établir, instituer » (une ville, une religion, etc.). Il est exposé ainsi dans le DAF (1694) : « figurément (on dit) fonder un empire, un royaume, un Etat pour dire être le premier à le former, à l’établir, et, fonder un ordre religieux pour dire en être le premier instituteur ». Les académiciens ajoutent que ce verbe se dit « des choses d’esprit, des choses morales et signifie établir sur quelque principe, appuyer de raisons ». Les compléments de ce verbe, employé dans ce sens, sont opinion, prétentions, demandes, espérance en Dieu ». Enfin, « fonder signifie aussi donner un fonds suffisant pour l’établissement, pour la subsistance d’une Eglise, d’une communauté, etc. pour l’exécution, pour l’accomplissement de quelque œuvre pieuse, de quelque chose de louable ». On fonde une église, une chapelle, une messe, un hôpital…

Ces divers emplois sont relevés dans les éditions successives du DAF, comme dans celle de 1835 : « Fonder signifie au figuré établir le premier quelque chose, créer, instituer » (empire, royaume, Etat, république, colonie, ordre religieux, académie, manufacture, religion, doctrine, système…) et « il signifie particulièrement donner un fonds suffisant pour l’établissement et l’entretien de quelque chose de louable, d’utile » (une église, une chapelle, un hôpital, un collège, etc.). Ces sens, tous liés à ce qui s’est fait de grand en deux millénaires en Europe et en France ou ailleurs dans le monde, sont enregistrés dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77) de Littré : « figuré, faire le premier établissement d’une chose ; fonder une académie, une colonie, un ordre religieux » ; « léguer, donner un fonds pour l’établissement d’une œuvre religieuse, charitable, littéraire ; fonder une église, un couvent, une chapelle » ; « figuré, établir d’une façon permanente ». Le nom fondation, emprunté au latin, langue dans laquelle il est dérivé du verbe fundare, reprend les divers sens de fonder. Voici quelques-uns de ceux que Littré relève : « Figuré, action de créer quelque établissement » (fondation d’une colonie, d’un hôpital, d’une société savante) et « fonds légué pour une œuvre pieuse ou charitable ou louable d’une façon quelconque ».

           

Parmi les chefs d’escadrille qui composent le gouvernement de M. de Hollande, il en est un qui n’a que le mot fondation ou, mieux encore, refondation à la bouche. C’est l’homme de la boutique et des boutiquiers, qui porte mal son patronyme. Il s’écrie partout « payons », payons », « payons », mais il veut dire « payez », « c’est vous qui paierez » ou « payer, c’est l’emploi de votre avenir ». Sa tâche est de fonder et de refonder l'école, non pas avec son argent, mais avec celui des autres et, parmi les autres, les plus pauvres, les riches s’étant exilés depuis quelque temps vers des cieux moins incléments. La refondation de l’école est son slogan. L’école existe depuis vingt-cinq siècles au moins. Elle a été fondée par les centaines de générations qui se sont succédé en deux mille cinq cents ans. Eh bien, ce ministre se donne pour objectif de refaire ce que des millions d’hommes ont fait - mal selon lui. On se dit qu’il va rétablir la connaissance, le savoir, l’instruction publique, l’accès aux grandes œuvres, etc. Que nenni. Sa refondation, c’est la reprise de la démolition commencée sous Savary, Jospin et Lang. Tout cela serait tragique, si l’on prenait les chefs d’escadrille de M. de Hollande pour autre chose que ce qu’ils sont. Et le tragique s’évanouit d’un coup quand on apprend que la refondation de l’école consiste à ajouter trois jours de congés supplémentaires à la Toussaint aux chers camarades du clergé enseignant et à multiplier les emplois factices pour remplacer les innombrables enseignants absents pendant les semaines qui précèdent ou qui suivent les vacances légales. Pour un ministre, ça, c’est un chef d’escadrille !  

 

           

06 novembre 2012

Pacte

 

 

En latin, pactum, auquel est emprunté pacte, a pour sens « traité », « accommodement », « convention ». C’est dans ce sens que le nom pacte, écrit souvent pact ou pat (Furetière, en 1690, continue à l’écrire pact, bien que Vaugelas, en 1647, ait décidé que « pact ne valait rien du tout » et qu’il fallait y préférer pacte), est attesté au début du XIVe siècle : « li pat vainquent les lois » (les accords sont au-dessus des lois) et qu’il est défini dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française ; en 1694 et 1762 (première et quatrième éditions), « convention » (« il y a pacte entre eux ») ; 1835 (sixième édition) : est ajouté l’emploi de pacte de famille ou « accord fait entre les membres d’une famille souveraine occupant des trônes différents », que Littré définit plus explicitement ainsi : « traité conclu en 1761 entre la France et l’Espagne, par lequel toutes les branches de la maison de Bourbon s'obligeaient à se soutenir mutuellement », emploi qui n’est plus relevé dans la huitième édition (1935) du Dictionnaire de l’Académie française, sans doute parce que les affaires royales étaient devenues désuètes dans une République triomphante. Dans cette édition, le mot n’est plus défini par le seul équivalent convention, mais par la description : « convention qui est, en général, accompagnée d’actes publics qui lui donnent un caractère d’une importance particulière ».

Ce que les académiciens notent en 1694, ainsi que dans les éditions suivantes de leur Dictionnaire, c’est, dans les exemples cités (« cela ne se peut sans pacte avec le diable »), l’emploi de pacte dans un contexte de diableries, cet emploi étant attesté (entrer en pacte avec le diable) au début du XVIIe siècle. Contrairement à ce qui en a été dit, le XVIIe siècle n’a pas été seulement le siècle de la raison, de la mesure, de l’ordre ; il a été aussi celui de l’omniprésence du diable, de l’usage abusif des poisons, du recours à la magie et des croyances superstitieuses. Furetière, bien qu’il fût membre de l’Académie française, n’est pas retenu par les scrupules bienséants de ses collègues. Dans son Dictionnaire universel (1690), il s’étend longuement sur le sens sulfureux de pacte : « il se dit particulièrement des consentements qu’on donne aux impostures et sortilèges de ceux qui prétendent faire des choses merveilleuses par la puissance ou le ministère du Diable : et en ce cas, on distingue un pact exprès, quand on donne un consentement formel à ces impostures ; et un pact tacite, quand on pratique leurs enseignements ou cérémonies sans faire une renonciation expresse à tout commerce avec les puissances infernales », confirmant de fait que le siècle du Roi Soleil a pactisé avec le Diable d’abondance.

 

C’est au XVIIIe siècle, chez Rousseau, que la diablerie entre dans le social et même, comme on dit aujourd’hui, le sociétal : « le pacte social établit entre les citoyens une telle égalité qu’ils s’engagent tous sous les mêmes conditions et doivent tous jouir des mêmes droits » (in Contrat social). Alors se déclenche l’extension de ce nom à toutes les réalités imaginables, à condition qu’elles soient sociales : pacte pour l’emploi, pacte pour le logement, pacte écologique et pacte présidentiel de Madame Royal en 2007 et le maintenant célébrissime PACTE pour la COMPETITIVITE du sieur Gallois, PDG de toutes les entreprises nationalisées ou d’Etat qui sont, ont été ou seront en France. Selon les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-1994), à l’origine, pacte serait un terme de droit (« convention expresse ou tacite, en principe immuable, entre deux ou plusieurs parties »), ce que les exemples cités ne confirment pas : « on viole le pacte non écrit qui lie les gens d’une certaine caste ; on devient celui contre qui, s’il s’obstine, tout sera permis » (Mauriac, 1940) ; « l’amitié est un pacte, où l’on fait la part des défauts et des qualités » (Maupassant, 1884). Du droit civil (pacte de préférence, « convention par laquelle le propriétaire d’un bien, pour le cas où il le vendrait, le réserve au bénéficiaire de la clause, de préférence à toute autre personne, pour un prix déterminé ou déterminable ») et du droit international (« accord conclu entre Etats » ; pacte de non-agression, pacte de la Société des Nations, pacte atlantique), le nom pacte passe à l’histoire économique (pacte de famine, « accord qui aurait été conclu entre des financiers au XVIIIe siècle pour s’assurer le monopole des grains »), à la société (pacte social, « convention par laquelle les hommes sont unis en société et défèrent pouvoir et autorité à certains d’entre eux »), à l’économie (pacte colonial, « système élaboré pour régler les relations douanières entre les colonies et les puissances européennes, par lequel le marché colonial est réservé à la métropole et le monopole du pavillon est réservé à la marine métropolitaine »). Outre « convention », les auteurs du Trésor de la Langue française donnent à pacte le sens de « résolution par laquelle quelqu’un décide de rester fidèle à quelque chose » et, par métonymie, celui de « accord constant » avec la chance, l’enfer, la lâcheté, la mort.

Soit le pacte pour la compétitivité. Ce serait de l’impiété inutilement insolente que de supposer que le bureaucrate qui a rédigé ce pacte pour les chefs d’escadrille qui ne volent pas et qui, ne volant plus, sont ministres, députés, sénateurs, maires, présidents de CG, de CR et autres conseils, commissions, comités à jetons de présence, mais tous du même bord que le chef des chefs d’escadrille, a passé un pacte avec le diable ou avec d’autres forces malfaisantes. Il est évident aussi qu’aucune convention n’a été signée entre ce bureaucrate et les citoyens, ni accord, ni traité, ni accommodement. Ce pacte est un énième rapport qui, enfonce les portes ouvertes et qui, pour cacher qu’il les enfonce, est baptisé pacte.

 

05 septembre 2012

Esclavage

 

 

C’est en 1599, chez un écrivain méconnu, Blaise de Vigenère, que le nom esclavage, dérivé de l’adjectif et nom esclave, est employé pour la première fois. Malherbe disait et écrivait esclavitude, qu’il préférait à esclavage, sans doute parce que le suffixe age sert à former des noms d’action à partir d’un verbe (nettoyer, nettoyage ; brosser, brossage ; etc.) ou à former des noms désignant un ensemble (feuilles, feuillage ; branches, branchage ; langues, langage ; etc.). C’est oublier que age peut former aussi des noms, à partir d’adjectifs ou de noms, tels serf, esclave, veuve, pour désigner un état : servage, esclavage, veuvage. Vaugelas n’aimait ni esclavage, ni esclavitude. On ne sait si son aversion était due aux mots mal formés ou à la chose, l’état d’esclave, qu’ils désignent : « il faut éviter l’un et l’autre, tant qu’il est possible, et je ne suis pas seul de cet avis », écrit-il dans ses Remarques sur la langue française. De cela, Littré conclut triomphalement que « le puriste s’est trompé sur le sort d’un de ces mots ; esclavage est entré pleinement dans l’usage ». Pour les malheureux qui ont eu à endurer l’état d’esclave (certains l’endurent encore), il eût mieux valu que le nom n’entrât point dans l’usage : cela aurait signifié que la chose n’a pas existé.

            Le nom esclavage est enregistré dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de la première (1694) à la neuvième, celle qui est en cours de publication. D’une édition à l’autre, la définition est identique : en 1694 comme en 1932-35, c’est « état, condition d’un esclave ». Les adjectifs qui qualifient esclavage sont « rude, dur, cruel, perpétuel » (de 1694 à 1935). En revanche, dans l’édition en cours de publication de leur Dictionnaire, la neuvième, les Académiciens donnent des gages à leur époque. Ils se croient obligés de « généraliser ». L’esclavage n’est plus la « condition d’un esclave », mais la « condition de l’esclave ». Un esclave, c’est un homme (ou une femme) réel, vivant, en chair et en os. L’esclave, c’est déjà une idée. On voit un esclave, on ne voit pas l’esclave. De l’abstraction, la définition bascule dans le sociologisme : « condition de l’esclave et, par extension, institution sociale fondée sur l’existence d’une classe d’esclaves », avec les trois mots fétiches, institution, sociale, classe, de la grande religion sociale moderne.

            En revanche, ce qui a changé, surtout à compter du milieu du XIXe siècle, ce sont les exemples qui illustrent l’esclavage. De 1694 à 1798, dans les cinq premières éditions, la définition est suivie de ces deux phrases : « il était en esclavage en Turquie » et « il aima mieux mourir que de tomber en esclavage » ; dans la sixième édition, en 1832-35, la Turquie est remplacée par Tunis : « il était en esclavage à Tunis », mais le second exemple est maintenu : « il aima mieux mourir que de tomber en esclavage ». Autrement dit, pendant près de deux siècles, les seuls exemples d’esclavage qui vinssent à l’esprit de nos ancêtres étaient ceux de chrétiens, français, italiens, espagnols ou autres, capturés, mis aux fers et vendus dans les pays d’islam : Turquie et Tunisie. Il y a deux siècles, l’infibulation, que l’on peut résumer par la maxime motus et bouche cousue, n’était pas obligatoire : on était autorisé à dire les faits, tels qu’ils étaient établis. Aujourd’hui, ces faits vaudraient à l’imprudent qui oserait les rappeler procès à répétition, mise au pilori à vie, séjour prolongé dans les camps de rééducation forcée du PCF, de la LCR, de Sauce raciste, du PS, de la HALDE ou du MRAP.

Dans L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (1751-65), un long et très bel article, inspiré par De l’esprit des lois de Montesquieu est consacré à l’esclavage. Toutes les formes d’esclavage, religieuses ou profanes, antiques ou modernes, sont jugées contraires à l’état de nature, au droit naturel, à la bonne marche de la société et sont condamnées au nom de la morale, du droit, de la politique, de l’économie. « La loi du plus fort, le droit de la guerre injurieux à la nature, l’ambition, la soif des conquêtes, l’amour de la domination et de la mollesse, introduisirent l’esclavage, qui, à la honte de l’humanité, a été reçu par presque tous les peuples du monde ». Voilà qui est bien. Pourtant, l’auteur, qui s’étend longuement sur l’esclavage dans la Grèce, l’Italie, Israël, l’Europe antiques et sur l’esclavage des Noirs, est discret sur l’esclavage islamique, auquel il ne consacre qu’un seul court paragraphe. Cet esclavage qui a duré près de quatorze siècles et qui a touché au moins près de vingt millions de malheureux est réduit au seul esclavage des femmes dans les harems : « dans tous les états mahométans, la servitude est récompensée par la paresse dont on fait jouir les esclaves qui servent à la volupté. C’est cette paresse qui rend les sérails d’Orient des lieux de délices pour ceux mêmes contre qui ils sont faits. Des gens qui ne craignent que le travail, peuvent trouver leur bonheur dans ces lieux tranquilles ». Passées à la trappe les formes multiples de l’esclavage islamique (travail, humiliation, domesticité, mines, guerre, etc.), le rapt d’enfants d’infidèles, les garçons, pour en faire des janissaires ou des mamelouks ; les fillettes, des putes.

Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) est l’un des premiers lexicographes qui aient renouvelé les exemples d’esclavage au sens de « état d’esclave dans l’antiquité » ou « état d’esclave chez les modernes » : ce sont « l’esclavage chez les Grecs et chez les Romains, emmener, réduire en esclavage des femmes, des enfants » et « l’esclavage des nègres », qui efface la Turquie ou Tunis. A partir de la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), les Académiciens lui emboîtent le pas. Il est vrai que l’affaiblissement, puis la disparition, de l’Empire ottoman a rendu impossible, en Méditerranée du moins, l’esclavage arabe et islamique, qui a perduré en Mauritanie, au Niger et, bien entendu, dans la péninsule arabique et dans la chère Arabie saoudite de la tolérance obligatoire. Le sens « état, condition d’un esclave » n’est plus illustré par « il était en esclavage en Turquie », mais par « l’esclavage chez les Grecs et les Romains, l’esclavage des nègres, emmener, réduire en esclavage, l’abolition de l’esclavage » et, dans la neuvième édition, par « l’esclavage chez les Grecs et les Romains, l’esclavage des Indiens d’Amérique, l’esclavage des Noirs, du XVIe siècle au XIXe siècle, emmener, réduire en esclavage des ennemis vaincus, la lutte contre l’esclavage, l’abolition de l’esclavage ». Ces exemples, en particulier « l’abolition de l’esclavage », laissent accroire que l’esclavage est une réalité disparue ou historique, propre à une période close de l’humanité, laquelle aurait avancé en un siècle sur le chemin du progrès infini. Rien n’est moins vrai. L’esclavage prospère un peu partout, même en France. Les associations qui viennent en aise à ceux ou à celles qui tentent de se libérer de ce joug évaluent à plusieurs dizaines de millions les enfants, les femmes, les vieillards, même les hommes dans la force de l’âge, qui endurent une condition d’esclave, et non pas la « condition de l’esclave », sans que l’esclavage soit, comme l’écrivent si joliment les Académiciens, une « institution sociale fondée sur l’existence d’une classe d’esclaves ». Même les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-94), qui se réclament d’une science objective et impartiale, occultent, dans les exemples qui illustrent le sens « état d’esclave », les formes d’esclavage moderne (« l’esclavage antique, l’esclavage des nègres, abolir l’esclavage ») et la réalité, pourtant attestée pendant près de quatorze siècles, de l’esclavage arabe ou islamique. Ils citent « l’esclavage aux Etats-Unis » ou « la transformation de l’esclavage antique en servage », comme sous la plume de Jaurès, l’incontournable : « quand, après l’effondrement de la société antique et du régime romain fondé sur la conquête, l’esclavage fut amendé en servage, les serfs aussi furent sur la glèbe objets de quelque propriété individuelle » (1901). Même dans la liste des syntagmes ou groupes de mots dans lesquels s’emploie le nom esclavage (« esclavage civil, domestique, dur, pénible, vil, les chaînes de l’esclavage, abolition, suppression de l’esclavage, partisans de l’esclavage, tomber, réduire, soumettre en esclavage, affranchir de l’esclavage, arracher à l’esclavage »), il n’est fait aucune allusion à l’esclavage arabe et islamique, qu’une fatwa a rétabli au Soudan dans les années 1980-90 lors de la guerre faite aux populations animistes ou chrétiennes du Sud, ni même à l’esclavage moderne, pourtant avéré par d’innombrables faits.

 

 

28 août 2012

Raccommoder

 

"Raccommoder ce pays", dixit Dame Aubry à La Rochelle (PS).

 

 

« Raccommoder la France », tel est l’objectif que Dame Aubry, fille de l’Or, Chef de la Bannière socialiste de Lille, des Flandres et du Hainaut, vient de fixer au gouvernement de Monsieur de Hollande. Rien que ça, pourrait-on dire. Voilà qui ne monte pas très haut : il est vrai que Dame Aubry est courte sur pattes et que des hauteurs où elle se tient, elle voit surtout des bas à raccommoder.

Raccommoder (Dictionnaire de l’Académie française, 1694), c’est « refaire, rajuster, remettre en état » une maison, un mur, un plancher, un habit, un bas de soie, des bottes, des portes, des vitres, un pistolet, une selle, une coiffe. Il ne serait pas venu à l’esprit de nos ancêtres que l’action de raccommoder pût s’appliquer à la France : ils raccommodaient leurs chaussettes, pas un pays. Dans ce même dictionnaire, un autre sens est indiqué. Raccommoder, c’est aussi « remettre d’accord des personnes qui se sont brouillées après un (premier) accommodement » : apparemment, telle n’est pas l’intention de Dame Aubry. Elle n’entend réconcilier personne et surtout pas se réconcilier avec ceux avec qui elle s’est brouillée naguère, ni avec les ouvriers, ni avec les prolétaires, ni avec les travailleurs, ni avec les chômeurs. Elle ne se raccommode qu’avec les camarades de sa Bannière – à peine cent personnes, pas plus.

Sauf à laisser accroire que ces cent camarades sont la France, elle ne raccommodera rien, même pas sa perruque ou ses jupes, car raccommoder, c’est aussi « remettre dans une situation plus convenable, plus propre et plus selon la bienséance » (DAF, 1762) – ce qu’elle ne fera sans doute pas, à moins qu’elle ne confie à ses amis musulmans le soin de faire à Lille ou ailleurs cette opération de raccommodage par l’imposition de la loi islamique. Auquel cas, tout sera parfaitement accommodé ou raccommodé, surtout la tenue indécente des « femelles de France », comme on dit dans les parages de l’islam.

 

 

09 juillet 2012

Austérité et rigueur, mots haram

 

 

            Le nom austérité, emprunté du latin (« caractère de ce qui est sévère, dur »), est attesté au XIIIe siècle, alors que rigueur, emprunté lui aussi au latin (rigor signifie au sens propre « raideur, dureté » et au sens figuré « sévérité »), est attesté à la fin du siècle précédent. Ces noms, relativement anciens, appartiennent à la langue de la morale et, dans la Rome antique, la morale, celle de Caton ou de Sénèque, était « dure », « sévère », « austère », à mille lieues de ce qu’est la morale publique actuelle (la privée ne regarde personne), surtout celle des hommes politiques. Rien ne leur est plus étranger que l’austérité et la rigueur, vu l’ardeur avec laquelle ils aspirent l’argent public vers leurs propres comptes, ceux de leur famille, de leur clan, de leur parti, de leurs affidés et de leur clientèle.

Pendant trois siècles, l’austérité a été la « mortification », la « rigueur » qu’on exerce sur son corps » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694), celles-ci s’exerçant par la règle monastique (il n’a pu supporter l’austérité de sa règle ; il y a beaucoup d'austérité dans ce monastère) ou « la rigueur qu’on exerce sur son corps », la « mortification des sens et de l’esprit » (1762, Féraud 1788, 1798, 1835, Littré 1872) ou encore la « rigueur des pratiques et des doctrines religieuses », la « mortification des sens et de l’esprit » (1932-35). On imagine mal Djihad* SK (*le prénom a été changé, de peur que les Français se prénommant Dominique ne se sentissent stigmatisés de porter le même prénom que ce « Djihad ») se mortifier le corps, les sens et même l’esprit, non plus que tous ses camarades députés, sénateurs, ministres, présidents de ceci, présidents de cela, maires, maires et députés, maires et sénateurs, maires et présidents, chefs de la Bannière de leur département ou de leur région, etc.     

En passant du latin au français, rigueur a perdu son sens propre (« raideur ») et n’a plus que des emplois figurés : « sévérité inflexible », « manière stricte d’appliquer les lois », (au pluriel) « dispositions répressives », « dureté pénible à supporter » (rigueur de l’hiver), « exactitude, précision ». Il suffit de consulter les anciens dictionnaires pour comprendre pourquoi la rigueur effraie les belles âmes, les bobos, les journaleux, les sciencieux du social et en conséquence, les « élus » du « peuple », qui se font de plus en plus souvent les laquais de leurs maîtres de la finance et de l’islam milliardaire. Dans le Dictionnaire universel (Furetière, 1690), les exemples ont de quoi faire frissonner de peur les cours de récréation de maternelle et les amphithéâtres de Sciences Po : « les crimes ne sont pas si communs quand on les punit à la rigueur (comprendre avec rigueur) » ; « il faut renouveler la rigueur des lois » ; « cette fille n’a pas assez de santé pour souffrir la rigueur, l’austérité de la règle ». Il est pourtant un sens positif qui devrait justifier l’emploi courant de ce mot par les hommes politiques : c’est « exactitude », « précision » (exemple : « ce texte, ce passage se doit ainsi interpréter à la rigueur, sans étendre son sens ; dans les cas odieux on doit observer la disposition des lois à la rigueur ; dans les cas favorables, on les peut étendre et adoucir »). Dans le Dictionnaire de l’Académie française, la rigueur, telle qu’elle est définie, pourrait faire se voiler les grenouilles de mosquée : c’est, outre « sévérité, dureté, austérité » et « grande exactitude, sévérité dans la justice » (les juges sont obligés de suivre la rigueur des lois ; juger suivant la rigueur des ordonnances), l’exemple « on appelle la loi de Moïse loi de rigueur, par opposition à la loi nouvelle, qu’on appelle la loi de grâce » (comprendre, celle du Christ) (1694, 1762, 1798, 1835, 1932-35).

L’article du Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) est un condensé de choses qui nous paraissent désagréables aujourd’hui, au point de discréditer le nom qui les désigne, mais qui n’apeuraient en aucune façon les Français des siècles classiques : « dureté qui agit avec une sévérité inflexible » ; « ce qui est rude, âpre, difficile à supporter » ; « grande exactitude, grande sévérité dans l’application des règles » ; « caractère d’un raisonnement auquel l’esprit ne peut résister », mais, ajouterai-je, auquel les esprits modernes ne parviennent pas à se plier. Avec de tels emplois, on comprend aisément que rigueur, dans cet Etat allo maman bobo socialo dont s’est dotée la France « postmoderne » de M. de Hollande, soit interdit, prohibé, tabou, haram, et que tout soit fait pour en atténuer ou adoucir le sens, comme dans l’expression à la rigueur. Dans la langue des anciens Français, elle signifiait, comme dans la dernière rigueur, à la dernière rigueur, à toute rigueur, en toute rigueur, « dans la dernière exactitude, dans la dernière sévérité ». Aujourd’hui, ce sens est tenu, dans le Trésor de la langue française (1971-94) pour vieux ou littéraire, le sens courant étant tout à l’opposé : « dans la mesure strictement nécessaire, à tout prendre » (DAF, 1932-35) et « en allant à la limite de l’acceptable » ou « en cas de nécessité absolue, s’il n’y a pas d’autre solution ». C’est ce que pourraient déclarer nos ministres : on ne fera de politique de rigueur qu’à la rigueur, c’est-à-dire « s’il n’y a pas d’autre solution ». Depuis au moins trente ans, il n’y a pas d’autre solution.

La novlangue étant la seule qu’entendent MM. Mamadou* de H. et son chef de gouvernement M. Ahmed* A. de Saint-Herblain (*les prénoms ont été changés, pour que tous ceux qui se prénomment « François » ou « Jean-Marc » et qui sont innocents ne soient pas injustement stigmatisés), il semblerait que désormais, le socialisme étant restauré, austérité et rigueur soient deux mots tabous, c’est-à-dire, si on traduit tabou, ce mot d’origine polynésienne, en bobo (pas de panique, de Bobo-Dioulasso), deux mots haram et qu’il est interdit de prononcer. Même si, dans la réalité et en dépit de quelques milliards prodigués à la clientèle (rétablissement de la retraite à 60 ans pour les camarades fonctionnaires, augmentation de la prime de rentrée scolaire, suppression de la franchise de 30 € annuels imposée aux étrangers venus se faire soigner gratuitement en France – privilège qui est refusé aux assurés sociaux, etc.), l’heure de la rigueur et de l’austérité, et même de la plus extrême des austérités, a sonné. Il est vrai que ces deux mots ont basculé de la morale la plus rude et de la règle de monastère à l’économie. Le basculement s’est produit il y a moins d’un siècle. En témoigne l’article austérité du Trésor de la langue française (1971-94) : « spécialement, en économie politique, politique visant à restreindre la consommation par divers moyens, comme la restriction du crédit, l’aggravation fiscale, etc. » et de la neuvième édition (en cours de publication) du DAF : « en économie, politique d’austérité, politique financière et économique qui tend à réduire les dépenses des entreprises et des particuliers ». La réduction des dépenses des entreprises et des particuliers par l’augmentation massive des impôts, faisant des Français le peuple le plus lourdement imposé au monde, a commencé ; c’est donc la rigueur et l’austérité pour tous, sauf pour l’Etat, les collectivités publiques, la Sécurité sociale, qui peuvent encore dépenser sans compter ; mais plus pour longtemps. L’austérité imposée aux entreprises et aux citoyens va être étendue sous peu (l’Allemagne et l’UE décident du calendrier : dans deux ou trois mois ?) à l’Etat et à tous ceux qui prospèrent encore avec l’argent public. A eux bientôt de connaître la rigueur et l’austérité, quoi qu’en prétendent M. Mehmet* A. de Saint-Herblain (* prénom changé pour des raisons que tous les Jean-Marc de France comprendront) et ses fans qui l’ont applaudi en transe quand il a annoncé que l’austérité n’était pas pour les politiciens. 

 

 

03 juillet 2012

Concertation

 

 

 

            Voilà un mot moderne et même hypermoderne, étant spécifique des discours syndicaux et politiques, d’où il a contaminé la langue. Il est attesté en 1963 au sens de « discussion en vue d’aboutir à un accord » : accord syndical, et non accord musical. Dans le Trésor de la Langue française (1971-94), il est relevé au sens de « action de se concerter » et au sens de « mode d’administration ou de gouvernement dans lequel les administrés, les citoyens, les salariés, etc., sont consultés, et les décisions élaborées en commun avec ceux qui auront à les appliquer ou à en supporter les conséquences ». Le premier sens est illustré de cet exemple « la concertation des salariés est beaucoup plus voyante (...) et attire particulièrement l’attention des autorités » ; le second de « une politique de concertation », « la nécessaire concertation en matière d’initiative et de financement des équipements » (1967). Les académiciens l’ignorent dans les éditions de leur Dictionnaire publiées entre 1694 et 1935, et pour cause : il était dans les limbes. Dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, concertation est défini ainsi : « action de se concerter avec d’autres personnes ; spécialement, le fait de réunir, pour les consulter, toutes les parties intéressées à un problème politique, économique ou diplomatique ». Ce qui fait le succès de ce mot, c’est l’air du temps. L’époque est aux équipes (tous ensemble, tous ensemble), aux communautés, au et aux collectif(s) et autres collectivités, collectivismes, collégialités.  Elle a donc fait de concertation son oriflamme, dans laquelle son essence se cristallise.

Pour comprendre comment ce mot moderne en est venu à signifier la modernité actuelle, il faut se reporter au verbe concerter dont il dérive et qui, lui, est très ancien. En fait, ce verbe est double. Dans un premier emploi, attesté au XVe siècle, il signifie « projeter quelque chose en commun » ; et dans ce sens, il est employé pronominalement, se concerter, au milieu du XVIIe siècle. C’est l’embryon des emplois modernes de concertation. Dans un second emploi, attesté en 1623, il a pour sens « faire de la musique ». Ces deux emplois sont relevés dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française, sauf dans la huitième (1932-35), où le sens musical est ignoré ; sans doute, parce qu’il est jugé vieux, comme l’indiquent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94).  Pourtant, les académiciens, dans les différents articles qu’ils consacrent à concerter, citent en premier le sens musical. Ainsi en 1694 « étudier et répéter ensemble une pièce de musique pour la bien exécuter quand il en sera temps » et « faire concert » (exemples : on concerte souvent chez un tel, ils concertent ensemble). Ils font du plus ancien des deux sens un sens figuré, dérivé du premier (ce qui est inexact), et ils le citent en dernier : « il signifie aussi figurément conférer ensemble, pour exécuter un dessein et pour convenir des moyens de faire réussir, une intrigue, une affaire ». Le sens réciproque n’est relevé que qu’à partir de la quatrième édition (1762 : « en ce sens, il est aussi réciproque », comme dans la phrase « ils se concertèrent longtemps avant que de faire telle chose »). Dans les éditions suivantes (1798, 1832-35), l’ordre dans lequel les sens sont exposés est maintenu : le sens musical d’abord, puis le sens ancien tenu pour figuré. Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), rompt avec cet ordre inexact. Le premier sens qu’il relève est « projeter de concert avec un ou plusieurs » ; le second sens est le sens musical : « faire un concert ». Le premier sens n’est plus présenté comme le développement figuré du second sens. Les académiciens, dans la huitième édition, 1932-35, de leur Dictionnaire, ne relèvent que le sens le plus ancien « préparer en vue d’une exécution avec une ou plusieurs personnes » (« concerter un dessein, une entreprise, l’exécution d’une affaire », « ils avaient bien concerté leurs mesures », « un plan concerté », « des mesures bien concertées »), ainsi que l’emploi pronominal de ce verbe : « se concerter signifie s’entendre avec une ou plusieurs personnes en vue de l’exécution d’une affaire, d’une intrigue, etc. » Les auteurs du Trésor de la Langue française adoptent l’ordre « juste » choisi par Littré : « 1. étudier, préparer une question, seul ou en accord avec d’autres personnes » ; et « 2 en musique, vieux, exécuter des morceaux de musique lors d’un concert ». C’est l’ordre adopté par les académiciens dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire : « 1. Projeter quelque chose, en accord avec une ou plusieurs personnes » ; « 2. (langue) classique, musique, tenir sa partie dans un orchestre ».

            Dans le premier emploi, concerter est emprunté au latin concertare, signifiant « combattre, rivaliser, se quereller » en latin classique (Dictionnaire latin français de M. Gaffiot). Ce sens a été retourné en quelque sorte dans la langue latine du christianisme. Le sens agressif a été effacé au profit d’un sens apaisé. Ce n’est pas « combattre », mais « agir ensemble, agir dans un but commun ». La rivalité ou les querelles ont été transformées en actions communes. Plutôt que de se battre, agissons ensemble. En français moderne, c’est donc le sens chrétien qui perdure, non pas « se quereller », mais « agir » de concert. Dans le second emploi (« faire de la musique »), concerter est un verbe de formation française, dérivé du nom concert. Ce que les auteurs de dictionnaires ne mentionnent pas, sauf les auteurs du Trésor de la langue française, dans la rubrique « histoire » de l’article concerter, c’est le sens chrétien de ce verbe, « agir ensemble », « agir dans un but commun ». C’était le sens chrétien ; c’est devenu le sens syndical et socialiste, et le seul horizon du nouveau régime, celui de Monsieur Mohammed* de H. (*le prénom, comme dans le journal Le Monde, a été changé, afin de ne pas stigmatiser la communauté des sous-chiens) que le gouvernement de M. Abdallah* A. de St-H (* le prénom a été changé : ALJ aurait pu opter pour Vladimir, mais il aurait été indécent de stigmatiser la communauté orthodoxe russe) est chargé de mettre en musique – de « concerter » donc. Une seule solution, la concertation !

Le triomphe de concertation dans les discours syndicaux et politiques, confirme un phénomène récurrent, observé à plusieurs reprises dans la nouvelle langue française, à savoir le lent effacement de tout ce qui est chrétien et l’appropriation des mots chrétiens par les fanatiques du socialisme et de sa restauration. La musique elle-même à laquelle réfèrent concerter et concertation est touchée par ce grand dérangement des mots. Entendue dans un sens moderne, elle n’est plus qu’accords syndicaux, concertations préalables, mise en sons de l’idéologie.

 

29 juin 2012

Récépissé

 

 

Voilà un bon et vrai mot latin qui, employé dans la langue du droit puis de l’administration, a été francisé à force d’accents aigus sur les trois e. En latin, c’est un infinitif – plus exactement l’infinitif parfait (en français, il correspond à la forme composée de l’infinitif) du verbe recipere, « recevoir » : donc recepisse, c’est « avoir reçu ». Si le mot est devenu français, c’est à la suite de son emploi dans la formule cognosco me recepisse en usage dans la langue du droit : « je reconnais avoir reçu ». C’est ce qu’indiquent clairement les académiciens en 1694 dans la première édition de leur Dictionnaire : « ce terme est purement latin, ainsi que plusieurs autres qui sont demeurés dans la pratique (celle des tribunaux), parce qu’autrefois les expéditions (c’est-à-dire les dépêches, les ordres, les instructions) se faisaient en latin ». Le sens est défini ainsi : « écrit par lequel nous confessons qu’une personne nous a remis entre les mains quelques papiers qu’il faut lui rendre ». Dans les éditions ultérieures de ce dictionnaire, le verbe confesser, dont on a jugé qu’il sentait trop fort la religion sans doute, a été remplacé par le verbe reconnaître, plus neutre et moins connoté : « écrit par lequel on reconnaît avoir reçu des papiers, des pièces, etc. » (1762, Féraud 1788, 1798, 1835, 1932-35, où sont ajoutés : « des titres, une somme d’argent »), définition illustrée de ces exemples, banals à dire vrai : « je lui donnerai, je lui communiquerai ces pièces sous ou sur un bon récépissé », « je vous en donnerai mon récépissé », « quand vous me rendrez mes récépissés, je vous rendrai tous vos papiers ».

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne se contente pas du seul « écrit par lequel on reconnaît avoir reçu en communication ou en dépôt des papiers, des pièces, etc. » ; il ajoute à la définition un emploi propre aux finances : « reçu par lequel les employés des caisses publiques reconnaissent que des sommes ou objets leur ont été versés » (« récépissés de marchandises »). C’est cet emploi « financier » sur lequel insistent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « document constatant qu'un papier, un objet, une somme d'argent a été reçu en communication ou en dépôt » (synonymes : accusé de réception, quittance, reçu), sens qui est illustré de ces exemples : « les récépissés de la banque ; délivrer, donner, exiger, rendre un récépissé ; être muni d'un récépissé ; communiquer des pièces sous/sur un bon récépissé ; récépissé de déclaration ; « va déposer ton prix à la caisse d’amortissement, cours, car je ne te reçois plus sans le récépissé de la somme » (Balzac, 1846).

            Le gouvernement de M. Ayrault de Saint-Herblain, qui entend restaurer en France le socialisme, la justice, le vivre-ensemble, la diversité (ethnique, mais pas celle des opinions), et tout ce que l’on voudra d’autre, l’Ancien Régime de Mitterrand, de Blum, de Jaurès, de Ferry, de Robespierre, la misère pour tous, la gabelle, les champarts, la dîme, le contrôle des changes, l’abolition de la prostitution, etc. veut contraindre par la loi les policiers à remplir un récépissé et à le communiquer à toute personne dont l’identité aura été contrôlée, en particulier dans les lieux publics que contrôlent les délinquants, les voyous, les dealers, les voleurs à la tire, les agresseurs de vieilles dames… Vu que les affaires de ces voyous sont juteuses et rapportent gros, le gouvernement Ayrault de Saint-Herblain a très naturellement et très judicieusement (dans la perspective qui est la sienne) exhumé de la vieille langue latine du droit ce terme qui fleure bon l’Ancien Régime et qui ne doit sa survie qu’à ses emplois dans la banque, la finance, les affaires louches. Ce n’est pas la première fois qu’un simple mot, en apparence anodin ou insignifiant, dévoile la véritable nature d’un Régime qui se met en place pour restaurer ce qui a été naguère source de cauchemars et va l’être à nouveau. Le verbe confesser de la définition de 1694 est un véritable papier tournesol qui inverse les rôles : les fautifs, ceux qui ont à se repentir des péchés qu’ils commettraient à chaque instant, ce sont les policiers, pas les voyous. Cela n’épuise pas le ridicule de cette affaire de récépissé. En théorie, l’Etat est le seul détenteur de la force ou de la violence, laquelle, exercée par l’Etat, au nom de l’intérêt public ou général, devient légitime. La police ne fait qu’appliquer cette violence légitime pour protéger les citoyens et surtout les plus faibles des citoyens français, ceux qui, à la différence de Monsieur de Hollande et de ses ministres, ne sont pas protégés par des armées de gardes du corps, entraînés à tuer et surarmés. Or, c’est à ces policiers qu’il est demandé, non pas de protéger les citoyens, mais de passer sous les fourches caudines des voyous, afin que ceux-ci vaquent en toute impunité à leurs activités criminelles et que, munis de leur récépissé, c’est-à-dire de ce « sésame protecteur », ils puissent parader et échapper à toute arrestation, en cas de délit constaté. Ce récépissé imbécile est le signal que l’Etat adresse aux voyous pour leur signifier qu’il leur incombe désormais de contrôler les lieux publics mal famés et les citoyens qui ont l’inconscience de s’y aventurer.

 

 

 

 

 

 

 

11 juin 2012

Lapidation, mot interdit

 

 

 

Lapidation, lapider, lapidateur sont trois mots tabous aujourd’hui, qu’il est formellement interdit de prononcer, de peur que les ressortissants des colonies islamiques récemment établies en France et en Europe ne se sentissent stigmatisés par des mots qui suintent la barbarie. Lapidation, emprunté au latin lapidatio, « action de jeter des pierres », est attesté au XIIIe siècle, où il est en concurrence avec lapidement, dérivé du verbe lapider, en particulier quand il désigne la mort en martyr de Saint Etienne : le lapidement de Saint Etienne.

Dans l’ancienne langue française, le mot est d’un emploi relativement rare. C’est la preuve que l’acte qui consiste à tuer autrui à coups de pierres, que ce soit pour des raisons religieuses ou comme sentence judiciaire ou pour tout autre raison, n’avait pas ou n’a pas eu d’existence en France. C’est aussi ce que l’on peut inférer d’une consultation des anciens dictionnaires. Dans celui de Furetière (1690), lapidation est défini comme la « mort ou la blessure causée par des coups de pierres jetées par une multitude de peuple ». Ce sens est illustré par des exemples pris à l’Antiquité et au monde juif ancien (« Paul assista à la lapidation de saint Etienne ; la lapidation était ordinaire chez les Juifs ; on abandonnait les criminels au peuple, qui les assommait à coups de pierre ») ou celui de l’Académie française (1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1879) : « supplice de ceux qu’on assommait à coups de pierre » (la lapidation de saint Etienne) et (neuvième édition, en cours de publication) « action de lapider, supplice que subit une personne qu’on lapide » (Le Deutéronome vouait à la lapidation le blasphémateur, l’idolâtre, le devin, la femme adultère).

Les rédacteurs de L’Encyclopédie (1751-64) en font, à juste titre, un supplice disparu, mais qui était « fort usité parmi les Hébreux ». « Les rabbins, est-il écrit dans cet ouvrage, font un grand dénombrement des crimes soumis à cette peine. Ce sont en général tous ceux que la loi condamne au dernier supplice, sans exprimer le genre de la mort ; par exemple, l’inceste du fils avec la mère, ou de la mère avec son fils, ou du fils avec sa belle-mère, ou du père avec sa fille, ou de la fille avec son père, ou du père avec sa belle-fille, ou d’un homme qui viole une fille fiancée, ou de la fiancée qui consent à ce violement, ceux qui tombent dans le crime de sodomie ou de bestialité, les idolâtres, les blasphémateurs, les magiciens, les nécromanciens, les violateurs du sabbat, ceux qui offrent leurs enfants à Moloch, ceux qui portent les autres à l’idolâtrie, un fils rebelle à son père et condamné par les juges (…) ». Dans les sociétés archaïques, la lapidation n'était pas seulement une façon judiciaire et épouvantable de donner la mort à des condamné(e)s, c'était aussi une façon de désigner le Mal ou le Diable et de le chasser du groupe. C'est le sens que prend la cérémonie rituelle de la lapidation à laquelle tout pèlerin de l’islam doit se plier à La Mecque : on sort en foule de la ville, on se rend dans le désert proche vers le Mont Arafat et on lapide celui que l’on nomme Chitan, Satan, Iblis, le Diable, le Démon, le Mal, pour purifier la communauté des vrais croyants et qu'elle ait enfin bonne conscience et ceinture dorée.     

Autrement dit, dans cette aire de civilisation que l’on appelle Occident, la lapidation est un supplice qui n’a jamais eu cours et qui, en théorie, n’a pas cours ou n’a pas lieu d’être. Tout s’y oppose : la loi, la compassion, le respect d’autrui, l’horreur de la barbarie et le message du Christ. En terre d’islam, la lapidation est un tube depuis toujours. Dès qu’il est question de la religion « d’amour » et de « paix », il est question de femmes lapidées ou de fiers lapidateurs, sans que la répétition à l’infini de ces actes incite journaleux, médieux, consciencieux du social, politiqueux, cultureux et socio-cultureux, à s’interroger sur l’islam et sur les réalités de l’islam : chut, silence dans les rangs, l’omerta est si assourdissante que l’on entend les mouches voler au-dessus des cadavres suppliciés en Iran, en Arabie, en Somalie, en Afghanistan, et ici ou là dans les bleds reculés de tel ou tel pays arabe.

Pourtant, le pieux silence n’empêche pas que des faits de lapidation se produisent en France, comme si la France était désormais le mont Arafat de La Mecque. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Rousseau emploie lapidation, non seulement pour désigner un supplice barbare, mais pour nommer le « fait d’être attaqué à coups de pierres » (1782) : « C’est dans cette île que je me réfugiai, après la lapidation de Motiers ». Or, il ne se passe de jour, que dis-je ? d’heure, de minute, de seconde, en France, « patrie des droits de l’homme » (patrie, que dis-je ? matrice), sans que de malheureux flics, conducteurs d’autobus, pompiers, etc. qui sont aussi des hommes ou des femmes, comme n’importe quelle Iranienne, soient attaqués à coups de pierres, les agresseurs ayant pris au préalable le soin de constituer une réserve de munitions, dont les dimensions et le poids sont parfaitement conformes à la loi islamique, ni trop petites, parce qu’elles ne feraient pas mal, ni trop grosses, parce qu’elles tueraient d’un coup, alors que le but est de tuer à petit feu le supplicié en le faisant souffrir le plus longtemps possible. Or, de ces lapidations, avérées, attestées, orthodoxes, conformes à la loi islamique, il n’est rendu compte nulle part dans les medias. Silence dans les rangs, on ne moufte pas mot, on fait dans son froc, au cas où… BHL ne montre pas ses seins à la télé. Ou bien en use de beaux euphémismes : caillasser, caillassage, caillasseur, jets de pierres… C’est qu’il faut que personne ne sache que l’on lapide en France et que les lapidateurs sont ceux qui, s’ils étaient restés dans leur pays, lapideraient en rigolant grassement les femmes dites adultères, les étrangers et bien entendu les juifs. Récemment, un dimanche, des catholiques ont été la cible de ce rite islamique à Carcassonne pendant la messe. S’ils aient été à Alger, au Caire, à Tunis, à Rabat, quoi de plus normal ? Après tout, pourquoi mettent-ils les pieds dans des pays où des dizaines de millions de bons musulmans exploitent des carrières de pierre, dans le but d’alimenter de belles lapidations ? Mais, c’était en France, dans une église, pendant de la messe. Ces braves fidèles ne sont-ils pas les suppôts de Satan au regard de l’islam ? De cela, les médias, comme d’habitude, se sont bien gardés d’informer les Français : c’est que, parmi ceux-ci désormais, il y a sans doute des musulmans qui se seraient sentis stigmatisés, non pas par les actes barbares de leurs coreligionnaires, mais par la petite et modeste publicité qui y aurait été donnée. D’ailleurs l’évêque du coin n’a-t-il pas publié un communiqué dans lequel il tient pour sans gravité la lapidation des chrétiens. Il n’a pas dit le mot tabou lapidation, mais le bénin jet de pierres. Il mérite le paradis d’Allah, cet évêque, où il copulera chaque jour qu’Allah fait avec soixante-dix houris éternellement vierges.   

 

02 juin 2012

Diversité (chroniques de la Restauration, an I)


 

 

La diversité est le nouvel horizon de la France et le seul. Il n’y en a pas d’autre. Foin de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. La diversité est le nec plus ultra, l’alpha et l’oméga, la réponse à tout de Monsieur de Hollande et de Monsieur Ayrault de Saint-Herblain, de Libération, du Monde, du Nouvel Observateur, du CRAN, du PMF, des mosquées de Paris, Créteil, Lyon, Evry, etc., du NPA, du PCF, du PS, etc.

Emprunté au latin diversitas, dont l’éventail sémantique assez large fait qu’il se traduit en français par « variété » ou « différence » et par « divergence » ou « contradiction », il est attesté dans la seconde moitié du XIIe siècle. Il est enregistré dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie de française, de 1694 à aujourd’hui, dans lesquelles le seul sens retenu est celui de « variété » et de « différence » (1694 : « diversité de religion, de vie, de fortune, d’objets, d’occupations, d’esprit, d’humeurs, d’opinions »), le sens défavorable du latin, à savoir « divergence » et « contradiction », n’étant pas relevé. Est-ce volontaire ? Quoi qu’il en soit, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) définit la diversité comme les académiciens : c’est « l’état de ce qui est divers ». De l’état, la diversité innerve l’Etat. Elle était ce qui est, elle devient ce qui doit être. Elle était le fait, elle est le droit. Autrement dit, faire de la diversité le nouvel horizon de la France, c’est faire de la réalité une obligation. En France seulement, surtout pas au Maroc, ni en Algérie, ni au Mali, ni en Arabie évidemment, pays à qui la diversité fait défaut et qui auraient besoin, ne serait-ce que pour prouver qu’ils ne sont pas totalement barbares, de métisser leur uniformité obligatoire d’un brin de diversité.

Dans le Trésor de la Langue française (1971-94), le sens usuel de « état de ce qui est divers » est illustré d’un extrait éloquent des Principes de géographie humaine (1921) du géographe Vidal de la Blache : « l’homme s’intéresse surtout à son semblable, et, dès qu’a commencé l’ère des pérégrinations et des voyages, c’est le spectacle des diversités sociales associé à la diversité des lieux qui a piqué son attention ». L’ère des voyages et des pérégrinations commence en 1492 avec les découvertes de nouveaux territoires, aussitôt conquis, et la constitution des empires. De fait, c’est dans les empires, quels qu’ils soient ou aient été, coloniaux ou non, que la diversité est la règle. La diversité de l’Algérie, du Maroc, de l’Egypte, de la Turquie, etc. ont été balayées, en quelques années, par la purification ethnique. La Russie, qui continue tant bien que mal l’immense empire colonial tsariste, puis soviétique, a gardé de cette grandeur enfuie un peu de l’ancienne diversité de l’empire qu’elle a longtemps contrôlé. La diversité se marie à merveille à la tyrannie : tous divers, pourvu que ce soit l’échine courbe et la tête basse. La diversité est la règle, à condition qu’elle fasse allégeance. Il en allait ainsi à Vienne du temps des Habsbourg. Hitler s’accommodait de toutes les diversités, surtout de l’islamique. Le Reich pouvait être divers et varié, aux couleurs de l’arc-en-ciel, à condition qu’il fût sien et sans juif. Il est donc dans l’ordre des choses que la diversité soit le mot d’ordre de la pensée unique, de l’idéologie dominante ou des tout puissants de l’empire pub com media. Les candidats à la servitude volontaire exigent en chœur que la diversité (écrit même divers-cités : ça en jette) devienne l’essence de la France nouvelle, à condition qu’elle soit autre que française ou chrétienne ou gréco-latine ou européenne. Ainsi va le monde. En 1920, la diversité était une richesse coloniale : elle l’est toujours, mais colonies, colons, colonisateurs, colonialismes se sont échangé leurs rôles. C’est toujours une affaire coloniale, mais les colonies ne sont plus en Afrique et les colons ne sont plus les Français. C’est sans doute cela la ruse ou le retournement de l’Histoire.    

 

De tous les lexicographes, les rédacteurs du Trésor de la Langue française sont les seuls à noter que le sens latin s’est maintenu en français : « caractère de ce qui est opposé, contradictoire ». Les synonymes en sont « divergence » ou « opposition ». Chez Maine de Biran, diversité a pour synonyme contrariété : « cette diversité ou contrariété des besoins ». Maine de Biran n’écrivait pas cela au XIIe siècle, mais au début du XIXe siècle : en 1816 exactement. Le philosophe Maurice Blondel illustre en 1893 ce sens, tenu à tort pour vieilli, par cette phrase : « par l’action s’entretient donc et se resserre l’unité du mécanisme vital, qui, formé d’un assemblage de parties, n’a de cohésion que par le concert idéal des fonctions ; par elle, la diversité des tendances antagonistes, sans être abolie, se fond en un accord au moins passager ». En latin, diversus, du verbe divertere (« se détourner, se séparer, divorcer, être différent »), dont dérive diversitas, est relevé dans le Dictionnaire Latin Français de Gaffiot avec deux sens : « à l’opposé d’un point » et « allant dans des directions opposées ou diverses ». Le nom diversitas a pour premier sens « divergence » ou « contradiction » et pour second sens « variété » ou « différence ». Or seul ce second sens est relevé dans le DAF et par Littré. Est-ce pour ne pas jeter la suspicion sur la diversité et ne pas ébrécher la belle statue pittoresque et coloniale qui en est sculptée que les auteurs de dictionnaires oublient le premier sens de ce nom, le plus ancien, celui du latin, à savoir « contradiction, divergence, contrariété », sens qui est attesté en français et que relèvent les auteurs du Trésor de la langue française ?

La diversité cache la guerre de tous contre tous. Des religions, des coutumes, des mœurs incompatibles ou situées à l’opposé les unes des autres, qui ont été importées de très loin pour coexister artificiellement sur un territoire exigu, lequel n’est pas le canton d’un empire colonial, sont les germes de haines inexpiables et de conflits sans fin. Voilà ce à quoi va aboutir la diversité obligatoire de MM de Hollande et Ayrault de Saint-Herblain. Il est vrai que leurs électeurs sont majoritairement des divers ou des issus de la diversité : imams, grenouilles de mosquées, (grands) frères musulmans fanatiques, et que la diversité leur permet de remercier ceux dont ils sont les obligés. Ils paient leur dette. Il n’y a pas d’imams ou d’électeurs du FIS, de PJD, d’En-nahda, des Frères musulmans, de Ouattara, de Gül, d’Erdogan ou de Wade, etc. établis en France depuis trente ans, qui ne croient qu’ils ont installé à l’Elysée le conseiller général de Tulle pour qu’il les couvre de privilèges. Il leur faut à tous et immédiatement des postes, des places, des sinécures, des emplois, des fonctions, des retraites dorées, des compensations, etc. pour leurs enfants et pour la tribu, le clan, la parentèle, les affidés, les coreligionnaires, etc., quels que soient leurs mérites et leurs talents, fussent-ils nuls. Il n’y en a que pour eux, leur temps est arrivé, etc. 

 

 

 

 

 

 

30 mai 2012

Météore

 

 

            Le mot, emprunté directement (sans passer par le latin) du grec meteora, ayant le sens de « phénomènes ou corps célestes » (pluriel de l’adjectif meteoros, « qui est en l’air »), est relativement ancien, puisqu’il est attesté dans la seconde moitié du XIIIe siècle, pour désigner, comme en grec, un phénomène qui s’observe dans l’atmosphère. C’est ainsi que Frédéric Godefroy définit ce mot de l’ancienne langue, écrit metheores, dans son Dictionnaire de l’Ancienne Langue Française (1881-1902) : « phénomène qui se passe dans l'atmosphère » et, employé adjectivement, « qui se passe dans l’air ».

La définition qu’en donne Furetière (Dictionnaire universel, 1690), lequel en rappelle l’étymologie (« les Grecs les ont nommés météores, c’est-à-dire sublimes ou haut élevés ; les Latins impressiones, parce qu’ils font plusieurs signes et impressions en l’air »), est tout aussi hésitante et entièrement inspirée de la science de l’Antiquité, qui est encore, en partie, celle de son époque : « C’est, selon les philosophes, un mixte inconstant, muable, imparfait, qui s’engendre des exhalaisons et vapeurs de la terre élevée dans l'air, comme les pluies, les vents, les neiges, grêles, feux ardents et volants, l’éclair, le tonnerre, la foudre. On y met aussi l’arc-en ciel, le miel, la manne, la rosée, etc. ».  Furetière se réfère à de grands savants, persuadé qu’il écrit un article scientifique : « la génération des météores est merveilleusement expliquée dans un traité exprès qu'en a fait Descartes ; Aristote et Gassendi en ont aussi écrit », lequel se transforme en une sorte d’inventaire de phénomènes visuels qui relèvent de l’imaginaire merveilleux ou de la littérature d’anticipation : « on a vu des météores en forme de clochers ardents, de lances flamboyantes, de javelots brûlants, de traits de feu volants, de chevrons de feu, de chèvres sautelantes, des étoiles volantes, etc. (…) Il y a des comètes qui sont de simples météores ; d’autres qui sont corps fixes et permanents qu’on observe dans la région des planètes ».

Thomas Corneille (Dictionnaire des Arts et des Sciences, 1694), après avoir cité l’article du Dictionnaire de l’Académie française (1694), dans lequel ce qui est défini, c’est le mot, et non pas le phénomène que le mot désigne (corps qui se forme, et qui apparaît dans l’air), reprend ce qu’en dit Furetière : « Ce sont mixtes imparfaits qui s’engendrent des exhalaisons et des vapeurs de la terre élevées dans l'air, tels que sont la grêle, les éclairs, le tonnerre, les vents, les pluies, les feux ardents et volants… ». Pour les académiciens, sont des météores tous les phénomènes atmosphériques, dits parfois aujourd’hui météorologiques : tonnerre, éclairs, pluie, neige, grêle, arc-en-ciel, 1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1879, 1932-35), sens qui est tenu pour « vieilli » dans la neuvième édition du DAF, en cours de publication depuis 1994 : « Vieilli, se disait des phénomènes célestes » (tonnerre, éclairs, pluie, neige et autres météores ; météore aérien, lumineux, igné). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) dresse un inventaire complet de ce que l’on entendait au XIXe siècle encore, quand on était savant, par météore : « tout phénomène qui se passe dans les régions supérieures de l’atmosphère ; il se dit de tout phénomène de chaleur, de lumière, d'électricité qui se passe à la surface de terre, en relation avec l'atmosphère, et aussi de différents états de l’atmosphère elle-même », à savoir les « météores aériens » (les vents), les « météores aqueux » (le serein, la rosée, la pluie, la neige, la grêle, le givre, etc.), les « météores ignés » (les feux-follets, les éclairs, le tonnerre, les étoiles filantes, les bolides), les « météores lumineux » (l’arc-en-ciel, les parhélies, les aurores boréales, etc.). N’est-elle pas belle et poétique, cette science-là ?

C’est dans la sixième édition du DAF (1835) qu’est relevé pour la première fois le sens figuré de météore : « il se dit quelquefois, au figuré, des personnes qui ont une renommée éclatante, mais passagère, et des choses qui font une impression vive, mais peu durable » (ce conquérant fut un météore qui épouvanta le monde). Le sens moderne, outre ce sens figuré, est exposé par Littré (« en particulier, toute apparition brillante, étoile filante, globe de feu, etc. »), par les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94 : « astrophysique, corps solide qui se consume en traversant l’atmosphère ; traînée incandescente laissée par le passage de ce corps » ; synonyme : étoile filante) et enfin par les académiciens dans la neuvième édition (en cours) : « astronomie, corps céleste qui s’embrase au contact des couches supérieures de l’atmosphère en laissant une trace lumineuse fugace dans le ciel (dans la langue courante, on dit étoile filante) ; le phénomène lumineux ainsi observé ». Certes, les phénomènes météorologiques ou « merveilleux » (la manne, les feux ardents, le miel aérien) ne sont plus considérés comme des « météores », mais ce terme continue à désigner des phénomènes par lesquels les hommes célèbrent la beauté de l’univers physique.   

 

 

 

22 mai 2012

Charte (chroniques de la Restauration, an I)

 

 

            En latin, charta (mot prononcé « carta », du grec χάρτης) désigne une feuille de papier fabriquée avec du papyrus et, par métonymie, ce qui est écrit sur cette feuille de papier. Dans la langue latine en usage au Moyen-âge, c’est un acte ou un document. Le mot français charte qui en est emprunté, attesté dans la seconde moitié du XIe siècle, a pour sens « lettre, écrit, acte » ; et au début du XIXe siècle, il prend le sens de « loi, règle fondamentale ».

            Ces deux sens sont relevés dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « (au Moyen-âge) acte authentique consignant des droits, des privilèges, généralement accordés par un suzerain » (charte d’affranchissement, de dotation d’une abbaye) et « ensemble de lois constitutionnelles octroyées par un souverain ». Ce dernier sens est illustré par cet extrait des Paysans de Balzac (1844) : « les inévitables meurtrissures du joug social appelé Contrat par Rousseau, Constitution par ceux-ci, Charte par ceux-là ». Balzac n’était pas libertaire, mais il tenait à juste titre, du moins quand il se mettait à la place des « dominés » ou des « exploités », toute charte pour un « joug social ». Voilà qui est éloquent. La prolifération d’organes de toute sorte (internationaux, professionnels, supranationaux, etc.) a multiplié depuis 1945 les chartes, ce mot étant entendu dans un sens étendu, c’est-à-dire « ensemble des principes fondamentaux d'une institution officielle » (ONU, UNESCO, OMS, Union européenne, etc.). En 1941, le régime de Vichy, alors presque tout entier géré par des humanistes, pacifistes, bien pensants, « de gauche », etc., a confirmé la justesse des intuitions de Balzac et ouvert la voie aux modernes en créant une « charte du travail » (loi du 4 octobre relative à l'organisation sociale des professions, Journal Officiel) pour mettre les travailleurs « sous le joug ». Longtemps, jusqu’à la fin du XIXe siècle, charte s’est écrit chartre, cette dernière forme signifiant « prison ». C’est ce seul sens que relèvent les académiciens au XVIIe et au XVIIIe siècle (« prison », DAF, 1694, 1718, 1740, 1762, 1798) et qu’ils considèrent comme « vieux ». En 1835, la définition se présente ainsi : « vieux mot qui signifiait prison ; il s'est conservé dans cette dénomination Saint-Denis de la Chartre, lieu où saint Denis fut autrefois en prison, et dans la locution chartre privée, tout lieu où l'on détient, où l'on emprisonne quelqu’un sans autorité de justice », les académiciens précisant qu’il « n'est pas permis de tenir un homme en chartre privée ».

 

Dans l’histoire de la France, ancienne ou récente, le terme est lié à l’autoritarisme, à l’imposition d’un ordre violent, à la brutalité des rapports de force, non seulement par ce qu’il a été confondu avec le mot signifiant « prison », mais surtout à cause de la « Charte » : « celle que Louis XVIII, écrit le républicain Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), octroya en 1814, qui fut modifiée après la révolution de 1836, et abolie par celle de 1848 », à la suite de quoi le mot a désigné « toute constitution accordée par un prince ». On libère les hommes par une déclaration ; on les asservit par une charte, expliquent les républicains, quand ils sont républicains et qu’ils se souviennent de l’histoire de leur pays.

Il semble que cette époque soit définitivement close. Le premier acte public du ministère Ayrault de Saint-Herblain, à peine réuni en Conseil le jeudi 17 mai, jour de l’Ascension (sans doute, Monsieur de Hollande a-t-il pensé que, s’il réunissait ses ministres ce jour-là, il irait, le moment venu, directement au Ciel, sans patienter dans le Purgatoire), a été une « charte de déontologie ». Oui, les trente-quatre ministres dits « de la République » ont été obligés ce jour-là de parapher une charte. Oui, les trente-quatre ministres, ce jour-là, ont renié leur statut de citoyens et se sont abaissés, comme s’ils étaient des élèves âgés de quinze ans dans une classe de troisième, à signer un règlement disciplinaire. Oui, tous sont fonctionnaires et, en signant ce morceau de papier, ils ont refait 1941, lorsque tous les fonctionnaires ont, par leur signature, fait allégeance en public à la personne du chef de l’Etat français. Soixante et onze ans plus tard, l’histoire se répète. Si les ministricules d’Ayrault de Saint-Herblain avaient signé cette charte en leur qualité de Chevaliers de la Foi socialiste ou de membres d’une des Bannières de leur parti, cela n’aurait guère prêté à conséquence. Les chartes professionnelles, de qualité, de déontologie, etc. pullulent dans les corporations et les partis. Mais ils l’ont fait en leur qualité de ministre, et ce faisant, ils ont rabaissé et humilié les citoyens de France, du moins ceux qui savent encore ce que sont la citoyenneté et la France. Quant aux notables, journaleux, notoires, cultureux, sciencieux du social, médieux, etc. ils ont opiné par une transe courtisane échevelée à cette charte : il est vrai que, pour eux, la citoyenneté ne signifie plus rien.

 

 

 

18 mai 2012

Exemplaire, exemplarité

 

 

            Les Français veulent des exemples. Plus exactement, ils en voudraient, car il est facile de leur prêter une volonté qu’ils n’expriment pas : non pas faire des exemples, encore que cela puisse arriver un jour, plus tôt que l’on ne pense, mais disposer d’exemples à suivre.

En haut lieu, le mot d’ordre n’est plus au changement (il attendra sans doute longtemps encore), mais à l’exemplarité. A chaque ministre et à chaque conseiller de ministre, il est fait obligation d’être exemplaire. Tout cela est bel et bon, dirait le fabuliste, le point difficile étant exemplaire. Le sens le plus ancien de cet adjectif attesté à la fin du XIIIe siècle est défini par les académiciens en 1762 (DAF, quatrième édition) : « qui donne exemple, qui peut être proposé pour exemple, qui peut servir d'exemple ». Un ministre qui donne l’exemple et qui peut être proposé en exemple est l’injonction la plus ancienne de la morale. C’est le fondement de l’ordre puritain du monde. Les Pères de l’Eglise, plutôt que d’énumérer les vertus innombrables des ministres du Christ ou du culte, se contentent souvent de les résumer par l’exemplarité : à eux de donner l’exemple ou de montrer ce qu’est une existence vouée au Christ, afin que les fidèles soient incités ainsi à suivre l’exemple de vie chrétienne qui leur est prodigué. Mais l’adjectif a un autre sens que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) définit ainsi : « qui doit effrayer comme exemple », citant les emplois punition, supplice, vengeance, châtiment, opprobre… exemplaire. Tout cela fait frissonner. Le Père Fouettard se dissimule derrière la morale, fût-elle exemplaire, comme cela est noté dans le Trésor de la langue française (1971-94), où exemplaire signifie « qui peut être cité en exemple, en modèle à imiter », mais aussi « qui donne une leçon, un avertissement par sa rigueur ». Viennent alors les menaces, les sanctions, les punitions, les coups de fouet ou de knout.

Cette ambivalence sous-tend de même les significations du nom commun exemplaire. Pour Littré (op. cit.), c’est un « modèle à suivre » et c’est aussi un « archétype » et une « idée divine ». De nombreux écrivains ont employé le nom exemplaire dans ce sens. « Ce qui est dit dans la Genèse de l'approbation que Dieu donna d'abord à chacun de ses ouvrages, à mesure qu'ils sortaient de ses mains, puis à tous en général quand il les eut finis, pourrait bien avoir fourni à Platon cette sublime idée des exemplaires éternels sur lesquels le monde a été formé » (Rollin). « Par rapport au monde sensible, les idées sont l'exemplaire que Dieu a consulté lorsqu'il l'a voulu produire ; elles sont un monde intelligible » (Condillac). « L'univers, selon Platon, est un exemplaire de la divinité : le temps, l'espace, le mouvement, la matière sont des images de ses attributs » (Buffon)… Quand elle se fourvoie dans l’exemplarité, la politique est loin. Désormais, on patauge dans la morale et, évidemment, dans la vénération de ces exemplaires ou idoles que doivent être les ministres. L’insolence d’ailleurs s’est tarie. Les amuseurs publics font allégeance. Très bientôt, la critique sera assimilée à un crime de lèse-majesté.

            Exemplarité, mot savant dérivé d’exemplaire, est attesté au XVIe siècle. Il est plus récent que l’adjectif. Pendant quatre siècles, il a été assez peu employé, les académiciens ne jugeant pas nécessaire de le relever dans les huit premières éditions de leur dictionnaire de 1694 à 1935. Il est enregistré dans le Dictionnaire de la langue française (op. cit.) de Littré et « défini » de façon rudimentaire : « qualité de ce qui est exemplaire ». L’emploi qui, dans un ouvrage de droit pénal, illustre ce « sens » en dit long sur ce qu’est, dans la pensée commune, l’exemplarité – ce fondement de l’action du ministère Ayrault de Saint-Herblain : « la loi de 1832 a conservé un barbare et inutile appareil (un voile noir pour le parricide) qui prolonge et redouble l’agonie du supplicié (comprendre celui que le couteau de la guillotine partage en deux parties inégales), sans rien ajouter à l’exemplarité de la peine ». La définition qu’en donnent les académiciens dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, a de quoi donner des frissons : c’est le « caractère de ce qui peut ou doit servir de leçon ou d’avertissement ». Quand la rigueur s’abattra impitoyablement sur les nantis et privilégiés des fonctions publiques, nationale et territoriales, et assimilés, et qui ont porté au pouvoir Monsieur de Hollande (48% des votants, 32 ou 33% des citoyens âgés de plus de dix-huit ans), il ne faudra pas qu’ils s’en étonnent. Le mot d’ordre d’exemplarité est aussi une mise en garde. Les contextes dans lesquels ce mot est employé dans la langue actuelle sont ceux du droit pénal et de la sanction judiciaire : exemplarité de la peine, de la sanction, du verdict, du châtiment ; et quand il s’applique à la morale ou à la politique réduite à la seule morale (quand on ne veut ou ne peut pas faire de politique, on se rabat sur la morale – c’est un ersatz et un leurre), il ne cache rien de ses origines judiciaires. Du verdict ou du châtiment, l’exemplarité passe aux décisions, mesures, lois, votes, etc. qui valent sanctions ou punitions. A bon entendeur…, dit le fabuliste.    

 

 

 

 

09 mai 2012

L'Autre

 

 

L’Autre avec un A majuscule

 

Au XIXe siècle, quand le pronom l’autre était écrit avec un A majuscule à l’initiale, il désignait le diable, Satan, le démon, le Mal. Ainsi chez Mérimée : « Il prononça hardiment la formule bien connue : Si tu es de Dieu, parle ; si tu es de l’Autre, laisse-nous en paix ». Pendant les années de la Restauration - en fait, pendant la tentative avortée de restaurer l’Ancien Régime de 1814 à 1830, Louis XVIII puis Charles X étant rois de France, l’Autre, avec un A majuscule, désignait Napoléon. Cette désignation était méprisante, Napoléon étant assimilé au diable, mais elle était surtout le fait, non des républicains, mais des partisans de ces seuls souverains légitimes qu’ont été Louis XVIII et Charles X : « M. de Saint-Robert était, du temps de l’Autre, officier supérieur ».

Les lexicographes du Trésor de la Langue française (1971-94) jugent que cet emploi nominal de l’Autre avec un A majuscule est vieux. Il est ou il serait sorti de l’usage, ou bien il serait en passe de sortir de l’usage. Mais ce Trésor a près de vingt ans et en vingt ans, il se produit de grands bouleversements. On croyait le socialisme mort, Monsieur de Hollande l’a ressuscité ; on pensait qu’il était enfoui pour toujours dans les poubelles de l’Histoire. Que nenni. Monsieur de Hollande l’a restauré, et en le restaurant, il a ressuscité aussi L’Autre dans cet emploi nominal de mépris, puisque, dans un des discours qu’il a prononcés à la fin du mois d’avril 2012, il a désigné d’un L’Autre cinglant le Président de la République en exercice, que certains appelaient justement le petit Napoléon ou Sarkoléon. On savait que Monsieur de Hollande était ringard. Il en a donné la preuve, en ouvrant l’ère de la Nouvelle Restauration an I et en ressuscitant Satan dans le discours politique, mais aussi en exhumant des culs de basse fosse de la langue ce L’Autre de mépris que l’on pensait à jamais oublié.

 

Il est vrai que depuis plusieurs décennies, l’Autre est ressuscité, non pas dans le sens négatif de Satan (ça, c’est l’œuvre de Monsieur de Hollande), mais dans un sens positif, comme si désormais ce pronom référait à une entité sacralisée et comme si le jugement que ce mot énonce avait été retourné de méprisant en élogieux.

Ces emplois s’observent aujourd’hui dans les discours qui enjoignent les Français à se métisser ou à devenir des Autres, sauf si ces Français sont déjà autres, qu’ils soient noirs, arabes ou musulmans – auquel cas l’injonction est au non métissage. Robert Jaulin, qui a inventé il y a plus d’un demi siècle, le concept de génocide culturel ou ethnocide, qu’il fait porter au débit du seul Occident colonial, n’écrit pas autrui pour désigner celui ou ceux qui ne lui ressemblent pas, mais l’Autre avec un A majuscule. « (En 1954), je pénétrai chez l’Autre dans la foulée de possession du monde d’où je venais » (La Mort Sara, Plon). De fait, ce mot est un nom propre. Celui qui n’est pas soi relève d’une humanité autre, différente et évidemment supérieure. Chez les Sara, Robert Jaulin vit sa nuit de la destinée : « Je voyais que la qualité de vivre est une fin, que cette fin n’est pas une invention individuelle, mais le fruit d’un ordre collectif, la donnée d’une alliance avec le monde ». La culture Sara n’a rien en commun avec quelque autre culture que ce soit. Pour en saisir l’altérité, Jaulin participe, non en observateur, mais en « acteur », à cet « ordre collectif » : il se fait initier. Intégrant la communauté Sara, il se contente d’y être un élément parmi d’autres, s’agrégeant à un tout, comme un grain de sable à un tas.

Ainsi défini, l’Autre s’écrit avec un A majuscule, comme un concept ou une entité sacralisée, Etat ou Dieu, ce qu’il est aujourd’hui dans la langue française. La sacralisation de l’Autre n’est pas sans conséquence sur le moi. Le moi est le mal, sinon le Mal en personne, du moins l’un de ses avatars. Ou il s’efface, n’étant rien, ou il s’abaisse et s’humilie devant la majesté de l’Autre. Quoi qu’il en soit, il est l’objet d’un procès, dans les deux sens de ce terme, juridique (devant les tribunaux) et phénoménal (c’est un processus), dont le but est d’en obtenir la destitution. « Assurément, j’avais de la difficulté à être blanc – et cela ne m’a guère passé (…) La froideur de ce métier (de la « science » et « ailleurs » !…) allait peut-être avec une difficulté à être « blanc » - non de peau, mais de civilisation » (La Mort Sara).

Pendant des siècles, celui qui n’était pas soi était nommé autrui. Ainsi l’impératif catégorique de la morale universelle intime « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fût fait ». Autrui, qui est ou qui devrait être la fin de nos actions, et non le moyen de parvenir à nos buts, s’efface. Il était le prochain. Désormais, il a cédé sa place à l’Autre, à celui qui est irréductiblement différent et qui n’a plus rien en commun avec le moi. Ce que dit cette substitution de l’Autre à autrui, c’est la fin de toute morale universelle. L’humanité a cessé d’être l’horizon de la morale. Monsieur de Hollande à peine élu, ses électeurs se sont tous posés comme Autres en brandissant les drapeaux de leur nation et en exaltant leur race ou leur religion. Satan vaincu, l’Autre parade. Monsieur de Hollande fera bientôt le paon dans sa nouvelle cour…     

 

 

03 mai 2012

Envie

 

 

Si un mot, un seul mot, devait être choisi pour cristalliser l’esprit du temps et la modernité dernier cri, ce serait envie. Le mot est court, en apparence anodin, presque insignifiant ; et pourtant il est le condensé de ce que les temps actuels ont de plus sinistre. C’est une injonction de marchands, de « commerciaux », de gourous du marketing : l’envie qu’il faut susciter chez les clients et l’envie dont il faut être habité pour vendre des vêtements de fourrure sous les Tropiques. C’est une pulsion de politiciens, de gagneurs, de requins : l’envie, c’est ce qui les fait agir. C’est aussi un cri de sportifs - même les joueurs de rugby, qui ont conservé quelque chose d’archaïque, l’ont adopté : c’est l’envie qui fait gagner les matches ou, pour vaincre, il faut avoir plus d’envie que les adversaires. C’est le moteur des chaubiseux, des filmeurs, des sciencieux du social, etc. Tous célèbrent à l’envi l’envie sans mesure ni limite, comme l’alpha et l’oméga de la France nouvelle, celle de la Restauration socialiste du XXIe siècle.

            Le mot a une histoire qui dit clairement ce qu’est la société contemporaine. En latin, invidia, dont envie est une adaptation, signifie « malveillance, antipathie, jalousie ». Au XIIe siècle, l’envie est le « sentiment de jalousie haineuse devant les avantages d’autrui » et aussi le « désir de quelque chose ». C’est ainsi que le mot est défini dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694) : « déplaisir que l’on a du bien d’autrui » (avoir une mortelle envie contre quelqu’un, être rongé d’envie, l’envie le dévore) et aussi « désir, volonté ». Ces deux sens apparaissent dans tous les dictionnaires. Dans le Dictionnaire critique de la langue française (1788), Féraud distingue l’envie de la jalousie : « on est jaloux de ce qu’on possède et envieux de ce que possèdent les autres ». Il ajoute ceci : « Quand ces deux mots sont relatifs à ce que possèdent les autres, envieux dit plus que jaloux. Le premier marque une disposition habituelle et de caractère ; l’autre peut désigner un sentiment passager ». Dans les éditions du Dictionnaire de l’Académie française publiées au XIXe siècle, la définition se présente ainsi : « chagrin qu’on ressent du bonheur, des succès, des avantages d’autrui ». Pour Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), c’est le « chagrin et la haine qu’on ressent du bonheur, des succès, des avantages d’autrui ».

On frémit à la pensée que l’envie – cette haine que l’on ressent du bonheur, des succès, des avantages d’autrui – soit devenue l’horizon indépassable de la morale contemporaine. Certes, c’est la morale des politiciens, des marchands, des publicitaires, des sportifs, mais elle anime des milliers de militants politiques.

Les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94), qui sont progressistes et croient que l’homme est né bon, tentent de cacher toutes les saletés charriées par l’envie, en distinguant un sens neutre d’un sens péjoratif. Quand le sens neutre, l’envie est, selon eux, un « désir naturel de posséder le bien qui appartient à autrui ». Si c’est naturel, c’est presque bon. Quand le sens est péjoratif, c’est la « tendance négative, la passion mauvaise qui consiste à s’affliger de la réussite ou du bonheur d’autrui, et pouvant aller jusqu’à lui désirer du mal et chercher à lui nuire ». Les académiciens procèdent de la même manière dans la neuvième édition en cours de publication de leur dictionnaire. Ils distinguent un sens premier d’un sens affaibli, le « désir mêlé de dépit et de ressentiment, inspiré par les avantages, les biens, les succès d’autrui » du « désir de connaître le même bonheur qu’autrui, d’être à sa place ». Tout est fait dans les dictionnaires pour rendre l’envie acceptable ou tolérable et pour en faire l’alpha et l’oméga de l’époque. Mais ces fards ne cachent ou cachent mal la boue que charrie l’extension quasiment à l’infini du domaine de l’envie.    

 

 

27 avril 2012

Des "apparitions" de Terra Nova dans les médias

 

 

En latin, le nom apparitio a servi, dans la langue en usage dans l’Eglise et à partir de Saint Jérôme, à traduire le nom grec epiphania, « apparition d’un être surnaturel ». C’est dans ce sens que le nom apparition est attesté à la fin du XIIe siècle : « fait pour un être surnaturel ou invisible de se rendre visible » et, plus particulièrement, « épiphanie du Christ, fête de la manifestation du Christ comme homme-Dieu ». Au début du XIVe siècle, ce nom se dit d’une personne pour désigner « l’action de paraître, de se faire voir un court moment » ; puis il signifie « vision », désignant « ce qui se présente à nos yeux sous une forme visible » (milieu du XVIe siècle) et, au XVIIe siècle, « hallucination » et « venue subite de quelque chose ou de quelqu’un ».

Les académiciens (Dictionnaire, 1694) se contentent de relever le premier sens : « manifestation de quelque objet qui, étant invisible de lui-même, se rend visible » (« l’apparition de l’ange Gabriel à la sainte Vierge ; l’apparition des esprits, des spectres »). Il suffit de comparer les articles consacrés à ce mot dans L’Encyclopédie (1751-72) de d’Alembert et Diderot et dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762) pour prendre conscience que, sur cette question qui engage les croyances ou la foi, un fossé se creuse entre les sceptiques de L’Encyclopédie et les croyants ou présumés tels de l’Académie. Les premiers tiennent à distinguer la vision (« elle se passe au-dedans et n’est qu’un effet de l’imagination ») de l’apparition (« elle suppose un objet au-dehors »), illustrant cette distinction par des exemples : « Saint Joseph, dit M. l’abbé Girard, fut averti par une vision de passer en Egypte : ce fut une apparition qui instruisit Madeleine de la résurrection de Jésus-Christ », mais tenant l’une et l’autre pour les symptômes d’un affaiblissement de l’esprit : « les cerveaux échauffés et vides de nourriture sont sujets à des visions ; les esprits timides et crédules prennent tout ce qui se présente pour des apparitions » ou encore « ils prennent quelquefois pour des apparitions ce qui n’est rien ou ce qui n’est qu’un jeu ». On se demande, à lire L’Encyclopédie, s’il n’est pas moins handicapant d’être victime d’hallucinations que de voir la Vierge. A l’opposé, les académiciens se contentent de définir les sens du mot, sans préjuger de la santé mentale de ceux qui voient ou ont vu des réalités invisibles : « manifestation de quelque objet, qui étant invisible de lui-même, se rend visible » et « manifestation subite d’un objet, d’un phénomène, qui n’avait point encore paru » (« l’apparition de l’étoile aux mages, l’apparition d’une comète »). Ce dernier sens est aussi relevé dans L’Encyclopédie, mais comme il s’agit d’un phénomène attesté par les savants, il ne fait pas l’objet de jugement hostile : « apparition se dit en astronomie d’un astre ou d’une planète qui devient visible, de caché qu’il était auparavant. Apparition est opposé dans ce sens à occultation ». A cela, il est ajouté ceci : « le lever du soleil est plutôt une apparition qu’un vrai lever ».

Dans cette même quatrième édition (1762), les académiciens notent pour la première fois le sens, étranger à la religion, attesté depuis le XIVe siècle : « dans le langage familier, on dit d’un homme qui n’a demeuré que très peu de temps dans un lieu qu’il y a fait une courte apparition ». Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) et les académiciens (1798, 1835) se contentent de reprendre les définitions de 1762, alors que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), comme cela lui est habituel, renverse dans l’article apparition l’ordre historique, objectif et impartial en quelque sorte, dans lequel les divers sens de ce mot sont attestés. Le sens premier n’est cité qu’en quatrième position. Il est vrai qu’il se rapporte à la religion, et le sens exposé d’abord est celui de la « science » : « manifestation d’un phénomène ; apparition des astres, du soleil ; à l’apparition de la nouvelle lune » ; le sens suivant se rapporte à la société (« arrivée, séjour » ; « alors notre ami fit son apparition ; sa brusque apparition les surprit ; il ne fit là qu’une courte apparition ») ; le troisième sens exposé est lié au récit historique (« au figuré, naissance, commencement ; le tribunat, dont l’apparition eut lieu au milieu des guerres civiles ; depuis l’apparition de la philosophie de Descartes »), tandis que le sens qui a été celui du catholicisme (« manifestation d’un objet qui se rend visible » ; « épiphanie ») est noyé dans un ensemble où sont mélangées « les apparitions des dieux », « les apparitions nocturnes », « l’apparition d’un spectre », et illustré par un extrait de Bossuet qui traite de la mort : « au plus haut point de sa gloire, sa joie (celle de Le Tellier) est troublée par la triste apparition de la mort ». On peut difficilement aller plus avant dans l’hostilité au catholicisme. L’article se clôt par l’exposé d’un sens qui fait d’une apparition une superstition archaïque : « spectre, vision, fantôme » ; « il y a dans les campagnes bien des gens qui croient encore aux apparitions », et, parmi les auteurs de dictionnaires, il y a des savants dont les croyances se ramènent à « deux et deux sont quatre » et qui tiennent à le faire savoir, ce dont leurs lecteurs n’ont que faire.

            Il semble que l’agnosticisme ait même touché les académiciens qui, en 1935, marchent sur les brisées de Littré et en viennent à tenir pour du français ce qui est un barbarisme : « action d’apparaître, de se montrer : l’apparition d’une comète ; et, par extension, l’apparition d’un livre », oubliant qu’un livre n’apparait pas, mais paraît, et qu’il convient de dire, en conséquence, la parution d’un livre, et non son apparition : un livre n’est pas encore la sainte Vierge, à moins que les académiciens ne tiennent beaucoup de livres publiés pour des spectres de livres, ce en quoi ils n’auraient pas tort. Dans la neuvième édition (en cours de publication), la volonté de tenir la religion en lisière continue : le premier sens est « le fait de se montrer aux regards » (apparition d’une comète, du soleil entre deux nuages, d’un acteur, faire une apparition) ; le deuxième sens est « le fait de se manifester pour la première fois, de commencer à exister » (l’apparition de l’homme sur la terre, des premiers bourgeons en mars, de symptômes inquiétants, d’un courant de pensée) ; le sens religieux est le dernier à être exposé, contrairement à l’ordre chronologique des attestations, et, comme chez Littré, le sens catholique (l’apparition de l’ange Gabriel à la Vierge et les apparitions de la Vierge) est noyé dans un magma de « manifestations sous une forme visible d'êtres surnaturels ou imaginaires (l’apparition d’un fantôme, d’une fée, croire aux apparitions, parler à une apparition) ». En deux siècles, le sens religieux a été traité comme secondaire ou mêlé à des superstitions – signes du lent affaissement en France des religions du Christ ou de la déchristianisation de la France. Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) ont beau être progressistes en diable et engagés, ils n’en conservent pas moins un vernis d’objectivité qui les oblige à tenir compte des faits avérés. Ainsi, l’article qu’ils consacrent à apparition commence par le sens religieux : « manifestation d’un être surnaturel qui se rend visible, généralement pendant un court moment » (les apparitions de la Vierge à La Salette, à Lourdes) et « l’être apparu surnaturellement », comme dans cet extrait de Bloy (1905) : « lorsque l’Apparition de Lourdes a dit : Je suis l’Immaculée Conception, c’est comme si elle avait dit : Je suis le Paradis terrestre ».

Ce que disent les dictionnaires depuis deux siècles, c’est l’affaiblissement du sens religieux, celui pour lequel le nom latin apparitio a servi à traduire le nom grec epiphania, et cela au profit des emplois d’apparition dans des contextes sociaux, politiques ou économiques. C’est « l’action de devenir visible » (faire son apparition), en parlant de personnes ou de choses ; ou, en parlant d’événements, « l’action de se produire » ; ou, en parlant de produits manufacturés, « la sortie sur le marché » (l’apparition du transistor) ; c’est encore le sens mondain : « bref moment que l’on passe quelque part ». Ce sont les hommes ou les choses tangibles qui apparaissent ; éventuellement les idées ; ce ne sont plus les entités de la transcendance. Dieu est mort, dit Nietzsche, qui ajoute : les hommes l’ont tué. La mort de Dieu (en fait son meurtre), c’est aussi ce qui se lit dans la langue depuis deux siècles. Ce qui se lit aussi, c’est le remplacement de Dieu par la politique ou une organisation politique.

 

Terra nova, ou en français Terre neuve, est un « think tank », comme il se présente, ou, plus prosaïquement, un réservoir d’idées – réservoir peut-être, idées, on peut en douter – ces idées se ramenant à un catalogue d’idées reçues, qu’on lit partout dans la presse ou qu’on entend partout dans les médias, les facultés, les lycées, les partis politiques. Ce sont des slogans destinés à être ânonnés par les apprentis politiciens. Ce réservoir à idées est très fier de la bonne couverture médiatique dont il bénéficie, ce qui lui est facile, vu qu’il a amadoué tous les journaleux de Paris et de province : ils ne demandent que ça. C’est ce que ces terre-neuvas nomment, dans les pages 18 et 19 de la « présentation » de leur réserve à slogans, des « apparitions » dans la presse : « apparitions renouvelées dans Le Monde », « apparitions régulières » dans Metro, Le Figaro, Marianne, etc., « apparitions TV et radio pluri-hebdomadaires pour traiter des sujets de fond » (de fond ou dont ne voit jamais le fond ?). A la lecture de cette présentation, on est en droit de conclure que les familiers de cette réserve sont victimes d’hallucinations ou qu'il ont vu la Vierge et surtout que leur « think » est peuplé de spectres.

 

03 avril 2012

Excursion

 

 

 

En latin, le nom excursio désigne un voyage, une incursion, une brusque attaque, une invasion ou une digression. Le nom français qui en est emprunté au tout début du XVIe siècle a eu longtemps pour seul sens « irruption dans un pays ennemi » : c’était donc ce que l’on nomme aujourd’hui une incursion (armée). Au XVIIIe siècle, les auteurs de dictionnaires enregistrent excursion avec ce seul sens : « irruption sur le pays ennemi » (Dictionnaire de l’Académie française, 1718, 1740, 1762, Féraud 1787-88, 1798). Dans cette dernière édition, les académiciens ajoutent qu’excursion « se prend quelquefois au figuré dans le sens de digression ».

C’est à la fin du XVIIIe siècle qu’excursion prend le sens de « promenade », sens que relèvent les académiciens en 1835 (sixième édition) : « on le dit également de ceux qui vont parcourir un pays, un canton » (ce botaniste, ce minéralogiste fait souvent des excursions aux environs de Paris), de même que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « course au dehors » (« des excursions botaniques ») et les académiciens en 1932-35 : « course au dehors, promenade de recherche, de découverte », lesquels ignorent le sens « irruption sur le pays ennemi », sens (« irruption guerrière en territoire ennemi ») qui est tenu pour vieux dans le Trésor de la langue française (1971-94). Le sens moderne « dominant » est « voyage dans une région pour l’étudier ou la visiter » (TLF, op. cit.) et « action de parcourir un pays, une région, dans une intention de simple agrément, de recherche ou d’étude » (DAF, édition en cours : une excursion en montagne, une excursion botanique, géologique).

Apparemment, il n’y a rien en commun entre une incursion armée et un voyage d’agrément ou d’étude, entre une agression et ce qui est propre au tourisme, entre la guerre et la paix. Mais le fait que le même mot ait eu simultanément ou successivement ces deux sens oblige à réfléchir à un éventuel rapprochement et dévoile ce qu’est la nature réelle du tourisme. Dans de nombreux cas, l’excursion, même si ou surtout si elle est qualifiée de « touristique », est une agression. Rien ne perturbe plus l’ordre d’une société ou même la beauté d’un paysage millénaire que l’irruption massive dans un lieu jusque-là protégé ou à l’écart des flux commerciaux et humains de millions de curieux, avides de pittoresque, persuadés quand ils sont chez les autres d’être chez eux, cupides, s’appropriant tout avec leurs caméras et leurs appareils de photo ou achetant tout. Dans ces cas-là, plus nombreux qu’on ne le croit, l’excursion est une incursion et le tourisme une agression.

 

24 mars 2012

Martyr

 

 

Mourir en martyr ?  

 

Le nom martyr (sans e final) désigne une personne et martyre, avec un e final, un acte ou des faits. Ces deux mots grecs signifient respectivement « témoin » et « témoignage ». Ils sont spécifiques du lexique chrétien. Forcé d’abjurer, torturé, battu à mort, un martyr se laisse mourir plutôt que de renier sa foi. Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1762), est martyr « celui ou celle qui a souffert la mort pour la véritable Religion ». L’acception est illustrée par « l’Église honore la mémoire des Martyrs ». Dans le Trésor de la Langue française (1971-1994), ce nom est présenté comme propre à l’histoire du christianisme. Un martyr est une « personne à qui on a infligé des supplices et (ou) la mort parce qu’elle a refusé d’abjurer sa foi ». C’est dans ce sens que les écrivains emploient ce mot. C’est le cas de Chateaubriand dans Les Martyrs  : « Les femmes, les enfants, les jeunes hommes entouraient les vieillards qui rappelaient les exemples donnés par les plus fameux martyrs : Laurent de l’Église romaine, exposé sur des charbons ardents ; Vincent de Saragosse, s’entretenant dans la prison avec les anges ; Eulalie de Mérida, etc. ». Même quand le nom martyr est employé dans un sens étendu, hors de tout contexte chrétien ou religieux, il désigne une personne « à qui on a infligé des supplices et (ou) la mort pour une cause ou pour un idéal ».

Le sens de martyr et de martyre est bien établi. En dépit de cela, les journalistes bien pensants et tous les savants à qui l’Université a conféré le grade de docteur ès sciences sociales, islamiques, orientales et tout ce que l’on voudra d’autre, se croient autorisés, sans doute sous l’effet légitimant de leur peau d’âne, à changer du tout au tout le sens de ces mots et à les utiliser pour désigner non pas ceux qui sont tués, mais ceux qui tuent, non pas les victimes, mais leurs bourreaux. Il est question d’attentats martyres, de prétendus martyrs de l’islam qui font sauter un camion plein d’explosifs au milieu d’enfants innocents, d’aides financières attribuées aux familles de ces martyrs, d’un martyr qui a exécuté au Colt 45 et « à bout touchant » des enfants de 5, 6 et 8 ans. Peut-être est-ce parce que ces enfants sont Juifs que les journalistes qualifient l’assassin de « martyr » ? Kepel, le plumitif qui se prend pour Hugo, écrit : « L’endoctrinement (…) convainc chaque auteur d’attentat suicide qu’il devient un martyr à qui s’ouvre tout grand le paradis » (Le Figaro, 26 juillet 2005, cf. aussi Le Monde, 11 septembre 2004). Le mot arabe que les docteurs Kepel et alli traduisent par martyr est chahid. La traduction est une trahison. Le chahid se contente d’énoncer à voix haute ou en marmonnant « il n’y a de dieu qu’Allah et Mahomet est l’envoyé d’Allah ». Il professe sa foi dans l’islam, dans Allah, dans Mahomet. Personne ne le contraint à renoncer à ce qu’il croit. Personne ne lui interdit de se prosterner devant sa divinité. Personne ne le met en demeure d’apostasier, ni de renoncer à prier cinq fois par jour. Pourtant, la liberté totale dont il jouit pour célébrer son Allah ne le dissuade pas de tuer dix, cent, mille êtres humains, dont le seul crime est de ne pas être des musulmans ou d’être de faux musulmans. Ce chahid est tout ce que l’on veut, un tueur psychopathe, un fanatique, un malade mental, un auteur de crimes de guerre et contre l’humanité. En aucun cas, il n’est un martyr. Il ne serait pas faux de le désigner par des termes comme fidèle, croyant ou musulman. Merah est mort en croyant, pas en martyr. C’est comme si l’on nommait martyrs les autorités qui ont entassé des millions de Juifs dans des chambres à gaz. Dans les crimes de masse qui font depuis trente ans l’actualité de l'islam, les martyrs ne sont pas les tueurs, mais leurs victimes. Ce n’est pas Ben Laden ni ses sbires ni les dénommés Mohammed, Fouad, Ahmed, etc. mais les malheureux qui se sont précipités du sommet des deux tours de New York, pour que leurs proches aient un corps à inhumer, la première des libertés de l’homme étant l’habeas corpus. Le martyr n’est pas Merah dont les journaleux clament partout qu’il est mort « en martyr », justifiant ainsi qu'il soit honoré d'une "minute de silence" dans les écoles, mais les trois enfants qu’il a exécutés, uniquement parce qu’ils étaient juifs, le professeur qu’il a exécuté, uniquement parce qu’il était juif, les trois soldats qu’il a exécutés, uniquement parce qu’ils étaient français.

Les docteurs ès sciences sociales, orientales, islamiques, etc., en baptisant martyrs les tueurs, les font passer pour des victimes, dont nous serions les bourreaux, ou pour des héros, que nous devrions célébrer désormais dans nos calendriers, puisqu’ils le sont déjà, comme tous les chahids, dans les mosquées et autres lieux de culte musulman.